Le Tarmac

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Le Tarmac

Message par Sonaka le 17/5/2012, 23:38

Navire du Capitaine Dogaku, qui n'a toujours pas rempli le formulaire de présentation de son bâtiment malgré le délai de retour depuis longtemps dépassé.

Pour toute réclamation, veuillez adresser votre relance aux services de la Commissaire Haylor, qui prendra les mesures adéquates pour dénouer cette situation anormale.

Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée, en espérant que ce désagrément ne ternira pas l'image de notre institution.
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Re: Le Tarmac

Message par Sonaka le 17/5/2012, 23:39

-Z'avez l'air tendu, capitaine, me chuchota Gurgenidze au détour d'un couloir.
-Tutut-tendu? Mais nnon, voyons. P-pourquoi je ssserais tendu, d'ab-bord?
-Peut être à cause de la nouvelle?

Je ne pouvais pas répondre: Amy Mijako venait de prendre le virage à son tour, et nous rattrapa immédiatement après avoir brièvement examiné un bureau surchargé. Je lui faisais faire la visite du navire, mais c'était... délicat. Elle s'arrêtait longuement à chaque nouveau coin qui attirait son attention, et il en fallait visiblement peu pour la retenir: n'importe quel élément égayant le paysage faisait un bon candidat à ses yeux. Et ça, c'était quand elle ne s'amusait pas à carrément à pousser l'exploration dans ses moindres détails.

-Mais non, voyons. La dernière fois que j'ai du accueillir quelqu'un sur le navire un jour de pluie, ça a... ça s'est... euh... extrêmement bien passé. Très bien passé, du moins.
-Pourquoi parler de la pluie, alors?
-Bin... mais par contre... euh... arrrgh, je sens qu'on est partis pour une mission absolument catastrophique. C'est la fin.
-Ah? C'était horrible à ce point?
-C'était pas horrible, c'était Evil.

Haylor. Le premier jour, absolument charmante et tout, ça donnait pas envie de se méfier. C'est traître, un émissaire de Pad'Bol: l'avait poussé la supercherie à aller jusqu'à me saluer d'un sourire. C'est seulement trois semaines plus tard que l'enfer a commencé. Et cette nouvelle, là... je sentais qu'un truc allait forcément coincer. Pad'Bol me triturait l'épaule, et m'affirmait que j'allais avoir des ennuis.

-Vous m'avez parlé?, demanda la concernée.
-Uh? Ah non non non, jépajérien... enfin... je disais que ça faisait un moment, qu'on avait pas eu une nouvelle tête sur la navire. Ca fait plaisir.
-Je suis là depuis quelques mois, grincha ma lieutenante.
-Vous voyez ce que je veux dire, enfin.
-Vous le dîtes mal, Capitaine.

-Merci, moi aussi ça me fait plaisir d'être ici.

Ahah! C'est suspect, ça. Chuis sûr qu'elle se délecte d'avance des horreurs qu'elle va me faire subir. Faut la travailler en profondeur, et elle se trahira.

-Vraiment? Allez, dévoile-moi ton plan.
-Bien sûr. Quand on m'a dit que je recevrais ma première affection sur cet océan dans une mission de chasse au pirates, je m'inquiétais un peu, mais...
-Hein? Je croyais qu'on allait juste faire un peu de reconnaissance, fis-je, surpris.
-Ca n'est pas ce qu'on m'a dit, se défendit Amy.
-Euh... ah donc? Alors qu'est ce qu'on vous a dit?
-Qu'un équipage de pirates avait pris le contrôle d'une île... euh... dont j'ai oublié le nom, désolé. Comme elle est très éloignée des routes maritimes habituelles, l'île en question a une très mauvaise visibilité... on a mis beaucoup de temps avant d'être au courant, vu que quasiment aucune patrouille ne passe à proximité. Elle contient pourtant une grande ville qui envoie trimestriellement des cargaisons de minerai, et c'est donc un convoi de marchands qui a transmit l'information... donc bien sûr, il nous faut vérifier de nous même ce qu'il en est, évaluer la menace et si possible tacler le problème.

Amy ponctua son résumé d'un sourire, légèrement alimenté par ma mine déconfite. Qu'elle allait accidentellement élargir à un niveau critique.

-Oh. Bon, moins chouette que ce que je m'imaginais.
-Vous n'étiez au courant de rien?, s'étonna-t-elle.
-Non. En fait, on n'a pas encore reçu les instructions... ou alors... oh... ou alors... oh non.
-Un problème?
-Ou alors elles ont été déposées dans mon bureau et comme j'y suis pas retourné depuis hier matin...ouch. Faut pas que ça se sache, sinon Haylor va encore me tuer.
-C'est qui, Haylor?
-Commissaire du navire. Elle dirige les clampins de l'administration.
-C'est la cinquième fois que vous parlez d'elle, mais je ne l'ai pas encore vue.
-Soyez pas pressée, surtout. Rhayaya, qu'est ce que je vais faire maintenant? Euh... bon, alors mettons que je fonce voir si... ouais mais s'ils attendent un retour... ou alors je fais croire que... ah nan, j'l'ai déjà fait le mois dernier, ça marchera pas. Dans ce cas...
-Pssst.

Amy se retourna en réponse à cet appel qui lui avait été fait. C'était Natasha Gurgenidze, la lieutenante du navire, qui lui tendait discrètement un bout de papier, et la pressait du regard de le prendre en vitesse pendant que je paniquais aléatoirement. Sur celui-ci était écrit un intriguant message, qu'elle lut avidement tandis que je m'éloignais en l'invitant à rejoindre sa cabine trois mètres plus loin. Natasha me suivit pour me donner un coup de main, tout en adressant un sourire désolé à la jeune marine pour cet abandon soudain. Amy était surprise, mais rejoint ses quartiers et se laissa tomber sur son lit pour y relire le message.

"Rendez vous ce soir au réfectoire à 21h. Extrêmement important. Mot de passe du jour: Pantoufle Rouge."

Cela lui semblait bizarre, mais elle avait autre chose à faire pour le moment. Amy se demanda qui s'était chargé de la déco de ce qui lui servirait de chambre pour les semaines à venir, mais il avait décidément un vrai goût de chiottes qu'elle allait devoir corriger.

*
* *

Lorsque la jeune demoiselle se présenta au lieu de rendez-vous, la salle était déserte. Il lui avait fallu un peu de temps pour s'orienter, et elle cru un instant qu'elle était arrivée trop tard. Ou qu'elle s'était trompée d'endroit, en fin de compte. Mais elle comprit très vite que ça n'était pas le cas, lorsqu'un matelot l'aborda discrètement en semblant surgir de nul part.

-Mademoiselle, personne n'est autorisé à circuler près des cuisines en dehors des heures de service. Que faîtes vous ici?
-Euh... eh bien, on m'a dit de venir?
-Mmmmh. Et pour quelle raison?
-....
-Oui?
-Bin j'en sais rien, moi.
-Mais encore?
-...
-Peut être avez vous oublié quelque chose. Si ça n'est pas le cas, je vous invite à regagner vos quartiers.
-Hum.
-Vous n'avez rien... oublié?
-Aaaaah, oui. Pantoufle rouge, bien sûr!
-Chuuut! Quelqu'un peut nous écouter!
-Mais non, il n'y a personne, voyons.
-Oui, mais...
-Non, il n'y a personne, point barre.
-Rhooo, jouez le jeu, s'il vous plait, grommela le bonhomme. Je m'entraîne à rejoindre les services spéciaux de Longue Town, alors si vous voulez bien me rendre service et me suivre le plus discrètement possible...

Amy trouva le bonhomme bizarre, mais lui répondit simplement d'un sourire en acquiesçant. Ils progressèrent en silence dans les couloirs du navire, employant au mieux les embranchements et zones d'ombres comme s'ils étaient en pleine filature. Cela ne dura que cinq minutes, au bout desquelles Amy fut conduite à une autre salle, beaucoup plus grande...

-Entrez, je vous prie.
-Y'a quoi?
-Hum... vous verrez.

Il n'en fallait pas moins pour intriguer la jeune marine, qui s'engouffra dans le passage. Ce n'est qu'alors qu'elle remarqua les quatre marines qui surveillaient le couloir. Comment avait-elle fait pour ne pas les voir? En tout cas, cela l'incita à presser le pas.

Pour enfin tomber sur une salle où un peu moins d'une centaine de personnes étaient assises, face à une estrade où se succédaient divers orateurs.

-Et donc, déclara l'homme installé au pupitre, je propose que l'on fasse quelque chose. Il faut changer cette situation inacceptable.
-Je suis d'accord!
-C'est on ne peut plus vrai!
-Mais alors, que proposez-vous?
-Il faut reprendre le contrôle, déclara l'homme. Par la force ou le chantage s'il le faut. Mais je vous le répète: nous ne pouvons pas laisser le commandement décider arbitrairement de la composition de nos repas!
-C'est vrai, ça! J'en ai marre, qu'on ait de la viande rouge tous les soirs à cause du capitaine!
-C'est franchement pas pire que les horreurs demandées par mademoiselle Haylor, se plaint l'un des cuisiniers du navire. Et comme on a tout un stock de boyaux de brebis à l'oignon, je suis obligé de cuisiner ça... l'horreur.

Amy décentra son attention de l'estrade un moment, pour étudier la composition de la salle. Elle était large, probablement un genre d’entrepôt actuellement inusité. Ou reconverti durablement en salle de réunion géante: elle était bien équipée, et aménagée trop confortablement pour être un entrepôt. Autour d'elle se trouvaient des têtes inconnues pour la plupart, bien qu'elle pu notamment reconnaître...

-Tiens, vous voilà!
-Amy? Super, t'es venue! Je t'ai cherchée partout, mais...
-C'est toi qui m'a demandé de venir, tutoya du tac au tac la Mijako. Qu'est ce que c'est que ce coin?
-En quelque sorte... le syndicat du navire. On tient une réunion tous les mois, et tu tombes à pic.
-Un syndicat?

Amy se demanda à nouveau ce qu'elle faisait là. A peine arrivée, on allait lui demander de se faire mal voir en se la jouant militante revendicative? Sigurd avait l'air sympa, en plus. Pourtant, elle ne pouvait pas dire non sans savoir de quoi il en retournait. Aussi demanda-t-elle des explications.

-Mais je suis nouvelle, donc...
-Précisément! Donc prends un siège, installe toi bien, et ouvre grand tes oreilles. Désolée, c'est à mon tour dans vingt secondes, mais...

Natasha lui adressa un dernier sourire, puis fonça à la tribune, où elle s'installa rapidement et débuta son oratoire. Les autres syndiqués de l'ombre continuèrent pourtant leurs discussions à voix basses, s'attendant encore une fois à des propositions qui auraient tout aussi bien eu leur place dans un camp de vacances.

-Très chers collègues... nuahaha, j'adore dire ça... je vous l'avais déjà annoncé la dernière fois, mais j'ai depuis pu approfondir ma réflexion sur le sujet. Vous serez nombreux à l'avoir remarqué, et tous ceux qui ont servi sur plusieurs navires pourront le confirmer: le Tarmac est super, et nous sommes pratiquement tous contents de servir sur ce bâtiment.

Diverses approbations et hochement de tête affirmatifs apparurent dans l'assemblée. Ils avaient beau se la jouer syndicat de l'ombre et filtrer les entrants afin que la hiérarchie ne puisse pas prendre connaissance de ce qui se disait, c'était plus pour se la jouer dramatique que par nécessité. Encore que le capitaine avait déjà tenté de s'incruster discrètement, curieux de savoir ce qu'on pouvait bien lui reprocher.

-Mais heureusement, même quand les choses vont très bien, on peut toujours faire mieux. Et notre navire est gangrené par un mal qui sévit à la vue de tous sans que l'on ne puisse rien faire. Or il se trouve que... oui, tout à fait. J'ai un plan pour régler le problème principal du navire.
-Les toilettes délabrées du dock B? On arrive jamais à trouver des restes de fonds pour les réparer, et elles sont tellement mal placées qu'elle prennent plein pot au moindre combat naval.
-Euh... non. L'autre problème.

Tout le monde en eu le souffle coupé, à l'exception d'Amy qui ne comprenait pas grand chose. C'était quoi, ce cirque, d'abord? Alors que les murmures parcoururent l'assemblée, elle ne pu se retenir de poser la question.

-Dîtes, ça a l'air chouette, mais... de quoi vous parlez?
-J'y viens, Amy. Chers collègues, je vous présente donc, dans un projet exclusif et sans précédent dans la fière institution de la Marine, l'opération qui mettra du coton dans votre quotidien, nom de code...

Affichant son plus grand sourire (un peu inquiétant, d'ailleurs), Gurgenidze fit quelques pas en arrière et tira théâtralement sur un cordon qui pendait près du mur. Ceci eu pour résultat de dérouler une large banderole colorée. Et sur celle-ci, on pouvait lire...

-C'EST IMPOSSIBLE!!!, s'exclamèrent plusieurs sergentes.
-Ooooh, compris Amy. Alors j'avais raison?
-Ca ne marchera jamais...
-... mais si ça marche, ça déchirera.
-Euh... j'rien compris, se dirent la majorité des mecs de l'assemblée.

Sa banderole, Gurgenidze l'avait bricolée quelques mois plus tôt, déjà. Il lui avait suffit de voir les deux concernés pour envisager la chose. Néanmoins,

-Je vous présente donc LE plan qui fera du Tarmac le cadre de travail idéal dont rêvent des milliers de marines répartis sur toutes les mers du globe. Et ce rêve, nous pouvons le réaliser. Il aura pour nom de code, Sigurd X Haylor, et tout est dans le titre!

Ca y'est, elle l'avait dit. Et elle était très satisfaite, parce qu'aucun des mangas qu'elle avait lu n'avait jamais osé balancer un plan aussi dingue avec autant de chances de succès. Certaines personnes ont de l'espoir, mais les autres, ils repoussent les limites de l'extrême.

L'assemblée, par contre, avait tellement de mal à considérer la chose qu'elle était noyée dans un silence songeur. Était-ce seulement possible?

-Ce plan est basé sur un postulat simple: les contraires s'attirent. Et si vous les regardez bien, nos cibles sont tout à fait com-plé-men-taires. J'ai fait faire plusieurs tests de profil psychologique aux médecins du navire -tout à fait sérieux, même si j'ai modifié les informations administratives- et les résultats corroborent totalement mon intuition: on peut le faire, ils sont parfaitement compatibles. Et imaginez l'ambiance qu'aurait le navire si ses dirigeants avançaient main dans la main, avec le sourire, en roucoulant amoureusement entre deux réunions? Alors, ça serait pas mignon tout plein, comme tableau?

Malheureusement, personne n'avait les neurones assez souples pour concevoir une telle chose. Aussi la perplexité laissa-t-elle place à un grand vide, le temps que les esprits se remettent de ce difficile exercice. La lieutenante profita alors de cet instant de faiblesse pour leur démonter par A + B que Dogaku et Haylor étaient tout simplement fais l'un pour l'autre. Certains se laissèrent tenter par l'idée, qui s'était dangereusement implantée dans l'esprit des autres. Elle allait gagner.

-Mais j'ai pas tout compris, poursuivit Amy. Ca a l'air chouette, mais... pourquoi vous voulez faire ça?
-Simple, lui résuma Gurgenidze. Le navire dispose actuellement de deux individus au sommet de la chaîne hiérarchique, le capitaine Dogaku et la commissaire Haylor. Tous deux sont des personnes formidables et adorables qui font très bien leur boulot, même s'ils ont leurs petits défauts qui... peut être même parce qu'ils ont leurs petits défauts et manies, en fait. Le problème, par contre...
-C'est qu'ils ne s'entendent pas du tout?, devina Amy.
-Presque. C'est un peu plus délicat que ça... mais c'est long. Je t'expliquerais une autre fois, si tu veux...

Gurgenidze s'interrompit, et jeta un coup d'oeil au sablier qui trônait devant l'estrade. Son temps de parole était presque écoulé, et il lui fallait maintenant conclure au plus vite.

-Bref, passons aux choses sérieuses. Amy Mijako: j'ai maintenant, au nom de tout l'équipage, une requête à te faire. Tu es nouvelle sur le navire, et aucun des deux ne se méfiera de toi. Accepte-tu de nous aider dans notre projet?
-Euh... waow.
-Bien sûr, tu n'es pas obligée de répondre maintenant. Prends ton temps pour nous apporter ta décision. Et ne t'en fais pas, tu seras la bienvenue même si tu déclines: on n'a pas à t'embêter avec nos histoires.

Natasha ne s'inquiétait pas: elle avait épuisé les lettres des alphabets latins et cyrilliques à échafauder des plans pour rapprocher les deux futurs tourtereaux, et s'était lancée dans l'alphabet grec afin de poser ses jokers. Avec ou sans l'aide d'Amy, elle gardait des chances d'y parvenir, même si la nouvelle marine constituerait une alliée non négligeable. M'enfin. Faut dire qu'en s'y mettant à quatre vingt, ils auraient bien leurs chances d'y arriver, non?
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Re: Le Tarmac

Message par Amy Mijako le 20/5/2012, 21:18

Ca y est ! Elle était désormais lieutenante et avait sa première mission parmi la marine ! Amy se retint de sauter sur le pauvre matelot qui venait de lui annoncer la nouvelle. L'étouffer en le serrant dans ses bras tout en bondissant de joie pour sa première affectation n'était pas la meilleure réaction. Son attention lors des cours de navigation et ses bons résultats lors des tests lui valaient enfin d'être remarquée et affectée. Il faudrait qu'elle pense aussi à remercier d'anciens amis de son père pour leur influence...

Direction le Tarmac, un magnifique bâtiment qui avait il faut l'avouer une rumeur incroyable... Motivée à 200%, la jeune femme suivit docilement Sigurd, le captain' du bateau. Celui-ci semblait tendu, elle profitait tout de même pour fureter partout, un rien attirant son attention. Il faisait peut-être un temps de chien mais ça ne changeait rien ! Se désintéressant de sa tâche d'exploration, elle revint vers le capitaine croyant qu'il lui avait parlé.

-Vous m'avez parlé?,
-Uh? Ah non non non, jépajérien... enfin... je disais que ça faisait un moment, qu'on avait pas eu une nouvelle tête sur la navire. Ca fait plaisir.
-Vous voyez ce que je veux dire, enfin.
-Merci, moi aussi ça me fait plaisir d'être ici.
-Vraiment?
-Bien sûr. Quand on m'a dit que je recevrais ma première affection sur cet océan dans une mission de chasse au pirates, je m'inquiétais un peu, mais...
-Hein? Je croyais qu'on allait juste faire un peu de reconnaissance, fis-je, surpris.
-Ca n'est pas ce qu'on m'a dit
-Euh... ah donc? Alors qu'est ce qu'on vous a dit?
-Qu'un équipage de pirates avait pris le contrôle d'une île... euh... dont j'ai oublié le nom, désolé. Comme elle est très éloignée des routes maritimes habituelles, l'île en question a une très mauvaise visibilité... on a mis beaucoup de temps avant d'être au courant, vu que quasiment aucune patrouille ne passe à proximité. Elle contient pourtant une grande ville qui envoie trimestriellement des cargaisons de minerai, et c'est donc un convoi de marchands qui a transmit l'information... donc bien sûr, il nous faut vérifier de nous même ce qu'il en est, évaluer la menace et si possible tacler le problème.
-Oh. Bon, moins chouette que ce que je m'imaginais.
-Vous n'étiez au courant de rien ? s'étonna-t-elle.
-Non. En fait, on n'a pas encore reçu les instructions... ou alors... oh... ou alors... oh non.
-Un problème?
-Ou alors elles ont été déposées dans mon bureau et comme j'y suis pas retourné depuis hier matin...ouch. Faut pas que ça se sache, sinon Haylor va encore me tuer.
-C'est qui, Haylor?
-Commissaire du navire. Elle dirige les clampins de l'administration.
-C'est la cinquième fois que vous parlez d'elle, mais je ne l'ai pas encore vue.
-Soyez pas pressée, surtout. Rhayaya, qu'est ce que je vais faire maintenant? Euh... bon, alors mettons que je fonce voir si... ouais mais s'ils attendent un retour... ou alors je fais croire que... ah nan, j'l'ai déjà fait le mois dernier, ça marchera pas. Dans ce cas...

Amy cru avoir devant elle un capitaine qui était le dernier au courant sur son navire de la mission qu'on leur avait donné (hum hum)... elle accompagna cette découverte par un regard perdu et désabusé et une mine déconfite. Ils furent interrompus dans leur conversation par la lieutenante Natasha qui lui tendit un bout de papier avant d'emmener plus loin le capitaine. Amy retourna dans ses nouveaux quartiers et contempla le placard à balai qu'elle allait devoir maintenant occuper

*Mais c'est pas vrai, c'était qui le dernier occupant ? Comment peut-on supporter un tel papier peint ? Et puis...*

Elle soupira et se promit d'emmener tout ce qu'il lui faudrait pour refaire une décoration totale de la chambre, elle s'occuperait peut-être ensuite de celles de ses confrères... Elle lut aussi le petit mot de Natasha et lorsqu'il fut temps, alla au réfectoire vie. Heureusement elle tomba sur un gars bizarre qui l'emmena à... la réunion du syndicat du navire qui débattait sur la composition du menu... N'y ayant pas encore eu droit, elle ne participa pas au débat et attendit que la lieutenante passe. Celle-ci proposa quelque chose qu'elle ne comprit pas jusqu'à ce qu'on lui explique... Et surtout on voulait qu'elle soit celle qui créerait un début de relation entre les deux phares de leur navire ?

*Je suis nouvelle et Haylor je la connais même pas !*

Néanmoins elle hocha la tête et sortit. Ils étaient sympas mais quand même, elle venait juste d'arriver ! Par contre l'idée lui plaisait, elle avait envie d'essayer. Elle s'apprêta à tourner les talons pour prévenir Natasha de sa décision mais y renonça et décida de le lui dire la prochaine fois... Prochaine étape : rencontrer Haylor, seconde : lui donner un rendez-vous, troisième : donner un même rendez-vous au captain, quatrième : prévenir l'équipage pour rendre cela romantique à souhait !

Le lendemain matin, elle alla voir la commisaire. Celle-ci était déjà en tailleur, l'air strict et ressemblait du point de vue d'Amy à une secrétaire à qui l'on aurait fait boire une tasse de vinaigre avant de lui annoncer qu'elle était virée...

-Bonjour commisaire
-Bonjour.

Le ton sec et soudain de sa supérieure et son entrain à palabrer ne suffirent pas à arrêter Amy dans sa décision mais l'ébralèrent assez pour qu'elle soupire légèrement, lissa sa tenue et parle d'un ton soumis et audible ! (comme un solat au garde à vous qui parle à un supérieur pour être claire)...

-Amy Mijako, nouvelle lieutenante et navigatrice suppléante.
-Evangéline Haylor, commisaire.
-Excusez moi commisaire mais...
-Si c'est pour me poser des questions pendant des heures, c'est en dehors de mes heures de quart je vous prie.
-Justement commisaire, voudriez-vous bien que nous parlions disons pendant le repas au réfectoire, j'ai plusieurs questions à vous poser et ne veut pas dépenser votre temps.
-Euh... c'est d'accord.

Amy salua et repartit, dès qu'elle fut hors de vue, elle tira la langue à sa supérieure et s'empressa d'aller prévenir Natasha.

-J'accepte de vous aider et...
-Super !!!

Amy repoussa la chaleureuse étreinte de la lieutenante et continua :

-Il faut qu'ils se rencontrent au bon moment : j'ai trompé la commisaire pour qu'elle vienne au réfectoire, il faut qu'elle soit là-bas, seule avec le capitaine et devant un bon dîner aux chandelles. Préviens tout le monde de faire ce qu'il faut.

La pile blonde qu'était la lieutenante hocha la tête et partit convaincre les matelots. Pendant ce temps, Amy chercha après le capitaine pendat un quart d'heure sans le trouver, évitant le plus possible un énorme lion couché au milieu du pont. Les chats d'accord mais ces bestioles là non-merci. Elle fut interrompue par deux matelots qui lui apportaient une dizaine de kilos de tentures, peinture et matelas pour redécorer ses quartiers et lorsqu'elle revint sur le pont, elle ne vit plus le lion mais le capitaine était là...

-Capitaine, pouvez-vous m'accorder deux minutes ?

Celui-ci lui lança un regard vide et somnolant avant de se réveiller, une vague lueur d'intérêt dans ses yeux glauques de sommeil.

-Pourrai-je vous parler lors du repas ?
-Pourquoi pas tout de suite ?

Amy hésita, elle n'avait rien à faire et il était évident que le capitaine non plus, d'ailleurs parler ne l'embêterait pas...

-Euh... je dois aller aider Natasha et refaire la déco de ma chambre mais on se voit au réfectoire hein !
-Mai...

Amy s'était déjà enfuie et s'occupa effectivement de ses quartiers. Quand elle sortit, une odeur de propre l'accompagnait et ce qui lui servirait de chambre pendant le restant de leur mission était enseveli sous plusieurs kilos de tentures, tapis et matelas. Très confortable, le tout aurait plu au capitaine pour ses siestes pré et post-digestives.

Et maintenant, c'était l'heure du repas. amy croisa les doigts et espéra que tout marcherait bien sinon cela allait lui retomber dessus..
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Re: Le Tarmac

Message par Sonaka le 22/5/2012, 00:56

Haylor s'autorisa un léger sourire. Un repas de haut vol? Elle n'allait sûrement pas dire non. Cela pouvait tout aussi bien se faire aux frais de la maison, elle n'y voyait aucun inconvénient. Ca n'irait pas chercher bien loin: les ingrédients n'avaient pas étés commandés spécialement pour l'occasion, et le cuisinier souhaitait simplement s'entraîner pour un concours, lui avait-on dit. Aucun impact sur ses finances, pas d'abus de position, seulement de quoi oublier ses lourdes peines le temps d'une soirée. Et dieu savait qu'elle en avait grand besoin.

Pour autant, il y avait un point qui risquait de poser problème. Une chaise vide en face de la sienne.

-Je suppose que l'autre convive est Dogaku?
-Nous voulions au début faire des repas entre nous, expliqua l'un des cuisiniers, mais à la réflexion... puisque vous nous avez tous les deux fait une fleur le mois dernier, nous avons voulu vous rendre la pareille. Aujourd’hui, vous êtes nos invités.
-Je vois, je vois.

Elle rumina sombrement quelques instants, avant que l'alléchant fumet ambiant ne la ramène à de meilleures dispositions. Tant pis, se dit-elle. Il ne restait plus qu'à espérer que les plats rattraperaient largement la compagnie.

Ca s'annonçait plutôt bien parti, se dit-elle en glissant un oeil par dessus l'épaule de son interlocuteur. Les amuses-bouches venaient de faire leur première sortie, digne et flamboyante, à la manière des parades militaires dont la marine avait le secret.
Pour la distraire en attendant Dogaku, le serveur improvisé de la restauration énumérait les ingrédients employés dans les diverses préparations, essayant de faire deviner à la commissaire l’origine et la culture entourant les plats.

-Du beurre d'agave, du saumon, de l'huile d'olive, des câpres, de l'ail, des anchois...

Parmi l’équipage, nombre de personnes considéraient le Programme S-X-H (nom de code donné à la proposition retenue numéro 034-R, « Sigurd X Haylor ») comme étant à peine plus qu’une énorme blague vouée à l’échec. Pour autant, peu de monde voyait le moindre inconvénient à laisser ceux que cela intéressait manœuvrer à leur aise pour faire avancer leur projet.

Ni même à leur donner un coup de main à l’occasion lorsque cela leur permettait d’égayer leur train-train quotidien.

C’est ainsi que les marins en charge de la restauration du Tarmac avaient été recrutés par la demoiselle Amy Mijako, dont le grade d’officier se voyait renforcé par le titre sensiblement moins officiel d’Agent du Syndicat de l’Ombre.
En marge de la hiérarchie militaire, son accréditation ASO-000 (agent fantôme) lui permettait globalement de fourrer son nez pratiquement partout, avec la complicité de tous les syndiqués et en n’ayant de comptes à rendre qu’à la lieutenante Gurgenidze pour laquelle elle faisait office de bras armé. Ou en l’occurrence, de cupidon. Sa principale contrainte était que les deux supérieurs du navire ne devaient pas avoir le moindre soupçon quant à son statut officieux.

Parmi les cuisiniers, il y en avait un qui avait particulièrement bien réagi à la demande -la réquisition- d’Amy. Un homme énergique et vigoureux, bien que fluet, en fin de trentaine, qui voyait là dedans une excellente occasion de laisser sa créativité s’exprimer. Le défi l’inspirait : ça n’était pas un délicat diner aux chandelles qu’il devrait préparer, mais quelque chose de bien plus subtil, à la limite de l’insidieux, que son art devrait intelligemment soutenir et accompagner durablement, de par son statut de première étape.

Il avait naturellement prit la tête de l’unité pour cette tâche, ce qu’il faisait déjà une fois sur deux en temps normal.

Aujourd'hui, on lui laissait l'occasion de s'amuser, et surtout même de faire ses preuves. Il comptait bien en profiter: Dogaku comme Haylor étaient des bons, selon lui. Manque de chance, ils étaient probablement trop jeunes pour lui servir d'ascenseur. Son objectif n'était ni plus ni moins que de finir au service d'un haut gradé de la marine, au moins membre de l'amirauté. Pour autant, la commissaire lui avait accordé du temps libre à consacrer à la préparation requise, et il avait bon espoir de tirer du capitaine une recommandation peut être déterminante dans la quête de son Graal.

De plus… la nouvelle lieutenante, qui avait fait le tour de l'équipe pour dégotter le plus à même de réussir ce repas, était sacrément mignonne, une future jeune femme toute de miel et de sucre... et aussi remuante qu'une môme accro aux confiseries, pensait-il. Cela lui faisait penser à sa propre fille, et le mettait véritablement de bonne humeur.

Il allait se défoncer.

-Qu'est ce que c'est?, questionna Haylor, vaincue par la couleur d’une hypnotisante pâte bleuâtre qu’elle ne parvenait décidément pas à identifier.
-Excellente question... mon collègue n'a pas voulu me le dire.

Le pain était clairsemé de graines que l’on ne trouvait guère aisément en dehors d’East blue : elles provenaient manifestement de réserves constituées pour les petites occasions de ce genre. L’espèce de gélatine aux allures de confiture provenait d’une algue de haut fond, que l’on se procurait aisément dans les environs de Kawaguchi. La bouillie couleur d’algue, c'était de la tapenade, très bien : des olives, des câpres et du poisson soigneusement pilés. Mais le beurre d'agave... l'agave était une plante poussant habituellement en milieu aride. On la connaissait notamment comme ingrédient incontournable de la Tequila. Qu'est-ce que cela venait faire là?

-Plus important... il où est, le Sigurd?, s’empressa une voix frustrée.

Amy avait mit le paquet sur la préparation, soit. Pour être plus précis, elle avait réussi à communiquer son énergie à toute l’équipe. Néanmoins, rien de tout ceci ne pouvait servir si Dogaku restait absent. Gurgenidze, qui était venue pour suivre le déroulement de la première du Programme S-X-H, commençait à pester contre l’insouciance du capitaine, apte à saper ses plans dans les grandes largeurs.

-Dans son bureau, probablement.
-Hein? Sigurd dans son bureau à cette heure, faut être débile pour penser ç... gasp, Haylor?
-Nous sommes en fin de semaine, expliqua la commissaire. Il passe toujours ces soirées dans son bureau.
-Ah? Et qu’est ce qu’il y fabrique, comme ça?
-Il travaille.
-Il… QUOI? Mais c’est pas le bon jour, didiou! Et puis non, dans son bureau, c’est que de la paperasserie qu'il peut faire à cette heure, et il fait jama…
-Ou s’en donne l’impression pour se rassurer, c’est à voir. A l'heure qu'il est, il doit avoir fini sa première tranche de dossiers, et attaqué ses mots croisés en guise de pause... j'imagine.

Ils avaient choisi le seul jour de la semaine où la mauvaise conscience -ou la bonne volonté- du pantouflard daignait se manifester physiquement. Une guigne dont ils se seraient bien passés.
D'un autre, coté, ils n'avaient aucun moyen de le savoir.

Seul quelqu’un qui cherchait, ou avait cherché, à le prendre au fait sur la moindre de ses insuffisances, et qui s’était donné les moyens de se renseigner, pouvait aussi bien tracer ces choses là. Très précisément.

-Vous feriez mieux d'aller le chercher, conseilla Haylor. J'imagine qu'il ne résistera pas longtemps si vous insistez, mais si c'est le cas... eh bien... dîtes lui que je l'aiderais à finir ses dossiers. Exceptionnellement. J'ai faim.

Amy accepta aussitôt sa proposition. Elle amenait le Sigurd à table, et s'arrangeait pour assurer un second rendez-vous entre les deux gradés par la même occasion, pour « finir les dossiers ». Strictement professionnel, bien sûr. Haha. Jusqu’à ce qu’elle leur monte un second plan dans la même veine que celui-ci.
Un verrou qui se coince, une porte qui se grippe, ou une armoire malencontreusement oubliée du mauvais coté de la porte en vue de la coincer, et voilà les deux tourtereaux qui seraient obligés de passer la nuit ensemble, si ça n’était plus.

La demoiselle s’arrêta un instant, surprise de voir son imagination défiler aussi vite. Pour Amy, ce petit jeu n'avait ni queue ni tête, mais il devenait aussi amusant que stupide.

-Comment vous savez ça?, questionna Gurgenidze.
-Il les laisse toujours traîner à coté des registres officiels, alors évidemment... je fais un peu de rangement lorsque je dois les remplir, et je me débarrasse de tout ce qui est inutile. Il suffit de regarder l’enchaînement des documents dans la pile. C’est comme de la stratigraphie, les plus anciens documents sont enterrés au fond.
-Débarrasser… vous jetez tout? Et il se laisse faire?
-Oh, si, il essaie parfois de les cacher... mais n'a vraiment aucune imagination. Une fois, j'ai du me débarrasser d'un numéro spécial, uniquement composé de grilles hors-niveau... vous auriez du le voir me tourner autour désespérément, probablement pour me demander si je les avais vu, sans oser tenter sa chance. Il me faisait presque de la peine, le pauvre.

Haylor laissa à Amy une très désagréable impression: elle avait l’air sincèrement amusée par le tourment que s’infligeait son collègue, et qu’elle accompagnait visiblement davantage pour le corriger que par méchanceté. Mais au moins, il la faisait rire. C’était déjà un bon point. Il ne restait plus qu’à faire évoluer positivement cette première piste.

-Il a d'ailleurs bien fait de se taire, continua-t-elle, parce que je ne l'aurais pas épargné…

Ou alors ils composeraient un couple sadomasochiste de premier choix, et la boule de nerfs qu'était le capitaine mourrait prématurément d'un cancer lié au stress avant d'atteindre la quarantaine.
Ca restait à voir.
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Re: Le Tarmac

Message par Sonaka le 12/7/2012, 13:44

Roche volcanique ténébreuse.

Les mots lui vinrent à l'esprit spontanément, avec un minimum de concentration sur ce qu'il faisait. Comme bien souvent. Dogaku avait déjà abattu tant de grilles que de nombreux automatismes faisaient surface sans qu'il s'en rende compte.

-Bin, en dix lettres, ça doit être obsidienne. Ou kimberlite, chais pas la couleur que ça a... encore que j'les vois mal placer un k dans le coin. Haha, fastoche.

Il allait pouvoir passer sa soirée tranquille: personne ne passait dans le couloir, Masaka avait réparé la porte avant son départ, tous les bureaucrates venaient de finir leur service, et de toute manière, Dogaku s'était constitué parmi les chargés d'entretien un efficace réseau d'observateurs, aptes à le prévenir de la venue de tout indésirable avant incident.
En premier lieu, Evil, qui était actuellement en train de déguster loin de lui les excentricités gastronomiques de leurs marmitons. Il était parfaitement couvert de ce coté là.
Mais parfois, d'autres personnes devenaient tout aussi indésirables. Et l'une d'entre elles s'approchait à grands pas, et avec suffisamment peu de discrétion pour que qui que ce soit n'ait le moindre besoin d'envoyer un signe au capitaine.

La porte s'ouvrit en grand, malgré la résistance fournie par ses gonds volontairement mal entretenus. Rien ne pouvait résister à l'apparente bonhommie de Natasha Gurgenidze lorsqu'elle avait une idée en tête.

-Caaa-piiiii-taine?
-Chuis là, bonsoir.
-Ils m'envoient vous dire qu'on vous attend, au mess. Vous venez manger?
-Ah?
-Vous aviez dit que vous viendrez, apparemment, faussa la lieutenante.
-Euh, oui. Dîtes leur que je suis désolé, j'ai eu un empêchement, récita-t-il d'un ton jovial qui suintait tout autant de mauvaise foi.
-Vraiment?
-Eh oui, ça arrive. Qu'ils mangent sans moi, sinon ils vont attendre vraiment longtemps, insista Dogaku en souriant.
-Mmmmh...

Gurgenidze balaya la salle du regard, à la recherche dudit empêchement. La pile de dossiers à traiter était bien en deçà de son niveau critique, selon l'échelle de la procrastination improvisée par le capitaine. Celui-ci avait prit l'habitude de tout empiler au même endroit, sur un buffet près d'un mur, sur lequel il avait inscrit quelques graduations empiriquement ajustées pour lui permettre d'en venir à bout.

La pile venait tout juste de dépasser le "Demain, j'm'en charge" gribouillé au crayon sur le papier peint. Rien d'inhabituel, et largement éloigné des plus inquiétants "Dame Chance, à l'aide!" ou encore "Contacter Evil Haylor".

-Quel genre d'empêchement?
-Un empêchement, répondit-il simplement.
-C'est pas une réponse, ça.
-C'est pas vos oignions, non plus.


Manifestement, il ne voulait pas venir, comprit la lieutenante. Ce qui allait lui poser quelques difficultés, pourtant inattendues. Un repas parlait facilement au ventre sur pattes qu'était Dogaku. Etrangement, Haylor avait été celle qui avait le mieux répondu à la gourmandise. Mais si lui ne voulait pas venir...

Zut. Elle ne pouvait quand même pas s'énerver sur lui et le contraindre à se rendre docilement là-bas, non? Il restait son supérieur, et la familiarité était à prendre avec des pincettes lorsque l'on souhaitait taquiner ou rabrouer Dogaku.

-Mais enfin, ils vous ont fait un repas, allez-y! A votre place, je ne me ferais pas prier...
-Je ne peux pas.
-Mais si, quand on veut on peut. Allez hop, debout.
-Non?
-Si!
-J'ai dis que je ne peux pas...
-Rhooooo, ça va, hein. On dirait plutôt que vous ne voulez pas.
-Si je vous dis que j'attends un coup de fil important?
-A cette heure?
-Si je vous dis que c'est précisément très important?
-Seul?
-Confidentiel, ça existe?
-Donc vous seriez le seul sur le navire à être concerné?
-Possible. Ou alors c'est quelque chose d'ordre personnel, genre mon frangin qui est à l'hôpital ou je ne sais quel truc horrible qui ne vous concerne pas le moins du monde.
-Pipeau, pipeau, pipeau. Levez vous et suivez moi, ils vont m'en vouloir si je vous ramène pas, insista Natasha.
-Ah non, vous ne pouvez pas me donner d'ordres. Par contre, moi...
-Vous avez peur d'Haylor, c'est ça?
-Plus du tout, et encore moins au point de me calfeutrer dans mon bureau, voyons. Nan, ça n'a rien à voir.

Sigurd décida de l'exaspérer encore un peu plus, et se remit à ses grilles de lettres. Se retenant à grand peine de trépigner hystériquement sur place, elle respira un bon coup et répéta sa question.

-Capitaine, vous jouez à quoi exactement?
-Mots croisés.
-Répondez bien ou...
-Ou?
-Je cafte tout à Haylor.
-Meuh, c'est pas du j'jeu, ça. Et je viens déjà de vous dire que ça n'est pas elle, le problème.
-Donc je peux la prévenir?
-Aucun soucis, elle préfèrera sûrement vous inviter à sa table à ma place.
-Hurmfgrumbfrouphtl...

Dogaku gomma tranquillement ses repères, et effectua ses corrections avec la même lenteur désespérante. Finalement, il leva le nez de ses mots croisés pour le diriger vers sa lieutenante. Ca ne l'empêcha pas de continuer à choisir ses mots: sa lieutenante était une bombe volubile qu'il était fastidieux de supporter une fois amorcée.

-Bon, comment vous dire ça..?, commença Dogaku.
-Arrêtez de gagner du temps.
-Oh ça j'ai arrêté, là je cherche juste à ne pas vous vexer.
-Ah oui? Allez-y pour voir?
-Vous êtes sûre?
-Je suis morte de peur. Allez-y, j'aime frissonner.
-Je suis au courant pour votre plan débile concernant Haylor.
-Quoi donc?
-Haylor et moi.
-Ah bah... euh? Plan débile?
-Mmmh?
-Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler, mentit-elle du tac au tac.

Elle le regarda très bizarrement pendant une bonne dizaine de secondes. Elle voyait parfaitement de quoi il voulait parler. Sauf en quoi son plan était digne d'être épinglé "débile". Elle finit par abandonner, en voyant Sigurd inhabituellement confiant, voire même moqueur.

-Mince!
-Tout à fait. Sigurd X Haylor. J'ai même pas envie de demander d'où peut sortir un truc aussi tordu.
-Tordu???
-Ouais, je reste sympa sur les termes.

-Comment vous avez su?
-Haha, ça je ne le dir...
-..., le dévisagea mortellement la boule de nerfs.
-Okay, okay. Alors, premier point, je suis très doué pour laisser traîner mes oreilles. Dame Chance avait l'air de dire que si je n'avais pas été dans l'armée, j'aurais pu faire détective.
-Bin voyons. Et pourquoi pas archéologue, hein?
-Point numéro deux, continua Sigurd sans relever, il semblerait que personne ne porte la moindre attention à un gros lion lorsque celui-ci fait sa sieste sur le pont du navire. Et vous n'imaginez même pas jusqu'où ces oreilles peuvent entendre.
-Je croyais que vous ne pouviez pas nous comprendre, quand vous étiez transformé?
-Je ne peux pas parler, mais je comprends tout.
-Euh? Mais c'est d'la triche, on savait pas!
-Je ne l'ai jamais caché...
-Humf, se renfrogna la concernée.
-Accessoirement, troisième point, j'ai rigolé toute la journée rien qu'en pensant à votre truc. Sigurd X Haylor? Excellent, on se croirait dans le fan-club d'une saga-feuilleton ou je ne sais quoi. Juste pour rire, comment vous avez pensé à ça? Y'avait pas un festival pour les hardcore du soap-opéra, à notre dernière escale? Chavais pas que vous étiez dans ces trucs.
-Ca n'a rien à voir!
-Si vous l'dîtes.
Pis pourquoi moi c'est Sigurd alors qu'elle c'est Haylor? On m'prend jamais au sérieux, zut. Fallait faire Dogaku X Haylor ou Sigurd X Evangeline, pour faire correspondre le truc. 'Fin voilà, quoi.
-Hurmf, déclina à nouveau l'experte, peu tolérante aux critiques.

Le capitaine s'interrompit un instant, distrait par un bruit qui émanait d'une pile de formulaires quelconques. Une succession de bips grésillants et hoqueteux, doublés de quelques éternuements suraigus. Les symptômes habituels d'une pulmoninoxyménie tertiaire, maladie du travail bénine mais largement répandue chez les escargophones en affectation sur GO. Visiblement, Scott, l'animal favori du capitaine avait souhaité lui rendre service dans le "traitement" des dossiers en cours, et ingurgité un peu trop d'encre dans la foulée. Son teint bleuâtre n'était décidément pas beau à voir.

-Oh non, réalisa la lieutenante. L'autre jour, quand vous avez dis que votre escargophone avait mangé vos devoi... dossiers. C'était vrai?
-Bwaaah, pas grave. J'ai l'habitude d'être la risée de tout l'équipage, le principal sujet des blagues sur les blonds, le meilleur acteur à insérer dans les scènes comico-pathétiques, et...
-Arrêtez, s'il vous plait. J'vais me sentir mal pour vous...
-C'est le but.
-Mais on vous aime tous, voyons!

-Non, mais plus sérieusement, c'est pas du tout un bon plan. Haylor ne peut pas me sacquer. Si vous cherchez à me coincer plus souvent avec elle, vous multipliez les chances que j'ai de faire une gaffe abominable qui va la mettre en rogne. Ce qui va pourrir notre vie à tous, parce que Evil grincheuse est sensiblement plus irritable qu'en temps normal, et qu'en plus je serais occupé à me calfeutrer au lieu de vous chouchouter. Ce qui nous amène donc à CQFD, mauvaise idée.
-Vous nous chouchoutez, vous?
-C'est pas Tenaka ou Way Dak qui vous auraient laissé repeindre le réfectoire en rose, j'vous signale.
-Rénovation collective du bâtiment pour favoriser la cohésion de l'équipage.
-Du rose!
-C'était un vote. Et c'est fuchsia, pas rose.

-Mwouais bref. Donc maintenant, vous savez que je sais. Et que je pense que c'est une très, très, trèèèèès mauvaise idée que vous avez eu là. Ce qui m'amènera à conclure par...

Dogaku déposa délicatement son escargophone à portée de sa laitue, et retourna auprès de son imposant fauteuil de cuir. Il se laissa lourdement tomber dans cet amas de confort qui avait parfaitement épousé sa morphologie avachie au fil des saisons, et jeta un dernier regard à sa lieutenante avant de s'en retourner à l'énigmatique définition de la colonne numéro 3, en six lettres.

-Pour faire simple, vous ne me ferez jamais bouger de ce siège. Laissez tomber.
-C'est ça. Vous, vous ne savez pas encore ce que je peux faire, hein?
-Vous ne pouvez absolument rien faire. Je ne vais sûrement pas me jeter dans ce traquenard. Vous feriez mieux d'aller les voir avant que ça ne refroidisse, ça serait dommage pour Evil.



*
* *



-Mmmmh... comment vous avez fait?

Il avait bougé de son siège. Ca n'avait même pas pris cinq minutes.
Dogaku ne savait absolument pas comment, mais sa lieutenante avait réussi à suffisamment se prendre la tête toute seule pour l'amuser considérablement. Il avait alors baissé ses défenses, et s'était stupidement dit "pourquoi pas, après tout". Peut-être était-ce parce qu'il avait fini sa grille. Qu'il commençait à avoir faim. Et que la menace d'une ennemie supplémentaire dans la hiérarchie du Tarmac ne l'enchantait pas le moins du monde. Aussi avait-il finit par plier.

-Je suis trop forte, tout simplement.
-Vous avez utilisé Amy?
-Comment ça?
-Elle a pas un fruit pour manipuler les gens ou un truc du genre?
-Non, capitaine. J'ai juste été très persuasive avec vous.
-Bon. Tant mieux. Laissez la en dehors de vos bêtises.
-Euh..? Oui, oui.
-Vous ne lui avez rien demandé de bizarre, hein?
-Bien sûr que non, voyons...
-D'accord. Continuez comme ça.

La lieutenante, pourtant tendue, venait de remarquer la portée de son mensonge: Dogaku semblait ignorer qu'Amy était dans le coup. Elle n'avait pas grillé toutes ses cartouches, visiblement.

Restait juste à empêcher Sigurd de tout faire échouer. La tâche s'annonçait difficile, maintenant. Il avait presque l'air de bonne humeur, ce qui le rendait au moins aussi maladroit que quand il était craintif.

-Donc, je me la joue séducteur invétéré, casanova de carnaval, mâle alpha carnivore ou bien beau gosse ultra ténébreux?, rigola vertement Dogaku.
-Ne faîtes pas l'idiot... vous êtes vraiment un gamin, quand vous vous y mettez.
-Qui c'est qu'a commencé à vouloir jouer à la poupée avec deux personnes?
-Je ne joue pas à... quoi que, une seconde... bon, bon, je me suis peut être un peu enflammée, feignit-elle.
-Tiens, vous finissez par admettre?
-Bien sûr. Que non.
-Merci beaucoup.
-Mais je reste convaincue qu'il faudrait que vous vous entendiez avec Haylor bien pour que tout aille mieux.
-Mmmmh...

Oui, bien sûr. C'était pour ça, que Dogaku avait accepté de tenter l'aventure, et quitté la relative sécurité de son fauteuil pour un tête à tête avec sa nemesis. Parce qu'en dépit de son radicalisme exacerbé, l'idée de Gurgenidze était fondée sur quelque chose de sensé: s'il parvenait à dompter Evil, le quotidien de tous s'en verrait significativement amélioré.
Restait à savoir comment faire, et s'il survivrait à l'opération. Cela ne serait sûrement pas sans heurt, et Dogaku était désespérément vulnérable à l'effort en pareille situation.

-Si on vous aide à vous faire bien voir? Qu'on vous coache un minimum? A apprendre comment être un super capitaine qui synergise parfaitement avec sa super commissaire?
-Vous avez déjà été super capitaine, vous?
-Ca c'est du détail, voyons. Et je suis déjà super, capitaine on verra plus tard.
-Et pourquoi moi je devrais me faire coacher, et pas elle, d'abord?

Gurgenidze réfléchit un instant de répondre. C'était le moment de gagner des points dans sa coercition, bien entendu. Ce qui s'exprimait là n'était, pour elle, que la vieille rengaine de son capitaine en quête de reconnaissance malgré la concurrence de sa commissaire. Tout ce qu'elle avait à lui dire, c'était que même s'il ne payait pas de mine, paressait à la vue de tous et qu'Haylor était mille fois plus professionnelle que lui...


... eh bien...


... zut. Elle devait lui trouver un compliment, mais rien de carré ne lui vint en tête sur le moment.

-Parce que vous êtes...
-N'allez surtout pas me dire que c'est ma faute si elle est horrible.
-... beaucoup plus conciliant qu'Haylor.
-Comme par hasard. Allez lui apprendre la conciliation dans ce cas.
-Oh mais... j'y compte bien, improvisa Natasha.
-Hum.
-Alors, qu'est ce que vous en dîtes?
-Sur le fond... je dirais que ça se tient, ouais.
-Donc, marché conclu?
-On va dire ça pour le moment, en tout cas. Vous m'aiderez à faire mes dossiers?
-Euh...
-Les retards, c'est pas bon pour se faire bien voir, non?
-J'imagine...
-Héhé, je crois que je vais aimer finalement.
-Je ne pensais pas vraiment à ça, au débu...
-Dame Chance, bien joué!


Voilà. Elle aidait le capitaine à se faire voir favorablement d'Haylor, ce qui apaiserait les tensions réciproques. D'un autre coté, elle intriguait du côté de la commissaire pour que elle, elle tombe sous le charme de Dogaku et oriente la suite des opérations dans le sens qu'il fallait. Gurgenidze se repencherait sur le cas du capitaine ultérieurement, elle venait déjà d'obtenir sa première victoire. Comme ça, elle n'avait plus qu'à concentrer ses efforts sur une seule des parties.

Oui, en fin de compte, c'était très bien. Elle venait à l'instant de convaincre Dogaku de l'aider à accomplir son plan. Un allié de premier choix compte tenu de sa situation.

C'était nickel.
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Re: Le Tarmac

Message par Sonaka le 18/11/2012, 15:29

Finalement, Dogaku et sa lieutenante arrivèrent jusqu’au réfectoire, où une table avait été dressée pour l’accueillir lui et… Haylor.

-Tiens tiens, qu’avons-nous là! Alors vous avez réussi à le ramener?
-Réussi? Eh oh, c’est moi qui ai décidé de venir!
-Pas exactement, mais le résultat sera le même.
-Résultat? Vous rêvez totalement si vous croyez que je vais fricoter avec Evil!
-Comment cela?
-Eh bien, il s’avère que le capitaine est… au courant pour notre plan. Toutefois, il a accepté de nous apporter son aide.
-Hhh? Vrai-vrai-vrai-m-m-ment? Capitaine?

Le maître de table n’en croyait pas ses oreilles. C’était trop beau pour être vrai. La lieutenante Gurgenidze avait organisé ce repas en tête à tête entre Haylor et Dogaku pour améliorer l’état de leurs relations, et accessoirement (objectif aussi espéré qu’impensable) pour en faire le couple d’officiers le plus apprécié de toute la Marine.
Néanmoins, ils s’entendaient jusque là si mal qu’il n’aurait jamais imaginé qu’en fait…

-Top top top, commencez pas à rêver ça se voit dans votre regard. Ca va faire déjà un bail que je m’entends mieux avec Haylor qu’aux débuts du Tarmac, et là j’ai juste une occasion d’arrondir encore un peu plus les angles pour que tout le monde soit plus content dans la mécanique quotidienne, donc je me ramène. Point barre. Vous faîtes pas de films sur des trucs farfelus.
-Oh.

Soit, pensa le maître de table. Ainsi, le processus de réconciliation s’était naturellement enclenché entre les deux officiers. Cela ne les arrangeait, lui et les autres intrigants, que trop bien: ils avaient ici la confirmation que leur plan était fondé sur du concret, et le fait que le capitaine maintenant au courant souhaite participer activement à la conquête du cœur de…

-Naaaan, je vois encore des pépites colorées dans vos yeux, donc je vais me répéter bien lourdement pour insister.
1) Je suis là pour: qu’on apprenne à mieux se connaître, se comprendre et surtout, vraiment et avant tout, se supporter mutuellement.
2) Je ne suis pas là pour: séduire, charmer ou courtiser Evil de quelque manière que ce soit.
Message reçu?

-Hooo, lâcha-t-il, déçu. Vraiment pas?
-Absolument pas, rectifia Dogaku.
-Lieutenante?
-Eh bien, après un petit entretien avec le capitaine, je me suis moi aussi dis qu’il valait mieux revoir nos objectifs à la baisse, dans un cadre plus… réaliste… disons.

Le ton qu’elle avait employé semblait très fortement réticent, mais ça n’était que pour mieux convaincre Dogaku du poids qu’avait eu sa coopération dans la modification du Programme S-X-H. Elle avançait à la suite du zoan, et par-dessus son épaule, elle envoya clairement au maître de table un clin d’œil sans équivoque: malgré son discours politique, elle n’abandonnait aucunement son idée d’union matrimoniale entre leurs deux supérieurs adorés.

Aussi, lui non plus n’allait sûrement pas arrêter son lobbying.

-Mmmh… bon, dans ce cas, j’ai du mal à comprendre, Monsieur. Sauf votre respect, mais… si ça n’est pas par timidité que vous vous êtes montré réticent à venir, pourquoi vous êtres fais autant attendre?
-Moi j’timide?, protesta-t-il en se retournant, faisant désormais dos au réfectoire.
-C’est amusant, mais je vous vois difficilement dans le genre casanova prédateur et carnassier, capitaine.
-Toujours les extrêmes? Y’a aussi un truc qui s’appelle « normalité » dans la vie, même si c’est vrai qu’on est assez mal barré sur ce point dans la marine…
-D’un autre coté, votre ex’ m’a raconté pas mal de…
-CHUT! CHUT!
-Mais si…
-Nan! Personne doit savoir pour Nera’!


Pauvre Dogaku. Il était pourtant particulièrement bien placé pour savoir que le navire était truffé de potins. Et celui-ci en particulier rodait régulièrement du coté de la cafétéria depuis quelques jours.

C’était d’ailleurs en laissant traîner ses oreilles qu’il avait apprit les magouilles le concernant, lui et Evil. Il avait rit. Beaucoup rit. Puis s’était furieusement creusé les méninges. En fait, ça l’intéressait beaucoup plus que ce qu’il était disposé à laisser croire.

-Vous n’aviez donc aucune raison de ne pas vouloir venir ici, non?, interrogea le vieux marine, perspicace.
-Hein? Bien sûr que si. J’ai même plusieurs excellentes raisons.
-Que vous vous sentez disposer à nous faire connaître?
-Vous êtes sûr?
-S’il vous plait.
-Mmmh… je vais rien vous apprendre, mais… primo, un repas en tête à tête avec Evil, c’est prendre le risque de me retrouver en punching ball exclusif de sa majesté des papelards pendant une bonne heure au minimum. Tout ça sans avoir la chance de pouvoir m’échapper ou même de respirer autrement qu’en plaidant les toilettes. Sérieusement, vous avez une idée du moral au ras du plancher que j’aurais après pareil traitement, si ça vire à la fusillade? Quand elle me regarde comme ça, franchement, j’ai peur pour ma vie. Mais dans le genre, vraiment y’a un truc qui cloche.

Gurgenidze hocha la tête, compatissante.
Elle se retint surtout d’afficher un sourire diabolique à la vision d’Amy, qui venait de les rejoindre accompagnée de la principale concernée de cette discussion.
Haylor.
Toutes deux se tenaient silencieusement dans le dos de Dogaku, se contentant d’écouter attentivement tout ce qui se disait sans en rater une miette. Très conscient de cela, le maître de table chercha donc à orienter la discussion de manière à ce que le capitaine mette complètement les pieds dans le plat.

-Monsieur, vous exagérez, voyons… .
-Que si, j'ai raison. La preuve: secundo, vous mêmes, vous n'en auriez pas la moindre envie, du repas avec elle. J'ai tort?
-Euh…

Finalement, il n’était pas sûr d’apprécier la tournure que prenait la discussion. Parler de la commissaire dans son dos quand on lui faisait face était affreusement délicat.

-Je ne vois absolument pas pourquoi vous…

Sauf quand on n’en avait pas conscience, bien sûr.

-Hein? On parle de se retrouver coincé seul à table en face d'une grippe-sec psychorigide au regard frigorifique, je vous rappelle. Haylor, la Bureaucrate Bourrue, oui? Youhou, vous me recevez? Celle qui vous refroidit l’humeur d’un regard, vous pourrit la journée en quelques répliques, et daigne éventuellement vous laisser en paix quand la paranoïa vous mine déjà suffisamment bien comme ça?

Dogaku était lancé dans ses explications, et ne prêtait guère plus attention à personne d’autre qu’au chef de salle qu’il tentait de ramener à la raison.
Aussi, lorsque les traits de la commissaire se firent grinçants et qu’elle ouvrit la bouche, outrée de l’entendre parler ainsi d’elle, Gurgenidze s’efforça de la faire taire d’un regard appuyé, l’invitant à entendre la suite avant de le foudroyer sur place.
Evangeline manqua de protester. Espionner les gens de la sorte n’était pas dans ses habitudes. Mais un quelque chose de particulièrement malicieux dans le regard de sa collègue lui fit garder le silence.

Finalement, la fibre sadique d’Haylor résonna correctement à cette idée, et elle se rasséréna, décidant avec satisfaction que si elle devait rabrouer Dogaku jusqu’à le néantiser pour le restant de ses jours, elle pouvait tout aussi bien étendre la liste de ses griefs avant de procéder à l’exécution proprement dite.

-Oui, mais, tenta le vieil homme. Enfin... je crois que vous exagérez...
-Probablement, oui, renchérit Gurgenidze sans vraiment y croire.
-Vraiment? Et vous vous sentiriez de me faire la démonstration de suite?
-Bin...
-Pas exactement, d'accord, concéda Natasha.

Haylor fronça à nouveau les sourcils suite à ces réponses. Ce que les interlocuteurs de Dogaku peinaient à déclarer ne lui plaisait guère. On lui reprochait quelque chose, comme ça? Et la lieutenante qui répondit à cette pensée par un regard approbateur… comment ça, elle jouait aux tyrans? Sa majesté des paperasses, qui daigne épargner ses sujets dans ses bons jours? Elle tourmentait les gens, elle? Vraiment?

Tout ça allait très mal finir. Elle voulait des explications.

-Seulement pas exactement?, insista le capitaine, toujours inconscient du danger qu’il courait.
-Eh bien... euh...
-Vous ne savez pas quoi répondre, hein? Haa-haa! Donc je viens de vous torpiller?
-Boah, c'est une excuse, ça. Vous n’allez quand même pas…
-Haa-haa! Vous lâchez du terrain, vous changez de sujet, vous passez à la suite, donc j’ai le dernier mot! Haa-haa!
-…
-Haa-haa!
-Capitaine, s’il vous plait.
Haa-h… okay, okay. Mais donc j’ai raison, hein?
-Oui, oui, on ne peut pas dire que vous avez tort, c’est clair, grommela Gurgenidze en craignant dès à présent comment ces paroles lui retomberaient dans les dents une fois Haylor remise en action.
-Et vous?, demanda Sigurd à l’autre.
-Je ne… pense pas, capitaine.

Le vieil homme était beaucoup plus frileux à l’idée de qualifier la commissaire, surtout à la vue des étincelles qui semblaient darder des yeux de la concernée. Ils avaient beau faire en sorte que Dogaku joue carte sur table, tout cela n’allait pas se faire sans dommage collatéral, visiblement. A moins que son instinct de vieux grigou n’ait vu juste dans le jeu du jeune blondinet.

-Donc vous êtes en train de nous dire que vous n’aimez pas du tout madame la commissaire, c’est bien cela?
-Faux!, insista Dogaku. Allez pas non plus m’enterrer, hein, j’ai rien contre Haylor. Techniquement, je dirais plutôt que c’est elle qui a quelque chose contre moi, mais moi je dirais plutôt que… enfin… j’veux dire… mmmh… moi je trouve qu’Haylor est… oh ben… vous savez, quoi… elle fait de l‘excellent travail, l’est bourrée de qualités et on abuse tous méchamment de ça, mais…

Le vieux marine sentit qu’il tenait quelque chose. Soient le blondinet était sensible à l’intimidation d’Haylor au point de bégayer sans savoir qu’elle se trouvait derrière lui, soit il y avait quelque chose qu’il ne voulait pas vraiment dire.

Et il n’était absolument pas le seul à s’en être rendu compte.

-Je pense que nous en avons bien assez entendu, claqua la voix aussi sèche qu’un fouet d’Haylor.

Sigurd ne sursauta pas. Il ne se retourna pas, non plus. Il lui fallut déjà dix bonnes secondes pour calculer d’où venait cette voix. Tout au plus adressa-t-il une vague pensée à Dame Chance avant de déglutir, n’osant même pas imaginer quelle pouvait bien être le sort qui l’attendait. Ca n’était pas normal.

Il envisagea d’abord très vaguement la conspiration, le coup monté. Il avait déjà fait énormément de blagues où Pad’Bol et Haylor lui arrangeaient un coup comme ça. Ca ne pouvait pas réellement arriver, non plus.

Puis soudain, il comprit. En effet, c’était un coup monté. Quelque chose qui ne lui disait rien de bon.

Il en profita uniquement pour lancer un regard furieux à ses deux acolytes, qui eurent la bonne idée de prendre un air faussement surpris pour l’occasion. Avant qu’il n’ait le temps de leur adresser le moindre signe, le soupir maîtrisé de la commissaire, qui peinait à ne pas s’emporter sur ce qu’elle considérait être une bande de gamins arriérés, le força à se tourner vers elle.

-Euh… vous êtes là depuis quand?, demanda le capitaine d'une voix étranglée.
-Suffisamment longtemps, j'imagine.

Il allait devoir relever le coup habilement, c’était certain. Ou investir dans une porte blindée pour sa cabine, histoire d'être sûr qu'Evil ne viendrait pas le poignarder dans son sommeil.

-Euh… vraiment?
-Tout à fait.
-…
-…
-Vous savez, ça n’est pas du tout ce que vous croy…
-Silence.
-…
-…
-Nan mais…
-Ne trouvez pas l’occasion de proférer d’autres âneries.
-…
-…
-Mais c’est un pièg…
-Ne répondez pas.
-…
-…

Gurgenidze elle-même n’osa piper mot. Evil, car elle-même la surnommait alors ainsi, n’avait en fin de compte pas l’air d’humeur à épargner le moindre écart : ils venaient de se brûler méchamment en jouant avec le feu.

Lentement, Dogaku réalisa que le silence prolongé qui les retenait tous en otages n’allait probablement pas se désamorcer de sitôt. Mal à l’aise, il bredouilla un très vague quelque chose qui n’avait aucun sens, indiquant par là même qu’il allait très probablement se calfeutrer dans un coin du navire pour ne pas réapparaître avant plusieurs semaines, sous une autre identité.

Mais Haylor, qui refusait de céder au plaisir d’un harcèlement en bonne et due forme, n’allait sûrement pas le laisser s’en tirer à si bon compte. D’un regard, elle le foudroya sur place, lui coupant toute retraite.

Depuis le début, elle avait ses propres plans pour la soirée, elle aussi.

Réfléchissant à toute vitesse dans cette confusion généralisée, elle vit là une excellente occasion de mettre du plomb dans la tête du blondinet, et ce sans même avoir l’impression de tenir le mauvais rôle de la tourmenteuse acharnée. Là, il l’avait complètement demandé.

Et finalement, elle les prit tous de court en s’approchant de Sigurd, ne s’arrêtant que quand son visage ne pouvait pas se décomposer davantage.

-Je crois que vous me devez des explications, Capitaine.

Elle venait de prononcer ces paroles d’un ton doucereux, à la fois menaçante et incroyablement amusée par la situation. Dogaku avait l’air de croire qu’elle allait le frapper, ou du moins réagissait en conséquence.

Avec une délicatesse infinie, elle le contourna lentement, posant sa main sur l’épaule de Sigurd pour l’entraîner à sa suite vers le réfectoire. Docile, le zoan suivit le mouvement, désormais dépourvu de toute volonté propre. Il n’osait que très vaguement imaginer comment les choses allaient tourner.

-Venez vous asseoir à table, et réfléchissez longuement à ce que vous allez me dire. Le service va bientôt commencer.
-Hein? Comment ça je dois…
-Ne vous inquiétez pas. Je ne vais pas vous manger, voyons.
-Help, HELP!
-Euh, tenta d’intervenir la lieutenante, je crois qu’en fait, nous n’allons pas tarder à…
-Quant à vous… nous en reparlerons ultérieurement, l’interrompit sereinement Haylor. Je ne vous oublie pas, vous pouvez en être assurée. Mais chaque chose en son temps. Que diriez-vous d’un entretien demain, dans l’après-midi? Si je me souviens bien, vous vouliez demander une permission spéciale, durant notre prochaine escale.

Le visage des deux complices se désagrégea encore un peu plus.

-Euh… oui, oui, j’avais de la famille à visiter, bredouilla Gurgenidze.
-Deepwater Horizon. C’est votre île natale, c’est bien cela?
-C’est… ‘ffectivement, oui.
-Nous en reparlerons demain. Capitaine, allez-vous venir..?

Il avait le coeur lourd, les tripes nouées et le souffle court, mais sa voix restait à peu près normale.
A peu près.

-Oui oui, j’arrive. Vous en faîtes pas.
-Vous m’en voyez ravie. Sur ce, si vous voulez bien nous excuser…

Natasha s’efforça de lui adresser un bon appétit, sans conviction. Elle savait qu’elle finirait très certainement par avoir sa permission, au final… mais pressentait également qu’une entrevue de longue durée avec Evil n’allait pas être de tout repos.

Surtout si cette soirée se passait mal.

En particulier si cette soirée se passait mal.

Et tout dépendait exclusivement de la performance du capitaine.

Une pensée qui ne la rassurait pas le moins du monde, évidemment. Au bout d’un moment, elle lâcha un long ricanement étranglé, se demandant si la comédie romantique qu’elle avait improvisé sur le navire n’allait pas tourner au drama d’horreur avec enquêtes policières.

Voyant la folie qui la guettait, ses deux compagnons tentèrent de la réconforter. La jeune lieutenante Mijako, en particulier, y arriva facilement: elle n’était sur le navire que pour une brève période, et n’avait rien à redouter de qui que ce soit. D’autant plus qu’elle n’était soupçonnée de rien.

-Je crois qu'il est stressé à l'idée de se retrouver en tête à tête romantique, hasarda finalement Amy d’un air ironique.
-Correspond totalement au personnage, enchaîna nerveusement Natasha.
-Ils sont toujours comme ça, tous les deux?
-Nan. D’habitude c’est… presque comme ça, mais moins pire.
-Et tu veux les caser ensemble?
-Nan mais le truc c’est que ça doit marcher!
-Euh…

-N’empêche… ohlala… putain, elle a bouffé quoi, Eva. Du lion?
-Ca, ca pourrait ne pas tarder, faîtes gaffe à ce que vous dîtes, s’amusa Amy.
-J’espère pas… m’enfin quand même. Vous, là. Il est arrivé quelque chose à Haylor, pendant mon absence?

Cela faisait maintenant trois bonnes minutes que le maître de table improvisé pour la soirée n’avait pas dit un mot. Une absence de réaction qui rendit sa partenaire de magouille particulièrement suspicieuse. Lorsqu’elle le sonda du regard, il se détourna d’elle pour contempler intensément un pot de fleur qui traînait là, confirmant automatiquement ses doutes.

-Okay. Qu’est ce que vous avez fait?
-Mais rien, voyons.
-A d’autres. Aboulez.
-Eh bien…

Le regard qu’elle lui adressait désormais lui rappelait douloureusement celui de la commissaire. Maudissant activement la marine et toutes ses employées, il commença à se dandiner sur place.

-Comme le capitaine tardait à venir, on s’est demandé si on ne pourrait pas leur faciliter la tâche en… dégrisant un peu miss Haylor.
-Euh… dégriser? Purée, vous lui avez fait quoi? C’est pas dégrisée là qu’elle est, c’est enflammée!

Le marine se frotta nerveusement les mains, prenant bien soin de choisir ses mots avant de répondre. Puis, lentement, il commença son récit.

-Eh bien, on lui a servit un… apéritif pour l’aider à patienter, mais… comme elle avait l’air vraiment ravie de voir une bouteille de bon vin sur sa table, eh bien…
-Bien? Nan, c’est pas bien du tout!
-Je crois qu’elle en est à son quatrième verre.
-Oh? Bah, vu ce qu’on l’a déjà vu s’enfiler niveau éthylo, je crois pas que vous accomplirez grand-chose. M’enfin, l’idée est pas mauvaise… encore que j’ai pas la moindre idée d’à quoi ressemble une Haylor pompette. Ptêtre à ça, remarque.
-L’alcool, peut-être pas. Mais la fleur…
-La fleur?
-Le chef a préparé l’ensemble du repas à sa manière. Le contenu des bouteilles lui-même a été personnalisé de façon à s’assortir au mieux avec les plats… et l’objectif de la soirée. Il a fait macérer des fleurs de lotus dans les bouteilles, par exemple.
-Et…?
-D’après lui, le lotus semble être un… avoir des vertus…
-Un quoi?
-Je ne sais pas comment dire…
-Allez, crachez le morceau.
-Aphrodisiaque?

Gurgenidze resta un moment immobile, songeuse. Le tableau final se présenta à elle dans toute sa puissance: l’image d’un Dogaku hagard émergeant torse nu d’un tas de drap, de bon matin, balayant vaguement ses environs du regard avant de réaliser avec horreur la présence de sa collègue à ses cotés, harnachée à son bras en affichant un sourire grand comme le monde. Si après ça, la glace n’était pas brisée entre les deux officiers du Tarmac…

-Donc vous voulez brancher Eva au lotus? Elle va carrément lui sauter dessus et lui arracher la chemise d’un coup de dents avant de le passer au pieu?
-Euh…
-Putain mais c’est terrifiant comme idée, j’adore, vous êtes géniaux, c’est pire que moi, d’où vous sortez des plans pareils!?
-Non, non! Je ne pense pas que l’effet soit aussi radical que… vos considérations complètement tordues et à coté de la plaque… ça. L’idée était simplement de la dérider un peu.
-Oh. Pas marrant, alors.
-Vous avez une drôle de conception de l’humour, lieutenante.
-N’empêche, c’est bizarre. D’où est-ce que vous sortez des feuilles de lotus? J’veux bien croire aux excentricités de la Marine, mais…
-Des réserves personnelles de la commissaire. Pour sa consommation de thé quotidienne, elle nous a confié la garde de sa collection d’infusions.
-Scoop! Donc vous voulez dire qu’Eva se branche régulièrement au lotus? Haha, miss sainte-nitouche devient terriblement suspecte, quand on s’intéresse à…
-Je n’ai pas dis ça… pitié…


Désormais vaguement conscient du carburant qu’il venait de fournir à la machine à ragots, le maître de table préféra arrêter les frais à cet instant, et se désintéressa de son interlocutrice pour observer plus en détail les deux convives de la soirée qui venaient de prendre place dans l’arène. Leur plan avait fonctionné: ils étaient bien là en tête à tête, et allaient très certainement discuter tout du long de la soirée pour aborder les sujets les plus délicats.

En ce qui concernait Dogaku, il semblait effectivement y avoir été traîné de force, le pauvre. Son plan avait fonctionné, ironiquement: il allait effectivement avoir l’occasion d’arrondir les angles avec sa commissaire.

Quant à Haylor… elle avait soudainement l’air de très bonne humeur, quand bien même Natasha prenait bien soin d’éviter son regard.
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