[Mission?] Statut Inconnu

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

[Mission?] Statut Inconnu

Message par Kentaro le 7/9/2012, 20:00

La salle s'étendait sur près de cinq mètres de long pour à peine deux de large. Plongée dans la pénombre, elle n'était éclairée que par la lueur laiteuse qui s'échappait de la vitre de cinq caissons alignés contre le mur, ainsi que par les jeux de lumières des écrans et des petits témoins lumineux. Le tout accompagné d'un sourd et bas vrombissement et de quelques cliquetis qui s'échappaient des machines.

Un brusque craquement brisa soudainement la quiétude des lieux. La vitre de l'un des caissons s'étoila. Puis un poing d'acier couvert de givre s'échappa de la vitre, dans une myriade de fragments de verres et des émanations sifflantes de vapeurs blanches. Le poing d'acier continua son œuvre destructrice jusqu’à dégager un trou suffisamment grand pour qu'Antares, Paladin émérite de l'Ordre de la Garde d'Acier Teutonique, s'en extirpe et se laisse tomber au sol.

L'agent de la RIP resta à terre pendant quelques minutes, savourant la chaleur relative de l'atmosphère après son bain de vapeur glacée. Ce n'est qu'après qu'il s'inquiéta de savoir où il était et où étaient passées ses armes.

Car Sinister, son instrument de mort fétiche, n'était plus à sa taille. Impossible. Inconcevable. Cela ne pouvait signifier qu'une chose, aux yeux du Paladin : il avait été désarmé, donc fait prisonnier. Ce qui répondait à sa première question : où était-il ?
Chez l'ennemi.

Même sa crucifix-dague et sa bible n'avaient pas échappé à la razzia de l'ennemi.
Mais comment tout cela avait-il bien pu arriver ?

Le Paladin s'aperçut qu'il n'avait aucune réponse : ses souvenirs lui faisaient défaut. Sa mémoire s'arrêtait brusquement au beau milieu d'un jeun rituel dans l'église du QG. Il ignorait même s'il l'avait terminé...
Etait-il possible que le QG ait été pris d'assaut ?

Antares se releva. Le plus urgent était de retrouver ses armes. Et éventuellement, des alliés. En l'absence d'autres Paladin de l'Ordre, il n'y avait guère d'agents sur qui il pouvait compter. Mais s'il parvenait à retrouver Sœur Moros et Makwanga, ses chances de victoire augmenteraient sensiblement.

Restait donc à voir ce que lui réservaient les quatre autres kinder surprise.

Le Paladin s'approcha du second caisson et frotta la buée qui se formait sur la vitre. En pure perte : le givre à l'intérieur occultait toute visibilité. Il n'y avait donc qu'un seul moyen de savoir qui était le locataire du frigo.

Antares pulvérisa la vitre d'un grand coup de sa prothèse métallique.

Les vapeurs cryogéniques s'échappèrent du caisson en sifflant, avant de révéler un visage pâle. Blond, serein, avec un sourire presque béat.

Le Paladin se renfrogna derechef en reconnaissant Sigurd, l'énergumène vampirophile avec qui il avait du faire équipe. Il songea un instant à le laisser dans son caisson, mais se ravisa : maintenant que la machine était cassée, il était probable qu'il sorte de son hibernation, de toute façon.
Quoiqu'avec un narcoleptique, rien n'était moins sûr.
Avec un peu de chance, il resterait endormi et il ne l'aurait pas dans les pattes.

Antares tira le suédois hors du caisson et l'allongea sur le sol, avant de reporter son attention sur le troisième caisson.
Quelques bris de verre plus tard et le Paladin tombait nez-à-nez avec un jeune asiatique en costume cravate et chapeau de feutre.
Mauvaise pioche.

Maudissant sa malchance, le Paladin l'extirpa aussi du caisson et hésita à ouvrir un troisième caisson. Il ne tenait pas non plus à récupérer tous les bras cassés de la RIP !

Finalement, il tenta tout de même sa chance. Cette fois-ci, le Paladin esquissa un sourire : impossible de confondre ce visage tatoué avec qui que ce soit. Il venait de trouver Sœur Moros. L'avenir s'éclaircissait.

Elle aussi avait été dépossédée de ces armes. Mais ça irait tout de même. Un Paladin restait un Paladin, même désarmé.

Par acquis de conscience, Antares ouvrit malgré tout le dernier caisson. Comme il s'y attendait, ce n'était pas Makwanga. à la place, il écopait de la petite coréenne volubile, qui épaulait le suédois et lui faisait la traduction.
Bon, à tout le moins, il pourrait communiquer avec le blondinet.

Le Paladin s'approcha de Moros, bien décidé à la réveiller de force. Mais avant qu'il ne puisse mettre son projet à exécution, un grognement fatigué retentit.

C'était le suédois qui reprenait ses esprits.

« Oooh... Ma tête... Je me suis encore endormi ?
_ Vous vous sentez d'attaque ? Demanda le Paladin.
_ Mmmh ? Oui, merci... Répondit Sigurd. Heu, attendez : d'attaque pour quoi ? Et on est où, là ? Qu'est-ce qui se passe ?
_ Le Qg a été pris d'assaut et nous avons été capturé. Nous devons donc riposter, conclut Antares.
_ Gné ?
_ C'est vrai, j'oubliais que vous ne comprenez pas l'anglais. Verstehen Sie ? Tenta le Paladin.
_ Nan, nan, j'ai suivi pour l'anglais. J'ai pris des cours. Mais c'est quoi cette histoire d'assaut et de riposte ? Pis comment... Heu, c'est normal que j'ai l'impression d'avoir loupé un épisode ? Demanda brusquement le suédois.
_ Il nous manque une partie de la mémoire, confirma Antares. Probablement un traumatisme de bataille, c'est commun lors des affrontements violents. ça passera.
_ ça peut peut-être résulté d'autres choses, non ?
_ Lavage de cerveau ?
_ L'optimisme, c'est pas ton truc, hein...
_ Ou un traumatisme du à une sortie précipitée et impromptue des ces machineries ? » Hasarda une voix.

Les deux agents de la RIP se retournèrent pour voir Hyûma qui se redressait en se massant les tempes.

« Et vous êtes ? Demanda Antares.
_ Ah oui, t'étais pas là quand il est arrivé, se rappela Sigurd. Donc Antares, je te présente Hyûma, psycomakeur à ses heures. Hyûma, Antares, Paladin d'un ordre allemand.
_ Paladin ? S'étonna le japonais.
_ Tueur de démons patenté, résuma le suédois. Comment tu te sens ?
_ Frigorifié, avoua Hyûma. On nous a congelé, pas vrai ?
_ Exact, approuva Antares.
_ Je n'y connais rien dans ce genre de technologies, mais je suis sûr qu'une décongélation brutale et rapide ne doit pas être conseillé, supposa le japonais.
_ Vous auriez préféré que je vous laisse moisir dedans ad vitam eternam ? Grogna Antares
_ Mais c'était pas une critique, je vous assure !
_ Moi, je crois qu'il a raison, fit soudainement Soon-Hak, toujours allongée. Y'a des tas de peuplades spatiales qui transitent en cryogénisant leur passage, et c'est tout sauf conseillé de zapper la procédure de réveil. D'où la mémoire défaillante.
_ D'un autre côté, si Antares n'avait rien fait, on ne sait ni quand ni qui nous aurait sorti de là, intervint Sigurd au première loge pour constater que le Paladin commençait à regretter d'avoir sorti tous ces ingrats. Et plus, nous...
_ Gwwwwwaaaaaaaaaaaah !! »

Tout le monde sursauta brusquement, se demandant quel était ce cri atroce, avant de s'apercevoir que c'était Moros.

« Mon trésor ! Mon bébé ! On me l'a volé ! Nooooon...
_ Gné ? Elle était enceinte ?
_ Non, elle parle de son arme... Silence, ma Sœur, intima Antares. Tu vas nous faire repérer.
_ Mais Jacio, il...
_ Il en va de même pour Sinister. Mais nous les retrouverons quoi qu'il arrive. Maintenant, baisse d'un ton. »

La Paladine en pleur sécha aussitôt ses larmes et hocha la tête avec conviction. Son héros l'avait affirmé, ce n'était donc plus qu'une question de temps avant qu'elle ne remette la main sur la prunelle de ses yeux.
Et elle pulvériserait tous ceux qui oseraient se mettre en travers de son chemin !

« Bon, hasarda Sigurd. Et si nous reprenions depuis le début ? Nous ne savons pas où nous sommes, ni pourquoi nous y sommes...
_ Nous sommes en territoire ennemi, assèna Antares.
_ Ça n'est venu à l'esprit de personne que si des tas de races spatiales transitent en cryo, nous en bénéficions peut-être ? Et qu'on aurait pas dû se réveiller ? Demanda Hyûma.
_ T'écoutes pas, pauv' pomme ? Frère Antares vient de dire qu'on était en territoire ennemi !
_ Mais on a pas de preuves...
_ Tu traites mon Frère de menteur, là !?
_ Heu.. non, j'ai rien dit.
_ Dans tous les cas, ce serait bien d'essayer de repérer les lieux et de savoir chez qui nous sommes, intervint diplomatiquement Soon-Hak. Peut-être que des pourparlers sont envisageables ?
_ Jamais ! Ils m'ont volé Jacio, ils sont morts !
_ Si la cryogénisation est néfaste pour les armes, ça expliquerait que vous vous en soyez séparé de votre plein gré, proposa Hyûma, peu enclin à ces histoires de territoires hostiles.
_ Jamais ! Je ne me sépare pas de Jacio !
_ Ouais, on tourne un peu en rond, là...
_ Sœur Moros a raison, intervint Antares. Il est inconcevable que nous nous séparions de nous-même des reliques de notre ordre, quel que soit la situation. C'est donc l'œuvre de l'ennemi.
_ Quel ennemi ? Demanda Sigurd.
_ Nous le saurons quand nous l'écraserons.
_ Paladins, définition : des fanatiques qui ne connaissent pas le doute...
_ De toute façon, on arrivera à rien en restant cloîtré ici, rappela Soon-Hak. On devrait commencer par explorer les lieux.
_ Et si on tombe sur ces "ennemis" ? Voulut savoir Hyûma.
_ On leur fait leur fête ! Clama Moros.
_ C'est un cauchemar, je vais me réveiller...
_ Commençons par sortir d'ici. »

le petit groupe se releva et s'approcha de ce qui devait être la porte. Pour s'apercevoir qu'ils n'avaient pas la moindre idée de comment cette grosse surface pouvait bien s'ouvrir.

« Z'ont pas inventé la poignée, tes extra-terrestres !? Grogna Moros.
_ Je n'ai pas dit que c'était forcément des extra-terrestres, soupira Soon-Hak.
_ Il y a peut-être un mécanisme à côté, sur la cloison, suggéra Sigurd.
_ Sinon, enfonçons-là, proposa Antares.
_ On va chercher le mécanisme. » Préféra le suédois.

Pendant quelques minutes, le petit groupe rechercha avec plus ou moins d'entrain tout ce qui pouvait ressembler à une poignée, un levier, un tableau de commandes, n'importe quoi. Sans succès.
Alors qu'une certaine Paladine commençait franchement à s'impatienter, un cliquetis métallique retentit, et la surface noire s'enfonça dans le sol.
Vraisemblablement actionnée par le truc immonde qui attendait sur le seuil, de l'autre côté.

C'était... Grand. Au moins deux mètres vingt, deux mètres trente, de taille vaguement humanoïde, le dos vouté, remontant plus haut que la tête, des omoplates externes saillantes, comme des protections. Ses jambes étaient énormes, presqu'aussi large des cuisses jusqu'a bout des pieds et semblant se terminer par des sortes de racines. Les bras étaient normaux, mais les avant-bras s’enflaient en des trucs gigantesques, creux, entouré de tentacules en guise de main. Quant à la tête, elle ressemblait beaucoup à une pieuvre, avec ses yeux globuleux et ses tentacules en guise de barbe.

L'énorme bestiole se penchant en avant en hurlant quelque chose dans un langage inconnue ponctué de trilles et d'intonations suraigüe. Hyûma hurla en reculant précipitamment, imité par Sigurd, tandis que Soon-Hak fronçait les sourcils en tentant de reconnaître l'étrange dialecte, pendant que Moros regardait frénétiquement autour d'elle à la recherche de quelque chose pouvait faire office d'arme.
Ce fut Antares qui réagit avec le plus de sang-froid et de violence. Bousculant sans ménagement les deux fuyards, il abattit furieusement sa prothèse métallique sur la chose inhumaine, la cueillant au niveau de ce qui lui servait de tempe. Deux fois. La créature chancela en laissant échapper un long hululement aigue mais le Paladin l'empoigna et encastra sa tête dans le caisson le plus proche, lui tranchant la gorge sur les éclats de verre. Le hurlement de la bestiole se tut - remplacé par ceux de Hyûma et Sigurd, le cri victorieux de Moros et les récriminations de Soon-Hak - et une flaque de sang rouge se mit à se former au pied du cadavre de la bestiole.

« Silence ! Intima Antares. Vous allez nous faire repérer.
_ Mais t'es complètement malade ! Cria Soon-Hak. Ça va pas d'assassiner les gens comme ça ?!
_ C'est un ennemi.
_ Pis c'est pas des gens, c'est un poulpe !
_ J'espère qu'on a pas tué le steward de la compagnie, soupira Hyûma qui se raccrochait à l'espoir d'un voyage d'agrément.
_ Soon-Hak a pas tort, intervint Sigurd. On aurait quand même pu faire les sommations d'usage.
_ Pourquoi faire ? S'étonna le Paladin.
_ Pis c'était peut-être ce que lui était en train de faire ! Déclara Moros. Va savoir ce qu'il disait ?
_ En tout cas, ce n'est pas un dialecte que je connais, signala Soon-Hak. Mais ce n'est pas une raison pour tuer les autochtones qu'on croise !
_ C'est un ennemi, maintînt Antares.
_ Mais si ça se trouve, ce n'en était pas un. Et si c'était un esclave entièrement disposé à se rebeller et à nous aider ?
_ Je ne fais pas confiance aux traîtres.
_ Bien dit, mon Frère !
_ Mais c'est pas possible un terminator comme ça !
_ Hem... Puisque la porte est ouverte, et si nous en profitions pour explorer les alentours ? Pacifiquement ? Précisa Sigurd.
_ Pis quoi encore !?
_ Un genre de mission de reconnaissance furtive ?
_ Oh, ben alors j'en suis !
_ Moi, je vais rester ici, annonça Hyûma.
_ Avec le cadavre ?
_ Heu...
_ Bonne chance pour expliquer ça si un autre se radine, approuva Soon-Hak.
_ Oh non... Bon, ben je viens... »

Le quintet se glissa dans le couloir. Celui-ci était long, suffisamment large pour que quatre personnes puissent circuler de front, et chichement éclairé par des veilleuses accrochées régulièrement au plafond. À gauche, le couloir se perdait dans l'obscurité - ou bien y'avait-il un coude ?
À droite, une pâle lueur semblait provenir du bout du couloir.

Et de part et d'autres, les grands rectangles noirs qui signalaient l'emplacement de portes.

« Génial... Et maintenant ? Demanda Hyûma.
_ Nous allons à droite, décida Antares.
_ Pourquoi à droite ? S'interrogea Sigurd.
_ Parce qu'il a de la lumière contrairement à gauche. Et en ce qui me concerne, je ne vois pas dans le noir.
_ On pourrait peut-être recommencer à chercher comment ouvrir les portes, proposa Soon-Hak. Sinon, on ira pas bien loin...
_ Si ça vous amuse, répondit le Paladin.
_ 'Videmment, c'est mon passe-temps préféré... Hyûma, tu restes avec moi. Si on trouve quelque chose, tes aptitudes pourraient servir, nan ?
_ Si c'est un mécanisme électronique, sûrement.
_ Bien, moi je vais en reconnaissance avec Moros, décréta Sigurd.
_ De même, approuva le Paladin.
_ Tu vas venir ? Tiqua le suédois.
_ Cela vous pose un problème ?
_ Avec frère Antares, on aura rien à craindre ! Approuva Moros.
_ Mais avec ta jambe... 'fin, pour la discrétion... pis la vitesse... Heu... hum... Nan, nan, tu peux venir, capitula le suédois devant les -le- gros yeux du Paladin.
« On est de retour dans quelques minutes, glissa Sigurd à sa coéquipière. Pas de gaffes, hein...
_ Parle pour tes coéquipiers.
_ Roooh, mais il est pas si méchant...
_ Naaaan, c'st juste un assassin, c'est tout. »


Le trio nouvellement formé s'éloigna dans le couloir, au doux son de claudiquement du Paladin. Sigurd, qui cherchait vaguement un sujet de conversation, s'aperçut alors que Moros le regardait fixement.

« Heu... Un problème ?
_ Nan. Je me demandais juste ce que les vampires pouvaient bien te trouver ? T'as pourtant pas l'air spécialement appétissant.
_ Mais ce n'est pas qu'une question d'être appétissant...
_ Alors quoi d'autre ?
_ Heu... Hé bien...
_ C'est parce qu'il est inoffensif, assura Antares.
_ Meuuh, pas du tout !
_ Alors comment vous expliquez qu'ils ne se soient intéressé qu'à vous ?
_ Parce qu'ils ne sont pas intéressé à vous autres ? Demanda Sigurd.
_ Ben non, pourquoi ? S'étonna Moros.
_ Ils auraient essayé que ç'aurait été une balle dans la tête. Mais ils ont tout de suite compris le message, expliqua Antares.
_ Vous auriez tiré sur un allié ?
_ Un vampire, nuance.
_ Mais ce sont des gentils vampires, ceux-là !
_ Charmant oxymore. Mais je ne fais que faire comme eux : le programme 90%
_ Gné ?
_ J'épargne 90% des vampires que je rencontre. Rien de répréhensible là-dedans, n'est-ce pas ? C'est le même raisonnement que ces "gentils" vampires envers les humains.
_ Nan, mais c'est pas ce que je voulais dire... Mais nous sommes la RIP, nous, nous...
_ Hé, regardez ! » S'exclama Moros.

Le trio était arrivé au bout du couloir. Celui-ci donnait sur un gigantesque atrium, un hall immense, autour duquel se déployait les coursives des différents étages. Plus d'une dizaine, au bas mot. Et ils se trouvaient à l'avant-dernier...

On ne distinguait qu'à peine le sol, plongé dans la pénombre. Tout semblait à l'abandon, vide de vie, à l'instar du couloir qu'ils venaient de traverser.
Quant au plafond, c'était une immense verrière, au travers de laquelle, on ne distinguait pas grand-chose, si ce n'était une immense chose noire, devant eux, faiblement illuminée ci et là.
Le hall y menait tout droit. à n'en pas douter, c'était une autre partie du bâtiment.

Moros laissa échapper un sifflement admiratif.

« Hé ben... Sacré champ de tir, releva-t-elle d'un œil expert.
_ Pas d'étoiles... Nous ne sommes pas dans l'espace, déclara Antares.
_ Ou alors, vachement loin de tout, proposa Sigurd.
_ Hé ! Là-bas, à gauche ! Quatrième poutrelle ! » S'exclama Moros.

Les deux hommes suivirent du regard la position qu'elle indiquait et remarquèrent une ombre éclairée par la faible lueur du néon. Une ombre qui se situait à l'extérieur de la verrière.
Et qui ressemblait fortement à un poisson...

« Vache... Alors on est sous l'eau ? Souffla Sigurd
_ Ouais, approuva Moros. Du coup, ça répond à notre question.
_ Quelle question ?
_ C'était bien un poulpe. »

Quelques minutes plus tard, le trio revenait à son point de départ, Antares portant Sigurd, qui avait eu un coup de mou aux jambes.
Ils eurent la surprise de ne pas apercevoir Hyûma et Soon-Hak là où ils les avaient laissé, mais furent rapidement soulagé : la porte en face de leurs caissons étaient ouvertes.

Le trio pénétra dans la nouvelle pièce, où les attendaient leurs collègues, ainsi que cinq nouvelles têtes, aux côtés de cinq autres caissons proprement ouverts.

« Sigurd ! Qu'est-ce qui lui est arrivé !? S'exclama Soon-Hak en jetant un regard noir au Paladin.
_ Du calme, j'ai juste une faiblesse passagère aux jambes...
_ Juste pour le retour, comme de par hasard. On aurait dû l'abandonner, mon Frère.
_ Et qui sont ces gens ? Demanda Antares.
_ Lieutenant Rayaster, agent et chef d'escadron de la RIP, au rapport ! S'exclama l'un d'entre eux en se mettant au garde-à-vous.
_ De la RIP ? Je ne vous connais pas, remarqua le Paladin en plissant les yeux. Qu'est-ce qui nous dit que ce n'est pas un piège ?
_ Antares, et si on oubliait un peu la violence et qu'on partait du principe que tout le monde est gentil et notre allié, intervint diplomatiquement Soon-Hak. Parce qu'on arrivera jamais à rien à ce train-là : eux non plus ne nous connaissent pas et peuvent suspecter un piège.
_ Sauf vot' respect, mademoiselle, intervint Rayaster, mes gars et moi, on vous connaît.
_ Ah bon ? Vous n'avez pas perdu la mémoire ?
_ Si, mais la miss tatouée, on se souvient de l'avoir vu plusieurs fois au stand de tir. C'est qu'elle attire plutôt l'attention avec sa peint... son... hem, 'fin voilà quoi...
_ Ah ? Ben c'est pas réciproque, constata l'intéressée.
_ C'est pas grave, on va se passer de ta confirmation, décida Sigurd. Comment vous avez fait pour entrer ? Et pour les caissons ?
_ Oh, une fois qu'on sait où chercher, c'est un jeu d'enfant, pour les portes, assura Soon-Hak.
_ Et pour les caissons, je peux les convaincre de s'ouvrir, expliqua Hyûma. Pour autant, je ne sais pas comment activer le processus de décongélation progressive, donc ça ne résout pas les pertes mémoires. En considérant que c'est lié, bien évidemment.
_ "Convaincre les caissons"... Aha... Ouais... Ben nous, on a acquis la certitude que nous nous trouvons tout au fond de l'eau, avoua Sigurd. J'ignore donc comment on va pouvoir remonter à la surface... Ni chez qui nous sommes, en fait. Quelqu'un a des idées pour la suite ? »
avatar
Kentaro
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 2047
Date d'inscription : 14/03/2008
Localisation : Muahaha !

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [Mission?] Statut Inconnu

Message par Sonaka le 22/9/2012, 14:12

Maintenant que le nombre de personnes rassemblées dans le hall avait doublé, ils ne savaient guère que faire. Certes, la présence d’agents supplémentaires à leurs cotés ne pouvait que rassurer les membres de l’équipe. Mais c’étaient autant de nouvelles têtes avec lesquelles ils n’avaient rien à se dire.

Ils ignoraient ce qu’était ce lieu, ni même ce qu’ils faisaient là.
Pour quelle raison ils se trouvaient ici, ou encore ce qui pouvait peupler cet endroit.
L’identité de leurs compagnons d’infortune leur échappait largement, elle aussi. Chacun ne connaissait pas plus de la moitié des membres du groupe, au maximum.
Mais surtout, tous se demandaient s’ils avaient la moindre chance de pouvoir s’extirper de cet immense labyrinthe de métal.

-Désolé de vous poser cette question, mais… je ne sais pas qui vous êtes, moi. Ni surtout si l’on peut vous faire confiance, insista Moros.
-Je pourrais tout à fait en dire de même à votre sujet, se défendit un jeune homme du groupe de Rayaster. Mais je ne me le permettrais pas, bien sûr.
-Nous sommes tous des agents de la RIP, tenta d’intercéder Sekihara, bientôt soutenu par Ujiwaru.
-Très bien, continua l’unique femme du second groupe. Alors dîtes moi donc ce que c’est, la RIP, puisque vous en êtes?
-Pour que vous l’appreniez enfin?, suggéra Steiner.
-A moins que vous, vous ne soyez incapable de répondre.
-D’accord, d’accord, calma la coréenne. Je pense donc que… qu’il va d’abord falloir tirer les choses au clair.

Dogaku s’affaissa au pied du mur, encore en proie à la faiblesse passagère de sa jambe gauche. Non pas que cela le dérangeait ; le prétexte était parfait pour se retirer du groupe balbutiant de confusion. Jusque là, Rayaster, Antarès et Ujiwaru étaient les seuls à réellement mener la discussion. Deux autres membres du groupe du sergent participaient également, l’une d’elle en particulier multipliant les objections jusqu’à s’attirer le regard foudroyant de l’allemand, bientôt imité par sa disciple Sœur Moros. Si elle parvint à les soutenir sans sourciller, la maghrébine aux cheveux voilés de gris veilla tout de même à arrondir les bords par la suite… pour le moment, du moins.

Lui n’en avait pas grand-chose à faire. Que cela soit des conflits naissants, de l’organisation à venir ou du plan d’action à élaborer.
Le coeur lourd, il avait du mal à respirer. Ses jambes tremblaient. Son corps lui paraissait froid, encore glacé par les effets du caisson cryogénique dont il sortait. Les yeux perdus dans le vide, il pouvait sentir son esprit s'estomper toujours un peu plus à chaque fois qu’il posait ses yeux sur un nouvel élément.

Quelques mètres à sa gauche, se trouvait la porte par laquelle ils avaient tout d’abord accédé au couloir. Les caissons cryogéniques ouverts à grand coups de prothèse métallique s’y trouvaient. Et il en était de même pour la dépouille de l’immonde créature qui s’était rendue à leur rencontre.

Il n’avait pas spécialement envie d’avoir affaire à ses congénères.

Lorsqu’Antarès et Ujiwaru la mentionnèrent, les regards des autres se tournèrent instantanément dessus. Chacun détailla longuement la lourde porte métallique qui les séparait de la chose expéditivement éliminée par Steiner.
Le métal translucide et violacé dont la surface était parcourue de nervures étrangement organiques ne ressemblait à rien de connu. Ceux qui avaient examiné de près sa structure s’étaient étonnés de sa texture râpeuse, et de la douce tiédeur permanente du métal. Lors des premières tentatives, les agents avaient remarqué par la force que seuls les moteurs de l’appareil pouvaient espérer faire coulisser ces épaisses portes, beaucoup trop lourdes pour eux.

C’était cet appareil qui dans son ensemble leur posait nombre de soucis. Ils n’avaient toujours pas la moindre idée de là où ils étaient. Compte tenu de la technologie présente, tous avaient accepté l’hypothèse du vaisseau spatial, sans y repenser une seule fois.

A ceci près qu’ils étaient sous la mer. Une autre désagréable information qui leur apportait bien plus de questions que de réponses.

Certains estimaient qu’il était temps d’en apporter, des réponses.

-Si cela ne vous dérange pas, s’exprima brutalement la femme, j’aimerais jeter un coup d’œil à cet alien.
-On n’est pas sûrs que ça soit un…
-Cette chose, quoi qu’elle soit, rectifia-t-elle acidement. Je pense pouvoir…
-Pouvoir?
-Bah, dégagez. Assurez vous juste que la petite ne voit pas ça.

Par ces termes, elle signifiait la plus petite membre du second groupe de cryogénisés, une jeune adolescente intimidée dont les formes commençaient tout juste à apparaître. Personne ne la reconnaissait, de la même manière qu’elle ne semblait connaître aucun des agents ici présents. Pour autant, tous semblaient bel et bien faire partie de la RIP.

Un jeune homme, aux cheveux bruns teintés de pointes rouge noués en catogan, semblait avoir prit sur lui de s’occuper d’elle. Jusque là, il avait réussi à sympathiser, obtenant d’elle son âge et son prénom. Elle parlait anglais, au moins. Aussitôt, il entreprit de l’éloigner un peu plus loin dans le couloir, en compagnie du délicat japonais qui préférait cette distraction à la vision de l’entité inconnue jusqu’ici affublée du banal sobriquet de « Poulpe ».

-D’accord, c‘est parti. Mais alors euh… hum, essaya-t-elle sans succès. Bon, alors en fait… comment on fait pour… quelqu’un pour m’expliquer comment marche de truc?

Face au panneau de commande, l’énergique agente africaine avait bien rapidement abandonné. Avec ses formes irrégulières, les coulisses latérales et leur maniabilité peu usuelle pour quiconque aurait toujours eu affaire à du matériel humain, l’interface avait de quoi en déconcerter plus d’un. Seul l’agent Sekihara avait été en mesure de comprendre rapidement comment opérer ce matériel.

Ayant parfaitement mémorisé les instructions recueillies par le japonais dix minutes plus tôt, la coréenne Ujiwaru entreprit d’en faire la démonstration, expliquant étape par étape comment ouvrir ces portes.

C’était étrange, se dirent les spectateurs. Pas du tout intuitif. Mais d’une simplicité enfantine, quoi qu’il leur fallait joindre le pouce et l’auriculaire d’une étrange manière pour pouvoir conclure la manœuvre. C’était un petit levier pivotant qui constituait l’essentiel du problème.

Pourtant, les agents n’y prêtèrent pas grande attention. Plus précisément, ils se rappelèrent très vite de ce qu’ils voulaient réellement voir, et empressèrent la coréenne de remettre les explications à plus tard.

Lorsque la porte s’ouvrit enfin, les visages du trio d’agents inconnus s’élargirent, tous exprimant des émotions différenciées. Rayaster semblait inquiet. La maghrébine d’âge mur plutôt surprise, face à un spécimen dont elle n’avait guère vu de semblables au cours de sa carrière. Le dernier membre de la RIP, dont le visage était couvert par un énorme masque tribal grossièrement ornementé de quelques traits de peinture, resta silencieux.

Jusqu’ici, chacun s’était imaginé quelle pouvait être la forme de ce qui les attendait de l’autre coté de la porte. Même avec le portrait qu’en avaient dressés leurs collègues, pas grand monde ne s’attendait à cela. Un colosse de chair molle aux innombrables protubérances, évoquant douloureusement le bestiaire du mythe Lovecraftien.

Morte depuis une demi-heure, la créature suintait déjà de relents nauséabonds, qui firent reculer encore davantage certains spectateurs. Une partie d’entre eux reconnu en bonne partie l’odeur d’algues en décomposition, ce qu’ils signalèrent sans deviner quelle était la portée de ce fait à priori banal.

-Et vous avez dégommé ça? Joli boulot, siffla l’agente.
-C’est Frère Antarès qu’a tout fait, les trois autres ont servit à rien. Parce qu’il est le plus fort!
-J’en conviens, c’est un sacré tour de force.
-Et si vous croyez en avoir vu, ce poulpe, ça n’est vraiment rien pour lui! Une fois, Frère Antarès a carrément…
-Suffit, Sœur Moros, l’interrompit le paladin.
-Ils devraient quand même savoir, indiqua la concernée avant d’obéir.
-Sœur Moros… et frère Antarès, c’est ça?, demanda l’agente en les reconsidérant un instant, impressionnée par le sang-froid du duo au physique pourtant malsain.
-Tout à fait, répondit Moros. Vous avez forcément déjà entendu parler de mon Frère, hein?
-Vous pouvez m’appeler Soraya. Enchantée.

Ce faisait, elle s’agenouilla auprès de la créature, Rayaster s’avançant lui aussi pour vérifier que la bête était belle et bien morte. Sans hésiter, la dénommée Soraya plongea ses mains sur la carcasse, la manipulant avec une fluidité qui trahissait toute l’expertise de son examen méthodique. Elle commença par l’étendre proprement sur le dos pour avoir une vue d’ensemble, et nota d’un coup d’œil la légère dissymétrie du spécimen. Ses bras avaient la même structure, mais les tentacules semblaient avoir des fonctions différentes, ceux de la gauche étaient moins musclés et plus élastiques que les autres.

De la même manière, la créature n’avait qu’un squelette partiel, la base de son tronc étant par exemple parfaitement élastique. Sans compter toutes les protubérances qui terminaient ses membres.

Au bout de quelques minutes, elle arrêta de retourner la créature en tous sens, et plongea délicatement ses mains dans les blessures assénées par le paladin un peu plus tôt, prenant soin d’en retirer les éclats de verre du caisson cryogénique dans laquelle l’être avait été encastré.

-Il a perdu beaucoup de sang, mais je n’ai pas l’impression que c’est ce qui l’a tué… et ça coule encore.
-Vous voulez dire que ça n’est pas Ulrich qui l’a tué?
-Oh, si. Juste que la mort n’est pas due à une perte de sang.
-Tant que l’on sait comment les éliminer…, commença le paladin. Avez-vous quelque chose d’utile à nous apprendre?
-Il va me falloir le reste de mon matériel si vous voulez que j’en prolonge l’examen. Après, je peux vous montrer certains petits détails qui pourraient vous faciliter le travail en cas de problème… Rayaster?
-Ca m’intéresse aussi, tout à fait, confirma le sergent.

Le quatuor s’affaira autour de la bête, sous les regards curieux d’Ujiwaru et de l’homme masqué. La coréenne s’approcha à son tour, curieuse de connaître quelles étaient les compétences de la maghrébine et poser quelques questions à ce sujet. L’autre, toujours impassible, fut bientôt rejoint par le jeune homme aux cheveux bruns, qui eut un haut le cœur en voyant les restes de la chose désormais tripotée en tous sens par ceux qui se voyaient déjà en combattre d’autres.

Un peu plus tard, Dogaku vint jeter un bref regard à l’assemblée, sans énergie, vaguement curieux de voir quelle était leur réaction maintenant qu’ils avaient vu la chose. Leur air était loin d’être serein, mais ils semblaient prêts à composer avec ces évènements. Lui se sentait terriblement démoralisé par leur situation. Il n’avait pas signé pour ça.

Au contraire, le calme de sa collègue l’interpela. Il ne la connaissait pas aussi composée, elle qui avait paniqué à plusieurs reprises lors de leur altercations avec les vampires. A moins que, comme pour le japonais au feutre noir, le doute dans lequel ils étaient plongés ne lui suggérait pas encore que le pire était possible, auquel cas ils avaient tout simplement décidé qu’ils étaient en transit volontaire dans l’espace et qu’un léger incident les avait tout simplement réveillé un peu trop tôt.

Antarès avait dit que la RIP avait été attaquée. Et il n’en savait rien. Il n’avait aucun souvenir. Ces derniers jours, il avait passé l’essentiel de son temps à s’occuper de son affaire, enchaînant coups de fils, lettres et mails pour garder la mesure de ce qu’il se passait en suède.

Aux dernières nouvelles, il était encore dans son appartement, affaissé sur son fauteuil, à parcourir ses diverses listes de tâches à mener.

-Sig’, ça va?
-Uh?

Il leva mollement la tête, surpris. Il faisait maintenant face aux genoux satinés d’Ujiwaru, qui lui adressait un regard légèrement inquiet. Sa torpeur était telle que le fait de se retrouver nez à nez avec la jupe plissée de sa collègue ne le fit pas réagir plus que ça.

-Tu serais pas en train de t’amuser à broyer du noir, toi?
-Hein? Niet, j’ai juste un coup de pompe. Je me sens pas trop de faire la sieste de suite, par contre. Ca ira mieux quand on saura où on est… je crois. Je vous laisse pas tomber pour le moment.
-Menteur, sourit-elle.
-Rhoo… ça se voit tant que ça?
-Avec un ton enjoué, tu aurais pu être convaincant. Enfin… tu peux te lever?

Il regarda autour de lui. Déjà, les agents s’affairaient par groupes de deux, l’homme masqué et celui qui accompagnaient la jeune fille se faisant en particulier remarquer pour leurs talents magiques qu’ils mettaient en action. L’un avait fait apparaître un esprit enflammé qui papillonnait frénétiquement à ses cotés, tandis que l’autre tenait un globe de lumière éblouissante dont les pulsations éclairaient particulièrement bien la partie ténébreuse du couloir où ils se trouvaient. Accompagnés de la fillette qui ne décrochait plus du sorcier aux cheveux teints, ils exploreraient donc la zone sombre, conclut-il.

-On va fouiller un peu dans le couloir, y’a un tas de portes qu’on a pas visité. Avant de continuer un peu plus loin avec l’atrium et le reste.
-Le reste?
-Ben... le reste du vaisseau, quoi.
-Je suis pas sûr que vous ayez compris à quel point ce truc est grand, plaisanta sombrement Dogaku. On n’arrivera jamais à faire le tour du proprio.
-Ca ne nous empêchera pas de faire ce qu’on peut, d’accord?
-J’imagine…

Elle lui secoua gentiment l’épaule, l’aida à se relever, puis lui enlaça doucement le bras pour le guider vers les salles à passer au crible, essayant de le faire parler de tout et de rien pour lui changer les idées.

-Allez, dans quelques jours le seul truc dont tu auras à te soucier, c’est de pas rater ton rendez-vous avec l’écossaise, t’en fais pas.

Mais le sinistre ricanement de Pad’Bol, qui n’avait jusqu’ici parlé qu’à une occasion à Dogaku, menait la vie dure à sa piètre tentative de réconfort.

*
* *


Le couloir était bardé de part et d’autre de portes en tous points identiques à celles qui donnaient sur leurs chambres. Au court de la quarantaine de minutes qui s’ensuivit, les duos d’agents firent de leur mieux pour les parcourir, à la recherche d’indications, de vie ou de quoi que ce soit qui aurait pu les aider à comprendre quelque chose. Finalement, ils se rejoignirent à leur point de départ, à nouveau en face des salles où ils s’étaient réveillés.

La grande majorité des salles comportaient des caissons, dans le même genre que ceux dont eux-mêmes sortaient. Un rapide examen effectué par Sekihara leur fit constater que la plupart d’entre eux étaient hors services, et peut-être bien irréparables. Ces machines étaient froides et vides de vie, contrairement aux appareils tièdes qu’ils avaient rencontré jusque là.

-Personne n’a essayé d’y toucher depuis… euh…
-Depuis?
-Très longtemps, lâcha le japonais en hésitant.
-Très longtemps... ce qui veut dire?
-Je ne sais pas, désolé. Vu l’état, je dirais plusieurs… dizaines… centaines… d’années… ou plus ou moins. Ca n’est pas clair.
-Bon, ça fera l’affaire, j’imagine, intervint la dénommée Soraya. Une idée d’à quoi ressemblait le dernier client?
-Pas la moindre. Ca remonte à bien trop longtemps.

De nombreuses autres chambres étaient dans un tout aussi piètre état que ces machines, comme purent le constater les agents. Certaines portes refusaient tout bonnement de s’ouvrir quelque soit la manière dont on s’y prenait pour les actionner, tandis que d’autres donnaient sur un tas d’éboulis métalliques qui manquèrent à quelques reprises de s’effondrer sur les malheureux qui les ouvraient sans méfiance.

Vétustes, mal entretenues et parfois à cours d’éclairage, ces chambres plongeaient encore un peu plus le groupe dans le désarroi. S’ils étaient véritablement montés à bord d’un vaisseau spatial, celui-ci leur paraissait maintenant en trop mauvais état pour pouvoir servir de corvette de transit. D’autant plus qu’ils n’avaient toujours pas rencontré le moindre signe de vie depuis l’étrange créature.

-Vous étiez vraiment obligés de le tuer?, reprit Ujiwaru à l’attention du paladin, distant. Il aurait pu nous expliquer à quoi ça rime, tout ça.
-Il aurait pu vous tuer. Si vous insistez à vouloir jouer les cobayes, peut être devrais-je le laisser faire, cela dit…
-Ca oui, on sera fixés, sourit férocement sœur Moros.

Ainsi, les agents ne furent guères avancés de leur dernière investigation des lieux. Leur unique trouvaille prit la forme d’un minuscule colibri luminescent, envoyé par le chaman masqué, qui leur retransmit mentalement un message de son expéditeur. Ils avaient découvert une vaste salle contenant une vingtaine de caissons en bon état, qui contenaient probablement d’autres individus. Toutefois, ils ne savaient pas encore comment les ouvrir, ni même si cela était souhaitable ou non. Désireux d’employer leurs artifices magiques pour en savoir plus, ils avaient également encore plusieurs salles à explorer, et allaient donc rester en arrière encore un moment.

-Vingt caissons? Autant?
-Donc on nous a épargné les dortoirs collectifs, mamzelle, ricana Rayaster.
-Ca voudrait dire que d’autres agents de la RIP sont présent ici? Si on est une trentaine, j’imagine que…
-Alors l’ennemi doit être à la hauteur, conclut Antarès.
-Ah non, ne recommencez pas à jouer les foudres de guerre. Nous ne savons encore rien, et par conséquent je pense que tirer à vue sur la première personne…
-Poulpe, corrigea Moros.
-… la première personne que l’on croise est une mauvaise idée, indiqua-t-elle d’une voix résolument pondérée en se tournant vers le sergent. Vous êtes de mon avis, vous aussi, non?
-Euh… j’aurais tendance à être d’accord avec vous, oui.

Dogaku reconnu là un des vieux artifices de sa collègue. Même s’il était peu convaincu par ses paroles, elle parvint à faire adhérer Rayaster à sa position, au moins publiquement.

Ce à quoi le paladin allemand ne portait pas le moindre intérêt. Mais si elle avait bien rapidement abandonné l’idée d’essayer de le raisonner, elle pouvait au moins s’assurer que les autres ne suivraient pas le mouvement de l’exterminateur et sa comparse.

-Même s’il faudra se montrer prudent, on va éviter la casse, ouaip.
-Tout à fait.
-…
-…
-C’est fini?, demanda le prêtre teutonique.
-Humf…
-…

En attendant d’en savoir plus sur ce qu’avaient découverts leurs collègues enfoncés dans les ténèbres, ils décidèrent d’aller jeter un coup d’œil à l’atrium. Seul Dogaku et les deux allemands l’avaient vu, après tout. Pour autant, quelque chose disait à ce dernier que les autres n’avaient pas spécialement envie de recevoir ce coup au moral.

Ils étaient complètement perdus dans ce labyrinthe d’acier, après tout.

Au cours de sa progression, un long silence plana sur le groupe, ses membres chacun refermés sur eux-mêmes, trop occupés à ressasser le cauchemard de leur situation pour s’intéresser aux autres. Rares étaient ceux qui, comme les deux paladins de la Garde d’Acier Teutonique, pouvaient avancer sans réfléchir vers l’inconnu de ferraille où ils s’étaient réveillés.
Ce silence n’était qu’un écho au vide insondable qui régnait dans les entrailles de leur prison. Ils n’avaient toujours rien rencontré de vivant.

Lorsqu’ils arrivèrent enfin à l’atrium, leurs estomacs s’enfoncèrent encore un peu plus dans les entrailles de plomb des agents. L’immensité de leur environnement, l’étendue sans fin de ténèbres présente de l’autre coté de la verrière, et l’absence de tout signe d’activité dans cet espace gigantesque leur imposait un point de vue bien trop pessimiste quant à leur situation.

-Okay… c’est pas gagné, là, lâcha Rayaster.
-A peu près comme ça que je voyais les choses, oui, confirma Dogaku.
-Tiens, vous savez parler, vous? Ca c’est une découverte!
-Ouais, répondit-il faiblement.

L’agente aux cheveux voilés resta muette, contemplant la vaste architecture en essayant d’imaginer le temps et les efforts qu’il avait fallu pour ériger un tel monument d’acier. Puis son regard se tourna vers le plafond, au-delà de la verrière, vers la tour qui surplombait leur emplacement.

-On va avoir un problème, continua le sergent en mettant des mots aux inquiétudes de sa collègue. Pas sûr qu’on ait les moyens de rester ici bien longtemps.
-On ne restera pas, assura Steiner.
-Il va nous falloir des vivres pour continuer les recherches, si ça dure. Là maintenant, je ne dirais pas non à un sandwich… vous croyez que ça se mange, le poulpe? On devrait au moins en recueillir le sang pour éviter de manquer d’eau.

Dogaku se surprit à sourire en voyant le visage crispé de sa collègue, qui se retint pourtant de crier au scandale cannibalistique pour maintenir son image au sein du groupe. Il détourna son regard en direction de Rayaster, qu’il estima bien entraîné pour anticiper pareil problème et y apporter spontanément ce genre de solutions.

-Il y a une autre chose que j’aimerais bien savoir, reprit le sergent. Quelqu’un sait… quand est-ce qu’on est?

La date et l’heure. Une question que Dogaku s’était posée un peu plus tôt, lui aussi. Naturellement, il avait jeté un œil à son téléphone portable. Dont la batterie était vide.

Il en était de même pour ceux d’Ujiwaru et de Moros. Finalement, la réponse lui était venue de Sekihara, dont la montre affichait l’heure et la date en toutes circonstances.

-On est le vingt-huit, répondit Dogaku. Une heure du matin, à peu près.
-Ah ouais? Comment vous savez ça?

Les deux allemands aussi étaient surpris, d’autant plus qu’ils avaient posé la même question un peu plus tôt. Le suédois s’expliqua, et la maghrébine vérifia sur sa propre montre, qui corroborait l’information.

-Donc ca nous fait… trois-quatre jours de blanc?
-Plutôt trois. Dépend de l’heure à laquelle vous vous couchez.
-Mmmmh… c’est rassurant, non?, continua Sekihara. Seulement deux jours, je m’attendais à bien pire. Deux semaines, deux mois…
-Ca ne change rien à notre situation, rectifia Soraya. On ne sait toujours pas où l’on est.
-Si on manque à l’appel, peut être que des gens vont venir à notre secou… je veux dire, à notre recherche?
-Sauf si l’agence a été attaquée, rappela Moros. Auquel cas ils seront complètement désorganisé, manqueront de moyens, auront d’autres chats à fouetter ou…
-L’agence n’a pas été attaquée, insista Ujiwaru.
-Qu’est ce que vous en savez?
-Parce que c’est n’importe quoi! Et qu’est-ce que vous en savez, vous?
-C’est mon Frère qui l’a dit.
-Ah, oui, évidemment, alors si c’est un Frater Exterminatus qui le dit…
-Tiens, vous avez entendu parler de sa dernière récompense, aussi?
-Sigurd, fais quelque chose avant que…
-Parce que genre il sert à quelque chose, votre copain?

-On n’est même pas sûr d’être ici en mission. Si ça se trouve, on a tous étés enlevés…
-Autant d’agents de la RIP réunis ici… je veux dire, reprit Sekihara, nous n’avons pas vu un seul civil. Ca m’étonnerait que nous ne soyons pas réunis pour une certaine raison.
-Jusqu’ici, je dirais que votre copain à vous nous sabote le boulot plus qu’autre chose.
-On vous a sauvé la vie, à vous et votre viking maigrelet.

-D’un autre coté, vu le profil de l’équipe… nous avons bien une ambassadrice inter-espèce, et moi en tant que xénobiologiste, mais alors les autres… un chaman, un apprenti-sorcier, un technobidouilleur, deux paladins, le sergent, cette petite fille et le blondinet inutile…
-Eh bien je préfère largement mon viking maigrelet à votre teuton flingueur, modèle Himmler.
-Eh?! Antarès, t’as entendu ce que la naine vient de dire!? Regarde ce que je vais lui…


Les deux femmes s’interrompirent un instant, le temps de se tourner vers leurs compagnons respectifs qui n’étaient plus présents à leurs cotés. Surprises, elles les cherchèrent rapidement dans les alentours. Ceux-ci se tenaient un peu à l’écart, en face d’une structure pentue pourfendue de sillons qui faisait vraisemblablement office d’escaliers dans la gigantesque structure anormale de l’atrium.

Les deux agents leur tournaient le dos, visiblement absorbés par leur discussion. C’étaient les deux personnes les moins susceptibles de tenir un tenir conciliabule en privé, pourtant.

Curieuses de savoir ce qu’il en était, elles se retinrent de poursuivre leurs chamailleries, s’assassinant simplement du regard en attendant une autre occasion.

*
* *

Il ne pouvait pas rester abattu trop longtemps. Dogaku avait déjà perdu trop de temps, après tout. Aussi n’hésitait-il pas longtemps avant d’aborder l’imposant paladin allemand, Antarès.

-Euh... Steiner, je pourrais vous parler une minute?
-Qu'est ce donc?
-J'ai une question à poser... pour savoir un truc.
-Je n'ai pas le temps pour ça. Posez votre question.
-Eh bien...
-...
-Il vaudrait mieux que les autres ne nous entendent pas. Un peu plus loin, ça vous va?

L'allemand le considéra un instant, suspicieux. Selon son expérience, quelqu'un qui lui demandait de s'éloigner du reste du groupe en pareilles circonstances avait généralement une mauvaise idée derrière la tête. Son regard se précisa sur son collègue, qu'il commença à dévisager avec une nouvelle forme de considération, le doute. Ce dernier s'en rendit immédiatement compte, et rectifia rapidement le tir.

-Non, non, on ne s'éloigne pas, bien sûr. Il ne faut pas qu'ils nous entendent, mais bien sûr qu'ils peuvent nous voir.
-Que voulez-vous?, demanda fermement l'inquisiteur en faisant un pas en avant. Maintenant.
-Reuh ben euh... c'est Pad'B...

Le suédois marqua une pause. On lui avait recommandé avec insistance de n’indiquer en aucune circonstance à Steiner qu’il servait d’intermédiaire à une entité paranormale. Pas tant qu’il pouvait l’éviter, du moins. Le paladin était du genre à exterminer sans réfléchir, et Dogaku se souvenait encore très clairement l’avoir vu abattre par réflexe des vampires pourtant venus à leur secours durant leur dernière mission.

-Je pense que vous devriez discrètement regarder votre... votre... euh... comment on dit nombril, en anglais?... Regardez votre... ventre?... l'estomac, oui.
-Regarder mon estomac. Tiens donc.
-Ici, indiqua Dogaku en se frappant doucement la zone qu'il souhaitait indiquer. Essayez de faire en sorte que personne ne vous remarque.
-Et pourquoi ça?
-Aucune id..., commença-t-il avant de se reprendre. Je ne suis pas sûr, mais je crois que je commence à me souvenir de quelque chose. Ca me faisait mal au crâne tout à l’heure, et je crois que c’est ça, transforma-t-il légèrement. Je crois me souvenir que l'un d'entre nous avait quelque chose de spécial sur son ventre… à un moment.

Dogaku n’avait pas encore comprit exactement quel était le sens de ce que lui avait suggéré sa chimère, à demi-mots lorsqu’ils n’étaient encore que cinq. Ca ne l’aidait pas vraiment à pouvoir convaincre le paladin d’obtempérer.

-Une trace qui pourrait nous aider à savoir ce qu'il nous était arrivé. Peut être une blessure? J'ai déjà demandé à Soon-Hak et à Hyûma de vérifier, mais ils n'avaient rien de spécial. Donc je vous demande... à vous, maintenant. Et j'ai absolument pas envie de demander ça à votre amie, donc je la garde pour la fin.

Le paladin attarda à nouveau son regard sur Dogaku, circonspect. Mais il n'avait pas grand chose à perdre, aussi finit-il par accepter. Il tourna le dos au reste des agents, et obtempéra rapidement, se promettant d'enfoncer un clou de Sinister dans la bouche de son interlocuteur si tout cela ne rimait à rien. Déboutonnant laborieusement sa veste puis sa chemise de son unique main valide, il eut soudain un tressaillement qui indiqua au suédois qu'il avait vu juste. Antarès resta un moment immobile, tandis que son collègue se reprenait, rassuré et satisfait d'avoir enfin trouvé quoi faire de son indice. Maintenant pris d'un regain d'énergie, il contourna rapidement Steiner. Ses jambes tremblaient encore légèrement, mais c'était cette fois seulement du à l'impatience.

-Qu'est ce qu'on a là?
-...

Le paladin ne répondit pas. D'un geste de sa prothèse recourbée, il le maintint à distance, adoptant une posture de profil par rapport à Dogaku. Toujours calme et mesuré, le paladin n'avait l'air rien d'autre que pensif. Le récupérateur se rappela donc à lui, doucement.

-Hey. Vous n'allez pas me montrer? Je sais qu'il y a quelque chose, c'est moi qui vous l'ai dis. Si ça peut nous aider à savoir ce qui nous est arrivé...
-Ca ne le fera pas. Il n'y a qu'une entaille.
-Je peux quand même jeter un oeil, pour savoir?
-...
-Il y a un truc, et vous pensez que c'est quelque chose. Moi aussi. Si je vous ai dis de nous mettre à l'écart, c'est pour qu'on voit ça tous les deux.

A contrecoeur, Steiner laissa son compagnon d'infortune étudier cette entaille. Ca n'était qu'une fine cicatrice circulaire, placée un peu en dessous du torse musculeux et lardé de cicatrices du paladin. Les marques étaient fines, nettes et précises, à la manière de celles vouées à disparaître sans laisser de trace. Toutefois, ce qui marqua véritablement Dogaku était sa forme. Un cercle presque parfait, uniquement déformé par la musculature saillante de l'agent.

-Et...vous vous souvenez avoir reçu une blessure au torse, récemment?
-Bien sûr que non.
-Vous avez déjà eu une blessure de ce genre, un jour?
-Non.
-Je ne sais même pas comment on peut faire ça.
-Ca n'est pas une blessure, déclara Steiner.
-Vous en êtes sûr? Si c'est des extraterrestres...
-Nous sommes au fin fond de l'océan, rappela l'autre.
-Nous somme sous l'eau, objecta Dogaku. On ne sait toujours rien d'où l'on est. Vais demander à Soon-Hak si elle connait des planètes aqueuses, dans le coin. Ou alors c'est un vaisseau spatial qui résiste aux vitesses lumières en se protégeant d'un champ hydraulique... ou alors on est tous en train de rêver? Pour ce qu'on en sait, on est tous volontaires dans une expérience psychologique...
-Ca suffira.

Antarès commençait à se lasser du suédois, qui prenait trop de libertés à son goût. Il n'aimait pas qu'on lui objecte quoi que ce soit.

-J'imagine que vous allez le dire à Moros?
-...
-Vous faîtes comme vous voulez, bien sûr. Perso, j'éviterais quand même de le dire à la ronde. Y'a bien un dingue ou deux qui vont péter les plombs en croyant que vous vous êtes fait implanter une bombe dans le corps ou un truc dans le genre... des oeufs alien, peut être? A vous de voir.
-Je sais ce que j'ai à faire, merci.
-En ce qui me concerne, je ne vais rien dire, ne vou... hey, vous m'écoutez?

Le paladin venait enfin de raffermir sa tenue d'une main experte, et lui tourna le dos maintenant qu'il n'avait plus rien à faire en sa compagnie. Moros l'attendait, auprès du sergent Rayaster. Antarès aurait bien entendu son mot à dire quand à l'orientation des prochaines actions de leur groupe.

Et l’arrivée d’un second colibri luminescent, envoyé de l’étrange chaman masqué, lui suggéra que quelque chose de nouveau venait d’être découvert.

-Mmmh… qu’est ce qu’il y a de neuf?, demanda Dogaku en les rejoignant à sa suite.

Le flot de la discussion allait trop vite pour lui, cette fois. Il avait du mal à suivre.

-Euh… Soon? Occupée, hein? Quelqu’un pour me faire un topo?
-Ils savent ce que contiennent les caissons, expliqua doucement Sekihara en s’approchant. L’un d’eux semble être doué dans le spiritisme.
-Oh. Et alors?
-Il y a quelques humains, certains sont vides, et le reste est occupé par des aliens.
-Des aliens?
-On dirait bien.
-Et c’est ça qui les fait tous frétiller comme ça? Si leur théorie de la navette spatiale est correcte, y’a pas grand-chose de surprenant.
-Ce ne sont pas les mêmes extraterrestres que celui que l’on a rencontré, visiblement.
-Bof.

Dogaku s’interrompit un instant, surprit par l’exclamation conjointe des paladins. Ils n’avaient pas l’air de bonne humeur.

-Donc on a d’un coté les gens qui veulent les réveiller, de l’autres les on-y-touche-pas, et juste en face y’a le duo on-les-massacre-de-suite-pour-plus-s’en-soucier?
-C’est à peut prêt ça. Il y a juste un problème.
-Ah?
-Ils sont en route. Ils ont accidentellement réveillé deux aliens, apparemment. Ils les transportent et les ramènent vers nous en espérant nous rejoindre avant qu’ils se réveillent.
-Ils ont fait ça? Tu m’étonnes que les paladins râlent…
-On ferait mieux de les surveiller, d’ailleurs, glissa Soon en laissant Rayaster tenter de calmer les allemands. Sigurd, tu crois pouvoir assommer Terminator s’il essaie de descendre nos invités?
-Euh… non?
-Mmmh… Hyûma?

Pas de réponse. Mal à l’aise, la coréenne se mordit les lèvres en voyant Rayaster s’éloigner d’eux. Vu la conversation silencieuse qu’ils tenaient maintenant en allemand, les deux envoyés de l’Ordre de la Garde d’Acier allaient sûrement préparer un mauvais coup.

-Dépêchons nous, indiqua le sergent. Ca m’étonnerait qu’ils soient capables de converser avec eux en cas de réveil.
avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [Mission?] Statut Inconnu

Message par Kentaro le 30/9/2012, 14:43

Un bruit attira l’attention du petit groupe, accompagné d’un colibri papillonnant sortant des ténèbres du couloir : les explorateurs en herbe revenaient, accompagnés…

Hyûma se frotta les yeux, incapable de comprendre ce qu’il voyait. Il lui fallut un moment pour comprendre que l’espèce de machin au sol était en fait une mini-tornade, probablement invoquée par le sorcier et que dessus se tenait une chose, faite de cinq bras, quatre jambes, deux têtes et au moins une queue si ce n’était deux. Il réalisa soudainement que, n’ayant qu’une tornade sous la main, les explorateurs avaient tout simplement entassé les aliens dessus.
Mais cinq bras ?

Bien vite, Rayaster, Soon-Hak et Soraya se pressèrent autour de la découverte, plus ou moins méfiants. Les deux aliens, encore inconscient, furent déposés au sol.
Trapus et de petites tailles – moins d’un mètre soixante – ils ressemblaient vaguement à des lézards, notamment en ce qui concernait leurs membres inférieurs et la queue qui leur servait visiblement de balancier. Au vu de la musculature, ces types devaient pulvériser le record terrestre du cent mètres sans se fouler, certifia la xéno-biologiste. Malgré l’armure souple noire qui recouvrait leurs torses, on devinait des gaillards plutôt musculeux. Leurs bras semblaient plus humanoïde, bien que doté de six doigts, dont deux préhensibles. De même pour leurs têtes au nez plat, si on omettait l’énorme saillie osseuse aux allures de caque intégré.

Mais le plus notable était le second alien : contrairement à son compagnon, seul son bras gauche était humanoïde. Le droit était surdéveloppé au-delà du concevable, avec un biceps plus large que ses cuisses et une paluche capable d’enserrer facilement un casque de moto. L’énorme mimine était si grande qu’il devait probablement pouvoir avancer en s’appuyant dessus, à l’instar d’un gorille.
Et comme pour compenser cette aberration, il arborait un troisième bras, fixé sur son épaule droite et présentement replié en triangle dans le prolongement de ses épaules. Bien que plus long, ce bras-ci conservait néanmoins une apparence plus normale –pour un alien.

Bien vite, les agents se pressèrent autour du spectacle, y compris Dogaku, qui désirait tout de même voir ce qu’il en était. Malheureusement, une poigne d’acier s’abattit sur son épaule et le tira fermement en arrière, tandis qu’Antares le dépassait, en profitant pour piquer sa place dans le cercle compacte qui se formait. Et encourant directement les foudres de Soon-Hak à qui se comportement égoïste n’avait pas du tout échappé.

Sigurd ignora néanmoins l’algarade entre son équipière et l’allemande qui était aussitôt montée au créneau pour défendre son idole. Contrairement aux autres, son attention se porta sur l’extra-terrestre « normal », ses yeux comme des soucoupes fixés sur l’emplacement que lui avait soufflé le Paladin.
Car sur la cuisse de l’alien saillait très discrètement une petite cicatrice, parfaitement circulaire.

« Sigurd ! »

Un claquement de doigts de la Coréenne juste sous son nez rappela le Suédois à la réalité. Il était probable que les autres n’avaient rien vu, ne sachant quoi chercher. Seul lui et Antares devait savoir que quelque chose clochait. Peu désireux de provoquer un courant de panique en dévoilant la nouvelle, Sigurd décida de garder le silence.

« Ça va ? Demanda Soon-Hak.
_ Heu… Oui ! Oui, bafouilla Dogaku. J’ai juste eu une absence…
_ Y’a un truc qui te tracasse, hein ? Fit la Coréenne.
_ Mais pas du tout ! C’est juste que…
_ À d’autres, mon grand. Allez, accouche.
_ Rooooh ! Maieuh !
_ Siguuurd !
_ Bon, il est temps de les réveiller ! » Annonça le Paladin.

La diversion fit son œuvre, sauvant par le gong le Suédois : Soon-Hak se retourna d’un bloc, s’attendant au pire de la part d’Antares, et avec raison.
Le Paladin levait bien haut sa main, prêt à balancer quelques baffes salvatrices sur l’alien difforme.

« Non mais attendez ! Qu’est-ce que vous cr… »

Trop tard, le Paladin exécuta un sonore aller-retour de sa main valide. Au second coup, l’alien rouvrit brutalement les yeux et tenta d’attraper les doigts d’Antares dans sa gueule garnie de crocs. Le Paladin parvint à reculer prestement son bras et balança par réflexe sa prothèse d’acier dans la face du monstre, lui rejetant la tête en arrière.
L’énorme bras attrapa le Paladin à la ceinture et l’envoya boulé dans le couloir.
La gamine du groupe hurla.
Ce fut le chaos.

Un court instant, la panique régna, dans un concert de jurons, de cris et d’éructations, qui s’étalant par terre en essayant de reculer précipitamment, qui se prenant les jambes dans les corps en essayant de se jeter sur l’extra-terrestre, qui se faisant renverser en tentant de ramener le calme…
Au bout de quelques secondes de foutoir, le cri de la gamine s’interrompît brutalement, figeant la scène, tandis que Soon-Hak s’époumonait pour que tout le monde se calme et que Moros gueulait pour attirer l’attention.

En définitive, l’extra-terrestre difforme tenait la gamine en otage, prêt à lui trancher la gorge de ses crocs, mais attendant visiblement quelque chose. Rayaster, Soraya et le type au masque l’entouraient mais ne savaient pas trop comment agir. Moros avait chargé le second alien par-dessus la balustrade et menaçait de le lâcher dans le vide, Soon-Hak intimait à tout le monde de ne pas bouger, Antares clopinait aussi rapidement que possible vers le groupe, le magicien s’abritant prudemment derrière lui et Hyûma était à terre, les yeux révulsés et de l’écume s’écoulant de la commissure des lèvres, Sigurd rampant discrètement vers lui pour voir ce qu’il en était.

« Que plus personne ne bouge ! Insista Soon-Hak. Il ne nous veut aucun mal, on va dégoupiller cette situation dans le calme. Ça vaut aussi pour vous, Moros ! Frère Exterminatus, vous restez où vous êtes !
_ Mais il tient la gamine en otage, gronda Rayaster.
_ Je m’en occupe. »

La Coréenne changea subitement de langage, adoptant un truc qui ressemblait vaguement à du chinois ou quelque chose dans ce goût-là en jugèrent plusieurs agents. Aucun d’entre eux ne pouvait savoir qu’elle s’adressait à l’Alien dans le dialecte populaire du 26ème décan galactique.
L’extra-terrestre, par contre, comprit très bien ce qu’on lui disait et articula péniblement quelques mots malgré la gorge de la gamine. Soon-Hak rétorqua d’une longue tirade, ponctuée de quelques gestes désignant le groupe, avant de repasser à l’anglais.

« Tout ceci n’est qu’un malentendu, tout va bien. Moros, ramenez notre deuxième ami sur le plancher des vaches, vous voulez, annonça l’interprète.
_ Pas question, c’est mon otage ! Rétorqua la Paladine.
_ Justement, il faut bien que quelqu’un commence par relâcher le sien, expliqua posément Soon-Hak.
_ Sûrement pas moi, se buta Moros. Lui d’abord.
_ Moros !
_ J’peux aussi le lâcher, hein, rappela l’Allemande.
_ Mais ça va pas la tête !? On ne joue pas, là. Libère-le, c’est un ordre !
_ T’es pas mon chef ! Et quant bien même, j’t’obéirai pas.
_ Antares, vous voulez bien ordonner à votre disciple de relâcher l’alien ? Tenta l’interprète.
_ Non, répondit inévitablement le Paladin. Nous perdrions le seul levier d’action que nous ayons contre cette chose. Mais s’il relâche la gamine, nous épargnons son camarade. »

La Coréenne se mordit la lèvre inférieure, se retenant de craquer. Mais pourquoi un organisme comme la RIP s’encombrait de butor mononeurones comme ces foutus paladins !?
Elle rétablit néanmoins le dialogue avec l’extra-terrestre. Après quelques échanges, l’extra-terrestre éloigna sa gueule de l’adolescente, avant de relâcher son étreinte. La jeune fille bouleversée se jeta en pleurs dans les bras du sorcier, qui tenta de la rassurer comme il le pouvait.
Soon-Hak se tourna vers Moros et lui indiqua de procéder à sa part du marché. La Paladine quémanda ostensiblement l’avis de son mentor du regard avant d’obtempérer.

« Bon, il est temps de mettre les choses au clair, je pense, intervint Rayaster.
_ Qu’est-ce qui est arrivé à l’asiatique ? Intervint Soraya.
_ Il est mort ? Proposa Moros en le poussant du bout de sa botte.
_ Nan, expliqua Sigurd. Dans la bousculade, quelqu’un a du le toucher physiquement et ça l’a foudroyé.
_ Un coup de foudre ? Il choisit bien son moment, lui !
_ Non mais c’est pas ce que je voulais dire…
_ Ça peut durer longtemps ? Demanda Soraya.
_ Sinon ça va nous ralentir, grommela Rayaster.
_ Bah, le sorcier n’aura qu’à le charger sur sa tornade, décida Antares.
_ Hé ! Vous savez l’énergie que ça me bouffe, ce truc ! Se récria l’intéressé.
_ Ça t’apprendra à réveiller des aliens de ton propre chef, coupa Rayaster. Et à ce propos… Qu’est-ce qu’ils savent, eux ? »

Soon-Hak, qui tenait conciliabule avec les deux entités extra-terrestres – sous le regard hautement désapprobateur de Moros – fit signe aux autres de s’approcher.

« Ils n’ont aucun souvenir des derniers jours, eux non plus, révéla Soon-Hak. Tout ce qu’ils peuvent me dire, c’est qu’ils ont été stationnés au QG de la RIP et placé en attente. Leur supérieur peut peut-être en savoir plus, mais eux-mêmes ne sont pas assez gradés pour être tenu au courant des détails.
_ Vous voulez dire que ces trucs se sont pointés comme des touristes sans savoir à quoi ils allaient faire face ? S’étonna Rayaster.
_ Exact. La structure militaire des Gosarlyem est un peu particulière : les officiers ne reçoivent leur ordre de missions que quelques heures avant le début d’une mission, et les soldats ne sont mis au courant que dans l’heure qui précède le départ. Ce système leur permettrait d’éviter les fuites, de ce que j’ai compris.
_ Mais c’est n’importe quoi ! Grogna l’officier de la RIP. Comment ils peuvent s’en sortir avec une telle organisation !
_ Bah, c’est plus ou moins la même chose avec la RIP, rappela Soraya.
_ Et on voit le résultat.
_ Bref, eux-mêmes ne savent rien, conclut Soon-Hak. Par contre, on sait qu’ils sont avec la RIP, ce ne sont donc pas des ennemis, insista la jeune femme à l’intention du Paladin.
_ Ça reste à voir, rétorqua l’intéressé. Ne baissons pas notre garde. Néanmoins, je vous l’accorde, leur présence dans les caissons indique qu’ils se sont probablement battus à nos côtés lors de l’assaut du QG de la RIP.
_ Mais la RIP n’a pas été prise d’assaut !
_ Nous sommes déjà dix agents ici-même, auquel s’ajoute la demi-douzaine de la salle explorée par le sorcier, en sus de ces deux aliens, asséna Antares. Soit une vingtaine de personnes déjà repéré, sans compter toutes celles possiblement en hibernation dans le reste de cette structure. Si vous avez une autre hypothèse, je suis tout ouïe.
_ Parfaitement, dis-y mon Frère !
_ A moins que nous ne soyons en mission et qu’elle ait un lien avec cette structure, hasarda Sigurd. ‘fin, le bouzin n’a pas l’air en bon état et dispose d’une sacrée superficie…
_ Une mission regroupait une vingtaine d’agents en plus d’un contingent auxiliaire d’aliens ? » S’étonna Rayaster.

L’agent n’avait jamais entendu parler d’un tel déploiement de force de la RIP. Pas plus que les autres. Ce qui ne laissait pas d’inquiéter tout le monde.

« Bon, alors que fait-on, maintenant ? Demanda Soraya.
_ On va aller réveiller les autres humains de leurs caissons, décida Rayaster.
_ Mauvaise idée, estima Antares.
_ Et pourquoi ?
_ Plus nous réveillerons de monde et plus nous perdrons de temps. Dois-je vous rappeler que nous n’avons ni ressources, ni équipements ? Quel est le plan, ensuite ? Nous disperser dans tout le vaisseau sans moyen de se joindre et de se coordonner ?
_ Pas faux, appuya Soraya. Assurons déjà notre position et on avisera ensuite.
_ D’accord, convint Rayaster. On a donc trois priorités…
_ Trouver des armes, à manger, de quoi communiquer et récupérer les agents endormis ! Enuméra avec enthousiaste Moros. Tiens, ça ne fait pas quatre, du coup ?
_ Y’en a que deux et c’est nous qu’on les a… Jamais de bol à la loterie…
_ Bien, allons-y, déclara Antares.
_ Ben oui, mais où ? Voulut savoir Sigurd.
_ Pas à cet étage, de toute évidence, répondit le Paladin. Le vaisseau a visiblement subit des dommages structurels en surface, inutile de perdre du temps dans une zone endommagée, pour le moment.
_ Ça ne vient à l’esprit de personne que ladite zone endommagée explique qu’on soit en relative sécurité, hasarda le Suédois. On risque de tomber sur des gardiens ou d’autres trucs, ailleurs, nan ? On fera quoi, du coup ?
_ On pourrait entamer le dialogue, susurra Soon-Hak.
_ Parce que tu parles le Poulpe, maintenant ?
_ Et s’ils sont hostiles, je pense qu’entre nos paladins de chocs et l’alien de compèt’, on devrait pouvoir s’en dépatouiller s’ils ne sont pas nombreux. » Estima Rayaster.

Le Paladin ne pipa mot mais n’en pensa pas moins. Si les choses dérapaient, il était hors de question de faire confiance à ces extra-terrestres pour quoi que ce soit. Non qu’il fasse de toute façon confiance au reste du groupe, cela dit.

Plus tôt les palabres cesseraient et plus tôt les choses commenceraient à rentrer dans l’ordre. Antares décida donc de se mettre en marche, faisant signe à Moros de le suivre. Machinalement, Rayaster et Soraya leur emboitèrent le pas et bien vite, la petite troupe se mit en branle, descendant les degrés de l’incroyable escalier.

Arrivé à l’étage inférieur, Rayaster voulut s’orienter vers les coursives, mais s’aperçut que le Paladin continuait sa descente de son pas métallique.

« Hé ! Vous allez où, comme ça ? Demanda l’agent.
_ Je descends, rétorqua Antares.
_ Oui, je vois bien mais… Ben on pourrait d’abord explorer cet étage, nan ?
_ Non.
_ M’enfin, vous avez été dans quel école d’officier ? S’insurgea Rayaster. On ne laisse pas d’inconnues derrière soi, c’est une stratégie désastreuse !
_ Je ne suis pas officier. Et je descends, maintint le Paladin.
_ Mais y’a peut-être des types congelés à cet étage aussi !
_ Et vous comptez les libérer, peut-être ?
_ Non, mais… ‘fin… Ben pour avoir une idée, quoi…
_ Faites comme vous voulez, déclara Antares. Je préfère aller explorer les étages intermédiaires.
_ Y’a un truc qui tourne vraiment pas rond, chez vous ! Bon, qui accompagne le Paladin et qui vient avec moi ? » Demanda l’agent à la cantonade.

Moros embraya derechef à la suite de son mentor, inexplicablement suivit de Sigurd. Après un rapide conciliabule, les deux aliens firent de même. Nonobstant les capacités martiales de l’officier de la RIP, le reste de la troupe considéra qu’il valait mieux se trouver avec les bourrins et suivirent, laissant seulement Soon-Hak et Soraya, hésitantes.
Rayaster jeta l’éponge et suivit le mouvement en maugréant dans sa barbe.

Finalement, Antares jeta son dévolu sur le quatrième passage en partant du haut. Il ne savait pas exactement pourquoi, mais quelque chose lui disait qu’il fallait jeter un coup d’œil par là. La petite troupe s’engagea dans la coursive, pour se rendre compte qu’elle ressemblait beaucoup à celle d’en haut : un long couloir faiblement éclairé, avec des portes sur les côtés.

Le Paladin s’engagea sans ralentir dans le couloir et avança de son pas boitillant.

« Attendez, on examine pas ce que contiennent les différentes salles ? S’étonna Soraya.
_ Pourquoi faire ?
_ Ben… Trouver des trucs ? Savoir où on est ? Ce genre de chose ?
_ Aucun intérêt, répondit le Paladin.
_ Ah là, vous y aller un peu fort ! S’exclama Rayaster. On est quand même ici pour trouver de l’équipement, éventuellement des ressources… Ce n’est pas dans le couloir qu’on les trouvera. Qui sait si on est pas au niveau des cuisines !?
_ Improbable.
_ Et ?
_ …
_ Alors c’est tout ? S’énerva l’officier. Pas d’arguments, rien ?
_ Nous perdons du temps, là, répondit doucement le Paladin.
_ Nan, nan, nan ! ‘faut qu’on examine les lieux, sinon on ne s’en sortira pas : vous avez vu la taille de ce machin ? On pourrait crever d’inanition avant d’avoir parcouru tous les couloirs ! Moi, je vais ouvrir cette porte, décida Rayaster.
_ Je vous le déconseille fortement.
_ Ah oui ? Et sinon quoi ? Vous allez m’en coller une ? S’échauffa Rayaster.
_ ’Tention, si c’est la bagarre que tu veux, j’en suis aussi ! Ensemble, mon Frère !
_ Non, répondit le Paladin en s’approchant de l’officier. Néanmoins, je vous déconseille fortement d’ouvrir cette porte.
_ Et pourquoi donc ?
_ Vous ne savez pas ce qui peut se trouver derrière.
_ Vous non plus.
_ Exact, mais je n’ai pas l’intention de l’ouvrir.
_ Vous n’êtes pas le chef ! »

Soon-Hak leva les yeux au ciel en entendant la remarque puéril de Rayaster. Ça y était, la crise d’autorité pointait le bout de son nez. L’intransigeant Paladin s’était naturellement posé en "leader" du groupe, mais ne montrait pas la moindre considération envers autrui. Or lorsqu’un groupe de personnes qui ne se connaissent pas est sous pression, il y a inévitablement une tendance à prendre la moindre anicroche, la moindre contrariété pour soi. C’est pour ça qu’il vaut mieux donner l’impression de diriger par consensus. Sinon, ceux qui se sentent constamment bafoués parce qu’on ne leur prête pas une oreille attentive finissent invariablement par poser la question qui fâche : et pourquoi je t’écouterai ? Je fais ce que je veux !
Psychologie élémentaire. La coréenne l’aurait parié. D’ailleurs, elle aurait peut-être pu éviter ces conneries si elle-même ne s’était pas laissé emporter par le caractère antipathique et va-t-en-guerre du Paladin. Et surtout de son énervante acolyte. Et maintenant, c’était trop tard : il allait falloir attendre que l’orage passe.

« Je n’ai pas le temps de jouer, répondit le Paladin. Si vous voulez ouvrir cette porte, faites-le, sinon nous repartons. »

Rayaster se le tint pour dit et actionna le levier de la porte, qui s’ouvrit dans un chuintement rauque. A peine entrebâillé, la porte vomit un flot de décombres métalliques qui se transformèrent en une véritable avalanche qui s’abattit dans le couloir, emportant la porte et engloutissant Rayaster et Soraya. Sigurd et Soon-Hak n’évitèrent le piège qu’en bondissant vivement en arrière.

Pendant un court instant, ce fut la panique dans le groupe, avant que la poussière ne retombe et que les gens ne s’aperçoivent que l’officier et la xéno-biologiste étaient sain et sauf, de part et d’autres de l’orifice colmaté marquant l’emplacement de la porte. Les réflexes du Paladin et de l’extra-terrestre aux bras normaux leur avaient évité de se faire empaler par les tuyères et les plaques de matériaux exotiques.

Sans mot dire, le Paladin relâcha Rayaster et reprit sa progression dans le couloir, rapidement suivit de Moros et des deux aliens. Sous le choc, il fallut encore de longues secondes au reste du groupe avant de reprendre leurs esprits et de suivre l’avant-garde.
Hormis pour Sigurd.

Plus que l’incident, ce qui l’avait frappé était plutôt que le Paladin avait su. D’une façon ou d’une autre. Bon, d’accord, sa réticence à ouvrir les portes et à continuer droit devant était peut-être du à son tempérament bassement pragmatique… Mais c’était impossible qu’il ait pu réagir assez vite pour tirer de là Rayaster, peu importe la vitesse de ses réflexes. Hormis s’il avait entamé son mouvement avant l’avalanche.
Or, le second sauveteur n’était autre que… le second alien, qui avait aussi la cicatrice circulaire.
De là à envisager que ces deux particularités soient liées, il n’y avait qu’un pas que le Suédois était bien près de franchir. Surtout s’il se basait sur le ricanement sordide de Pasd’Bol qui suivait avec intérêt son raisonnement.

Aussi Sigurd ne mit guère de temps avant de filer rejoindre les autres, se hissant jusqu’à la hauteur d’Antares.

« Vous saviez, hein ! Souffla le Suédois d’une voix où perçait l’excitation.
_ Quoi donc ? Demanda le Paladin.
_ Le coup de l’avalanche ! La pièce condamnée. Vous saviez.
_ Comment l’aurai-je su ?
_ Ben… vous vous souvenez… le machin…
_ N’importe quoi, balaya Antares. Si je l’avais vraiment su, je n’aurai pas laissé Rayaster ouvrir, d’une façon ou d’une autre.
_ Ben… Bon, je vous l’accorde, casser la gueule aux gens pour les empêcher de faire des conneries, ç’a l’air dans vos cordes. Mais si vous ne saviez pas… Comment vous avez fait pour réagir aussi vite ? Voulut savoir le Suédois.
_ "Aussi vite" ? Releva le Paladin.
_ Allons, c’st pas possible que vous puissiez le tirer sur le côté avant qu’il ne se fasse engloutir ! Vous avez forcément agis avant.
_ Ou bien tout le monde n’est pas aussi mou que vous, rétorqua Antares.
_ Hééé ! Pas la peine de se montrer désagréable, hein ! Bon sang… ’Z’êtes vraiment sûr que vous ne saviez pas ? Insista Sigurd.
_ Certain. Vous pensez vraiment que je laisserai quelqu’un se jeter dans la gueule du loup sans réagir ?
_ Heu… hum, joker ? Flûte… J’avais pourtant une théorie très intéressante…
_ Pas intéressé.
_ Vous ne savez même pas à quel propos ! »

Le Paladin dédaigna les dires du Suédois. Non, il n’avait pas su, pour la porte. Tout au plus, une vague intuition, mais rien de probant. Avec son expérience du terrain, de telles impressions survenaient parfois, tantôt bonnes, tantôt fausses. Non, il avait voulu dissuader Rayaster d’ouvrir cette porte pour éviter de perdre du temps. Cela tombait d’ailleurs bien que cet éboulis se trouve derrière, puisque cela avait rabattu le caquet de l’officier. Dorénavant, personne n’aurait la mauvaise idée de flâner en chemin avant un moment.
Non, il n’avait pas su.
Pas comme il savait où il se rendait. Très exactement.

De fait Antares progressait sans douter dans les couloirs du niveau, ne montrant guère d’hésitation dans les intersections et dédaignant royalement les différentes portes qui ponctuaient les coursives.
Du reste, personne ne fit la moindre remarque, le groupe semblant anesthésier par leur dernière péripétie : ils étaient bel et bien abandonnés en territoire hostile et potentiellement dangereux, et gambergeaient à propos de toutes ces implications. Du coup, quelqu’un guidait, ils suivaient sans se poser de question.
La situation ne tarderait pas à revenir à la normale, mais en attendant, tout cela arrangeait bien le Paladin.

Et finalement, au détour d’un couloir, il trouve les prémices de ce qu’il cherchait.

Un autre cadavre de Poulpe. En état de décomposition/liquéfaction avancé. Et avec un large orifice dans le front, du genre causé par une balle anti-blindage bénie 12mm.

« Oh merde ! Encore un, glapit le sorcier en apercevant le monstre à terre.
_ De quoi il est mort ? Demanda Rayaster.
_ Un instant, fit Soraya en se penchant sur le cadavre.
_ D’une balle en pleine tête, répondit Antares. Ma Sœur, tu peux jeter un coup d’œil à ces débris ?
_ Tout de suite. Hé ! C’est une tête spiralée de Fulgere, ça ! S’exclama Moros. Yahou ! C’est la piste de Jaculor ! On va pouvoir le retrouver !
_ Jaculor ? Fulgere ? Traduction please ?
_ C’est Soeur Moros qui a abattue cette chose, expliqua Antares. Avant notre hibernation.
_ Encore !? S’exclama Soon-Hak. Mais c’est pas vrai, c’est une manie, chez vous !
_ Et ouais ! Admirez la professionnelle !
_ Je ne crois pas que c’était un compliment, vous savez…
_ Roooh ! Mais j’ai du l’avoir depuis l’autre bout du couloir, hein !
_ Donc si je résume, intervint Sigud, grand A, on a déjà rencontré ces… heu… choses.
_ Poulpe. Ça se voit, pourtant !
_ Et grand B, on a déjà entamé les hostilités avec elles… Y’a que moi que ça inquiète ?
_ En tout cas, vous avez bien fait de dégommer la précédente : elle ne nous voulait sûrement pas du bien, déclara Rayaster.
_ C’était pas nous mais juste le butor de service. Pis on saura jamais ce qu’elles nous veulent si on les dégomme systématiquement à vue, hein…
_ C’est un principe de précaution élémentaire !
_ Heu… Antares, je peux vous parler une minute, essaya Sigurd.
_ Non. »

Le Paladin reprit son chemin, Sigurd le talonnant aussitôt.

« Nan mais vous êtes sûûûûr de rien avoir à me dire ? Tenta le Suédois.
_ Je ne prends pas de risque avec une forme de vie potentiellement hostile, accepta de lâcher le Paladin.
_ Nan, j’parlais pas de l’hécatombe systématique. Comment vous saviez, pour le cadavre !? Demanda Sigurd. Vous nous y avez emmenés droit dessus !
_ Où est le problème ?
_ Je ne sais pas… Peut-être le fait que personne ne se souvient des derniers jours, peut-être ? Insinua le Suédois.
_ Pas tous, visiblement, rétorqua Antares.
_ C’est justement ce qui me chiffonne, vous voyez… Comment vous expliquez que…
_ Je n’en sais rien. Tout comme vous, j’ai l’impression de me souvenir de quelque chose, tout simplement, expliqua le Paladin.
_ Hein !? S’étonna Sigurd. Mais je ne me suis pas… Ah ben si, flûte ! Roooh mais non c’tait pour… Pfff, Pasd’Bol ! »

Sigurd se tut un moment. Il n’avait pas prévu que son mensonge se retourne contre lui. Et maintenant quoi ? Soit il allait au bout de son hypothèse : d’une façon ou d’une autre, le Paladin connaissait des trucs qu’il n’était pas sensé savoir, et le Suédois aurait mis sa main au feu que la cicatrice et ce qu’elle cachait n’y était pas étrangère. Sauf que si c’était le cas, le Paladin n’avait pas fait le rapprochement, s’en contrefichait, voire tentait de le cacher. Ce qui impliquait tout un tas de chose auxquels Sigurd n’avait pas du tout envie de songé.
D’autant qu’il lui faudrait alors prévenir les autres et… Nan, mauvais plan. En tout cas, pas à tout le monde.

Mais restait l’hypothèse qu’il devienne paranoïaque. De ce qu’il avait entendu dire, des gens inconscients étaient capable d’entendre ou ressentir ce qui se passait autour d’eux et d’en garder certains souvenirs inconscients. Et si c’était le cas d’Antares, il aurait l’air malin à provoquer un vent de panique pour si peu…

D’un autre côté, deux cicatrices-machins sur deux membres du groupe, d’espèce et d’appartenance différente, ça restait hautement louche, non ?
Si seulement Pasd’Bol pouvait arrêter de ricaner à chacune de ses hypothèses…

« Stop ! Souffla brusquement Moros, sortant le Suédois de ses pensés moroses. Mon Frère, ça bouge droit devant ! »

Tout le monde s’écorcha les yeux à tenter de distinguer quoi que ce soit dans le bout du couloir, en pure perte. Mais Antares avait confiance dans la vision acérée de sa collègue.

« Une idée de ce que c’est ?
_ Pas la moindre, répondit la Paladine. Je vote pour une bestiole à terre. Peut-être un gros chien, un poulpe blessé ou un zombie en plein repas.
_ Ah ouais, sacré champs de possibilité, hein…
_ Qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Soraya.
_ Moros et Rayaster vont s’approcher discrètement, décréta Antares. Ainsi que les deux aliens en soutien. Expliquez-leur, Soon-Hak.
_ Vous ne venez pas ? Remarqua l’officier, mal à l’aise.
_ Le claquement métallique de ma prothèse ne rime pas avec la discrétion.
_ Oui mais ça serait drôlement plus rassurant que les deux extra-terrestres.
_ On ne pourrait pas envoyer l’un des colibris de notre ami masqué, intervint le sorcier. Ça serait moins risqué, non ?
_ Non. S’ils sont hostile, mieux vaut les prendre par surprise plutôt que de risquer de les laisser se préparer s’ils repèrent quelque chose.
_ Je suppose que l’option dialogue va encore passer à la trappe, remarqua Soon-Hak d’un ton acide. Et vous soutenez ça, n’est-ce pas, Rayaster ?
_ Heu… Ben c’est que… Nan, mais ils ne seront pas forcément hostile, hein...
_ Auquel cas vous entameriez le dialogue ?
_ Hum… c’est-à-dire que… oui, probablement.
_ Bien, approuva la Coréenne qui venait une fois de plus de manipuler en beauté l’officier.
_ Pas de risques inutiles, intervint le Paladin.
_ Comptez sur moi, mon Frère !
_ Ben voyons ! Heureusement que c’est moi qui vais expliquer la situation aux Gosarlyem »

Soon-Hak expliqua succinctement aux extra-terrestres ce que l’on attendait d’eux et le quatuor d’éclaireurs improvisés se mit en branle, sous le regard anxieux du reste de la troupe. Les secondes s’égrenèrent lentement, sans aucun bruit. Soraya jeta un coup d’œil à sa montre, regardant le temps défiler avec une atroce lenteur.

Brusquement, un coup de tonnerre éclata, le son se répercutant tout le long du couloir. Avant que quiconque ne puisse réagir, deux autres coups de feu retentirent, avant d’être rejoint par un étrange chuintement de mauvais augure – genre décharges d’énergies de films SF.

Antares se précipita en avant aussi rapidement qu’il le pouvait, imité aussitôt par l’homme au masque. Le sorcier –reconverti en nounou, à devoir garder l’œil sur la petite et sur Hyûma toujours inconscient – jugea plus prudent de rester en arrière, tout comme Sigurd. Après un court instant d’hésitation, Soon-Hak et Soraya filèrent en direction des éclaireurs.

Au fond du couloir, les agents débouchèrent dans un vaste carrefour, jonché de débris incompréhensible. Partout, des impacts de munitions plus ou moins lourdes, des traces de suies du à des combustions d’origines inconnues, et des flaques de sang caillées. Au sol, divers restes majoritairement identifiables : des sacs, quelques armes, des babioles, des outils… le tout on ne peut plus humain. Sans compter divers autres trucs hétéroclites qui, à en juger par l’intérêt que leurs portaient les deux aliens, étaient d’origines extra-terrestres.

Moros, automatique au poing, se tenait toute fière devant le cadavre d’une étrange créature anthropomorphe bleu marine, souriante de toutes ses dents et faisant de grand signe aux autres.

« Par ici, par ici ! Je l’ai eue ! »

Sans se préoccuper de Soon-Hak qui virait à l’écarlate en lui faisant de gros yeux, la jeune Paladine n’y tint plus et se jeta à la rencontre de son mentor à la mobilité réduite.

« Cette chose essayait de filer avec, mon Frère ! »

Antares attrapa révérencieusement l’antique objet que lui tendait Moros. Une grande et épaisse croix de 40cm de long sur son axe principale, gainée de plaques d’aciers noires et luisantes, avec un interstice centrale rouge vif au centre des deux axes. L’arme ultime anti-monstre, le symbole de sa charge et de sa fonction : Sinister.

En un tournemain, le Paladin éjecta le chargeur du pistolet baroque et observa les munitions. Il y en avait six. Le chargeur était plein.

« Non mais c’est pas vrai ! Hurla Soon-Hak. Ça va pas bien dans votre tête ou quoi ?! Ça vous amuse tant que ça de tuer tout ce qui bouge ! Et vous, Rayaster, vous avez un minimum de jugeote, non !? Pourquoi vous l’avez laissé faire ?
_ Mais j’y peux rien, moi ! Se défendit l’officier. Les créatures nous ont vus et elles ont détalé avec leur butin. Et avant d’avoir le temps de dire ouf, la demoiselle s’est jetée sur une arme qui traînait et à fait feu sur l’un d’eux ! Pis vous vous attendiez à quoi de sa part, franchement ?
_ J’allais pas laissé ces horreurs se tirer avec la relique de mon ordre ! Intervint l’intéressée.
_ Quoi !? Se révolta la Coréenne. Mais…
_ Sœur Moros a bien fait, assura Antares.
_ Vous, le terminator, on vous a pas sonné !
_ Le chargeur de mon arme est plein, expliqua le Paladin. Au vu du champ de bataille où nous nous trouvons, vous savez ce que cela signifie ?
_ Que vous utilisez une deuxième arme, devina Rayaster.
_ Exact. Or je ne suis pas autorisé à la déployer sans l’accord explicite de nos supérieurs de la RIP. Cela implique donc trois choses : primo, la base de la RIP n’a pas été attaquée, puisque nous sommes en mission.
_ En même temps, y’avait que vous pour envisager ça !
_ Secundo, nous faisons partie d’une mission spéciale, avec déploiement lourd et effectif conséquent. Si cela nous renseigne sur le pourquoi du comment du nombre d’agents déployé et du peloton d’auxiliaires aliens, cela implique aussi que nous avons un objectif quel qu’il soit et qu’il faudra songer à s’en occuper tôt ou tard. Cela signifie aussi que du matériel lourd ou sensible a été déployé sur le terrain, et comme vous le voyez, il n’y en a pas la moindre trace ici.
_ Vous voulez dire qu’on a des bazookas ou des lance-flammes susceptibles de se balader en pleine nature ?
_ Tertio, des fois que certaines personnes auraient des doutes, le statut de la mission implique que nous sommes en territoire hostile. Le fait que nous ayons été neutralisés ne laisse pas la moindre ambiguïté à ce sujet.
_ Justement, on a été neutralisé, pas abattu ! Intervint Soon-Hak. Les types hostiles, ici, c’est peut-être uniquement nous.
_ J’allais y venir, poursuivit Antares. Rayaster confirmera, mais d’après les impacts et les traces de tirs, je suis à peu près certains que ceux qui utilisaient les armes aliens faisaient face à ceux qui utilisaient les armes terrestres.
_ Attendez, s’exclama Soraya, vous voulez dire que ces extra-terrestres… ne sont pas de notre bord ?
_ En même temps, vous êtes partial à quel point pour ce genre de conclusion ? Demanda Soon-Hak. Nan, parce qu’on connaît le penchant prononcé de votre organisation pour réguler le paranormal manu militari, hein…
_ Non, il a raison, intervint Rayaster. Suffit d’observer la majorité des impacts et leurs dispositions par rapport aux débris. J’ignore pourquoi, mais on s’est affronté.
_ Ouais, on se demande pourquoi… lâcha la Coréenne en lorgnant ostensiblement sur le Paladin.
_ En somme, résuma Soraya, on ne sait pas ce qu’on fait ici, ni comment, ni pourquoi, ni si les locaux sont hostiles, ni si nos alliés sont fiables. Quelqu’un a d’autres bonnes nouvelles ?
_ Tu as oublié l’équipement envolé et l’absence de ravitaillement, rappela l’officier. Bon, je vais prévenir les autres de la situation et voir ce qu’on peut récupérer dans le coin… Soraya, va examiner la bestiole qu’a abattue Moros, on pourrait peut-être apprendre des trucs utiles. »

Alors que l’officier filait rejoindre les planqués dans le couloir et que la xéno-biologiste s’occupait de la dépouille de la dernière victime des Paladins, Moros rappliqua auprès de Soon-Hak et Antares.

« Hé dites, soit l’extra-terrestre aux bras normaux à un rhume, soit il essaye de me dire quelque chose, mais je ne comprends pas.
_ Etonnant de votre part… J’ai compris, je vais voir ce qu’il veut… » Soupira Soon-Hak.

Quelques minutes passèrent, lors desquels la fouille des lieux permit de retrouver quelques armes poings, une antique arbalète en parfaite état de marche, quelques sacoches de matériels divers – dont une véritable trousse de mécano – des rations de survies, des gadgets aliens et d’autres trucs plus ou moins utile, tel la Bible d’Antares.

Finalement, le petit groupe tint conciliabule au centre de la salle, tandis que les colibris de l’homme masqué surveillaient les différentes coursives environnantes.

« Alors, au moins, on est plus désarmé, résuma Rayaster. Par contre, niveau nourriture, c’est toujours pas la joie. Sans parler de l’eau potable. Pas de traces de gros calibres ou autres trucs atypiques, de même que je suis certain qu’on a pas toutes les armes légères. J’ai pas retrouvé mon Desert Eagle, par exemple…Mais les bestioles qui se sont enfuies avaient embarqué des trucs avec elles, donc c’est pas impossible qu’elles aient déjà fait des voyages auparavant.
_ Justement, intervint Soon-Hak. Skalzem m’a dit que…
_ Qui ça ??
_ L’extra-terrestre aux bras normaux. Bref, son aptitude génétique, c’est…
_ Son quoi ?
_ Tous leurs soldats sont génétiquement mutés afin d’acquérir de nouvelles particularités, expliqua Soon-Hak. Les missions se chargent d’écrémer les mutations non-pertinente et de conserver les performantes qui sont réutilisées. Une sorte de mécanisme d’évolution accéléré. Pour certain, c’est particulièrement visible, comme un bras hypertrophié et un autre pour y palier, mais pour d’autres, c’est plus discret. Comme un odorat renforcé. Du coup, Skalzem pense être capable de remonter la piste des fuyards afin de récupérer le matériel qu’ils ont volé.
_ Hé, c’est chouette, ça ! S’exclama Rayaster. Qu’est-ce qu’on attend pour les suivre ?
_ Ça va pas la tête ! Explosa Moros. J’te rappelle que ces aliens ont essayé de nous faire la peau en douce, les salauds !
_ Sûr qu’avec vous deux, aucun risque que ça se soit passé dans l’autre sens, hein…
_ Pas question de suivre ces sales lézards ! C’est sûrement un piège ! Pas vrai, mon Frère ? Interpella la Paladine.
_ Non, on va le suivre, décréta Antares.
_ … … Sérieux ? Demanda la Coréenne, abasourdie pour le coup.
_ Il sait où sont nos armes, alors allons-y, répondit le Paladin.
_ Forcément, y’a des priorités, hein…
_ Mais ça ne risque pas d’être un peu dangereux, maintenant qu’on a tué l’un des machins ? Demanda Hyûma.
_ C’qu’on s’en fiche, on est armé, à présent, rappela la Paladine. En avant !
_ C’est d’ailleurs bien pour ça que ça pourrait être dangereux ! »

Le petit groupe se prépara à partir, tandis que Soon-Hak s’expliquait avec les deux aliens. Seul Sigurd resta inactif, pensif.
Le prochain guide de l’équipe allait être le second élément avec une cicatrice circulaire… Coïncidence ou pas ?
Le Suédois n’aimait pas ça du tout.
avatar
Kentaro
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 2047
Date d'inscription : 14/03/2008
Localisation : Muahaha !

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [Mission?] Statut Inconnu

Message par Sonaka le 22/12/2012, 14:41

Achevant de sonder les lieux, les membres de la petite équipe en profitaient également pour faire le point sur leur situation… ou pour les moins endurants d’entre eux, de tout simplement faire une pause après la longue marche menée de vive allure par le paladin.

-Hahaha, maintenant qu’on est revenus en selle, on va plier ça en trois tours de main, s’exclama l’allemande. On a déjà récupéré Sinister… c’est wunderbar!.
-Wonderbra?
-Nan, ça c’est une marque de soutien-gorge, Sig’.
-Elle parle sous-vêtements?
-Ca veut dire merveilleux.
-Eerrh… possible.
Et qu’est ce que ça a de spécial, sinister?
-Sinister, corrigea-t-elle avec un ton révérencieux.
-Sinister, avec la majuscule, d’accord.
-S-i-n-i-s-t-e-r!
-Euh…
-Sinister, intervint la dénommée Soraya. Alors?

Ujiwaru, qui avait entendu le sorcier poser la question un peu plus tôt, se massa péniblement les tempes. Elle avait déjà entendu le minutieux exposé de l’allemande, très au fait de la légende de la relique de son idole. Dogaku lui-même se sentit rapidement décrocher, ce dont sembla profiter son spectre pour l’alpaguer.

Alors que le groupe reprit lentement sa marche, à la suite de l’alien qui s’était affirmé capable de pister leurs affaires dérobées, le récupérateur conversa mentalement avec sa chimère, prenant simplement soin de ne pas rester trop en retrait de l’équipe.



Eh bien, ça ne va pas?

Ah tiens… alors toi, tu me cales un coup de pouce dans le gosier quand tu veux. Vraiment quand tu veux. Surtout, faut pas hésiter.

Si tu as soif, tu trouveras de l’eau un peu plus loin. Sur ta droite.

C’est pas exactement ce que je voulais savoir, tu sais?

Alors, euh… nan? Rien de plus?



Ok, si tu le prends comme ça…

Méfie toi des cônes, aussi.



Cônes?

Tu comprendras plus tard. Vous n'avez pas envie de rester ici...


Ca a un rapport avec les trous dans Steiner et l’alien?

Hhhhhhhhhh….

Qu’est ce qui te fait dire ça ?

La base d’un cône, c’est un cercle… comme leurs cicatrices.



Et comme Steiner a dit que ça n’était certainement pas une blessure, ça signifie que ça a été… chirurgical?

Youhou? J’ai expiré mon quota?




Le spectre avait disparu. Sans plus d'informations, la seule chose à laquelle il était capable de penser actuellement était ces étranges cercles qui faisaient office de cicatrices aux deux membres de son équipe. Le paladin et l'extraterrestre, à la coopération fort improbable.

Tout ça allait beaucoup trop vite, pensait Dogaku.
En l’espace de vingt minutes, ils avaient découvert bien plus qu’au cours des deux heures précédant leur descente au niveau intermédiaire.

Et maintenant, Pad’Bol commençait à se faire plus pressant. Ce qui était rarement de bon augure.

-Quelque chose ne va pas?, s’enquit Hyûma.
-Hum? Nan, nan, rien. Je réfléchissais, c’est tout.
-Vous avez l’air de vachement réfléchir, dîtes-donc, glissa Rayaster en surgissant par derrière, amer.

Certes, ils avaient récupéré des armes, du matériel, et surtout des rations alimentaires, ce qui avait vastement amorti le principal souci de la majorité des membres du groupe. Même s’ils ne disposaient que de peu de réserves pour le moment, l’effet avait bénéficié au leadership du paladin, à l’origine de cette découverte.

-M’enfin vous avez pas vraiment une grosse tête d’intello, si vous voulez mon avis, reprit le sergent. Devriez arrêter de réfléchir. Sauf votre respect, hein.
-…
-Je ne dis pas ça pour critiquer, hein. Juste que vous voir comme ça, ça fait tiquer les gens. Il y a quelque chose de spécial que vous savez faire, au fait? Vous ne vous êtes pas vraiment présenté, jusque là.
-Pas grand-chose, non.
-Et…?
-Mon job, c’est plutôt… récupérateur.
-Et vous récupérez quoi?
-Des objets, en général. Mais un peu de tout quand on me le demande. Dépend de si c’est possible. Une fois, j’ai récup’ une licorne, par exemple. Mais je n’ai pas l’impression de pouvoir nous aider à grand-chose, là.
-Ah ça, héhé… je crois que je comprends. Bienvenue au club, maugréa-t-il en jetant un regard aux épaules du fier paladin Antarès.

Car le soudain élan de popularité dont profitait l’allemand déplaisait à au moins trois personnes. Contrairement à Dogaku, simplement déconcerté, les deux autres n'hésitaient pas à le faire savoir.

Rayaster et Ujiwaru. Les méthodes d’Antarès avaient beau être efficaces, elles n’en étaient pas moins dangereuses. L’un estimait que son manque de rigueur allait finir par donner des retours de bâtons, tandis que l’autre imaginait déjà les répercussions qu’engendreraient sa tuerie lorsque les occupants du vaisseau entreraient en contact avec eux.

Ujiwaru, qui à l’instant fusillait du regard la propriétaire de l’arme Jacio, ne savait plus vraiment quoi faire, maintenant que la mécanique des paladins était aussi bien lancée. Ils avaient tué… au moins trois extraterrestres. Deux identifiés comme étant des « Poulpes », et un troisième d’un genre complètement différent. Elle avait beau marcher devant le duo d’agents qui dialoguait en ce moment, suivie de près par Sekihara qui ne les écoutait pas vraiment, son collègue pouvait voir qu’elle ressassait furieusement ses pensées sans parvenir à en conclure quoi que ce soit.

-Récupérateur, vous dîtes… y’a moyen qu’on soit venus ici pour récupérer quelque chose?
-Aucune idée, lâcha Dogaku avant se faire silencieux un moment. Je ne vois pas trop… c’est peut être une ruine, mais on a pas vu grand-chose de valeur ou quoi que ce soit. Et comme c’est un vaisseau spatial…
-Mais toutes ces choses… je veux dire, la cryo, c’est de la technologie de valeur, non? Et ces portes, le métal… vous avez vu comme il est bizarre? On dirait presque qu’il est vivant.
-Bah…



A ton avis, combien d’entre vous allez mourir dans les heures à venir?


Euh… ouais, ouais, ok. Là j’aime pas du tout. Autre chose?

...

Eh, tu vas pas me laisser poireauter comme ça alors que… ‘tain.


Il regarda docilement le spectre se matérialiser face à lui, l’épais panache de fumée noire englobant sa coéquipière sans qu’il ne s’en inquiète d’aucune façon. Dogaku entendit le sergent articuler plusieurs longues tirades, mais il n’y accorda pas assez d’attention pour en retenir quoi que ce soit. Ce qu’il voulait entendre, c’était Pad'Bol.

Ne fais pas cette tête. Ils sont moins nombreux que ce que tu crois. A moins que vous ne continuiez à… eh bien… non, en fait.

Non? Non quoi?

Non. Tu t’en soucieras plus tard, Sigurd.

Y’a autre chose qui va arriver avant?

Ton très cher sergent va te donner une claque, déjà.




Il sursauta brutalement, s’écartant de Rayaster jusqu’à se renverser de lui même contre le mur le plus proche.
Voyant qu’il ne répondait pas, son collègue avait tenté de le tirer de se rêverie d’une petite brusquerie sur la joue, sans forcer. Pour le suédois, c'était une interruption particulièrement désagréable. Agacé, il écarta fermement la main que lui tendait l’agent, se redressant laborieusement de lui même.

-Vous allez bien?, le dévisagea Rayaster d’un air coupable.
-Mais vous êtes dingue?! Tout va bien, j’ai juste trébuché, indiqua-t-il aux autres qui s’étaient retournés, eux aussi inquiets.
-Vous aviez les yeux dans le vague, alors je me suis dis que…
-Ca va?, demanda Sekihara en aidant son collègue à se redresser.
-Oui oui, pad’soucis, vous en faîtes pas. Désolé, Rayaster, j’ai eu une petite coupure…
-Ah… non… c’est moi.

Le sergent s’effaça encore davantage, visiblement déçu de la tournure des évènements… et probablement bien plus déçu de lui-même. En temps normal, il guidait naturellement ses équipes sur le terrain. En l’occurrence, il lui semblait pourtant impossible de se dégager de l’ombre que lui faisait Antarès.

Dogaku était pourtant celui que la popularité du paladin dérangeait le plus. Il n’avait aucune idée de quoi, mais quelque chose le mettait en alerte. Peut être parviendrait-il à faire parler son spectre. Peut être découvriraient-ils d’autres indices.

Ou autre chose.
A tout le moins, il voulait l’empêcher de continuer son avancée débridée dans l’épave. Il allait donc devoir trouver une distraction à offrir à ses coéquipiers pour les détourner de l’objectif du paladin.

Son spectre lui avait déjà donné l’information qu’il lui fallait pour y arriver, après tout.
Et il savait déjà comment il parviendrait à convaincre les autres de coopérer.

-Soon, tu peux passer un petit mensonge pour moi?
-Tu veux quoi?
-Dans trois couloirs, on va passer devant un gros paquet de nervures écrasées contre un mur.
-Des nervures? Pad’Bol?
-Pad’Bol.
Et à partir de ces nervures, le prochain passage à gauche débouche sur une autre galerie. On y trouvera des... euh… des ravitaillements.

La coréenne poussa une exclamation, ravie. C’était un programme qui lui convenait bien davantage qu’une chasse à l’alien, menée pour récupérer davantage d’armes à feu dans un carnage généralisé qui ne finirait sûrement pas à leur avantage.

-Des vivres? Vraiment?
-Au moins de l’eau. C’est ça qu’il m’a vraiment dit. De ce que j’ai compris, j’pas sûr que la nourriture soit chouette… à moins qu’on n’ait vraiment pas le choix. M’enfin, voilà.

Pad’Bol ne lui avait pas exactement dit ça, mais c’était à peu près ce qu’il avait pu déduire des différentes bribes d’informations qu’il lui avait délivré. Ou suggéré. Peut être même simplement laissé entendre… ou très vaguement interpréter à partir de ses graillements torturés. Il ne savait pas encore s’il parvenait à comprendre les subtilités dans les couinements de son observateur, ou si c’était les facultés du soi-disant vassal de la Mort qui entraient en jeu.

L’agent n’avait aucun moyen de le savoir, son spectre ne s’étant jamais avancé sur la nature exacte de ses pouvoirs. A quelques reprises, il avait néanmoins été surpris par les mesures prises par sa chimère pour pouvoir conserver son attention. Mais même à ce jour, il n’était pas sûr de grand-chose en ce qui concernait Pad’Bol.

-Ca ne te pose pas de problème, j’espère?
-Du tout. Pas besoin de te griller face aux paladins, d'ailleurs. Dans combien de temps, les… nervures, c’est ça?
-Je sais pas exactement… peut être cinq, dix minutes. On ouvre l’œil, du coup. Je te fais signe si je les vois.

Silencieusement, ils se séparèrent, Dogaku rattrapant progressivement la maghrébine en conversation avec le chaman masqué tandis que la jeune femme se laissa retomber à hauteur de Hyûma et Rayaster, qui traînaient mollement en fin de groupe.

Contrairement à Antarès un peu plus tôt, l’alien prenait son temps pour conduire la progression de l’équipe, lui faisant usage de son odorat pour mener la bande. Ils avancèrent d’un pas prudent à travers les niveaux, guère à l’aise dans les longs couloirs inquiétants du labyrinthe de métal.

Et finalement, au bout d’une vingtaine de minutes de marche…

-Tout le monde, arrêtez-vous s’il vous plait. Je crois que je viens de découvrir… oui, attendez.

L’air faussement surprise, elle s’approcha d’une paroi aux fissures palpitantes d’énergie, vraisemblablement émiettée par le passage du temps. Juste avant de se pencher sur la structure, elle héla les alien d’un couinement nasillard, les incitant à attendre quelques instants. Son guide ainsi arrêté, le paladin suivit le mouvement, non sans réticence.

Les doigts de la traductrice passèrent lentement sur les contours de ferraille, qu’elle semblait s’efforcer de déchiffrer tactilement comme s’il s’agissait d’un langage en braille. Heureusement, elle prit le soin de jeter un regard à son informateur, dont la grimace étirée lui indiqua qu’elle s’était trompée. Ca n'était pas ici.

Mais le seul fait d’avoir déclaré le virage un peu trop tôt n’allait sûrement pas diminuer la coréenne pour autant.

-Ca m’a l’air d’être un guide. Un genre de… pancarte, vous voyez?
-Et ça dit quoi?
-Quelque chose comme…
-Je croyais que vous ne connaissiez pas le langage de ces choses, coupa Steiner.
-Je ne le connais pas, mais ça, par contre, ça me parle.
-..., s'étonna le paladin.
-Ca n’est pas surprenant. Si jamais on est dans une navette de transit, c’est bien normal que des indications soient inscrites en dialecte commun.
-On est sous la mer, objecta Moros. C’est pas une navette.
-On est dans un vaisseau.
-Je dirais plutôt qu’on sait pas du tout où on est, objecta la chirurgienne voilée. Bref. Qu’est ce que vous lisez, donc?
-Ca a l’air d’indiquer… je ne sais pas si c’est un bar, des stocks ou un réservoir. Peut être un réfectoire. Ca peut valoir d’aller jeter un œil, non?
-Vous ne savez pas?, demanda le jeune homme au catogan.
-C’est en assez mauvais état, comme vous pouvez le voir.
-C’est carrément destroy, plutôt.
-Quelque chose comme ça, oui. A mon avis, on aura au moins de l’eau, quand même.
-Ils boivent de l’eau, vos poulpes?, s'étonna Moros.
-Si ce sont des poulpes..., commença le sorcier.
-Bin oui ce sont des aliens, les poulpes. Est-ce qu’ils ont de l’eau?
-Ils ont de l’eau, confirma Soraya, qui avait procédé à une autopsie un peu plus tôt. Ca, je sais le reconnaître.

Dogaku s’efforça de ne pas avoir l’air trop content. Sans être véritablement de bonne humeur, il avait une furieuse envie de sourire en voyant comme sa partenaire avait négocié le virage. Au sens propre. Déjà, Sekihara, Soraya et le sorcier commençaient à répandre l’idée dans le groupe, tandis qu’Ujiwaru traduisait ce qu’il en était aux deux extraterrestres, affinant légèrement son discours en leur expliquant que l’eau était un « carburant vital qui influait sensiblement sur les performances et la survie à court terme des humains ».

-Et vous, ça vous convient, Monsieur?, demanda délicatement Sekihara à Rayaster, désormais complètement effacé.
-Bof… ouais.
-Tout le monde est d’accord, donc?
-Sûrement pas, aboya le paladin en réponse à la coréenne.
-Du tout, même, renchérit Moros.
-Eh bien ça c’est une surprise… pourquoi cela?
-Pas de temps à perdre. Nous venons de récupérer des provisions. Nous n’avons besoin de rien pour le moment.
-On ne croule pas sous le poids de nos affaires, quand même, répondit la maghrébine.
-Nous pourrons revenir plus tard, en cas de besoin. Dans l’immédiat, il nous faut récupérer des armes.

Antarès n’était guère satisfait de la tournure que prenaient les évènements. Lui souhaitait continuer, et l’aurait très certainement fait si pour une fois, contrairement à ses habitudes, il n’avait pas eu besoin de l’aide d’un autre pour accomplir sa tâche. Récupérer ses outils de mort, Irae en particulier, était la priorité du moment, et l’alien pisteur était son meilleur moyen d’y arriver. Il ne savait même pas pourquoi les autres souhaitaient à ce point perdre leur temps inutilement. Ils avaient bien assez d’eau pour tenir plusieurs heures.

Ce qu’il tenta de leur expliquer, prenant sur lui d’employer les mécaniques de groupe qu’il dédaignait usuellement. Malheureusement, il avait affaire à une négociatrice habile, aux recettes solidement rodées, et qui ne lui laissait guère de temps pour occuper de la place dans la discussion. Aussi décida-t-il finalement de saper son aisance usuelle, en s’attaquant à son point faible pour la faire diverger.

Ou enrager, remarqua avec plaisir sœur Moros en se joignant à son jeu.

-Si nous nous rendons à un point de ravitaillement, nous risquons de rencontrer d’autres ennemis, insista volontairement le paladin.
-Ce ne sont pas des ennemis!, s’énerva finalement la coréenne. Vous les tuez à vue!
-Jusqu’à preuve du contraire, c’en sont.
-Mais vous ne leur laissez pas le temps de quoi que ce soit!
-Exactement.
-Exactement?! Mais z'êtes malade?
-Hey, on ne parle pas à Antarès comme…
-Bah, de toute manière nous ne prendrons pas de risque, développa la chirurgienne pour calmer le jeu. Je veux dire, jusque là, c’est Moros et vous qui foncez dans le tas pendant que nous on attend derrière. Notre ami chaman envoie ses oiseaux en reconnaissance et pour délivrer ses messages à distance, mais à part ça… enfin, ce que je veux dire, c’est que tant qu’à faire, autant que l’on se rende utile autrement. Vous, vous faîtes très bien votre boulot, alors autant que tout le monde le fasse aussi. Et nous n’avons pas tant de vivres que ça.

En voyant trois autres agents acquiescer ces propos, Dogaku se sentit sérieusement mal à l’aise en repensant aux soi-disant vivres. Ca n’était essentiellement que de l’eau, selon ce qu’il avait compris. Pour le reste, il n’osait rien garantir, quand bien même il devinant que les espoirs de ses compagnons d’infortune allaient être déçus.

L’idée avait effectivement séduit la majorité des agents, qui intuitivement, s’étaient déjà mentalement rassemblés en deux groupes: ceux qui savaient combattre, et les autres. Pour certains, tels qu’Antarès, les choses n’en avaient d’ailleurs jamais été autrement. Il y avait les combattants, et les poids morts.

Et finalement, le paladin laissa entendre que pourquoi pas, à fortiori lorsque le sorcier lui fit remarquer qu’ils savaient bien mieux se défendre que ce qu’il avait l’air de croire. Seuls Sekihara, Ujiwaru et la jeune adolescente s’annoncèrent comme sans défense.

En conséquence, la répartition fut assez rapide: le pisteur était un alien, et celui-ci ne souhaitait absolument pas être séparé de son compatriote. C’est du moins le raisonnement que tinrent tous les humains, qui ne se hasardèrent même pas à leur en suggérer l’idée. Il en allait de même pour les deux allemands, dont l’objectif principal était de récupérer les reliques de leur ordre.

-Probablement en occasionnant un maximum de dégâts, interrompit la coréenne. Et en massacrant tout ce qui se trouve sur leur chemin, tant qu’à faire. Bon, c’est pas comme si on pouvait les en empêcher, mais… attendez, et si en fait on le pouvait, en y réfléchissant bien!?
-Du calme, Soon’.
-Mais ils n’en font qu’à leur tête, et c’est vraiment n’importe quoi!
-Calme quand même. Tu te souviens quand il a descendu ce vamp…
-MAIS QU’ON LE DESCENDE EN PREMIER, ALORS!
-Elle n’a pas tort, intervint le japonais, pendant que le récupérateur s’empressait de calmer sa compagne. Si d’autres de ces choses se trouvent ici, il serait bon de ne pas trop les remuer… au moins pour le moment. Si vous pouviez…
-Donc je leur apporte des fleurs, sourire aux lèvres et je leur demande de me rendre Jacio poliment, sûrement qu’ils accepteront?
-Eh bien… euh… non… probablement pas.
-Et pourquoi pas?, intervint Soraya.
-Vous vous foutez de ma gueule, ou bien?, s’enflamma l’allemande.
-S’ils les ont pris, c’est bien pour une certaine raison, non?
-Ce sont des sauvages..
-Je croyais que c’étaient des aliens?, chargea à nouveau la coréenne. On est dans un vaisseau spatial, pas dans une jungle.
-Vous avez vu comment ils parlent?
-Et alors, vous parlez bien allemand, vous!
-S’il vous plait, mesdemoiselles…
-Espèce de…!
-Du calme… s’il vous plait.
-T’as un problème, le jap’?
-Euh… non?
-Il suffit, Moros.

Docile, la sœur de la Garde d’Acier obtempéra immédiatement à la sommation de son mentor, abandonnant même son air hostile pour simplement observer froidement comment Antarès allait réagir.

-Soit. Nous nous séparons. Deux groupes. J’irais avec Moros ainsi que notre chien de chasse. J’imagine que l’autre voudra suivre, continua-t-il avant de passer en revue les autres têtes du groupe. Le sergent et le chaman pourront aussi être utiles. Tous les autres, en retrait.
-Je préfèrerais rester, lâcha le chaman masqué, qui n’avait rien dit jusqu’ici.
-Comme vous voulez, répliqua le paladin sans y porter le moindre intérêt. Les autres?




Si Rayaster y va, il mourra.


-Hep!, glapit Dogaku. Je préfèrerais plutôt que Rayaster reste avec nous. Pour notre sécurité, vous voyez?


Catégorique, la mort?

Hautement probable.




-Je pense aussi, déclara Ujiwaru en emboitant intuitivement le pas de son comparse.
-Pour votre sécurité, répéta le concerné, surpris de susciter autant d’intérêt.
-Tout à fait, continua-t-elle. Vous êtes l’un des spécialistes militaires du groupe, et probablement le mieux à même de nous coordonner en cas de problème. Enfin, on essaiera d’abord de parlementer et il n’y aura pas de problème. Surtout avec vous, d’ailleurs.
-Eh bien… d’accord. Pourquoi pas.
-Donc ils y vont à quatre?
-Ca leur donnera une raison de plus de ne pas faire n’importe quoi, se réjouit la coréenne.

Ce qu’elle n’avait pas signalé, c’était qu’elle était la seule interprète capable de converser avec les aliens. Avec la chirurgienne, dans une moindre mesure. Son absence à leurs cotés réduiraient encore un peu les possibilités des éclaireurs, et donc le carnage que la paladin était susceptible de semer sur son chemin. Elle n’avait pas envie que les habitants du vaisseau ne se rendent compte de leur présence que comme des terroristes à éliminer.




Maintenant, c’est Eric Wilson qui mourra… peut-être.

Quoi!?

Le sorcier.

Mais il reste avec nous!



C’est pas… mais il reste avec... arf! N’importe quoi!





-En échange, est-ce que ça vous dérangerait de vous y rendre aussi, s’il vous plait?, arrangea maladroitement Dogaku.
-Je vous demande pardon? Moi?
-Vous êtes un… magicien, sorcier?
-Un sorcier, en effet.
-Je pense qu’il serait pas mal que chacun des deux groupes dispose d’un magic… sorcier, ou chaman. Un utilisateur de la magie, quoi. Tout à l’heure, vous étiez les seuls à pouvoir vous aventurer dans le noir, par exemple. Et puis, ils ne sont que quatre, quoi.
-L’idée se tient, appuya le sergent, tiré de sa torpeur antérieure. Vous êtes des éléments polyvalents, et avez beaucoup à apporter… sauf quand vous faîtes doublon. L’un avec l’autre, par exemple.
-Je vois… eh bien dans ce cas… pourquoi pas.
-Bah, s’pas comme si on avait besoin d’un mago’ non plus, hein, intervint sœur Moros.
-Au contrai…
-Nous n’avons pas besoin de magie, merci, appuya le prêtre.
-Et moi je dis que vous en aurez bien plus besoin que nous si vous partez faire les marioles chez les aliens, asséna Rayaster. Vous connaissant, ça va partir en vrille encore une fois, alors ayez au moins les moyens d’assurer la sécurité de votre équipe.

Restait le problème de l’adolescente, qui n’avait guère quitté le sorcier jusque là. Tandis que le duo d’allemands commençait à perdre patience, Soraya et Ujiwaru s’empressèrent de l’approcher, réussissant finalement à obtenir de la petite qu’elle les accompagne.

Dogaku, lui, repensa à ce que signifiait les dernières paroles de Pad’Bol. Au début, le sergent était en danger. Soit. Le récupérateur envisagea très vaguement qu’avec un trop mauvais moral, son collègue aurait probablement commis une erreur fatale, ou prit des risques inconsidérés.

Ca n’avait pas d’importance… à priori, du moins.

Mais ensuite, c’était le sorcier qui s’était retrouvé en danger de mort, ce qui n’avait pas été le cas jusque là. Et la seule différence avait été l’arrivée de Rayaster dans leur groupe.

Evidemment, Dogaku n’en avait donc pas fini de se poser des questions.
Ainsi que d’en poser à son spectre.



Encore un truc que je devrais savoir?

Beaucoup. Tout dépend de toi.


Et en particulier?

Hhhhhhh… non. Tout dépend vraiment de toi, petit homme.
avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [Mission?] Statut Inconnu

Message par Kentaro le 22/12/2012, 18:17


« Alors ? Vous avez vendu votre âme au Diable ?
_ Heu... Pardon ? »

Après la séparation avec le reste des agents de la RIP, les deux Paladins et le sorcier continuaient à suivre le duo d'aliens, s'enfonçant toujours plus profondément dans les entrailles de l'épave.

L'austère allemand s'étant muré dans son habituel mutisme, Moros avait donc tout naturellement décidé d'entamer la conversation avec son autre collègue de la RIP.

« Ben c'est bien comme ça que vous obtenez vos pouvoirs, vous, les sorciers, nan ? Reprit candidement la Paladine.
_ Mais absolument pas, non ! Se défendit le sorcier. Je ne dis pas que ça n'arrive jamais, m'enfin je tiens à mon âme, moi...
_ Ha ben tant mieux, se félicita la jeune femme. ç'aurait été dommage de devoir vous brûler.
_ Me quoi !?
_ Ben oui, c'est ce qu'on fait avec les sorciers maléfiques, habituellement, expliqua la Paladine. Vous comprenez bien qu'on ne peut pas laisser des marionnettes de quelconques puissances supérieures foutent le bronx, pas vrai ?
_ Hum... Je suppose, oui, convint le sorcier. Mais heu... vous auriez vraiment fait brûler un coéquipier ?
_ Meuhnon, relax : d'abord, y'a pas de bûcher dans le coin, pis c'est mal vu par les temps qui courent. Ce doit être à cause du réchauffement climatique... Une balle dans la tête, c'est plus propre et plus rapide.
_ Mais... On parle d'un coéquipier, quand même ! Se récria le sorcier.
_ C'est pour ça que je l'aurais fait par surprise, pour pas que vous ayez le temps de vous en rendre compte... Ch'uis pas un monstre, non plus.
_ Quelle délicate attention...
_ N'est-ce pas ? Bon, alors les pouvoirs ? Revint à la charge Moros. ça marche comment ? Sacrifice humain ?
_ Mais ça va pas la tête !?
_ Ben vous avez pas de baguette magique, alors forcément, je me pose des questions...
_ Mais ça n'a rien à voir ! Vous êtes Paladine et vous n'avez pas d'épée que je sache ! Fit remarquer le sorcier.
_ Ah si ! Affirma Moros. Quand on devient Paladin, on reçoit une épée forgée rien que pour nous et avec laquelle on sera enterré à notre mort. Ou on l'enterre toute seule s'il ne reste rien d'autre à mettre en terre... Les risques du métier, hein...
_ Bon, ben mettons que moi aussi j'ai une baguette de cérémonie, c'est pareil, éluda le sorcier.
_ Et comment vous pouvez utiliser des pouvoirs magiques sans baguette ? Poursuivit la jeune femme, toujours curieuse.
_ C'est magique.
_ C'est pas une réponse.
_ Vous connaissez le film X-men ? Ils ont besoin de rien pour leurs pouvoirs : hé ben moi c'est pareil.
_ Aaaah... Donc en fait, vous êtes un imposteur, conclut joyeusement la jeune femme.
_ C'est ç.. Un imposteur ?? C'est quoi encore cette histoire ? Voulut savoir le sorcier.
_ Ben vous dites à tout le monde que vous êtes un sorcier alors qu'en fait, vous êtes un mutant.
_ Mais dans quoi je me suis embarqué, moi... Alors en fait, je...
_ Attends, i'se passe un truc ! » L'interrompît brusquement la Paladine.

Antares venait de lever le bras, leur intimant de s'arrêter. Lui-même dégainait lentement Sinister.

« Ok, Pyro ! Prépare-toi à faire péter les flammes ! Annonça la Paladine.
_ Pyro !?
_ Ton surnom d'X-men, pardi !
_ Mais...
_ Moros, gronda Antares, file en reconnaissance.
_ Tout de suite, mon Frère ! »

La Paladine dégaina l'arme de poing qu'elle avait récupéré et progressa vers le nœud du couloir. Les deux Aliens, plaqués de part et d'autres de la cloison, lui jetèrent un regard noir à son approche, mais la jeune femme les ignora superbement.

Le regard acéré de Moros balaya la pénombre des trois couloirs qui se dressaient de part et d'autres. Une fois. Deux fois. Trois...
La Paladine releva brusquement son arme prête à cribler de balles la silhouette qui venait de bouger.

« T... Tirez pas ! Hurla une voix. Je suis des vôtres !
_ Ça reste à voir, ça ! Avance lentement dans la lumière ! Ordonna la Paladine.
_ Mais... Enfin, je suis de la RIP, tout comme vous ! S'indigna la voix.
_ T'as trois secondes, prévint Moros.
_ Bon, bon, ne tirez pas ! J'... J'avance !
_ Stop ! Hurla la Paladine. C'est qui le gros connard qu'essaye d'approcher en douce ?!
_ Oh noooon... gémit la voix. Je vous avais dit de rester en retrait.
_ T'essayes de me prendre en traitre, c'est ça, hein ! Accusa Moros.
_ Pas du tout, je...
_ J'vous préviens que... »

Un brusque baragouinage incompréhensible interrompit la mise en garde de la Paladine. Surtout quand une réponse s'éleva en écho derrière elle. Les Aliens ! Ces ordures étaient de mèches.
Bwahahaha ! S'ils pensaient l'encercler, ils allaient l'avoir bien profond : Antares était avec eux, il leur réglerait leur compte en un clin d'oeil. Il ne lui restait donc plus qu'à faire sa fête à l'autre tocard en face et ça serait réglé.

L'échange de propos intergalactiques prit fin. Une voix grondante, venant visiblement du gros mastoc dans l'ombre, s'éleva.

« Lâchage arme !
_ Nan ! Répliqua Moros en ajustant sa visée sur l'imposante silhouette.
_ Vous encerclement, vous lâchage arme ! Reprit l'alien.
_ ...
_ Voyons, intervint l'humain, ne rendez pas la situation plus compliquée !
_ ...
_ Nous armement ! Vous découvert ! Vous lâchage arme ! S'énerva la voix.
_ Et toi, t'es dans ma ligne de mire ! Prévint Moros en se demandant ce qu'attendait Antares pour faire le ménage, derrière.
_ Heu... Ce n'est pas très prudent, fit l'humain. Ils...
_ J'peux aussi commencer par toi si tu la boucles pas ! Assura la Paladine.
_ Ils sont armés et ils vous ont en joue, insista l'homme.
_ ...
_ Ah ! ça risible, s'esclaffa l'Alien. Toi pas choix : toi reddition ou toi décès !
_ Attends que mon Frère rapplique et on vous dérouille tous ! Assura Moros avec conviction.
_ Toi frère absent ! Toi trois seconde sinon... »

La porte à gauche de l'Alien s'ouvrit dans un chuintement, dévoilant un grand gaillard vêtu de bleu, à la moitié du visage recouvert d'un masque en cuir, et pointant un outil baroque à double canon droit sur l'extra-terrestre.

« Sinon quoi ? » Demanda Antares d'un ton glacial.

L'irruption surprise du Paladin entraîna d'innombrables cliquetis de crans de sureté, tandis qu'une dizaine d'armes le mettaient en joue. Ce qui ne perturba pas une seule seconde le prêtre qui ne relâcha pas sa visée.

L'homme près de l'imposant alien, un type filiforme en costard-cravate et arborant ostensiblement un crucifix autour du cou, leva les mains dans un geste d'apaisement.

« Dites, je sais que tout le monde est à cran mais... On ne pourrait vraiment pas repartir sur des bases plus amicales ? On est tous dans le même bateau, des fois que vous l'ayez tous oublié...»

*
* *

« Oooh ! Sublime créature, après tant d'années passées à te chercher, voici enfin que tu réponds à mes suppliques passionnées pour t'offrir à ma vue ! »

Moros cligna des yeux, perplexe devant ce grand échalas blond au regard béats, engoncé dans son blouson de cuir sombre. Il faisait parti des quatre humains accompagnants le groupe Alien et maintenant que le prêtre du Vatican était parvenu à désamorcer la situation explosive qui s'était profilé tantôt, les deux groupes s'étaient donc mélangés. C'est-à-dire les sept humains d'un côté et les neufs aliens de l'autre, se jetant des regards plus ou moins bienveillant tandis que chacun faisait le point sur la situation dans son jargon respectif.
Raison pour laquelle la Paladine se retrouvait accosté par l'autre doux-dingue.

« Mais il va pas bien dans sa tête, lui ! Décida Moros.
_ J'allais dire la même chose, approuva le sorcier. "Sublime créature" ? Moros ?
_ Pardon de vous effrayez, beauté fatale...
_ Tu veux rire, j'ai peur de rien !
_ Beauté quoi ?!?
_ ... je me suis laissé emporter par la passion. Permettez-moi de me présenter : je suis Wolfhound Andreus Siegfried de Pierschlagen, au Danemark, croisé de la paix parcourant le monde à la recherche de l'Amour. Mais vous pouvez m'appelez Wolf ! Et vous, ma belle enfant, comment vous prénommez-vous ? »

Ce faisant, Wolf dégaina son sourire le plus charmeur tout en portant la main vers le visage de Moros. La réaction de la Paladine ne se fit pas sentir, bloquant le bras du type avant de lui balayer la jambe en force et de lui écraser son pied sur la figure une fois au sol.

« Aïeuuuh !
_ Ch'uis pas ton enfant !
_ Et encore moins be...
_ T'as dit quelque chose, Pyro ?
_ Heu, nan.
_ Ah, quelle réaction passionnée ! S'émerveilla le dénommé Wolf. Mais je vois clair dans votre jeu, vous masquez votre timidité par une réaction de rejet brutale. N'ayez crainte, votre chevalier servant saura percez la carapace de votre cœur pour... »

Nouveau coup de pied.

« Aïeuuuuh ! Mademoiselle, je ne suis pas un paillasson, voyons !
_ Un peu chiffe-molle pour un croisé, nan ? Bon, t'arrêtes tes conneries ? Demanda Moros. J'ai des trucs plus importants à faire, moi !
_ Ma douce...
_ "Douce" ? Elle est en train de piétiner le visage en te maitrisant avec une clef de bras !
_ ... vos désirs sont des ordres ! Assura Wolf. Commandez et j'obéirai ! Je serai pour toujours à vos côtés !
_ C'est ça, c'est ça. Tu veux pas aller embêter quelqu'un d'autre, dis ? S'enquit la Paladine.
_ Hélas, mon cœur est prit dans les rets de la plus belle demoiselle ici présente.
_ C'est surtout la seule fille ci-présente...
_ Vi, aussi. Mais c'est du détail, ça.
_ Tsss... Soupira Moros. Bon, compris, je te refile à l'autre poufiasse dès qu'on la croise.
_ Pourrais-je vous demander d'arrêter de me piétiner, au fait ? Sans vouloir vous commander, hein... »

Pendant que Moros relâchait Wolf afin d'être plus à l'aise pour enguirlander Pyro - le bougre avait osé lui faire faux-bond en épargnant leurs aliens alors qu'ils les menaçaient ! Et sous prétexte que c'était sensé être des alliés, en plus !- Antares était, de son côté, en train de s'occuper du prêtre.

« Très bien, coupa le Paladin au beau milieu des interminables présentations initiées par le curé, comment êtes-vous sorti des frigidaires ?
_ Mais j'avais pas fi... Heu, nan, j'ai rien dit. Hé bien, c'est très simple, c'est l'un de nos alliés qui nous ont sorti de là, expliqua l'émissaire du Vatican.
_ Lequel d'entre vous ? Voulut savoir Antares.
_ Heu... En fait, je parlais de ceux d'en face, avoua le curé.
_ ...
_ Nan, mais ils sont très sympa, je vous assure.
_ Passons. Pourquoi ils ne vous ont pas tué ?
_ Tué ? S'exclama le prêtre. Mon dieu, mais quelle horreur ! Pourquoi ferait-il ça ?
_ Naïf... Où avez-vous récupéré ces armes ? Poursuivit le Paladin.
_ Plus tôt, dans les étages supérieurs... Avant qu'on se perde... Une salle pleine de dégâts et de débris... D'après Silioup...
_ Qui ça ?
_ Le leader alien, celui qui parle anglais. Un peu. Mais j'écorche un peu son nom. C'est pas facile, leur langue, je vous assure...
_ Bref. Donc d'après Silioup ?
_ Ah oui. Donc d'après lui, on est tombé dans une embuscade des types de ce bâtiment. Je me sens drôlement rassuré qu'il soit là pour nous protéger, du coup, confia le prêtre.
_ Ben voyons. Donc il a vu les traces de combats, mais il vous laisse vivant... Et qu'est-ce que vous faites par ici ? Enchaîna Antares.
_ Heu... Je ne sais pas trop, avoua le curé. L'un des aliens -celui qui a une collerette osseuse- semble servir de guide, mais juste avant votre irruption, Silioup semblait fort mécontent de ses derniers choix. Il faut dire qu'on commence à avoir l'impression de tourner en rond.
_ Intéressant.
_ ...
_ ...
_ Heu... Et vous ? Hasarda le prêtre.
_ Pardon ?
_ Hé bien, comment êtes-vous sorti des cryos ? Que faîtes vous par ici ? Ce genre de chose... Voulut savoir le curé.
_ Restez-là, je vais m'entretenir avec ce Silioup, déclara abruptement Antares.
_ Mais enfin, j'aimerais savoir... Insista le prêtre.
_ Moros ! Appela le Paladin. Explique-leur la situation.
_ Mais je suis déjà en train d'engueuler Pyro, s'exclama l'intéressée. Il a pas cramé les aliens quand on était en difficulté !
_ Ben ils étaient avec nous, à la base, quand même...
_ Ils ont pointé leurs armes sur moi !
_ C'est vous qu'avez commencé !
_ Ce sont des aliens !
_ Heu...
_ Moros.
_ Tout de suite, mon Frère, assura la Paladine avec enthousiasme. Wolf, continue d'engueuler le monsieur.
_ Bien sûr, princesse !
_ Mais vous ne savez même pas à quel sujet !
_ Pas d'inquiétude, vieux, je suis plein de ressources ! »

Et pendant que la Paladine, les yeux brillant d'admiration, se lançait dans la narration de la fresque épique "Comment Frère Antares prit d'assaut le Sous-Marin Poulpe à lui tout seul", l'héroïque héros en question se rendit auprès du groupe d'aliens. Silioup, le plus imposant parmi eux, fendit la masse des siens pour se porter à la rencontre du Paladin.

« Quoi toi vouloir ?
_ Assez perdu de temps, annonça Antares. Je ne sais pas où tu vas avec tes gaillards, mais moi, j'ai besoin de ton renifleur pour me mener à bon port. Donc lui et moi, on reprend la route. Je vous laisse les autres humains si ça vous chante.
_ Ah ! Toi troublions dans pieds ! S'esclaffa l'alien.
_ ...
_ Stupide expression idiosyncratique pas traduction... Toi discussion n'importe quoi ! Affirma Silioup. Pourquoi toi besoin moi homme ? Toi pas possible lui parlotte !
_ Il peut me guider jusqu'à mon arme et il le fera même si je dois le traîner par la peau du cou, déclara le Paladin.
_ Toi vraiment drôle, humain, s'amusa l'alien. Mais nous armes aussi là-bas, alors nous tous vous accompagnement.
_ Ben voyons, comme c'est pratique. Alors mettons-nous en route, inutile de perdre du temps.
_ Bien raison ! » Approuva Silioup.

Le chef alien se retourna vers les siens et lança une série d’ordres brefs pour battre le rappel de sa troupe, qui commença à se mettre en branle. Le Paladin ne se soucia nullement des siens et ce ne fut que le glapissement étranglé du prêtre du Vatican qui prévint le reste des humains que leurs compagnons de voyage se remettaient en marche.

Moros se précipita jusqu'auprès de son frère d'arme, histoire de se tenir au courant de la situation. Ça lui semblait louche de devoir faire équipe avec des aliens pas très net sur les bords, d'autant qu'on avait récupéré des tas d'humains, armés de surcroît.

« Mon Frère, l'interpella-t-elle. Qu'est-ce qu'on attend pour... faire le ménage ? Tout le monde a une pétoire, ils sont tous bien devant nous... C'est idéal, nan ?
_ Ma Soeur, tu es une Paladine, je te rappelle. Alors apprends à un réfléchir un peu, la rabroua Antares.
_ C'est pas le bon moment ? S'étonna Moros.
_ Nous avons combien de munitions à nous tous ? L'interrogea le Paladin.
_ Aucune idée. Pleins.
_ Outre nos "alliés", tu estimes à combien le nombre de pillards ? Et de poulpes ?
_ Heu... Encore plus ?
_ Voilà pourquoi ma priorité est de remettre la main sur Irae, expliqua Antares.
_ Mais on risque d'être toujours un peu juste niveau munitions, nan ?
_ On se fiche du nombre de munitions, assura le Paladin.
_ Mais tu viens de dire que...
_ Voilà pourquoi tu dois apprendre à réfléchir.
_ Hein ? S'étonna Moros. Mais... Mmmmh... Mmmmh... Dur, dur... »

Toute à sa réflexion, la Paladine se laissa dépasser par son mentor... ce qui laissa le champ libre à Wolfhound pour se porter à la hauteur de l'austère Paladin, s'attirant un regard noir équivoque de sa part pour cette compagnie indésirable.

« Alors, futur-beau-frère, ça boume ? Lança gaillardement Wolf.
_ Pardon ?
_ Je vous demandais comment ça allait, cru bon de traduire le danois.
_ Vous m'avez appelé comment ?
_ Hum ? Ben futur-beau-frère : j'ai l'intention de demander la main à cette charmante Moros, et puisqu'elle est votre sœur, ça fait de facto de vous mon beau-frère. CQFD, expliqua Wolf.
_ Aucune chance, vous n'appartiendrez jamais à notre confrérie, rétorqua Antares.
_ Votre confr... Aaaaah, vous n'êtes pas vraiment frère et sœur, c'est ça ? Comprit le danois.
_ Perspicace.
_ Ah ! Ben ça me rassure, ça, tiens !
_ Pardon !?
_ Nan, rien... Bon. Mais vous êtes quand même prêtre, non ? Vérifia Wolf.
_ Exact.
_ Ça ne pouvait pas mieux tomber : mariez-nous !
_ ...
_ Ben quoi ?
_ Pourquoi me demander ça à moi ? Le prêtre du Vatican vous connaît mieux, rappela Antares.
_ Vi, justement. Soi-disant que mon amour n'est pas sérieux, que je dis ça à toutes les filles et qu'il ne veut pas se prêter à cette mascarade, se plaignit Wolf. Moi j'vous dis, il est aigri...
_ Je ne peux rien faire pour vous, annonça le Paladin.
_ Quoi !? Alors vous aussi vous...
_ Sur un navire, c'est un pouvoir qui échoit uniquement au capitaine. Trouvez-le et demandez-lui.
_ Le capitaine... de l'équipage ? Vous parlez des machin-extraterrestre ?? S'exclama Wolf.
_ Oui.
_ Ah ben zut... ça va pas être une mince affaire, ça...
_ Vous n'avez encore rien vu, puisque vous n'avez pas encore convaincu Moros, le prévint Antares.
_ Oh ? Vous pensez qu'elle n'accepterait pas d'être mariée par un extra-terrestre ?
_ ...
_ Vous avez raison, je devrais peut-être lui en parler avant, plutôt que de lui faire la surprise. »

L'étrange hurluberlu planta là le Paladin et repartit aussi sec embêter Moros, toujours en train de se prendre la tête avec l'étrange équation d'Antares. Et puisque son homologue semblait enfin seul, le prêtre du Vatican en profita pour venir s'entretenir avec lui.
Antares retint un mouvement d'humeur déplacé et se prit à espérer que le voyage serait court.

*
* *

Le petit groupe jeta un regard stupéfié au spectacle qui se dressait devant eux. Une salle aux proportions gigantesques s'étendaient sous leurs pieds. L'escalier qu'ils suivaient avait disparu, soufflé par un choc titanesque. D'énormes saillies rocheuses, aussi haute que des immeubles, avaient éventrés les murs ou jaillissaient du sol, comme les crocs d'une mâchoires titanesques.
Un énorme lac s'étalait sur une bonne moitié de la salle, stabilisé par la légère inclinaison du vaisseau et la pression intérieure.
Et sur les rives de ce lac d'intérieur s'élevaient d'innombrables bâtisses artisanales, construites dans un étrange matériau sombre. Cubiques, avec des toits en pointes. Et une foultitude de ces bestioles humanoïdes bleutées s’affairait autour de feux de camps, de séchoirs à poissons et d’autres joyeusetés pittoresques.

« Mais qu'est-ce que ce village fiche ici ? Se demanda le prêtre du Vatican.
_ C'est pas l'idée que je me faisais d'une race extra-terrestre hyper-évolué, admit le sorcier.
_ Ils ont peut-être tout simplement régressé ? Supposa Wolfhound.
_ Ou alors, y'a que les Poulpes qui sont des extra-terrestres, décida Moros avec sa logique propre.
_ Ah misère, jura Wolf. Alors le Capitaine ne se trouve pas là ? ç'aurait été trop simple, hein...
_ Frerantares ! Grogna Silioup en s'approchant. Nous parlote.
_ Je vous écoute.
_ Eux pas méchant. Nous possibilité récupération armes sans besoin combat. Nous juste négociation, proposa l'alien.
_ C'est une option, convint Antares.
_ Ça mieux si vous direction négociation.
_ Tiens donc. Et je peux savoir pourquoi ? Rétorqua le Paladin. Je ne parle pas plus que vous leur langue.
_ Vous moins effrayant, expliqua Silioup. Vous pas crocs, pas griffes. Et nous possession armes longue distance pour couverture vous. Vous que armes courte distance.
_ ça paraît logique, admit Antares. Très bien, j'y vais.
_ ça pas prudent, objecta l'alien. Vous collègues mieux accompagnement vous.
_ J'en avais l'intention. Vous avez entendu ? Interpella le Paladin. On y va !
_ Hein ? Où ça ? S'exclamèrent les autres.
_ Je vais aller négocier avec ces... choses, annonça Antares.
_ Vous ?? S'étonna le sorcier.
_ Oui, moi. Cela vous pose un problème ?
_ Ben... non, pas en soi, mais... enfin... heu... hum... Joker ?
_ Alors allons-y. »

Sous l'impulsion du Paladin, le groupe d'humains descendit les reliefs d'escaliers et de gravats en direction du village, sous le regard goguenard des extra-terrestres restés en arrière. Moros ne tarda pas à se porter auprès de son Frère pour comprendre ce qui se passait : depuis quand négociait-on avec l'ennemi ?

« Mon Frère ! Appela-t-elle. On peut parler en privé ?
_ Non. Pose ta question.
_ Heu... Devant tout le monde ? Insista la Paladine.
_ ...
_ Bon, d'accord. Heu... Qu'est-ce que c'est que ce foutoir, mon Frère ? Pourquoi on fonce pas dans le tas pour tout cramer ? S'étonna Moros.
_ Quoi !? Mais c'est quoi ces manières ? S'insurgea le prêtre du Vatican. "Tu ne tueras point", ça vous parle ?
_ Tadaaa : tu viens de faire connaissance avec nos chers paladins...
_ Oooooh, c'est si craquant, ce côté va-t-en-guerre. Je crois que je suis amoureux.
_ Parce que c'était pas déjà le cas y'a cinq minutes, crétin ?
_ Je t'ai dit qu'il y avait des priorités, ma Sœur. La récupération de nos armes avant tout.
_ En négociant avec l'ennemi !? S'insurgea la Paladine.
_ Il n'y aura pas de négociations, assura Antares ave aplomb.
_ Hein ? Mais vous avez dit que... S'étonna le curé.
_ Silioup a l'intention de faire d'une pierre deux coups, expliqua le Paladin. Il va attendre que nous prenions sagement contact avec les choses, qu'elles s'agglutinent à distance respectable pour discuter et il va ouvrir le feu. Les choses vont riposter et s'en prendre à l'ennemi le plus proche, c'est-à-dire nous. Qui tenterons de nous extraire de ce tir croisé en traitant la menace prioritaire, c'est-à-dire les choses.
« Le meilleur moyen de se débarrasser d'un ennemi, c'est de lui opposer un autre de ses ennemis, c'est bien connu.
_ Dingue, et moi qui croyait que le dicton c'était "l'ennemi de mes ennemis est mon ami"...
_ Ben merde, comment vous savez ça ? Demanda Wolf.
_ Parce que c'était comme ça que j'escomptais nous débarrasser de nos deux aliens, avant que leurs collègues ne rappliquent, concéda Antares.
_ Heu... On vous a déjà dit que vous êtes dingue ?
_ Je n'y crois pas ! Nous côtoyons ce Silioup depuis un moment et je vous assure qu'il n'est pas de ce genre-là, affirma le prêtre du Vatican.
_ Bien sûr que si : il est comme moi, grogna le Paladin. Je l'ai su dès le premier regard. Il ne faut pas se fier aux apparences.
_ J'aurais plutôt dit qui se ressemble s'assemble, m'enfin bon, on va pas chipoter, ça revient au même... C'est bien joli, ça, mais et si les machins veulent pas négocier ? Voulut savoir Pyro.
_ Alors ça simplifiera les choses : on se frayera un chemin en force, pour le plus grand plaisir de Silioup, assura le Paladin.
_ "On se frayera un chemin en force", rien que ça...
_ Heu... Question débile : un chemin vers quoi ? S'enquit Wolf.
_ Vers nos armes.
_ Oui mais encore ?
_ Ce grand bâtiment, là-bas, reprit Antares. C'est soit celui du chef, soit celui du clergé. Dans tous les cas, ceux qui ont le pouvoir et font main-basse sur les trophées intéressants. Question de logique.
_ Et si on évite l'option massacre, on fait quoi ? Demanda le curé.
_ C'est vrai : si on entame le dialogue, on se fera massacrer par nos "alliés", nan ? Surenchérit Pyro.
_ On ne dialoguera pas. Si vous tenez à la vie, au signal, vous vous éparpillez et vous foncez, ordonna le Paladin.
_ Le signal ? Quel signal ?
_ En attendant, rester derrière moi.
_ Mais quel signal ? »

Malheureusement, sous le magnétisme du Paladin, le petit groupe d'humain avait trottiné sans protester pour suivre le pas énergique et décidé d'Antares. De fait, ils se trouvaient maintenant dangereusement près de la lisière du village. Déjà, les espèces de lézards anthropomorphes les avaient repéré et s'égayaient en tout sens en hurlant, visiblement complètement affolés.
De là où ils se trouvaient, les agents de la RIP pouvaient voir des armes primitives jaillirent de partout.

« Ils connaissent même pas le frigo, nota Wolf en désignant les fumoirs à poissons, comment qu'ils ont pu nous caser dans les cryo ?
_ Je l'avais dit ! Triompha Moros. Les véritables extra-terrestres, ce sont les Poulpes !
_ Alors eux, ce sont quoi ? Demanda le sorcier.
_ Des genres de parasites ? Hasarda le prêtre du Vatican. Des entités sous-marines qui ont investi le vaisseau par les fissures dans la coque ?
_ Bizarre, objecta Pyro. L'individu que Moros a abattu était principalement constitué de tissus mous. Comment peuvent-ils survivre à de telles pressions, à l'extérieur ?
_ Sûrement des mutants, comme toi.
_ Mais je ne suis pas... Roooh, puis à quoi bon...
_ Plus pressant, ils sont armés et je doute qu'ils soient animés d'attentions amicales... Qu'est-ce qu'on fait ? S'inquiéta le prêtre du Vatican.
_ On attend le signal ! T'as pas écouté ou quoi !? Le rabroua Moros.
_ Et quel signal, par hasard ?
_ On ne devrait pas faire quelque chose pour désamorcer la situation ? Insista le curé.
_ Relax, t'as pas confiance en mon Frère ?
_ Ben... Sans vouloir remettre en cause ses talents diplomatiques, hein... C'est surtout en ceux d'en face que je n'ai pas confiance. Bon sang, on ne doit même pas parler leur langue !
_ C'est quoi le rapport ?
_ Beuuuuh, j'veux retourner avec Silioup ! »

Les craintes de l'envoyé du Vatican se confirmèrent lorsque le groupe arriva à une dizaine de pas du village : l'une des plus jeunes créatures, des rêves de gloires plein la tête, se mit en tête de réaliser le fait d'armes du siècle. Trois pas d'élan et sa javeline filait droit en direction de la bestiole la plus effrayante du lot, celle qui n'avait qu'un seul œil. Ses espoirs furent malheureusement anéantis lorsqu'au terme d'une course fulgurante, ladite javeline fut brutalement déviée par la paluche du monstre, dans un tintement sonore métallique.

Une vive agitation se fit alors de part et d'autres du court no-man's-land qui séparait les deux groupes - et qui se réduisait à peau de chagrin sous la foulée énergétique du Paladin. Moros avait déjà pointé son arme pour dégommer l'immondice qui avait tenté d'abattre son idole, mais d'un geste, ce dernier lui indiqua de se tenir à carreau. Et d'houspiller les mous-du-genou pour qu'ils ne prennent pas leurs jambes à leur cou. De l'autre coté, les plus expérimentés engueulaient vertement leur cadet, et appelaient à ne rien tenter de stupide face à ces étranges énergumènes tant que des renforts plus conséquents ne seraient pas là.
Et le Paladin n'avait pas cessé d'avancer.

Forcément, ce qui devait arriver arriva : Antares se retrouva en face des bestioles. Sans ralentir. Une forêt de lances se dressa devant lui, tandis que les guerriers reculaient prudemment. De sa prothèse métallique, le Paladin repoussa sans animosité les pointes, continuant d'avancer. Les bestioles craquèrent et s'écartèrent, indécise. Antares s'engouffra dans a brèche. Par mimétisme, les autres bestioles imitèrent les leurs et bientôt, une haie d'honneur se forma dans la masse des villageois, au sein de laquelle progressèrent les humains.

Il ne fallut pas longtemps aux agents de la RIP pour s'apercevoir que par en face, sortant du grand bâtiment qu'Antares avait en ligne de mire, un groupe de bestioles s'étant mis en branle, tandis que la masse du troupeau s'écartait religieusement. Qui que ce soit, ils étaient visiblement important.

Les deux rifts se rejoignirent au centre du village, les bestioles ayant naturellement formés un grand cercle. à l'approche des humaines, les représentants incognito-terrestre s'arrêtèrent, se déployant en ligne, avant d'entamer une étrange mélopée grondante en faisant de grands signes avec les bras et les mains.
Le Paladin ne ralentit pas.

Arrivé à quelques pas, Antares leva son bras, avant de l'abattre d'un geste sec.

« Maintenant ! »

La mélopée des bestiaux s'interrompit tandis qu'ils tentaient de déchiffrer l'étrange cri du cyclope. Du côté des humains, il y eut un instant de flottement.

« Maintenant quoi !?
_ C'est le signal, andouille !
_ Ah ? Je m'attendais à quelque chose de plus... heu... percutant ?
_ Courez, bande de crétins ! Où c'est moi qui vous défarouille !
_ Tout de suite, princesse ! »

Avec plus ou moins d'hésitation, les six humains à la suite d'Antares bondirent, piquant un sprint dans l'allée joliment délimitée par les bestioles, jusqu'au grand bâtiment. Sous la surprise, les truc-terrestres restèrent sans réagir, ne sachant trop quoi faire, ni s'il fallait s'occuper des choses qui couraient vers le temple, ou du chef-chose qui continuait sa progression à un rythme plus modéré.

Leur indécision ne dura pas longtemps : lorsqu'une salve de plasma traversa l'un des acolytes du temple de part et part, projetant de la viande grillée à des mètres à la ronde, ce fut la panique. Se méprenant sur l'origine de l'attaque, les bestioles réagirent promptement, prenant pour cibles les humains, comme prédit par Antares. Une flèche chanceuse faucha l'un d'entre eux en pleine course - un type discret et qui n'aurait plus guère l'opportunité de se faire connaître.
Moros réagît au quart de tour, abattant derechef l'une des bestioles. Le grondement de la détonation et la mort foudroyante qu'elle apporta déclencha un mouvement de foule irrépressible, tandis que chacun fuyait où il le pouvait, que les tirs de plasmas et d'arcs énergétiques se multipliaient, que les humains continuaient leur folle course-poursuite au milieu du chaos et que les guerriers les plus courageux tentaient de les arrêter.

Moros se déhancha sur le côté pour éviter de justesse un javelot mais ne parvint pas à distinguer dans la cohue le coupable à abattre. Du reste, elle était trop occupée à courir comme une folle pour bien regarder.

« Alors, on dit merci qui ? »

Moros grimaça tandis que Wolf se portait à sa hauteur. C'était effectivement son cri d'alarme qui l'avait sauvé de la brochette. M'enfin ça n'excusait pas l'aspect pot-de-colle, d'après elle. Vivement qu'elle le refourgue à l'asiatique.

« Le dernier au temple paye sa tournée ! Hurla le danois en fonçant comme un dératé.
_ Hé ! C'st de la triche, j'étais pas prê... »

Les récriminations de Moros moururent dans sa gorge, lorsque Wolf, le sorcier et trois-quatre bestioles volèrent en arrière sous l'impulsion d'une implacable vague de force. La Paladine pointa immédiatement son arme sur la bestiole peinturlurée qui gesticulait. Trop tard : la chose frappa dans le vide du plat de la main et, précédée d'une vague de poussière se soulevant du sol, une nouvelle onde télékinésique frappa, heurtant de plein fouet la Paladine.
Qui ne ressentit rien d'autre qu'une grosse, grosse bourrasque de vent.

La bestiole peinturlurée en resta un moment coi. Contrairement à la Paladine qui fit feu sans se poser plus de questions que ça, en bonne fanatique qu'elle était. L'élimination d'abord, les questions plus tard.

Un peu plus en arrière, une véritable icône de la fin du temps progressait inexorablement. Dans un déluge de plasma, au beau milieu d'une foule terrifiée, hurlante et hystérique, Antares poursuivait inlassablement sa progression, abattant la moindre menace de son pistolet à clou, laissant une traînée d'estropiés piaillant dans son sillage.
Selon les critères du Paladin, tout se déroulait parfaitement : à cette distance, les aliens n'étaient pas foutu de cadrer leurs tirs et le temps qu'ils se rapprochent, il aurait déjà atteint le temple. Moros devrait s'y trouver. Peut-être même aussi le petit prêtre du Vatican.
Bien sûr, dans le pire des cas, les autres boulets aussi auraient survécu. Mais bon, il s'en accommoderait.
Mais pour l'instant, tout allait bien.

De son côté, Moros arrivait enfin au parvis du temple, formant l'avant-garde de l'escouade d'assaut humaine, son tempérament et sa résistance aux décharges télékinétique lui ayant permis de se tailler un chemin au travers de la presse des villageois affolés.
Mais pas seule, à son grand dam : faisant preuve d'une ténacité certaine, Wolf était parvenu à la rattraper malgré son vol plané. Et même plus que la rattraper : il la dépassa promptement, gravissant les degrés quatre à quatre sans ralentir. La jeune femme hésita un instant à lui faire un croche-pied, juste histoire de satisfaire ses penchants de mauvaise perdante, mais se retint : on était pas là pour jouer.
N'empêche.

De ce fait, Wolf fut le premier à prendre place sur le seuil du temple, et aperçu en face de lui un étrange hurluberlu à la peau parcheminée et aux tatouages bariolés, qui tendait fixement les bras devant lui, paumes vers l'extérieur. Puisque l'antique bestiole n'esquissait pas de gestes hostiles, Wolf ne vit donc aucune raison d'entreprendre quoi que ce soit à son encontre et poursuivit sa course.
Pour percuter violemment un mur invisible, la tête la première.

Le choc laissa le jeune homme groggy, qui recula en titubant, loupa une marche, et s'étala de tout son long, manquant de faucher Moros dans sa course.

« Mais à quoi tu joues, abruti !? L'invectiva la Paladine.
_ Mais c'est pas ma faute : y'a un mur !
_ De quoi ? »

La Paladine tendit la main et sentit une surface solide aussi sûrement que si une vitre se tenait devant elle. Elle recula d'un pas et visa derechef le vieux sorcier, décidant qu'il avait sûrement à voir dans toutes ces conneries.
Et fit feu.

Rien ne se passa.
Ou plutôt, la balle se ratatina contre le champ de force, parfaitement inutilement.

Wolf se plaqua contre le mur invisible, visiblement paniqué, tandis qu'une flèche perdue ricochait sur les degrés de pierre.

« On est pris au piège, on va tous mourir !! »

Comme pour apporter du poids à ses propos, une autre flèche tinta sur les marches près de son pied, lui arrachant un glapissement de terreur. Les autres humains les rejoignaient, ils se regroupaient dans un cul-de-sac, formant une cible facile des plus alléchantes pour les guerriers endo-terrestres, même pour leurs armes primitives.

« Mais qu'est-ce que vous faites ? Avancez ! Paniqua le curé qui venait d'arriver.
_ On peut pas, c'est fermer !
_ Mais faites quelque chose ! Tirez dans le tas, massacrez-les, sortez-nous de là ! Hurla le sorcier un tantinet hystérique.
_ Dis donc Pyro, c'est toi le mutant, libère donc ton pouvoir de super-héros ! Ordonna Moros.
_ Je ne suis PAS un MUT...
_ Dégagez ! »

La voix grondante d'Antares claqua, forte et impérieuse. Il venait d'arriver aux marches du temple et commençait déjà à pointer son arme devant lui. Les autres s'écartèrent précipitamment de son angle de tir.
Et Sinister fit feu.

En une fraction de seconde, la balle consacrée traversa la courte distance qui la séparait du mur télékinésique. La volonté du Hochmeister et de ses acolytes, véhiculée par les divers enchantements du projectile hors norme, se confronta à celle du sorcier, la balayant inexorablement. La balle Nihilus se fraya un chemin au travers de la barrière et poursuivit sa course, cueillant le propriétaire de l'obstacle en pleine tête et lui arrachant la moitié du visage, le tuant sur le coup.

La mort du sorcier provoqua la disparition instantanée de la barrière, comme s'en aperçut Wolf en basculant lourdement en arrière. Moros ne se fit pas prier pour entrer et commencer à nettoyer la zone de tout ce qui avait l'air un tant soit peu dangereux.

Antares suivit de son pas cliquetant, distribuant rapidement des ordres : puisqu'il y avait de la main-d’œuvre disponible, autant en profiter.

« Vous deux, annonça le Paladin en désignant le sorcier et l'inuit, à couvert derrière les piliers, empêchez quiconque d'entrer. Monseigneur, Wolf, Moros, suivez-moi ! »

Laissant les deux pauvres agents de la RIP derrière eux, le petit groupe traversa le hall du temple et déboucha dans une grande salle. Le toit d'algues séchées y était troué, laissant descendre du ciel -le plafond du ballast du vaisseau- un pylône inversé, terminé par une large sphère terne. À en juger par la disposition des lieux, ladite sphère semblait visiblement servir d'objet de culte.
Mais ce qui attirait surtout le regard, c'était l'énorme table centrale, sur laquelle reposait tout un tas de babioles et de fatras divers... ainsi qu'un joli paquet d'armes humains et aliens. Ce qui confirmait les suppositions d'Antares.

Ni une ni deux, Moros fonça dans le tas en hurlant de joie, dégagea manu militari tous ce qui se trouvait sur le passage avant d'exhiber fièrement Jaculor, son arme de Paladine, et de l'enlacer très fort.

« Jaculor ! Oooh ! Comme tu as du avoir peur, mon bébé ! Mais c'est fini, maintenant, maman est là, tout va bien ! Cherchons voir si ton écrin est dans les parages. »

De fait, l'imposant cercueil trainait dans un coin. Après un rapide coup d'œil qui lui apprit qu'elle avait visiblement déjà utilisée trois munitions, Moros se dépêcha de charger l'étrange barda.

« Ma Soeur ! Aboya Antares en lui lançant sa dague-crucifix. Retourne à l'entrée et abat l'alien renifleur. Ainsi que celui à la crête. Et aussi Silioup, si tu l'as en ligne de mire. Quoiqu'il arrive, garde une munition.
_ Compte sur moi, mon Frère ! Répondit joyeusement la Paladin.
_ Wolf, réunissez quelques armes et apportez-les aux autres, ils vont avoir besoin de munitions.
_ Heu... 'faut vraiment que j'y retourne ?
_ T'es vraiment sûr que t'es un croisé, toi ?
_ De la Paix, ma chère, c'est ça le mot important !
_ Hum... Heu ? Et moi ? Demanda l'envoyé du Vatican.
_ Vous restez avec moi. J'ai besoin d'une deuxième main.
_ Pardon ? »

Moros repartit au pas de course vers l'entrée du temple, ralentie par l'encombrement de son arme et de son barda, accompagné par Wolf qui trottinait avec un panier remplie de quelques pistolets et fusils, ainsi que...

« Un casque de moto ? S'étonna la Paladine. Mais qu'est-ce que tu fiches avec ce truc ?
_ Mais voyons, princesse, comment pourrais-je vous protéger sans mon arme ?
_ Un casque de moto ? Répéta Moros, incrédule. Y'a des tas d'armes à disposition et tu te rabats sur un stupide casque ?
_ Ben d'abords, ces trucs ne m'appartiennent pas et ensuite, moi, les armes...
_ Bordel, entre le cureton pacifiste et toi, on est pas gâté ! »

Alors qu'ils traversaient le hall, un cri déchirant retentit, les ramenant à la réalité. L'inuit était à terre, une lance saillante entre les côtes éclatées. De l'autre côté de la porte, Pyro avait lâché son arme, visiblement à court de munitions, et s'était recroquevillé sur lui même, marmonnant à voix basse.
Quant à l'escalier, il était présentement pris d'assaut par quatre guerriers primitifs.

Moros jura, commençant à s'empêtrer dans son barda tandis qu'elle essayait tout à la fois de relever le canon de son arme, suivre le mouvement des assaillants et lâcher son cercueil qui la gênait plus qu'autre chose.

Wolf réagit au quart de tour, lâchant le panier d'armes après s'être saisi de son casque, et piqua un sprint en direction des guerriers. Se catapultant les deux pieds en avant, il envoya le plus proche effectuer un vol plané en arrière, jusqu'au bas des marches.
Une hachette s'abattit sur lui, que le Danois para d'une main, tandis qu'une pointe de lance ripait sur son casque. Wolf se redressa d'un seul mouvement fluide et balança son poing dans la gorge d'un larron, tandis que dans son autre main, son casque virevoltait à droite à gauche, traumatisant des crânes, fracassant des genoux ou pilonnait des estomacs -ou quoique ce soit qui pouvait bien se trouver à cet endroit là.
En quelques fractions de secondes, les trois gaillards restant étaient à terre ou s'éloignait piteusement en rampant.

Wolf se retourna avec un sourire triomphal vers sa dulcinée du moment, adoptant une pose avantageuse.

« Alors, ma douce ? On dit quoi ?
_ Fais gaffe derrière toi, crétin !
_ C'est pas exactement ce que j'atten... »

Une volée de flèches s'abattit sur les marches, qui aurait transformé le Danois en porc-épic n'eût été des réflexes salvateurs et une esquive fantasque. Wolf ne se le fit pas dire deux fois et détala sans demander son reste, remontant les marches à quatre pattes en hurlant comme dingue.

Une partie des guerriers s'étaient regroupés pour lancer un assaut sur les vils profanateurs, visiblement rassuré par l'absence durable de nouvelles détonations d'armes à feu.

C'est alors que Pyro se redressa dans un cri, décroisant brusquement les bras, les yeux pétillant littéralement d'étincelles. Et, accompagnant son mouvement, un mur de flammes s'éleva brusquement devant l'entrée du temple, bloquant la cohorte d'assaillants qui se débanda, prise de panique.

Tandis que Wolf se précipitait au chevet de l'inuit agonisant, Moros rejoignit l'un des piliers de pierre du seuil et planta sa dague entre deux merlons, avant de l'utiliser comme appui pour son imposant canon. Tout en scrutant le champ de bataille qui s'étendait au-delà des flammes, la Paladine joua avec les différentes lentilles de son arme jusqu'à obtenir le zoom qui lui fallait, faisant l'appoint sur les aliens qui descendait en ordre de bataille vers le village, abattant tous les autochtones qui s'approchaient.
Il ne fallu pas longtemps à la jeune femme pour repérer "Renifleur", celui qui leur avait servi de guide. Posément, sans se presser, Moros aligna tranquillement l'alien, attendant le moment propice. Et lorqu'elle appuya enfin sur la gâchette, la sentence fut inéluctable.

La brusque mort de l'un d'entre eux, survenu d'aussi loin, ne fit pas pour autant paniquée les soldats extra-terrestres, qui se mirent immédiatement à couvert. Moros n'eût pas le temps d'aligner l'alien à crête avant qu'il ne se cache, et ne parvint pas non plus à retrouver Silioup.
Dommage...

« Venez vite ! »

Les trois agents de la RIP se retournèrent d'un bloc pour apercevoir le prêtre du Vatican qui s'approchait, visiblement très excité.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Moros en reportant son attention sur ce qui se passait au-delà des flammes.
_ C’est Antares ! Il va nous faire sortit d'ici, il faut y aller !
_ L'inuit n'est pas en état de bouger, commenta sobrement Pyro.
_ On va utiliser le cercueil comme brancard, décréta Moros.
_ Un tantinet de mauvais augure, nan ?
_ Relax, dedans, c'est déjà plein, on va le mettre au-dessus.
_ Mais... hésita Wolf. Si je ne m'abuse, y'a pas de sortie, dans la salle du fond.
_ Ben... Vous feriez mieux de venir voir. » Lâcha piteusement le curé.

*
* *

Antares jeta un dernier coup d'œil à la façade du temple sommairement éventrée, qui laissait voir derrière la parois au métal indéfinissable de l'étrange vaisseau, contre lequel avait été construit la cahute religieuse. Parois qui donnait sur une porte d'accès vers les entrailles du vaisseau et qu'il avait ouvert grâce au petit panneau de contrôle - avec l'aide du prêtre du Vatican, vu que ces conneries de bidouilles extra-terrestres nécessitaient obligatoirement deux mains humaines pour pouvoir être reproduites. Mais le principal, c'était qu'il avait son chemin de sorti, contrairement à ce que devaient penser les Aliens, persuadés de les avoir pris au piège.

Le Paladin se remit à entasser des armes dans divers contenant avant de les envoyer dans le sombre couloir. Non seulement les humaines, bien trop nombreuses pour son petit groupe, mais aussi celles des aliens, quant bien même elles ne semblaient pas utilisable. L'important était surtout de les mettre hors de portée de Silioup et les siens.
C'était toujours ça de pris en attendant de remettre la main sur Irae.

Tandis qu'Antares s'affairait à sa besogne, un râle souffleteux s'éleva d'un coin, provenant d'un vieil autochtone sommairement abattu par Moros lorsqu'elle avait fait le ménage. La chose avait le torse transpercé de part en part et, vu la quantité de fluide qu'il avait perdu, n'en avait plus pour longtemps sans un solide bloc opératoire.

« Etranger, souffla la chose. Pourquoi avoir fait ça ?
_ Fait quoi ? Demanda le Paladin, sans s'arrêter de s'affairer.
_ Apporter le malheur sur notre village. Vous êtes un élu... Vous auriez du nous aider.
_ Je n'aide pas les païens, question de principe, annonça Antares.
_ Il n'est pas encore trop tard. Vous pouvez vous repentir...
_ Oublie ça, vieillard, cracha le Paladin. Si j'en avais eu les moyens, j'aurais rasé cet endroit et éliminé chacun des tiens, les uns après les autres. Mais soit certain que ce n'est que partie remise.
_ C'est vain, Dieu ne te laissera jamais faire.
_ Ton dieu n'a aucune emprise sur moi ! Gronda Antares.
_ Heu... Mon Frère ? A qui tu parles ? demanda Moros qui venait d'arriver, suivit des autres.
_ à la chose agonisante, là.
_ Vous parler leur langage ? S'étonna le prêtre du Vatican.
_ à votre avis.
_ Wow, z'êtes plein de surprises, vous, les paladins...
_ Qu'est-ce que tu crois, mon Frère, c'est le meilleur !
_ Maintenant, dépêchons-nous. »

Le Paladin fit signe aux autres de s'engouffrer dans la coursive du vaisseau, apportant chacun une panière rempli d'armements plus ou moins hétéroclite : si les aliens étaient visiblement une force standardisée utilisant un armement normalisé, du côté de la RIP, il y avait de tout et de n'importe quoi, depuis la sarbacane ou la tronçonneuse jusqu'aux armes automatiques de guerre plus ou moins lourdes, en passant par des choses étranges et abracadabrantesques dont personne n'avait la plus petite idée du mode d'emploi.

Antares fut le dernier à partir, prenant soin de condamner la porte derrière lui en fusillant le boitier de commande avec son pistolet à clous.

A peine la porte refermée, des néons clignotèrent et s'allumèrent au plafond, éclairant la coursive poussiéreuse d'une pâle lueur blanche.

« Occupez-vous du blessé, ordonna Antares à Wolf et Pyro en passant près d'eux sans s'arrêter.
_ Hein ? Mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ?
_ Peu m'importe. Soignez-le ou achevez-le mais faites-le taire. Inutile de le laisser souffrir pour rien, assura le Paladin.
_ Heu... Wolf, une idée ?
_ J'achève personne, moi !
_ Moros, monseigneur, suivez-moi.
_ Tout de suite, mon Frère ! »

Les trois religieux s'écartèrent du mourant et de ses deux aides-soignants improvisés - et complètement dépassés. Quand le Paladin jugea qu'ils étaient hors de portée d'oreilles, il interpella l'envoyé du Vatican.

« Monseigneur. Par le plus grand des hasards, seriez-vous coutumier des rituels d'exorcismes ?
_ Hein ? Oh non, alors ! L'exorcisme de démons ? Ricana le prêtre. Pure affabulation, chaque homme est responsable de ses actes, il est inutile de se retrancher derrière quelques excuses que... que... Pourquoi vous me regardez comme ça ?
_ Donc les Poulpes de l'espace, c'est bon, mais les démons des enfers, c'est de la science-fiction, c'est ça ? Résuma ironiquement Moros.
_ Heu... Mais enfin, ça n'arrive jamais, non ? Hasarda le curé. Je veux dire... Vous avez déjà été témoin de... heu...
_ Moi, non, convint la Paladine. Mais pour autant que je sache, mon Frère a déjà été possédé au moins deux fois. Par exemple, lors de l'affaire Winschler, il a...
_ Moros. Une autre fois.
_ Oui, mon Frère. Et je ne vous parle pas du nombre de possessions qu'il a du traiter, hein...
_ Bon, d'accord, admettons, capitula le prêtre du Vatican. Heu... Vous pensez que l'un des notre est possédé ?
_ Sûrement Wolf ! Clama Moros. Ce type est complètement dingue. Et en plus, il sert à rien : il sait même pas se servir d'une arme à feu et pire, c'est un de ces connards de pacifistes ! Heu... Sauf vot'respect, monseigneur, hein...
_ Ah non, non, défendit le curé. Wolf, il est toujours comme ça, je vous l'assure. Et j'en ai fait, des missions, avec lui.
_ Ouais, ben n'empêche qu'il sert à rien, s'entêta Moros.
_ C'est un transporteur, se plaignit le curé. Evidemment que sans véhicule sous la main, il ne sert pas à grand-chose !
_ S'il est là, c'est donc que c'est lui qui a conduit le sous-marin ? Demanda Antares.
_ Pas forcément. Des fois, on nous le colle en mission, on ne sait pas vraiment pourquoi, avoua le prêtre du Vatican.
_ Bon. Mais il saurait le conduire, ce sous-marin ? Insista le Paladin.
_ Heu... Ben oui, je suppose.
_ Bien.
_ Alors on retourne à la surface ? Demanda le prêtre avec espoir.
_ Non.
_ Mais vous venez de dire...
_ Vous savez où se trouve le sous-marin, peut-être ? Lui demanda Antares.
_ Heu... Non, mais...
_ Alors c'est réglé. En attendant, l'inuit va mourir, vous devriez retourner auprès de lui.
_ Hein ? Mais heu... Vous pensez qu'il est chrétien ? S'inquiéta le curé.
_ On s'en fiche. Réconforter, recueillir les dernières volontés, tout ça, c'est votre job.
_ Le votre aussi, je vous signale ! Vous êtes prêtre et... heu... Nan, ouais, je devrais m'en occuper, c'est peut-être préférable...
_ Hé ! ça veut dire quoi, ça !
_ Une dernière chose, monseigneur, annonça Antares.
_ Oui ?
_ Pas un mot sur notre petite discussion. Sous aucun prétexte. ça me contrarierait beaucoup que la panique se répande.
_ Vous contrar... Houlà... Compris. Motus et bouche cousue.
_ Alors, mon Frère, risqua Moros une fois que le curé fut reparti. C'est qui le type possédé ? C'est Wolf, hein ?
_ Moi. Chaque fois que je ferme les yeux, je vois des formes et des images en surimpressions, expliqua Antares. Des pensées parasites naissent à chaque instant dans mon esprit, des concepts que je ne comprends pas, dans des axiomes qui me sont complètement inconnus. Quelque chose est en train de s'implanter de force dans mon esprit.
_ Mon Frère ! S'inquiéta Moros. Qu'est-ce que tu attends pour commencer des rituels de...
_ Parce que pour l'instant, c'est à notre avantage ! Tonna Antares. Comment crois-tu que je me sois frayer un chemin au travers des pièces pour prendre les aliens à revers ? Que j'ai su où se trouvaient nos armes ? L'emplacement de cette porte ?
« Je ne comprends pas grand-chose aux déluges d'informations qui m'envahit. Mais le peu que je parviens à déchiffrer constitue notre meilleur chance de mener à bien notre mission.
_ Notre mission ou celle de la RIP ?
_ ...
_ Ah ok, soupira de soulagement Moros. Depuis le coup des négociations, j'avais un peu peur... Bon, et on s'y prend comment, alors ? On a pas récupéré Irae.
_ C'est pour ça que je t'ai demandé de garder une munition quoi qu'il arrive. Si on ne parvient pas à reprendre Irae, il faudra se débrouiller avec ça.
_ Reprendre... Tu sais où elle se trouve, mon Frère ?
_ Oui.
_ Ah. Bon. Et si ça ne marche pas, elle va nous servir à quoi, ma dernière munition ? Demanda Moros, impatiente d'apprendre comment on liquidait plusieurs dizaines d'extra-terrestres cupides et hérétiques avec un seul tir.
_ C'est très simple... » Expliqua Antares.

*
* *

Silioup attendait en fulminant, dans un coin du temple. Finalement, contrairement à ce qu'il avait prévu, les humains étaient parvenus à s'évader. Il aurait du se méfier davantage de ce Frerantares. Il l'avait senti tout de suite. Pas net, cet extra-terrestre.

L'un de ses subordonnés s'approcha avant de se mettre au garde-à-vous.

« [Nos techniciens n'arrivent à rien, Chef. Je ne pense pas qu'ils arriveront à rétablir le mécanisme d'ouverture de cette porte.]
_ [Nous ne sommes pas encore parti. Qu'ils continuent.]
_ [Bien compris, Chef !]
_ [Slaldler, au rapport !]
_ [Le périmètre est sécurisé, Chef. Les autochtones ont majoritairement fui en filant dans le lac, vers l'océan. Il semble qu'ils maîtrisent tous suffisamment les champs télékinétiques pour créer une protection personnelle contre les effets de la pression.]
« [Par ailleurs, nous venons de terminer de passer ce village au peigne fin... J'ai le regret de vous informer que le Noyau n'est pas là, Chef]
_ [à ton avis, Slaldler... Les humains l'auraient emporté ?]
_ [Ils ignorent ce que c'est. Non, c'est peu probable : ils ont fait main-basse sur les armes, mais pas sur le reste de nos équipements...]
_ [A moins... à moins qu'elle soit derrière tout ça.]
_ [Impossible ! Elle ne doit pas savoir que nous sommes là.]
_ [Et cette foutue porte ! Comment tu crois que ce Frerantares savait où elle se trouvait !]
_ [Ils ont peut-être des moyens que nous ignorons. N'en faites pas une affaire personnelle, Chef.]
_ [Et pourtant... ça serait préférable qu'ils aient le Noyau. Sinon, cela signifie que c'est elle qui l'a... Et là... Aller le récupérer ne sera pas une partie de plaisir.]
_ [Alors que fait-on ?]
_ [Pour commencer, on lève le camp !] »

*
* *

« Une dernière chose, ma Sœur, annonça Antares. Il va falloir que tu gardes une deuxième balle en réserve.
_ Tu peux me faire confiance, mon Frère, je ne vais pas me louper.
_ Ce n'est pas ça. Si je t'ai expliqué ce que j'avais en tête, c'est parce que nous sommes sur le fil du rasoir : j'ai besoin des informations de l'entité qui planifie de me contrôler, mais la laisser faire, c'est risquer de tomber sous son joug. Or il n'y a pas de prêtre formé à l'exorcisme dans les parages.
_ Tu n'as qu'à m'apprendre, proposa Moros. Je le ferai, moi !
_ Pas assez de temps. Bref, il n'est pas exclu que je succombe, affirma le Paladin. Donc si je suis possédé, ne prends aucun risque : tu m'élimines.
_ Heu...
_ Ma Sœur, tu es une Paladine. Soit à la hauteur.
_ D'accord, mon Fère, je le ferai, assura la Paladine. Mais comment je saurai quand le faire ? Tu vas te transformer en démon, ou quelque chose du genre ?
_ Ne prends pas de risque. Dès que tu as l'intuition que je déraille, tu agis.
_ D'accord ! »

Antares se tut, observant Pyro qui s'approchait. La dernière chose dont il avait envie, c'était que les autres paniquent et fassent n'importe quoi. C'était mieux qu'ils ne sachent rien pour le moment. Moros pourrait leur expliquer après.
Le sorcier parvint enfin à leur hauteur, le visage sombre et fatigué.

« L'inuit est mort, confia-t-il.
_ Ah ben c'est pas trop tôt ! J'vais enfin pouvoir récupérer mon cercueil ! Se félicita Moros.
_ Ça vous tuerait, un peu de compassion !?
_ Pourquoi faire ? S'étonna la Paladine. Il est parti pour un monde meilleur, on va pas être triste pour lui, quand même ! Ou alors, il a gagné un aller simple pour les enfers et y'a aucune raison de regretter ce salaud.
_ Je sais même pas pourquoi j'essaye de discuter... Soupira le sorcier.
_ Ben t'as de ces réactions absurdes, aussi, ça aide pas...
_ Très bien, décida Antares. Mettons-nous en route, alors.
_ Heu... En route vers quoi ? Voulut savoir Pyro. Parce qu'on est un peu au beau milieu de nulle part, hein...
_ On va rejoindre l'autre groupe d'agents de la RIP, annonça le Paladin.
_ Oh ben oui, évidemment... Et moi qui m'attendais à une réponse rationnelle...
_ Va dire aux autres qu'on y va.
_ Ch'uis pas un larb... ... Ok, j'y vais. Mais où est-ce qu'il a apprit à faire son regard intimidant ?
_ Mon Frère ? Demanda Moros. Pourquoi on va retrouver les autres ? ça ne devrait pas être Irae, la priorité ?
_ Là où elle est, on va avoir besoin des autres pour pouvoir la récupérer. »

*
* *

La salle du temple, éventrée, pillée, désacralisée, était plongée dans le silence. Tous les monstre qui s'y étaient rendus avaient fini par disparaître. Le vieux prêtre à la poitrine déchirée respirait encore, lentement, avec difficulté, la moindre inspiration lui arrachant des spasmes de douleurs. Il était perdu, déboussolé. Toutes ses croyances semblaient s'effondrer : deux élus avaient fait leur apparition. Mais bien loin de les mener vers un avenir d'or et de lumière, ils avaient apporté la mort et la destruction sur tout le village. Comment était-ce possible ? Les anciennes prophéties s'étaient-elles fourvoyées à ce point ?
Impossible. Dieu ne pouvait pas les avoir abandonné ainsi. Non...

Le vieux prêtre expira.

Au bout du pylône, l'étrange sphère chromée bourdonna. Et des lumières se mirent à jouer sur sa surface.
avatar
Kentaro
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 2047
Date d'inscription : 14/03/2008
Localisation : Muahaha !

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [Mission?] Statut Inconnu

Message par Sonaka le 9/1/2013, 22:12







Dis, Sigurd.





Tu crois vraiment que...






Tu vas pouvoir faire quelque chose?









Ca n'était pas la voix de Pad'Bol qui faisait écho à l'agent suédois, cette fois. Mais il n'y fit pas vraiment attention. Il savait parfaitement qui avait dit ça. Ca avait eu lieu un peu plus tôt, mais pour lui, cela faisait déjà une éternité.

Tout était beaucoup trop calme, maintenant. Et c'est emmuré dans son silence résolu qu'il regardait ses compagnons d'infortune se tirer des les pattes.

-Et qu'est ce que ça dit?, insista Rayaster.
-Je... je ne... aucune idée. Il est mort.
-Avec tout ce que je me suis fais chier à l'ouvrir, vous me dîtes que c'était pour rien?
-...
-Euh... désolé.

Hyûma Sekihara ne releva pas. Si la machine ne lui répondait pas, ça ne pouvait être que parce qu'elle ne fonctionnait tout simplement plus. Pour autant, il aurait apprécié que le sergent cesse de passer sa mauvaise humeur sur lui. Le Rayaster effacé par l'ombre du Paladin avait maintenant cédé la place à un sergent frustré d'avoir à mener un groupe inexpérimenté dans un environnement aussi difficile. Il s'était lourdement trompé un peu plus tôt, et ils en avaient maintenant payé le prix fort.

-Bon, on fait quoi maintenant?

Ils n'étaient pas vraiment perdus. Ils étaient simplement coincés dans ces quartiers du labyrinthe depuis une bonne cinquantaine de minutes. Dans le petit dédale de couloirs et de salles inégales qui les confinait, l'équipe savait parfaitement retrouver son point d'entrée: le problème, c'était que celui-ci s'était spontanément verrouillé un peu plus tôt, au même titre que plusieurs autres portes mécanisées de l'appareil.

Ils s'en étaient presque aussitôt rendus compte, mais ça ne les avait pas marqué plus que ça. Ils avaient été bien plus intéressés par le réveil spontané de tout l'appareillage du bâtiment: les lumières illuminaient désormais abondamment les voies, tandis qu'ici et là, sur les murs, les nervures palpitantes du métal inconnu semblaient maintenant gorgées d'un liquide bleu azur.
Et dans ce concert de néons, toute la machinerie de l'appareil reprit vie, avec son concert de rugissements mécanisés et d'à coups indescriptibles propre au labyrinthe extraterrestre.

Pour autant, ils n'avaient guère trouvé d'interface leur permettant de débloquer ou apprendre quoi que ce soit. Une bonne partie était hors service, à la manière de celui que Sekihara venait tout juste d'essayer d'interroger. Quant aux autres, ils étaient verrouillés à la manière des portes. Soraya, la xénobiologiste maghrébine, était très bien placée pour savoir qu'il valait donc ne pas y toucher.

La trace de brûlure qui tiraillait encore sa main droite en témoignait vigoureusement.

-Du bruit, indiqua discrètement la marocaine.

Les agents empoignèrent rapidement leurs armes, s'installant à couvert vis à vis de la provenance des bruits de marche étouffée. Lorsqu'ils remarquèrent que le couloir en question avait été identifié un peu plus tôt comme une impasse, leur malaise prit encore un peu plus d'ampleur.
Avec ce qu'ils venaient de subir, ils n'allaient définitivement plus s'exposer au moindre risque.

A l'autre bout du couloir, le groupe d'Antarès s'avançait maintenant à pas feutrés. Ayant eux aussi relevé des paroles au devant d'eux, ils savaient qu'ils devaient avancer avec précaution. Toutefois, et c'était bien une première dans leur approche, Ulrich Steiner menait l'équipe, son lent pas claudiquant annonçant leur présence de très loin. Comme s'il savait vers qui il se dirigeait, il n'avait pas prit le soin d'envoyer Moros seule en reconnaissance.

Il fut d'ailleurs bien le premier à lever les doutes de l'autre groupe lorsqu'il les héla tranquillement, leur signifiant de baisser leurs armes maintenant qu'ils savaient à qui ils avaient affaire.

-Comment nous avez-vous retrouvé?, s'étonna le sergent.
-L'important, c'est qu'on vous ai retrouvé, trancha Antarès. Maintenant, suivez-nous. Nous avons des ennemis sur les talons.
-Non. Ce que je veux dire, c'est comment êtes vous arrivés là? On est coincés. Et... c'est une impasse.

Éric, le sorcier jusqu'ici surnommé Pyro par Moros, fronça les sourcils en constatant la même chose que les siens: les membres de l'autre équipe étaient tous en très mauvais état. On ne pouvait pas rater l'épais bandage qui enserrait la paume de la chirurgienne brulée, ni la constellation d'hématomes qui clairsemait le visage de Rayaster. La jeune adolescente, Sekihara et Dogaku avaient l'air en bon état... à ceci prêt qu'ils étaient, au même titre que les deux autres, complètement maculés d'un genre de mixture vaseuse, dont l'odeur évoquait très vaguement celle des algues séchées.

Seul l'oeil exercé d'Antares remarqua qu'en ce qui concernait Dogaku, le plus sale de tous, et la petite, des quantités non négligeable de sang se mêlaient à l'étrange vase organique qui les recouvrait. Un examen plus approfondi lui fit remarquer que les manches du japonais en étaient elles aussi imbibées.

Personne pourtant ne se pressa pour poser la question la plus importante. Ils étaient cinq. Le chaman masqué et la coréenne manquaient à l'appel. Et dans cette confusion, même Wolf, le lunatique croisé, n'osa prendre la parole.

-Par où êtes vous arrivés?, insista Rayaster qui avait fait cinq fois le tour du complexe.
-Il y a une porte, indiqua simplement le paladin.
-Vous avez pu l'ouvrir?
-Comme toutes les autres.

Le sergent lâcha un grognement mécontent: il n'y avait aucune raison que le prétendu paladin puisse ouvrir des mécanismes énergétiques que Sekihara lui même, le technophile, ne parvenait guère à interroger. Jusque là, les appareillages ne lui avaient globalement donné qu'une seule indication: un surplus d'énergie avait été dégagé maintenant que leur source principale s'était retirée.
Avant même de poser davantage de questions sur ces portes, il préféra tout de même savoir qui étaient les deux nouvelles têtes récupérées par le paladin.

-Et qu'est ce que c'est que... tout ça? Et qui êtes vous?

Les deux agents se présentèrent sans poser de question, le prêtre du Vatican étant introduit solennellement par son confrère de la Garde d'Acier. En ce qui concernait le soi-disant croisé de l'amour et de la paix, sa longue tirade fut coupée par Moros, d'un coup de pied dans le genou.

-AIe! Mais pourquoi, mon amour?
-Plus important, elle est où l'asiatique?, demanda Moros. J'ai un super cadeau à lui refourguer.. Et le chaman, tant qu'à faire? Pyro, l'est où ton pote mutant?
-C'est pas un mutant non plus...
-Donc c'est un démon, lui?
-Non, c'est un chaman. C'est pas la même magie, mais...
-Origine infernale, hein? Dans le genre à éliminer juste après la mission?
-Non, non, n.... oooh et puis zut.

-Du calme, reprit Soraya d'une voix résolument plus apaisante que ce que l'on connaissait jusqu'ici d'elle.
-Qu'est ce que c'est que tout ce barda?, insista Rayaster à qui l'on n'avait pas répondu.

Avec eux, les rescapés de la cité des autochtones avaient ramené un grand nombre de panières contenant armes, équipements, munitions et objets divers en quantité. S'ils en avaient simplement disséminé la majorité sur leur trajet, limitant leur encombrement tout en en refusant l'accès aux aliens, ils avaient tout de même ramené de quoi armer jusqu'aux dents tous ceux qui le souhaiteraient.

Dans la petite salle désormais fortement éclairée se forma rapidement un véritable bazar où la plupart purent retrouver une partie de leurs possessions. Rayaster fouina ainsi quelques instants avant de sourire à la vue de sa sarbacane fétiche, qui complétait parfaitement l'arme de poing qu'il avait gardée et le fusil d'assaut que lui tendait Moros. La maghrébine eut pour sa part la désagréable surprise de constater que son matériel médical avait déjà servi, et visiblement sans succès. En ce qui concernait sa paire de dagues orientales, tout semblait en ordre. Elle refusa pour sa part l'arme que lui proposa l'allemande, sachant bien qu'elle ne pourrait pas faire usage de plus lourd qu'un revolver.

Restaient Hyûma, la petite fille, et Dogaku. Les deux premiers ne furent même pas considérés par la paladine, qui hésita vaguement en ce qui concernait le troisième. Il avait déjà un pistolet en sa possession, et accepta pourtant distraitement le fusil qu'elle lui tendit.

Toutefois, il le reposa vingt secondes plus tard, pour aller jeter un oeil vers l'équipement clairement extraterrestre dont les paladins n'avaient pas encore réussi à se débarrasser.
Avec l'air de quelqu'un cherchant un objet bien précis, il commença à remuer le tas.

Il y reconnu bien deux trois objets qui ressemblaient à des armes, et qui comportaient des cellules d'énergies qu'il savait bien plus efficientes que ce qui se faisait habituellement sur terre.
Toutefois, c'était l'objet que Rayaster examinait maintenant attentivement qui l'intéressait. Dogaku l'avait déjà vu. Ca avait eu lieu au sein des locaux de la RIP. Il y a environ une semaine de cela, calcula-t-il.

On lui avait fait une petite démonstration... mais il ne voyait pas du tout le rapprochement avec ce vaisseau et cette mission. Le regard qu'il échangea avec Rayaster lui en apprit toutefois suffisamment, même s'il aurait aimé lui parler.

À peine approché de lui, il n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche que déjà Antarès levait Sinister, son outil de mort, en direction de Hyûma Sekihara.
Et qu'il fit feu, abattant l'autochtone qui s'était glissé jusqu'à eux.

L'allemand tira deux autres clous en direction d'un second alien, qui récupéra son compagnon blessé avant de se retirer sous le regard médusé des agents. Ils agrippèrent machinalement leurs armes pour l'occasion.

-On n'a plus le temps, déclara le paladin. Ils arrivent.
-Ils?
-Les alien, expliqua le sorcier.
-Les sauvages, pas les poulpes, hein, précisa Moros.
-Et vous leur avez fait quoi?
-Ils ont... on a tapé dans le nid, résuma le sorcier. Méchamment. Trop méchamment. Chais même pas pourquoi d'ailleurs... quelqu'un peut me le rappeler?
-Parce que mon Frère savait que c'était une bonne idée!
-On a ces types aux trousses depuis une vingtaine de minutes...
-On a surtout récupéré Jaci...

-En route.
-Et les deux autres?, demanda le sorcier.
-Ils sont morts, non? Ne perdrez pas de temps, lâcha Steiner.
-Mais...
-Il a raison, coupa Rayaster.

Dogaku remarqua l'immanquable regard que le sorcier lui adressa, curieux. Pour autant, il n'eut absolument aucune réaction: depuis que l'incident était arrivé, il n'avait guère parlé ou fait signe à quiconque d'autre qu'au japonais et à la marocaine. Quant à ces derniers, ils se détournèrent lorsque le pauvre Pyro les interrogea du regard.

Ce faisant, l'imposant paladin mena la marche, aussitôt suivi par les membres de son groupe. Déconcertés par la direction qu'il venait de prendre, les autres lui emboîtèrent tout de même le pas, s'enfonçant dans les dédales du labyrinthe d'acier. La succession de virages qu'il effectuait, les couloirs qu'il parcourait, tout ceci les conduisait à...

-...

La lumière aveugla brièvement les agents, aussi bien ceux qui savaient à quoi s'attendre que les nouveaux arrivés. Ils se trouvaient maintenant dans une salle sensiblement plus large que toutes celles qu'ils avaient traversées.
Une salle qui se trouvait assez profondément enfouie dans le coeur de l'appareil, remarquèrent les rares à encore pouvoir s'orienter dans le vaisseau.
Son appareillage n'était toutefois pas bien différent des salles dans lesquelles le cauchemar des agents avait commencé: de part et d'autre de la salle se trouvaient des rangées de caissons cryogéniques, qu'on pouvait estimer à une soixantaine par un rapide calcul mental.

Antarès ne s'y attarda pas une seconde: contrairement aux autres, ils n'avait pas eu besoin d'un examen approfondi de la salle pour remarquer que la plupart des caissons étaient soient vides, soient occupés par ce que sa Sœur appelait des poulpes.

Il n'avait pas non plus la moindre idée de ce qu'il s'y était passé auparavant, il y a trois quarts d'heure de cela.

C'est à peine s'il prêta attention au cadavre réduit en charpie de son coéquipier, dont les restes informes baignaient dans une mare formée par son propre sang.

Pour lui, la seule chose qui importait était qu'ils venaient de se tapir dans un excellent goulet d'étranglement pour accueillir leurs poursuivants. De la demie douzaine d'accès que comportait la salle, deux étaient condamnés, deux autres présents en hauteur leur feraient perdre un temps fou pour les rejoindre, et la dernière, à l'opposée, qui ne serait ni plus ni moins que leur issue de secours une fois qu'ils auraient repoussé les premières vagues d'autochtones.

Il ne s'attendait toutefois pas à ce que les autochtones eux mêmes aient réussi à prendre suffisamment d'avance sur eux pour leur tendre une embuscade entre ces murs. Cela s'était joué à un cheveu ; en conséquence, ils n'avaient même pas fini de préparer leur piège que déjà Rayaster les repéra et ouvrit le feu.

-Euh... excusez-moi?, tenta Sekihara.
-Non.
-Vous, peut être?
-..., répondit Steiner.
-Euh...

Quand les agents avaient désolé le village, leurs armes à feu avaient largement suffit à leur permettre de surclasser leurs adversaires. Ils ne disposaient même pas d'armure. Et lors de leur première rencontre, Moros n'avait eu besoin que d'un coup de feu pour venir à bout de la chair tendre de son adversaire.

Les combattants se posèrent donc tous la même question au cours de la première minute de l'affrontement.

Pourquoi diable parvenaient-ils à avancer malgré le feu nourri qui les accueillait?

-Euh... Sigurd?
-Mmmh?, lâcha la voix rauque du récupérateur.
-Le chaman... son masque. Est ce que tu vois la même chose que moi?

Le chaman. Il parlait du tas de viande tiède fendu en une douzaine de morceaux qui siégeait à une certaine distance d'eux. Pour l'avoir déjà examiné auparavant, il n'avait pas spécialement envie de s'en rapprocher à nouveau. Même d'ici, seule la nervosité du combat l'empêchait de prêter attention à l'odeur abominable qui s'en dégageait.

Les agents en ignoraient encore la cause, mais les êtres qui les attaquaient avaient visiblement appris à utiliser leurs arts pour se protéger des balles. Le sorcier avait déjà rencontré les champs de force de grande échelle, et reconnu là une version miniature du même procédé. La protection n'était pourtant que partielle, nota Rayaster. Plus il concentrait ses tirs, et plus ceux-ci devenaient efficaces. Certains agresseurs parvinrent toutefois à s'approcher trop près de lui pour qu'il continue à faire feu, et employa son poignard militaire à plusieurs reprises pour les exécuter rapidement.
Il était bien content d'avoir la marocaine à ses cotés pour se charger de cette tâche à plein temps. Elle combattait toujours avec une férocité qu'on ne lui soupçonnait pas.

Un peu plus loin sur leur droite, Moros était aux anges. Elle pouvait ouvrir le feu à volonté et pratiquer ce qu'elle faisait de mieux.
L'élimination. Le massacre. Le génocide.
Et elle exultait d'être séparée de ses cibles par un épais mur de flammes surnaturelles, avec l'impression -pas inhabituelle- de se retrouver dans un stand de tir grandeur nature.

-T'es extra, Pyro! Mais dis, la magie du feu, c'est pas d'origine infernale, ça?
-Je ne suis pas un... et...

Il faillit répondre.

L'énorme rafale d'énergie, relâchée par une arme extraterrestre que venait de redécouvrir le sergent, produit néanmoins un vacarme tel qu'il en abandonna l'idée. Visiblement, son coéquipier connaissait son matériel, comme l'avait deviné Dogaku un peu plus tôt.

Finalement, Eric Wilson se contenta de projeter une cage électrique en direction d'un duo d'aliens, qui s'étaient trop rapprochés d'eux. Un guerrier parvint néanmoins à l'esquiver, et alla même jusqu'à frapper le Paladin lui même avant de se retirer. Insensible à la lame qui venait de mordre son bras, Antarès se dégagea prestement de son groupe d'agresseurs, tandis que sa disciple enrageait déjà de ne pas parvenir à abattre le trop rapide autochtone.

Soudainement prise d'une fureur religieusement malsaine, elle se mit à frapper Wolf, lui reprochant d'être complètement inutile dans l'affrontement, avant de s'en retourner à ses cibles.

Pas un d'entre eux ne remarqua Dogaku et le prêtre du Vatican, qui s'étaient discrètement approchés de la dépouille du chaman. Lorsqu'ils revinrent vers le groupe d'agents, le prêtre portait dans ses bras le masque du décédé. Son totem. Et peut être même, de ce qu'il soupçonnait après les quelques missions qu'ils avaient effectué ensemble, un peu plus que cela.

Sekihara n'avait, pour se part, pas fini de se montrer utile. Les regards apeurés qu'il portait dans toutes les directions lui permettaient de voir certains détails que les autres pouvaient ignorer.

-Il va falloir partir très, très vite, indiqua finalement le frêle japonais.
-Et pourquoi ça?, lui rétorqua Moros.

Mais son Frère connaissait déjà la cause de ses inquiétudes. Tout comme Dogaku, il regarda en direction des caissons cryogéniques, qui avaient commencé à vibrer. Rien de bon n'en sortirait pour qui que ce soit, pensait l'Allemand. Il ne comprit d'ailleurs même pas d'où venait l'expression satisfaite du suédois lorsqu'il revint vers lui.

Encore que, de la satisfaction... ça n'était pas exactement ça.

Il n'eut pas le temps de s'en préoccuper. Déjà, Rayaster guidait les autres en direction de leur issue de secours, à l'autre bout de la salle. Il déposa un appareil alien près du passage avant de s'y engager à son tour, bientôt suivi par les derniers agents.

Ils commencèrent alors à courir le long du couloir, aussi vite ou lentement que le leur permettaient les prothèses de l'allemand.

Une détonation dans leur dos leur indiqua que la mine alien posée par le sergent avait trouvé des victimes. Dogaku jeta un autre regard au militaire, maintenant certain qu'il l'avait déjà vu au sein de la RIP. Ils avaient très surement assisté à la même présentation, il y a une semaine de cela.

Il continua néanmoins d'avancer en silence, et ce jusqu'à l'unique autre salle connectée à ce couloir.
Il l'avait déjà traversée, et savait à quoi s'attendre.



...

...

...



Pour la moitié des agents présents, néanmoins, la surprise fut telle que plusieurs stoppèrent leur course. Moros elle même fut impressionnée par le gigantesque mur d'eau qui se dressait face à eux, et esquissa un mouvement de recul en s'attendant à ce qu'il s'effondre sur eux. Les autres continuèrent sans s'y intéresser, contournant par la droite la marée retenue par une membrane énergétique pour emprunter l'une des rares passerelles épargnées par les eaux. Sous leurs pieds, à leurs cotés, et au dessus d'eux, tout n'était qu'une masse de liquide défiant les lois de la gravité.

-Euh... c'est quoi, ce truc?
-La citerne, répondit Sekihara. Le réservoir d'eau.
-Le truc que vous étiez allés examiner?
-Ouais, reprit Rayaster. Sauf qu'en fait... c'était pas un comptoir.
-Alors qu'est ce que c'est?

Dogaku s'avança d'un pas calme sur l'étroit passage métallique, bientôt suivi par le reste des agents de la RIP. La voie continuait sur quelques mètres, jusqu'à être interrompue par un mur d'eau. Complètement entourés par la masse de liquide, ils avaient tout l'air d'être arrivés dans une impasse. Ou dans un aquarium gigantesque. Des formes sombres et irrégulières apparaissaient de temps à autre dans le réservoir. Elles seules parvinrent à distraire les agents un bon moment.

Du combat précédent, il ne restait plus un bruit. Tout était maintenant mort et silencieux. Rares étaient ceux qui ignoraient que ça n'était que partie remise avec leurs poursuivants. Ils avaient tué beaucoup très peu d'autochtones, cette fois ci.

Profitant de leur étrange répit, ils restèrent ainsi une bonne minute, à attendre en silence... quelque chose.
Des interrogations se firent entendre, mais on leur demanda simplement de patienter un peu.

Et finalement, dans un grand fracas, des trombes d'eaux s'écoulèrent dans leur dos, refermant le passage jusqu'à les emprisonner dans une bulle d'air. La plupart sursautèrent.

-Pas de panique. C'est clean, on ne risque rien.
-Vraiment?, fit le sorcier.
-Le passage va se libérer devant. C'est un genre de... sas. Vous voyez?
-On est pas dans l'espace? Y'a des poissons...
-C'est quoi, ce truc?, reprit Moros.
-Une pouponnière.

Avec tous les regards ébahis qui se tournèrent vers elle, la maghrébine entreprit de leur expliquer sommairement ce qu'ils avaient découvert un peu plus tôt.
C'est dans cette salle, un peu plus tôt, qu'ils avaient compris ce qu'étaient les étranges entités Lovecraftiennes qui erraient dans ce vaisseau.





Les Poulpes...

Ca n'était pas des extraterrestres.


avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [Mission?] Statut Inconnu

Message par Sonaka le 10/3/2013, 17:03


-Ouah, c’est énorme…
-Faîtes gaffe à pas tomber. C’a pas l’air de pardonner.
-Parle pour toi, répliqua Ujiwaru à son compère.
-Ca veut dire quoi, ça?
-Que c’est pas le moment de se permettre une de tes acrobaties habituelles, peut-être?

-Revenez sur terre, vous deux, interrompit Rayaster. C’est vraiment pas le moment.

Cette fois, le couloir débouchait sur une étroite passerelle métallique, suspendue à trois mètres au dessus de ce qui semblait être le sol d’une vaste structure d’entrepôt. Bien qu’incomparable avec le gigantesque atrium qu’ils avaient déjà rencontré, la salle restait bien plus vaste que les couloirs exigus qu’ils avaient majoritairement empruntés jusqu’ici.
Même la salle faisant office de croisée des chemins, où ils avaient récemment récupéré leur équipement, ne devait pas faire le dixième de celle-ci.

Dogaku jeta un coup d’œil vers le sol, puis vers le plafond. Au hasard, il estima que la structure s’élevait sur trois ou quatre niveaux du labyrinthe, pour un total d’une dizaine.
Les agents n’en croyaient pas leurs yeux. La salle dans laquelle ils se trouvaient n’avait rien d’un réfectoire, et n’était pas exactement un réservoir, contrairement à ce que la coréenne leur avait indiqué.

En un sens, oui, ils faisaient face à de gigantesques cuves d’eaux. Celles-ci s’élevaient du sol au plafond sans discontinuer. Toutefois, elles n’avaient rien de naturel. C’étaient de véritables blocs de liquide, sans aucun récipient pour les contenir, qui défiaient magistralement la gravité. Au nombre de huit, elles semblaient charrier du sol au plafond des amas disparates que les agents ne pouvaient identifier dans l’obscurité.

C’était un spectacle aussi curieux que déroutant, qui attira tout naturellement les agents.
Avec précaution, le petit groupe s’approcha du premier pilier d’eau, empruntant la passerelle qui s’offrait à eux. Tous s’arrêtèrent devant.

Avec prudence, Rayaster y plongea délicatement son couteau de combat. Il esquissa quelques tentatives pour déchirer la membrane liquide, avant de généreusement l’enfoncer dedans. Il avait entendu parler de la pression que pouvait exercer une masse de liquide, et voulait vaguement vérifier ce qu’il en était. Rien ne l’interpella à ce propos.
Finalement, il retira son arme, et avança lentement sa main vers la surface que sa lame n’avait su crever. Quelques gouttes, puis un filet d’eau perla sur sa peau, sans pour autant nuire à l’intégrité du pilier. Il fut bientôt imité par Ujiwaru, qui introduit à son tour la main sur la membrane. Intriguée au même titre que les autres, elle remua un moment ses doigts sur la surface flexible. Finalement, elle se hasard à porter ses mains à ses lèvres, goutant ainsi l’eau pour éviter une mauvaise surprise à ses coéquipiers.

Elle leur adressa alors un léger sourire, qui calma leurs mines contrites.

-Ca m’a l’air potable. Claire, fraîche, rien de particulier. Très bonne, même… assez salée, mais dans le bon.
-Et vous goûtez ça comme ça?
-Curieuse de nature. Mais c’est un vilain défaut, ne faîtes pas comme moi, surtout, ça pourrait vous jouer des tours.
-Des tours?
-De très vilains tours, tout à fait.

Dogaku ne releva pas la remarque de sa collègue, pas plus qu’il n’y prêta grande attention. Il avait l’habitude ce genre de remarque, comme si elle parlait de quelque chose en particulier.

N’ayant jamais cherché à en savoir plus, ça n’était sûrement pas ici qu’il allait commencer.
Au contraire, il commença à s’éloigner du groupe, en direction de…

-Eh, vous faîtes quoi?
-Y’a une rampe, par là.
-Faîtes, gaffe, on n’y voit rien.

Les agents commencèrent rapidement à se disperser. Loin d’être attiré par les colonnes aqueuses, Dogaku commença à errer dans les passerelles périphériques. Plongées dans l’obscurité, elles devaient tout de même dissimuler un escalier ou tout autre moyen de rejoindre l’un des autres niveaux de la salle. Lorsqu’il levait les yeux, il ne pouvait estimer la hauteur du plafond qu’en se référant aux reflets des piliers liquides. En ce qui concernait la sol, il peinait à distinguer davantage que ses pieds : le reste était immergé dans des ténèbres impénétrables qu’il comptait vaguement aller explorer.

Avec précaution, il employa les quelques rambardes comme ligne de vie pour le guider dans la pénombre. Malgré l’environnement inquiétant, la délicate lueur bleue qui s’échappait des piliers et la présence vocale de ses compagnons avaient un effet rassurant sur le suédois.
A trois reprises, il sentit son pied partir dans le vide, sans pour autant parvenir à rencontrer les premières marches d’un escalier.

-J’ai trouvé un genre de… euh… venez voir, indiqua Sekihara.
-Où ça?
-Je suis là…

De là où il était, Dogaku se contenta de faire délicatement volte face, observant la plupart de ses coéquipiers se rassembler autour du japonais… et de l’un des piliers. Au sein de ce dernier, il parvenait très vaguement à distinguer une forme.

C’était une forme de…

-C’est quoi ?

Un léger tintement métallique répondit à la dernière tentative du suédois. Cette fois, son pied rencontra une marche d’escalier lorsqu’il tâta le vide. Conforté dans sa tentative, il empoigna la rambarde de son mieux, et tenta à nouveau de descendre d’une marche.

L’obscurité était telle qu’il distinguait à peine ses genoux. Peut-être s’était-il enfoncé un peu trop loin, finalement. Mais tant qu’il pouvait voir les autres…

-J’arrive pas à voir. On dirait un… bloc de… truc?
-Ca ressemble vaguement à un bout de vache…
-Une vache?
-Ce qu’il reste d’une vache après qu’un ours lui soit passé dessus, si vous préférez.
-J’aime beaucoup la référence… vous êtes sûrs que vous êtes sergent?
-WEUUUUUAAAAAAAAHHHH!!!!!………
-SIGURD!?

Le cri tenait davantage de la surprise que de la peur. Lorsque les agents firent volte face en direction du suédois, ils ne purent le repérer qu’à ses grognements confus. Après plusieurs longues palabres incompréhensibles récitées dans sa langue natale, Dogaku prêta enfin attention aux appels inquiets de ses compagnons.

-Euh… j’ai glissé, expliqua-t-il inutilement.
-IDIOT!!, hurla la coréenne en transcrivant la pensée générale.
-Nan mais ça va.
-Vous êtes blessé?
-Nan, nan. Je suis tombé d’une seule marche, pas de souci. Pis les poulpes ont amorti ma chute.

A ces mots, l’agent déclencha une panique généralisée qu’il eut toutes les peines du monde à calmer. Son spectre venait de lui montrer sensiblement plus que ce que comprenaient ses collègues.

*
* *

Une heure plus tard, dans la même salle désormais inondée, les nouveaux venus interrompirent le discours de la chirurgienne.

-Répétez-moi ça?, demanda Moros. Pourquoi la chute m’étonne carrément pas de lui, au fait?
-Il nous a remonté des tentacules accrochés à lui.
-Je suis descendu voir moi aussi, compléta Rayaster. ‘Pour ça qu’on est aussi sales, des fois que z’aviez pas remarqué.
-Mais quand vous êtes venu dans cette salle, y’avait pas d’eau en dehors des piliers?
-Le niveau de l’eau est monté entretemps, indiqua Antarès. Les piliers ont débordé.
-Et comment vous savez ça, vous?
-C’est évident.
-…
-Alors ?
-On en sait rien. On est revenus dans la salle une demi-heure plus tard, quand tout s’est allumé. Et là, y’avait toute l’eau.
-Tout s’est allumé?
-Je sais pas… vous avez pas fait quelque chose de votre coté, genre rallumer un générateur ou quelque chose comme ça?
-…
-Bin techniquement on a bien allumé les sauvages, mais…
-Eh oh, arrêtez de changer de sujet, s’énerva Moros. C’est quoi ces poulpes? Pourquoi y’en avait en bas?

Ce faisant, elle agita négligemment son arme à hauteur du visage des autres. Personne ne recula, mais quelques exclamations se firent entendre. Seul Dogaku, de marbre jusqu’ici, daigna répondre.

-C’est ici qu’ils sont créés, expliqua-t-il. Et l’autre salle, avec toutes les cellules de cryo, là où ils sont stockés. Des pions, quoi.
-Genre une armée de poulpes artificiels robotisés? Ca vire SF? Ils veulent envahir la terre depuis leur vaisseau spatial, c’est ça?
-Plutôt des drones, corrigea Sekihara, le japonais. On en a croisé un, juste avant que ça vire au grabuge.
-Et?
-Eh bien…

*
* *

-Alors, ça vous convient, on fait comme ça?

Dogaku se sentit hésiter. Certes, la répartition se tenait, mais… il n’avait pas spécialement envie de se séparer plus longtemps que nécessaire du seul visage familier qu’il connaissait. D’un autre coté, la simple idée de protester, même si très tentante pour le jeune homme, lui semblait particulièrement puérile. L’adolescente elle-même avait accepté de quitter le sorcier, sans émettre la moindre objection. Même si cela lui avait très visiblement fendu le coeur. Et Ujiwaru n’avait pas l’air particulièrement déçue des groupes, même si elle regarda assez longuement son compère avant de reprendre.

-Bon, eh bien dans ce cas… faîtes attention, hein?
-Vous aussi, reprit le psychomètre.
-Eh, c’est pas nous qui somment allés au charbon, coupa Soraya. Tout va bien se passer.
-Un instant, déclara le chaman masqué, que Dogaku entendait ainsi parler pour la seconde fois.

Il décrocha de sa ceinture une petite bourse, et en tira une pincée de poudre cendreuse rosâtre, dont les agents ne parvinrent pas à identifier la composition. Des flammèches lumineuses surgirent de ses doigts, et il commença à pétrir cette matière pendant une dizaine de secondes.
Jusqu’à ce qu’un colibri luminescent en ressorte, et prenne son envol.

-Oui?
-Nous resterons en contact par leur intermédiaire, déclara le colibri en empruntant la voix de son créateur. Un autre vous accompagnera. Si vous souhaitez nous contacter, délivrez-lui un message, il saura me retrouver. Je vous en enverrais un autre si jamais nous-mêmes avons à vous parler.
-Excellente idée, appuya Ujiwaru. Comme ça, aucun problème, n’est ce pas?

Le chaman matérialisa ainsi un nouvel oiseau, qui commença à papillonner autour de l’agent japonais. Finalement, il alla nicher au sommet de son élégant feutre, sans que son propriétaire ne tente de l’en chasser. Le regard de la fillette se posa sur l’animal d’un air envieux, juste avant que le colibri du chaman ne prenne sur lui de venir la distraire.

-Bon, eh bien… à tout à l’heure, donc?
-On se revoit tout de suite, oui.
-Et en cas de problème, n’oubliez pas de…
-Je vous dis qu’on n’a aucun problème…

Les deux groupes se souhaitèrent bonne chance, et s’attardèrent encore un peu dans la vaste salle meublée de caissons cryogéniques avant de se séparer. Finalement, tous se permirent un dernier regard lancé vers les autres avant que la distance qui les sépare ne les engloutisse dans l’obscurité.
Machinalement, les agents commencèrent alors à forcer l’allure, sans se soucier de l’écho de leurs pas portés par les parois résonnantes.

C’était Sekihara qui était parvenu à leur procurer toutes ces informations. La salle aux colonnades draguait depuis l’extérieur des matières organiques en tout genre, puisées dans l’environnement océanique de la structure qui les enfermait. Dans ces bassins se formaient progressivement des masses artificielles qui étaient ensuite façonnée pour devenir les poulpes qu’ils connaissaient. Tout ça était artificiel, et automatisé.

Dogaku avait complété à l’aide de quelques intuitions ponctuées des conseils de son spectre. A cela, lui-même et Rayaster, qui se découvraient progressivement une certaine connaissance des technologies présentes dans le vaisseau, avaient finalement apporté la touche finale.

Restait tout de même à savoir où ils étaient. Dogaku et Rayaster avaient été préparés à cet environnement, même s’ils ne s’en souvenaient pas. C’était donc une mission prévue et préparée.

Ils s’étaient séparés pour faire le tour des couloirs afin d’en apprendre un peu plus. Actuellement, Dogaku se dirigeait avec Sekihara et la maghrébine en direction de… ils n’en savaient rien.

C’était juste une lumière écarlate qui tintillait mollement dans l’obscurité. La dernière qu’ils avaient trouvé appartenait au terminal exploité par le technophile pour converser avec la salle aux colonnades.

Bien sûr, cette seconde lumière était pleine de promesse.

Et ce couloir, interminable.

-Au fait, mademoiselle…
-Madame, précisa-t-elle. Madame.
-Tiens. Vous êtes mariée?
-Bravo, Einstein.
-Madame quoi, d’ailleurs?
-Ca sera Soraya, tout simplement. Hors de question que je vous donne ce genre d’information. Ne le prenez pas mal, mais c’est par simple sécurité. Rayaster lui-même nous a apprit à faire ça.
-Mais il nous a donné son nom, pourtant.
-Ca pourrait être un faux nom, vous savez? Mais étrangement, il n’applique pas ses propres conseils.
-Mmmh?
-Comme il vit seul, ça ne lui pose pas de problème. Moi, je suis mariée et j’ai une famille, vous voyez? Si ca se trouve, on a étés enlevés au hasard par des dingues qui avaient juste besoin de cobayes. Pas besoin de leur donner plus d’informations pour leur permettre d’aller s’en prendre à nos familles pour pouvoir faire pression sur nous s’ils en ont besoin.
-Vous ne nous faîtes pas confiance?
-Jusqu’à un certain point, concéda-t-elle. Je ne vous connais pas, après tout.
-Oh…
-Je vous signale que je n’ai pas émis la moindre objection à me retrouver seule avec vous deux. Alors que je ne vous connais pas du tout. Vous n’avez pas à le prendre mal.
-J’imagine…
-Vous nous avez déjà donné votre prénom, remarqua l’agent.
-Ca n’est pas mon vrai prénom, Hyûma.

Sekihara fut surpris de l’entendre cette annonce, lâchée brutalement d’un ton pourtant pleinement naturel. Dogaku n’en fut pas trop surpris: avec ce qu’elle leur avait déjà expliqué, il s’attendait presque à ce genre de révélation, à raison.

Il ne répondit pourtant pas. Pas plus que Sekihara, qui venait de lever la tête avec appréhension.
La lumière avait arrêté d’émettre son léger bip régulier. Maintenant, le son qu’elle émettait tenait bien davantage de l’alarme d’un réveil matin.

Le petit groupe se précipita jusqu’à l’autre bout du couloir, ignorant toutes les portes qui se trouvaient sur leur chemin. Dogaku s’inquiéta un instant du bruit de leurs pas, mais il n’en fut rien: le vacarme qui les devançait devait forcément couvrir leur approche

Au bout d’un moment, ils s’arrêtèrent net, firent volte face et reportèrent leur attention sur leur droite. Ils avaient manqué de peu de dépasser la source du bruit qui les avait mené jusque là. Face à eux se trouvait une autre porte couverte de nervures rugueuses, à travers laquelle étaient filtrés le tintamarre mécanique qui avait attiré les agents jusque là.

Prise d’une légère appréhension, la maghrébine s’approcha du boitier de commandes. Dogaku et son collègue japonais, pour leur part, se contentèrent de tendre l’oreille afin de déterminer ce que pouvaient être les crissements aigus qu’ils discernaient maintenant. Aucun des deux ne semblait particulièrement motivé pour rencontrer les êtres qui les poussaient, cela dit.

Rejetant ses dernières bouffées d’hésitation, Soraya agrippa rapidement le boitier…

… et hurla aussitôt de douleur, transpercée par le flot d’énergie qui la terrassa l’espace d’un instant.

-Bordel?

Les deux hommes s’avancèrent aussitôt pour la récupérer, tandis qu’elle s’affaissait lourdement au sol. A eux deux, ils parvinrent à la soutenir, vacillant tout de même du fait de son agitation frénétique. Parcourue de spasmes, tremblante comme une feuille, leur ainée en était devenue véritablement hystérique. Toutefois, elle était affaiblie par le choc au point de ne pouvoir faire guère plus que murmurer.

-Calme calme on est là, intervint Dogaku.
-Madame…?
-Me tuer… cette endroit est une… on va tous… nonononononon…
-Eh, du nerf…

Sa voix était incontrôlée, tantôt sourde, tantôt lancinante de douleur. Ses deux coéquipiers s’inquiétèrent longtemps de son état, mais ils devinèrent que la panique était le principal mal dont elle souffrait jusque là. Ils tentèrent de la calmer, tout en jetant des regards inconfortables à leurs alentours: si les bruits qui émanaient de l’autre coté de la porte n’avaient pas changé, il était tout à fait probable qu’on les ait entendu de bien plus loin que ce qu’ils ne souhaitaient.

Finalement, elle s’abandonna au sol, entre les bras du suédois qui la tapotait timidement sur l’épaule, ne sachant trop que faire pour le moment. Il échangea un regard avec l’agent japonais, lui aussi impressionné par l’incident. L’appareil dans lequel ils évoluaient était en bien mauvais état. Ce qui était particulièrement dangereux pour eux, comme ils venaient de le constater.

Circonspect, Sekihara s’approcha du boitier d’apparence inoffensive. Usant de sa psychométrie, tout en prenant soin de garder sa main à distance respectable de l’appareil, il entreprit de comprendre ce qu’il en était.

Ca n’était rien de plus qu’un disfonctionnement dans la mécanique de l’appareil, en effet. Quelle que soit la source d’énergie de la structure, celle-ci était totalement détraquée en ce qui concernait cette porte. Il semblait en être de même pour une vaste part des mécanismes du labyrinthe.

-Je crois que… il va nous falloir trouver un autre passage. Celui-ci est impraticable.
-Donc on ne peut rien faire?
-On ne parviendra jamais à l’ouvrir par la force, et le système est mort. On peut l’ouvrir, mais les décharges… eh bien…
-Hoych. Eh bin tu parles d’un bon plan…
-Du coup, je me demande comment il peut y avoir de l’activité à l’intérieur.
-Ils sont peut être restés coincés?

La réponse ne se fit pas attendre.

Au même instant, l’alcôve mécanisée se releva, laissant la place à non pas un mais deux poulpes qui firent marche vers eux.

*
* *

-Et vous êtes toujours là?

Le groupe d’agents avait reprit sa marche. Maintenant hors de l’incubateur des poulpes, ils allaient à vive allure en direction de l’atrium principal. Les aliens, sauvages ou autochtones qu’ils avaient affrontés plus tôt, n’avaient visiblement pas encore réussi à les rattraper. A moins qu’une embuscade ne leur soit préparée un peu plus loin.

-Ils n’ont absolument rien fait, indiqua Sekihara. Rien de rien. Ils se sont dirigés vers nous, sont passés à ça, et puis… rien.
-Rien quoi?
-Rien rien. Ils nous ont vu, mais ils n’ont pas réagi. Ils ont poursuivi leur chemin comme si de rien n’était.
-Et on a eu la même chose, continua Rayaster. Trois de ces trucs sont passés sans nous calculer. On les a suivis, nous, vous soyez ? Ils sont gentiment allés se caser dans la salle aux caissons et sont allés se pieuter tout gentiment.
-C’est bizarre, ça…
-Bin ils sont très cons, nan?, suggéra Moros. C’est des poulpes.
-Celui qui est venu nous chercher quand on s’est réveillé, il était tout sauf… idiot, rectifia Sekihara.
-Alors quoi?
-J’aimerais plutôt savoir comment le chaman est mort, coupa Antarès. Et la chinoise. Qui a fait ça?
-…

Les membres du « groupe Antarès » furent surpris de la mine contrite de leurs coéquipiers. Personne ne daigna apporter la moindre réponse. Dogaku, en particulier, s’assombrit jusqu’à en devenir méconnaissable. Rayaster, lui, se fit particulièrement hésitant.

-Eh bien?
-On n’en sait rien…
-Comment ça? Vous n’étiez pas avec eux?
-Eh bien oui, mais… euh… plus vraiment?
-Ce qui veut dire?
-J’étais avec la petite. On était dans la salle aux cellules… les cryos. J’ai du m’absenter un moment, et quand je suis revenu…
-Vous absenter?
-Une… urgence, hésita-t-il. Dans le genre… toilettes. Vous voyez?
-Wa. Bravo, ça c’est du sergent.
-J’ai entendu la petite crier, alors j’ai fais aussi vite que possible, et quand je suis revenu… il y avait juste les corps. Rien d’autre.

Le sergent semblait rétrécir à vue d’œil face au regard des autres. Le pire pour lui étant que c’était bien la troisième fois qu’il commettait une terrible erreur depuis leur réveil. Il s’emmura dans un silence de mort, dépité et honteux.

-Et?
-Et quoi?
-Il s’est passé quoi, ensuite? Vous êtes toujours vivant?
-Ensuite, on est arrivés, compléta la maghrébine. Les lumières s’étaient allumées cinq minutes plus tôt, on a voulu savoir si les autres avaient trouvé quelque chose, et on a entendu la petite, nous aussi.

*
* *

Un cri.

Des pleurs.

Rayaster, accroupi non loin de l’alcôve métallique, faisant de son mieux pour réconforter l’adolescente apeurée entre ses bras.

Dogaku l'entendit prononcer quelques paroles, probablement de réconfort, qu'il était trop distrait pour pouvoir déchiffrer. Mais la traîneur de son ton, et l'expression fermée de son visage, trahissaient l'absence totale de conviction dans ses propos.

La plus lugubre de ses pensées revenait sans cesse, à chaque fois qu'il repensait à la créature qu'ils avaient rencontrée. Leur situation pouvait très facilement empirer. Perdu en conjectures, il s'imagina à nouveau le pire.

Il était fort possible qu’ils finissent ici, que ce soit faute de trouver une issue à temps, ou pour une raison autrement plus violente.

Avec horreur, il aperçu les restes réduits en charpie du chaman, gisant pitoyablement sur plusieurs mètres de magma organique. Ses os, son sang et sa graisse se mélangeait en une macabre mixture à l’odeur insoutenable.

Et un peu plus loin…

Non. Nononononon... ça n'était pas vrai. Ca ne pouvait pas être réel. C'était impossible. C'était un rêve.

Ca devait être un rêve ; un cauchemar. C'était un cauchemar, et s'il pouvait seulement se réveiller...
Il voyait des choses. C'était une hallucination, répétait-il.

Un mensonge. Ca n'était pas vrai. Ca n'était pas vrai...

Il aurait tout fait pour que ça n’arrive pas.

-Soon!

Dogaku cria son nom tout en s'élançant à travers la salle. Il vola à ses cotés, le coeur lourd comme une pierre, et la redressa de son mieux, la secouant fermement par les épaules pour obtenir une réaction.
La coréenne était étalée à même le sol, recroquevillée grotesquement auprès d’un mur.

-Hey, hey! Tiens le coup!

Elle grogna, et ses yeux s'ouvrirent. A peine. Son visage était pale, et ses lèvres sèches et craquelées. Ses yeux étaient vides de leur lueur habituelle, à la manière de nuages que rien ne retenait. Ils pointaient droit vers Dogaku, mais ne discernaient rien. Ce dernier posa sa main dans le creux de son dos pour pouvoir la relever.

Ce qu'il sentit était chaud et... humide.
Il souleva alors la main de son amie, glacée par le contact du plancher métallique... et peut être bien pour une autre raison. Elle était couverte de sang.

-Nan, 'tain... Soon... qu'est-ce qu'il t'est arrivé? Comment est-ce que ça s'est...

Faisant preuve d’un peu plus de brusquerie que ce qu’il aurait voulu, il continua à la relever, utilisant le mur adjacent pour la soutenir tout en passant frénétiquement ses doigts sur le visage de la coréenne.
Dogaku paniquait déjà ; s’agiter ainsi était tout ce qu'il pouvait faire pour ne pas être brisé.

Et finalement, elle bougea faiblement des lèvres.

-Sigurd?

Sa voix était faible, un minuscule flot de paroles. Elle parvint à peine à murmurer son prénom, deux trois fois. Tout le reste n’était que soupirs incompréhensibles.

-Qu’est ce qu’il t’est arrivé?
-M… mauv...
-Eh?
-Ha...huk... m…
-Trop…
-Hey, du nerf, ça va aller... ça va aller, je suis là. Attends, attends, je vais…
-Tu vas?
-Euh… je… je vais trouver…

Que pouvait-il bien faire? Il regarda les alentours, levant son regard de sa comparse à la recherche de quelque chose. N'importe quoi.


Puis il le vit.


La solution le frappa instantanément, avec la violence d’un coup qui lui souleva le cœur.
L’idée était désespérée et normalement impossible, mais il n'avait plus le temps de s’en soucier. Il détourna le regard pour à nouveau regarder son amie.

-Tu tiens le coup, ok? J'ai juste un truc à vérifier, je reviens tout de suite.
-Non, non... ne pars... as. S'il te... este... mmh?
-...
-Je veux...
-Hey, Soon...

Le champ de vision de Dogaku se brouilla subitement. Il lui fallut un moment pour réaliser que ses yeux débordaient. Il sentait une douleur lancinante le prendre au ventre, comme chauffé au vif.

-Arrête ça. Je reviens, j’ai une idée.
-Ca… cher?
-Absolument.
-…ment?
-Je te dis que oui.
-Ha... bon.

Elle se le répéta, encore et encore, un faible sourire éclairant ses traits fatigués. Elle ne se rendit même pas compte de la présence de Sekihara, qui s’était approché à la demande du suédois pour l’aider à la soutenir. Le japonais, particulièrement gêné d’assister à un tel spectacle, assista assez maladroitement son coéquipier en direction de…

Il réalisa rapidement ce que voulait faire Dogaku. Et s’arrêta aussitôt, désemparé. Il ouvrit la bouche, mais se rendit bien vite compte qu’on ne l’écoutait plus. Finalement, le suédois se dégagea de lui.

Silencieusement, gentiment, doucement, il déposa la jeune femme dans le sarcophage de glace encastré dans le mur. Il recula lentement, pour faire face à l’interface du caisson.

Il n’y comprenait rien. Il ne savait pas quoi faire. La solution était là, pourtant. A portée de main.

Elle allait mourir. Et c'était strictement hors de question.

Pad'Bol. Au boulot.

C’est un ordre, maintenant?
C’est un ordre et c’est tout de suite!

Hhhhh… je vois…


Le spectre se matérialisa avec bien plus de consistance qu'à l'accoutumée. Des doigts musculeux se tendirent vers le panneau de contrôle, mimant lentement des gestes que Dogaku s'efforça de répéter parfaitement. Finalement, la machine grinça, et la coréenne disparu sous la glace.

Le temps s'écoula sans qu’il ne fasse le moindre geste. Dogaku n'avait jamais connu ça. Alors que son corps tremblait encore, au point qu'il s'étonnait d'encore tenir debout, il se sentait anormalement calme. Il n'était plus sûr d'être vraiment là.

Tu veux la sauver, n'est ce pas?

Ha. C'est à toi de me dire ça.

Tu peux la sauver. Elle est… équipée pour.

Qui ça, elle?



Maintenant. Tu parles.

Tu vas avoir besoin d’Antarès. Et l’aider à récupérer son arme. Et alors là… peut être que tu verras. Dans son sac. Juste en dessous des brioches à la viande.

Euh?




C’était confus, mais le suédois voyait à peu près ce qu’il avait à faire. Il n’avait plus besoin de comprendre depuis un moment.

Dernier point, quand même. Vous auriez pu tous mourir. Elle a perdu trop de temps à vous chercher.
Elle encore?

Devine qui les a attaqués, petit homme. Ca te sera utile.
avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [Mission?] Statut Inconnu

Message par Kentaro le 24/3/2013, 02:04

« Je sais ce qu'il faut faire ! S'exclama brusquement Wolf.
_ Ah bon ? Quoi donc ? Demanda Sigurd, une lueur d'espoir dans les yeux.
_ Mais c'est évident ! Ce qu'il lui faut c'est... Un chaste baiser de son prince charmant ! » Répliqua Wolf en s’avançant.

Une taloche sur le coin du crâne de la part de Rayaster coupa court aux aspirations romantiques du Transporteur.

« Aïïïeuh ! Mais quoi ?
_ C'est pas la belle au bois dormant, elle s'est faite éventrer, triple buse ! Grogna Moros.
_ Pas éventrer. Inutile d'en rajouter, non plus...
_ Mais elle dort !
_ Elle est en cryostase pour ne pas se vider de son sang, rectifia la xénobiologiste.
_ Mais Blanche-Neige aussi était prisonnière dans un trucostase et...
_ Arrêtons de perdre du temps et remettons-nous en route, tonna Antares.
_ Hein ? Alors l'autre blondinet active des technologies à l'arrache sans la moindre précaution et ça ne vous fait rien ? S'exclama Rayaster.
_ C'est la vie de son amie, qu'il fasse ce qui lui chante.
_ Mais ça pourrait être dangereux, y compris pour le groupe ! Imaginez que...
_ Non.
_ "Non" ? Mais...
_ Laisse tomber, Ray'. Les Paladins et l'imagination, ça fait deux.
_ Et heu... Hasarda Hyûma. On se remettrait en route vers... où ?
_ Notre sous-marin, répondit Rayaster. On est en sous-nombre, blessé, sous-équipé, en territoire ennemi, entouré de forces hostiles... La logique et la prudence voudrait qu'on batte en retraite. Du coup, je suppose que ça veut dire qu'on ne va pas le faire, conclut le lieutenant en jetant un regard torve au Paladin.
_ Non, nous avons une mission a terminée.
_ Voire à commencer, pour ce qu'on en sait.
_ Et qu'est-ce qu'on va faire alors ?
_ Rendre visite au propriétaire des lieux, affirma le Paladin.
_ Mais vous êtes dingue ! Explosa Rayaster. Les lieux doivent être sous bonne garde et...
_ Moi je le suis, assura Sigurd.
_ Ah non ! Si même les types raisonnables commencent à s'y mettre !
_ Raisonnable, raisonnable... Il a quand même fourré son équipière dans un frigo alien sans s'inquiéter des conséquences, hein...
_ Bien, alors allons-y, décida Antares en se mettant en route.
_ Nan mais attendez, tout le monde n’a peut-être pas env... Essaya le Lieutenant.
_ Désolé, mais je pense que si, le coupa Hyûma. Moros suivra Antares jusqu'en Enfer s'il le fallait, Sigurd est bien décidé à aller avec eux, Wolf persiste à tenter de courtiser Moros et le curé suivra ses coreligionnaires par principe. Quant à moi, force m'est d'avoué que je me sens plus en sécurité avec les deux fanatiques allemands : ils doivent faire au moins aussi peur à nos ennemis qu'à moi, je pense. Bref, il n'y a que vous, Soraya et Pyro pour hésiter.
_ Mais vous allez arrêter avec ce sobriquet débile, dites !?
_ Mais on ne sait même pas où on va... soupira le Lieutenant, résigné.
_ On retourne au grand Hall, signala Antares. Hyûma, trouvez un moyen d’ouvrir cette porte, là.
_ Hein ? Pourquoi celle-là ? On ne peut pas tout simplement revenir sur nos pas et…
_ Ça prendra trop de temps de se frayer un chemin à travers toute la masse des parasites.
_ Pis c’est peut-être un peu risqué aussi, hein, soit dit en passant… »

Présenté comme ça, le japonais ne se le fit pas dire deux fois et s’approcha de la cloison avant de commencer à bidouiller le poste de contrôle électronique à l’aide de son pouvoir de psychométrie.
Le rappel de la menace constante que pouvait faire planer l’étrange espèce sous-marine qui avait élu domicile dans les décombres du vaisseau venait de faire grimper la tension du groupe. L’œil aux aguets, tous tressaillaient au moindre bruit suspect – donc au moindre bruit, en fait, dans cette étrange usine de fabrication de poulpes humanoïdes.

« Je crois que c’est bon, signala Hyûma. Et voilà, je… »

Le reste de sa phrase mourût dans sa gorge : dans un chuintement sonore, la porte venait de s’ouvrir sur une fratrie de trois poulpes aux yeux glauques.

Un instant de panique flotta dans le groupe, avant de se tasser à mesure qu’on s’apercevait que les bestiaux se contentaient de rester bras ballants, les fixant de leurs yeux sans paupières. Antares ne daigna même pas dégainer son arme, tandis que Moros pestait, incapable de se décider : à cette distance, son ogive ferait autant dégâts sur l’ennemi que sur les alliés…

Le Paladin se mit en marche, avançant droit sur les imposants humanoïdes, qui s’effacèrent docilement pour lui laisser le passage. Rayaster en resta bouche bée à s’en décrocher la mâchoire.

Tout le monde se précipita à la suite du Paladin, et le lieutenant de la RIP se porta à sa hauteur.

« Je rêve où vous les avez laissé vivants ?
_ Pas assez de munitions, répondit laconiquement Antares. Je préfère les garder pour de plus gros morceaux en attendant de remettre la main sur Irae.
_ Irae ? C’est quoi ça ? Le nom a pas été choisi par hasard, hein ! Et quels gros morceaux ?
_ Silioup, sa bande ainsi que celui ou ceux qui dirigent ce vaisseau.
_ Ah oui, le planning a l’air chargé. Mais dites, vous ne… »

Un juron sonore, venu de l’arrière, interrompît Rayaster. Soraya indiquait les trois Poulpes, à quelques pas derrière eux.

« Merde, ils nous suivent ! Qu'est-ce qu'on fait ?
_ On les bute ! Pas vrai, mon Frère !
_ On les attache ? Proposa Hyûma.
_ Avec quoi ? Tiqua Soraya. Puis t'as vu le gabarit ? Ça les arrêtera pas.
_ Une balle entre les deux yeux, tu vas voir si ça va pas les arrêter.
_ Quelqu'un a une idée pour tenter de communiquer ? Demanda Rayaster.
_ Et ton flingue, il te sert à quoi, chiffe molle !
_ J'ai dit : communiquer.
_ Tant qu'ils se tiennent à carreau, inutile de s'en soucier, décréta Antares.
_ C'est vous qui dites ça ? Vous ne pensez pas que ça pourrait être dangereux !? S'étonna Soraya. Ok, là, ils sont doux comme des agneaux mais s’ils s’aperçoivent qu’on a déjà abattu des leurs – voire se souviennent qu’on est ennemis…
_ Au moindre geste suspect, Moros les abattra.
_ Ouais, au moindre geste, je les abats ! Surenchérit joyeusement la Paladine.
_ On a dit geste « suspect ».
_ Ils sont suspects, donc ils ont plus qu'a faire un geste !
_ Mais pourquoi j'essaye de discuter, moi...
_ Continuons » Décréta le Paladin, visiblement pressé.

Le petit groupe trottina prestement à la suite d’Antares. Perdus comme ils l’étaient, le Paladin d’Acier avait l’air, lui, de savoir ce qu’il faisait, et ça leur suffisait amplement pour suivre sans poser de questions.
Il leur fallut une bonne dizaine de minutes pour arriver enfin en vu du hall, toujours suivi par les trois Poulpes dociles et impavides. C’est alors qu’Antares leva le bras et leur fit signe de ne pas faire de bruit, avant d’indiquer le hall qui s’étendait en contrebas, et l’immense couloir qui en partait pour s’enfoncer dans les entrailles du vaisseau.

Et effectivement, en contrebas, la petite troupe d’extra-terrestres de Silioup progressaient avec prudence et célérité vers le grand couloir.

« Moros, souffla tout bas le Paladin. Abats le leader.
_ Bien reçu, mon Frère ! »

La snipeuse ne se le fit pas dire deux fois et s’approcha de la rambarde, sur laquelle elle appuya son énorme fusil. Quelques réglages de lunettes et lui apparut parfaitement la tête impie du gros balourd extra-terrestre. Un sourire satisfait flotta sur les lèvres de la Paladine, tandis que son doigt effleurait lentement la gâchette.
Lorsqu’un chaos sonore indescriptible lui fit relever la tête.

Surgissant d’une bouche d’aération – envoyée valdinguer pour l’occasion, dans un grand fracas métallique – une nuée d’autochtones primitifs venaient de faire irruption, se répandant dans toutes les directions, sur toutes les surfaces. Les premiers s’étaient jetés derechef sur les agents de la RIP, et avait été dûment cueilli par les armes automatiques de Rayaster, Sigurd et Soraya.

Le tonnerre assourdissant de Sinister retentit, projetant à plusieurs mètres la dépouille d’une créature qui venait de tenter de sauter sur sa Sœur.

« Moros !
_ Compris, mon Frère ! »

Derechef, la Paladine oublia le fracas et le danger et ajusta en un clin d’œil sa visée, avant de faire feu.
Malheureusement, l’un des extra-terrestres de Silioup s’interposa sur la trajectoire de la balle, y restant sur le coup. Son chef réagit néanmoins en un éclair, s’enfonçant plus profondément dans le couloir, hors de vue, tandis que ses hommes répliquaient de leurs armes à plasma en direction des étages.

Moros pesta et voulut recharger son arme, lorsqu’un mouvement à sa gauche retint son attention. Une nouvelle bestiole la chargeait, lame au clair. Incapable de faire feu, la Paladine banda ses muscles et attrapa la lanière de son cercueil avant de l’utiliser comme un fléau. Sous le choc, la bestiole fut projetée sur la rambarde, avant de basculer dans le vide.

D’un rapide coup d’œil, la Paladine comprit que les choses empiraient. Les bestioles se bousculaient à qui mieux-mieux pour s’extirper du réseau de ventilation, débordant complètement les agents de la RIP. Hyûma s’était caché derrière Rayaster et Soraya qui déchargeaient leurs armes sans regarder à la dépense, Wolf était au cœur d’un nœud d’assaillants, savatant et molestant tout ce qui lui tombait sous la main, le prêtre priait en avalant la moitié de ses mots et… Moros termina de recharger, dirigea le canon de son arme sur la trappe de la ventilation et fit feu.

A cette distance, le réservoir de la munition fulgere était pour ainsi dire plein une fois sa destination atteinte, et une brutale déflagration salua l’impact, projetant des shrapnels de morceaux de métaux et de magma sanglant dans toutes les directions, défonçant le puits d’aération et l’engloutissant sous les débris.
La plate-forme trembla sous l’onde de choc, renversant tous ceux qui s’y trouvait. Deux attaches trop vétustes se disloquèrent sous les tremblements, et un pan complet de la mezzanine s’affaissa dans le vide.

Sigurd glissa irrémédiablement mais Moros réagit vivement, rattrapant le malheureux suédois d’une main tout en s’accrochant à l’un des piliers de la partie stable de la balustrade.
Mais le répit ne fut que de courte durée : lorsque la Paladine s’aperçut que sa relique chérie glissait elle aussi irrémédiablement vers le vide, il lui fallut faire un choix. Ou plutôt, lâcher l’encombrant suédois.
Il y a des priorités dans la vie.

Sigurd dégringola sur toute la surface mais parvint à s’accrocher au bord avant de tomber dans le vide. Le prêtre et Hyûma s’aperçurent du danger et improvisèrent une chaîne humaine pour aller récupérer le malheureux, malgré les grincements de mauvaises augures de la plate-forme branlante et les tirs de plasma des Aliens de Silioup.

Si le Suédois craignit un instant d’avoir touché le fond, Pas d’Bol se fit un plaisir de lui rappeler que l’une des grandes constantes dans la vie était que toute situation pouvait toujours empirer : de fait, l’un des autochtones primitifs survivants se jeta lance au poing, avec la ferme intention d’embrocher l’homme d’église.

Pour Hyûma, la situation paraissait sans espoir : Moros se battait à la dague contre un adversaire, Rayaster couvrait tant bien que mal Soraya pendant que celle-ci entreprenait de recharger son arme, Wolf était trop loin…
Mais c’était sans compter Pyro ! Ce dernier termina une nouvelle incantation et tendit les bras en hurlant un mot de pouvoir.

Et dans un pschht ridicule, une pauvre étincelle bleutée voleta sur une dizaine de centimètres avant de s’évaporer. Le pauvre était à court de mana.

Sigurd foudroya du regard un Pas d’Bol littéralement hilare.

Et l’autochtone au rêve de brochettes se retrouve projeté dans le vide d’une violente bourrade, trois dards aussi long que le bras le traversant de part en part.
Dans un hurlement strident à peine supportable, les trois poulpes venaient d’entrer dans la bataille. Les tentacules de leur membre supérieur gauche s’étaient rétractés, révélant une garniture de dards effilés, qu’ils ne se privaient pas de tirer sur les primitives bestioles.

S’en fut trop pour les dernières survivantes, qui s’égaillèrent bien vite hors de cet enfer.

« J’le crois pas, murmura Rayaster, abasourdi. Ces trucs nous ont aidés !
_ Ouais ben trop tard, cracha Moros, nos amis aliens ont filé, annonça-t-elle en s’éloignant de la rambarde. ’fin, y en a un qu’ira plus nulle part, maintenant…
_ Mais pourquoi sont-ils intervenus ? Demanda Hyûma en récupérant son chapeau et l’époussetant.
_ Et pourquoi ils ont attendus avant d’intervenir, surtout, maugréa Wolf, se massant une bosse comme un œuf sur le front, là une hampe de lance ne l’avait pas raté.
_ Parce que si la situation n’avait pas été désespérée, frère Exterminatus les aurait abattus dès qu’ils auraient dégainés.
_ D’ailleurs, ça m’étonne que… Hé ! Mais où est passé Antares !? S’aperçut brusquement Soraya.
_ M’enfin, y’a pas cinq minutes, il était là…
_ Il a pas l’air d’être tombé, signala Pyro en jetant un coup d’œil dans le vide, en contrebas.
_ Il aurait quand même pas profité de l’algarade pour nous fausser compagnie et filer dans son coin ? » S’insurgea Rayaster.

Tout le monde se tourna d’un bloc vers Sœur Moros, en quête d’une explication.
Qui se contenta d’hausser les épaules.

« Ben en même temps, on le ralentit tellement que ça ne m’étonnerait pas, hein… fit la Paladine. Tsss, j’aurai mieux fait de faire pareil, tiens…
_ Mais qu’est-ce qu’un type comme lui fait à la RIP, quoi… Bonjour l’esprit d’équipe !
_ Peuh ! T’es jaloux parce que c’est pas toi qui commande quand il est là !
_ Si on veut le rejoindre, on ferait mieux de se dépêcher de se mettre en route, intervint le Suédois.
_ Parce qu’en plus tu veux qu’on parte à sa recherche ? Tu crois qu’il ferait quoi, lui, à notre place ?
_ Pac’que mon Frère, il est indispensable, lui, contrairement à toi !
_ Et qu’est-ce qu’on fait des poulpes, demanda le curé, les observant toujours d’un œil circonspect.
_ Ben, ils nous ont aidé, alors on va pas les chasser, hein, proposa Wolf.
_ Pis c’est vrai que sans notre Panzer, on est devenu un peu juste niveau sécurité » Avoua Hyûma en remettant son chapeau en place.

Aussitôt imités par les trois poulpes – si on pouvait appeler « chapeau » les plaques de métal distordues dont ils venaient de s’affubler.

« Heu…
_ Je rêve ou ils imitent Hyûma ?
_ Mais pourquoi ils m’imiteraient ?
_ Peut-être parce que t’es le premier qu’ils ont vu : c’est toi qui a ouvert la porte, rappela Sigurd.
_ Bwahahaha ! Ils te prennent pour maman-poulpe, s’esclaffa Moros.
_ Je ne vois pas du tout ce que ç’a de drôle, moi !
_ Alors qu’est-ce qu’on fait d’eux ? Demanda Rayaster.
_ Tant qu’ils protègent maman-poulpe, ça craint rien, assura la Paladine. Dépêchons-nous de retrouver mon Frère.
_ Vous n’êtes absolument pas obligé de m’appeler comme ça, hein…
_ Parce que tu crois qu’elle est obligé de m’appeler Pyro ?
avatar
Kentaro
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 2047
Date d'inscription : 14/03/2008
Localisation : Muahaha !

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [Mission?] Statut Inconnu

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum