Narasu

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Re: Narasu

Message par Taïga le 5/5/2011, 21:01

Récapitulons un peu. Une mission, un chuunin depuis peu pour superviser et quelques genins peu enclins à...peu enclins quoi. Évidemment, je faisais parti de ces genins, c'est pas comme si j'allais me mettre à faire tout ce qu'on me demande même si, pour une fois, l'intitulé de la mission était sympa. En tout cas, Shié m'avait dit que je devrais juste faire sauter deux, trois trucs et un gros bâtiment. Elle m'avait bien eu...même si taper sur les gosses de riches au sous-sol avait été sympa.

Le fait est que tout ça était fini, même si j'avais un gros doute. Faut dire qu'on était censé faire sauter un bâtiment et qu'il était toujours debout le con, maiiiiiiiis on s'en fout. On s'en fout parce qu'aujourd'hui je suis une star.

HELL YEAH!!!

Ça va claquer du castor albinos! Même si c'est un peu fait à l'arrache. Heureusement, mon IMMENSE talent est là pour sauver la face. Comment ça? Je ne vous ai jamais parlé de mes talents d'arrangeur musical et d'esthète de la fête? Et bien asseyez-vous et laissez donc tonton Taïga vous conter une petite histoire:

« Dans une petite cahute faite de pierre, de bois, de feuilles et d'excréments, naquit un enfant. Cet enfant avait été béni par les esprits. Même le Grand Esprit s'était penché sur son berceau...mais peu importe étant donné que c'est pas de cet immonde morveux que l'on va parlé mais bien évidemment de moi et uniquement moi. Après tout, rien d'autre ne nous intéresse ici. A vrai dire, rien ne nous intéresse ici, j'ai pas d'idées d'histoires à vous raconter. »

Pour être tout à fait honnête, l'idée d'une fiesta pour fêter ça était une décision de groupe. Après tout on avait une victoire et un record de lancer de matelas à fêter, à contre-cœur pour la dernière mais Kentaro est un grand malade et ni moi ni Keji(oui, je déteste cette cette convention littéraire disant que les autres passent avant moi) ne comptions aller à son encontre. De plus, chacun d'entre nous avait une bonne raison pour faire la fête: Kentaro pourrait tester toute sorte de technique médicales sur ceux qui allaient trop boire, Keji aurait moins de chance de se retrouver dans un espace exigüe et moi je...ben j'aurais pas à bosser, tout simplement. J'avais ensuite réussi à convaincre mes deux compagnons de me laisser gérer la musique.

Quelques heures plus tard, alors qu'une musique horrible se faisaient entendre tout autour du bâtiment désaffecté.

_Mais c'est quoi cette musique de merde? s'écria Kentaro à mon intention.
_Attends deux secondes, t'as déjà essayé de gérer deux platines en même temps avec des marionnettes!
_Non, mais comme je sais pas manier une marionnette, faudrait que je sois sacrément con pour essayer...
_C'est pas une question de maîtrise. C'est du matériel de merde.
_Oh la mauvaise foi.
_J'y crois pas. Tu oses me parler de mauvaise foi, toi l'incarnation même de la mauvaise foi.
_Pff...même pas vrai.
_TU VOIS!
_Euh, je crois que y a eu une note correcte là
, m'annonça posément Keji.

Et c'était vrai. Un son mélodieux commençait à résonnait à nos oreilles. Il s'arrêta lorsque j'envoyais une pierre dans la face du beatnik assis non loin de là. Cet enfoiré allait pourrir mon moment de gloire avec sa guitare de merde. Nan mais ho, y a des trucs qui se font pas, c'est tout.

Après ces petites difficultés et quelques réglages, la fête battait son plein et j'étais réassigné à la sécurité. J'aurais pu être déçu mais je suis plus mature que ça...et puis vous saviez que certaines personnes sont prêt à donner de l'argent pour rentrer dans des soirée dites « hypes »? Moi non plus mais mon porte monnaie s'en souviendra à coup sûr.

En bref, notre petite fiesta improvisée se passait plutôt bien lorsque quelques cris apeurés parvinrent à mes oreilles. Ni une, ni deux, tel un héros je fonçais chercher Kentaro et ses muscles.

_Kentaro, y a un problème à l'entrée.
_T'as lu ce qui était marqué au-dessus de la porte?
_Qui lit ce qui est marqué au dessus des portes?
_A peu près tout le monde...en tout cas, ici, c'est l'infirmerie et là j'ai des patients.
_Tu parles des mecs avec des aiguilles partout et qui crient pour qu'on les laissent partir?
_Ils sont malades. Ils le savent pas c'est tout...puis j'avais pas assez d'aiguilles pour les empêcher de parler.


Alors que je m'apprêtais à le soumettre à ma volonté par quelques manœuvres hautement spirituelles, aussi nommées « pots de vins », les cris apeurés que j'avais entendu à l'entrée commençaient à résonner ici aussi.

_C'est de ta faute!
_C'est toi qu'est à la sécurité...foutus incapables, moi je fais mon boulot, je demande juste qu'on m'emmerde pas et qu'on me laisse trifouiller tranquillement.
_C'est peut-être Sheinji...
_Rien à foutre.


Ce pauvre Kentaro ne se rendant pas compte du danger, je m'attelais à reprendre mon rôle de sauveur et me sauver en courant. Peut-être que Keji serait d'une plus grande utilité...Le fait est que le dernier de nous trois était trop occupé à danser sur une scène improvisé, le corps recouvert d'huile devant une foule en délire. J'allais être obligé de me passer de son aide, de toute façon, alors que je m'éloignais, j'aperçus du coin de l'oeil Kentaro embarquer Keji après lui avoir planté un aiguille dans le cou.

Le fait est que, si je n'entendais plus aucun cri, je sentais que l'on m'observait. Ca ne pouvait être Sheinji, pourquoi s'occuperait-il de moi avant les autres...aurais-je un ennemi mortel comme dans les grandes histoires de ninjas? A moins que ce soit le Grand Esprit qui vienne me punir de ma vie de pêché du à ma condition de ninja? Dans les deux cas, j'aimais pas du tout. Quelques instants plus tard, je me rendrais compte que c'était bien pire mais ne brûlons pas les étapes.

Alors que je me réfugiais à l'intérieur du bâtiment, un silhouette apparut dans la pénombre et, malgré sa petite taille, on sentait venir d'elle un aura meurtrière effrayante, pléonasme! Une fois qu'un peu plus de lumière l'éclaira je pus enfin la reconnaître. Ces cheveux noirs comme le jais, ce corps aux courbes graciles et ce regarde qui vous fout les jetons. Et ce sourire carnassier, aussi terrorisant qu'inévitablement attirant...



Qu'est-ce qui m'a pris de l'épouser? Shié reste jolie, ça fait pas de doutes mais à chaque fois qu'elle est en colère, j'me chie dessus. Et là, j'avais perdu mon caleçon...

_Alors comme ça, tu es devenu DJ mon coeur? Me demanda, sournoise, ma femme(je m'y ferait jamais...)
_Attends, je vais t'expliquais...répondis-je, effrayé(j'ai précisé qu'elle m'était supérieure en grade et en talent?)
_T'AS PAS BIENTOT FINIS DE JOUER AU CON?
_...
_Ça fait quoi? 10 jours qu'on est là. Tu t'es arrangé pour pas à avoir trop à te bouger le cul. Ca me dérange pas, je savais déjà que t'étais un tire-au-flan. Mais que tu t'arranges pour foutre le bordel dans un mission ça, ça m'les brise.
_J'espère pas, le mariage gay a pas encore été voté par le conseil de Chikara. La réunion là-dessus est prévue la semaine prochaine...
_...
_Désolé, je peux pas m'en empêcher.


Une claque dans la gueule plus tard. Ma douce Shié me transportait sur son dos tel un sac de patates. Je vous avais dit que son truc à elle c'est le taïjutsu à la bourrine, tradition chikarate. Un conseil au passage, arrangez-vous pour être plus fort que votre femme, ça peut être vachement utile en cas de conflits.
Lorsque, à la sortie de la fête elle croisa ce cher Sheinji celui-ci voulut protester contre ma capture. Prétextant que c'était son plaisir à lui. Cependant, en voyant le regard meurtrier de ma future meurtrière et son bandeau chikaratte, le tout couplé à mon regard suppliant, le chuunin pensa que jeune femme ferait un bon bourreau et la pria de passer en lui souhaitant la bonne soirée. Puis il reprit son chemin vers la vengeance.



Y a pas à dire, les chikarattes c'est tous des malades mentaux...
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Re: Narasu

Message par Oboro le 14/5/2011, 20:30

J’en avais juste marre. Je rêvais de me défouler à l’entrainement, de cogner du pantin, de farcir mes muscles de fatigue jusqu’à être truffée de sommeil. Manque de chance, les salles étaient toutes fermées, et je me voyais mal en jogging dans Narasu, tout particulièrement en fin d’après midi. Encore qu’ici, tous les ninjas de Kiritsu (et même tout le monde tout court) avaient tendance à être paranos quelque soit l’heure de la journée. Il n’y a peut être que dans les premières heures de la matinée qu’on trouve la zone à l’aise.
Alors, j’en étais réduite à me réfugier aux bains, à ruminer ma grogne jusqu’à en tirer suffisamment de dard pour me réactiver. Classique. Sauf qu’à peine arrivée, je tombais sur Evaline qui semblait avoir quelque chose de bien planqué sous son sourire accueillant. Certaines personnes sentent la magouille à plein nez, et y’avait écrit charme sur son front. Mais en l’occurrence, sa proposition me convenait très bien.
Ou alors j’ai juste été très contente qu’elle me tende une embuscade pour me recruter dans une mission.

Le sourire de gratitude et le changement soudain de mon humeur durent se voir, parce qu’Evaline ne mis pas longtemps à me faire lâcher le morceau. Sorties des bains et en route vers le lieu de rendez vous de la mission, elle me mit rapidement au courant de ce qu’elle avait à me dire, et installa suffisamment de sympathie pour me faire dire que j’étais juste totalement dégoutée d’avoir été recalée au poste sur lequel je planchais au service du QG.

Parce qu’on avait beaucoup de temps avant que le troisième larron n’arrive, Eva préféra nous installer à la terrasse d’un café pas trop éloigné de Goudatsu, l’enseigne où nous allions mener une petite perquisition discrète. Bien que déçue de ne pas pouvoir se la jouer commère en mode réconfort de copine ayant des déboires sentimentaux (ce sur quoi elle avait d’abord planché), Evaline fit de son mieux pour me remettre d’aplomb. Juste parce que, mais aussi parce qu’elle me voulait de bonne humeur en pleine mission.

Et ça tombait bien, parce que quand ce genre de déceptions inattendues pointait le bout de son nez, ça déclenchait ce que ma mère appelait des « Oboronchonneries ». Ce qui avait juste le don de prolonger ma rogne de quelques heures, si c’était pas plus. Au contraire, Eva s’amusa bien en entendant le calembour.

-Et en plus, j’ai grillé Satokira pour rien! Dans le vent, quoi. Pour même pas grand-chose. Je lui demande la reco et ça marche pas ? Ab-so-lu-ment pas cré-di-ble, je ne pourrais jamais me représenter devant lui. Du moins, pas s’il y a un risque qu’il me demande ce que ça a donné. Si encore ça avait marché, j’aurais pu cogner dedans deux fois. Là, c’est juste rambouillé, comme plan.
-Rambouquoi?
-Des cahuètes. C’est nul.

Bien qu’elle sirotait tranquillement sa limonade (avec une lenteur langoureuse qui suscitait un intérêt mal placé chez pas mal de nos voisins de table) et ne songeait plus du tout à la mission qu’elle devait effectuer, Evaline avait tenu à garder ses gants de combat à portée de main, en l’occurrence juste à coté d’elle sur la table. Même si on ne craignait pas grand-chose, assises ici. Ayant maintenant fini ma longue plainte, et aussi silencieuse qu’elle pour le moment, je me contentais de les regarder, moitié intriguée, moitié morte d’ennui.

-Dis, ça marche, ces trucs ?
-Quels trucs ?
-Les gants en métal.
-Bien sûr, que ça marche.
-Genre tu parviens à bloquer des projectiles, avec ça ?
-La partie supérieure est en métal... tu vois donc que oui. C'est moins facile à parer que des armes blanches, mais ça marche.
-Hum...
-Mais le plus sympa, c'est de les entrechoquer avant d'aller leur coller une raclée. Rien de plus satisfaisant que le plus magnifique des sons.
-J’imagine bien... euh... et tu les as trouvés où? Là comme ça, j’aurais bien envie de m'en offrir une paire.
-On me les a offertes... mais j'imagine que tu n'auras pas trop de mal à en trouver, des comme ça.
-Des comme ça ou des autrement, ça m'ira très bien.
-Déjà une idée en tête?
-Possible, ouais. C'est juste dommage que je sois déjà passée voir les magasiniers avant hier, fis-je en frappant du pied ma sacoche contenant les parchemins récupérés. Bah, j'y retournerais dans une semaine.

La discussion reprit joyeusement par alternance, jusqu’à ce que l’après midi touche à sa fin… et que le troisième ninja censé participer à la mission soit considérable comme étant vraiment à la masse.

-Ca commence à faire long. Tu m’as pas dis de quel village est le troisième, au fait. Si c’est un chikaro, je crois qu’on peut tout aussi bien arrêter, parait qu’ils ont de beaux spécimens d’outres à bibine, eux.
-Mahousard.
-Oh… ouais, bon. On va lui accorder dix minutes de plus, tant qu’à faire. On est plus à ça près, j’imagine.
-Tiens tiens, ben voyons.
-……
-Oui ?
-Les ninjas de mahou ne sont pas irresponsables, hein. Nous sommes très bons. Je suis sûre qu’il a eu un empêchement, ou quelque chose d’important.
-Je n’ai jamais pensé le contraire, s’amusa Eva.
-Nan, vraiment.
-Bien sûr, bien sûr.

Evaline s’amusa encore un peu à mes dépends (je jure avoir vu ses lèvres former silencieusement « outre à bibine » derrière son verre), avant d’orienter la discussion sur des eaux moins houleuses. Le lascar n’arrivant finalement pas, nous nous décidâmes à y aller sans lui.

-Je suis sûre qu’il lui est arrivé un truc, me défendis-je.
-Bien sûr.
-Tu lui as donné les bonnes instructions ?
-Laisse tomber, Obo’. On va continuer à deux, c’est tout.
-Bon, bon, me calmai-je un instant, avant de demander à l’approche du bâtiment que nous voulions. Donc c’est une société d’assurance. Okay, et on fait quoi ? On débarque en mode clientes ?
-Il fait un peu tard pour ça.
-Ils n’ont pas encore fermé.
-Quelque chose me dit qu’ils ne ferment jamais, vu leur activité.
-C’est une banque, on est dans la ville du marché noir, objectai-je avec un ton toujours aussi bougon. Les transactions nocturnes, c’est habituel ici, non ? Déjà qu’on arrive à avoir des marchands réguliers qui arrivent à taper dans leurs coffres forts à deux heures du matin…
-On va aller taper dans les bureaux, plutôt. Ils ont toujours quelques commerciaux de dispos, on devrait pouvoir les éviter sans problème. Sûrement quelques vigiles qui font leurs rondes, aussi, mais ça ira. Ca te va comme plan, tu te sens d’attaque ?
-Toi qui décide, chunin. Tout me va, je te suis.

A partir de là, ça ne fut pas bien compliqué. Avant de nous poser, Evaline et moi avions déjà fait quelques fois le tour du bâtiment, juste en repérage entre deux boissons. Pour avoir déjà à peu près deviné où se situaient quelles parties du bâtiment, il ne nous restait maintenant plus qu’à s’introduire comme voulu. La chunin passa devant, et je me contentais de la suivre, étudiant sa façon de faire et prenant quelques notes sur ce qui pourrait me servir. Pas grand-chose que je n’avais déjà pas pu voir ailleurs, même si de là à dire que j’appliquais déjà à merveille, il y avait un gouffre.

Nous faisant passer fenêtres et verrous sans difficulté, Eva n'eut pas trop de mal à nous faire entrer (marcher sur les murs nous a épargné de grosses difficulté, faut l'avouer). Une fois dans la place, nous errâmes rapidement sans croiser personne, ce qui ne nous empêcha pas d'avoir à faire marche arrière deux trois fois pour enfin trouver une salle susceptible d'avoir des infos intéressantes dans ses placards. Après un bref soupir, la chunin se lança dans l'épluchage, essayant de penser aux tours de garde nocturnes que Kezashi avait intérêt à lui retirer s'il tenait à conserver ses tympans en l'état. Tout en fouinant moi aussi, et avec beaucoup moins de réluctance, j'observais ma collègue. Même age, grade différent, et pourtant...

Chunin, Evaline ? Malgré certains trucs, l’avait pas l'air tant meilleure que moi, non plus. Elle me semblait pourtant pas d’être du genre à avoir joué du mamelon pour avoir eu son grade. Même si j’la voyais forcément avoir fait son minimum syndical de charme aux examinateurs. Ptêtre que c’est eux qui ont cédé à la tentation, en fantasmant sur les éventuelles suites qui auraient eu lieu si elle s’était montrée reconnaissante.
Attends, c’est mauvais. Obo’, tu deviens jalouse, là.
M’enfin, vu la sculpture, c’est pas forcément inquiétant de l’être. Psch. Chuis sûre qu’elle a quand même plein de défauts, elle. Sûrement. Et j’arriverai bien à lui en trouver.

Par contre, je n’en aurais pas le temps dans l’immédiat. Deux mecs venaient de débouler dans la salle sans crier gare, visiblement très au courant de notre intrusion puisqu'ils s'étaient approchés.

*
* *

Quelques minutes plus tard, dans le hall où se déroule habituellement le gros de l'activité de Goudatsu...

-Bon, bon... patron?
-Hum?, fit le concerné en détachant ses yeux cernés d'une épaisse pile de dossiers.
-On a des invitées surprises. Deux gonzesses.
-Putain, j’ai pas le temps pour ça. Vérifiez qu’elles n’aient rien piqué, puis foutez-moi tout ça à la porte.
-Elles ne se laissent pas faire, et je crois qu’on va avoir un peu de mal.
- Apprenez-leur les bonnes manières, alors. A cette heure, qu’on nous fasse chier… mmmh… carte blanche pour faire d’elles ce que vous voulez.
-Ce sont des ninjas.

Le type failli s’étrangler d’indignation. Des ninjas, chez lui ? Belle merde. S’il y avait des rapaces de Kiritsu, c’est qu’ils savaient. Mais pourquoi lui, bordel ? Il n’avait rien fait de bruyant, et pouvait citer de tête une centaine de noms beaucoup plus lourds que lui et son patron. Eux, ils avaient juste montré les dents parce que si on ne le faisait pas, on se faisait bouffer.

Attends, non. C’était débile. S’ils n’avaient pas pris l’approche frontale, c’est qu’ils n’étaient sûrs de rien. Tout au plus soupçonnaient-ils. Et pas suffisamment pour se permettre une approche directe. Si on les fouillait, c’était sur la base d’une hypothèse qu’on ne transmettait généralement pas aux supérieurs, de peur d’avoir fait chou blanc et d’ensuite passer pour des cons.

-Bon. Vous allez y retourner en y mettant les moyens, et d’autres font faire le tour pour les empêcher de se tirer à l’improviste. Discrètement, tout ça. Vous en pourrissez une, vous tuez l’autre. Tuez d’abord, et tuez les deux au pire. S’il le faut, on demande aux Tsung Dhao de nous louer un interrogateur. On y mettra le prix qu’il faut, mais on pourra dormir tranquille. Et une fois fait, on les élimine et on se débarrasse des corps.

Voilà. En faisant ça, ça marcherait. Fallait juste pas rater la capture, et le reste suivrait tout seul. Et au pire… il se tirait de là en emportant la cagnotte. Ca serait triste de devoir fermer boutique, mais au moins, il n’aurait pas à rembourser les emprunts et garderait les intérêts pour lui. Quant à ceux assez têtus pour faire l’effort d’envoyer des chasseurs à sa poursuite, il aurait largement de quoi les compenser. Un truc au calme, plus au sud. La frontière était difficile à passer en ce moment, mais il était sûr de connaître quelqu’un qui pourrait contourner ce détail –littéralement et par la mer- s’il le fallait.

Peut être valait-il mieux éliminer de suite les kunoichi, en fait. Avec Kiritsu à Arasu, de toute manière, ça chauffait trop.

Mais il n’eut pas le temps de reconsidérer davantage ses ordres. Avant même que ses employés –dont la moitié pouvait faire office de gorilles de qualité- n’aient le temps de se diriger vers les bureaux, une autre porte vola partiellement en éclats, sans pour autant laisser voir autre chose de l’agresseur qu’un morceau de métal ayant servi à amocher la porte.

-Hey, HEY , HEYHEYHEY PERSONNE NE BOUGE! Ca vous prend souvent, de rentrer dans le lard des gens comme ça sans réfléchir ? Eh bien pour votre gueule, ça va planter sec pour aujourd’hui. Quand ils disent qu’il ne faut pas brusquer une Mahora, ils parlent de moi!

Finissant de faire sauter la porte de ses gonds après en avoir bien dézingué les contours, je la balançais d’un coup de pied généreux et m’avançai dans la salle, pas inquiétée le moins du monde par la dizaine de types ici présents. Ni même par la trentaine de loustics supp' susceptibles de se ramener à tout hasard.

-Okay les blaireaux, maintenant on va remettre les choses en ordre, déclarais-je en dégageant ma hachette d’un geste fluide, arrachant un ultime craquement de la porte éventrée. Vous savez face à quoi vous vous êtes lancés ? Deux kunoichi de la plus belle trempe, mes cocos! Nous vous faisons le plaisir de nous inviter discrètement chez vous pour pas vous laisser un mauvais souvenir, et vous en devenez incapable de vous contrôler. Vous n’apprenez jamais vos leçons ?

Marquant une pause, je dégageai un parchemin de stockage de ma sacoche, puis fis apparaître deux shuriken géants que je plantais dans une table, prêts à l’emploi. Ceci juste avant de me décider à monter moi-même sur la table, pour mieux me mettre à mon avantage.

-Nous ne jouons absolument pas dans la même division, tas de muffins. Des comme vous, ça va faire dix ans que j’en bouffe cinq rien qu’au ptit-dej’, et pas seulement quand j’ai la dalle. Du coup, je vous offre toutes mes félicitations, parce qu’il faut vraiment des tripes pour nous défier comme ça.

Evangeline se tenait en retrait, mais uniquement parce qu’elle me faisait entièrement confiance. Jusque là, le résultat ne la décevait pas : se la jouer intimidation manipulatoire pour faire douter les zozos d’en face, ça pouvait tout aussi bien marcher qu’une fuite en bonne et due forme. On pourrait alors leur faire avouer ce qu’on veut, nous laisser continuer tranquillement s’ils ne savaient rien, ou encore…

- Mais c’est aussi une connerie qui ne pardonne pas, et ça mérite un bottage de cul dans les règles. Si vous avez un chef désigné, mettez-le nous de coté, on le prendra à part. Pour le reste, tous ensemble ou à tour de rôle, faîtes comme ça vous chante, mais vous allez tous y passer!

Et en réalisant que j’étais on ne peut plus sérieuse, la chunin devint tout de suite nettement moins optimiste. Lorsqu’elle me vit attraper une étoile de ma main libre, tout ceci ne lui dit plus rien qui vaille. Elle pressa ses méninges de trouver un truc. Rapidement.

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Re: Narasu

Message par Iarwain le 20/5/2011, 17:20

Nan mais c’était pas possible. C’était un genre de vaste blague destinée à me faire faire une depression nerveuse. Franchement, j’voyais pas d’autre possibilite. J’veux dire, tomber sur un type prêt à executer sommairement –et accessoirement en toute légalité, selon lui, tous les nécromanciens qui passent, c’était pas la guigne ? Bon, pas comme si j’aurais pu m’attendre à autre chose mais bon… De toute facon, j’avais d’autres chats à fouetter –et j’avais bien besoin de me défouler.
« Je peux savoir ce qu’il se passe, les gars ! »
Ca, c’était la deuxième grosse blague du jour. Otarin, le fier et jeune juunin Chikarate, était un alcoolique sanguinaire. Lui raconter les derniers événements allait me soulager. Vraiment.
« Bien dormi, Otarin ? » commençai-je.
« Dites-moi ce qu’il se passe, bordel ! »
« Ah ouais, c’est le soucis avec les trous de mémoire, hein ? »
« Dites, si on se débarrassait d’abord d’eux ? » intervint Hisoka. Rabat-joie.

Evidemment, comme la porte limitait les mouvements, ils ne purent pas venir tous en même temps. Résultat, Otarin les mit tous hors de combat, Hisoka surveillant nos arrières. Moi, je me contentais de lancer quelques kunais histoire de faire comme si j’étais utile.
« Bon, ça, c’est fait. Alors, il s’est passé quoi ? »
« Tout d’un coup, tu as perdu contrôle de toi-même. » dit Hisoka.
« Tu puais la vinasse, c’était gerbant. »
« Tu as commencé à vouloir tuer tout le monde. »
« On t’a mis K.O. »
« Puis le Boss est tombé dans une embuscade. On t’a réveillé à ce moment-là. Et t’as tué tout le monde, comme tu voulais. »
« Le Boss était déjà pas jouasse, il voulait en interroger un. »
« A cet instant, t’as dit que t’allais le buter, lui. Et tu l’as attaqué. »
« Pour maintenir notre couverture, je t’ai bloqué, et nous nous sommes battus. Tu as utilisé une technique suiton pour m’aveugler. »
« Ensuite, tu as frappé droit au cœur pour l’achever. »
« J’ai par reflexe activé mon Kakôgan Gaihi, l’épiderme de granit pour ne pas mourir. Quoique Iarwain aurait peut-être pu faire quelque chose ? »
« C’est ça, et pourquoi pas la paix dans le monde, tant qu’on y est ? »
« J’ai… essayé de te tuer ? » fit Otarin en déglutissant.
« Oh bah pas qu’un peu, tu sais. Ce qui est bien avec toi, c’est que tu fais toujours les choses à fond, pas vrai ? » ironisai-je.
« Du coup, Le Boss a compris qu’on était des ninjas. Il a rappelé quelques gorilles que j’ai fait fuir avec mon Kakôgan Kakera, des éclats de granit, apr_s qu’on t’ait assomé une nouvelle fois. »
« Mais le Boss était parti avec la marchandise à livrer. On l’a suivi jusqu’ici, pour arriver dans cette caserne. On s’est dit que tu ferais le ménage mais t’étais à nouveau comme avant. »
« Donc, en fait, la mission est un échec par ma faute ? » articula le jeune juunin. Mince, tu crois ?
« Tout à fait ! » assenai-je.
« On peut encore la reussir. Pour le moment, on va essayer d’en apprendre plus sur les gens à qui on devait livrer les colis. L’idéal, ça serait de liquider le Boss, évidemment, et les gorilles qui ont fui, puisque ce sont les seuls à savoir que nous sommes des ninjas. » modéra Hisoka.
« Okay, on essaie de s’occuper du Boss pour le moment ! » Le visage d’Otarin affichait une farouche détermination. Haha. Son dossier risquait d’en prendre un coup.

Nous traversâmes la salle pleine de gens plutôt inconscients. Comme nous n’avions pas utilisé de techniques ninjas, ils ne sauraient probablement pas qu’on était de Kiritsu. Le lieu de livraison était dans les égoûts, nous descendîmes par une trappe dans le sol.
Les souterrains étaient précisement comme on pouvait s’y attendre. Puants, mal-eclairés, puants, infestés de rats, puants. Heureusement, quelques lanternes et des allumettes se trouvaient près de l’échelle. Nous allumâmes rapidement deux lanternes puis partîmes à la poursuite du Boss. Il devait avoir une belle avance, maintenant. Soit il s’enfuierait, soit il tenterait de nous tuer, avec plus ou moins d’aide. Hisoka et Otarin menaient un train d’enfer, et, pris entre les deux, j’ahanais pour suivre. Heureusement, le juunin, en tête, semblait connaître le chemin. Il s’arrêta finalement devant un mur.
« Le Boss est juste de l’autre côté de ce mur, c’est l’occasion de réduire l’ecart. » dit-il. Bon bin s’il le savait…
« Hisoka, j’imagine que t’as pas envie d’essayer ? »
« Après le coup de la porte, ça va aller, merci. »
« Bon, j’vais mettre deux parchemins explosifs, alors. »

Suite à l’explosion, le mur était assez abîmé pour que d’un coup de sa massue géante, le chuunin agrandisse l’ouverture. Nous nous précipitâmes à la suite d’Otarin, qui semblait vouloir sauver la mission. Il avait toujours l’air de savoir où il allait, ce qui était tant mieux, étant donné que, personnellement, j’étais totalement perdu. Nous arrivâmes finalement à un tuyau plutôt propre et sans eau.
« Nan, laissez-moi deviner. Faut qu’on descende, c’est ça ? » demandai-je.
« Allez, Iarwain, je laisserai pas cette mission se terminer sur un échec ! » me rabroua Otarin. Comme si c’était pas sa faute.
« J’espère que ce n’est pas trop étroit… » dit Hisoka.
« Le Boss est passé là-dedans, tu auras surement la place, ne t’en fais pas. » Le juunin semblait inarrêtable. Le poids de la culpabilité, sans doute.
Une descente en toboggan plus tard, nous grimpâmes l’échelle se trouvant face a nous, après avoir défoncé les trois sentinelles qui surveillaient le secteur. Nous arrivâmes dans une grande cave bien aérée et au plafond plutôt haut –Hisoka pouvait se tenir totalement debout et avait même un peu de marge, dans laquelle abondaient d’énormes tonneaux contenant à n’en point douter moult grands millésime. Haha.

« Bon, à votre avis, on fait quoi ? » demanda le chef.
« C’est vrai que débouler tout d’un coup n’est probablement pas une bonne idée. D’une parce que le Boss les a surement averti que nous étions sur ses talons, et de deux parce nous perdrions un temps précieux. » répondit le geant
« Est-ce que l’un de vous a les compétences nécessaires en genjutsu pour nous déguiser et nous faire passer pour les trois sentinelles qu’on a croisées ? » reprit Otarin.
« Je sais faire un Henge et lancer un genjutsu basique, mais ça va pas plus loin. » dis-je.
« Je ne maitrise aucune technique de ce domaine de lâche. » assena Hisoka. Le traumatisme dû à Ryo, sans doute.
« Je ne sais pas faire de genjutsu non plus. Donc, Iarwain, aucune chance que tu nous transformes tous les trois en sentinelles ? » Bien sûr que non !
« Dites, le Henge, c’est pas une technique basique de l’académie ? J’veux dire, à Mahou, c’est le cas, mais à Chikara, je sais pas. » fis-je avec un regard en coin vers Hisoka.
« Le genjutsu est un truc de taffiole malhonnête, point. » Oulah, Ryo avait vraiment dû être au top de sa forme pour braquer quelqu’un à ce point…
« Je n’ai pas concentré mes efforts sur le genjutsu. » répondit Otarin avec raideur.
« Alors comment on s’infiltre, bande de ptits malins ? »

Okay, c’était une colle. N’empêche que bourrer paraissait pas une bonne solution.
« Bon, faisons ça plus classiquement, alors. On peut marcher aux murs et au plafond. » suggéra Otarin.
« Pasque tu crois qu’ils ont des plafonds assez solides pour tenir notre colosse ? »
« L’infiltration se situe sur le même plan que le genjutsu, en ce qui me concerne. » rétorqua Hisoka d’un ton glacial.
« Merveilleux… »
« Sinon, on aurait pu tenter les conduits d’aération… » pensa le juunin tout haut.
« Y’en a ? » dis-je, surpris.
« Oui, ils ont l’air de traverser tout le bâtiment. »
« Au fait, je peux me rendre temporairement invisible à la vue, mais pas coupler ça à la marche murale. » ajoutai-je.
« Sinon, on peut se séparer. Otarin passe par les conduits d’aération, puisqu’il peut se repérer partout, et Iarwain passe en éclaireur avec son invisibilité. Eventuellement, Otarin, tu peux même nous guider, ou choisir d’avancer le plus loin possible, en repérage. » dit Hisoka.
Après avoir pesé le pour et le contre, nous acceptâmes cette solution. Otarin sauta dans son conduit, qui était largement suffisamment large pour son petit gabarit. Hisoka ouvrit la trappe avec sa massue, puis me fit la courte échelle. Je passai la tête par l’ouverture, prudemment. La voie étant libre, je me hissai par l’ouverture et fit tomber une échelle pour mon acolyte.

Suite à quoi nous appliquâmes le plan d’Hisoka, à savoir progresser tout doucement, avec moi en éclaireur, invisible avant de tourner chaque coin de couloir. Le bâtiment était en bon état, dans le genre immeuble de bureaux, de ce que nous pouvions voir. Le plancher, recouvert de carrelage, nous permettait de minimiser le bruit que nous faisions, tandis que les murs, peints en blanc, étaient propres. Bref, ça semblait être une boîte qui marchait plutôt bien.
La première fois que nous croisâmes quelqu’un au détour d’un couloir, un type en costard-cravate avec une mallette, je me blotis par réflexe dans l’angle extérieur du coude, invisible. Celui-ci eut la surprise de découvrir un géant armé en tournant, et sa surprise me permit de l’assommer sans la moindre difficulté. Nous l’attachâmes puis le fourrâmes dans une pièce attenante, sous un bureau, histoire de rester discret. Nous reproduisîmes ce schéma les deux autres fois que nous croisâmes des baladeurs. Il était encore tres tot le matin, mais déjà des gens arpentaient le coin.
De plus, nous n’avions aucune nouvelle d’Otarin, qui avait du essayer de récupérer des informations de son côté. En fait, nous nous contentions de monter le plus d’étages possibles, vu qu’il y avait de grandes chances que ce soit en hauteur que se magouillent les choses intéressantes.

Dans l’escalier menant au quatrième etage, nous rencontrâmes cette fois encore quelqu’un, un ptit gars tout fluet tout petit, avec une sale coupe au bol. Seulement, pas moyen de le prendre par surprise. Mais le combat ne fut pas nécessaire, puisqu’il abandonna devant mon couteau et la massue démesurée de mon démesuré compagnon. Avant de le mettre KO, nous nous mîmes d’accord pour lui extorquer quelques informations. Nous nous engouffrâmes dans le bureau le plus proche de la cage d’escalier du troisième étage, étant redescendus pour trouver un endroit tranquille.
« Okay mon ptit pote, on est où, là ? » commençai-je.
« Mais, mais… vous êtes qui ? Que faites-vous là ? Que… »
« Tu vois, mon loulou, c’est moi qui pose les questions. Et si tu veux pas répondre, c’est mon copain qui va se charger de te donner l’inspiration. » fis-je en pointant du doigt Hisoka, qui fixa sombrement la victime. Le coup de l’interrogatoire comme ça était franchement éculé, mais avec un type comme le chuunin de Mahou, c’etait sans doute ce qui marcherait le mieux.
« Bien, nous sommes donc d’accords. Alors, on est où ? » repris-je à l’adresse du petit homme aux yeux exorbités.
« L’entreprise Tokaku Pharmaceutiques. »
« Et à part les médicaments, elle fait quoi ? »
« Je… je ne sais pas vraiment, vous savez, je ne suis qu… »
Une crispation des muscles des bras d’Hisoka le rendit honnête.
« Oui, bon, prostitution, voilà. »
« Ah ? Pas de drogue ? »
« Non, c’est là le coup de génie du patron ! Avec Pharmaceutiques, tout le monde cherche de la drogue alors qu’il n’y en a pas. »
« Le patron ? » La lèvre du bonhomme se mit à trembler. Le bout de la massue lui tapota le front. Il soupira.
« Haiko Tokaku. Une homme d’affaire, tout simplement. »
« Vous attendez une livraison ? »
« Oui… »
« Et c’est ? »
« Les corps de deux prostituées ayant pris la fuite. Pour les montrer aux autres putains et leur faire comprendre ce qui les attend si elles ont brusquement une idee de génie. »
« Où se trouve le patron, là tout de suite ? »
« Au cinquième et dernier étage, sûrement. Ou peut-être sur le toit. Celui-ci est plat. On ne peut aller nul part à partir de là, mais le patron aime bien y prendre l’air. Vous allez me laissez vivre ? » fit-il, plein d’espoir.
« Si tu réponds à cette question : il a des gardes du corps ? »
« Pas pour le moment, il reçoit la livraison de la part du service du courrier. Vous voulez en savoir plus sur eux ? » Il devenait franchement obséquieux.
« Dis toujours… »
« C’est un gang nouvellement formé, mais il se rapproche plus d’une filiale. Personne ne connaît avec certitude le gang principal. Mais eux se bornent à des missions de mercenariat de toutes sortes. »
« Merci. »
« Je peux m’en aller, maintenant ? »
« Oh, oui. »

Hisoka lui mit quelques coups de poings au visage, lui beurrant les deux yeux, brisant quelques dents, le nez, et vraisemblablement la mâchoire, avant de l’assommer d’un coup à l’arrière du crâne. Ca lui ferait du bien. La porte s’ouvrit alors. Mon coéquipier et moi nous figeâmes, la main sur nos armes.
« C’est bon, c’est moi ! » chuchota Otarin.
« On a des infos ! » répondit Hisoka sur le même mode.
« Pas le temps pour ca. Le Boss est au cinquième avec le patron de l’immeuble, faut y aller maintenant si on veut le pincer. J’me suis déjà occupé des quatre qui gardaient la porte ! »
Nous lui emboitâmes pas en courant, le mettant au parfum pendant le trajet.

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Re: Narasu

Message par Otarin le 20/5/2011, 17:55

« Pas le temps pour ça. Le Boss est au cinquième avec le patron de l’immeuble, faut y aller maintenant si on veut le pincer. J’me suis déjà occupe des quatre qui gardaient la porte! »

Je pris le chemin de l’escalier -moyen le plus simple de monter jusqu’au cinquième- avec sur mes talons Hisoka et Iarwain. Il y avait de quelques corps éparpillés un peu partout, et nous marchâmes sur des têtes -sans le faire exprès bien entendu. Je me retournais pour leur signaler encore un oubli de ma part.

« Au fait, j’ai oublié de vous préciser qu’outre le Boss et le directeur ben il y a un mec louche avec un sabre et qui se tient droit comme un i!
-Et t’aurais pas pu dire ça plus tôt, bougre de moule!
-C’est pas non plus un désastre, j’en fais mon affaire, fis je avec un sourire démoniaque/pervers/Mak… euh .
-Bon je m’occupe du Boss, gronda le colosse!
-Et moi… Ben je vous suis!
-Très bien comme ça tout le monde est content. »

On arrivait alors au quatrième, ultime étape avant la sordide épopée qui nous attendait là-haut. Mis à part une vingtaine de cadavres, il n’y avait plus personne dans les divers étages inférieurs. Je sondais un peu les alentours pour trouver une autre entrée et prendre les trois abrutis du haut par surprise.

« Bon, je vous propose un truc, je repasse par les conduits d’aérations, qui mènent juste au dessus d’eux et vous passez par la porte. Où alors vous avez une très grande envie d’y aller vous même?
-Non, c’est bon, je défonce la porte en haut et t’as intérêt à être là!
-Faut il que je neutralise la directeur?
-Ben, ce serait pas mal en effet…
- J’aurais mieux fais de me taire…
-Bon, on y va! »

Bref, je m’engageais dans le tuyau une fois de plus. J’utilisais un peu de Chakra pour m’agripper aux parois montantes et commençais à escalader le conduit. Il y faisait froid, très froid, j’étais collé contre les bords qui me gelaient la peau mais j’avançais régulièrement. J’avais les mains gelées à force de les coller contre l’acier des tuyaux et la gorge douloureuse à chaque inspiration. Le tuyau obliqua ensuite jusqu’à revenir à l’horizontale. L’ouverture se situait un peu plus loin mais j’écoutais d’abord la conversation des trois hommes. Je n’en percevais que des bribes au début mais j’activais mon Gyô ce qui me permis d’accroître mon ouïe.

« Il y a eu du grabuge en bas mais plus rien, les hommes ont dû s’en charger, ce n’était pas une grosse menace, lança le Boss à voix basse.
-Le seul problème avec vous, c’est que vous êtes beaucoup trop confiant… Siffla quelqu’un à l’air apeuré qui semblait bien sur être le directeur de l’immeuble.
-Ne vous inquiétez pas Junsuke-san, même s’ils arrivent jusqu’ici nous les arrêterons ! Lança plus fort le troisième. »

Je vis Hisoka, près de la porte, paré à l’enfoncer et je désactivais mon dojutsu, histoire de ne pas trop user mes réserves. Je rampais dans le conduit jusqu’à la bouche d’aération et observais un instant. La porte explosa littéralement sous le poids de notre colosse. Iarwain, derrière, tout penaud, vit avancer à pas lents les deux combattants, suivis par derrière du chétif propriétaire des lieux. Ils étaient maintenant assez loin pour que je puisse atterrir derrière eux sans leur tomber dessus.

« Alors, vous n’êtes que deux cette fois ci, s’esclaffa le Boss.
-Ils ont dû en perdre un dans la bataille, en bas.
-Mouais, à priori, ça m’étonnerais que ce soit comme ça que ça s’est passé, fis je. »

Ils se retournèrent brusquement pour m’apercevoir, arme au poing, fixant d’un air goguenard leur mine décrépite. Hisoka profita de cet instant de répit pour se masser l’épaule qu’il avait douloureuse. Le Boss fulminait. Ce n’était vraiment pas un tendre celui-là. Heureusement que je n’avais pas à m’en charger, ce ne m’aurait pas plus le moins du monde. Agacé, il attrapa une de ses haches -qu’il avait disposées chacune de part et d’autre de son corps- et frappa le sol avec une force monstrueuse qui ébranla tout l’immeuble. Puis, un sourire sur le visage, il attrapa le directeur et passa par une des fenêtres afin de rejoindre le toit, tentant de s’enfuir. Hisoka jugea qu’il ne fallait pas le laisser partir et le suivit rapidement. Je pris le parti de les suivre et Iarwain, plus méthodique, emprunta l’échelle. On se retrouva tous sur le toit, le Boss lâcha le dirlo pour se tourner vers Hisoka.

« Bien, je pense qu’on peut commencer maintenant que tu as fini ton petit cirque? Lança notre armoire à glace.
-Hmmm… J’espère ne pas te finir trop vite… »

Les deux géants se toisèrent, puis, armes à la main -hache et croc- ils s’affrontèrent du regard avant de se lancer l’un contre l’autre dans un combat tant effréné que brutal. Leurs muscles saillaient tour à tour, et leurs armes rapides et efficaces rencontraient assez rarement leur cible étant donné les capacités de combat et d’esquive de chacun. Hisoka n’avait toujours pas eu besoin d’utiliser son épiderme de granit. Il était trop fier pour en faire usage de toute façon. Je n’eus pas le temps de les regarder plus longtemps car déjà, l’autre avait sorti son sabre.

« Alors, on veut jouer? Fis je, me délectant du combat que j’allais faire.
-Ne parles pas trop vite sale ninja.
-Eh, je te fais peur?
-Un piètre ninja comme toi ne fais pas peur à un Tôshin de mon rang.
-Ah, un samouraï… Mercenaire?
-Qu’est ce que cela te fais? Bas toi et fermes ta gueule! »

Boh, pas très causant le samouraï, vaudrait mieux ne pas trop l’énerver. Fin’ bref, un combat au sabre contre un tôshin ne pouvait qu’être fructifiant. Une petite gorgée d’alcool avant le combat me remit d’aplomb et j’engageais véritablement le combat. Sa lame était magnifique, forgée avec soin et luisant de multiples reflets éclatants. Cependant, quelque chose me fit tiquer dans cette arme à l’apparence si gracieuse. Elle ressemblait, tant dans les motifs que dans le métal à la mienne. Apparemment je n’étais pas le seul à qui cette révélation avait été faite au moment de lever nos armes.

« Où as tu volé cette arme? Me lança mon adversaire, le regard plein de haine.
-Je ne l’ai pas volée, elle m’a été offerte, forgée par les artisans du village de pepitows.
-Et tu crois que je vais te croire, ces instruments sont réservés aux Tôshins!
-À croire qu’il existe des personnes exceptionnelles.
-Tu es le seul à qui une de ces armes a été confiée?
-Non. Mais ça ne changes rien, tu vas perdre ce combat.
-C’est vraiment une attitude de ninja, que d’ouvrir sa grande gueule face à quelqu’un d’hautement supérieur.
-Viens que je t’éclate! »

L’autre me regardait avec dédain, avant de prendre sa décision, il avança, d’un geste rapide lança un coup d’estoc que je parais, non sans mal. Toutes ses attaques fusaient, son corps se déplaçait avec agilité et vitesse, si bien que je ne pouvais plus que parer pour éviter de me faire tailler en pièce. Le suintement des lames était régulier, je ne me débrouillais pas si mal face à un expert en sabre, mais la communion entre lui et son sabre était plus forte. Mon dôjutsu n’y pouvait rien, il n’y avait quasiment pas de failles dans son art du sabre. La seule chose à faire était attendre, sur la durée je gagnais sûrement. À moins que ce mec soit increvable, je l’emporterais.

« Bon, t’as fini de t’agiter comme un blaireau? Fis je.
-Je ne m’agite pas… Je tournoie comme un blaireau.
-Sans blagues… Parce que ce n’est pas que c’est usant ou que mes nerfs en subissent un traumatisme gigantesque, mais c’est surtout que ça ne sert à rien.
-Et alors, ça m’amuse de jouer avec toi, minable ninja.
-Ben voyons, comme si tu pouvais gagner…
-Si j’accélère le rythme… Tu crouleras sous la fatigue.
-Tu crois aux Paires-No-Hell toi?
-Ce n’est pas que tu t’adresses à un membre de l’élite samouraï -l’Akai- mais bon…
-La caille, ce n’est pas la femelle du dindon? Ah, non, c’est la dinde, alors toi tu es…
-Ta gueule!
-C’est juste pour divertir cet échange de pensées…
-Lequel?
-Celui qui intervient entre mon sabre et ta cochonnerie!
-Arrêtes de te foutre de ma gueule. Les genins comme toi je les mate!
-Désolé de te décevoir ma caille, je suis jounin. »

À ces mots, je fis tournoyer mon sabre de telle façon que pour la première fois du combat, il eut un geste de recul. Enervé, il revint à l’assaut.

« Un gamin comme toi a dû en donner des pots de vins, pour atteindre un tel grade.
-Excuse moi, mais, en l’occurrence, au premier comme au second degré, les pots de vins, je les garde pour moi!
-Un génie?
-Non, je dirais plutôt ingénu.
-Mais ta gueule sale morpion! Se fâcha-t-il en tentant vainement une percée dans ma garde.
-Qu’est ce qu’elle a ma gueule?
-Ta gueule, elle jaunit à l’idée que je vais bientôt te battre!
-Il faudrait déjà pouvoir me toucher.
-Sur ce point là, on est ex æquo.
-Je peux te toucher quand je veux.
-C’est faux!
-C’est vrai!
-Prouves le! »

Le défi était sorti tout naturellement de sa bouche pleine d’amertume et de son esprit empli de pensées belliqueuses et machiavéliques. Alors qu’il ne tentait plus aucune attaque, j’eus le temps de le détailler quelque peu. Il me dépassait de taille d’au moins dix bons centimètres ; ses cheveux, coupés aux épaules étaient noirs comme jais et brillaient sous le soleil ; ses yeux étaient d’un brun commun, assez foncé cependant ; son visage, finalement -laissant entrevoir des traits habituellement rieurs- était exceptionnellement fermé. Tout dans sa tenue, dans son langage ou dans ses manières en général dégageait une assurance hors du commun, et, à ce moment là, quelqu’un comme Sheinji y aurait découvert une fausseté bien cachée. Dans l’instant, je ne m’en aperçut pas, trop absorbé par le combat ou pas assez attentif à lui, dérangé quelquefois par le combat brutal qui se déroulait à côté de moi.

À un moment, les deux mastodontes attirèrent notre attention en traversant le toit après un brusque coup de hache sur le plancher. Nous regardâmes tous deux dans leur direction mais il n’y restait qu’un trou béant causé par -leurs poids- le combat qui avait fait rage. Iarwain quant à lui, gardait bien tranquillement le directeur en lui infligeant quelques électrochocs à chaque tentative de fuite.

« Alors, tu m’attaques, me lança mon adversaire, me faisant sortir de ma rêverie…
-Tes coéquipiers sont bien mal en point.
-Le directeur n’étant qu’une lavette c’est normal, quant au Boss, je dirais plutôt qu’il n’est qu’au cinquième…
-C’est vrai qu’ils risquent d’en descendre encore quelques uns… »

Réprimant un sourire, je me concentrais à nouveau sur la face de troll qui se trouvait en face de moi. Le samouraï esquissa une courbe avec sa lame que je parais avant de me remettre complètement dans mon combat. Les passes d’armes qui suivirent furent d’une intensité à couper le souffle au bout desquelles, je parvins à lui taillader la main droite, par laquelle il tenait son sabre. Mon premier réflexe fut de lui placer ma lame sur la gorge, y faisant couler un fin filet de sang.

« Tues moi! Hurla-t-il.
-Je ne tue guère que ceux qui sont faibles et qui fuient la mort. »

Ma phrase était, certes, pompeuse, mais, je retirais ma lame pour lui assener un violent coup à la tempe. Il ne se relèverait pas avant que nous soyons partis. Je me dirigeais vers Iarwain qui avait l’air de se porter bien en regardant la scène de combat des deux titans d’en haut. Ils avaient descendu encore un étage de plus et le suivant était sur le point de s’effondrer.

« Bon, je vois qu’Hisoka est en mauvaise posture, essaie de descendre avec cet abruti, on le ramène au Qg, c’est décidé. Quant à moi, je vais aider notre combattant.
-Okay chef. »

Je levais les yeux au ciel avant de descendre les étages en sautant dans les trous créés par les géants. Au dernier moment, avant d’arriver à leur étage, j’attendis un peu pour me placer juste au dessus du Boss, puis je lui sautais sur le dos. Hisoka, bien qu’épuisé, profita de cet instant pour placer une attaque. Agressé de partout, le Boss m’éjecta d’abord avant de subir l’attaque au croc de son premier adversaire. Ce devait être un des quelques rares coups qu’Hisoka lui avait infligés tant son corps était si peu abîmé. Enfin, à deux ce devrait être plus facile. Je préparais une technique pour laisser un court répit à mon camarade mais ma vague s’éclata sans grands dégâts sur le colosse.

« Qu’est ce qu’on peut faire?
-Une arme! Vite, donnes m’en une! »

Sur ces mots, je fis apparaître ma lance que j’envoyais à Hisoka. Puis je m’élançais de tout mon corps sur le Boss qui, me contrant, fit abstraction du projectile qui lui transperça l’abdomen à ce moment là. Il s’écroula, mort. C’est ce moment que Iarwain choisit pour faire irruption dans la pièce, le directeur traînant nonchalamment sous la menace d’un vulgaire kunaï. Quelle mauviette celui-là alors…

« Bon, ben c’est une bonne chose de faite. On retourne au Qg et on prend une année sabbatique pour services rendus à Narasu? »
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Re: Narasu

Message par Seol le 22/5/2011, 12:56

Cette mission s’était plus ou moins bien passée. Cela aurait pu être nettement mieux, n’empêche. Ben ouais, ce trou duc d’Otarin ne m’avait pas laissé mon combat jusqu’au bout. Il avait fallu qu’il intervienne. OK, si j’avais usé de jutsus, je lui aurais poutrer la face en deux temps, trois mouvements. Même en usant que de mon chakra, je l’aurais vaincu. Mais quel intérêt de se battre contre un puissant adversaire, si on use d’artifice. La force brute contre la force brute. Y avais pas à dire, c’était quand même le must du combat. Mais bon. Cette mission avait eu au moins l’avantage de me faire baigner dans cet univers que je ne connaissais guère, l’Ultimate Fighting. Et, à franchement parler, j’avais adoré ce milieu.
Vous devez vous demander le pourquoi du comment. En fait, même si je paraissais être quelqu’un de calme, ce qui était assez vrai la plus part du temps, il m’arrivait de péter un plomb sans réelles raisons et souvent pour des broutilles. Et il se trouvait que l’UF était un exutoire parfait pour palier à ces ‘‘dérapages’’. L’afflux de l’adrénaline lors des combats, la clameur du public lors des échanges de coups, la montée de stress juste avant de monter sur le ring, savoir qu’on ne pouvait compter que sur son mental et ses capacités pour vaincre… Bref tout ce qui faisait qu’un combat était intéressant.

Et, forcément, j’y étais retourné.

Ce soir, c’était mon premier match depuis la fin de la mission. Mais cette fois-ci, je n’étais pas dans le même cercle de combat que précédemment. En effet, celui-ci se trouvait dans la zone Shintoki. Et les règles y étaient nettement différentes.
Dans ce cercle, ils étaient très organisés. Pour rendre les combats plus équitables, ils avaient créé des catégories de poids. 9 catégories, allant des poids mouches, à savoir les moins de 51kg, jusqu’au poids lourd, les plus de 91kg. De plus, les matches se déroulaient en un seul round, sans limite de temps. Les seules façons d’arrêter un match était soit de réaliser un K.O., soit d’exécuter une soumission. Le ring, hexagonal, était entouré de trois cordes élastiques, avec lesquels il était possible de jouer pour effectuer des actions un peu ‘‘spéciales’’. Si tous les coups étaient permis – tant qu’ils n’entraînaient pas la mort de l’adversaire – certains n’étaient pas vraiment tolérés, comme, par exemple, les morsures, l’attaque des yeux. Il y avait même la présence d’un arbitre pour s’assurer que tout se passe bien et, lors d’un K.O., s’assurer de la perte de connaissance.
Les paris étaient autorisés, voire encouragés par les propriétaires du cercle de combat. Ces derniers prélevaient même un pourcentage sur chaque mise (10% de chaque mise), afin d’assurer le bon fonctionnement des lieux. Les propriétaires organisaient même des matches d’exhibition, généralement au tout début des soirées, pour chauffer la salle.

Dans mon cas, il s’agissait d’un combat dans la catégorie lourds – avec mes 120 kilos, je risquais pas de passer en poids mouche, me direz vous – qui était très sérieux. Comme il s’agissait de ma première apparition sur le ring, ma cote était pour le moins catastrophique, puisqu’elle était de 15 contre 1. Pour les profanes, cela signifiait que lorsqu’il y avait un ryo de miser sur ma victoire, il y en avait quinze de miser sur la victoire de mon adversaire. Vachement encourageant.

L’arbitre monta sur le ring, annonçant ainsi la fin des paris officiels, et présenta les combattants.


_ A ma droite, Ryutaro, dit le Marteau. Un mètre quatre-vingt dix pour cent dix kilos. Vingt combats, treize victoires, neuf K.O. et quatre soumissions.

Une forte clameur monta du public à l’énoncé du palmarès de mon adversaire. Le Marteau… Deux possibilités. Soit il était complètement barré, soit il cognait comme un bœuf. Il y avait bien un troisième possibilité, barré ET bœuf, mais j’avais pas envie de l’envisager. Le problème, c’était qu’il était bon aussi en soumissions. Et CA, c’était une mauvaise nouvelle. Parce que, même si j’étais un in-fighter, les clinchs, c’était pas ma tasse de thé.

_ A ma gauche, Hisoka, le challenger. Deux mètres quatre pour cent vingt trois kilos. Il s’agit de sa première participation.

J’avais donc l’avantage de la taille, du poids et de l’allonge. Cool. Mais pas celui de l’expérience. Certes, j’étais un ninja, certes, j’avais l’habitude des combats, mais, malheureusement, les combats sans chakra n’étaient pas ce que je connaissais de plus. Juste mes cinq derniers combats en fait. Alors que mon adversaire baignait dedans depuis… qu’il était tout petit, en fait.

_ Messieurs, approchez-vous. Faites un combat honorable et que le show commence !

Evidemment, qu’on allait faire le show. Enfin, on allait tout d’abord se foutre joyeusement sur la gueule.

Le Marteau s’avançait, en garde classique de boxe. A première vue, d’après sa position, il était droitier. Sûr de lui, il était en garde moyenne, poing gauche légèrement en avant, juste devant le torse. Il avançait lentement, mais son pas était assuré. Quant-à moi, j’étais en garde haute. A savoir, poing gauche légèrement avancé, au niveau du visage. Je me positionnais le corps légèrement en avant et un peu voûté, sur la pointe des pieds.

La foule était silencieuse, haletante.

Ma patience étant proche de zéro, dans ce genre de situation, d’une rapide impulsion, je me portais au contact. La prudence aurait voulu que je teste mon adversaire avec quelques jabs, afin de mesurer la résistance de la garde de mon adversaire. Mais l’arbitre avait demandé à ce que nous fassions le spectacle. Et je n’allais pas me gêner. Je feintais un crochet du gauche, pour lui faire lever sa garde et portais un uppercut au menton. J’eus la satisfaction de voir mon coup faire mouche… Et la désagréable sensation de me faire cueillir au creux de l’estomac par son gauche.

Le public explosa.

Lui recula de quelques pas. Et je fis de même. Cet espèce d’enfoiré m’avait placé un contre dans les règles de l’art. Bonne nouvelle, mon uppercut avait causé plus de dégâts que sa frappe. Enfin, c’était ce que j’avais cru. Mais il me revint droit dessus et commença à marteler mon corps de puissants coups. J’eus juste le temps de me mettre en garde menton. A savoir les poings collés au menton, les bras le long du torse. Ce type avait une résistance peu commune. Un uppercut propageait une onde de choc jusqu’au cerveau. Les dommages allaient d’un simple blocage du corps, le cerveau étant trop secoué pour transmettre les informations nerveuses, jusqu’à un arrêt brutal du système nerveux entraînant un black-out. Mais lui, il continuait à me taper dessus, sans sourciller. Ou alors il y avait autre chose.
Par ailleurs, à force de taper et de me faire reculer, je finis par me retrouver dans les cordes. Bonne nouvelle, je ne pouvais pas reculer plus que ça. Autre bonne nouvelle, le fait d’être dans les cordes me permettait d’user de leur élasticité pour reculer au moment de l’impact et de revenir vers lui, sans forcer. En reculant au moment de l’impact, je diminuais fortement la puissance des coups, ce qui, accessoirement, me permettait de soulager mes bras.

Et le public était de plus en plus bruyant.

Bon, c’était pas tout, mais il était temps de riposter. Alors qu’il portait un énième coup, j’effaçais souplement mes épaules, tout en avançant le pied droit. Résultat de la manœuvre, les positions furent inversées. Mais, contrairement à ce que tout le monde s’attendait, je reculais vers le centre du ring. Mon adversaire sortit des cordes pour me rentrer dedans, mais, j’esquivai simplement la charge en laissant traîner mon pied droit, histoire de le faire trébucher. Mais sa souplesse m’étonna. Il s’arrêta brusquement, se retourna vivement et propulsa ses deux pieds sur mon torse. Le choc fut violent. Je fus projeté dans les cordes que je venais de quitter, tandis que le Marteau retombait sur le dos. Il ne lui fallut que quelques secondes pour se relever, tandis que moi, je cherchais à retrouver mon souffle. Profitant de cette accalmie, il monta sur le poteau le plus proche de moi. Au moment où je me redressai, il se jeta sur moi. Son bras droit s’enroula autour de mon cou. Et, dans son élan, il vint s’asseoir sur le sol. Si son coxal frappa plutôt sèchement le sol, mon visage vint s’écraser contre ce même sol.

La foule acclama ce geste plutôt violent et spectaculaire.

De la pratique de la boxe, cet enfoiré était passé au catch. Ce qui expliquait qu’il ait réussi autant de soumissions. Qui plus est, fier de son geste, ce morveux paradait sur le ring, haranguant la foule, qui en redemandait. Contrairement à moi. Même si les dommages subits étaient plutôt superficiels – j’étais parvenu, in extremis, à ralentir la chute, avec mes mains sous mon corps – cette expérience désagréable n’était pas à répéter tous les jours. Alors qu’il continuait à faire le coq, je me remis sur mes deux jambes et avançai jusqu’à lui. Il me tournait le dos. Je posai donc ma main gauche sur son épaule. Ce dernier se tourna et je lui décochai un magistral direct du droit sur la pommette gauche, l’envoyant reculer jusqu’aux cordes. J’aurais du être satisfait de ce coup, parfaitement exécuté. Mais, j’avais eu une désagréable sensation au moment de l’impact.
J’en eus la confirmation lorsque je le vis, profitant de la tension élastique des cordes, me revenir droit dessus, le bras au niveau de ma gorge, pour exécuter une cravate tout ce qu’il y a de plus réglementaire. Par réflexe, plus que par réflexion, je me baissais, pivotais sur mon pied gauche et ripostais par un gauche compact dans les côtes flottantes. Cette fois-ci, le coup avait porté. La sensation de mon poing me le confirmait. Il chancela quelque peu.

Puisqu’il avait changé de discipline, c’était à mon tour. Lutte classique. Je le chargeai, voûté, les bras légèrement écartés, les mains au niveau des genoux. Il n’avait pas encore récupéré. Arrivé au contact, je le saisis par les genoux. Puis je me redressai sans pour autant m’arrêter. Résultat, il passa simplement par-dessus mon épaule, effectuant un magnifique soleil. Il retomba sèchement sur le dos, tandis que je finissais ma course dans les cordes. Utilisant leur souplesse, je repartis dans l’autre sens en courant. En arrivant à son niveau, alors qu’il était toujours au sol, je me jetai le coude en avant sur lui. Le coude est l’un des endroits du corps humain les plus solides. Bien utilisé, il peut provoquer des dégâts considérables. Sur cette attaque-là, je pris soin de viser le foie. Pas de risque de perforation par un os, et, dans le pire des cas, cet organe se prendrait une contusion relativement faible. En revanche, pour le reste du corps, les effets de l’impact serait assez violent. Je me redressai et reculai dans un coin du ring. Le Marteau se leva lui-aussi et fut surpris de voir ses jambes trembler.

Petite aparté, pour le profane. Le foie est une usine d’analyse gorgée de sang qui travaille en permanence. Même au moment d’un impact. Et dans ce cas, le foie rejette dans l’organisme cette masse sanguine, qui, chassée d’un seul coup, coupe les jambes du gars touché. Bon, faut quand-même que le coup soit assez puissant pour qu’il soit efficace. Mais, quand on y met la volonté, c’est souvent le cas.

J’étais incapable de dire depuis combien de temps nous nous battions. Certainement pas plus de deux minutes, j’en aurais mis ma main à couper. Mais, l’afflux d’adrénaline avait tendance à perturber la notion de temps. Le Marteau avait une capacité de récupération vraiment impressionnante. Ses jambes flageolantes, lointain souvenir. Et il semblait l’avoir vraiment mauvaise de s’être fait mis à terre. Il me chargea et je ne pus esquiver. Résultat, ce que je redoutais arriva. Nous nous retrouvâmes en clinch. Nos mains droites étaient posées sur la nuque de l’autre, tandis que nos mains gauches tenaient le poignet droit de l’autre.

Fort heureusement pour moi, j’avais l’avantage de la taille et du poids. Autrement dit, il aurait plus de difficulté à me soulever que moi à le faire avec lui. Mais, il avait l’avantage de bien connaître cette situation. Contrairement à moi. Je fis ce qui me semblait le plus simple. Lorsqu’il tirait, je suivais le mouvement, lorsqu’il poussait, je retenais, et quant il souhaitait aller à droite ou à gauche, j’allais dans la même direction que lui. Bien que simpliste, cette méthode me permettait de supporter sans trop de difficulté cette situation. D’un seul coup, il se dégagea puis revint immédiatement au contact. Sauf que cette fois-ci, je parvins à intercepter ses mains. Enfin, d’une certaine manière, puisque nos mains se saisirent l’une l’autre, paume contre paume, les doigts entrelacés. On était donc venu à une épreuve de force dans le plus pur style de la chose. Bon, j’avais à nouveau l’avantage de la taille. En effet, les douze centimètres de différence se retrouvaient sur la ligne d’épaules. Ce qui signifiait que ses épaules étaient plus basses que les miennes. Et il est toujours plus facile d’appuyer que de soulever. Je bénéficiais de mon poids à mettre dans la lutte, alors que lui ne pouvait s’en servir. Il finit donc par ployer, et posa un genou à terre. Mettant gentiment sa tête au bon niveau pour que je lui assène un magistral coup de genou dans le nez.


_ Stop ! Retournez dans vos coins !

L’arbitre venait d’intervenir. Le Marteau pissait le sang par son nez éclaté. Apparemment, il fallait d’abord stopper le saignement pour continuer le combat. Je profitais de ce temps-mort pour souffler et reprendre mes esprits. Il me fallait une stratégie gagnante. Ce type avait trop l’habitude du combat classique pour que l’affrontement brutal et désordonné donne un résultat rapide.

Je fermai les yeux.

Au niveau de la tête, la tempe, les oreilles, la mâchoire et le menton. Au niveau du corps, le plexus, le cœur et le foie. Au niveau des membres, le coude, les genoux. Tels étaient les points faibles du corps humain. Il y avait bien l’entrejambe, aussi, mais quelque chose me disait que ce coup ne serait que guère apprécié.
L’enchaînement était relativement simple. Sous la colère de l’humiliation du saignement, le Marteau allait probablement chargé. Dans ce cas, il me fallait esquiver sur la gauche, attraper son poignet droit, tendre son bras et le briser par une frappe solide et compacte au niveau du coude. Dommage important, réduction des risques de coups pour la suite. Puis frapper un autre coup compact de la droite au niveau du foie pour bloquer les mouvements. Immobilisation de l’adversaire sur place garantie. Enchaîner avec un crochet vrillé du droit au niveau du cœur pour Heartbreak – arrêt du cœur pendant une demi-seconde entraînant un blocage complet du corps pendant une poignée de seconde .Le coup doit être porté avec suffisamment de puissance pour être efficace – Pour finir, les risques de riposte étant complètement nuls, exécuter un uppercut sur la pointe du menton. La tête rejetée violemment en arrière projette le cerveau contre la boîte crânienne amenant une perte de conscience. Victoire par K.O.

J’ouvris les yeux.


_ Combattez !

Comme je l’avais prévu, le Marteau était furieux. Je me mis en garde jigotaï, avec le pied gauche en arrière, les deux mains bien ouvertes, la droite devant la gauche. Position d’arts martiaux. Mon adversaire, nullement troublé par ce changement, me fonça dessus, en beuglant de rage. A quelques pas de moi, il arma son poing… gauche. Merde ! Je fis deux pas en arrière, pour garder la même position de combat. Il enchaîna par un coup de poing du droit. Bingo ! J’attrapais son poignet de ma main droite et déviais sa trajectoire sur le côté, tandis que j’armais mon poing gauche. Le coup porta et, malgré les cris de la foule, le craquement des os se fit très clairement entendre. Le Marteau beugla une nouvelle fois, mais de douleur cette fois. A ma grande satisfaction. Son bras retomba inerte, alors que mon poing droit frappa son foie pour la deuxième fois de la soirée. Ses jambes fléchirent sous l’impact et je crus même qu’il allait tomber. Mais sa résistance le perdit. Ainsi que sa colère. Je me déplaçai légèrement pour porter mon Heartbreak. Guettant ses yeux, je vis que mon coup avait fait mouche. C’était presque amusant de lire l’étonnement dans son regard, de ne pas comprendre ce qu’il se passait. J’armais mon gauche et déclenchais mon uppercut. Sa volonté me surprit à nouveau, car il réussit à bouger la tête au dernier moment. Mais, son regard l’ayant trahi, je feintais mon uppercut du gauche et décrochait un crochet du droit qui vint s’écraser sur sa tempe. Sa tête fut projetée sur le côté et le corps suivit. Il s’effondra lourdement sur le sol.

La foule était devenue tout à coup très silencieuse.

L’arbitre s’approcha pour constater. Moi, je retournai dans mon coin, sans plus me préoccuper de mon adversaire. Les trois traumatismes successifs – le foie, le cœur, le cerveau – empêchaient une récupération rapide. En tout cas, pas avant le décompte final.

La cloche retentit, scellant ma victoire.



Dernière édition par Seol le 25/6/2011, 21:50, édité 1 fois

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Re: Narasu

Message par Keiji Nakajima le 22/5/2011, 16:31

Mission facile, mission facile ! Je t’en foutrais, des missions faciles.
Bon, sur le papier, c’était effectivement très facile. Fureter dans l’immeuble désaffecté pour s’assurer de l’inoccupation du bâtiment puis de poser quelques parchemins explosifs, ici et là, puis laisser les ouvriers (ou un ninja spécialisé) faire le ménage des gravats. Simple, n’est-ce pas ?
Oui, mais. C’était sans compter quelques uns de mes partenaires. Parce qu’entre mon acupuncteur préféré et l’iroquois un peu barge, ainsi que ma claustrophobie, ce n’était absolument pas gagné. La preuve, au bout de 24 heures de missions, nous n’avions pas franchement avancé. En fait, pour être exact, il y avait, maintenant, plus de monde autour de ce foutu bâtiment que la veille au matin.


_ Bon. Kentaro, Keiji, vous me trouvez les autres gars et VOUS ME VIREZ TOUT LE MONDE !!!!
_ Oulà ! Calmos, répondit Kentaro.
_ ET TU ME PARLES SUR UN AUTRE TON !! Non mais.
_ Euh… laisses tomber, Kenta. Je crois que c’est pas le moment. Il a dû prendre des substances interdites,fis-je, en traînant le genin par la manche.
_ Mouais.

Pour réaliser la première tâche – à savoir ramasser les épaves dispersées et les ranimer – il ne nous fallut que quarante-cinq minutes. A coups d’aiguilles d’acupuncture – pour Kentaro – ou de seringues d’adrénaline – pour bibi et ne me demandez pas où est-ce que j’ai trouvé ça –, nous parvînmes tant bien que mal à requinquer tout le monde.
S’ensuivit ensuite un charmant ballet, consistant à essayer de sortir le public de la limite fixée pour la sécurité de l’explosion. Bien entendu, comme Taïga n’était plus là pour assurer la musique, il avait été remplacé par des civils, qui avaient improvisé des instruments. Comme nous étions suffisamment lucides, nous avons commencé par ces types. Sauf qu’au fur et à mesure qu’on les enlevait, ils étaient systématiquement remplacés par d’autres, tout aussi motivés. A vu de nez, il y avait quelques trois cents personnes sur le site. Donc, à raison de cinq personnes par groupe de musique, on avait potentiellement soixante groupes de musique qui allaient se relayer. Même moi qui suis relativement patient et bonne patte, c’était un peu trop pour moi. Alors je ne vous raconte pas pour Kentaro. Impressionnant comment ce gars pouvait péter un câble pour un oui pour un non. En plus il arrêtait pas de pester contre un certain « serment des Satokira ». De ce que j’avais compris, il avait pas le droit de taper les gens. Dommage pour un ninja.


_ Bon, on va pas y passer la journée, quand-même, pesta Kentaro.
_ Je suppose que tu as une solution ? fis-je.
_ Tout à fait ! me répondit-il avec un large sourire. C’est une idée que j’ai déjà employée au cours d’une mission dans Nobeoka, avec des collègues. On va fabriquer une bombe puante géante. Il faut juste jauger le vent pour que l’odeur se dirige vers le public et ça les fera fuir simplement.
_ Et comment on la fabrique, cette odeur nauséabonde ?
_ Avec du sulfure d’hydrogène, évidemment.
_ Gné ?
_ Des œufs pourris, si tu préfères.
_ Et tu en as sous la main, bien sûr.
_ Nan… Mais…
_ Et les égouts ? Est-ce que ça pourrait faire l’affaire ?
_ Oui, je pense.

L’un de nos compagnons aperçut une personne par une fenêtre de l’immeuble délabré. Fallait s’y attendre. Dites à quelqu’un de ne pas aller là parce que c’est dangereux, et il va forcément y aller. Nous nous répartîmes en deux groupes. Kentaro et moi-même pour les égouts et les autres, pour vider le bâtiment.

_ Pourquoi c’est jamais dans une parfumerie qu’il faut aller, mais dans les égouts ? fis-je.
_ Parce que sans ça, c’est pas drôle,me rétorqua Kentaro. Bon, qui est-ce qui descend ?
_ Face je gagne, pile tu perds, dis-je avec un sourire moqueur.
_ Ouais, pourquoi p… Hey, prends moi pour une bille.
_ Dommage. Bon, je prends face.

Hors de question que je descende là-dedans. Je sortis un ryo de ma poche et le lançai en l’air. Je le rattrapai dans le creux de ma main droite et avant de le retourner sur le dos de ma main gauche.

_ Face ! C’est toi qui descends !
_ Face ? T’es sûr ?

Kentaro, suspicieux, s’approcha et découvrit une chose qui ne lui plut absolument pas.

_ Elle me parait bien épaisse, cette pièce…. Hey, mais t’as collé deux pièces l’une contre l’autre !!
_ Merde…. Hey-là, et ton serment des Satokira ?
_ Je vais pas te cogner, je vais t’étriper !
_ Et c’est autorisé par ton serment, ça ?
_ On va faire comme si.

Alors que je reculais pour ne pas être trop à porter des poings de notre gaillard, mon pied se posa dans le trou de la bouche d’égout. Me faisant chuter. Par pur réflexe, Kentaro tendit la main pour me rattraper. Main que je saisis en toute bonne foi. Malheureusement, il ne parvint pas à me retenir et nous tombâmes tous deux dans les effluves nauséabondes qui coulaient sous Narasu. Bien entendu, nous passâmes un bon quart d’heure à patauger, tout en nous invectivant de mots, tous plus colorés les uns que les autres, rejetant la faute sur l’autre. Finalement, ce fut l’odeur qui nous décida à terminer ce truc au plus vite. Nous remplîmes plusieurs bouteilles puis nous remontâmes à la surface.

_ Et maintenant ?Demandai-je.
_ Au départ, je pensais les briser sous le vent. Mais je suis pas sûr que ça les fasse fuir pour autant.
_ Alors ?
_ T’es un tireur, non ?
_ Si.
_ Et, t’es plutôt bon ?
_ Dans la moyenne supérieure, si tu préfères.
_ Parfait. Je vais lancer les bouteilles en l’air et toi, tu vas tirer dessus. Comme ça, la merde va leur tomber dessus et les gens vont s’enfuir.
_ Hey, je suis pas Lukyl Uke, moi. Je tire pas plus vite que mon ombre. Je peux seulement tirer deux fois simultanément.
_ Mais tu sers à rien !
_ Tu peux causer. C’est pas moi qui ne sais pas tenir au plafond avec mon chakra.
_ Et gna et gna et gna. Bon, trouvons autre chose.
_ J’ai qu’à utiliser un parchemin explosif. Je l’accroche au carreau…
_ Pas la peine de m’expliquer. Au cas où tu l’aurais déjà oublié, tu nous as fait une superbe démo hier.
_ Quoi, tu m’en veux encore pour cette histoire. Quel rancunier, ce type.
_ Tu peux causer, pelote d’épingles.
_ T’es vraiment obligé de me rappeler ce triste évènement à tout bout de champ.
_ C’est toi qui as commencé, avec l’épisode du plafond.
_ C’est bon, c’est bon. Tant que tu les lances dans un rayon de trente mètres autour de moi, je peux les avoir.
_ Ok.

Je fis apparaître une de mes arbalètes. Je pris un carreau dans mon carquois et lui enroulais un parchemin explosif dessus. Par précaution, j’en préparais un second. Juste au cas où. Je préférais, bien entendu, faire mouche du premier coup. Sinon, j’allais en entendre parler pendant des siècles.
Je vis Kentaro se faufiler au travers de la foule, s’approcher au plus près de la scène. Logique. Plus de scène, plus de musique. Plus de musique, plus de monde sur le site de démolition. Plus personne sur le site de démolition, explosion assurée. L’était franchement pas con, le médoc. Un peu chiant sur les bords. Même beaucoup pour être honnête. Mais ça, c’était les aléas des affectations d’équipes.
Sans prévenir, Kentaro lança les bouteilles en l’air avant de filer sans demander son reste. J’activais l’explosion et tirais mon carreau. Le projectile fila droit vers la cible et le parchemin explosa exactement au moment où les bouteilles commençaient à descendre. Bon point, j’avais parfaitement trouvé le timing de l’explosion et de la trajectoire des bouteilles. Mauvais point, l’explosion vaporisa les liquides, laissant un simple nuage verdâtre, qui ne descendit pas vers le public. Et meeerde !


_ UNE BOMBE ! LES NINJAS ATTAQUENT !!!

Je reconnus immédiatement la douce voix harmonieuse de Kentaro. Puisque le plan A n’avait pas marché, il était passé au plan B. Ce qui n’était pas une si mauvaise idée. S’ensuivit une panique de la foule qui se dispersa à une vitesse assez hallucinante, évacuant, par la même occasion les occupants du bâtiment délabré.

_ Très bien, messieurs. Maintenant, vous allez tous écouter attentivement, fit Sheinji. Pour que la démolition se fasse du mieux possible, les huiles du QG nous ont fournis des parchemins explosifs spéciaux.

Sheinji sortit une feuille de sa poche et, en la parcourant, continua à parler.

_ Alors, il s’agit d’effectuer une démolition de type « foudroyage intégral ». Pour ce faire, on va disposer des parchemins explosifs à différents endroits du bâtiment. Tout d’abord, sur tout les murs porteurs des deux caves. Pour le premier sous-sol, vous utiliserez ces parchemins,montrant un sac avec le numéro -1, pour le deuxième sous-sol, vous prendrez ceux-ci,indiquant le sac avec le numéro -2. Vous relierez les différents parchemins de chaque zone avec ce fil spécial, que vous tirerez jusqu’ici. Cette étape est pour vous, les gars, en montrant trois gars. Quant-à vous deux, vous aller vous taper tout le reste.

Bien entendu, nous commençâmes par protester. Mais le jeune chunin n’avait vraiment pas l’air d’humeur.

_ Chaque sac porte le numéro de l’étage où doivent être placés les parchemins. Allez, filez.
_ Et toi, tu fais quoi pendant ce temps-là ? demandai-je.
_ Je reste là pour m’assurer que personne viendra par ici.
_ Bref tu joues les feignasses, rétorqua Kentaro.

La réponse de Sheinji fut trop colorée pour être rapportée ici. Nous prîmes donc nos sacs – un pour le premier, un pour le troisième et un pour le cinquième – et nous dirigeâmes vers le bâtiment. Alors que nous montions tranquillement les escaliers, nous fûmes agressés par un inconnu qui nous sauta dessus en hurlant. Ce faisant, Kentaro et moi-même laissâmes tomber les sacs. Il me fallut quelques secondes pour comprendre que c’était nos noms que l’individu venait de hurler et que ledit individu n’était autre que Taïga. Ce dernier nous expliqua qu’il était parvenu à fausser compagnie à madame et qu’il tenait à nous aider à finir la mission.

_ Et merde,fis-je
_ Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Kentaro.
_ Les sacs… Ils se sont renversés…
_ Boaf. C’est si grave que ça ? demanda Taïga.
_ J’en sais rien.
_ Tu parles ! Ce sont que des parchos explosifs. Evidemment, c’était Kentaro, ça.
_ C’est pour ça qu’ils étaient dans des sacs différents.
_ On a qu’à remettre ça comme ça. Personne ne le saura.

Adjugé, vendu. Chacun de nous prit un sac et partit pour un étage différent. Dans mon cas, c’était le troisième. Le temps de mettre tous les parchemins, de les relier avec le fil spécial, il me fallut une quinzaine de minutes. Tout en traînant mon fil derrière moi, je rejoignis les autres. J’étais le dernier à arriver. Sheinji relia tous les fils entre eux. Il apposa un dernier parchemin, au design différent, sur le nœud final.
Restait plus qu’à déclencher l’explosion.


_ Kentaro, comme c’est pour les médecins, je pense que c’est à toi de déclencher l’explosion.Fit Sheinji
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Re: Narasu

Message par Iarwain le 26/5/2011, 13:13

La mission s’était achevée sur un succès, ou plutôt un demi-succès. Certes, l’infiltration avait été de courte durée, ce qui était uniquement la faute d’Otarin, ce que je n’avais pas manqué de signaler dans mon rapport, mais nous avions vaincu et tué le Boss. Enfin, nous… Otarin et Hisoka, quoi, forcément. Moi, j’restais tranquillement en stand-by en gardant Tokaku, un mac local, sous contrôle.
J’avais même fait l’effort de me justifier dans mon rapport. Ouais, en tant que médecin, je me devais de rester disponible au cas où quelque chose arriverait à un coéquipier. Et ils se débrouillaient très bien sans moi, donc de toute façon…
Ma réhabilitation était donc en bonne voie, entre mon travail journalier à l’hopital et la bonne volonté dont je faisais indubitablement preuve durant mes quelques missions. Par contre, ces bâtards du QG me faisaient taffer comme un chien. Ca y est, une petite désertion, un simple accident de parcours, et on se retrouve catalogué sale type à exploiter. Tsss…

D’ailleurs, je venais de recevoir une nouvelle convocation de leur part. J’arrivai naturellement à l’heure, tout ça, pour montrer ma bonne volonté, encore. Et attendis un bon quart d’heure avant que le larbin gratte-papier avec lequel j’avais rendez-vous ne se pointe pour me faire rentrer dans le placard à balais reconverti qu’il appelait son bureau. Comme c’était mignon. Certes, ils étaient très occupés, m’enfin moi aussi. Puis être à l’heure, c’était la moindre des politesses. Mais, faisant bravement contre mauvaise fortune bon cœur, je decidai de ne pas lui en tenir rigueur, histoire de pas avoir des annotations foireuses dans mon profil. En plus de celles que y’avaient déjà, du moins…
« Bon, vous avez été convoqués pour une nouvelle mission. D’après la fiche, vous avez achevé en compagnie d’Otarin Rekaishi, juunin de Chikara, et Hisoka Kaneda, chuunin de Mahou, une mission visant à l’éradication d’un gang de mercenaires ? »
« En fait, nous avons simplement éliminé le chef du gang… »
« D’après nos sources, ce gang était formé à partir d’un autre plus important sur lequel nous n’avons pas plus d’informations actuellement. Votre tâche sera donc de vous renseigner sur le gang initial. »
« Comment ça ? »
« Les moyens sont laissés à votre intention. Je pense me souvenir que personne dans le gang ne savait que vous étiez au service de Kiritsu ? » Ouais pompeux…
« Six des gorilles de chef se sont enfuis après l’avoir découvert. Il est probable qu’ils aient communiqué l’information autour d’eux et… »
« Ah, oui. Quatre d’entre eux sont en détention pour crimes et infractions divers, l’un d’eux a quitté la ville et se dirige vers le Royaume de Kuma tandis que le dernier ne donne plus de nouvelle. Il est soit mort soit en planque. Dans tous les cas, d’après le rapport, Hisoka Kaneda était difficilement reconnaissable excepté pour sa taille et ses vêtements. Vous-meme étiez derrière lui, hors de vue, et Otarin Rekaishi gisait au sol. Vous pouvez donc reprendre la mission. » Arf la guigne…
« En quoi consiste-t-elle exactement ? »
« Vous devrez rassembler le maximum d’information sur le gang initial. Pour cela, nous disposons d’une seule piste : un colis transporté par deux hommes devrait arriver à Nobeoka en fin d’après-midi demain. Voici leur signalement. »
« Je suis seul ? » Enfin la liberté, on me refait confiance ! Bon, deux hommes, tout seul, c’était pas jojo, j’savais même pas de quoi j’étais content…
« Vous ferez équipe avec Hisoka Kaneda, à nouveau. » Mon expression se figea.
« Je demande un changement de coéquipier. »
« Pourquoi cela ? » fit le bureaucrate, surpris.
« Vous avez lu mon dossier ? »
« Tout à fait. »
« Vous savez donc que je pratique un peu la necromancie, nan ? » Normalement, c’était dans ce putain de dossier, merde !
« Et alors ? »
« Vous savez qu’Hisoka Kaneda est un moine, aussi ? »
« C’est dans le dossier. » reconnut-il.
« Vous savez quel genre de moine ? »
« Absolument pas. Les notes sont incomplètes et très confuses. » J’ha… j’hallucine… Ils pouvaient pas faire leur boulot pourrave correctement ?
« Je vais vous expliquer, et ensuite on pourra discuter, d’accord ? »
« Désolé, mais je n’ai pas le temps, j’ai d’autres rendez-vous. D’une manière ou d’une autre, vous n’avez pas le choix. Nous sommes en sous-effectif, et c’est la seule personne que nous pouvons affecter pour le moment à cette mission. D’ailleurs, il sera le chef de votre duo, évidemment, votre statut d’ex-déserteur… »
« Dans ce cas, pourquoi n’est-ce pas lui que vous avez convoqué ? » demandai-je, exaspéré. Nan mais mince, quoi… J’suis super poissard, s’pas possible…
« Ah, ça, c’est dans le dossier. L’individu Kaneda supporte très mal la hiérarchie, c’est donc à vous de tout lui expliquer. »
« Mais vous pensez que ça sera suffisant ? On n’est que chuunins, hein… »
« Au pire, on vous adjoindra quelqu’un dès qu’on trouvera. Sinon, on aura qu’à envoyer un anbu. » fit-il avec un petit sourire. Genre…
« Et comment j’le trouve, aussi, hein ? »
« Du côté de l’UFC, apparemment. Bonne journée. »

Le bureaucrate me poussa fermement dehors tandis que je suffocais intérieurement. Dooonc Hisoka était un gros violent, ça, je le savais. Hisoka était anti-necromancie, ça aussi, je le savais. Mais le QG le savait pas, lui, et me foutait avec cette brute dont la seule obsession serait de m’éliminer dès qu’il découvrirait le pot-aux-roses. D’une certaine facon, ça puait le complot. Ouais, ça devait être ça.
M’enfin ça me donnait toujours pas le choix. A part déserter à nouveau, ce qui était carrément exclu.
Et ce connard d’hypocrite de bureaucrate me souhaitait bonne journée apres avoir poussé toutes leurs responsabilités de mon côté. J’y croyais qu’à moitié. Et l’UFC ? Hisoka y était retourné ? Il aimait ça ? Mais qu’est-ce qui me fichait un coéquipier pareil ? Réponse : le QG et la poisse, okay, évidemment. Mais merde, quoi…

Je me rendis donc à la salle de combat où avait commencé ma mission précédente en sa compagnie. Je rentrai sans difficultés, vu qu’il devait être 10h du matin. Plus ou moins. J’avais toujours été nul à chier pour lire l’heure à partir du soleil. Ca changeait tout le temps, fallait ajouter des heures, en retirer, en fonction de la date, et tout, j’entravais que dalle à tout ça…
La salle du ring, qui faisait aussi bar, était déserte pour le moment, mais la porte menant à l’arrière du bâtiment était ouverte. Je suivis tranquillement le chemin, individu lambda cherchant les toilettes, alibi au bout de la langue. Ouais, on me la faisait plus. Enfin sauf le QG, c’était à chialer…
Là, j’arrivai dans une vaste salle d’entrainement, d’un blanc immaculé, pleine de machines de torture, euh de musculation diverses et variées. Il y avait aussi trois rings d’entrainement, délimites par des cordes qui, à vue de nez, devaient être plus ou moins rigides. Ca devait jouer sur la strategie de combat. Sûrement. Peut-être. Probablement…

J’identifiai Hisoka immédiatement, à cause de sa grande taille et son absurde masse de muscles. Et son collier boudhiste qui me promettait mille tourments et une mort soudaine et brutale si j’avais le malheur d’utiliser le moindre cadavre. Ha. Il était sur le ring avec un type sensiblement plus jeune, genre dans les 15-16 ans. Qui essayait de se faire pousser un semblant de barbe, ce qui était pour le moins ridicile, vu les trois poils tout mous qui agrémentaient un visage couvert de boutons d’acné. Hisoka avait les espèces de gants plats qui servaient de cibles, et les bougeait régulierement, tandis que son vis-à-vis les frappait avec des enchainements de coups.
Tout d’un coup, le poing du géant fusa et assena une taloche sans brutalité sur la tête du jeune.
« N’oublie pas de toujours surveiller ton adversaire, et d’être prêt à esquiver ou à bloquer les coups, sinon tu vas prendre des contres dévastateurs. » conseilla le ‘’moine’’.
« Ou m’sieur, j’f’rais attention, m’sieur. »
« Allons, allons… Tiens, un visiteur. »
« Salut, Hisoka ! La forme ? »
« On reprendra plus tard, Ali, okay ? »
« Oui m’sieur ! »
« Bonjour Iarwain. Moi, ça va, et toi ? » dit-il en me trainant à l’ecart, hors de portée d’oreilles indiscrètes.
« Ouais, ouais, ça va. On a une mission. »
« Mais c’était ma demi-journée de repos ! » se lamenta le colosse. Pas ma faute, aussi…
« Ouais bin plus maintenant, on dirait. On doit réunir des informations sur le gang dont étaient originaires les mercenaires. Faut intercepter un colis à Nobeoka. V’là le dossier. »
« Merci. »
« J’l’ai pas lu. »
« Pourquoi ? »
« Bin s’toi le chef pour cette mission, t’as qu’à décider des infos que tu fais passer, nan ? »
« Quoi, je suis le chef ? »
« Bin, j’suis un déserteur repenti, moi. »
« Pourquoi ils m’ont pas convoqué moi, dans ce cas ? J’leur aurais expliqué ce que je pensais… »
« Euh… Haha… Je sais pas. Hahaha… »
« Bon, allons-y, alors. Tu sais comment rejoindre Nobeoka avant demain après-midi ? »
« Ouais, y’a un passage au nord-est. J’ai du le prendre, une fois ou deux… »
« Tiens, jette un coup d’œil au dossier en chemin. »
« Ah ? Tu gardes pas une partie des infos sensibles pour toi, tout ça ? » fis-je, moqueur.
« Si le QG avait des informations sensibles, il ne les aurait pas confiées à un déserteur, pas vrai ? »
« Qui sait. Ptet un test tordu. »
« C’est vrai, ça serait leur genre. »
Wouah, unis dans la haine du QG. Merveilleux.

Le trajet nous prit une bonne partie du reste de la journée et de la nuit qui suivit. Heureusement que nous nous étions arrêtés devant quelques étals histoire de faire des stocks de boustifaille avant d’attaquer le chemin. Le petit voyage se passa globalement sans un mot, chacun de nous étant concentré sur le chemin rocailleux et plus ou moins instable devant nous. Par chance, la nuit était assez claire pour nous permettre d’y voir. Ouais, on avait oublié les torches. Bin ça arrive à tout le monde, hein. Enfin, m’semble.
Le seul dialogue notable de la balade fut celui où il me posa des questions chiantes.
« Dis, Iarwain ? »
« Ouais, quoi ? »
« Pourquoi t’as déserte, en fait ? » Fallait bien que j’mange cette question un jour, hein…
« Ah… »
« J’veux dire, t’es un drôlement bon médecin, nan ? »
« J’me débrouille plutôt bien, j’pense. »
« Donc pourquoi t’as déserte, au final ? »
« Je… » Ouais, j’étais vachement hesitant. Lui raconter un bobard ? J’vais pas lui dire la vérité, en tout cas… Si tant est que je m’étais expliqué avec moi-même au point de la connaître. Pas y penser, juste.
« Ca serait pas à cause de Ryosuke Soma, au moins ? » Ah, son vieux cheval de bataille…
« Nan, s’pas ça. Mais j’veux pas trop en parler, en fait… » Ouais, un coup d’honnêteté, ça passera comme une lettre à la poste !
« Comme tu veux. » Comme prévu !

Nous arrivâmes à Nobeoka une poignée d’heures avant l’aube, épuisés. Ouais, on avait beau être des ninjas, rester debout trente-douze heures, c’était toujours fatigant. Nous nous dirigeâmes immédiatement vers une auberge pas trop crade, réveillâmes le gérant en tambourinant à la porte, enfin surtout Hisoka, qui faillit la casser, en charriant à peine, ce qui nous aurait simplement attiré des tas d’emmerdes.
Une fois dans la piaule, nous nous pieutâmes direct. En laissant les rideaux ouverts pour pas dormir au-delà de l’heure du rendez-vous…

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Re: Narasu

Message par Kentaro le 26/5/2011, 18:24

Kentaro avait beau jeté un regard noir à ce fichu sceau de déclenchement, ça ne le fit pas disparaître pour autant. La poisse. Ça lui apprendrait à balancer les soudards par les fenêtres… Maintenant, Sheinji l’avait dans le nez et entendait lui pourrir somptueusement la vie.

Pourtant, Taïga et Keiji n’y avait pas été de main-morte non plus, eux. L’un avait pulvérisé un plancher et une moitié de couloir, et l’autre avait initié une fête improvisée qui avait retardé la mission d’une nuit entière.

Moralité, plus on met la barre haute, moins on a d’ennui.
Kentaro se le tint pour dit pour la prochaine fois qu’il ferait équipe avec l’ado chikarate.

En attendant, cette saine résolution ne changeait en rien son problème : on lui demandait à lui –quiche parmi les quiches en utilisation de chakra – d’activer le sceau central, qui redirigerait le chakra vers les sceaux explosifs disséminés dans l’immeuble, via le réseau de fils-machin fournit par le Qg.

Le hic était que Kentaro avait déjà bien du mal à activer un unique sceau explosif en temps normal. Il y avait donc de fortes chances qu’il se plante, que rien ne se passe et, pire ! Qu’il se tape la honte devant Taïga, Keiji et Sheinji, mais aussi la dizaine d’autres shinobis et la grosse centaine de badauds venus assisté à la chute de l’immeuble.

Bien évidemment, il y avait aussi la possibilité que quelque chose déconne à plein tube lorsqu’il activerait ce maudit sceau et que ça ne pète pas comme il faut. Et l’autre imbécile de Chikarien serait bien capable de lui en rejeter la responsabilité, sous prétexte que c’était lui qui avait activé le bazar.

Certes, le médecin aurait pu s’en sortir en avouant que les sceaux, lui, c’était pas son truc – d’autant plus que Taïga était on ne peut plus enthousiaste et prêt à prendre la relève, ou que Keiji avait prouvé qu’il était nettement plus qualifié en matière d’explosif – sauf qu’on en revenait au point un, à savoir, se ridiculiser devant la moitié du Gyosei Machi.
Et ça, il n’en était pas question.

Transperçant le chunin chikabrute du regard, Kentaro se saisît donc du sceau. Il ferma les yeux, se relaxa, puis commença à se concentrer sur son chakra. Et s’aperçut que Sheinji était en train de lui dire un truc, sauf qu’il n’avait rien écouté.

« Tu disais ?
_ J’ai dit, n’hésite pas à balancer la sauce, y’en a quand même vingt à activer.
_ Et ?
_ Et ben tu ne vas pas utiliser autant de chakra que pour activer un simple parchemin, mais vingt fois plus.
_ Ah… Et j’estime ça comment ?
_ Comment ça, t’estimes ça comment ? Tu balances grosso-modo vingt fois plus que d’habitude, évidemment.
_ Ouais, j’le savais.
_ Rassures-moi, tu connais la quantité nécessaire pour activer un parchemin explosif, hein ?
_ Plus ou moins.
_ Plus ou moins comment ?
_ Roooh, c’est bon, là. T’as pas confiance ou quoi ?
_ à ton avis…
_ Bon, j’y vais. »

Transperçant le chunin chikarate du regard, Kentaro se saisît donc du sceau. Il ferma les yeux, se relaxa, puis commença à se concentrer sur son chakra. Il en accumula une grosse, grosse quantité, commença à malaxer et…

« Sheinji ?
_ Quoi encore !? Tu vas l’activer oui ou non ?
_ À tout hasard, il se passe quoi si je n’envoie pas assez de chakra ?
_ Tous les explosifs ne seront pas alimentés en quantité suffisante. Donc de deux choses l’une : soit aucun n’explose et on recommence. Soit…
_ Soit ?
_ Soit y’en a qui pète et pas d’autres, et l’immeuble ne va pas s’effondrer sur lui-même mais dans la rue, et on aura l’air malin. Mais ça n’arrivera pas, parce que tu sais quelle est la quantité nécessaire pour les activer, pas vrai ?
_ Bien entendu.
_ Bien entendu. »

Transperçant le chunin chikariote du regard, Kentaro se saisît donc du sceau. Il ferma les yeux, se relaxa, puis commença à se concentrer sur son chakra. Il en accumula la plus grosse quantité possible, commença à malaxer et…

« Sheinji ?
_ Mais c’est pas vrai !? T’as peur ou quoi ?
_ Tu rigoles !
_ Bon ben active, tout le monde n’attend que ça !
_ Question innocente : et si je mets trop de chakra, il se passe quoi ?
_ Rien, t’actives les parchemins, et le reste est perdu et c’est tant pis pour ta pomme ! T’as aucune idée de la quantité nécessaire, c’est ça ?
_ Prends-moi pour une moule, j’te dirai rien.
_ Allez, va-z-y ! »

Transperçant le chunin chikarien du regard, Kentaro se saisît donc du sceau. Il ferma les yeux, se relaxa, puis commença à se concentrer sur son chakra. Il en accumula une quantité astronomique au rapport de ce dont il avait besoin – mais on est jamais trop prudent, pas vrai ? – et commença à malaxer. Une fois qu’il eut raffiné du mieux qu’il put son chakra, il l’injecta dans le sceau en hurlant le parfaitement inutile et donc indispensablement rituel « Activation ! ».

Tout les regards convergèrent illico vers le bâtiment en ruine, juste à temps pour voir…
Pour voir…
Pour voir.

Pour voir rien du tout, car rien ne se passa.

« C’est une blague, murmura Sheinji, sidéré.
_ Attends, faut le temps que ça voyage, hein…
_ T’es pas foutu d’activer un parchemin explosif ?
_ C’est peut-être les fils qui ne marchent pas, et...
_ Mais t’es vraiment un boulet, donne-moi ça ! »

D’un geste rageur, le chunin arracha des mains du médecin le parchemin activateur. C’est à ce moment là que le chakra erratique de Kentaro activa les explosifs.

Normalement, pour faire exploser un immeuble, on applique en des endroits stratégiques des charges de puissances variables, afin de s’assurer que l’immeuble s’affaisse sur lui-même, pour la plus grande sécurité de tous. Normalement.
Mais si, par le plus grand des malheurs, un petit groupe de genins délurés mélangent par inadvertances les parchemins explosifs, et place des charges de puissance non-adéquate, alors, en une fraction de seconde, l’immeuble tressaute, se fend sur toute sa hauteur, et des pans d’étages se retrouvent projetés à des dizaines de mètres à la rondes, heurtant les bâtiments proches, éboulant des murs et aplatissant des toits. Les shinobis en périphérie des limites de la zone de sécurité bouffent des tombereaux de poussières et de gravats, tandis qu’une pluie de caillasses leur tombe sur le coin du crâne, et que les badauds s’enfuient en tout sens, provoquant un début de mouvement de foule dans la panique qui s’ensuit.
En quelques secondes à peine, toute la zone disparait dans la poussière, les blessés plus ou moins bénins se comptent par plusieurs dizaines et les dommages matériels font grincer des dents les assureurs.

Comme l’apprit fort brusquement Sheinji.

Kentaro regarda successivement le désastre – qui faisait désagréablement écho à un certain incident de Nobeoka – pis Sheinji – gris de poussière, mais qui tenait toujours le parchemin activateur – et prépara ilico sa défense, des fois que.

« C’est pas moi ! »
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 4/6/2011, 23:23

Une fois l’immeuble détruit, Kentaro s’était attendu à être enfin débarrassé de cette histoire. Il eût donc la désagréable surprise d’apprendre l’après-midi même qu’il rempilait, et plus vite que ça, hein, le chantier a déjà pris du retard, je vous signale. Kentaro se rendit donc de nouveau au chantier de la future serre de l’hôpital, maugréant contre le QG qui n’avait rien de mieux à faire que de le coller à des missions sans intérêts de ce genre.
Non qu’une serre était inutile, hein… Simplement, il y avait des postes de déploiement autrement plus importants pour un médecin de sa trempe. Sûrement une basse vengeance de l’administration pour lui faire payer son statut de shinobi à temps partiel.

Agité par ce genre de considération, c’est donc de fort mauvaise humeur que le médecin Mahousard débarqua sur le chantier. Ce terme convenait d’ailleurs tout à fait, puisqu’il ne restait plus rien de l’immeuble qui occupait les lieux, hormis des morceaux plus ou moins imposants éparpillés au petit bonheur la chance un peu partout, y compris au-delà de la zone de sécurité.

Ça et là, des grappes de genins étaient déjà à l’ouvrage, déblayant comme ils le pouvaient, et concassant les morceaux encore trop gros. Kentaro repéra le responsable du chantier – un autre chunin, Sheinji ayant été diplomatiquement écarté du projet après sa dernière prouesse – et s’approcha pour prendre ses ordres.

« ‘Jour, ch’uis Kentaro, assigné à la mission. Faut faire quoi ?
_ C’est à cette heure-ci qu’on arrive ? Maugréa le chunin. Tu fais parti de l’équipe de conducteurs, va avec les attelages, là-bas.
_ De conducteurs ? S’étonna le médecin.
_ Si tu veux vraiment transporter les débris à bout bras, libre à toi. Mais sinon, le QG nous a fourni des chariots à dodo, ça ira plus vite. Une fois les chariots pleins, emmenez-les au 87, quartier du Chat Pendu, dans le secteur Nord. C’est un terrain vague et c’est là qu’on se débarrassera des gravats.
_ Mouais… »

Kentaro se détourna du gradé et se dirigea vers la direction indiqué, vers les attelages. Tout cela ne lui disait rien qui vaille : la dernière fois qu’il avait fait parti d’un convoi de trois chariots et six dodos, seul un chariot et un unique dodo était arrivé à bon port…

Alors qu’il s’approchait, des éclats de voix l’atteignirent.

« La loose ! Pourquoi des dodos ? C’est lent, stupide et ça a pas un gramme dans le pois chiche ! Pis c’est pas foutu de gagner une course, en plus. On aurait pas pu avoir des salamandres, pour changer ? Ça, c’est rapide. On aurait été bien plus vite. Mais nan, ‘faut que ces incapables du QG nous refile le volatile le plus merdique de la création. Raah, c’est la misère ! »

L’auteur de ce couplet n’était autre qu’un petit nabot, un peu enveloppé, pas très grand, barbu, haut comme trois pomme, rabougri et… et petit, quoi. Kentaro l’avait déjà aperçu de temps à autres, car le type faisait parti des shinobi-médecin. Un certain Gamel, ou un truc du genre.

Le petit nabot était en plein monologue avec Keiji, qui faisait mine d’écouter attentivement. Ou le faisait vraiment, on ne savait jamais avec les types comme lui.

« ‘jour tout le monde, salua Kentaro en arrivant.
_ Salut Kentaro, répondit poliment Keiji.
_ T’es qui, toi ? Grogna Gamel. Ta tête me dit quelque chose.
_ Je suis Kentaro Satokira, médecin à l’hôpital, et accessoirement à disposition du QG pour les missions. Quand y’a besoin, normalement.
_ C’est important d’avoir un médecin sur un chantier, rappela Keiji. Imagine que quelqu’un se blesse.
_ Bwahahaha ! ‘faudrait vraiment être le dernier des empaffés pour se blesser sur un stupide chantier, ricana Gamel. Encore qu’avec les Chikabrutes, ‘faut se méfier, ‘sont tellement doués, ceux-là !
« T’es pas Chikariens, quand même ? Demanda brusquement le nabot à Kentaro.
_ Nan, Mahousard, pourquoi ?
_ Parce que les Chikabrutes, c’sont rien que des gros nuls. Que des va-t’en guerre qui cognent sans jamais réfléchir, des bons à rien qui veulent toujours que t’en fasse des tonnes. Mais ils ont beau se la péter, qui c’est qu’est venu chialer quand Nagame leur a foutu sur la gueule ? Pfff… Dommage qu’ils aient pas cramé leur désert bidon, on aurait eu la paix, nous. Nan, j’vous jure, je vous souhaite vraiment de ne jamais avoir à bosser avec eux, hein, parce qu’ils en tiennent une couche. On est bien mieux entre Mahousard.
_ Bof, Pyjama n’était pas si terrible que ça, pas vrai, Keiji ? Fit remarquer Kentaro.
_ Pyjama ? S’étonna Keiji.
_ Ben oui, l’iroquois, Taïga Pyjama !
_ C’était Taïga Pinjarra…
_ Pareil !
_ Peuh ! Réfuta Gamel. Il a caché exprès son jeu pour me faire passer pour un crétin. C’st bien un comportement de chikabrute, ça, toujours à se foutre de votre gueule.
_ Il est comme ça depuis le début ? Glissa Kentaro à son acolyte aux arbalètes.
_ Oh, tu as évité le passage sur la mission débile, le QG qui n’a rien d’autre à faire que de lui pourrir la vie, la charrette trop haute, le chantier mal organisé, le chunin et sa crise d’autorité et les plantes qui ne servent à rien et ne remplacent pas un bon jutsu de soins.
_ Pardon !? Tiqua illico le Satokira. Dis donc voir, Gamel ! Qu’est-ce t’as raconté comme connerie sur les jutsus de soins ?
_ Gamel !?
_ Gamel ?
_ Ben quoi ? C’est pas ton nom ? Demanda Kentaro.
_ Non, il s’appelle Kalem, rectifia Keiji. Kalem Doskop.
_ Pareil !
_ Bwahaha ! La loose, ricana Kalem. Pas foutu de retenir les noms, et ça se dit médecin. Ça doit être folklo’ quand tu prescris les médoc’, dis donc…
_ Les noms, ch’ai pas, mais mon poing, je vais pas le retenir très longtemps !
_ A se demander comment t’as fait pour enregistrer mon nom du premier coup… Soupira Keiji.
_ C’est pas pareil, toi, t’es un patient.
_ Je ne vois pas le rapport.
_ C’est que… »

Les genins auraient pu passer la journée à discuter, se bouffer le nez, se plaindre de tout et de rien (selon les caractères de tout un chacun) si le chunin n’était arrivé les houspiller pour les mettre au boulot : les charrettes étaient pleines, il était temps de les conduire jusqu’au terrain vague.

Le trio se ramena près des chariots, de gros machin grossier à deux roues, avec une paire de dodo en guise d’attelage. Les gravats étaient soigneusement recouverts d’une bâche, afin que les genins n’en laissent pas partout derrière eux pendant les cahots du transport.

Le regard de défiance que Keiji jeta aux dodos n’échappa à personne.

« Toi non plus, t’aime pas ces emplumés ? Demanda Kalem. Ah ! Ch’avais qu’t’étais un type sensé !
_ Plus ou moins, répondit Keiji.
_ Tant que tu ne les dynamites pas, ça ira, commenta Kentaro.
_ L’explosif, c’était un accident !
_ Pis relax, t’auras pas à monter dessus, cette fois-ci, poursuivit le jeune homme.
_ Encore heur… Hé ! Comment tu sais ça, toi !
_ Parce que c’est dans ton dossier, évidemment, répliqua le médecin.
_ De quoi ? S’enquit Kalem. Qu’est-ce qu’il a eu et qu’est dans son dossier ?
_ Secret médical, ça ne te regarde pas, répliqua Keiji.
_ Hé ! Mais si, ch’uis médecin, signala le nabot. Entre confrère, on peut…
_ Nan.
_ Rooh, allez, quoi…
_ Nan. Ça ne présente aucun intérêt médical. N’insiste pas.
_ Pis il utilise des jutus, il est sûrement pas fiable, lui fait pas confiance… »

Kalem s’écarta en ronchonnant et grommelant dans sa barbe, mais fut rapidement rappelé par le chunin. Alors que les genins commençaient à s’impatienter (même Keiji. La présence des dodos, sûrement…) le chunin dut leur expliquer le problème.

« Je ne comprends pas, on m’avait pourtant dit qu’on m’envoyait quatre genins pour le transport, et je n’en ai que trois !
_ En même temps, on est pas obligé d’être à deux pour conduire ces machins, fit remarquer Kentaro.
_ C’est le règlement, s’entêta le chunin.
_ Pourquoi ?
_ Il faut un pilote et un copilote, c’est comme ça, voilà tout.
_ Héhé ! J’ai la solution, s’exclama Kalem. Admirez l’artiste ! »

Le nabot dressa une série de mudras et dans un « pouf! » sonore et beaucoup, beaucoup de poussières, fit apparaître sa fidèle invocation : Kassos le babouin à la lance.

« Héhé ! Alors, qu’est-ce que vous en dites ? Se rengorgea Kalem.
_ C’est un singe, fit remarquer Keiji, sceptique.
_ La honte, t’es plus petit que ton invoc’, s’esclaffa Kentaro.
_ Meutropas, c’est parce que je suis plus loin ! C’est la perspective !
_ Ouais, ouais, à d’autres…
_ C’est un singe, insista Keiji.
_ Ben oui, c’est un singe. T’as déjà entendu parler d’invoc’ humaine, toi ?
_ Mais il ne peut pas faire copilote.
_ Nan, ça s’ra moi. Lui, il sera pilote.
_ Le singe va conduire !? S’étouffa d’indignation le chunin.
_ Ben ouais, il a des mains, alors il peut tenir les rênes, cqfd, expliqua Kalem.
_ Mais il est hors de question que je laisse un singe conduire une charrette dans les rues de Narasu !
_ Rooh, c’est bon là ! Pis d’abord, c’est pas juste un singe : la preuve, il manie une lance ! Vous en connaissez beaucoup, vous, des singes lanciers ? Bon, ben s’il peut manier une lance, il peut tout à fait conduire une paire de stupides dodos, il est pas plus bête qu’un autre, hein.
_ Mais…
_ T’te façon, on va pas y passer la journée, hein, trancha Kentaro en chourant le plan des mains du chunin. C’est là qu’on doit se rendre ? Ok, on y va. »

Les deux duos prirent placent sur leurs charrettes respectives. Kalem et Kassos sur la première –Kalem soutenait mieux connaître la route sous prétexte qu’il avait fait une mission pas loin – et Kentaro et Keiji sur la seconde.
En digne feignasse patenté, Kentaro se débrouilla pour que ce soit Keiji qui conduise.

Au signal de Kalem (« Le dernier arrivé est une tarlouze ! »), le petit convoi s’ébranla.

*
* *

A quelques rues de là, au rez-de-chaussée d’une blanchisserie, le boss Quang briefait ses gaillards.

« Ecoutez-moi bien, les gars. Dans environs une demi-heure, le convoi de la bijouterie Samhein passera dans cette rue. Elle transporte un paquet de blé en liquide, et des montagnes de joailleries et de diamants comme vous n’en avez jamais vu. Et on va le chourer au nez et à la barbe du Kiritsu ! »

Cette annonce provoqua force hourra et grognement de contentement. Néanmoins, il y en eut un pour poser la question qui fâche.

« Mais boss, y’aura sûrement une garde ninja en escorte ?
_ Exact ! Répliqua Quang avec confiance. D’où le Plan Sournois©, qui va nous permettre de d’éliminer ceux du chariot de tête. Parce que les chunins sont toujours en tête, c’est bien connu. Ensuite, on s’occupe des genins et le magot est à nous. Et y’a plus qu’à filer et à nous la richesse et le prestige. »

Nouveau concert de hochement de têtes et de grognements approbateurs. Ça c’était un plan bien. Ce n’était pas un hasard si Quang était le chef, après tout.
C’est alors que la porte d’entrée s’ouvrit à la volée, bousculant deux gaillards au passage –il n’y avait pas beaucoup de place dans la petite blanchisserie – et qu’un des guetteurs entra en trombe, surexcité.

« Chef ! Chef ! Des chariots bâchés sont en train de remonter la rue !
_ Sacrebleu ! S’exclama Quang. Ces filous tentent de nous rouler en passant plus tôt que prévu ! Tout le monde à son poste ! »

Les gros bras du boss Quang s’ébranlèrent dans toutes les directions.

*
* *

Kalem exultait, il était en tête ! Il faut dire que Keiji n’y mettait pas beaucoup du sien, refusant d’essayer de doubler le nabot, sous le prétexte fumeux qu’une course-poursuite dans les rues, c’était dangereux. Ce qui faisait fulminer Kentaro, qui regrettait amèrement de ne pas avoir saisi les rênes quand il en avait l’occasion.

Néanmoins, les deux voitures menaient un train d’enfer, Kalem ne souhaitant pas se faire doubler par ses coéquipiers, et Keiji ne se laissant pas distancer, préférant que tout le monde reste groupé.

Alors qu’ils passaient dans une énième rue, hors du Gyosei Machi, un énorme cri retentit.

« Maintenant, mes gaillards !! »

A cette tirade, des types tirèrent sur une corde, ce qui eût pour effet de la tendre en plein milieu de la rue juste au passage du chariot de Kalem. Cette excellent tactique aurait du décapiter le conducteur, ou à tout le moins l’étrangler et le bouler à terre, n’eut été la petitesse de l’équipage, et la corde passa cinq bon centimètres au-dessus du nabot et de sa demi-portion pelucheuse.

Sans l’effet de surprise, le duo suivant n’eût aucun mal à réagir, et Kentaro trancha la corde d’un revers de scalpel bien senti.

« C’était quoi, ça ? Se demanda Keiji.
_ C’était délibéré, c’est une embuscade ! Déclara intuitivement Kentaro.
_ Tu veux rire ? Qui prendrait le risque d’attaquer des shinobis pour voler des gravats ? Plutôt un accident, c’est sûrement une corde à linge qu’allait être dressé quand on est passé. Kalem a eu chaud, ç’aurait pu mal finir.
_ Mouais… »

Kentaro marmonna dans sa barbe. Bizarre, d’habitude, son instinct ne le trompait jamais…

*
* *

« ç’a pas marché, boss…
_ J’le vois bien, triple abruti ! Foutu shinobi ! Plan B, les gars, on les prend en chasse !
_ On va se faire griller avec leur jutsu, boss !
_ Mais nan, si on reste mobile, ils oseront pas les utiliser de peur de blesser des civils ! En route ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait : les gaillards du boss Quang se ruèrent sur les chariots et dodos sensés servir pour la fuite, et une foultitude de charrettes et de chevaucheurs de dodos prirent en chasse le convoi.

*
* *

« Si ça se trouve, c’était un acte de résistance : ils avaient l’occasion de pourrir des gars de Kiritsu et ils ont tentés le coup, soutînt Kentaro.
_ N’importe quoi, répliqua Keiji. S’ils voulaient boxer du Kiritsu, y’a des tas de genins qui font des cibles nettement plus facile qu’une charrue à pleine vitesse. C’était un accident.
_ Nan, nan, nan… J’en mettrai ma main au feu, c’était délibéré.
_ Tu ne serais pas un peu paranoïaque sur les bords, toi ?
_ Pardon ? Je… ! »

Kentaro interrompît si brusquement sa phrase que Keiji reporta illico son attention sur le côté, pour voir ce que voyait son copilote. Ils étaient présentement en train de se faire doubler par un type chevauchant un dodo, avec un sabre entre les dents. Il était en train de se mettre debout sur son dodo et... Sauta sur l’attelage.

C’était sans compter les réflexes de Keiji, qui écarta illico le chariot, et le pauvre type se ramassa par terre.

« C’était quoi, ça ? S’étonna l’archer.
_ Jette un œil derrière, et redis moi voir que c’était pas intentionnelle. »

Un rapide coup d’œil apprit au jeune homme qu’ils étaient poursuivis par une demi-douzaine de chariots, autour desquels gravitaient une foule de chevaucheurs de dodos.

« M’enfin, ça n’a pas de sens !
_ Tais-toi et accélère ! »

Keiji ne se le fit pas dire deux fois, et fit piquer des deux à ses dodos. En un rien de temps, il rattrapa l’arrière du chariot de Kalem, et puisque ce dernier n’accélérait pas, entreprit de le doubler. De cela, par contre, le nabot s’en aperçut, et refusant d’être la tarlouze qu’arriverait dernier, intima à Kassos une manœuvre de blocage, rabattant son chariot dans la direction de celui de ses coéquipiers.

« Kalem ! Qu’est-ce que tu fous ?! Gueula Kentaro.
_ Bwahaha ! L’est pas né le péquenaud qui nous battra à la course ! Bande de loosers, prenez en de la graine ! Admirez mon expérience !
_ C’est moi ou il a pas du tout capté qu’on est poursuivi ?
_ Kalem, regarde derrière !
_ Bwahaha ! Hasta la vista, baby !
_ Keiji, rapproche-toi que je saute sur son chariot et lui colle une paire de baffe ! »

Mais l’archer ne put obtempérer : menacé de se faire écraser ses dodos entre les maisons et le chariot de Kalem, le jeune homme fit ralentir son attelage pour éviter l’accident. Et fut rattrapé par deux chevaucheurs de dodos.

L’assaut fut se déroula en un éclair : ils attaquèrent par chaque flanc, l’un armé d’une batte en fer et l’autre d’un katana. Keiji passa illico les rênes dans sa main droite et fit apparaître son arbalète en main gauche, la pointant directement sur le visage ricanant du bandit. Celui-ci eût juste le temps de se protéger, et le carreau plombé lui heurta l’avant-bras, lui faisant lâcher son arme. Un second tir le loupa de peu et le força à s’éloigner du chariot. Mal lui en prit, parce qu’il frôla de trop près les façades de maisons et boutiques, et se mangea une enseigne en pleine poire.
De l’autre côté, Kentaro attrapa directement le sabre sous les yeux médusé de son propriétaire, tira un grand coup pour pouvoir saisir le poignet du type, avant de le balancer d’un geste ample de l’autre côté du chariot, dans le vide.

« Je croyais que t’avais un Serment ch’ai-pas-quoi qui t’empêchait de frapper les gens, nota l’archer.
_ Et je ne l’ai pas frappé, précisa Kentaro.
_ Exact, au temps pour moi, convint Keiji. Les autres se rapprochent ?
_ Ils font de la place pour l’un des chariots, répondit le médecin en regardant derrière.
_ Ok, prends les rênes ! »

Sans laisser le temps à son compagnon de protester, Keiji lui plaça d’autorité les rênes dans les mains, avant de pivoter à demi de tirer sur le char de tête de leurs assaillants. Une pluie continue de carreaux lestés s’abattit sur les assaillants, mais sans grand succès : Kentaro dirigeait l’attelage comme un pied, à grand renforts de jurons, faisant de son mieux pour éviter de renverser les gens et de choper des trucs au passage. Par conséquent, le chariot suivait une trajectoire particulièrement erratique, tressautant en tout sens, sans être fichu de rester stable et droit plus de deux secondes d’affilés. Tout les talents d’archers de Keiji n’y pouvait rien, et la plupart des carreaux passèrent allègrement à côté de leur cible, dévastant les fenêtres, assommant des chevaucheurs de dodos, ou traumatisant les passants.

« Mais qu’est-ce que tu fous, Kentaro !
_ Je conduis, ça se voit pas !
_ Ben non !! Je peux pas viser dans ces conditions, et s’ils commencent à aborder notre chariot, on est mal.
_ J’ai une idée ! Reprends les rênes ! »

De guerre lasse, l’arbalétrier récupéra la direction du chariot et Kentaro se redressa.

« C’est quoi, ton idée ? S’enquit Keiji.
_ C’est ça ! »

Et d’un bond Kentaro se jeta sur le chariot qui les poursuivait. L’espace d’un moment, il sembla avoir loupé son coup et devoir atterrir au mieux sur les dodos, voire dessous dans le pire des cas, mais le médecin, d’un mouvement de jambes, déplaça son centre de gravité et grappilla la petite distance qui lui manquait. Renforçant son corps à l’aide de son Dayamondo Uwakama (Epiderme de Diamant) et concentrant son chakra dans son bras, Kentaro se prépara à donner une bonne leçon aux poursuivants. Malheureusement, un crochet désespéré du conducteur parvint à le décaler de la trajectoire du genin, et son poing rageur ne fit qu’arracher le plat-bord gauche de la carriole ainsi qu’une partie du plancher, provoquant la chute de la moitié de l’équipage.

Kentaro se réceptionna en grommelant, son plan ayant foiré. Notamment le coup où il était sensé détourné le chariot pour rejoindre Keiji. Il n’avait pas l’air malin, maintenant, tout seul au beau milieu de la rue !
Seul ?
Non.

Le reste de la bande du boss Quang déboulait à toute vitesse, jouant de l’avertisseur sonore à s’en casser la voix. Kentaro repéra le chevaucheur de dodo qui lui faisait frénétiquement signe de se pousser, et esquissa un sourire. Voilà qui allait le remettre en selle, au sens propre…

Pendant ce temps, Keiji avait piqué des deux pour rejoindre Kalem, dans l’idée de le mettre au courant de ce qui se passait derrière. Après de multiples chocs et accrochages, le genin parvint enfin à caler son chariot au côté de celui de son acolyte.

« Fonce Kassos ! On va paumer la course ! Accélère !
_ Kalem ! Ecoute-moi, on a un souci !
_ Qu’est-ce qu’il y a ? Hé ! Mais où est Kentaro ? Il a sauté en marche ? Mais il est vraiment pas possible, c’t empaffé !
_ Regarde derrière, tête de mule !
_ Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il… »

S’étant retourné, le nabot s’aperçut de la nature du souci susmentionné par Keiji. Il pivota d’un bloc pour se concerter avec son allié, et eût la surprise de parler avec une palissade. La rue aboutissait à deux embranchements, ne laissant d’autres choix aux chariots que de se séparer.

Derrière, le boss Quang ne décolérait pas. Son Plan Sournois© déconnait à plein tube ! Non content d’avoir évité son piège Makayavelique (inspiré de certains coups tordus d’une légende touffue de la pègre locale), les sbires de kiritsu venaient de se séparer pour brouiller les pistes. Et pas moyen de savoir lequel des chariots transportaient les richesses !
En quelques fractions de secondes, le boss fit rapidement le point sur ses forces. Ce qui fut vite fait : le chariot qu’avait explosé Kentaro avait du abandonner la poursuite, le moyeu menaçant de céder. Comme si cela n’avait pas suffit, le genin avait en plus éjecté l’un des chevaucheurs de dodos, et se marbrait copieusement la gueule avec les autres. Ne restait donc au boss Quang que quatre chariots pleins de gaillards pour boucler la poursuite.
Prudent, il décida de scinder sa force en deux, et assigna une paire de chariot après chaque fuyard.

Kalem se répandit en insultes, jurons, imprécations et autres scrogneugneux quand il s’aperçut que deux chariots avaient décidé de le prendre en chasse. Il poussa un soupir et commença à réfléchir à un plan.

*
* *

L’ambiance était pour le moins tendue, au "Palais de Jade". Affiché fermé depuis l’extérieur, le salon de thé était vide tous ses clients. Situé à l’angle de la rue des Lanterniers, le "Palais de Jade" était limitrophe des frontières du territoire de la mafia Gengo et du groupe de trafiquants Dokuya. C’était en quelque sorte un territoire neutre, qu’avaient choisi les deux factions pour se rencontrer pour leur transaction.
Chaque négociateur était venu avec sa cohorte d’hommes en arme, ni l’un ni l’autre n’ayant la moindre confiance en leur homologue. Tous se regardaient en chien de faïence, tendu, près à tirer les armes à la moindre entourloupe.

Mais après des mois de pourparlers, des jours de préparations et des heures de transactions, les négociations relatives aux fournitures de drogue et aux commerces d’armes semblaient enfin pouvoir trouver leur conclusion sans la moindre violence. Le négociateur des Gengo se saisit du sceau de son organisation, le posa délicatement sur l’encrier et…

Dans un fracas épouvantable, la vitrine du "Palais de Jade" explosa, et dans un maelström de morceaux de verres et d’éclats de bois, un chariot de l’apocalypse piloté par un farfadet démoniaque à la lance impie se fraya un chemin, renversant les tables, piétinant les chaises, et culbutant le négociateur des Gengo, tandis que dans un horrible ricanement retentit un terrible :
« Bwahaha ! Comment qu’on va les niquer ces cons, avec ce raccourci ! »

Moins d’une fraction de seconde plus tard, les hommes de main de la mafia Gengo dégainèrent leurs armes en hurlant. Les tueurs de Dokuya réagirent au quart de tours, et avant qui que ce soit ne puisse placer un mot, les deux factions se jetaient l’une sur l’autre. Au grand dam du chariot qui suivait, qui fut pris en sandwich au milieu des fous furieux et passa un fort mauvais quart d’heure.

*
* *

A quelques pâtées de maisons de là, Kentaro était aux prises avec les Dodotards. La situation commençait sérieusement à le saouler : soit il poutrait ses tocards et pendant ce temps, son dodo finirait immanquablement par renverser un passant. Soit il se concentrait sur la conduite et il n’était pas près de se débarrasser de ses agresseurs.

Un mouvement sur sa droite attira son attention, et il se baissa juste à temps pour éviter un coup de chaîne de l’un de ses adversaires. A la seconde attaque, il parvint à l’enrouler autour de son avant-bras, s’en saisit et désarma le type. Malheureusement, avant qu’il ne puisse s’en servir, ledit type se mit à distance, ayant déjà assisté aux conséquences de l’ire implacable du genin.

Kentaro en profita donc pour se rapprocher de son adversaire de gauche, et parvint à enrouler sa chaîne nouvellement acquise autour du bras de celui-ci. Les deux cavaliers luttèrent un moment, tandis que le genin essayait d’attirer à lui son vis-à-vis, qui faisait tout pour rester à distance.
La situation ne dura guère, puisqu’un cri retentit devant. Kentaro jura, lâcha la chaîne et bascula tout son poids le plus possible sur sa droite, déviant in extremis la course de son dodo et évitant de renverser le couple de vieux qui s’était trouvé devant lui.

Retour à la case départ…

La course effréné du Dodo l’emmenait au bout de la rue, laissant le choix à Kentaro de continuer tout droit – mauvais plan, la densité de piéton semblant s’accroître dans cette direction –, de tourner à gauche – bonne idée, cela le rapprochait du terrain vague et, techniquement, de ses coéquipiers. Si ceux-ci ne s’étaient pas perdus. – ou de tourner à droite – à oublier, car…
Le cerveau du jeune homme fit tilt, alors qu’un plan que d’aucun aurait considéré comme complètement dingue lui traversait l’esprit.

En tournant à droite, le genin allait couper perpendiculairement l’un des grands axes nord de Narasu, par laquelle transitait nombre de marchandises. La circulation y était dense, et composée notamment de gros porteurs. Le truc idéal pour semer des poursuivants, pour peu qu’on évite de s’emplafonner sur un transporteur. Trop fastoche !

Ni une, ni deux, Kentaro obliqua illico. Il lui fallut une fraction de seconde pour repérer les flux et reflux de la circulation et trouver un passage suffisamment sécurisé pour qu’il ait une chance de s’en sortir, et suffisamment dangereux pour que les types derrières s’en prennent plein la gueule.
Forçant son dodo a accéléré, le genin s’engouffra dans la double voie, frôlant les cornes d’un attelage de bœuf et évitant le cul d’un chariot blindé. Il dut aussitôt se déporter à 45 degré, avant de repartir presque à angle droit pour éviter de percuter la file de véhicule suivant. Derrière lui retentit plusieurs bruits sourds de choc, et des hurlements de colères et de douleurs. Ses poursuivants venaient de se retrouver hors course !

Cette pensé arracha un sourire victorieux au genin, qui s’effaça aussi vite lorsqu’il s’aperçût que cet instant d’inattention venait de le plonger dans la panade. Le médecin filait à pleine vitesse sur une remorque pleine de lourdes caisses.
Serrant les dents, Kentaro remobilisa son Dayamondo Uwakama et tenta la seule chose qui lui passait par la tête. Agrippant fermement le cou et les aisselles de l’animal, le jeune homme se jeta sur le côté, renversant le pauvre dodo glapissant. Le duo glissa sur le sol, manqua de percuter une roue, mais parvint à se faufiler sous le chariot.

Le cœur battant à tout rompre, Kentaro fit se relever son dodo et poussa un grand soupir de soulagement. Maintenant qu’il s’était débarrassé de ses poursuivants, ne lui restait plus qu’à retrouver ses équipiers.

Du côté de Keiji, la situation restait tendue. Ne pouvant pas conduire et tirer derrière lui en même temps, il en était réduit à se concentrer sur le pilotage, enchaînant les rues au petit bonheur la chance.

La situation était d’autant plus dangereux que ses poursuivants, eux, ne se gênaient pas pour le bombarder avec un tout ce qu’ils avaient sous la main.

Le genin bifurqua dans une large avenue et vit qu’il débouchait sur une petite place. Tentant le tout pour le tout, le jeune homme fit brusquement tourner ses dodos. La cargaison massive à l’arrière du chariot fit chasser le véhicule, qui entama un véritable demi-tour. Dans le même temps, Keiji invoqua ses arbalètes, et alors que le chariot commençait à faire face à ses assaillants, se mit à décharger consciencieusement son stock de carreaux invoqués.

Si plusieurs carreaux lestés heurtèrent pas mal de crânes et occasionnèrent nombres de bobos, celui qui emporta la palme fut incontestablement le projectile qui heurta le crâne d’un dodo, ce qui le dévia et l’amena à frapper la roue du chariot, pulvérisant un écrou qui disloqua la roue. Dans un cahot monstrueux, la partie touchée du chariot s’éleva, renversant la charrette dans les airs, qui tourbillonna sur elle-même en projetant son équipage en tout sens. Le second chariot eût tout juste le temps de s’écarter pour éviter son collègue, et Keiji en profita pour repart à fond de train, se faufilant à l’opposé.

A deux rues de là, Kalem vilipendait vertement ses poursuivants, ses équipiers, le chef de mission, Kassos, l’hôpital, le QG, Narasu et quasiment le monde entier qui s’était visiblement ligué pour lui pourrir la journée.

Son plan fumeux avait plus ou moins fonctionné, dans ce sens qu’il était parvenu à se débarrasser de l’un de ses poursuivants. Au détail près que c’était celui qui avait emprunté le raccourci qui n’était plus là. L’autre, un peu plus timoré sur les bords, avait soigneusement fait le tour et était parvenu à le rattraper… Autant dire que le raccourci n’avait servi à rien ! Il avait risqué sa vie à passer à travers la vitrine d’une boutique fermé, prenant le risque de se faire des blessures, tout ça pour rien. La misère…

Kassos ne ménageant absolument pas les dodos, le chariot commençait à perdre de la vitesse. De fait, le char de poursuivants commençait à s’approcher. Kalem intima bien à Kassos des manœuvres d’évitement, malheureusement sans succès. Le nabot jura dans sa barbe, le combat était inévitable.
Pour le coup, il aurait presque apprécié la présence d’un chikabrute à ses côtés. Presque.

Longeant son homologue, le char des bandits parvint à la hauteur de celui de Kalem. L’un l’autre tentèrent de s’envoyer dans le décor mutuellement, mais sans guère de résultat. Comprenant que tout cela allait se jouer au corps à corps, trois solides gaillards se jetèrent sur le chariot de Kiritsu, confiant dans leur capacité à vaincre le nabot.
Un monumental revers de lance leur fracassa la mâchoire et interrompit net leur saut, les laissant s’effondrer dans le vide. Kassos avait passé les rênes à ses pieds, libérant ses mains pour faire tournoyer sa lance. Ça a parfois du bon d’être un singe…

C’est à ce moment-là que Kalem décida d’entre en action, à l’aide de sa sarbacane et de ses fléchettes. N’étant pas un fin tireur et les soubresauts continues du chariots n’aidant pas, plusieurs fléchettes se perdirent dans la nature – pour le plus grand malheur de quelques civils à proximité – mais le nabot réussit tout de même le tour de force de toucher le pilote, qui s’effondra comme une masse.

Le chariot ennemi perdit très vite de la vitesse, tandis qu’en l’absence de directive, les dodos revenaient à un rythme moins contraignant. Ç’eut été le moment idéal pour s’enfuir, n’eût été que les deux compères de Kiritsu eurent deux réactions différentes : Kalem ordonna illico à Kassos de mettre la gomme, ce qu’appliqua docilement le babouin. Sauf que lui-même venait de décider de bifurquer dans une rue adjacente pour semer ses poursuivants.
La mayonnaise ne prit pas, et les deux actions se soldèrent par un monumental échec. Le babouin perdit le contrôle de son véhicule dans le virage, et la charrette percuta de biais le coin du bâtiment, se désintégrant sur le coup.

Après un vol plané de plusieurs mètres, les deux compères mordirent violemment la poussière, et il fallut quelques secondes à Kalem pour intégrer ce qu’il s’était passé et qu’elles en étaient les conséquences. Le chariot n’était plus que poussières, cure-dents et échardes, l’un des dodos s’était assommé contre le mur et l’autre était déjà au loin. Ce qui ne lui laissait plus qu’un singe pas très courageux et sa lance pour faire face à l’ennemi.
Kalem se retourna juste à temps pour voir débouler le chariot des brigands dans la rue. Cette fois-ci, les carottes étaient cuites…

C’est alors que Kentaro arriva à l’opposé, depuis une ruelle adjacente. La puce mise à l’oreille par le dodo esseulé qu’il venait de voir filer –son instinct lui soufflait que, d’une façon ou d’une autre, ça ne pouvait être le fait que des ses compagnons – le genin était prêt à réagir au moindre imprévu, peu importe ce qui se présenterait. Aussi, son dodo se présentait à peine à l’intersection qu’il avait déjà aperçu Kalem, à terre, Kassos, réfugié derrière son maître, ainsi que le chariot de brigand bien décidé à piétiné le nabot et son animal de compagnie.
Sans prendre réellement le temps de réfléchir, Kentaro fit fuser son bras, qui agrippa l’un des lampadaires, accélérant le changement de trajectoire de son dodo. Mobilisant son chakra dans ses muscles, le genin raffermit la prise de ses jambes autour du volatile, banda ses muscles et, d’une torsion des abdos souleva le ziozio du sol. La force centrifuge lui permit de poursuivre sa rotation autour de l’axe, et le genin n’eût plus qu’à relâcher ses jambes pour catapulter le volatile hurlant sur les assaillants.

Le projectile à plume franchît en une fraction de seconde la distance qui le séparait de sa cible, en une courbe gracieuse qui passa largement au-dessus de la tête de Kalem, avant d’atterrir sur le chariot, écrasant ses occupants, tandis que l'engin se disloquait sous son poids.

« ça va ? S’enquit Kentaro en rejoignant rapidement Kalem. Rien de cassé ?
_ Bravo ! T’aurais pas pu arriver genre… dix secondes plus tôt ? Par ta faute, on a perdu le chariot !
_ Par ma faute !? Dis donc, tu… Attends, comment ça « perdu » ?
_ Tu vois le tas de gravats là-bas, avec les morceaux de bois qui traînent partout ?
_ À côté du dodo sonné ? Ouais, pourq… Naaaaan…
_ Si, si, c’est le nôtre. Ça t’apprendra à faire le mariole à perpète pendant que les autres abattent le boulot.
_ Pitié, pourvu que Keiji s’en sorte mieux… »

Malgré sa prouesse de pilotage, Keiji n’était toujours pas tiré d’affaire, ses poursuivants ayant lâchement profité d’un raccourci pour regagner du terrain. Pour autant, tout ceci n’affectait pas le moins du monde son sang-froid et sa concentration, et donc ses capacités de pilotages. La course-poursuite se poursuivait.

Elle n’allait néanmoins pas tarder à connaitre un tragique dénouement s’il ne trouvait pas une solution rapidement, car ses dodos commençaient à donner des signes de fatigue, épuisés de tirer à ce train d’enfer le tas de gravats du chariot.

Tentant le tout pour le tout, Keiji tourna brusquement dans une ruelle, manquant d’exploser sa carriole contre un pâtée de maison, pis fila sur deux blocs, tourna de nouveau et encore une fois, et se retrouva de nouveaux dans l’une des rues qu’il avait emprunté plus tôt. Le dernier chariot de poursuivants lui collait toujours au train.
Comme prévu, l’imposante charrette chargée de caisses qu’il avait repérées commençait à être poussée hors de l’entrepôt, et encombrait déjà une bonne partie de la rue. Et il continuait à reculer.

Le jeune homme prit une grande inspiration, espéra vaguement ne pas finir une nouvelle fois à l’hôpital, et piqua dard-dard vers la charrette, escomptant passé dans l’espace qui se rétrécissait.
A une dizaine de mètres, il lui fallut bien se faire une raison : la fenêtre de passage se réduisait drastiquement, ç’allait merder.
Sauf si…

Pris d’une subite inspiration, Keiji adapta sa trajectoire pour passer sur une pile de petites caisses, priant très fort que la roue ne se brise pas. Il y eut un choc violent, mais le genin emporta son paris : le chariot se mit à faire du ‘une roue’, et passa à un cheveu entre la charrette et la façade de la rue.
Ces poursuivants eurent nettement moins de chance, ce qui mit un terme définitif à la poursuite, faute de poursuivants.

Quelques minutes plus tard, le genin débouchait dans le terrain vague, où l’attendaient Kalem, Kentaro, Kassos et un unique dodo.

« Heu… Rassurez-moi, le chariot est garé à l’abri, hein ? Demanda Keiji.
_ Nan. Y’a plus de chariot. Y’a que ce dodo.
_ Et encore, c’est le moins amoché de ceux qu’on a trouvé…
_ Vous avez perdu le chariot ?
_ Au moins, on aura pas à le décharger, hein… »

Les genins se racontèrent mutuellement leur péripétie tout en déchargeant l’unique chariot, puis se préparèrent à repartir, d’humeur maussade.

« Génial, on a perdu un chariot et un dodo dès notre première sortie… On va avoir l’air malin, commenta Kentaro.
_ En plus, ça va être retenu sur notre paye, ronchonna Kalem.
_ Donc on va être dans les négatifs. » Précisa sobrement Keiji.

Le trio reprit la route en direction du chantier, prenant soin de passer par un autre chemin qu’à l’aller. Les emmerdes, ç’allait bien cinq minutes, hein…

Mais alors qu’ils s’engageaient dans une large avenue, ils durent s’arrêter face à une foule compacte de jeunes gens surexcités. Tandis que Kalem invectivait copieusement ladite foule et que Kentaro proposait de foncer dans le tas pour qu’ils se poussent, Keiji fut hélé par le conducteur d’un autre chariot à dodos, qui venaient d’arriver à leur hauteur.

Keiji resta un moment sans voix, éberlué par l’engin : une charpente verte pomme, avec des flammes rouges qui couraient sur les flancs, des roues protégés par des genres de couvercles de poubelles en acier chromé, des lanternes bleues pétants accroché sous le chariot et des dodos de compèt’ débridés.
Il lui fallut un moment pour s’arracher à la contemplation du pittoresque engin et écouter le propriétaire.

« Wooouh, qu’est-ce c’est que c’tte poubelle, déclara le type. Tu vas pas participer à la course avec ce tas de bois, quand même !
_ Heu… Quelle course ? Demanda Keiji.
_ Hé, tu viens de la cambrousse ou quoi ? C’soir, y’a les grandes courses de la Kurobîru. Plus d’une cinquantaines de pilotes qui vont se défier les uns les autres en mettant leur caisse en jeu. C’est ze évènement du mois à Narasu, tout le monde sait ça !
_ T’entends quoi exactement par « mettre les caisses en jeu », intervint Kentaro.
_ Le perdant, i’repart à pied.
_ Et le gagnant récupère une deuxième caisse… Génial, s’exclama Kalem.
_ C’est plutôt risqué, nan, fit Keiji.
_ Une course, c’est jamais que du pilotage. On a nos chances !
_ T’as vu les dodos qu’il a ? On le battra jamais avec ce qu’on a ! Surtout qu’ils sont pas au mieux de leur forme…
_ Oh que si, annonça Kentaro. Un shoot d’adrénaline pendant la course et tu vas voir si nos dodos vont pas faire le poids !
_ Heu… rétorqua diplomatiquement Keiji.
_ Bon, adjugé vendu, décida Kalem. Je m’occupe de l’inscription.
_ La course n’est pas avant quelques heures, nota Keiji. Qu’est-ce qu’on va faire, en attendant ?
_ C’te question, rétorqua le nabot. On va customiser not’ caisse. Pas question de passer pour des blaireaux devant ces cons ! »
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Re: Narasu

Message par Chihousou le 7/6/2011, 18:14

Narasu l'enchaînée. Comme pour lui ce surnom était une métaphore véridique.
Des liens invisibles la contrôlaient désormais. Tout comme lui.
Transformée en animal de foire que l'on exhibe comme un trophée et que l'on espère contrôler. Jamais cette ville ne lui avait autant ressemblé.
Du balcon de son logement de fonction, Chihousou admirait les lumières de la nuit naraséene, un autre de leurs points communs: tout deux s'animaient lorsque le soleil se couchait.
Leurs destins semblaient s'entremêler, se déchirer pour mieux se retrouver. La ville du crime avait perdu sa liberté mais gardait en elle le fol espoir de la retrouver. Tout comme cet assemblage de rue et de bâtiments portait encore les stigmates de sa défaite, on devinait en regardant l'ancien déserteur les blessures d'une vie passée. Il n'avait que vingt et un an et pourtant chacun de ses gestes étaient désormais empreint d'une force calme comme celle qui irradie les mouvements d'un soldat expérimenté. Un homme touché par la vie mais par encore coulé par la mort, voilà ce qu'était désormais le Masaka: un cadavre potentiel. Un mort en sursis.

Si le corps du jounin était encore en état de marche, il ne le devait qu'aux drogues qu'il ingérait. D'ailleurs, un sceau de transport était exclusivement réservé au stockage de narguilés prêts à l'emploi. Plus que pour ses soins, la drogue lui avait été prescrite pour une autre raison. Elle finirait le travail entamé par Mahou: détruire les derniers bastions de son esprit...

Quelques mois plus tôt...

Cela peut paraître surprenant mais la cellule mahousarde dans laquelle était enchaîné Chihousou était la première qu'il visitait. Et ça ne lui plaisait pas. Il faisait froid, humide et noir comme dans un four. Il n'aurait pu dire depuis combien de temps il était enfermé mais les chaînes étaient déjà en train de lui manger les chairs. Ses mains et ses pieds étaient recouverts d'une épaisse couche de sang coagulé provenant de ses poignets et ses chevilles.
Assis en lotus, le jeune homme avait perdu tout espoir de sortir vivant de cet antre des enfers et attendait tranquillement que la mort vienne le cueillir. La seule question était de savoir comment celle-ci viendrait. Il ne pouvait mettre fin lui même à ses jours, on lui interdisait cette dernière liberté. Ses geôliers avaient même fixé sa langue à son palais de manière à ce qu'il puisse parler mais ne pas se couper la langue. Ses liens drainaient son chakra continuellement, le laissant dans un état de fatigue extrême mais suffisant à sa survie. On le forçait à ingurgiter une espèce de bouillie au goût ignoble pour qu'il ne meure pas de faim. Finalement, seule une erreur durant sa séance « d'interrogatoire » quotidienne semblait représenter un espoir mais un médecin était toujours présent pour s'assurer de son état de santé.
Alors qu'il allait, une fois de plus, glisser dans les méandres d'une douce inconscience, la porte de sa cellule s'ouvrit, il reconnut ses geôliers habituels. La torture allait pouvoir commencer...Pourtant, alors qu'on le trainer, il refusait de marcher pour aider ses tortionnaires, il remarqua que le chemin était différent du trajet habituel. Il n'aurait su dire comme il le savait, les couloirs de la prison étaient tous similaires, un véritable labyrinthe illuminé par quelques torches dont les flammes semblaient pouvoir s'éteindre à chaque instant, mais ça lui semblait différent. Peut être était-ce à cause de la présence d'un troisième homme qu'il ne connaissait pas, ou la tension inhabituelle qui régnait entre les geôliers, mais il le sentait. Quelque chose allait se passer. Restait à savoir si c'était bon pour lui ou non.

On l'amena dans une salle d'eau avant de le forcer à se déshabiller et se mettre contre un mur. Il était toujours enchaîné et se demandé quelle genre de nouvelle humiliation il allait bien pouvoir subir. On lui répondit en l'aspergeant d'eau à haute pression qui le colla au mur. L'eau le frappait, lui donnant l'impression de se faire boxer par des dizaines de rochers, sa cage thoracique semblait pouvoir rompre à tout moment et l'eau qui lui rentrait dans la bouche manquait de l'étouffer. Lorsque ce fut fini, l'homme qu'il ne connaissant pas s'approcha de lui comme pour l'examiner.

_Encore, ordonnat il.

L'ordre était soufflé mais le jet d'eau repris de plus belle, frappant une nouvelle fois Chihousou de plein fouet, martyrisant ses muscles et ses articulations fatigués par la captivité. Une fois terminé, l'homme s'approcha encore un peu plus de lui et le prisonnier put, enfin, observait ses traits. Si un mot pouvait décrire cet homme, ce mot aurait été « banal ». Il semblait avoir une trentaine d'années, sa carrure était moyenne, son crane était rasé, et des sourcils fins surmontés ses yeux marrons. Un militaire tout ce qu'il y avait de plus classique et pourtant. Pourtant il se dégageait de lui un charisme inhabituel. Cet homme était de la trempe des leaders, de ceux que l'on suit naturellement sans qu'ils aient à le demander.

_Avait vous encore de l'espoir Monsieur Masaka?

Cette question frappa Chihousou plus fort que l'eau qui venait de le mettre à terre. Avait-il encore de l'espoir? Il n'en savait rien mais cet homme attisait sa curiosité. Il était différent, quelque chose en lui était de la race de ceux qui dirigent le monde. Sans savoir pourquoi, le jeune homme se mit à rire. Là, nu, couché sur le carrelage d'une salle de bain aux douches en karcher, face à des hommes qui le retenaient prisonnier et le torturaient, il rigola. Un rire rauque qui le fit tousser immédiatement et souffrir plus encore. Sa réponse résonna dans la petite pièce.

_Maintenant oui.

Il fut surpris par sa voix. Celle-ci était éraillée, presque métallique, comme si ses cordes vocales ne savaient plus vibrer correctement. Elle était de celles qui font mal à entendre. Après un ordre qu'il n'entendit pas, Chihousou fut emmené dans une nouvelle pièce. Plus spacieuse, le mobilier restait spartiate et était constitué d'une chaise posée face à un miroir. On installa le jeune homme sur la chaise et il put admirer son reflet pour la première fois depuis longtemps.
Il ne se reconnaissait plus. Ses cheveux étaient plus longs qu'avant, ils retombaient en paquet sur son front. Une barbe hirsute, sans doute pleine de parasites, lui mangeait le visage. Son visage justement était plus émacié qu'avant, preuve de son amaigrissement, et à certains endroits on voyait clairement l'os qui courrait sous la peau comme si elle avait été posé dessus, sans muscles ni chairs dessous. Le reste de son corps n'était pas mieux et, s'il avait toujours été maigre, l'ancien gensouard était désormais rachitique. Un observateur extérieur se serait surement demandé si l'homme sur la chaise était encore vivant si celui-ci ne regardait pas sa nouvelle allure avec tant d'attention.

Moins d'une heure plus tard, lorsque Chihousou sortit de la pièce, il était méconnaissable. De prisonnier il était passé à clochard ayant trouvé des affaires propres. Ces dernières étaient trop amples pour lui et tenaient uniquement grâce à une ceinture dans laquelle il avait fallut faire un nouveau trou pour qu'elle soit utile. Après la coupe fraicheur et le relooking, le Masaka fut amené dans une nouvelle pièce qu'il reconnu comme étant une salle d'interrogatoire classique dans le sens où aucun instrument de torture n'était présent. Le ninja au crâne rasé était assis à l'autre bout de la salle et invitait le jeune homme, toujours sur le pas de la porte, à entrer. N'osant pas avancer il fut aider par les mains puissantes de ses geôliers qui l'aidèrent même à s'asseoir sur une chaise qui ne semblait attendre que lui.

_Enlevez lui ses chaînes.
_Mais monsieur, cet homme est dangereux et...
_Je vous ai donné un ordre. Une fois que vous l'aurez libéré, vous seriez prié de quitter cette pièce. Je vous remercie.


Une fois de plus, malgré le ton plus que correct de sa voix l'ordre qui était caché dessous ne faisait aucun doute et le gardien de prison n'hésita qu'un instant avant de faire tomber les liens de son prisonnier au sol et de sortir de la pièce. Les chaînes d'acier venaient tout juste de toucher le plancher que Chihousou ressentait le chakra coulait en lui, une quantité minime mais bien supérieur à ce qu'il avait gouté ces derniers temps.

_Chihousou Masaka. Déserteur de rang B, capturé il y a six semaines par un jounin et un chuunin de Mahou. Vous étiez notamment recherché pour désertion, meurtres et tortures. Vous êtes soupçonnés de bien d'autres choses mais nous n'avons pas le temps d'aborder ça maintenant. Au fait, vous ont-ils retiraient ce qui fixait votre langue?

Le ton était courtois, posé, similaire à celui d'un médecin énonçant les symptômes d'un patient à des étudiants. La voix quand à elle était monocorde presque...hypnotisante. Le fait est qu'elle allait bien au personnage et devant l'absence de réaction de son interlocuteur, celle-ci reprit.

_Je vais prendre ça pour un oui. Je me présente: Senku Heiken, kounin de Mahou. On m'a chargé de monter une équipe un peu spéciale en vue des évènements à venir et votre profil m'intéresse.
_...
_Toujours pas de réactions? Bien, alors je continu. Voyez-vous, dans le monde extérieur les choses s'agitent et un pavé a été jeté dans la mare géopolitique du Yuukan et ça, ça change votre position. Jusqu'à maintenant, en tant que déserteur captif vous subissiez interrogatoires musclés et, en tant que gensouard, vous étiez gardé en vie. Mais maintenant...la guerre est à notre porte!


Pour la première fois de son monologue, le kounin avait haussé le ton, laissant l'espace d'un instant transparaître sa fibre patriotique. Le fait est que la nouvelle fit tiquer Chihousou qui comprenait bien les conséquences de ce que venait de dire l'homme qui lui faisait face: avec une guerre sur les bras, le sort d'un déserteur n'intéresserait pas le village de la cascade. En clair, il n'y avait plus aucune raison pour qu'il soit gardé en vie. Senku Haiken avait remarqué que son petit discours avait fait effet et reprit ses explications.

_Vous n'avez pas envie de mourir n'est-ce pas? Pas encore en tout cas. Vous n'avez plus de patrie, votre famille vous a surement renié maintenant et n'importe quel ermite de cette planète a plus d'amis que vous. Vous êtes un loup solitaire insensible au monde qui l'entoure mais qui veut accomplir quelque chose, je me trompe?

Il visait juste. Le grand blond se complaisait dans sa souffrance depuis qu'il avait perdu espoir. Il s'était nourri de cette souffrance et l'avait emmagasinée, attendant le déclic qui lancerait la machine. Il venait de l'avoir. Il venait de comprendre ce qui l'animait. Le feu qui allumait son âme était celui de l'ambition. Et l'ambition n'était pas faite pour les trous à rats.

(…)

Ses espoirs et sa toute nouvelle volonté furent vite balayés par la dure réalité de la guerre et d'un arrangement qu'il avait mal jaugé. Pourtant ce dernier semblait plutôt simple, en échange de ses services et de la promesse de sa loyauté, Mahou lui offrait une nouvelle identité, un nouveau passé et tout les dossiers concernant la capture d'un déserteur du nom de Chihousou Masaka étaient désormais accessible uniquement aux personnes accrédités pour. C'est à dire le conseil du village, quelques jounins triés sur le volet, les kounins et ceux de rang égaux et supérieur.
Mais, alors que pour Chihousou Assinan, son nouveau nom, ce marché aurait du être un renouveau, il ressemblait plutôt à une fin. En quelques semaines de son emploi de tortionnaire, auquel s'ajoutait celui de bouc-émissaire de la troupe, son esprit se brisa. Il venait de découvrir une chose qu'il ne connaissait pas: la Peur (avec un P majuscule). Différente de la peur qu'il avait parfois ressentit lorsque la mort lui tendait les bras, plus insidieuse, plus profonde...

Cette peur avait ravivé le feu de ses blessures et les médecins de Mahou n'avait rien proposé de mieux que de l'opium qui, bien que réglant ses problèmes de peur et de douleur, avait finit de briser l'esprit déjà bien entamé par les souffrances physiques et psychologiques qu'il subissait.

(…)

Voilà qui il était devenu: Chihousou Assinan, jounin à l'histoire classique, arrivé là grâce à une longue mission d'infiltration à Arasu et promu après la guerre.

Une coquille vide...
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Re: Narasu

Message par Seol le 12/6/2011, 13:35

Nous nous réveillâmes aux premières lueurs du jour. Autant vous dire que, avec le peu de sommeil que nous avions eu, nous étions plus d’une humeur maussade. Nous descendîmes dans la salle commune pour y prendre un repas. Important, ce repas. Impossible pour moi de laisser passer ça. Bien entendu, vu la grande carcasse dont la nature m’a généreusement pourvu, il me fallait un repas plus que roboratif. A la plus grande hallucination de Iarwain.

_ Tu… Tu vas quand-même… pas bouffer TOUT CA !!
_ Bah ! Bien sûr que si. Faut bien que je me nourrisse.
_ Mais, comment tu fais ?
_ C’est plutôt à moi de te poser la question. C’est à peine un en-cas, ce que tu prends.
_ Comment ça ? Un café et deux tartines, c’est exactement ce qu’il faut. C’est plutôt toi qui fait n’importe quoi. Des œufs, des steaks, un grand bol de lait, des céréales, du pain, du beurre, de la confiture.
_ Ben quoi. Le p’tit dèj, c’est le repas le plus important de la journée, non ? C’est pas toi, en tant que médecin qui va me dire le contraire, si ?
_ Laisse tomber. Je veux même pas connaître ton bilan santé.
_ Mon quoi ?
_ Tu sais, les résultats des analyses que l’on pratique régulièrement pour savoir si on est en forme.
_ Jamais entendu parler.
_ C’est bien ce que je dis. Laisse tomber.

Une fois ce repas frugal englouti, nous sortîmes de l’auberge. Selon les informations du dossier – très vagues, soit dit en passant. Franchement, sur ce coup-là, ils abusaient – nous devions intercepter un colis. Nous savions aussi que ce colis était protégé par un groupe de mercenaires, qui devait arriver ce jour à Nobeoka, par la porte nord. Autrement dit, passer sa matinée à poireauter pour essayer de trouver les gus correspondant à la description fournie par le QG.
Histoire de passer un peu plus inaperçu, nous nous installâmes à la terrasse d’un bar qui donnait directement sur la porte. Alors que nous sirotions tranquillement un verre, nous fûmes abordés par une jeune femme que je mis quelques secondes à reconnaître :


_ Li-Ming !
_ Comment vas-tu, Hisoka ?
_ On fait aller. Ce foutu QG m’a collé une mission à faire. Et toi ?
_ Le monastère m’a envoyé ici, parce qu’il a eu des infos comme quoi il y avait une secte de nécromanciens dans le secteur.
_ Quoi ? T’es sûre ?
_ Non, pas encore. Il faut que je mène l’enquête.
_ Tu me tiens au courant ?
_ Bien sûr. Tu comptes me filer un coup de main ?
_ Evidemment. Dès qu’on a fini ce truc, je me mets à ta disposition. Et toi, Iarwain, ça te dit de nous filer un coup de main à purifier Nobeoka ?
_ Mouais… Mais tu sais… ‘fin, avec mon passé… je pense pas… le QG…
_ Ah ! C’est vrai. Tu sais quoi, j’irai voir le QG pour négocier. Genre action de rédemption, tu vois.
_ Ouais… ouais.

Oulà, il avait vraiment pas l’air emballé, là. Bon, on verrait plus tard. De toute façon, c’est pas comme si j’avais vraiment besoin de lui pour ce genre de mission. Mais j’aimais bien le bonhomme, même si nous n’avions pas énormément de points communs. Et, comme avec son passif, il semblait avoir des difficultés à se réintégrer, je voulais faire un geste. Pas grave, je reviendrais à la charge plus tard. Li-Ming partit enquêter, tandis que nous reprîmes notre attente.

_ Hisoka ?
_ Ouais ?
_ Ils ressemblent à quoi, les gars qu’on attend ? Parce que, s’ils passent, ça serait bien que je puisse les repérer. Au cas où tu les louperais.
_ T’insinues que je suis aveugle ?
_ Nan, mais deux paires d’yeux valent qu’une.
_ Mouais… Bon, alors, d’après les infos du QG, les gars sont au nombre de quatre. Ils sont vêtus de la même manière tous les quatre. Et ils transportent un colis. C’est pas préciser la taille de la chose.
_ C’est tout ? Pas de signe distinctif ?
_ Ah, si. Ils sont tous les quatre un tatouage sur le visage. Celui-ci, fis-je en le dessinant sur la table (手黄). Apparemment, cela signifierait Main Jaune. Ou un truc du genre. C’est un gang spécialisé dans le transport de marchandises en tous genres.
_ Tu veux parler de types comme ceux-là, là-bas ?

Je regardais vers l’endroit indiqué. Il y avait effectivement quatre gorilles à la mine patibulaire, vêtus de longs cache-poussières noirs, capuches rabattues sur les yeux, le tatouage en question sur la joue droite. Drôle d’endroit pour se faire tatouer. Oui, je sais, je suis plutôt mal placé pour causer, avec mon tatouage au dessus de l’’œil. Sauf que celui-là, c’est pas moi qui l’ai choisi. Alors que eux, c’est quand même un choix. Celui de leur boss, à tout le moins.

_ On dirait. Sauf qu’ils sont cinq, tes quatre loulous.
_ C’est vrai, mais le cinquième gars ne leur ressemble pas le moins du monde.
_ C’est pas faux. Tu crois que c’est lui le colis ?
_ Qu’est-ce que j’en sais ? Je ne suis pas dans les confidences ni du QG, ni du gang.
_ Je te demande pas si tu es dans les confidences de l’un, de l’autre ou bien de Bouddha. Je te demande ton avis. T’es un mec qui a roulé sa bosse et qui n’es pas complètement stupide ; Donc tu dois bien avoir un avis. Et bien je le veux.
_ D’une, je ne suis pas stupide, de deux oui, c’est possible. Alors, on fait quoi.
_ On intercepte, fis-je en me levant.
_ Attends ! Tu vas pas faire ça comme ça, en plein milieu de la rue, quand-même.
_ Ben, si, pourquoi ?
_ Mais pourquoi on t’a désigné chef de mission ?
_ Parce que t’es toujours en période de probation ?
_ Très drôle. Plutôt que de foncer dans le tas, tu veux pas essayer de biaiser.
_ Biaiser ?
_ Ruser ?
_ La ruse, c’est pour les lâches.
_ Oui, et bien, mieux vaut être un lâche vivant , plutôt qu’un héros mort.
_ Ouais, mais j’aurais l’impression de perdre le combat sans même l’avoir commencé.
_ Mais non. Faut voir ça comme ça : Si tu te bats et que tu gagnes, tant mieux. Si tu te bats et que tu meurs, ça ne compte pas, parce que tu es mort. Si tu t’en vas pour pas mourir, ça compte pas non plus, parce que tu reviens plus tard pour te battre encore. D’où, tu perds jamais. Même quand tu fuis.

Mouais. Vachement tordu, comme raisonnement. Mais bon, c’est un médecin, qui a probablement passé trop de temps dans ce trou perdu. D’un autre côté, c’était un point de vue qui me plaisait. Et puis, si j’y allais, il ne m’aiderait pas, le saligaud. Et le colis en profiterait pour s’échapper. Et ça, pas question. Le QG était suffisamment chiant pour me coller une mission supplémentaire si je me plantais. Et ça, c’était même pas envisageable. D’ailleurs, il allait quand-même falloir que je trouve un prétexte pour qu’il me lâche un peu de leste. Entre la chasse aux nécros et l’entraînement des gamins à l’Ultimate, j’avais pas des masses de temps à leur consacrer. Mais bon, chaque chose en son temps.
D’abord suivre discrètement nos quatre gaillards. Comprenez que je suivais Iarwain à une quinzaine de mètres qui lui-même suivait nos cibles à une dizaine de mètres. Ben ouais. Deux mètres zéro quatre, vous croyez que c’est discret ? Et que c’est facile à cacher ? Surtout quand vous ne maîtrisez pas les gen-jutsu. ‘fin, ça, c’était un choix. Les trucs de tapettes, c’est pas mon trip.
Au bout d’une vingtaine de minutes, nos quatre gaillards et notre colis entrèrent dans une auberge. Iarwain entra à leur suite, tandis que je faisais le tour du pâté de maisons, histoire de ne pas trop montrer que je suivais le jeune médecin. En pénétrant dans l’établissement, j’eus une désagréable surprise. Il n’y avait ni traces des suspects ni de mon coéquipier. De deux choses l’une, soit il était ressorti pendant que je faisais le tour, soit il avait été découvert. Dans un sens, ça revenait un peu au même. En effet, le seul moyen que j’avais de le retrouver, c’était de faire appel à Mikaijin. Sauf que ce n’était absolument pas discret. Et j’avais peur, qu’en faisant cela, je ne fasse repérer Iarwain, si cela n’avait pas été déjà fait.
Je m’asseyais à une table, commandais un verre de saké et me mis à réfléchir.


_ J'peux t'aider, gars? demanda le patron.
_ Merci. J'attends juste quelqu'un. En espérant qu'il ne se soit pas attiré quelques enmmerdes.
_ Ici, tout le monde a des emmerdes, fit le patron en retournant derrière son bar.
_ Génial, grommelais-je.

Qu’est-ce que j’allais faire ?


Dernière édition par Seol le 25/6/2011, 21:49, édité 1 fois

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Re: Narasu

Message par Keiji Nakajima le 13/6/2011, 12:38

Une course de char. Mais pourquoi est-ce que je n’étais pas étonné de cette nouvelle idée loufoque de mes partenaires ? Après la course-poursuite dans les rues de Narasu, ce n’était guère étonnant. D’ailleurs, cette même course-poursuite m’avait coûté pratiquement tout mon stock de carreaux. Donc, pendant que Kalem et Kentaro partaient fureter ici et là pour trouver des pièces que l’on pourrait utiliser pour améliorer notre char, je partis faire quelques emplettes.
Il me fallu négocier un petit peu avec les marchands d’armes pour avoir un prix. D’ailleurs, j’en profitais pour augmenter le nombre de carreaux que j’allais mettre dans chacun de mes coffres. Quelque chose me disait, qu’ici, à Narasu, les courses de char étaient tout sauf réglos. J’en profitais même pour faire un détour avant de revenir au hangar désaffecté dans lequel nous avions rangé notre char. Kentaro et Kalem n’avaient pas franchement chaumé. Ils avaient ramené de tout et de n’importe quoi.

Nous commençâmes par démonter les ridelles du char, ainsi que le banc, afin de ne garder que la plate forme de base. Puis, nous détachâmes les quatre roues du char, avant de démonter les essieux. Nous réinstallâmes un nouvel essieu, avec une longueur de moyeu un peu plus grande, afin de pouvoir mettre, de chaque côté, deux roues. Cette idée venait de Kalem. Selon lui, quatre roues permettaient de pouvoir continuer, même avec de la casse, tout en gardant une manœuvrabilité plus élevé, avec seulement un seul essieu. En y réfléchissant, j’étais assez d’accord avec lui. Je poussai le raisonnement plus loin en mettant des roues pleines à l’extérieur. De cette manière, il y avait peu de risque de nos roues se cassent à cause de la faiblesse des rayons. Bien que nous ayons trois dodos, nous n’avions pas le matériel pour pouvoir mettre un troisième de front. Et augmenter la puissance de notre motorisation. On en resterait donc sur à un deux dodos.


_ Hey, j’ai une idée, fit Kentaro.
_ Hum… j’le sens pas, répondit le pessimiste de service.
_ Vas-y, dis toujours.
_ Pourquoi je n’essaierais pas d’augmenter les capacités de récupération des dodos ? Avec mon acupuncture !

Kalem et moi nous regardâmes, l’air plutôt sceptique.

_ T’es sûr que ça va marcher ? demanda Kalem.
_ J’en sais rien. Mais ça doit pas être bien compliqué. Et puis, je le fais déjà avec des humains.
_ T’es au courant qu’un dodo, c’est un volatile, un piaf, zozio, fis-je. Bref, c’est clairement différent d’un être humain ? Nan, parce que dire que…
_ Et je te signale que j’ai des connaissances en tant que vétérinaire. Répondit Kentaro agressivement. Sinon, un steak de phalanges dans les gencives ?
_ Et ton serment ?
_ Ecoute. On a trois dodos. On a la possibilité d’en mettre que deux, intervint Kalem. Donc, tu as tout le loisir de t’essayer à tes petites expériences sur le dernier. Et si ça marche, alors, tu pourras passer aux deux autres dodos.
_ Par contre, tu te débrouilles tout seul, terminais-je.
_ Au fait. Moi aussi, j’ai une idée.
_ Vas-y, fis-je au nain.
_ Ce n’est pas la peine de faire l’injection d’adrénaline dès le début.
_ Sauf que faire une piqûre lorsqu’on est à fond, c’est quand même vachement ardu, comme exercice.
_ C’est vrai. Mais pourquoi on ne fabriquerait pas un système d’injection que l’on pourrait activer pendant la course.
_ Mouais. Pourquoi pas.

Aussitôt dit, nous nous mîmes au travail. Sur un char à dodos, vous avez trois barres, qui s’appellent des brancards et entre lesquels vous placez les animaux. Et les montures sont attachées à l’aide de courroies. En plus d’avoir des rênes pour les orienter. L’idée de Kalem était simple. Poser les seringues sur le brancard central et, grâce à un ingénieux système d’engrenages, activer les pistons à partir du siège du conducteur. Tout le système passait sous le brancard, afin que cela soit le plus discret possible. Non pas que nous ayons peur de nous faire prendre – Narasu sans tricherie, ce ne serait plus Narasu – mais autant rester discret. Cela nous prit une bonne quinzaine de minutes.
Pendant ce temps, Kentaro commença par batailler avec son dodo pour que ce dernier se tienne tranquille. Bien entendu, cela ne se fit absolument pas sans heurts. Et il finit par coller une droite au dodo qui tomba sans connaissance sur le sol. Pestant contre la stupidité de l’animal et, un peu contre son impulsivité – mais juste un peu, faut pas non plus pousser mémé dans les escaliers, non plus. Il s’activa alors à essayer de réveiller l’animal, non sans l’avoir bien entravé avant. Après maintes et maintes essais infructueux, Kentaro finit par se résoudre à le réveiller à grands coups de seaux d’eau.


_ Bon, maintenant que notre système de boost est en place, il faut faire le reste du char.
_ Ouais. Cela a même l’air de marché.
_ Quoi !? T’as l’air surpris, s’insurgea Kalem.
_ Ben, un peu, oui. On verra si ça marche bien en course.
_ Ah, tiens. J’ai trouvé comment le rendormir.

Nous attaquâmes le corps du char. Après mûres réflexions, nous décidâmes qu’un banc de conduite était complètement superflu. Le conducteur pouvait très bien être debout. Par contre, nous installâmes quand-même un système de ceinture permettant de libérer les mains du chauffeur. Ceinture fixée au bardage avant. Nous fixâmes ensuite des bardages sur les côtés, légèrement plus petits que celui de devant et surtout plus courts que le fond du char.

_ Ah ! J’ai trouvé. Ah, bah non, il bouge plus du tout.

Une fois les bardages latéraux fixés, nous ajoutâmes une barre allant de l’un à l’autre. Cette dernière était destinée aux coéquipiers. Debout, à l’arrière, ils allaient surtout servir de contrepoids dans les virages, afin d’aider le char à tourner.

_ Cette fois, c’est bon. Merde, il chie liquide, maintenant.

Il nous fallait attaquer la peinture, maintenant. Nous décidâmes, après une très âpre discussion – le bleu turquoise avec des lignes mauves de Kentaro avait été mis de côté – , de peindre en rouge sang, avec de longues flammes noires. Cela nous pris quand-même une bonne heure pour peindre ça comme il fallait. Ensuite, Kalem affirma que nos dodos étaient trop communs et qu’il fallait absolument faire en sorte qu’ils sortent du lot. Il décida donc de les peindre en noir, avec une ligne rouge vif sur le dos. Sur ce coup là, je l’ai laissé se débrouiller tout seul. Hors de question de m’approcher trop près de ces sales bêtes. Le nabot sortit sa sarbacane et tira deux fléchettes sur les animaux pour les endormir et faire son travail en toute tranquillité.

_ Cette fois, c’est bon ! Regarde comme il bouge bien. Il a l’œil vif.
_ Et le poil brillant, fis-je narquois.
_ C’est ça, fous toi de ma gueule !
_ C’est bon, c’est bon. Tiens ! Qu’est ce qu’il lui arrive ?
_ Et galère ! Alors, la bonne nouvelle, j’ai trouvé le moyen de booster l’organisme des dodos.
_ Et la mauvaise ?
_ Et bien, ça ne dure que quelques minutes, avant de vider complètement leurs batteries.
_ Autrement dit, c’est un truc qu’on peut employer qu’au dernier moment.
_ Ouais.
_ Et en pleine course, tu fais comment ?
_ Je lance mes aiguilles sur les bestiaux.
_ Bien sûr. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu. Tu veux me faire croire que tu peux viser deux points précis sur un char lancé pleine balle, en lançant les aiguilles simultanément ?
_ Et bien on verra ça le moment venu.

*
* *

_ Comment ça, on peut pas courir sur les duels ?
_ Il n’y a plus de places sur ces courses là. Il fallait penser à vous inscrire, répondit patiemment le responsable.
_ Kalem, tu devais pas nous inscrire ?
_ Euh… La flemme de le faire tout à l’heure.
_ Merde, alors. Comment qu’on va faire ? demanda Kentaro.
_ Il reste des places pour quel type de course ? interrogea Kalem.
_ Actuellement, uniquement sur les sprints.
_ Les sprints ? demandai-je.
_ Oui. A la différence des duels, qui se courent sur des distances de deux cents à quatre cents, les sprints se font sur des distances de trois à quatre kilomètres. Au lieu d’avoir un seul adversaire, vous êtes confrontés à sept autres coureurs. Et bien entendu, comme dans le cas d’un duel, ce sont les chars et les dodos qui sont en jeu.
_ Vous voulez dire que le vainqueur gagne sept chars ? demanda Kentaro avec un sourire carnassier.
_ Oui. Enfin, en théorie. Dans les faits, ce sont plutôt des épaves que le vainqueur récupère. Parce que, j’ai oublié de vous préciser que tous les coups étaient permis. Ou presque.
_ Presque ?
_ Oui, continua le responsable. Il y a quelques règles à respecter. Vous n’avez pas le droit de monter sur le char d’un autre concurrent pour le chasser. Vous ne pouvez pas non plus monter sur les dodos adversaires. A part ça, tout est permis.
_ La course commence dans combien de temps ?
_ Dans deux heures. Comme c’est l’évènement le plus important, il est placé à la fin. Et comme c’est aussi le plus dangereux, il n’y a pas beaucoup de volontaires. Il reste encore une place.

Nous nous écartâmes un petit peu pour discuter entre nous. Personnellement, je n’étais pas très chaud pour cette épreuve. Bien évidemment, Kalem et Kentaro étaient plus qu’enthousiastes. Et à deux contre un, je n’avais aucune chance de les faire changer d’avis.

_ Ok, on est partant.
_ Très bien. Signez ce papier, indiquant que vous déchargez les organisateurs de toutes responsabilités en cas de dommages corporels de quelle que nature que ce soit. Signez ce papier, stipulant que vous êtes au courant des règles générales et engageant votre char comme trophée de victoire. Enfin, payez la somme de six cents ryos pour régler les frais d’engagement.
_ Quoi ? s’indigna Kalem. Mais c’est du vol !!
_ Ecoutez, estimez-vous heureux de faire le sprint plutôt qu’un duel. Dans le cadre d’un duel, c’est mille deux ryos.
_ Mais, c’est une arnaque quand-même !!
_ Calme-toi, Kalem.
_ Il faut bien financer l’évènement de l’année prochaine, non ?

Forcément, vu sous cet angle. De mauvaise grâce, Kalem versa sa part, à savoir deux ryos. Comme Kentaro et moi-même.

_ Très bien. Soyez présent dix minutes avant le départ. Sinon, vous serez automatiquement donné perdant. Ah, une dernière chose, cette course fait l’objet d’encore plus de paris que les autres courses. Et les parieurs n’hésitent pas à intervenir dans la course, pour favoriser leur poulain.

*
* *

Nous repartîmes à notre hangar, non sans avoir fait quelques emplettes supplémentaires. Il faut dire que les dernières paroles du responsable de course nous avait fait réfléchir.
Kalem avait prit quelques bouteilles d’huile. Huile qu’il transféra dans deux gourdes de peaux qu’il fixa sous la calendre du char, à l’arrière. Une ficelle était reliée à chaque bouchon. L’idée de Kalem était de déverser de l’huile derrière nous pour que les dodos adverses ralentissent. Voire chutent.
Kentaro avait été chez un herboriste, collecter quelques plantes et avait préparé une mixture assez bizarre. Il l’avait mise dans des petites sphères d’argile. Il prit deux tuyaux qu’il fixa sur les brancards extérieurs et qui arrivait jusqu’au poste arrière. L’idée qu’il avait était de projeter ces billes d’argile, grâce à l’explosion d’un parchemin explosif, sur les cibles devant, pour que la mixture se collent sur les dodos et les ralentissent. Voire se colle sur le conducteur et le fasse tomber. Il avait fabriqué dizaine de boules d’argile.
Quant-à moi, j’achetais de grandes étoffes de cuir. Il me fallu faire quelques ajustements, mais je parvins à fabriquer des semblants d’armures que je fixais sur chacun des dodos. Avec les chutes, je pus même coudre – ‘fin faire en sorte que ça tienne quoi – des guêtres pour les pattes des volatiles. Bien entendu, ce fut Kalem et Kentaro qui se chargèrent de fixer tout ça. Avec ça, nos dodos étaient relativement protégés des projectiles qui pourraient leur être lancés. Kalem réitéra son motif noir et rouge vif sur les peaux, histoire de garder une harmonie des couleurs.


_ Bon, je crois que nous sommes fin prêts, fis-je.
_ Y a plus qu’à gagner la course, répondit Kentaro.
_ Il reste un problème à régler, intervint Kalem. Qui va conduire ?

Bien entendu, chacun de nous voulait conduire. Outre le fait que c’était un truc fun, les « copilotes » allaient se retrouver sur l’arrière du char, dans une position pour le moins… inconfortable. Au final, après une discussion assez virulente, nous tombâmes d’accord que, de toutes façons, ça allait forcément changer au cours de la course, en fonction des aléas de la course. Kalem commencerait la course en tant que pilote.

*
* *

Nous amenâmes notre char de compétition sur la ligne de départ. Il y avait sacrément foule. Juste de quoi faire passer le char. Comme nous étions les derniers inscrits, nous étions en huitième position. En fait, les chars étaient deux sur chaque ligne, avec le premier légèrement en avant par rapport au second. Autrement dit, il pouvait être facile de doubler le septième, car nous étions à côté de lui, par contre, le sixième allait être une vraie plaie à passer. Pour peu qu’il rate son départ et nous étions bons pour rester en dernière place.
Je pris le temps de remonter la grille de départ pour observer rapidement les autres concurrents. La bonne nouvelle, c’était que tous les chars étaient des deux dodos. Au moins, nous n’étions pas trop désavantagés. Pas trop, parce que les nôtres n’avaient pas été élevés dans ce but. Donc, le problème de l’endurance risquait de se poser, à un moment ou à un autre.
Le numéro sept, un char blanc et jaune, portait des pointes au niveau de ses roues. Sûrement pour casser les rayons des roues. A l’arrière, il semblait qu’il puisse laisser traîner des chaînes à clous, histoire qu’on ne puisse pas le coller de trop près. L’équipage était composé de deux grosses baraques, qui devaient peser plus lourds à eux deux, qu’à nous trois.
Le numéro six était entièrement bleu. Ses dodos étaient effroyables. Les muscles saillaient sous la peau. Ceux-là, c’était des dodos de compèt. Pas de doutes là-dessus. A part ça, je ne vis rien de louche sur la structure du char. Ce qui était relativement inquiétant. Impossible que ces deux types louches – un long manteau bleu, avec une capuche rabattue jusqu’à leur nez, avec un signe blanc sans le dos – n’aient pas prévu des trucs pour piéger les adversaires.
Le numéro cinq, c’était le gars qui nous avait branché sur l’évènement. Calendre vert pomme, flammes rouges sur les flancs, lumière bleue sous le char et chrome partout. Là encore, les dodos avaient été élevés pour ce spectacle, ça se voyait d’avance. A côté des lanternes bleues, il y avait des gourdes, rappelant vaguement notre système. Pas bon. De l’huile enflammée et adieu la victoire. Et un seul conducteur.
Le numéro quatre était un char plutôt discret en terme de couleur – gris clair et gris foncé. Il y avait un aileron fixé à l’arrière, et des ailerons sur les côtés. Pourquoi on y avait pas pensé ? Avec ça, la résistance au vent était clairement amoindrie ! Chose particulière, les brancards dépassaient d’un bon mètre les dodos et se finissaient par de très belles pointes métalliques. Génial, un éperon. Il allait falloir faire attention à ces deux demoiselles.
Le numéro trois était un char plutôt informe et dont l’état était pire que notre char initial. Ce qui était bizarre, c’était qu’il était très haut. En fait, il avait une plateforme supérieure, avec des créneaux. Bref un poste de tir idéal. Chose pour le moins surprenante, c’était quatre gamins qui conduisaient ce char pour le moins bizarre.
Le numéro deux était un véritable tank. Du métal partout ! On ne risquait pas de le disloquer, celui-là. Et les dodos ! Si certains avaient des dodos de compèt, ceux-là avaient certainement élevé aux hormones de destruction massive. C’était plus des dodos taillés pour la compèt, mais plutôt pour la guerre. Et le type qui était dessus était un véritable colosse, avec casque de fer, cuirasse métallique. Certains l’appelaient terminator. Drôle de surnom.
Le numéro un était clairement taillé pour la vitesse. Calendre sur-abaissée, ailerons à l’arrière et sur les côtés, une coiffe profilée sur la tête des dodos, qui ne semblaient pas si puissants que ça. La pilote, d’après ce qu’il se disait, n’était pas visible. Et il semblait que ce soit ce char le favori de la course. D’après ce que je comprenais, le pilote avait déjà remporté quatre fois cette course, ce qui était tout bonnement exceptionnel, d’après les conditions de course. D’autant plus que c’était à chaque fois avec ce char.


_ Ben, les gars, on est pas dans la merde.
_ Mais non, mais non, relativisa Kentaro.
_ Il a raison. Tu vas voir, je vais les bouffer, au démarrage, [i] confirma Kalem.

_ Mouais. Vous avez jeté un œil aux autres concurrents ?
_ Pas la peine. Je vais les bouffer au démarrage.
_ Mouais. Bon, à tout hasard, j’avais pris de la Kétamine.
_ Tu parles bien du puissant anesthésique, utilisé en médecine vétérinaire principalement, demanda Kentaro.
_ Oui. Entre tes aiguilles d’acupunctures et la sarbacane de Kalem, on devrait pouvoir réussir à ralentir les dodos en les touchant directement.
_ C’est pas très loyal, ça, dit Kentaro.
_ C’est pas peut-être pas très loyal, mais ça permet de régler bien des problèmes.
_ Messieurs les coureurs, en position !

Tout le monde se mit en place. Kalem aux commandes, Kentaro sur la gauche et moi-même sur la droite.

_ TROIS !
_ DEUX !
_ UN !
_ PARTEEZZZZ !!!

Dès le signal donné, les huit attelages démarèrent…
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Re: Narasu

Message par Kezashi le 16/6/2011, 00:40

Le soleil commençait doucement à décliner quand Kezashi sortit du bâtiment administratif accompagné d'un Chuunin. L'homme à la carrure imposante était vêtu d'une veste légère et d'un pantalon bouffant de couleur beige, recouvert d'une grande cape épaisse de la même teinte qui traînait sur le sol. Il portait aux pieds de simples sandales en cuir. Son visage long et marqué arborait un grand sourire presque forcé mais très habituel chez le jeune homme. Alors qu'ils redescendaient les marches du bâtiment officiel, Hukizu rabattit machinalement la capuche de sa cape sur sa tête, cachant à demi le bandeau de Gensou. Son compère aveugle fit de même et réajusta sa cape brune pour mieux se protéger du vent qui s'était levé en fin de journée.

- Tu aurais pu y aller un peu plus doucement avec eux, lança le Chuunin en se mettant à rire.
- J'ai fait comme d'habitude, répondit Kezashi.
- C'est bien ça le problème mon ami. Tu y vas toujours un peu fort. Je ne pense pas que le QG t'ai donné ton grade pour ta diplomatie. Vu le nombre restreint d'effectif présent à Narasu, ils n'ont pas eu le choix.
- Question de point de vue. Je conçois la diplomatie de façon... Agressive dirons nous, expliqua le Jounin d'un léger sourire qui fit éclater de rire Hukizu.

Le jeune homme avait fait la connaissance de Kezashi durant l'examen Chuunin à Bazaka. Il l'avait chargé d'enquêter sur les autres examinateurs. Peu de temps avant le début de la guerre, l'aveugle avait monté une équipe d'éclaireur après sa promotion au grade de Jounin. Quand Gensou honora son alliance avec Chikara et entra en guerre contre Nagame, l'équipe d'éclaireur fut envoyée rapidement près de la ligne de front.
Au fil des missions, Hukizu avait appris à connaitre le Jounin. Sa froideur et son franc-parler déstabilisaient certes au début. Mais en mission, le chef d'équipe se révélait particulièrement attentif et savait garder son sang froid en toute circonstance. Son manque d'expression et d'émotion s'effaçait avec le temps.

Les deux hommes rejoignirent le groupe de Genins qui les attendaient sagement en bas des marches. Sans leur prêter grande attention, ils continuèrent leur discussion et s'engagèrent dans la rue. Les trois gamins leur emboitèrent le pas sans broncher.
Les commerces commençaient à fermer boutique. Les vendeurs débarrassaient leurs étales des marchandises non vendues de la journée. Les serveurs des cafés et des bars ramenaient les tables et chaises des terrasses qui ne trouvaient plus client à l'intérieur des enseignes. Certains faisaient de la résistance comme à chaque fermeture. Un vieil homme interpellait un vendeur de fruits et légumes pour savoir s'il lui restait quelques oranges à lui vendre, alors que le commerçant rangeait sa dernière palette. Un autre prenait son temps pour examiner le rouleau de tissu qu'il frottait entre ses mains pour estimer sa qualité, irritant tout particulièrement le négociant qui aurait bien voulu fermer rapidement ce soir.
Le groupe de ninja ne passait pas inaperçu dans l'avenue. Les badauds s'étaient néanmoins accoutumés à la présence fréquente des patrouilles des forces d'occupation. Mais ce ninja portant un bandeau sur les yeux et marchant comme si de rien n'était, attirait tous les regards. L'aveugle s'était habitué aux remarques des passants comme il avait toujours dû le faire à Gensou. Il n'y prêtait plus attention.
Quand ils passèrent devant une enseigne d'assurance, un bruit fracassant à l'intérieur du bâtiment les surprit. Quelques cries suivirent.
Hukizu regarda Kezashi qui n'avait bien entendu pas tourné la tête, pour écouter les ordres. Mais celui ci ne dit rien.

- Kezashi? Tu veux qu'on intervienne? Demanda perplexe le Chuunin.
- Pas pour le moment. Je vais sonder le bâtiment. Ce n'est peut être rien.
- Entendu.

L'aveugle retira sa capuche et se mit accroupi face au bâtiment. Il joignit ses deux mains pour former un mudras. Très concentré, il ne dit rien pendant deux minutes. L'édifice était imposant et il lui fallait un certain temps pour l'étudier. Puis Kezashi sortit subitement de sa torpeur et jura à voix basse.

- Hukizu! Établis un périmètre de sécurité discret autour du bâtiment, ordonna rapidement le Jounin. Il y a une sortie à l'arrière.
- Que se passe-t-il? Questionna le second.
- Rien de très grave. Quand je t'appellerai, rentre par la porte principale et rejoins moi dans le hall en prenant la grande porte sous l'escalier.
- Rhooo tu m'énerves quand tu veux rien me dire comme ça. J'aime pas attendre sans savoir tu le sais.

L'aveugle ne répondit pas et se dirigea d'un pas pressé vers la bâtisse, laissant Hukizu vexé donner ses premières recommandations aux trois Genins. Le Jounin prit une grande impulsion pour se hisser jusqu'à la balustrade du premier étage. Il donna un léger coup d'épaule dans l'encadrement de la fenêtre qui s'ouvrit aussitôt puis il disparût.

Evaline inspecta rapidement les lieux et les forces en présence. De toute évidence, il fallait qu'elle s'en mêle. Oboro ne pouvait pas venir toute seule à bout des dix imposants "employés" qui lui couraient dessus. Evaline espéra intérieurement que ce ne soit que de la gonflette pour faire peur. Oboro coupa l'élan de ses agresseurs en leur envoyant l'une de ses deux étoiles qui vint se planter directement dans la jambe de l'un des molosses. L'homme tomba au sol et se tordit de douleur en essayant d'enlever l'objet de sa souffrance. Le groupe se sépara en deux. Cinq pour Oboro et quatre pour Evaline, pensant surement que l'oratrice sur la table était la plus expérimentée.

- Souviens toi Obo' qu'il ne faut pas les tuer, lança Evaline en se dirigeant vers la table qui la séparait des sangliers qui la chargeaient. Il nous les faut vivant pour les interroger.

Trop occupée pour lui répondre ou pour faire mine de ne pas l'avoir entendu, la jeune femme se jeta sur l'un des gardes, le frappant du pied en plein visage. Quand Oboro frappait, elle frappait fort et l'homme n'avait pas vraiment la tête dure. Il essaya de se relever sans succès et tourna de l'oeil. Très peu intimidé, le garde le plus proche envoya son poing vers la Genin qui venait de se réceptionner adroitement. Elle se pencha pour éviter le coup et frappa fort là où ça fait mal. Troisième garde à terre pour un petit moment. Un autre garde se jeta immédiatement tête baissée pour l'attraper pensant profiter d'un moment d'inattention de la jeune femme. Sans comprendre ce qui lui arrivait, l'assaillant se retrouva à faire un câlin à son collègue castra.

De son coté, Evaline venait d'attraper la table devant elle et l'avait balancé sur le groupe ennemie qui lui faisait maintenant face. Deux des gardes l'esquivèrent. Les deux autres légèrement en retrait n'eurent pas le temps de voir arriver le projectile pourtant imposant. La table se fendit en deux à l'impact et immobilisa les réceptionneurs au sol.
Les deux attaquants restants se stoppèrent net d'étonnement. Leur adversaire n'était pas en position d'attaque. Non, elle était assise sur une chaise, les jambes croisées, une main entre les cuisses et l'autre qui caressait du bout des doigts ses lèvres humides. La nymphe ôta les doigts de sa bouche et fit signe aux étalons d'approcher. Ils ne se firent pas prier. Les deux hommes à présent très dociles se présentèrent rapidement devant l'objet de leur désir. La belle brune se redressa sur sa chaise et commença à leur caresser l'entre-jambe.

- Maintenant à genoux mes mignons, leur dit-elle en se relevant.

Ils s'exécutèrent sans la quitter des yeux. Evaline passa délicatement sa main sur la joue de l'un des soumis sous le regard du second manifestement jaloux. Elle tendit son autre main pour le caresser à son tour. Ils exultèrent... trop vite.
La Chuunin saisit brutalement les deux têtes et les fit s'entrechoquer. Les deux gardes s'effondrèrent.

Le responsable de l'établissement qui se trouvait en retrait à l'autre bout de la pièce hurla sur son second.

- Pourquoi tu as embauché des incompétents pareils? Ces deux abrutis se sont gentiment mis à ses pieds sans qu'elle n'ait rien demandé. Qu'est ce qu'elle leur a fait?
- Qu'est ce que j'en sais moi? Répondit bêtement son bras droit.

Au même moment, Oboro venait de se débarrasser des deux ennemies qui lui restaient. Elle attira son attention sur les deux compères qui se disputaient.

- Allez protège moi, triple idiot. Je vais quand même pas me battre à ta place, hurla de nouveau le gérant.

Aussitôt ordonné, aussitôt exécuté. L'homme se mit à courir vers Oboro qui venait à nouveau de grimper sur la table. Pendant ce temps, le responsable prit la fuite.

- Obo'! L'autre s'échappe, cria Evaline.
- Je suis un peu occupée, tu ne vois pas? Répondit sa consoeur en s'engageant au corps à corps avec son nouvel adversaire.

Evaline se trouvait à l'opposé du fuyard. Elle pesta et traversa le hall avec célérité. Trop tard.

- Au revoir mes belles, glapit le gérant.

Alors qu'il accompagnait ses paroles d'un geste de la main. Un Kunaï vint se planter dans sa chemise au niveau du poignet, lui bloquant la main droite contre la porte. L'homme tourna la tête vers son bras entravé. Un nouveau Kunaï se planta à deux centimètres de son nez. Le responsable hurla de terreur et leva son autre bras pour indiquer qu'il se rendait. Un nouveau projectile se ficha dans la chemise du second bras.

- On dirait que j'arrive à temps.

Oboro, son adversaire et Evaline firent volteface pour observer qui s'exprimait. Ils aperçurent un homme aux vêtements sombres et amples assis sur l'une des rambardes entourant la mezzanine qui faisait office d'entrée vers les bureaux au sud du bâtiment.

- C'est qui ce clown? Adressa Oboro en direction de sa partenaire.
- Kezashi, répondit-elle faussement surprise.
- Kezaquoi? Tu le connais?
- J'ai bien peur que oui.

Oboro fixa quelques instants l'intrus qui semblait légèrement embarrassé la Chuunin. Puis elle ouvrit de grands yeux de stupéfaction.

- Je rêve ou il a un bandeau sur les yeux? Comment il a fait pour lancer des Kunaïs à cette distance?
- C'est un peu long à expliquer. Je te raconterai plus tard, répondit Evaline.

Kezashi balança ses jambes pour se donner un peu d'élan et bondit sur la table la plus proche.

- Je vois que tu as fait progresser ton désir de la nymphe, fit remarquer l'aveugle. Tu peux maintenant l'utiliser sur deux cibles.
- Tu es impressionné, avoue?
- Par ta technique pas du tout, répliqua-t-il. Par ta discrétion? Nettement plus. C'est comme ça que tu mènes une enquête? Rappel moi de ne plus t'en confier à l'avenir.
- Mais il sort d'où c'ui là? Rétorqua Oboro. 'Ttends, 'ttends, tu vas pas le laisser te parler comme ça j'espère. Humilité, il connait?
- Evaline, pourrais-tu apprendre à ton élève à se taire? Coupa net Kezashi.
- Élève?
- Mon ancien Sensei ne prend jamais la peine de se présenter, expliqua Evaline à Oboro. Je te présente Kezashi Hykao Jounin de Gensou et accessoirement mon supérieur à Narasu.
- Oh... Hykao, dit Oboro d'un signe de la tête.
- Ton adversaire se fait la malle, répondit Kezashi en montrant du doigt le fuyard.

Oboro se retourna aussitôt et frappa l'homme en fuite avec le manche de sa hache.

- Je vous ai entendu vous battre depuis la rue. J'espère que vous avez assez d'éléments qui légitiment ce bocson? Mais assez parlé pour le moment, dit-il sans leur laisser le temps de se justifier. Je vous attends au QG dans une heure pour votre rapport.

- D'accord chef, répondit Evaline d'un ton très ironique.

Le Jounin tourna les talons et se dirigea vers la porte principale qui s'ouvrit au même moment. Hukizu entra accompagné de deux Genins.

- Appel des renforts pour emmener tout le monde au QG pour un interrogatoire, ordonna Kezashi.

Hukizu lui emboita le pas pour appeler des renforts.

- Il est toujours aussi aimable? Demanda Oboro après s'être assuré que l'aveugle ait quitté le hall.
- Kezashi? Là il était dans un bon jour, répondit Evaline. Il aime bien faire son mec froid mais on se connait beaucoup trop pour que ça m'impressionne. Je l'ai laissé faire parce que tu étais là sinon il aurait essayé de faire son grand chef.
- Vous vous amusez bien dis donc.
- Maintenant que tout le monde est au tapis, on va pouvoir reprendre la fouille avant d'aller les interroger. Je te laisse les bureaux au sud. Je viendrai te donner un coup de main quand on aura embarqué les gardes.

Oboro s’exécuta.

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Re: Narasu

Message par Kalem le 19/6/2011, 11:15

« PARTEEZZZ !!! »

Yeehaa ! Au galop mes grandes ! À peine commencée, les différents chars s’espaçaient. Nous étions placés vers le milieu. Bref, une assez mauvaise place compte tenu du fait qu’on pouvait être la cible de tous.

« Alors, ça va ?
-Conduit mieux !!! On est secoués un max !
-C’est ça qu’est marrant, bande de nazes…
-Bon, on va lâcher l’huile !
-Déjà ?!
-Ben on a que trois kilomètres !
-Donc largement le temps, lâche ça ! »

Ce qu’il fit, avec assez de maladresse, car alors que j’évitais un pierre, la gourde rebondit et alla se foutre en plein dans la tête des dodos du n°6. Elle explosa et l’on entendit piailler les volatiles, le fatras causé par tout ça me fit perdre les rênes que, alors que les dodos du 6 fonçaient dans les pics acérés du numéro 7, je me dépêchais d’aller chercher. Malheureusement, le terrain était caillouteux et j’avais la tête comme un marteau piqueur. BLAM !!! Le char 6 était renversé, les dodos blessés et remplis d’huile. Bref, plus que… six !

« Hey, y a pas quelqu’un qui voudrait m’aider à récupérer ces foutues rênes de con !!
-Merde !
-Quoi ?! Je suis occupé !
-Relève la tête bougre d’andouille ! »

Au moment de me redresser, mon crâne frappa ce qui semblait être une batte de base ball. Peu habituel. Maman qu’est ce que tu fais là ? Mais ce n’était pas ma mère. Le coup me fit trébucher et atterrir entre les deux animaux. Point positif, j’avais récupéré les rênes, point négatif, nous volions au devant de graves ennuis.

« Vous inquiétez pas ! Je vais bien !
-On s’en branle ! Essaie juste d’éviter le truc qu’est devant toi !
-Nan !!! »

Je regardais les regards, amusés pour Kentaro et horrifié pour Keiji, de mes coéquipiers… C’était assez drôle. Pour une fois que je m’amuse, on va me laisser faire non ? Je pris donc une sorte de tremplin, assez mal fait il faut le dire pour élever le chariot d’une demi douzaine de mètres. Kentaro en profita pour lancer ses boules d’argiles. Keiji tira quelques carreaux. Ils visèrent les mioches du char n°3.

« Aha, bien fait, dans vot’ face !! Hurlais je.
-Bien visé, hein ?
-Mouais, pas mal… »

L’atterrissage fut un peu dur. Tout d’abord pour mon entrejambe, placé sur une barre de bois. Mais aussi pour le chariot qui perdit une roue. Heureusement, les autres n’eurent rien.

« Kentaro, Keiji, j’vais faire un arrêt au stand !
-T’es malade ! Continue !
-Il nous manque du carburant bordel !
-Du carbu..quoi ?
-J’ai faim !
-Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ?
-J’ai faim maintenant, avant j’avais pas faim ! »

Merde, pourquoi ils ne me laissent pas aller manger. Bon, finissons cette course de merde et… mais y fait quoi ce char ? Le char n°7 s’était arrêté. Le char en lui même n’avait rien. Que ce passait il ? J’explosais alors d’un rire sinistre.

« Ta gueule Kalem !
-C’est juste que le char 7 s’est arrêté ! Leurs dodos sont épuisés, ils ne peuvent pas porter aussi gros !
-Reviens sur la passerelle, fit Keiji, et regarde devant toi !
-Mais je vous emmerde. J’ai déjà fait une course avec des dodos. C’était avec une salope. Je veux dire un nyctalope…
-Super… »

Tranquillement, j’essayais de remonter sur l’habitacle, et je vis partir un carreau. Mais qu’est ce qu’il fout bordel ?

« Keiji, n’use pas tes armes comme ça !!!
-Regarde si c’est pour rien ! »

Le bringuebalement du char me fit croire que l’explosion que nous venions d’entendre provenait de chez nous, mais lorsque enfin, je pus me remettre debout à l’avant du char, je vis le char n°5 en feu. Keiji avait visé les gourdes, pleines d’huile de roche et, le parchemin explosif attaché au carreau avait explosé et ça s’était enflammé.

« Bien visé ! Maintenant, faut accélérer, y a plein de monde devant ! »

Sur ce, je donnais un coup de fouet sur le derrière de l’animal qui accéléra un peu plus et fit une nouvelle fois s’ébranler le char. Soudain, une ombre passa par dessus notre tête. Bizarre, pas un seul nuage… Merde, c’est autorisé ça ? Le char numéro quatre volait, littéralement, à une dizaine de mètres du sol à l’aide d’un système de réacteurs aux parchos explosifs. Et il devait bien aller à houlà… deux fois notre vitesse. En tout et pour tout, il devait nous rester un tiers de la course et nous étions derniers. Nous allions finir quatrièmes. Le char qui volait premier, assurément. Le char numéro deux, le blindé avait été attaqué à maintes reprises, mais pas moyen de le faire baisser sa garde. Quant au char numéro un. Il était pour l’instant en tête et il était inatteignable.

« Bon, Kentaro, maintenant !
-Maintenant quoi ?
-Ben active ton truc à dodos !
-C’est mort, il nous reste un kilomètre !
-C’est la seule solution ! Enfin, il nous en reste une autre, mais il y a 50 % de chances pour qu’elle marche !
-Et c’est ?!
-Mes pilules roses dans mon sac ! »

Pendant que nous étions en train de délibérer sur la marche à suivre, un boum se fit entendre. Le char numéro quatre -celui qui volait- venait de se faire descendre par le lance-pierre du deux. Ceux ci avaient deux cents mètres d’avance. Et étaient à peu près à hauteur du un. Que personne ne pouvait faire flancher.

« Bon, je rajoute ta pilule à ma mixture !
-Attention, ça va saigner !
-Quoi ?!!!
-C’est une plaisanterie, hémoglobinsky !
-Okay ! Bon, on y va ! »

Kentaro, aidé de Keiji, lança ses aiguilles qui lancèrent les dodos au triple galop. Il restait à peine cinq cent mètre et ils avaient désormais trois cent mètres d’avance. Mais on avançait plus vite qu’eux désormais. Et mes pilules de réveil de dodo étaient efficaces quand elles ne nous empalaient pas dans un arbre.

« Youpee, sans les mains !
-Kalem, rattrape les rênes bordel !
-Faites chier à la fin… je vous emmerde !
-Mais c’est pas vrai ce type…
-Fuck you all !!! On va gagner ! »

C’était vrai, on gagnait millimètre sur millimètres, centimètre sur centimètres, décimètre sur décimètres, mètre sur mètres… Mais qu’ils aillent se faire mettre, derrière !

« Bordel, j’étais en train de montrer que j’étais un crack en unités, et vous foirez tout !
-Il peut pas arrêter de râler lui ?
-Apparemment pas…
-Pourquoi vous parlez dans votre barbe ?!
-T’es le seul a en avoir une et tu nous parles de « notre » barbe ?
-Expression, tu connais ?
-Désolé, non, je n’ai pas encore eu honneur de le rencontrer…
-Mais tu te fous de ma gueule ?
-Regarde devant toi putain, on a failli se prendre un passant !
-Un passant ?
-Ben ouais, ça fait trente secondes qu’on a passé la ligne d’arrivée…
-HIP HIP HIP ! HOURRA !
-J’ai pas dit qu’on avait gagné !
-On a perdu ?
-J’en sais rien…
-Alors on a gagné !
-Comment ce mec, si… intelligent, ouch, c’est dur à dire ça, il y a cinq minutes peut il proférer des âneries pareilles ? »

Bon, plus qu’à aller voir les cons qui ont organisé cette course, à récupérer nos chars… Et…

« BIEN, JE VOUS ANNONCE QUE LES TROIS CHARS SONT ARRIVES EX-AEQUO ! POUR SE DEPARTAGER, ILS DOIVENT VENIR ICI AVEC LEURS DODOS ! VOUS AVEZ CINQ MINUTES ! »

Putain de merde ! Les dodos ! Faut les arrêter !

« Kentaro ! Une aiguille !
-Nan, j’y vais à l’arbalète !
-Tu vas les tuer…
-Il a pas dit de les ramener vivants ?
-Ça va faire plein de sang…
-Oh… Fit il déconfit tout à coup.
-L’est con ! Kentaro !
-Cinq minutes ! J’ai un pied coincé…
-Oh putain le boulet, je dois tout faire ici… »

Je pris ma sarbacane, trempais deux fléchettes dans du somnifère et arrêtais le char… Keiji alla libérer l’abruti qui s’était pris le pied dans le char. Comme je dis toujours, de toute façon, il ne faut jamais mettre les bœufs dans la charrue… Pendant ce temps, je défis les attaches des dodos. Invoquait Kassos qui attrapa les deux volatiles et commença à se barrer avec…

« Kassos, reviens ici !
-Ouh, ouh ouhhou, houhou !
-D’accord, j’en suis conscient…
-Hou ouh ah, ahouh !
-Oui, très bien, va les mener là-bas… Je te suis… »

Mes deux abrutis de coéquipiers me suivirent aussi vite qu’ils le pouvaient… Héhé, j’allais trop vite pour eux. Nous vîmes arriver les conducteurs du char n°2 avec leurs dodos gigantesques. Une honte tout de même, d’arriver dans leur char, ils auraient pu descendre… En plus, en plus… Tricheurs !

« Où est le conducteur du char n°1 ?
-Ben, il est parti chercher le prix, on lui a dit que ce n’était pas pour lui et il est parti.
-Son char ?
-ICI ! Fit une voix derrière, avec les dodos…
-Ah… Bon, nous allons pouvoir départager les participants…
-Excusez moi. Fis je. Est il possible d’engager sur la course autre chose que des dodos ?
-Non, mais ce n’est pas le cas…
-Bon, continuez… »

Ils regardèrent attentivement nos dodos, quelqu’un alla chercher notre char que l’on examina ainsi que le tank adverse. Les conducteurs aussi furent attentivement inspectés. Bien, on nous regarda tous attentivement, le jury s’éloigna de nous et déclara :

« Bien, le vainqueur est… le Char n°2 !!!
-Excusez moi…
-Quoi encore ?
-Et bien, je ne voulais pas vous déranger jusque là.
-Mais ?
-Ces messieurs ont triché !
-Ah bon ? Et comment, ils ne sont montés sur aucun char ni dodo adverse…
-Mais vous m’avez précisé qu’il n’y avait rien, à part des dodos qui pouvaient concourir…
-Kalem, arrête ta mauvaise tête, on a perdu, on a perdu !
-Non…
-Et bien ?
-Déjà, sur la grille de départ, quelque chose m’avait paru louche chez eux… Tout d’abord, j’ai vérifié le char, mais tout était aux normes. Les conducteurs, bien qu’en surpoids, ne présentaient eux non plus pas de… bizarrerie.
-Oui, et bien ?
-Je n’ai pas eu le temps d’observer les dodos… Ce que j’ai fait en arrivant ici…
-Et ?
-J’y ai découvert quelque chose dont je me souviens… J’ai lu un livre sur les dodos il n’y a pas longtemps…
-Putain, mais vous faites chier petit con !
-PETIT ? MOI ? JE SUIS GIGANTESQUE… Bon, je continue… J’ai remarqué la taille des dodos, ainsi que leurs pattes. »

Tous se retournèrent pour observer les pattes des volatiles. Chacun crû à une blague. Tous pensaient que je voulais absolument gagner. Ils avaient raison, enfin, en partie…

« Regardez bien, ceux là ont cinq doigts, alors que le dodo original en n’a que quatre !
-Ce qui signifie ?
-Que ce ne sont pas des dodos, mais des cousins proches, qu’on appelle les Lalas ! Ils sont plus forts, plus endurants, moins cons… Bref, même pas besoin de les entraîner…
-Bon, le prix revient donc au groupe qui me fait chier, les putains de mecs qui ont des théories sur tout, le groupe n°8… »

***

« Super, ça nous fait euh… Quatre chars…
-C’est bien, tu sais compter…
-Bon, va falloir aller chercher la marchandise.
-Ben, ouais, on ne va pas y passer la soirée… »

Sur ce, un mec baraque sorti d’une ruelle pour nous accoster. Triomphants, nous étions trop occupés pour le regarder…

« Excusez moi, mais les sacs que vous devez évacuer on changé de place, ils sont là !
-Toujours le même endroit ?
-Ben, ouais, pourquoi ç’aurait changé ?
-Ben, j’en sais rien moi, des bêtises…
-Bon, ça doit être fait au plus vite…
-Ne vous inquiétez pas, la vitesse, ça nous connaît.
-J’espère bien, vous êtes payés pour ça ! »

Il repartit, nous laissant seuls avec nos chars.

« Bon, ben, un char chacun, et Kassos en conduit un ?
-Ou pas…
-Si ça pourrait être marrant !
-J’en ai plus que marre de vos trucs marrants… Le blindé est très grand, il peut contenir beaucoup de choses, un voyage devrait faire l’affaire.
-Quel chieur… »

***

« Au galop mes belles, vive le vent ! »

Le trajet était toujours aussi chiant et j’avais laissé les autres se relayer pour prendre le volant. C’était marrant. Autant Kentaro ne savait pas conduire, autant Keiji s’efforçait de… ben de faire quelque chose de son grand corps de merde… Quant à moi, je sirotais un orangeade, confortablement assis sur un des sacs…

« On est arrivés Kalem…
-Okay, j’arrive, je vous passe les sacs… Mais… Putain, t’es sur que c’est de la pierre ? C’est méga lourd !
-Ben, les porter jusqu’au char l’était encore plus… T’aurais pu nous aider tout à l’heure.
-Attendez les mecs… L’était fait de quoi votre bâtiment ?
-Ben, j’sais pas… De béton.
-C’est de l’or, je suis riche !
-On est riches…
-On ferait mieux d’appeler quelqu’un.
-Ça va pas ?
-Ben, c’est sûrement pas légal ! »

***

Quel enfoiré ce Keiji, aller rendre cet or… Bon, okay, on avait tous eu les sincères félicitations, on nous avait même dit d’arrêter la mission, que d’autres s’en chargeraient. Mais tout cet or bordel… De quoi acheter des tonnes de livres, de médicaments, de putains… Merde…
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Re: Narasu

Message par Akhen le 28/6/2011, 00:39

« Récapitulons, si vous le voulez bien. Dit le juge assis en face de moi.

J'étais au cœur du complexe judiciaire de mon village, dans une salle d'audience des plus banales, en face d'un juge à l'aspect sévère mais bon. A sa gauche un greffier retranscrivait le procès fidèlement sur un parchemin, aidé par son assistant assis derrière moi. Deux personnes manquaient pour faire ressembler ce moment à tous ceux que vivaient le juge et le greffier depuis le début de leur carrière : le gardien était en retard et les avocats habituels de la famille Illinois n'avaient pas été convoqués, l'affaire n'en valait pas la peine.

-Attendez une minute, repris-je après une seconde de réflexion, nous sommes dans les bureaux de la justice civile, n'est-ce pas? Or je suis un Shinobi, je suis censé être jugé par la justice militaire, non?
-Ce serait le cas si vous aviez quelque chose à vous reprocher en dehors du village et pendant l'exercice de vos fonctions. Pendant la guerre par exemple... répliqua le juge avec un sourire sans joie.
-Je crois que vous aviez raison, nous ferions mieux de récapituler. Admis-je à contre cœur tout en pensant que l'audience n'allait pas être facile, je ne savais même pas pourquoi on m'avait convoqué.
Le juge ouvrit son dossier et lut ce qu'il y avait surligné:
-Illinois Akhen, promu Genin après de nombreux échecs, a accompli quelques missions sans importance avant la Guerre puis y a participé en tant que shinobi de l'armée régulière, sous catégorie éclaireur, est-ce que vous admettez tout ce que vient de dire?
-Oui répondis-je d'un air sombre, hanté par les souvenirs de ce qui avait été la période la plus marquante de ma vie.
-Mais au retour de la Guerre, vous avez été convoqué pour une mission de rang C et l'on ne vous pas vu, par conséquent l'équipe est partie sans vous, il s'agit d'une faute grave, presque une désertion.
-Et en quoi est-ce de votre ressort? Là je pige toujours pas
-Vous pigez pas? Me répondit le juge avec une teinte de mépris dans la voix. Eh bien c'est très simple en ne venant pas vous manquez à votre devoir civique le plus élémentaire, vous avez la chance d'avoir un travail vital pour les intérêts du village, et vous le négligez. Là c'est moi qui ne 'pige' pas votre attitude jeune homme!
-Je vous pris de m'excuser... dis-je en grimaçant sous la réprimande. J'avais un peu oublié, avec la guerre comment étaient les bureaucrates gensouards.
-Bon alors vous avouez ou non? S'impatienta le juge.
-Avouer quoi? Demandais-je, étonné.
-Eh bien votre absence!
-Ben oui, je l'avoue, je vais avoir du mal à la nier. Souriais-je, gêné.
-Et qu'avez-vous à dire pour votre défense?
-J'étais à cours de Chakra... avouais-je.
-Et alors?
-J'étais pas opérationnel, je ne voulais prendre le risque de ne pas pouvoir soigner l'un de mes camarades.
-Il n'empêche que vous auriez pu au moins vous présenter, aviser vos supérieurs, qui auraient pu aviser, vous donner un sceau de chakra, enfin composer avec un tas de chairs et d'os et non avec un un vague parchemin écrit par un jeune impertinent aux abonnés absents.

Sa tirade me cueillit en pleine poitrine, et je dus avouer que je ne m'attendais absolument à ce que ça tourne au vinaigre d'une telle manière, ma légendaire chance sans aucun doute... Enfin je n'allais pas avouer devant un juge les vrais raisons qui m'avaient empéchées d'être présent ce jour là.
Le regard pesant et attentif du juge me tira de mes pensées et je bafouillais un faiblard :
-Cela ne se reproduira plus, excellence.
-J'espère bien. Bien maintenant que votre culpabilité est établie, parlons de votre peine...
-Mais... L'interrompis-je.
-Oui ? Dit-il en me regardant, surpris.
-Eh bien le Gardien n'est pas là.
-C'est exact, mais il a surement mieux à faire et on ne va pas perdre de temps pour cela, n'est-ce pas ? Bon alors d'habitude pour ce genre de délit mineur c'est... Marmonna le juge en fouillant dans un livre ouvert devant lui.
-Alors là, sauf votre respect excellence je vous arrête tout de suite, votre décision va surement entraîner une annulation du jugement et sa déclaration nul et non advenu. Comme le dit le code judiciaire, article 16 alinéa 14.
-Oh mais vous avez peut-être raison... Fit mine de réfléchir mon interlocuteur. C'est dommage, cela me ferais gagner du temps sur mon prochain cas, vous savez, l'Heiwa Iji-Gun suspecté de propagande et de diffamation... Et si vous ne disiez rien ? Proposa-t-il .
-Et eux ? Objectais-je en désignant du menton les greffiers.
-Ils ne diront rien, voyons ! Ce sont des braves fonctionnaires aveugles et sourds, n'est-ce pas ? Finit-il en se retournant vers les dits-fonctionnaires qui eurent l'intelligence de ne pas répondre.

Je pris une seconde de réflexion puis trouva cette mascarade absurde. L'administration ne pouvait pas avoir confié la charge d'une instruction comme celle de l'Heiwa Iji-Gun à un juge malhonnête comme celui-ci. Si cela s'apprenait la presse indépendante en ferait ses choux-gras pendant des semaines et le prestige de l'organisme judiciaire en serait entaché. Sans compter la carrière du magistrat ici-présent. J'en profitais pour le regarder dans les yeux, il me rendit mon regard innocent. Les greffiers en revanche me regardaient avec intérêt, l'air de me jauger et non avec le regard de celui dont la carrière est suspendue au bon-vouloir d'un jeune genin, maudit qui plus est. Haha ! Je le tenais cet enfoiré.
-Je refuse annonçais-je haut et fort.
-Ah il refuse ! Claironna le juge sur le même ton.

Aussitôt un homme affable, que j'identifiais comme le Gardien, entra dans la salle. Il souriait comme un homme qui a pu dormir un peu plus longtemps que d'habitude seul ou avec... Hum. Enfin bref il entra dans la pièce, laissant la porte entrouverte, et j’aperçus par l'ouverture un type mince, l'air pacifique mais déterminé, ses yeux brillants comme deux éclairs noirs au milieu de la forêt blonde de ses cheveux. Toi mon gaillard, y a pas marqué Heiwa sur ton front, mais c'est tout comme !

En entrant le Gardien jeta un regard interrogateur au juge, regard qui confirma mon analyse. La peine pour ce genre de délit était la révocation, définitive ou temporaire. Or avec la récente Guerre, Gensou ne pouvait se permettre de révoquer un soldat de plus, fut-il genin au cas où ce cas ferait jurisprudence, ce qui entrainerait la révocation immédiate dans un cas semblable. Il leur fallait donc trouver un stratagème pour muer cette peine en quelque chose de plus léger. Il avait choisi de me tester, m'offrant une chance de prouver ma bonne foi et par-là d'alléger ma peine. Il s'était évidemment concerté avec le Gardien au début du procès sur la peine finale si je ne faillissais pas. Dans le cas contraire j'aurais été bon pour un autre procès. Je frissonnais à cette pensée lorsque le juge pris la parole, s'adressant au gardien, énonçant la peine finale, seule inconnue de ce procès :
-Je propose que l'on envoie ce jeune insolent pour une durée d'un an à Narasu, sous la bannière de Kiritsu, où il y servira la coalition en tant que genin, conformément à son grade actuel.
Je m'insurgeais, aussitôt, à Narasu, non ça va pas, je n'ai même fini ma formation.
-Vous n'avez pas le droit, vous êtes hors de votre juridiction, les mutations de troupes ne sont pas de votre ressort et...
-Vendu ! S'exclama le Gardien en me donnant une claque sur l'épaule.

Aaaah je m'étais bien fais avoir ! Je sortis de la salle en titubant encore sous le choc de cette décision et de ses conséquences. Ce n'était pas que je laissais beaucoup de choses à Gensou mais cela me contrariait tout de même. En sortant je croisais l'Heiwa Iji-Gun qui s'était levé et dont la colère semblait avoir augmenté d'un coup lorsqu'il avait entendu, par la porte entrouverte, les derniers mots du Gardien.
Eh, bien voilà un procès qui commence mal, et ce avant l'heure de son début...
Logique...

*
* *

Trois jours plus tard, je me présentais muni de mon baluchon et de toutes mes maigres possessions à l'entrée principale du village. J'allais voyager en compagnie d'une caravane de ravitaillement et j'étais rattaché à son escorte. Si le Chuunin qui commandait était ravi de voir arriver un homme de plus, ce ne fut pas d'un des cinq genins qui pesta contre la racaille et contre les juges qui donnait le diplôme à n'importe qui désormais. La jeune fille en question jura sur les cendres de ses ancêtres de me tenir à l’œil et de ne me confier aucune responsabilité. Cette dernière résolution, prononcée sur un ton rassurant, arracha un éclat de rire à l'un de mes gamins de collègues et un sourire à un autre. La deuxième genin, plus jeune et donc plus naïve se rangea instinctivement de mon côté, les deux autres restant neutres.

Deux semaines d'un voyage sans histoire plus tard, nous traversâmes le tunnel du Kasuka. Cette traversée fut l'occasion de mon premier accrochage depuis la Guerre, accrochage- éclair car les quelques brigands qui osèrent s'attaquer à nous s'enfuirent sous la déferlante de feu qui s'abattit sur eux. Les flammes mi violettes, mi ambres, s'évanouirent dès qu'ils ne furent plus en vue. Mon alliée me sourit et je lui rendis son sourire, instinctivement...

Trois jours après, nous vîmes le bout de tunnel et les Shinobis se rendirent au QG de Gensou. Nous fûmes reçus par un fonctionnaire qui accusa réception de notre mission et nous distribua à tous ordres de missions et affectations ainsi que nos lieux de casernement. Curieuse, mon Alliée regarda par-dessus mon épaule pour lire mon affectation. Nous n'étions pas sur la même mission mais dans la même caserne.
« Je crois que c'est par là Dit-elle en prenant les devants.
-Je te suis. Trouvais-je la force de marmonner, j'étais épuisé, j'avais soigné cet abruti de conducteur qui s'était entaillé l'aine, se tranchant au passage l'artère fémorale. Je m'étais précipité et avais guéri cette blessure pourtant létale. La dose de stress et d'adrénaline, loin de me booster, m'avait achevé et j'avais échappé de peu au soit...soit.
-Dis... Tenta mon amie, appelons-la comme cela, après quelques minutes d'un cheminement en silence, seulement ponctué des bruits de la rue.
Je lui jetais un regard interrogateur, curieux, malgré ma léthargie, de savoir.
-Tout à l'heure, lorsque tu as soigné ce pauvre conducteur, qu'est ce que tu as fait à tes yeux ?
-A mes yeux ? Eh bien rien. Répondis-je, surpris. Cette petite était décidément plus futée que ses 17 ans le laissaient penser. J'avais de ce fait activé un filtre sur mes yeux pour pas que mes détracteurs remarquent que mes yeux viraient lentement au blanc alors que je soignais ce pauvre homme. Cela l'aurait fait paniquer davantage, sans parler de moi... Enfin le fait qu'elle ai remarqué le jutsu démontrait un don pour le genjutsu naissant.
Je lui souris pour toute réponse, lissant ma mèche blanche. Elle compris le message et sourit en retour.

Une poignée de minute de silence plus tard nous arrivâmes devant l'auberge réquisitionnée par notre village. Chacun ayant récupéré le numéro de son dortoir, elle s’arrêta dans l'escalier et me tendit la main :
« Tanhina...
-Akhen Illinois lui répondis-je avant d'hésiter devant la main tendue, l'escalier et le hall étaient bourrés de monde et son geste serait vu par une bonne dizaine de personne. Puis constatant que tout ce monde s'en fichait je lui serrais la main avec un sourire. Elle me le rendit accompagné d'un signe de la main et disparu, mangée par l'escalier dans un tourbillon de cheveux noirs.

Plus tard, allongé sur mon lit, j'avais enfin trouvé la paix nécessaire pour calmer mon esprit et mon âme et pour accéder au repos. Peut-être la reverrais-je, peut-être pas. Je m'en fichais après tout mais c'était ce genre d’événement qui me donnait la force de me lever et d'affronter le monde une nouvelle fois.

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Re: Narasu

Message par Oboro le 1/7/2011, 11:04

-Hurmf. Elève. Mwarmf. Je t’en collerais, du « gnagnagna se fait la malle ». Crétinrch.

Ca y est, cette patate gensouarde avait réussi à me remettre de mauvaise humeur, aussi passais-je le trajet à bougonner en mâchouillant un reste de sandwich à moitié sec. Assise dans un chariot, à coté de quatre des dix comateux de tout à l’heure. Passer des bureaux au peigne fin pendant une éternité pour bien sûr ne rien trouver, c’est toujours l’activité préférée des ninjas. Factures fournisseurs, clients en attente de paiement, mémos sur les protocoles de sécurité… et rien de surprenant là dedans, quand on sait qu’à Narasu, les guichetiers ont toujours une arbalète à portée de main pour accueillir les visiteurs les plus violents.

Concernant les deux gaillards qui conduisaient le chariot, ils m’avaient fait comprendre qu’ils se refusaient à parler tant que l’on ne serait pas à moins de 500 mètres du Gyosei. Parce que le patron (Kesachiant lui-même) voulait que le travail soit bien fait, et que travail bien fait excluait blabla informatif. Ben voyons. Donc on n’a même plus le droit de péter quand on est dans son équipe, et seul môssieur le junin peut faire les présentations. Et si on se prend une embuscade, je peux me faire flamber le derrière par un katon qui aura pris la même cible que moi. Super coordination.

Résultat, pour seule compagnie, j’avais un super corbeau qui avait décidé d’inclure la rambarde du chariot dans son territoire, et qui s’obstinait à revenir quand je l’en éloignais. Bon, bah tant qu’il ne donne pas de coups de becs aux types ligotés… ou qu’il ne se libère pas sur eux… on va dire que ça ira.

-Qu’eeest ce qu’il y a? Tu veux ma photo, c’est ça? Euh, hey! Tu devrais fuir, normalement. On ne t’as pas appris que c’est dangereux pour un oiseau, de rester près des humains?

Super ville. A mahou, malgré plus d’un millénaire d’urbanisation, les piafs savent encore que quand on les approche, ils doivent s’envoler. Et en forêt, c’est carrément la psychose pour eux. Alors qu’ici, on pourrait presque leur marcher dessus. Vous m’auriez ramenée ici quand j’étais môme, et je me serais amusée comme une folle à les courser… en espérant que je n’atterrirais pas dans les pattes d’un vendeur d’organes ou autres. Super ville, en effet. Ici, les corbeaux lorgnent sur vos sandwichs.

-Quoi, t’as la dalle, toi aussi? D’habitude c’est les pigeons, qui mendient du pain. Toi, tu chasses.

Et maintenant, je parlais à un piaf qui me répondait du mieux qu’il pouvait. Boah, au moins les corbeaux sont les plus intelligents. Il doit comprendre des trucs au niveau de l’intonation et autre. Même si c’est les mainates, qui parlent le mieux.

-Bon, ben pourquoi pas, dis-je en lui refilant un bout de viande aux trois quarts de gras qu’il engouffra rapidement. Ca tombe bien, j’voulais pas le jeter par terre.

Hykao, ça me dit quelque chose. Un clan. Un majeur de gensou? Nan, il n’est pas dans la liste. L’ai apprise sur le bout des ongles à l’académie, on me la fera pas. Un petit clan, alors? Sûrement dans les clans glauques peu appréciés. Un truc d’assassins ou de croquemorts, à tous les coups. Ca vous rend pas nets, d’être formaté depuis tout petit à aérer la trachée des gens. Encore que y’a des gens très biens, dans ces familles glauques. Ko’ fait partie du lot.

-Tu sais, j’ai une amie qui a peur des corbeaux, marmonnais-je en l’effleurant du doigt sans qu’il ne bouge. Et des pigeons. Elle les voit un peu comme si vous étiez des rats volants. Pourtant, vous êtes propres, non?
-Crôa?
-Mais si, tu viens de nettoyer.
-Tu parles aux oiseaux, toi?
-Et aux animaux en général. Quand on sait jouer avec l’intonation, ça… Hey! Depuis quand tu parles, toi?

Non, non, ça ne s’adressait pas à l’animal, mais à l’un de mes mornes compagnons de trajet qui venait enfin de se réactiver. L'était temps, je devenais grave, là.

-On est arrivés. Enceinte chikarate, précisa le conducteur. Bravo pour l’attention.
-Hey, je suis crevée, d’accord? Ca va me faire dix-huit heures d’affilée, j’ai pas chômé de la journée, et maintenant j’en suis aux heures supp’ pour encore un moment. Il est quoi, deux heures?
-Tout le monde, mahousarde. Comme tout le monde. Le prends pas mal.
-Mwouais.
-Tu voulais quelque chose, tout à l’heure?, demanda son compagnon pour rattraper le coup.
-Non. Ou plutôt… si. Ce type, Hykao, il sort de quelle planète?
-Pas de la mienne, en tout cas.

Ah, quelqu'un qui avait le même avis que moi sur l'autre prétentieux. Super. Il me fit un rapide exposé du personnage, lui même étant gensouard, bien que n'ayant jamais eu affaire à lui. Je vais vous passer les généralités, nom-age-grade-super caractère-clan-infirmité-super pouvoir et trucs de base, vu qu'Evaline m'avait déjà dressé le portrait du gus dans l'épisode précédant.

-On entend aussi des rumeurs étranges, sur lui.
-M’étonne pas. Dans le genre?
-Il parait qu’il mange les petits enfants.
-Euh… bien sûr.
-C’est une blague, fais pas cette tête. Par contre, j’ai entendu dire qu’il avait des méthodes assez expéditives, pour régler ses problèmes, en mission. Et je crois qu’il s’est déjà fait quelques ennemis au village à cause de ça. D’anciens coéquipiers mécontents, ou quelque chose du style. En tout cas, un de mes amis chez les Yuushis m’a dis qu’on a déjà eu du grabuge à quelques reprises, avec lui. Il aurait impliqué un juge d’examen chunin dans une violente bagarre, en pleine rue. Un mahousard.
-Les Yuushis, c’est votre police, c’est ça?
-Non. C’est une partie de la police… un clan qui s’y consacre entièrement, bien qu’insuffisant. Pas comme vos Mitsubishi qui assurent le tout.
-Mitsumita. Et ils recrutent à l’extérieur. Les Yuushis, ça me dit quelque chose. Pas dans le genre des mastodontes du genjutsu qui se sont offerts un dojutsu en plus du reste ? ‘Fin, plusieurs clans correspondent à cette description, chez vous, mais…
-Plus ou moins. Si on entre pas dans les détails.

Je ne le voulais pas vraiment, non. Quand quelqu’un voulait défendre son village en se la jouant guide touristique approfondi, ça pouvait aller très loin. En temps normal, pourquoi pas, mais seulement après une bonne nuit de sommeil. Autant couper court.

- Et donc, Kezashi n’aime pas les mahousards. Ca risque d’être utile, comme info. Autres trucs que je dois savoir?
-Il ne fait pas bon se le mettre à dos, il est très bien entraîné pour le combat. Du nekoka, qu’on dit.
-Tsss, truc de clampin.
-Et plutôt costaud en fuinjutsu. Il aurait fait un séjour à perpète pour s’entraîner auprès d’un expert en ermitage, sur une chaîne montagneuse.
-Là où Eva s’est entraînée?
-Qui ça?
-Une chu… boh, oublie. Le monde est injuste.
-Comme tu veux. Au fait, dernière info, concernant Hykao. Debriefing dans six minutes pour toi, tu dois aller au troisième étage. Ce bâtiment, là. Une fois dedans, c’est juste à droite de l’escalier.


*
* *


- Seize individus interpellés, motif non communiqué, reprit Mr Univers. Dix d'entre eux admis à l'hôpital. Trois portes fracassées. Deux tables explosées. Cinq chaises détruites. On ne sait combien de meubles renversés. Un mur endommagé. Deux équipes réquisitionnées pour le transfert des suspects. Trois autres pour sécuriser les lieux et évacuer la foule qui s'est réunie. Quelques choses à déclarer?
- C'est un bilan plutôt satisfaisant, lui répondit la chunin, désinvolte.
- Satisfaisant?
- Oui plutôt. Il y a deux semaines avec le gang des trafiquants d'armes, il me semble qu'on a explosé un bâtiment tout entier dans le quartier pauvre. Mais c'est sur qu'on avait fait moins de prisonniers.
- Ca ne me fait pas rire Evaline.
- Pourquoi tu dis ça? Moi non plus ça ne me fait pas rire. On me demande de faire mon travail et c'est ce que je fais.
- C'est bien ça le problème avec toi. Dès que je te donne une mission, il faut que je fasse intervenir deux ou trois équipes en plus et que je me déplace à chaque fois.

Eh beh je sais pas dans quoi j’étais tombée, mais ça faisait clairement pas partie de mes programmes préférés. Kezashi, le seul de nous trois à bénéficier d’une chaise (et vas-y que maintenant qu'il est junin, il se sent plus du tout), avait commencé par lire silencieusement les quelques notes préalables au rapport qui serait rédigé pour l’affaire, et pris ensuite Evaline à partie pour lui faire part de sa bonne humeur, avec un ton aussi sec et agréable qu’un litre de rhum versé sur une plaie béante. Il parlait pourtant très calmement, élément caractéristique du "trop stylé-ténébreux pour vous" encore à la mode. Et à cela, la chunin lui répondait posément, avec un demi sourire arrogant que je ne voyais pas, pas embêtée le moins du monde et cherchant juste à lui placer quelques gentils tacles en répondant. Gentille, parce qu’ils n’étaient pas seuls. Je faisais plus ou moins partie du décor, en observatrice.

- C'est pas de ma faute si à chaque mission que tu me proposes, enfin m'impose, j'ai affaire à un gang mineur surexcité qui ne veut pas gentiment se rendre. Donne moi des missions plus simples ou ne me donne pas de mission tout court. J'ai bien besoin de vacances et de repos.
- Tu penses que j'ai le choix? Nous disposons du quart des soldats qu'il nous faudrait pour tenir
convenablement cette ville.
- Oulà, ne me parle pas de politique et de stratégie s'il te plait. Je ne suis pas Chuunin pour parler gestion. On me demande d'aller là pour faire ceci et c'est ce que je fais sans me poser de questions. Tu sais très bien ce que je pense de la hiérarchie.
- Toujours le même problème avec toi. Tu ne penses qu'à ta petite personne. Tu te fiches complètement des répercutions qu'auront tes actes. Avant de rentrer dans le tas, il faudrait peut être savoir si c'est une bonne idée. Réfléchir deux secondes, c'est un peu trop pour toi?
- Hey doucement, patron.
- Non justement. Ce n'est pas toi qui va devoir expliquer à mon supérieur le bordel que tu as provoqué tout à l'heure.
- Mais ça c'est ton boulot. Pas le mien.

Ooooh, gros boudin noir à l'horizon. Visiblement, je les dérangeais, mais c’était peut être mieux qu’une session de muay thai à l’improviste. Le junin baissa tout de même la voix pour se disputer tranquillement avec Evaline, qui du se pencher sur la table pour en faire de même. Malgré cela, la position lui permettait accessoirement de faire profiter Kezashi d’une magnifique vue sur ses généreuses… qualités, ce qui déstabilisait généralement ceux à qui elle avait à faire. Sauf que c’était un aveugle. Donc ça marchait, ou pas?
Pour ce que ça m’intéressait, remarque…

- Ce n'est peut être pas ton boulot mais si tu faisais correctement le tien il n'y aurait pas autant de soucis à chaque fois que je t'envoie quelque part. On ne t'a pas appris la discrétion?
- Je sais pas, demande à mon ancien Sensei. Tiens, c'est pas toi justement?
- Quand je t'ai inscrite à l'examen Chuunin, je te...


Me voyant froncer les sourcils devant ce conseil de l'ombre (chuis sûre qu'il rêve de rejoindre un de ces trucs), il décida de remettre à plus tard cette joyeuse entrevue. C’était lui l’patron, il allait donc profiter des largesses mises à sa disposition.

- Si tu le prends comme ça, je pense que je vais t'affecter dans un bureau pour faire de la paperasse. Peut être que ça te fera réfléchir un peu.
- C'est toi qui décide.

Mwouais. Tu parles, que ça allait me suffire. Si lui n’est pas du genre à croire son petit nombril supérieur au reste du monde, vous pouvez m’appeler Simone. L’est totalement du style à avoir demandé une combinaison anbu en latex au père noël, et à avoir rêvé d’être un assassin de l’ordre de la main noire quand il avait onze ans. Papa lui aura offert un kunai (un vrai, même pas en plastique!) à ce qui lui aura servit de Bar Mitzva, et maintenant, il veut en coller plus par derrière. Ils s'entrecrassent autant qu'ils veulent, mais j'veux pas qu'il saborde mon navire.

-Bon. Vous pouvez disposer.
-Très bien, répondit tranquillement Evaline d’un air mystérieux, couvant quelque chose qu’elle était décidée à garder encore un peu.

Me contentant d’incliner légèrement la tête, dissimulant vaguement un grand sourire, j’esquivai la proposition. Contrairement à elle, je ne fis pas un seul geste en direction de la porte. J’étais restée silencieuse tout du long, mais sûrement pas pour autre chose que d’attendre gentiment mon tour.

-Si possible… j’aimerais poser quelques questions à Hykao.
-Euh… t’es sûre?
-Meuh oui ma grande, t’inquiètes pas.
C’est possible?
-Hun hun, répondit le junin.
-Euh… à quoi tu joues?
-On ne va pas jouer, te fais pas de mouron.


Bien qu’elle ne le sentait pas trop, Evaline laissa faire. Pas trop le choix, hein? Une fois la porte fermée, je me rapprochais sans hésiter de l’aveugle, faisant juste un détour pour prendre une chaise et la caler juste en face du bureau.

-Ca ne sera pas long, ne t’en fais pas. Je ne compte pas rester, mais avec toute cette journée, je commençais à en avoir plein les jambes.
-Je tiens bien à ce que ça ne soit pas long. Que veux-tu?

Pas sourcillant, le bonhomme. Ou peut être que si, on voit pas avec le bandeau. Lui il voit, par contre? Beuh, c’est cheaté. Et si je lui fais la grimace en lui tirant la langue, il le voit? Mwouais, on tentera une autre fois, quand il sera pas concentré sur moi.

-Eh bien, par où commencer… je sais pas ce qu’il y a entre vous, mais le prétexte choisi est carrément mauvais. La mission s’est très bien passée. Et même si tu n’étais pas intervenu, ça se serait très bien passé. D'où c'est que le rapport aura une tronche de blâme?
-Quand ça se passe bien, il n’y a pas d’empoignade de ce genre.
-On n’aurait jamais eu aucun moyen d’empêcher ça. On a fait tout ce qu’il fallait en termes de repérage, on a bien pris nos précautions, et on n’a commis aucune bêtise une fois à l’intérieur. C’était simplement un gros coup de malchance.
-Si vous en êtes à compter sur la chance, il y a déjà un problème. Tu ne penses pas?
-Je ne connais aucun ninja qui n’a jamais eu à se sortir de la mélasse en catastrophe. Certains ont même construit des carrières juste sur leurs talents d’improvisation. On a carrément eu un Kage qui était doué pour ça. Zéro risque, ça marche pas, et quand on casque c'est toujours aux cent pour-cents.
-Tenter le diable n’est pas du tout la même chose que de faire preuve d’adaptation.
-Entièrement d’accord, justement.
-Et foncer dans le tas n’est pas du tout faire preuve d’adaptation.

Ohoh, bien joué, bonhomme. Ca se suit bien, ouais. Laisse-moi quand même dérouler mon artillerie.

-Deux bonshommes ont déboulé dans la salle pendant que l’on faisait notre enquête. Et nous avons du les maîtriser, très bien. Sauf que deux autres étaient en retrait spécifiquement pour pouvoir aller avertir les autres. C’est classique, de se déplacer à quatre. A partir de là, qu’est ce que l’on pouvait faire? On aurait pu se faire la malle, mais ils auraient su que y’avait des ninjas qui étaient passés et ça les aurait forcément incité à se la jouer prudence accrue pour la suite. Piste morte. Alors, j’ai préféré les prendre de cours, les empêcher de s’organiser et leur rentrer dans le lard avant qu’ils aient le temps d’additionner quoi que ce soit. On a fait le ménage sans aucun bobo dans notre jardin, et ils ont tous étés cueillis.
-Et leur chef, celui qui en savait probablement le plus, a manqué de vous filer entre les pattes.
-Il venait tout juste de quitter la salle en courant, waouh. Evaline aurait pu le courser, et sans se chiffonner. Elle m’a raconté quelques exercices qu’elle avait faits en montagne, dans la neige, pendant des mois. Et moi, j’aurais pas vraiment eu de mal à jouer les bergères avec les autres comateux.

On a foncé dans le tas? Evaline n’y a pas vu le moindre inconvénient, mais peut être que je ne lui en avais pas laissé le temps. Elle avait quand même eu cinq secondes pour me dire d’arrêter, et j'ai moi même pris trois secondes à réfléchir (à bien réfléchir, sissi), donc si elle n'a rien objecté...

-Vous avez agit n’importe comment. Dans la précipitation. Vous vous êtes mis en danger stupidement, et il aurait suffit d’un rien pour que vous vous fassiez avoir. Par exemple, si…
-Ah nan. Avec des scies, on coupe des arbres, mais c’est tout. C’est sûr que si y’avait des junin déserteurs où que ce soit, je ferais mieux de ne plus tenter grand-chose. Donc désolée, je suis encore loin des grands méchants junin, et je fais très bien avec ce que j’ai. Moi j’ai pas le luxe d’avoir un sonar intégré dans le plafond, hein.
-Ni un cerveau, visiblement. Même si être ninja ne se résume pas à cogner à la première occasion, le simple bon sens aurait ici fait l’affaire.
-Ah ouais? Et toi, tu aurais fais quoi, alors?
-Sûrement pas comme tu as fais.
-Ah, sûrement tiens. Facile comme réponse. Mais encore, coco?

Kezashi changea alors de position sur son siège, s’inclinant légèrement en avant comme pour mieux m’observer. Ce qui devait probablement plus tenir de l’acte psychologique que d’un réel besoin pour lui de mieux me voir. Il n’aimait pas les surnoms de perroquets, visiblement.

-Continue comme ça, et ça sera la mise à pied, continua t-il calmement. Tu vas faire de la surveillance de porte pour le restant de ta vie. Vie que je veillerais personnellement à pourrir, soit dit-en passant.

Provoc’? Tcheuh, l’est même pas cap’. On est pas du même village. Kiritsu est temporaire, et même si l’alliance des villages devait durer, il n’aurait jamais le moindre pouvoir si je rentrais à mahou. Sans compter que l’abus de pouvoir est sanctionnable dans les administrations de chacun des trois villages, et ce depuis tellement longtemps que personne ne sourcillera. Et ce n’est qu’un junin prépubère dont les décisions sont facilement remises en causes. Ils se montent rapidement la tête et s’imaginent toujours avoir une passerelle assurée pour l’état major ou les services secrets, ces pingouins. Aucun espoir pour lui, c’est pas ça qui va m’arrêt…

-Attends, non, je pense que… récurer les wc est une bien meilleure idée.

Okay, point final. J’prends pas de risque avec ces jouets là, moi. Partie remise à plus tard. Il a le joker. Mais le simple fait qu’il recoure à ça indique que j’avais l’avantage, hein. N’allez surtout pas croire autre chose. Surtout qu’il l’a fait deux fois d’affilé dans la même soirée. Il est mauvais, en fin de compte.

-Autre chose?, demanda le junin en constatant mon silence.

Je pouvais sentir son corps irradier d’une odieuse satisfaction pourtant parfaitement contenue. Ou alors je m’imaginais des trucs et il n’en avait strictement rien à cirer. Les deux hypothèses alimentaient toute mon antipathie pour ce mec, que je dardais d’un regard meurtrier. Dommage qu’il fut aveugle, le malthazar.

-Je ne pense pas, non.
-Bien. Nous reprendrons la mission demain. Si tu ne vois pas d’autres inconvénients à travailler sous mes ordres, tu peux disposer.
-Grmf, me contentai-je d’articuler en partant, ce qu’il interpréta à raison comme étant un « bien sûr que si, trouduc, mais t’imagines bien que je veux continuer ».
-Nous sommes donc d'accord.

Oboro
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Re: Narasu

Message par Otarin le 8/7/2011, 20:38

« Vive la joie ! Bonjour, bonjour les jouvencelles ! Vive la joie ! Je saute par dessus les toits ! Vive la joie !
-Il est passé par là. Je l’entends encore. Murmura une voix.
-Il a cassé encore des tuiles… En fit une autre.
-Ce gars là devrait aller se faire foutre au cachot à grands coups de pieds au cul ! Fit la première voix en haussant le ton.
-Il était un ptit hommeuh qui s’applait guilleri CARABI ! Il s’en fut à la châsseuh ! À la chasse aux perdreaux CARABO TOTO !
-Mais faites le taire ! Bordel il est 4 heures du mâtin, il y en a qui dorment !!! Lança un homme à sa fenêtre.
-Quel mal embouché celui là… Râla le second homme. Vas rattraper un type comme ça complètement bourré qui chante à tue tête…
-J’aime pas les cons comme ça… Acquiesça le premier
-Malbrough s’en va t’en guerreuh MIRONTON MIRONTON, MIRONTAINEUH !
-Fais chier lui aussi, il ne s’épuise jamais…
-J’ai l’impression que c’est pas le genre du bonhomme...
-Allez, assez parlé, j’pense qu’un bon somnifère devrait suffire… Dit la première voix en sortant une seringue.
-Et tu comptes le ramener où ?
-Ben, comme l’autre nous a demandé… Hein… J’fais mon boulot moi.
-Ouaip…
-À la claireuh fontaineuh !
-Eh, il commence à se barrer, il s’éloigne !
-Ben grouille toi, merde ! »

Les deux hommes avançaient en suivant à la trace leur maître chanteur. Pas moyen de lui mettre le grappin dessus pourtant. Trop doué. Malin, sûrement pas. En tout cas pas dans l’état où il se trouvait. Mais fort, crénom, oui ! L’homme se demandait même s’il n’avait pas affaire à un bœuf tant celui ci montrait sa brutalité et son manque de finesse.

L’homme en question avait traversé Narasu par les toits, en chantant à tue-tête et avait été repéré par quelques gardes. Aussitôt, le gêneur avait été suivi à la trace par deux chuunins. Ils tentaient à tout prix de ne pas le perdre et l’approchaient petit à petit. Le somnifère présent dans la seringue était assez fort pour assommer un éléphant pour au moins trois bonnes heures. Encore fallait il lui injecter.

« Bon, t’y est ?
-Ma seringue est prête si c’est ce que tu veux savoir…
-C’est bien ça.
-Bon, avance alors ducon !
-J’te rappelle que t’es rien sans moi, alors parles moi mieux…
-C’est ça… »

L’homme à la seringue emboîta le pas de l’autre qui exécuta quelques mudras. L’alcoolique revenait dans leur direction. L’homme semblait très concentré. L’autre était presque à se demander si son baratin les mènerait à quelque chose. Pour l’instant, il ne voyait pas grand chose de changé. M’enfin, il aurait bientôt la chance de tenter son coup sans l’aide de l’autre abruti…

« Bon, t’es prêt ? Il arrive…
-Je sais, je ne suis pas con, mais si tu pouvais m’aider…
-Tu ne peux pas savoir combien je t’aide…
-C’est ça ! Un autre jour peut être. »

Ils se turent. L’autre arrivait. Il ne marchait plus sur les toits désormais. Le premier homme lui fondit dessus tandis que l’autre tentait de lui placer dans un endroit pas trop sensible. Il finit par lui atteindre le bras. Il s’évanouit.

« Putain, la seule chose que tu sais faire c’est te jeter sur lui ?
-Tu sais ce que c’est qu’un Kagami ?
-Nan… Un truc de looser…
-Mais pourquoi les Chikarates sont ils autant chiants… Je commence à me demander si Mahou n’a pas raison à votre sujet finalement, vous n’êtes que des brutes…
-C’est ça, cause toujours… »

***

« Bien… Comment vous appelez vous ?
-Otarin Rekaïshi…
-Quel grade ? Quel village ?
-Juunin, Chikara…
-Vous vous souvenez de votre soirée ?
-Absolument pas… Qui êtes… oh merde ! Ça alors !
-Vous vous souvenez de moi ?
-Que oui, tenez… Votre visage ne s’oublie pas…
-Mon nom ?
-Pourquoi toutes ces questions ?
-Pour savoir si le somnifère qu’on t’as injecté n’a pas trop bousculé vos neurones…
-Bien… Vous êtes Jupneï Sadaharu… Kounin de Chikara et responsable de la section Chikara à Narasu.
-Bien. Maintenant… Pourquoi étais tu autant alcoolisé le nuit dernière. On a reçu de nombreuses plaintes. Tu as cassé des toits, chanté en pleine nuit et j’en passe…
-C’est encore pour mes neurones ?
-…
-Non, j’imagine que non. Et bien… J’ai dû faire un peu trop la fête…
-Un peu trop ? Te rends tu compte que tu avais plus de quatre grammes d’alcool par litre dans ton sang ?
-Et ? C’est beaucoup ?
-C’est draconien…
-Ah… merde. Et ?
-Ben… On t’a arrêté.
-Ah, c’est tout ? Donc j’peux rentrer chez moi ?
-Pas question !
-Pourquoi ?
-On ne voudrait pas que tu recommences…
-J’recommencerais pas.
-Qui me le prouve ? On ne veut plus que tu touches à l’alcool !
-J’y toucherais pas !
-Ne m’embêtes pas, j’ai d’autres chats à fouetter.
-J’vous embête pas si je pars… Justement, vous pourrez aller fouetter vos chats…
-Qui est ce qui m’a mis un abruti pareil…
-Mais, je vous dit que l’alcool c’était juste hier, arrêtez un peu…
-Que j’arrête ? Tu commence à me courir Otarin ! »

Son regard se posa sur moi, dardant des éclairs. Il était fâché. Son nez s’était pincé, et sa patience semblait presque épuisée. Cet homme d’apparence si fragile était sur le point d’exploser. Il se tenait toujours parfaitement droit. Moi, au contraire, j’étais avachi sur ma chaise, pas encore remis tout à fait des drogues qui m’avaient été injectées. Ma tête résonnait, tout mon corps paraissait engourdi. Et je le regardais, lui, droit, fier, grand. Je ne pouvais m’empêcher de noter nos différences. Nombreuses. Trop peut être.

« Bon, ne vous fâchez pas… J’peux très bien vous prouvez que je suis parfaitement en état de partir.
-Ah ? Et comment ?
-Ben… J’sais pas, lancez moi un défi.
-Très bien. Cher Otarin, tu vas combattre un de mes hommes, si tu réussis…
-Vous me couvrirez d’or…
-Non ! Je te laisserais partir. Mais si tu échoues !
-Vous me jetterez aux crocodiles… !
-Non !
-Ah ?
-Tu auras droit à un traitement de faveur…
-Et quitte à me faire bousiller, j’ai le droit de choisir mon adversaire ?
-Bien…
-Je veux vous combattre vous… »

Le kounin me regarda. Un air de nouveau plus calme sur le visage. Plus agressif aussi. Brrr… Mais pourquoi j’ai dit ça moi ? Merde. Et il allait me prendre au mot l’imbécile. Putain fuck, je dirais...

« Très bien… Je t’accorde dix minutes de mon temps. Tout à l’heure, avec public pour que tout le monde puisse te cracher au visage.
-Ou pense à choisir un Kounin plus compétent, qui sait…
-Effronté… Gardes ! Qu’on vienne le chercher. »

Sadaharu fit ses recommandations aux gardes. J’avais le droit à tout ce que je voulais jusqu’au combat, sauf de l’alcool. Sympathique comme limites. Malheureusement, j’étais singé tout le temps par les deux gardes et je n’avais pas vraiment les mouvements libres. Ainsi arriva l’heure du combat sans que j’aie pu me défouler une seule seconde. Pas grave. Je ferais sans. La foule avait déjà été prévenue et plus d’une centaine de personnes étaient présentes. Sadaharu arriva pile à l’heure. Et il voulut commencer dans les plus brefs délais…

« Bon, ce combat ne durera pas plus de dix minutes, même s’il n’y a pas de vainqueur.
-Ça me va. De toute façons, dix minutes devraient vous suffire, non ? Fis je moqueur. »

Il ne répondit pas et sortit son fleuret. Il n’avait pas l’intention de perdre du temps et il passa à l’attaque avant même que je n’aie fini de sortir mon épée. Je parvins tout de même à parer son coup mais la flexibilité de son arme me déconcerta. Sa lame partait vite et observait des courbes inhabituelles à l’épée. En tant que novice dans cet art, j’anticipais très mal les mouvements irréguliers du fleuret. Je regardais Jupneï dans les yeux. Lui ne bronchait pas, totalement obnubilé par son combat. Grâce à mon œil, je parvenais à chaque fois à esquiver ou parer ses coups, mais toujours à la dernière seconde ; il était extrêmement habile et rapide.

« Okay, je… »

Je n’eus pas le temps de finir ma phrase qu’il accéléra un peu ses mouvements et me taillada la hanche. Bien qu’elle soit souple, sa lame n’en était pas moins aiguisée. À plusieurs reprises, il me toucha, me blessant jusqu’aux bras. Je finis par lâcher mon arme, me retenant de hurler de douleur. Dans un dernier élan, j’essayais de l’esquiver une dernière fois en plongeant sur le côté mais la douleur aux bras et aux jambes était vive et m’empêchais de me mouvoir correctement. Pour achever le combat, le Kounin m’ouvrit l’abdomen d’où mes intestins sortirent d’un coup puis ramassa ma propre arme tombée à terre et me la planta dans les côtes, juste au niveau du cœur.

« Voilà ce qui arrive aux imprudents qui affrontent plus forts qu’eux… Souffla-t-il, me laissant à mon agonie. »


Dernière édition par Otarin le 24/7/2011, 20:59, édité 1 fois
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Re: Narasu

Message par Otarin le 24/7/2011, 20:59

« Choûjo, occupes toi de lui !
-À vos ordres mon colonel…
-Tu le réveilles et tu me le mets sur pieds pour ce soir. »

Lorsque son supérieur ronchon et patibulaire sortit enfin de la pièce, le jeune homme qui répondait au nom de Choûjo attrapa le corps à terre par les pieds et le traîna sur une dizaine de mètres avant de l’adosser contre un mur. Ses muscles étaient tendus à l’extrême et des gouttes de sueur perlaient sur son front. À la vue de sa carrure, on pouvait aisément comprendre à quel point il pouvait être épuisant pour lui de balader le corps. On aurait dit une brindille, aussi frêle que petit, avec la peau sur les os, le visage émacié. Il attrapa un seau posé à portée et en jeta son contenu sur l’homme assoupi.

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHH ! C’est gelé !!!!!!!
-Le but était de vous réveiller monseigneur !
-Ne m’insulte pas graine de tournesol, je suis juunin !
-Désolé…
-Bon, où est la sortie ? Demanda la jeune homme blond trempé jusqu’aux os.
-Ce bâtiment n’a pas de sortie mons… monsieur le juunin. Le renseigna le garçon d’un ton neutre.
-Comment y suis je entré ? Et appelle moi Otarin gamin. C’est quoi ton nom ?
-Vous êtes entré parce qu’il le fallait, monsieur Otarin, et pour vous je me nomme 60.
-Bien Soassante, fais moi sortir.
-Je ne peux pas. Et vous devez être sur pied d’ici ce soir.
-Nous sommes seuls dans ce bâtiment ?
-Non, près de cent personnes logent ici dont plus de la moitié font partie du personnel.
-Et je suis ?
-Un malade… Votre guérison ne sera pas longue.
-L’autorité…
-Le colonel dirige cet endroit, le coupa le garçon, mais il doit être absent, ou indisponible.
-Que faut il que je fasse ?
-Rien… »

Le garçon regarda Otarin dans les yeux pendant un moment. Le Juunin, perturbé par son regard, déglutit. 60 lui faisait penser à une coquille vide. Il s’assit par terre en attendant. La pièce était toute blanche, géométrique. Mis à part le seau qui avait permis de le réveiller, il n’y avait aucun objet. Aucune ouverture non plus mis à part une porte close qui n’avait pas de poignée de ce côté.

« Alors ?
-Qu’y a-t-il ?
-Qu’est ce qui va se passer ?
-Rien… Il faut attendre.
-Combien de temps ?
-Le temps qu’il faudra.
-Je suis mort, c’est ça ?
-Non, entre la vie et la mort seulement.
-Ah… La raison ? Un coup de sabre dans le cœur ?
-Non, la raison c’est l’alcool.
-L’alcool ? Ça m’étonnerait.
-Il suffirait que vous ingériez une seule goutte d’alcool et vous succomberiez.
-C’est si grave que ça ?
-Ce n’est pas grave. La mort n’est jamais grave… »

Otarin était troublé. Les paroles de 60 faisaient écho dans sa tête. Toute sa fougue des dernières journées, notamment lors du combat contre le Kounin, l’avait quitté. Il ne ressentait plus aucune excitation et, alors qu’il aurait tenté par tous les moyens de quitter cet endroit en temps habituel, il posait ses questions et attendait les réponses calmement. Peut être 60 disait il vrai. Peut être l’alcool rongeait-il le juunin sans qu’il s’en aperçoive. Il fallait qu’il en soit sûr.

« Si je vous demandais une goutte d’alcool, vous m’en donneriez ? J’ai soif.
-Le message n’a pas suffi ? Bien, je vais en chercher. Mais, essayez de vous mettre à un endroit convenable où l’on peut déplacer le corps facilement, ce sera plus aisé pour nous. »

Le Rekaishi regarda le bonhomme qui s’en allait lui chercher ce qu’il voulait. S’il acceptait c’était que ses menaces n’étaient pas réelles. Otarin s’en trouva rassuré. Il n’aurait pas bu le verre si il avait fallu que ce soit lui qui aille le prendre. Mais, ses craintes dissipées, il attendait le liquide.

Au bout d’un certain temps, un homme à forte carrure fit irruption dans la pièce. Celui-ci avait l’air assez grognon et il n’avait pas l’air très ouvert. Il se pencha au dessus d’Otarin et examina le juunin assis là en tailleur. Il fronça les sourcils mais n’ouvrit pas la bouche. Une moue dubitative se dessina sur son visage, déjà marqué par les années. Il devait avoir la cinquantaine ; ses cheveux poivre et sel et ses quelques rides les démontraient d’ailleurs. Au bout d’un moment il ouvrit la bouche pour prononcer un seul et unique mot :

« Pourquoi ?
-L’idée du risque sans doute. Et puis, si je risquais vraiment ma vie on ne m’en donnerais pas. Le Kounin ne voudrait sûrement pas éliminer l’un de ses soldats. Surtout par les temps qui courent.
-C’est bien, tu es intelligent. Je suis le colonel en poste ici. Dans cet endroit tout le monde est à mes ordres. Tiens. »

Il lui tendit le verre qui semblait rempli d’un délicieux nectar. Otarin huma le breuvage pour s’apercevoir que c’était une bière parfumée à la rose. Il en avait déjà goûté et gardait un souvenir très agréable de la boisson. Le taux d’alcool ne devait, en plus, pas être très élevé. Il attrapa le verre à deux mains, le portant jusqu’à sa bouche sous l’œil attentif du colonel qui s’était relevé. Il trempa ses lèvres. Rien ne se passa. Il bu une gorgée et, comme pris d’épilepsie, il s’effondra par terre en tremblant. Pour la deuxième fois en très peu de temps -après s’être reçu une lame dans le torse- il mourait.

***

« Youhou ! Du bateau ! »

Que se passait-il ? La mort n’était pas la chose la plus agréable qui soit ? Apparemment pas ; un bonhomme qu’il ne voyait guère correctement à cause d’un voile de buée qui recouvrait ses yeux lui hurlait -comme s’il avait souhaité le réveiller- des paroles qui lui faisaient mal à la tête. Il avait déjà une migraine d’enfer, mais l’abruti lui cassait les oreilles. Otarin ne bougea pas, trop éreinté par l’épreuve qu’il venait de passer. Il écouta un peu.

« Désolé, il est sorti du Kagami mais ça doit être le contrecoup de la mort. Il doit avoir les yeux embués et les oreilles qui bourdonnent en plus d’un violent mal de crâne. Malgré le fait qu’il n’y soit resté que cinq minute, il a l’impression d’y avoir séjourné une journée entière. »

Ainsi donc, il était réellement mort ? Qu’est ce qu’était qu’un Kagami ? La cellule dans laquelle il se trouvait ? En entendant la voix de l’interlocuteur de celui qui tentait de le relever, Otarin cilla. Le doute le travaillant, il tenta de toutes ses forces d’ouvrir les yeux et de s’asseoir. Quand, enfin, il fut posé sur son séant, le jeune juunin regarda les deux hommes qui l’encadraient. L’un était Jupneï Sadaharu, Kounin dirigeant la section Chikarate de Narasu, l’autre, le colonel, chef du « Kagami » -l’antre dans laquelle il avait été enfermé.

« Que… Que s’est il passé ?
-Et bien, vous étiez agité dans votre sommeil alors nous sommes venus voir, lui expliqua le colonel.
-Alors je ne suis pas mort ?
-Mort ? Non, mais votre alcoolémie pourrait bien avoir raison de vous… »

Ainsi il avait donc rêvé. Le « Kagami » n’était sans doute qu’une autre invention de son esprit. Ou bien, le songe qui venait de se produire dans son crâne était prémonitoire. Comment aurait il pu inventer le colonel sinon ? Le doute fit naître une boule d’angoisse dans la gorge.

« J’étais en train de venir vous chercher pour vous emmener en un lieu sécurisé, lui signala le colonel.
-Ah, vous étiez venu me chercher, pourquoi ?
-Et bien, ton taux d’alcoolémie étant anormalement élevé, une seule goutte d’alcool te ferait succomber. Je suis là pour te soigner.
-Et me confier à Soassante ?
-Oui, comment le sais tu ? Fit il d’un air faussement étonné.
-Et bien, le cauchemar qui m’a « agité » dans mon sommeil, ben, vous y étiez ainsi que Soassante.
-Ah… Prémonition… Mauvais ça. »

Otarin regarda successivement le colonel puis le Kounin. Tous deux avaient l’air très sérieux. Otarin se leva complètement, s’étira un peu et bailla un coup. Sa tête lui faisait moins mal et il regarda dans les yeux le colonel.

« Et bien, ce message du futur m’a suffit je pense. Je ne tenterais pas par deux fois l’expérience. Ma résolution est prise… »

Sur ce, il tourna la tête vers le Kounin et lui dit :

« Vous aviez raison, l’alcool m’a détruit, je vous dois la vie à tous deux. Je ne boirais plus une seule goutte d’alcool.
-Bien… Otarin ?
-Oui ?
-Viens avec moi dans mon bureau, fit le Kounin.
-D’accord, monsieur.
-C’est bien, au moins, tes manières sont un peu plus courtoises. »

Il se tut et sortit de l’étrange salle dans laquelle Otarin avait fait son cauchemar. Le colonel les regarda partir. Lui savait que ce n’était pas un rêve aussi bien que le Kounin. Lui, Gôta Nasu, maître Kagamiste de Chikara avait envoyé l’esprit d’Otarin dans son monde virtuel pour y insérer une idée. L’idée que l’alcool était mortel…

Otarin se fondit dans les pas de Sadaharu, comme s’il était son modèle, l’homme qu’il devait imiter en toutes circonstances. Ses yeux -malgré la fatigue- brillaient en contemplant le Kounin qui venait de le « sauver ». Lorsqu’il entra dans son bureau, il sentit une fois de plus l’atmosphère sérieuse qui y régnait. Jupneï Sadaharu prit place dans le siège à l’apparence inconfortable et intima d’un regard le juunin à s’asseoir. Ce dernier prit place dans un fauteuil légèrement plus décontracté que celui de son interlocuteur qui était dépourvu de matelassure. Le dirigeant de la section Chikarate de Narasu prit alors la parole :

« Bon, Otarin, je crois que tu as compris le message ?
-Oui, maître.
-Je comprends que tu veuilles te faire pardonner de ton attitude lors de notre dernière discussion mais… Le « maître » est de trop.
-Pardon. Je veux dire, pardonnez moi. Pour mon attitude de la dernière fois.
-C’est mieux ainsi. As tu des questions ?
-Oui. Comment se fait il que je ne soit pas mort lorsque vous m’avez transpercé le cœur ?
-Et bien, c’est un peu difficile. C’était un Genjutsu.
-Alors vous n’aviez pas tenu…
-Ma promesse ? Bien sur que si, je t’ai accordé tes dix minutes, puisque c’est le temps qu’il m’a fallu pour concevoir cette illusion.
-Ah… Mais, je ne comprends pas… Vous n’étiez pas là ?
-Non, au départ ce n’était qu’un hologramme puis, dès lors qu’il t’a touché, la deuxième partie de l’illusion s’est activée. Un genjutsu mental qui te faisait croire que tu menais réellement ton combat. Mais l’illusion était exagérément douée par rapport à mes réelles capacités d’escrime. »

À ces mots, le Kounin esquissa le premier sourire qu’Otarin eut pu voir de lui. Il pouvait être chaleureux quand il voulait. Toutefois, il reprit rapidement son visage impassible et repris la conversation.

« Donc, le coup dans le torse a été infligé à ton esprit. D’où ton passage dans les pommes…
-Je comprends mieux. Que vouliez vous savoir en me menant ici ?
-Ce que tu comptais faire en sortant.
-Et bien, peut être m’entraîner pour atteindre votre niveau.
-Pas d’alcool donc ? J’ai bien fait de te réserver un sort à ta mesure plutôt que de m’énerver dès ta première insolence. J’aurais toutefois à te confier une mission. Mais bon, reviens dans une semaine et ce sera bon.
-Merci. »

Sur ce Otarin se leva, salua son nouveau modèle et repartit s’entraîner. L’alcool étant désormais sorti de sa pénible vie.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 27/7/2011, 21:58

Keizo Wakebe attrapa à toute vitesse divers feuillets qu’il enfourna précipitamment dans une petite sacoche, avant de foncer jusqu’à la bibliothèque de son bureau et de tirer le faux livre qui ouvrait un passage secret dans le mur. Cette option était une idée un peu saugrenue de son architecte, mais elle lui avait plu à l’époque où il avait fait rénové ce bâtiment. Il n’aurait jamais douté devoir s’en servir un jour pour s’enfuir !
Mais les bruits de combat étouffés qui provenaient du salon principale et de l’antichambre qui accédait à son bureau lui soufflaient que c’était le moment ou jamais.

D’un geste, le petit négociant replet fit signe à son garde du corps de le suivre, et tous deux s’engouffrèrent dans le couloir. Dans un chuintement sec, la portion de mur se referma derrière eux, ne laissant aucune trace de leur passage.

Keizo souffla un peu, se sentant davantage en sécurité. Son esprit fébrile tenta d’analyser la situation : qui était suffisamment dingue pour lancer un assaut en plein jour chez lui ? Ses rivaux n’étaient pas fous à ce point là, ses clients n’avaient aucune raison de lui en vouloir et ses fournisseurs n’avaient pas de raisons d’être mécontents. Ne restait donc plus logiquement que ces fous furieux de ninjas. Pas étonnant que ses gardes se fassent balayer…

Tandis que le duo trottinait lestement, un craquement de mauvais augure retentit devant eux. Et sous les yeux éberlués de l’homme d’affaire, le mur sur sa droite se fendit, tandis qu’un de ses gardes passait au travers, la tête la première, propulsé par un pied rageur en pleine figure.
Ledit pied appartenait à un jeune homme blond, qui se tenait dans l’encadrement du trou. Sa veste furieusement colorée était déchirée et coupée en de multiples endroits, et de petits filets de sang coulaient ci et là d’entailles qu’il avait encaissé au cours de sa rixe contre les gardes. Mais cela ne semblait nullement le gêner.

Kentaro pénétra dans le couloir secret en maugréant contre ces murs en toc qui ne tenaient pas le coup quand on balançait quelqu’un dessus, puis s’aperçut qu’il n’était pas tout seul.

« Tiens, tiens, mais ça ne serait pas le petit Wakebe, par hasard ?
_ Que… heu… Je… Non ! Non, pas du tout, il y a erreur sur la personne, tenta Keizo. Je suis son comptable. Mr Wakebe est dans son bureau, j’en sors tout juste.
_ Te fous pas de ma gueule, maugréa le médecin. J’ai vu ta photo. »

Keizo se décomposa. Kiritsu était venu pour lui. Spécifiquement.
Il était foutu.

Dans un grognement, son fidèle mercenaire s’élança sur le genin imprudent, bien décidé à le trancher en deux d’un coup de batto. Il n’eut malheureusement pas le loisir de dégainer son sabre, puisque la poigne d’acier du jeune médecin se referma sur son avant-bras, interrompant net son mouvement et le forçant à rengainer son arme.

« Toi, si t’as deux sous de bon sens, tu fais demi-tour et tu ne demandes pas ton reste. » Prévint Kentaro avant de le lâcher en le repoussant de quelques pas.

Le garde du corps se fit tout petit et Kentaro reporta son attention sur le négociant.

« Figure-toi que je te cherchais. Je… »

Le genin n’eût pas le temps de finir sa phrase car le garde du corps lança une attaque surprise. Kentaro attrapa en vol le bras de son assaillant avec son bras opposé, plaqua le coude sur sa hanche tout en s’enroulant sur l’extérieur, forçant le type à tourner et passer devant lui ou à se briser le bras. Lorsque le garde arriva à sa hauteur, le bras libre du médecin lui asséna un puissant direct dans la face, avant de poursuivre sa course et de lui encastrer la tête dans la cloison en bois.

« Tsss… Le bon sens se fait rare de nos jours. » Commenta le médecin.

Keizo, estomaqué, regarda successivement son fidèle garde du corps –son meilleurs combattant – encastré dans le mur et Kentaro, qui l’avait dégommé sans trop se fouler. Ça sentait le roussi… Il ne lui restait plus qu’une seule solution.

Keizo se jeta à genoux aux pieds de Kentaro et se répandit en pleurs, l’implorant de l’épargner et lui promettant de lui donner tout ce qu’il voulait.

« M’enfin ? Hé, relax ! Je ne veux pas tout ce que tu possède, je veux juste un truc en particulier, expliqua Kentaro. Pis lâche ma jambe ou tu vas te la manger dans les dents. Allez, on retourne à ton bureau, ‘faut qu’on discute. »

Le jeune homme raccompagna le négociant jusque dans son cabinet et le laissa s’installer à son bureau. Lui-même prit place dans l’un des sièges en face, puis il tira un dossier de sa besace et le laissa tomber sur le bureau.

« J’ai besoin d’un foie répondant à ces caractéristiques, annonça Kentaro. Et j’en ai besoin maintenant.
_ Voyons, bredouilla Keizo, je ne suis qu’un humble vendeur de porcelaines et…
_ Et mon poing dans la gueule si tu continues ! L’intimida derechef le jeune homme. Je sais de source sûre que tu verses dans le trafic d’organes. Donc un foie, maintenant. Sinon je tape.
_ D’accord, d’accord, céda immédiatement le petit négociant. Ne nous énervons pas, je suis sûr qu’on peut s’entendre. J’ai un très vaste choix de foie, pour tous les prix, qui…
_ Je crois qu’on ne s’est pas bien compris, là. Je ne viens pas acheter un foie, je viens prendre un foie, expliqua le médecin. Et je ne suis pas un acheteur crédule que tu peux embobiner avec tes boniments, je suis un médecin à la recherche d’un produit bien précis répondant à des critères particuliers.
« Si je me suis tourné vers toi, c’est parce que je pense que je peux te faire confiance, puisque tu fais montre d’une certaine "éthique" dans la pratique de ton trafic. Par ailleurs, tu emploies des ersatz de médecins un tant soit peu dégourdis, gage de qualité. Et ils sont parfaitement à même de vérifier les caractéristiques que je recherche.
« Comprends moi-bien, reprit le genin en se penchant en avant. Si j’ai fermé les yeux sur ta petite histoire, ce n’est pas par bonté d’âme mais uniquement parce que je pressentais que ton manège pourrait me servir pour les cas d‘urgences. Dis-moi que j’ai eu raison… ça serait dommage qu’on convienne que ne pas te dénoncer aux autorités ait été inutile, pas vrai ?
_ Non, non, non ! Assura Keizo. Je suis sûr qu’on peut s’arranger… Ne vous inquiétez pas, votre bon Keizo s’occupe de tout. Il vous faut ça pour quand ?
_ Dans une heure.
_ Une heure ! Mais…
_ Je sais que tu possèdes des stocks, souligna Kentaro. Alors on ne chipote pas, c’est une heure. Et je ne suis pas du genre patient. »

Keizo capitula derechef. Outre qu’il ne tenait pas à provoquer un accès de violence chez son interlocuteur – sa veulerie était l’une des clefs de sa longévité dans ce milieu – ce type était visiblement particulièrement bien renseigné sur ses activités. Trop bien même. D’une façon ou d’une autre, ce n’était pas une bonne idée de se le mettre à dos. Le négociant prit connaissance du dossier et appela un serviteur…

Kentaro se cala plus confortablement dans son siège et attendit. Il avait pris connaissance du cas de Keizo quelques semaines plus tôt : Nobunaga avait envoyé plusieurs Goishi – ses agents de confiances au sein des forces de Mahou – dans la ville et ceux-ci avait commencé à fouiner à droite à gauche pour tenter de trouver une trace de Yoshimitsu ou d’Akio. Dans une ville comme Arasu, ils avaient mis à jour déjà plusieurs trucs pas très honnête, et Kentaro avait accès à la plupart des dossiers. La majorité n’aboutissait pas à grand-chose d’utile, mais dans le tas, Kentaro avait découvert une ou deux pépites comme Keizo.
L’homme pratiquait le trafic d’organe, et pas en quantité artisanale. C’est ce qui avait mis la puce à l’oreille du Goishi et l’avait poussé à rechercher de plus amples informations. Dans la pratique, il s’avérait que Keizo possédait une équipe de pseudo-médecins qui s’y connaissaient en opération, et les organes étaient récupérés dans d’excellentes conditions. En outre, l’écrasante majorité des donneurs étaient consentant – dans le cadre de prélèvement bénin – ou bien le don était consenti par la famille, contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Bien évidemment, les hommes de Keizo prenaient énormément de latitude avec les conditions de décès permettant d’ordinaire de prélever des organes, de même pour la durée standard de conservation : mais ils avaient un job à faire tourner. Après tout, tant que l’organe semblait encore fonctionner, c’était le principal.
Bien entendu, ils aidaient aussi à faire "disparaître" les preuves en s’occupant de cadavres, mais ces cas-là étaient tout de même minoritaires. De fait, même si en théorie, tout ceci était complètement hors-la-loi, dans la pratique, comparé à bon nombre d’usage en vigueur dans la ville du crime, à moins d’un gros scandale, il était peu probable que Keizo soit inquiété si Kiristu venait à découvrir ses activités : ils avaient d’autres chats nettement plus importants à fouetter.
Kentaro avait donc conservé cette adresse dans un coin de sa tête, celle-ci pouvant servir de stock d’urgence pour l’hôpital en cas de coups durs.
Et avec raison, puisqu’aujourd’hui, il en avait besoin.

Trois quart d’heures plus tard, Kentaro prenait réception de son colis dans une petite glacière, après avoir vérifié l’état général de l’organe. En milieu hospitalier, un foie n’est conservé qu’entre 12 à 18 heures, et considéré comme impropre à une greffe au-delà. Celui-ci se situait "au-delà" mais semblait toujours en bon état. Bien sûr, il restait le risque que Keizo se soit payé sa gueule en lui refourguant du toc, mais le jeune médecin avait écarté cette hypothèse : il cernait suffisamment le vieil homme pour être certain qu’il avait trop peur de s’attirer son ire vengeresse.

Le médecin remercia dûment Keizo et quitta le bureau. Il traversa l’antichambre et rejoignit le salon, où se tenaient dans un coin la demi-douzaines de gardes du négociant. Ceux-ci, salement amochés, jetaient des regards craintifs à un autre homme vêtu d’amples atours gris, situé à l’angle opposé de la pièce. Tout comme le médecin, ses vêtements avait été tailladés plusieurs fois, et lui aussi arborait quelques bobos ci et là, mais il était en bien meilleur état que les gardes, qu’il surveillait avec un sourire retors en faisant tournoyer sa massue cloutée par la lanière.
L’homme héla Kentaro lorsqu’il arriva.

« C’est bon ?
_ Aucun soucis de mon côté, Neiji. Et toi ?
_ Ils ont été bien sage comme des images… Dommage.
_ Tu t’attendais à quoi après la dérouillée que tu leur as mise ? En tout cas, on a ce qu’on veut, allons-y. »

Les deux jeunes gens quittèrent le salon, empruntèrent un escalier et débouchèrent dans le magasin de porcelaine qui servait de couverture aux activités de Keizo. Celle-ci donnait sur l’une des innombrables petites rues annexes de la périphérie du Gyosei Machi –Keizo avait plutôt opté pour la sécurité en s’installant dans ce quartier.
Le duo s’inséra dans la file des badauds et progressa vers le Nord, quittant le Gyosei Machi. Ils continuèrent jusqu’au cœur de l’ancien territoire des Yomi, jusqu’à arriver devant un petit hôtel miteux des bas-quartiers du secteur.

Kentaro et Neiji entrèrent, sans le moindre regard pour les quelques hommes en armes qui ponctuaient le hall d’accueil. Malgré leur mine patibulaire, tous étaient tirés à quatre épingles, et auraient pu tout aussi bien porter des pancartes « Hommes de main de la mafia » tant c’était évident. Le médecin et son acolyte passèrent à l’étage, où la sécurité était encore renforcée, et se dirigèrent sans hésitation vers l’une des chambres.

Kentaro entra et posa sa glacière sur un petit guéridon, avant de s’approcher de l’homme étendu sur le lit. La cinquantaine, les cheveux gris et le visage dur, Sotaro, l’un des boss les plus influents du secteur nord, semblait paisiblement endormi. Ce qui était uniquement du aux innombrables aiguilles qui recouvrait son torse et une partie de son cou.
Son teint jaunâtre trahissait la grave défaillance hépatique qui le minait.

« Je m’occupe du reste, Neiji. Tu peux attendre dehors.
_ Mais… hésita le second de Sotaro.
_ Roooh, c’est bon, fit Kentaro. Si je voulais sa mort, il m’aurait suffi de refuser de le soigner. Le lit prend déjà plein de place, je n’ai pas envie que tu restes dans mes jambes et me gêne en occupant le peu d’espace qui me reste.
_ Très bien, obtempéra Neiji. Combien de temps ça va prendre ?
_ Une bonne demi-heure, je pense… » Répondit distraitement Kentaro, déjà concentré sur sa tâche.

Le médecin posa une pochette de cuir sur une table basse et la déroula d’un geste, révélant l’ensemble de ses instruments d’opérations. Il s’assura qu’on avait suivi ses directives concernant l’eau et les bandages, puis il planta ses quatre piques surmontés de pompons rouge et jaune aux quatre coins de la pièce, et, après plusieurs dizaines de mudras, activa son Mukin Kuiki (« Aire Stérile »). Un léger grésillement et une vague odore d’ozone lui apprirent que les lieux étaient aseptisés.
La transplantation pouvait commencer…

*
* *

Sotaro émit un grognement et cligna plusieurs fois des yeux. Kentaro quitta le siège où il se morfondait et s’approcha du boss avant d’effectuer quelques vérifications de routine, pour la forme – l’opération s’était bien passée et il avait déjà fait des vérifications préliminaires lorsque son patient était encore inconscient. L’homme était en pleine forme, et son nouveau foie semblait fonctionner. Son seul risque était maintenant un rejet de la greffe, mais le médecin estimait la chose peu probable : le foie était compatible, et le traitement immunosuppresseur devrait juguler le système immunitaire juste ce qu’il faut pour éviter qu’il n’entre en conflit avec le nouvel organe.

« Bien, bien, bien, annonça Kentaro à son patient. Votre état est correct, la suite devrait bien se passer. Une fois que vous serez rentré chez vous, repos absolu pour quelques jours. J’ai refilé à Neiji toutes les recommandations qu’il doit vous faire suivre, même contre votre gré, alors vous l’écouterez bien sagement si vous voulez vivre.
« Pour le reste, comme je vous l’avais dit, vous devrez suivre un traitement pour le restant de votre vie. Et que pour les choses soient bien clair : ce traitement est vital, vous ne badinez pas avec ! Parce que si ça déraille, vous n’aurez pas de secondes chances !
« Et intégrer un médecin à votre cercle rapproché, ajouta le genin après une courte réflexion. Y’a des limites à la paranoïa : si vous aviez pu être pris en charge avant que ça ne s’aggrave, vous auriez pu conserver votre foie. »

Kentaro termina son sermon, attrapa ses affaires, et se dirigea vers la porte, estimant son boulot terminé.

« Un instant, émit Sotaro. J’ai une question, docteur Satokira
_ J’écoute, fit le médecin en se retournant.
_ Vous savez qui je suis ?
_ Un patient en pleine convalescence, répondit le médecin du tac-au-tac.
_ Je suis Sotaro Mogami, l’un des piliers de la mafia du secteur Yomi, expliqua l’homme. Je suis à la tête d’une pyramide tentaculaire plus ou moins liée d’une façon ou d’une autre à tous les trafics qui ont lieu dans le coin…
_ Mais pas dans le trafic d’organes, visiblement… à moins que vous n’ayez pas confiance en vos propres produits, évidemment… Rétorqua Kentaro, nullement impressionné : Neiji lui avait vendu la mèche dès le départ.
_ Ce que je veux dire, c’est que le Kiritsu ferait tout pour s’offrir ma tête. Et vous, vous débarquez comme une fleur pour me soigner dans la plus parfaite illégalité. Je ne comprends pas. Pourquoi ?
_ Parce que Neiji m’a fait part de votre cas ? Proposa le médecin.
_ Donc un parfait inconnu se présente à vous et vous demande de l’aide, vous accourrez sans vous poser de questions ?
_ J’ai déjà eu à m’occuper de Neiji, y’a deux ans, dévia Kentaro. Le bougre s’était tailladé le bras jusqu’à l’os en s’entraînant au katana. A l’époque, je lui avais vivement conseillé de changer d’arme, vu comment il était empoté. J’ai donc été agréablement surpris de le voir maintenant avec un casse-tête plutôt qu’un sabre. Les patients réceptifs ne sont pas monnaie courante – bien entendu, si j’avais su ce qu’il deviendrait, j’en aurai profité pour aussi lui conseiller de ne pas tenter une carrière dans la mafia… M’enfin c’est un grand garçon, il fait ses choix librement. – Toujours est-il que lorsqu’il est venu me voir, l’absence de katana m’a mis dans de bonne disposition, donc j’ai écouté ce qu’il avait à me dire, tout simplement. Et une fois qu’il m’a dit qu’il avait besoin de moi pour soigner quelqu’un…
_ Mais il ne vous a pas caché qui j’étais, n’est-ce pas ? Alors pourquoi avoir agit ainsi ? Qu’est-ce que vous espérez y gagner ? » Insista le boss.

Kentaro soupira, voyant où l’homme voulait en venir. Il croisa les bras puis s’adossa au mur.

« Je vais vous raconter une petite histoire, décida le médecin. Rassurez-vous, ce sera la version courte.
« Kamatari Satokira est l’une de nos légendes familiales : il a été l’un des premiers médecins Satokira a devenir shinobi et exercer en tant que shinobi-médecin. Un beau jour, en mission, Kamatari tombe inopinément sur une bande de brigands dépenaillés et en vilain état. En vertu de son Serment, Kamatari prend donc le temps de les remettre sur pied, notamment le chef brigand qui était aux portes de la mort. Puis il poursuit son chemin.
« Les années passent, et nous retrouvons Kamatari encore en mission quelque part dans le Yuukan. Cette fois-ci, l’heure est bien plus grave : il doit arriver en renfort à un petit village de paysans quelconque avant que celui-ci ne soit dévasté par un fort parti de shinobi ennemis. Seulement, à cause de maintes péripéties, l’escouade de Kamatari a pris du retard et ils n’arriveront jamais à temps, il le sait.
« Lorsqu’ils arrivent, Kamatari et les siens pensent ne trouver qu’un village en flamme, complètement annihilé. Mais ce n’est pas le cas : on se bat, dans le village, et les shinobis ennemis rencontrent une farouche résistance tandis qu’une foule d’hommes armés luttent becs et ongles pour les repousser. L’arrivée des ninjas Mahousards donne un tournant décisif à la bataille, et l’ennemi est promptement chasser.
« Bien évidemment, la foule d’hommes en arme qui a aidé le village avant l’arrivé des Mahousards, c’est la bande de fieffés gredins que Kamatari avait sauvé quelques années tantôt. Acculés par les vagues de shinobi qui déferlaient dans les environs, ils s’étaient repliés sur le village, plus facile à défendre, et avaient, par la même occasion, sauvé les pauvres villageois vulnérables.
_ Moralité, compléta Sotaro, un bienfait n’est jamais perdu. Et en agissant avec générosité et abnégation envers moi, vous espérez que je finirai par agir pour le bien ?
_ Nan, réfuta Kentaro. Ça c’est la morale pour gamin, le concept de la carotte : soyez bons et généreux envers les autres et vous serez récompensé tôt ou tard. A votre âge, je vous pensais moins naïf, quand même… J’aurai pu vu donner la version où les brigands pillaient le village et massacraient la populace, ç’aurait rien changé. Mais elle est moins populaire, ‘faut admettre…
_ Alors quoi ?
_ Alors moralité : un médecin sauve des gens, asséna le genin. Peu importe leur passif, peu importe leurs exactions futurs, peu importe leur nature ou leur identité. Un médecin sauve des vies, et c’est tout. Je me fiche donc pas mal de qui vous êtes : vous aviez besoin de soins et je vous les ai prodigué.
« Lorsqu’un type nous arrive aux urgences, couvert de sang et à deux doigts d’y rester, on ne se pose pas la question de savoir si c’est un criminel ou pas, s’il mérite d’être sauvé ou pas, et si c’est utile de le faire au regard de ce qu’il pourra accomplir plus tard. On doit le faire et on le fait, sans se poser de questions. C’est donc complètement hypocrite de raisonner autrement dès lors qu’on connaît l’identité ou la nature du patient.
« Je n’ai pas agi par sympathie, parce que j’espère en tirer quelque chose ou parce que je cautionne vos actions. Je l’ai fait parce que j’estimais que je le devais. Pour le reste, je m’en fous, c’est votre vie, c’est vous qui décidez de ce que vous en faites ; et si ça doit m’opposer à vous ou Neiji dans le cadre d’une mission du Kiritsu, je vous fracasserai la tête sans la moindre arrière-pensée… Vous comprenez ?
_ Je crois. Il y a les individus et les patients, en somme, résuma Sotaro.
_ Exact, opina Kentaro. Autre chose ?
_ Non, je ne pense pas, répondit le boss.
_ Alors je vais y aller... Oh, j’me doute que vous aller déguerpir sitôt que je ne serai plus dans le coin, mais néanmoins, ne vous inquiétez pas, je ne dirai rien de notre entrevue à Kiritsu. Ça évitera qu’ils vous pistent par le biais de votre traitement.
_ Comme c’est gentils… ironisa Sotaro. Mais ne risquez-vous pas gros en omettant de le leur signaler ?
_ Secret médical, rétorqua Kentaro en souriant. Un patient est un patient, peu importe son identité… »
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Re: Narasu

Message par Oboro le 28/7/2011, 11:35

C’était un quartier relativement calme, même quand on le considérait du temps de l’ancienne Arasu. Pas vraiment touristique, mais comme les fonds de commerce du coin étaient nettement moins rentables (et « diversifiés ») que ceux des avenues adjacentes, tous les zigotos entreprenants se dirigeant vers des quartiers un peu plus éloignés. Bon pour le confort, ça.
Du coup, c’était vraiment paisible, ici. On appellerait presque ça un havre de paix dans Narasu. En tout cas, on voudrait en connaître plus, des coins du genre. De là à soupçonner les citadins moyens de protéger et cultiver volontairement ces petites zones de gros pépères, il n’y avait qu’un pas qui était quand même franchement trop bizarre pour que j'arrive à le faire.

Et les artistes itinérants qui imposaient leur présence ici et là avaient le bon goût d’être carrément extras dans leurs domaines, en plus de la chance d’avoir un public friand de divertissements. On leur mettait au moins une note de sept sur dix, et la moyenne était à huit. Tenez, vous voyez ce type, qui jonglait avec des bolas enflammés? Regardez moi ce torse! Et ces pecs qui tressaillent à chaque fois que…

-Obo’, on est pas là pour ça.
-Mais euh… j’admirais le travail, j’admirais le…
-Le travail de mère nature?
-Probablement aussi celui de beaucoup d’heures de muscu’, le défendais-je.
-Ce type, c’est de la gonflette.
-Je sais. Ca reste de la sculpture. T’as vu son dos? Chuis sûre qu’il pourrait quand même tenir dix secondes en bras de fer avec Hisoka.
-Et faut qu’on y aille.
-Ouaip, t’as raison. N’empêche que c’est pas toi qui a des muscles comme ça, hein.
-Mon corps est très bien comme il est, voyons.
-Nwhuhuhu…


Le gensouard se sépara de moi, et entra dans le bar que l'on souhaitait revisiter, un parmi tous ceux que l'on avait écumé depuis ce matin. Il se concentra un instant, et fit de son mieux pour écarter sa bonne humeur, histoire de repasser en mode ninja et pouvoir effectuer sa mission correctement. Et un bon ninja, même genin, ça n'avait aucun mal à laisser traîner ses oreilles dans un bar pour espionner les conversations qu'il souhaitait. Suffisait de ruser un peu pour parvenir à ses fins.

Cela lui rappela un instant un de ses professeurs, à l'académie de gensou. Un type assez sérieux, mais qui comme tout le monde avait ses petits délires personnels. A l'occasion d'un cours particulièrement intéressant, il leur avait affirmé que "les tavernes étaient des champs de fleurs remplis d'informations, que les oreilles d'un ninja devaient apprendre à butiner amoureusement en vue de confectionner le miel de la victoire".

Comme quoi, on sentait bien qu'il était agrégé de ninjutsu et pas de poésie, celui-là.

Et une phrase pareille, même un Illinois ne pouvait pas l'oublier. Akhen en avait quelques autres en tête, mais les laissa de coté pour se concentrer sur les bruits alentours. Repérer qui ne voulait pas être écouté, aussi. Et les curiosités locales, comme ces deux types qu'on avait déjà vu dans plusieurs autres cafés, et qui laissaient vraiment l'impression d'attendre que quelque chose se passe dans le coin. A moins qu'ils ne soient censés être la cause du quelque chose qui arrivera. Des pailles louches qui avaient également attiré l'attention du propriétaire. Celui-ci vint s'asseoir près du genin, lui offrant au passage une boisson en guise de récompense pour le bon prétexte qu'il lui offrait de se rapprocher des deux loubards.

C'était la troisième fois de la journée que nous passions dans ce bar-restaurant, et le gérant, un grand chauve musclé impeccablement vêtu, commençait à bien nous aimer. Suffisamment pour nous avoir montré un peu du linge sale de ses concurrents, en tout cas. Et pour avoir gentiment répondu aux questions des deux artistes de passage que nous étions censés être. Keza nous avait refilé la plus gentille des pistes que ses interrogateurs avaient sifflé.

-Eh bien, qu’est ce que vous dîtes de nos services?, s’enquit finalement Akhen auprès du bonhomme. Le public a l’air satisfait, lui.
-Pas mal du tout, je vous l’accorde. Ca roule un peu moins bien parce qu’ils traînent davanatge sur leurs tables, mais au final ils consomment toujours. Et on en a même qui achètent et vont écouter depuis la fontaine. Vous comptez vous installer, alors? J'ai bien envie de vous prendre quelques débuts de soirée par semaine, si ça vous tente.
-Je ne sais pas... j'ai beau être le manager, je n'ai pas prévu grand chose, pour le moment. On passe déjà quelques jours ici, et après, on verra comment on le sent, pas vrai?
-Je pense bien que vous avez raison. Mieux vaut se faire soi-même une idée de si on peut s'intégrer dans cette ville. Surtout maintenant que les ninjas sont là, c'est beaucoup plus calme. Une bonne chose, mais je ne sais pas si ça va durer.
-Tiens... vous appréciez Kiritsu?
-Je n'ai pas dis ça. Je dis juste que pour l'instant, je n'ai pas à m'en plaindre. Ils n'ont pas encore eu le temps de me poser des problèmes. Après, ce qu'il va ensuite se passer, j'en ai pas la moindre idée.
-Nous venons tout juste d'arriver. Et je ne sais pas vraiment ce que pense ma coéqu... euh, ma camarade. On verra ça tous les deux.
-D'ailleurs, votre amie… elle fait... d’autres services, aussi?
-Euh… c'est bien ce que je pense?
-Je n'en doute pas.
-'Sûr que non, dans ce cas.
-Dommage, dommage. Je connais… un établissement réputé, où ils embauchent justement des artistes. Enfin, des artistes... des filles cultivées, bien sûr. La gérante était bien vue, sous Izanami. Et elle avait une grande influence parmi le linge propre d’Arasu. A tel point que la plupart des dignitaires sont passés sur... enfin, par elle.
-Tiens donc?
-Pas le haut gratin, mais le genre de cadres qui n'ont pas de problèmes. Maintenant, elle a toujours des mécènes pour assurer sa protection, mais ça n'est plus comme avant. M'enfin, pour ce que j'en dis... vous devriez y faire un tour, un jour. Privé ou professionnel, selon. Elles embauchent les filles prudes, même si c'est plus difficile d'obtenir la place. Tant qu’elles sont intelligentes, elles ont leur chance.
-Si vous le dîtes... merci du conseil. Enfin, je ne crois pas trop que ça nous conviendra.
-Vous qui voyez. En tout cas, vous savez où me trouver.

Une fois sa conso en main -et ses oreilles focalisées sur les conversations- Akhen alla se poster devant le bâtiment, sur la terrasse, et accorda un instant son attention à la violoniste qui se produisait actuellement pour le plus grand plaisir des badauds. Une charmante demoiselle à couettes que vous connaissez déjà tous: moi.

Parce que si vous êtes à un endroit où tout le monde vous voit, c'est du coup aussi un bon coin pour épier tout le monde. Je pouvais même circuler entre les tables, et comme je ne leur jouais que des bidules mémorisés à mort, je n'avais aucun mal à prêter attention aux autres.

Ca nous avait pris une vingtaine de minutes pour dégoter l'instrument, choisi à la va vite, et acheté en mêlant mes finances personnelles au budget de la mission. De toute manière, on avait déjà fait une chouette perquisition chez Goudatsu, et même si officiellement Kiritsu ne s’appropriait pas gratuitement les biens des habitants, ça n’empêchait pas les ninjas de faire leurs courses par ci par là au détour d’un ruinage de baraque. Comme ces chacals ne m'accordaient pas le moindre droit sur le butin, je n'allais pas me gêner pour profiter un peu de ma part du budget. Non mais.

Et au passage, concernant Obourrine jouant du violon: mes parents s’étaient dis qu’en plus de la faire taire, la pratique d’un instrument pourrait effectivement permettre à leur adorable petite geigneuse de travailler sa mémoire musculaire, sa perception auditive, et de nombreuses autres qualités qui lui serviraient forcément plus tard (ce qu'il faut pas raconter quand on est môme pour avoir ce qu'on veut, j'vous jure). Résultat, à l’examen genin, j’avais pu aligner les mudras d’un genjutsu bien plus maousse que tout ce à quoi un étudiant pouvait prétendre. Le jury (et en particulier les traditionalistes j’veux-du-jutsu-pyroclastique) avait su apprécier le message et la rapidité d’exécution. Comme quoi, les machines à gagner se fabriquent avec pas grand-chose, finalement.

Mais ça, Akhen n'en avait pas la moindre idée, aussi arrêta-t-il de m'accorder la moindre attention (enflure!) pour la rediriger vers ses environs. Personne ne faisait vraiment attention à lui, ce qui lui permettait donc de se mettre en route.

Et, pour la deuxième fois de la journée, Monsieur l'illusionniste s'introduit discrètement dans l'arrière boutique (qui était située à l'étage, où habitait le gérant) histoire de finir d'éplucher la paperasse du local. Dans cette rue comme ailleurs, y'avait des trucs louches. Et c'est pas parce qu'ici, c'était beaucoup moins bruyant que rien ne se passait. Rien qu'en butinant des infos sur le comptoir d'une pizzeria voisine, Akhen avait appris que... que... attendez.

Que quoi déjà, bordel?

Ca avait un rapport avec la mission en cours. Et la mission... il avait oublié ce que c'était. Il avait la réponse sur le bout de la langue. Mais quand même, ça n'était pas du tout un bon moment pour refaire une hésitation, là.

Il était entré, il devait chercher des infos... mais tout ça pourquoi faire, déjà? Kezashi allait le tuer, ou tout du moins l'éjecter de sa mission, s'il apprenait qu'il avait fait une crise ici. Et Oboro qui ne savait rien allait sûrement se bidonner à mort en apprenant sa déconvenue. Pire encore, plus Akhen réfléchissait, plus il lui semblait oublier des éléments. L'horreur.

Bon, pas trop grave, finit-il par se dire. Il n'avait qu'à fouiner un peu, et si quelque chose lui semblait intéressant, il en parlerait à sa coéquipière qui réagirait sûrement... en espérant qu'il parvienne au moins à s'en souvenir sur le trajet du retour. Y'a des fois où il se demande.
Malgré ça, après quelques minutes durant lesquelles il avait sentit ses entrailles se contracter, le genin se releva de la chaise sur laquelle il ne souvint pas s'être installé, et entreprit ses excavations. Ca n'était pas la mémoire, c'était décidément les nerfs qui flanchaient, chez lui. Ou plus exactement, les deux. Il n'eut heureusement pas à faire usage de chakra, ses discours d'auto-persuasion mêlés à un grand verre d'eau lui ayant en fin de compte permis de garder le cap.

Malgré cela, le genin resta particulièrement dépité lorsqu'il revint à mes cotés, une demi-heure plus tard. Il n'avait rien trouvé... ou peut être qu'il n'avait pas percuté qu'un truc intéressant lui était passé sous le nez. Ca le travaillait de l'intérieur, comme bien souvent. Chose qu'il ne voulait absolument pas montrer, aussi préféra-t-il opter pour l'approche du commentateur sournois. Mon sourire du moment était trop large, après tout. Fallait le dégonfler.

-Mazette! Ca paie super bien, ici. J’devrais faire ça plus souvent quand je suis à sec.
-Tu devrais même laisser tomber l’armée et te reconvertir en artiste errante, tiens. C’est tellement mieux… et on est vraiment crédibles, pour ce type.

Artiste? Oui, ça avait un rapport avec les artistes. Ils étaient nombreux, dans cette rue. Et Akhen avait appris quelque chose qui les concernait. Quelque chose, c'était bien. Savoir quoi, ça serait mieux. L'avait-il dit à sa coéquipière? Malheureusement non, ça il le savait. Ca ne lui avait pas semblé important sur le coup. Mais maintenant...

-Euuh… hiffichilement, hà, répondis-je en ouvrant ma bourse avec les dents.
-On devrait déclarer ces revenus à Kezashi, tiens. Je suis sûr qu’il en profitera pour les récupérer sur ce qu’on a dépensé pour… acheter ton instrument, mettons?
-Eh, oh, la mission a un budget, c’est bien pour qu’on l’utilise, non?
-Je suis pas convaincu qu’il appréciera cette réponse, sourit Akhen qui oubliait partiellement ses problèmes.
-Il n’apprécierait pas qu’on lui souhaite un bon anniversaire, alors bon.
-Quand même pas à ce point.
-Toi tu l’as pas vu bien longtemps, hein?
-J’ai fais une partie de la guerre avec lui.
-Dans ce cas, il t’as à la bonne. Obligé. M’bref. Alors, t’as appris quoi ?
-Euh… rien te concern… enfin, y’a pas de raison que le type m’ait parlé de t… je veux dire, attends.

Un jour, il finirait par en pleurer, quand même. Il était à mi-chemin de laisser sa tare s'exprimer dans toute sa grandeur, et la seule chose qui lui restait en tête, c'était que le gérant lui avait proposé de me vendre à un établissement de geisha plutôt huppé. En plus des phrases débiles de son ancien professeur de ninjutsu. La misère totale, quoi.

-Eh oh, alors?
-Rien du tout, rien du tout. Seulement des trucs pas intéressants, en fin de compte.
-Humrf. Bon, tant pis.
-Désolé.
-Y'a pas de quoi. Tant que tu fais comme tu peux, c'est bon. Nan?
-J'imagine.
-Psch. Essaie d'être convaincant, quand tu mens, au moins. Y'a un truc qui va pas?

C'était inhabituel, pour un ninja de Kiritsu, mais Akhen avait réalisé qu'il lui était plus confortable d'être avec des ninjas d'autres villages. Forcément, quand vous faîtes partie d'un clan joyeusement malmené dont les membres arborent traditionnellement un stigmate visuel, ça la fout mal. Au moins, les genin des autres villages devaient trouver d'autres raisons de ne pas le blairer: et bien heureusement pour lui, je n'en avais pas trouvé.

-Mais non, mais non. On continue ?


*
* *


Et c’est ainsi que, pendant trois jours, je me fis un paquet de flouze en… euh, que nous nous acquittâmes de notre tâche le plus sérieusement du monde. Et pour appuyer ça, on pouvait vous sortir le témoignage du chunin que Kezashieur nous avait assigné la veille, comme si on avait besoin d’être sous la surveillance d’un garde chiourme. Un type sympa, somme toute. Bon sens de l’humour, même s’il ne savait pas prendre les retours de piques. Plus intriguant, deux de ses doigts étaient en fait des prothèses aussi high-tech qu’on pouvait se le permettre (articulés et tout!), et était en permanence accompagné par un quatuor de corbeaux visiblement très bien dressés qui lui obéissaient au doigt et à l’œil (et affectueux comme pas deux: je crois que je commence à bien les aimer, ces oiseaux. Même leurs croassements se faisaient chaleureux quand on les cajolait délicatement). Au final, il estima que nous nous débrouillions très bien dans un environnement à la hauteur de deux genin, et nous souhaita bonne chance pour la suite en retournant à ses affaires.

Le problème, parce qu’il y en a toujours, c’est que même dans un quartier tranquille, il peut toujours vous arriver des emmerdes. Surtout quand tous les saltimbanques du coin font en fait partie d’un même groupe qui n’aime pas la concurrence. Résultat, après que leurs premières demandes particulièrement subtiles, polies et affables nous soient passées largement au dessus du viseur (on était trop occupés à être attentifs, faut dire), ils décidèrent de recourir à des méthodes situées un cran plus haut sur l’échelle de la violence.

Pour cela, leur meilleure opportunité fut encore de nous coincer dans le petit coin de verdure tranquille où nous prenions nos déjeuners. Deux murs et une haie de végétation, ça leur donnait du leste. Avec cinq de leurs plus gros bras pour nous rendre visite (on les avait quand même vu venir, même si ça les avait pas empêchés de chiper le sac de l’Illinois en guise d'intimidation), la conversation n’allait pas durer longtemps. Vu qu’ils firent tout de même semblant de mettre un minimum de diplomatie dans leur démarche, Akhen se chargea de gagner un peu de temps, que je passai à cogiter en catastrophe. Faire appel à la solidarité des locaux, ça n’était qu’une vaste blague à écarter. Espérer tomber sur une patrouille ninja? Elle était passée y’a dix minutes, et avait pris soin de vérifier qu’on allait bien (toujours ces gardes chiourmes... mais jamais là quand il faut, les bougres). Et décamper n’allait pas marcher, vu qu’ils ne me laisseraient sûrement pas le temps de me concentrer ce qu’il faut pour pouvoir grimper aux arbres et enchaîner avec les toits.

Ouais, bin j’aurais bien aimé l’avoir aujourd’hui, le chunin aux doigts de fée.

De son coté, lorsqu’ils lui expliquèrent que me briser un poignet m’empêcherait sûrement de revenir (ça se tient, comme raisonnement), mon coéquipier gensouard se fit tout de suite très protecteur. Et, par pur réflexe, sortit une poignée de shuriken de sa sacoche, sans pour autant les lancer de suite.

Les gars reculèrent un instant, le temps d’évaluer ce qu’ils risquaient à s’en prendre à un -voire deux- ninja.

-Euuuh... Akhen? Je ne peux pas me battre.
-Heing? Mais tu m'as dis que tu cartonnais au corps à corps. C'est le moment!
-Je n'ai pas mes armes, là. Je te les ai données, tu te souviens? Le parchemin, c'était ça. Et tu les as mises...
-Dans mon sac.

Eh merde, pensa le gensouard. Le sac, on le lui avait chipé.

-Donc tu ne peux rien faire... oka, reste derrière.
-Nan, pas forcément. T'as un kunai à me passer?
-Pas de kunai, non. J'ai mes scalpels, mais à part ça...
-Chiottes.
-J'ai des shuriken, sinon.
-File moi ta sacoche, alors.
-Toute ma sacoche? Hey, mais j'en ai besoin, moi aussi!
-Plus que moi?

Shuriken. Des putains d'shuriken. Bon, eh bien si je n'avais pas le choix... c'était pas mes couteaux, c'était pas des kunai, mais j'imagine que ça ferait l'affaire. Heureusement qu'on m'avait fait bosser les projectiles en complément des armes blanches. Et que j'avais trouvé ça plus marrant que le reste, d'ailleurs.

Mais nan, en fin de compte, ça resterait la galère monstre.

-Probablement pas, termina-t-il en me confiant son armement en vitesse, juste avant que deux premiers gaillards ne viennent nous menacer de près, pendant que leurs compères amélioraient leur angle d’approche. Au fait, Obo'. Quoi que je fasse, souviens toi que je fais des genjutsu, hein?

Même pas le temps de lui répondre, j’avais trop à faire avec un seul bonhomme. Et ça n’allait pas tarder à s’améliorer, avec un autre qui allait me prendre en tenaille, comme si je ne l’avais pas vu. Pour lui apprendre les bonnes manières, je le gratifiai d’une volée d’étoiles, qui…

Et meeerde. La vraie galère monstre. Avec des étoiles aussi petites, je vais rien faire d'autre que les énerver encore plus. Je veux dire, les trucs que je viens de lancer, ils n’ont même pas transpercé la veste de ma supposée victime. Du cuir? Nul à chier, là. Et y’en a des qui arrivent à désarmer, handicaper, et tuer avec ces trucs? Dans leurs rêves, sûrement. C’est le grade, qui fait ça, ou quoi?

Retour à mon affreux jojo, avec une nouvelle information tactique au menu du jour. Il a un couteau. Je ne boxe pas contre ce mec, c'est clair, me dis-je en envoyant deux clones tenter de le submerger. Joliment foiré: Oboro-bot 1 se dégonfla net à la première estafilade, et sa successeuse eut juste le temps d'empoigner, mordre et molester le mec du genou avant d'être blessée à son tour. Et encore, quand je dis coup de dents, c’est sur l’épaule qu’elle l’a donné.

En fait, je faisais tellement des merveilles que l’un de mes adversaires décida d’aider ses trois copains à zigouiller Akhen, qui s’en tirait heureusement bien mieux que moi.

Pourtant, la tournure que ça prenait, je l'aimais décidément pas du tout. Moi, je destinais mes armes à faire l'essentiel du boulot face aux clampins, tandis que le chakra était réservé aux très mauvaises rencontres avec des ninjas. Sauf que sans mon matos, ça se cassait vite la gueule, niveau raisonnement. Autant relancer des clones et tenter autre chose.

-Cadeau pour vous, les filles, au boulot maintenant. Là, ça va clairement devoir se passer sans moi, hein.

Ca va que si elles ramaient au corps à corps, elles étaient bien plus à l'aise avec les projectiles. Et que mon coéquipier avait plus d’options que moi.

-Faîtes attention, ce sabre est fait en orobéum, le fameux métal incandescent. La morsure de ses flammes est aussi douloureuse que celle de l’acier!

Bien concocté, pour un genjutsu bricolé à partir d’une simple barre de fer. Un sabre enflammé. Pour ma part, il me fallut quelques instants pour arrêter de me demander où diable avait-il hérité d’un gadget pareil. Manque de chance, tout ce qui pouvait tourner mal s’arrangeait pour le faire, et chacun de nos agresseurs se dit qu’un truc pareil devait pouvoir se revendre bien cher, si eux-mêmes n’en trouvaient pas l’utilité. Cela ferait au pire des cas un formidable cadeau pour le moment où ils souhaiteraient passer une alliance avec une des guildes supérieures, aussi redoublèrent-ils d’ardeur.

Et de prudence. Aucun d’eux ne voulait finir la journée avec une tronche de steak haché mal cuit. Akhen fut ainsi encerclé, et plus personne ne se préoccupa de la pauvre demoiselle recroquevillée dans son coin. Faisant usage de clones, de shuriken transmis par mes doubles, d’une permutation passée de justesse et d’un bon coup de ferraille dans la poire d’un des mecs, le gensouard parvint à tenir assez longtemps pour que tout le monde sente enfin la grosse vague de chakra qui enflait progressivement en arrière plan.

-Hey, c’est ici que ça se passe, les cocos!

Plan B. Qu'ils se pissent dessus, décidais-je en lâchant la sauce, déversant une jolie vague de chakra à vous décoffrer les mâchoires, qu'aucun des types ne loupa. La vague d'air qui dégage, la poussière qui s'envole, les brins d’herbe qui s’étendent, soit le grand classique du truc bourrin qui fait suer les futals, avec énergie surnaturelle pour pimenter l'atmosphère histoire d’offrir la totale. Les cinq blaireaux s'étaient déjà rassemblés et écartés, anticipant correctement la suite. Akhen, lui, avait permuté en urgence, ne sachant absolument pas ce qui allait se passer, à part que ça allait ramoner sévère chez les loustics.

-MAINT'NANT J'VOUS TRUCIDE LE BUFFET, NYAHAHAAAA!!!

Je ne sais pas si ce fut à cause de mon poing dans le mur (quel mur? Bwoooh, maintenant c'était plutôt une grande fenêtre, okay) ou des grosses fissures qui lézardaient paresseusement sur le sol (abuuuu'!), mais je vous jure qu'ils prirent la fuite plus vite que je n'aurais pu les courser. Tant mieux, parce que j'avais déjà fermé les valves et que je me voyais mal rouvrir ça de suite. Baaah, j'aurais permuté à l'abri, si ça avait foiré. Maintenant, j'avais juste besoin de m'asseoir. Tout de suite et immédiatement.

-Rhaaa, f'chier. Je tiens jamais ce truc. J'vais dire à Akhen de me porter, ça lui fera les muscles, tiens. 'Ttendez qu'il revienne.

Oulà, ça commençait à tanguer. J'avais la vision qui se brouillait et... les couleurs aussi? Je regardai un moment sans comprendre. La perte de vision ne faisait normalement pas partie des effets secondaires, vu le peu que j'avais fais. Symptôme inconnu au bataillon.

-Je t'ai donné un petit coup de pouce, avoua l'illusionniste en revenant, tandis que le sol se brouillait pour redevenir intact et que la parcelle de bâtiment amoché reprenait elle aussi ses formes.
-Très bonne idée. Je me disais bien que fissurer le sol, c'était quand même un peu beaucoup. Ca se saurait, si je pouvais faire ça.
-En fait, désolé, mais j'ai mis un peu de temps à réagir, donc le mur est tombé avec un gros différé, et... enfin je crois pas qu'ils aient capté. C'est probablement encore plus flippant, un truc qui s'émiette progressivement, non?
-Je crois pas, non. Mais c'était nickel, t'inquiètes.
-Euh… merci, bégaya le gensouard absolument pas habitué aux compliments. Je pense qu’on ferait quand même mieux de partir rapidement.
-Ouais. Deux minutes, s’il te plait.

Pendant que je me blottissai dans un coin pour récupérer, Akhen alla observer les restes de son genjutsu (quelques traces de chakra qui lui permettaient de jauger sa petite impro d'urgence, franchement pas dégueulasse), et constata au passage les dégâts que j'avais réellement causé au mur. Ca n'était clairement pas aussi impressionnant que ce qu'il avait inventé, mais vu comment la façade avait été enfoncée (la casse était plus large que profonde, cependant), il n'avait pas la moindre envie de se manger un coup de patate dans la tronche.

-Ca va?, demanda-t-il à son tour.
-Ca va très bien, oui oui. C'est juste pas la technique que j'ai l'habitude d'utiliser, et pas celle qui pardonne facilement. Teuh. Fondamentale, mon oeil, ouais! C'est moi, qui régresse au stade fondamental de légume, là.
-Fais voir ta main, quand même.
-Pas besoin.
-Je suis médecin, tu sais?, se vexa l'Illinois tout en commençant à suspecter que je ne le laisse pas faire parce que je connaissais sa maladie.
-Tu me l'as déjà dis, ouip. Mais moi, je sais ce que je fais. J'ai un coup de pompe, et il me faut du sucre, pas des soins.
-Vraiment?
-Si j'avais mal, je le saurais, ne t'en fais pas. J'l'ai ouvert une seconde, ça ne pose aucun problème, même pleins gaz.
-Bon... d'accord. Je peux t'aider à te lever, au moins?
-Là par contre, c'est gentil, merci.

Bienvenue à Narasu. A un instant on manque de se faire violenter par une bande d'affreux jojos bien organisés, et la scène d'après on sirote tranquillement son cocktail poire-raisin sur la terrasse d'un bar (et en plus, c'est Akhen qui offre). C'est nawak, cette ville.

-Et voilà pour madame!, annonça mon coéquipier en m'apportant une grande coupe de sorbet. Alors, maintenant, tu m'expliques? C'était quoi, ce truc?
-Je sais pas... ma double personnalité maléfique qui s'éveille, peut être?
-Ca marchera pas sur moi, non. T'as utilisé le goken au chakra, là... avec les tenketsu.
-Un connaisseur? Eh, suis impressionnée, bravo.
-Je connais le chakra et le corps, c'est tout. Mais j'ignorais qu'une genin puisse utiliser ce genre de techniques. C'est plutôt le genre de trucs de dernier recours auquel on s'intéresse après avoir de quoi se débrouiller sans, nan? T’as pas un peu peur, avec ça?
-Comment ça?
-Tu utilises quelque chose de dangereux. C’est pas pour rien, que ce goken a été classé kinjutsu, enfin. T'as d'ailleurs eu du plomb dans l'aile pour trois fois rien, tout à l'heure.
-Teuuh... déception. Merci de m‘apprendre des trucs, mais tu dis juste nawak, là. Sous toutes les coutures.
-Non, pas du tout. Je ne sais pas vraiment, donc... je suis curieux, je demande. La finalité du ganseki, c’est d’ouvrir la huitième porte. Elle est mortelle, donc...
-Pas forcément.
-Enfin, je ne voulais pas dire que c'est la finalité. T'as plein de stades intermédiaires, d'accord. Et je viens de voir ce qu'on peut faire avec une fraction du truc... et oui, oui, j'ai entendu parler de la version classique qui permet de s'en sortir à moindre coûts, te fâche pas. Mais je croyais quand même que...

En signe de négation, je lui agitai ma cuillère sous le nez, ce qui le fit taire. Parce que poser des questions pour en inventer soi-même les réponses, je le faisais suffisamment bien pour savoir que ça marchait pas (même si ça restait bien marrant).

-La dernière porte, je parle. De une, c’est pas parce qu’on ne connait qu’un seul exemple avéré que l’on peut commencer à généraliser à partir de là. Le mec qui a fait ça est mort, donc tout le monde crève aussi? Nan, c'est trop facile.
-Un seul exemple… oui. Mais si ça se trouve, on en a jamais entendu parler parce que tous ceux qui l’ont atteint sont morts?
-Ca, c’est une option. Sauf que ça ne colle pas.
-Ah?
-Tout à fait. Quand on ouvre une nouvelle porte, ça se fait rarement à l’improviste en pleine baston, quand t’es entouré de zigotos qui tentent de refaire la déco avec tes intestins. Nan, tant que tu ne maîtrises pas, ça se fait en méditant.
-Tu sais méditer, toi?
-Bien sûr. Ca veut dire quoi, cette question?
-Absolument rien, ne fais pas attention. Et?
-Eh bien on ne sait absolument rien de ce que l'hyper-giga-puissant chikarate Otanawa a fait, quand il a ouvert sa huitième porte. Forcément, là, y’en a qui mettent en doute le fait qu’il l’ait véritablement atteint, du coup. T'en trouveras pas beaucoup chez les chikarots, de ceux là, mais...
-Attends, je crois que je comprends. C’est une légende. Ca a très bien pu être enjolivé. C’est ça que tu veux dire?
-Pas seulement, mais ouais.
-Dans le genre?
-Y'a des trucs qui sont difficiles à avaler.

En parlant d'avaler, tiens. Akhen voulu demander des détails, mais fut grossièrement interrompu par son estomac, que seul un modeste petit déjeuner avait alimenté jusqu'en ce milieu d'après-midi. Et quand il s'agissait de bouffe, au diable la bonne volonté, zut: le budget de la mission allait en pâtir. Avant que je ne commence à le tanner sur la transgression de ses gros principes (et la taille de son assiette), il me demanda comment Kezashi allait le prendre. A quoi je lui répondis qu'on avait plutôt intérêt à lui expliquer que l'acte commercial était une forme de pot de vin comme une autre, avec l'avantage d'avoir une contrepartie supplémentaire, et que je ne le dénoncerais pas s'il restait gentil avec mon violon. Amusé par mon gentil chantage, il préféra tout de même recadrer la conversation sur le sujet précédent.

-Mmmh. Un petit cours s’impose. Quand tu ouvres une porte, tu peux grosso-modo le faire de deux manières. Un peu, ou entièrement. Plus c'est ouvert, plus tu deviens fort, et plus ça cogne tes muscles. 'Fin, c'est juste du...
-Je connais tous les détails, oui. 'Suis pas médecin pour rien.
-Okay. Bin le truc, c’est qu’on peut soupçonner plein de choses, par derrière. Par exemple, qu’Otonawa ait ouvert toutes les portes à pleine puissance. Y’a pas besoin d’avoir plus de deux portes ouvertes comme ça pour pouvoir mourir, si on le fait bien stupidement.
-De toute manière, quelqu’un qui n’utilise jamais que la forme fondamentale affaiblit lourdement son corps, répondit le médecin en souvenir d'un vieux patient. Dans des circonstances qui dépendant d'un individu à l'autre et de sa condition du moment. Mais je m'imagine les chikarates comme étant tous dotés d'une excellente constitution, étrangement. Imaginaire collectif, sûrement. Ou propagande chikaratte.
-Donc il aurait pu se faire trop amocher par un autre combat, ou être malade sur le coup, complétai-je. Et y’a aussi d’autres possibilités. Le dernier verrou pourrait n’être dangereux que si on l’utilise trop longtemps. Dans l'absolu, on ne sait pas ce qu'il fait. Genre, regarde… euh… moi, par exemple. Vu que je ne maîtrise pas encore, j’utilise ça le moins longtemps possible: j’ouvre, je tente de meuler en face, si ça marche tant mieux, sinon c’est rarement une bonne idée de continuer. Je ne me suis jamais rien pourri, alors que c'est un grand classique.
-Ou alors, le dernier verrou n’est mortel que s’il est ouvert entièrement, mais utiliser la forme classique aurait un effet atténué?

Il est bon, décidément. Voilà un médecin qui connait bien son sujet. Et qui est sympa comme tout. Pas comme Kalem, qui accordait à peine plus d'attention à ses patients qu'à la couleur de son mouchoir. Je vous jure que le regarder traiter des gens, ça vous met les nerfs en pelote comme pas deux.

Alors que là, j'ai un médecin en qui je peux avoir toute confiance. Dommage qu'on ne soit que deux, j'lui aurais bien demandé de m'expliquer quelques petits trucs... enfin, pas grave. Une autre fois, avec de la chance?

-Eh voilà, t’as très bien compris le topo, lui souris-je. En gros, on a une idée, les chikarots ont dressé une version officielle qui leur fait les yeux doux et leur lustre les dents, mais ça ne tient pas forcément debout. En plus, j’étais pas sur place, mais il me semble qu’ils n’ont pas fait d’analyses sur le corps. Du coup, ça commence à faire beaucoup de détails pour un évènement d'une minute qu’on a simplement pu observer.
-Ca me semblerait difficile, de travailler sur son corps. Cet homme avait déjà une grande réputation, et venait de renverser le cours d’une guerre. Dans ces situations là, on chouchoute le cadavre pour l’embaumer et l’enterrer avec les honneurs, rien d’autre. Le disséquer pour faire quelques petites expériences… je crois que ça n’aurait pas vraiment marché, sourit à son tour Akhen. En plus, il a reçu les honneurs de Kage à titre posthume, non?
-Quelque chose comme ça, ouais. Donc, on en sait rien. Et à partir de là… tu comprends pourquoi y’a encore beaucoup de monde qui essaie d’atteindre cette huitième porte? On a pas mal de vieux maîtres qui considèrent que c’est une mission personnelle de consac...
-Euh... Obo?
-Hum?
-Dis moi, ce mec, il ne te dit pas quelque chose?

Qui ça, le balourd à moustache? Nan, ça devait pas être ça, il partait dans l’autre sens. Par contre, ce piercing en forme de dragon stylisé sur l'oreille de ce type, là... c'est bien lui, le gars qui a sécaté mes clones tout à l'heure, nan? Il a l'air d'avoir ramené plein de copains, pour le coup. Ils sont quoi, trente? Personne n’osait s'approcher d'eux, pour le coup.

-Mwarf, les chouillons. Ils sont déjà de retour? Et ils nous ont retrouvé? Jusqu’ici ? Sont motivés, dis donc.
-Y'en a un paquet, en plus...
-Et maintenant qu'on les a vu, ils arrivent. On se tire par les toits? S'ils savent déjà qu'on est ninjas...
-Suis moi à l'intérieur, plutôt, fit-il en se levant.
-Je te préviens de suite, même si j'ai mes armes, je pourrais plus craquer mes tenketsu comme tout à l'heure, hein.
-On ne va pas se battre. Mais plutôt que de fuir et les avoir à nos trousses, je préfère qu'on se la joue plus futée.
-Pourquoi pas, répondis-je en m'enfonçant à sa suite dans le pub. Qu'est ce que tu as en tête?

Akhen ne dit rien, mais usa d'un de ses genjutsu dès lors que plus personne ne pus le voir. Un henge. Très bon, ça, très bon. J'aurais mis beaucoup plus de temps à penser à ça, en plus. Comme quoi j'avais encore du chemin à faire, parce que c'était un jutsu d'académie, ce truc.

Pourtant, ce qui me sembla de base être une bonne idée se transforma en une infâme cata craingos à souhait dès l'instant où Akhen se glissa derrière moi, pour me poser un poignard sur la gorge et me tirer de force vers l'extérieur. Avant même que je ne songe à réagir, j'étais dans le collimateur de la vingtaine de mecs qui nous cherchaient. Et ils avaient pas l'air contents. Et je ne comprenais rien à rien.

-Hey, les mecs, annonça Akhen, c'est ça que vous cherchez? Elle a essayé de se faire la malle avec l'autre. M'enfin, ninja ou pas, quand on les prend par surprise, ils se laissent gentiment cueillir, héhé. Pas vrai ma jolie? Alors, maintenant... une belle prise, ça vous tente?

Naaan. Juste nan. Mais alors carrément nan, quoi. Je ne savais pas à quoi il pensait, ni ce qu'il avait en tête pour la suite, mais je pouvais déjà vous assurer que le plan qui serait mis en place dans le prochain épisode allait être sentir bien fort le vaseux.
C'est pour ça, que je fais du taijutsu, moi. C'est simple, logique et intuitif, comme domaine. Alors qu'au contraire, un plan tordu dans ce genre, ça ne pouvait qu’être chié par le postérieur d'un illusionniste.

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Re: Narasu

Message par Akhen le 28/7/2011, 17:52

Nom de code A-Shura était un barman des plus capable. Tenancier de sa propre auberge-restaurant, les revenus étaient honorables et sa retraite aurait pu s'annoncer sous les meilleurs augures si ce n'était pas d'un tenancier de bar de Narasu que l'on parlait. Déjà loin d'être assuré d'arriver à l'âge de la retraite tout court, notre homme reversait plus de 30% de ses bénéfices au gang qui contrôlait le quartier. Quand il avait demandé une diminution on lui avait rit au nez, après tout ne faisait-il pas parti de ce même gang ? Donc il se payait lui-même, où était le problème ? Devant cette rhétorique foireuse, nom de code A-Shura était resté sans voix. Néanmoins il ne regrettait absolument pas son appartenance à cette organisation, la taxe ayant diminuée significativement et cela lui apportait nombre de client, maintenant que son modeste établissement servait de base avancée aux activités de ses 'amis'. Une grosse partie de son arrière cuisine et de sa chambre froide avait donc changé d'affectation devenant des salles où s'accomplissait la basse besogne. Il ne mettait que rarement son nez dans les activités de son 'groupe' et n'avait vu qu'une fois son boss, qui, si ce que le barman supposait était juste, devait être chapeauté par un autre gang plus puissant qui regroupait plusieurs gangs mineurs du quartier. D'après les observations de nom de code A-Shura, ce gang-ci était vraiment mineur par-rapport à ceux qui défrayaient la chronique et tenaient le haut du pavé du milieu criminel narasuite et du Bingo Book. Jetant un coup d’œil à ses premiers clients, il était à peine dix-huit heures, le tenancier se prépara à une autre soirée mouvementée, comme toujours avec ses amis...


*
* *

Quelques rues plus loin les pierres de feu-Arasu étaient les témoins silencieuses d'un énième rapt d'une jolie fille à Narasu, qui continuait, malgré tous les efforts de Kiritsu, à regorger de crimes en ce genre. Sauf que de loin, on avait l'impression que le colosse aux cheveux blonds et très courts- ça c'était moi- maintenait la fille contre son gré, certes, mais qu'il essayait de se protéger de la vingtaine d'individus qui se tenait en face de lui.
Arf, ça collait pas. Rectifiant immédiatement ma position, je me décalais légèrement pour ne plus avoir l'air de me protéger derrière Oboro, ce que j'avais fait instinctivement, après tout la spécialiste de la baston c'était elle ! Akhen, mon vieux, tu cours droit au désastre si tu donnes pas l'impression de contrôler la situation. Alors gonfle tes pectoraux imaginaires et met leurs en plein la vue, le chef ici c'est toi. Et continue de te représenter la scène comme vue par un observateur extérieur.

Après cette petite tirade d'auto-persuasion, je me demandais soudain pourquoi j'avais choisi cette apparence. Je ressemblais désormais à un colosse bodybuildé à outrance, vêtu d'une tunique sans manche mettant en valeur mes incroyables muscles. Je mesurais un bon mètre quatre-vingt-dix et devait 'peser' pas loin d'un quintal. En réalité je faisais parti du club relativement fermé des grosses brutes qui en imposent, ce qui était somme doute pile poil l'impression que j'avais besoin de dégager. Cette explication, le phénotype 'colosse' épousait autant la situation que cette tunique sans manche, était séduisante mais je savais qu'elle n'était pas suffisante. Au fond le moi que contemplait les malfrats était l'exacte antithèse de mon reflet habituel. Ses muscles étaient aussi forts et puissants que ma crinière était foisonnante, et à l'inverse la longueur de ses cheveux était directement proportionnelle à ma puissance musculaire. Toute marque signifiant la Malédiction avait disparu de ces cheveux. Marrant de constater à quel point ce truc me rongeait, envahissant jusqu'à mon inconscient. Je me rappelle ma tête la première fois qu'un brave gars du QG, pas vraiment au fait de la Malédiction, m'avait demandé si j'avais pensé à consulter. Enfin j'étais ainsi et pis je continuerai à faire avec le restant de ma vie durant. Quant à mon physique peu, disons imposant, c'était une autre histoire. Pour un médecin ou un illusionniste, cela n'avait aucune importance et cela ne préjugeait en rien de son niveau mais allez expliquez cela à ces messieurs en face... Messieurs, qui... viennent de m'adresser la parole, reste concentré p'tit gars ! Après cette courte admonestation, je répondit à la l'interpellation du malfrat : T'es qui, toi ?
« Qui j'suis ? Tu me reconnais pas ? Le questionnais-je tranquillement
-Ben non !
-Alors c'est qu't'as pas besoin de te connaître. On vous a pas annoncé mon arrivée et c'est normal mais c'est l'une des fouineuses de chez Goudatsu et le patron m'a demandé de mettre le grappin dessus. C'est dommage que je t'ai trouvé en premier, l'autre fille était carrément plus jolie, hmm ? Dis-je en titillant sa joue avec mon couteau illusoire.
-Et donc, qu'est ce qu'on fait maintenant ? Demanda celui qui détacha le premier ses yeux du spectacle de la jeune fille complètement réduite à l'impuissance. Elle jouait très bien le dégout d'ailleurs... C'est vrai que je ne l'avais absolument pas prévenu de mon plan, je comprenais sa réaction. Elle allait surement m'en vouloir après ça. C'est dommage pour une fois que je m'entendais bien avec... Hrrm le plus intelligent, je disais, m'avait demandé des instructions.
-Conduisez-moi à votre boss direct, j'ai besoin d'un endroit sûr pour... interroger la demoiselle.


Nous nous mîmes donc en marche, vers ce qui allait être la première planque de notre infiltration.
Comme la plupart des gangs les différentes branches n'étaient pas reliées les unes aux autres. Et de la même manière que quand on coupe la tête d'une Hydre, elle repousse peu après, quand on s'attaquait au grand banditisme, la seule façon efficace de procéder était de remonter jusqu'au cerveaux du gang. Notre tâche serait de gravir le plus d’échelons possibles, tout en sachant très bien que nous n'arriverions jamais jusqu'au cerveau de cette manière. Une fois les limites de cette opération atteinte, une exfiltration dans les règles de l'art devra être mise en œuvre et on recommencerait le processus, les renseignements obtenus lors de la première infiltration, la nôtre, permettant de commencer plus haut que précédemment, et donc de terminer également plus haut. Et cetera. Enfin ça c'était la méthode douce. J'avais entendu dire que certains lui préférait la méthode dure. Malgré son nom, elle nécessitait autant voire plus de doigté que la première. Car si une infiltration compromise anéantissait toutes les chances de succès immédiat, on pouvait espérer que les choses finissent par se tasser et que la structure interne conserverait des similitudes avec celle précédant le désastre et qu'on connaissait un tant soit peu.

Alors que la méthode dure pouvait se résumer par la maxime bien connue des adeptes du taïjutsu : ça passe ou ça casse. On repérait un établissement louche voire un gars pas très clair, un point de départ quoi et on passait à l'action. C'est à dire qu'on infiltrait pas calmement le complexe, non, après des semaines de préparation on envahissait purement et simplement le bâtiment, on capturait le gars et ainsi de suite. Sauf qu'il était évident que les membres du gang concerné ne mettrait pas deux jours avant de se rendre compte qu'ils étaient en danger. Le jeu consistait donc à remonter la piste suffisamment vite pour pouvoir coincer jusqu'au big boss. Et comme depuis la nuit des temps les gangs segmentent leurs activités et leurs informations pour parer à ce genre d'attaque, l'affaire était particulièrement délicate. Il existait bien entendu un moyen de remonter du simple second couteau au cerveau mais cela impliquait d'être très rapide et efficace et surtout que tous les suspects parlent. Inutile de préciser que la torture était monnaie courante, pour ne pas dire indispensable à ce genre d'opérations. Elles étaient très risquées mais avaient la faveur de certains membres du QG en raison de leur efficacité. On confiait en effet la lutte contre le grand banditisme à des jounins spécialisés et tout ne reposait pas sur les épaules de quelques genins maladroits. On fond c'est un peu ce qu'avait fait mon chef d'équipe actuel, Kezashi Hykao assisté de la chuunin Evaline et d'Oboro Muromachi. Muromachi que je tenais à présent quasiment dans mes bras... Attends !
Pause. Pourquoi déjà ?


La malédiction venait de frapper et le savais. C'était comme si je me réveillais d'un long sommeil, des bribes d'explications me revenaient mais je n'y prêtais au début aucune attention, car je savais que si j'essayais de me souvenir j'allais paniquer encore plus et ma situation irait en s'aggravant. Par conséquent lors d'une manifestation encore mineure comme celle-là du soit... soit..., la meilleure parade consistait à trouver la solution à partir des faits extérieurs. Je regardais donc autour de moi. J'étais au centre d'un groupe, composé de toute évidence de malfrats, à voir leurs sales tronches. Oboro me tournait tranquillement le dos, ne se doutant pas de ce qui m'arrivait. Mon bras droit était passé autour de son épaule droite et remontait jusqu'à sa gorge, le poing fermé. Mon bras gauche tenait fermement son les bras à hauteur du coude. Les deux conclusions possibles étaient simples mais radicalement différentes, soit je la protégeait contre les raclures qui nous encerclaient, soit je le maintenais contre son gré. Me concentrant uniquement sur les faits, je regardais autour de moi, cherchant un quelconque indice.
Après quelques secondes je détectais deux filtres que j'avais lancés sur moi un peu plus tôt dans la journée. L'un directement sur moi semblait modifier mon apparence tandis que l'autre transformait ma main en quelque-chose de plus allongé, comme une main tenant un couteau, si je lisais bien entre les lignes de chakra. Me souvenant parfaitement de ces deux illusions, je ne cherchais ensuite non pas leur raison d'être mais ce qu'elle impliquait. De toute évidence elle dissimulait mon apparence aux yeux des malfrats qui semblaient nous escorter. Apparemment je faisais comme si j'étais un membre du gang à infiltrer et que nous ramenions Oboro à une planque pour l'interroger, nous permettant de découvrir cette dite planque et d'enclencher le processus d'infiltration bien connu. N'empêche que plus j'y réfléchissais, plus je trouvais ce plan fantastiquement foireux. En effet tout reposait sur ma capacité à donner le change aux hors la loi, et pour être convaincant, j'allais devoir dans un premier temps ne pas paniquer et ensuite rassembler toutes les informations nécessaire pour avoir l'air d'une grosse brute comme on n'en fait plus dans les bas-fond de mon village natal. Ce qui, avec le soit... soit était un peu trop me demander. En effet je prenais peu à peu conscience que la dose de responsabilité qui pesait que mes épaules étaient très importante : la vie d'Oboro, la mienne et celle de la mission reposait maintenant entre mes mains... Évidemment je sentis le stress inhérent à ses responsabilités arriver comme un charognard sur un champ de bataille. Mes yeux devaient à présent refléter une jolie couleur nacre vive, signe que la Malédiction n'était pas loin. En effet avec une telle dose de stress, ma tare congénitale faisait fréquemment surface. Je devais donc me préparer et...
Je ne pouvais pas m'empêcher d'anticiper tout en sachant cela inutile. A quoi bon prévoir l'arrivée de ce machin, hein ? Je savais pertinemment quand il était là et l'anticipation ne faisait que rajouter une dose de stress supplémentaire. Le stress engendre le stress en quelque sorte. De plus me voilà engagé dans un cercle vicieux imparable où l'anticipation d'anticipation se combinait avec la montée exponentielle de mon anxiété. Encore un peu et il serait là. Encore un peu et la vie d'Oboro Muromachi ne tiendrait qu'à un fil, celui de la mémoire...

Qui ça ?

Ben, la fille qui est juste là. Ma soi-disant prisonnière. Ah HA ! Une question facile ! Je t'ai piégé Malédiction de mes deux ! Tu pensais pas que la réponse serait aussi évidente, hein ? Héhé, il m'avait juste fallu de baisser les yeux pour savoir qui se nommait ainsi ! Héhéhéhéhéhéhé... Attends... C'est marrant parce que...
Nan mais t'as son nom et son apparence, ça te suffit non ? Au diable le passé et tout ce que vous savez pu faire ou dire auparavant, ça reviendra en temps voulu ! N'empêche que j'aimerais bien savoir qui elle est vraiment, histoire de déterminer ma marge de manœuvre avec elle. J'ai le droit de la frapper, par exemple ? Pour de faux bien entendu, mais... Attends c'est pas un post-it, là ?


Au plus profond de la tourmente, quand une lueur d'espoir pointe à l'horizon, même si elle est due à cette même tourmente, il arrive que le naufragé ressente une profonde joie et remercie cette lueur d'espoir, ce fait de son malheur.

C'est ainsi que je me bénie pour avoir pensé à m’épingler un pense-bête sur le bras, invisible de mes ennemis sous ma transformation, avec l'identité d'une certaine Oboro Muromachi.
Quelques secondes plus tard, le fait qu'Oboro, 19 ans et genin de Mahou était ma coéquipière attitrée et aux yeux d'une éventuelle cour martiale, ma supérieure, n'étant en aucun cas diminuée par un handicap, -même sa taille, seule chose anormale, l'augmentait- était à présent bien établi dans ma tête de piaf. Donc pas question de jouer la comédie en la chahutant un peu ou de faire mine de la jeter en pâture à mes 'collègues'...
Sauf... Si c'était un clone et que la véritable Oboro Muromachi était planquée quelque part, à l'abri. Dit comme ça le plan paraissait moins débile d'un coup. Vraiment moins débile. Encore que... Si le clone devait brusquement disparaître, j'allais être bien moi, question prétexte pour continuer l'infiltration. Ouais donc on a pas pu être faire ça... Sauf si...
Naaaan.

Là c'était le trou noir, le black-out ultime, j'étais incapable de revisualiser les minutes précédentes et de savoir si c'était la vraie Oboro que je maintenais prisonnière. Cerise sur le gâteau, ma si précieuse raison et les observations logiques ne donnaient rien de concluant quant à savoir si la jeune fille devant moi était ma coéquipière ou non. Ah mais c'était pas possible de faire son boulot dans ses conditions. C'était quand même crucial un dilemme pareil ! Cela déterminait toute ma stratégie de survie et de manière générale la suite de la mission. Y sont pas possibles au Qg de m'envoyer faire ce genre de truc ! La petite voix vient immédiatement me rappeler à l'autre en me remémorant que moi aussi, j'étais pas possible de m'obstiner dans ce métier !

Alors que j'étais parti pour répliquer à la petite voix et m'engager dans un combat intérieur je me forçais à me calmer. Il y avait forcément un moyen de déterminer si cette Oboro était un clone ou pas. Les clones étant souvent imparfait au niveau de la texture des muscles et des yeux. Respirant un grand coût je me détendis ostensiblement, j'avais trouvé la solution.
Prenant une grande inspiration et mon courage à deux mains, je remontais légèrement ma main gauche le long de son bras afin de palper son biceps, le but étant de déterminer s'il correspondait à celui d'une pratiquante du Taijutsu ou non. La jeune fille tressaillit et je stoppais immédiatement mon expérience. L'ennui c'est que je n'étais pas sûr de mon interprétation. Pour avoir confirmation elle allait devoir me regarder dans les yeux et cela sans éveiller de soupçons. Pas question donc de l'appeler ou de lui dire de se retourner. Restait une solution qui ne plaisait pas vraiment mais bon, fallait ce qui fallait.


Prenant une encore plus grosse inspiration, je lâchais doucement l'avant bras de ma coéquipière et profitant d'un tournant je le fis descendre jusqu'à sa hanche. Voulant être sûr du résultat et pour l'obliger à se retourner ma main descendit le long de sa cuisse, aussitôt interceptée par son propre bras gauche. Elle se retourna derechef et me flanqua un regard qui disait clairement que si je continuais j'allais m'en prendre une, et il n'y aurait ni couteau imaginaire ni mission qui tiendrait. J'étais mort de honte et j'avais le moral en berne, elle allait ma détester désormais. Je la remis néanmoins à se place soulagé sous les rires discret mais gras et les clins d’œil de la clique qui nous escortait. Ce faisant je détournais les yeux et croisait un regard curieusement familier.
Nous avions cheminé dans un des quartiers contrôlé plutôt plus que moins par Kiritsu et il n'était pas rare que des ninjas en patrouille croisent dans les environs. Dévisageant de la tête au pied la genin de Gensou qui me regardait bizarrement essayant de percer mon genjutsu, je la remis instantanément : Tanhina, la genin que j'avais croisée lors de mon arrivée dans cette ville pourrie lors de la mission d'escorte. Les bras ballants, la bouche ouverte, elle restait plantée en plein milieu de la rue à se demander en me fixant pourquoi j'avais cru nécessaire de me 'transformer' Les autres ninjas s'en foutaient, c'était pas leurs oignions et ils avaient bien raison, mais elle, elle allait attirer l'attention des méchants si elle continuait comme ça. Je pourrais toujours tenter de...

Non trop tard, l'un des membres de mon escorte la regardait bizarrement. Je décidais alors de briser la formation actuelle. Formation, qui pour tromper les badauds, et en théorie les shinobis, ce qui marchaient mieux que les brigands le pensait, car à cause du genjutsu ils voyaient deux des leurs ensemble -et non une kunoichi et un gros baraqué- cheminant bras dessus, bras dessous, avec leur groupe d'amis qui devisaient joyeusement placés à intervalle régulier devant et derrière eux. Attrapant le bras d'un des types devant moi je mis à courir en leur hurlant qu'on se retrouvait là-bas.

Le brouhaha ambiant était tel que ce cri ne détonnait pas de façon flagrante de tous ceux qui l'entouraient. L'équipe s'éparpilla dans les ruelles alentours. Ces types étaient des pros et ne laissaient en aucun montrer qu'ils étaient pressés où qu'ils paniquaient. Je perdis rapidement de vue la majorité de mon groupe. Cette diversion, destinée à tromper autant la gensouarde que mes compagnons, eut un succès mitigé. Si aucun des malfrats ne remarqua que y avait quelque-chose qui clochait chez moi, mon ancienne coéquipière en revanche me suivait toujours et ne décrochait pas de nos talons. Notre guide prenait la tête et nous le suivions à quelques mètres de distance. J'en profitais alors pour lancer quelques illusions simples comme un mur en plein milieu de la rue. Si il n'eut aucun effet à part intriguer les passants qui se rendirent vite comte que cela était une illusion, son but était de faire comprendre à notre poursuivant que cela ne la regardait pas et qu'il fallait en aucun cas qu'elle nous suive.
Le type devant se retournant régulièrement pour voir si on suivait, je décidais arbitrairement de ne plus lancer d'illusions, ni quoi que ce soit, -manquerait plus qu'il me voit en train de faire mes mudras- et d'accélérer le pas pour rejoindre la planque le plus vite possible, au diable ma coéquipière gensouarde, je voyais mal ce qu'elle pouvait faire pour nous nuire de toute façon.


C'est toujours sous pression que, quelques minutes plus tard je vis notre guide entrer dans une sorte d'auberge typique de Narasu. Ce genre de truc faisait en théorie hôtel-restaurant mais sentait le repère mafieux à trois kilomètres. Ce qui n'empêchait pas une forte affluence de clients de toutes sortes à l'intérieur du bâtiment. La plupart des membres de la bande ayant déjà rallié le bar en question, on nous guida à travers la salle puis les cuisines jusqu'à un endroit qui semblait servir de base et de salle de réunion pour nos cibles. Il y avait également plusieurs petites salles qui devaient avoir vu beaucoup d’interrogatoire comme celui qui allait se produire. Conscient que ce qui se jouait sous ses yeux le dépassait, après tout il était venu nous chercher des noises simplement pour maintenir son monopole sur le quartier et voilà qu'on lui parlait de shinobi qui menaçait l'intégrité du gang, le malfrat ouvrit la porte, s'effaça alors que je propulsais Oboro à l'intérieur sans la ménager et referma la porte derrière lui, restant en faction devant.

Après avoir aperçu du coin de l’œil ma coéquipière se réceptionner d'une roulade, je vérifiais que la pièce était bien insonorisée et m'adossant à la porte, je laissais retomber toute la pression. La première étape ne s'était pas si mal passée que cela en fin de compte. J'annulais également ma transformation afin d'économiser un peu de chakra.
« Tu peux insonoriser la pièce ? Chuchota-t-elle.
-Ben comment, 'suis pas magicien, moi !
-Ah pardon. Je croyais que t'était genjutsuka, mais en fait t'es juste un incapable, désolée.
-Ouais, nan je maîtrise pas encore, ça. C'est un peu ma deuxième porte tu vois. Expliquais-je en espérant qu'une référence à une de conversations précédentes suffirait à l'adoucir. En pure perte, elle bouillait de rage.
« Tu peux parler si tu veux, ça m'a l'air correcte. Seulement hurle pas... continuais-je.

Oboro s'assit immédiatement sur la seule chaise de la pièce et attaqua derechef :
« Mais t'es complétement malade ! Qu'est ce qui t'as pris de faire ça ?
-Ah désolé Obo' j'y suis allé un peu fort, tu t'es pas fait mal au moins ?
Demandais-je en faisant mine de croire qu'elle parlait de sa chute. Ruse qui malheureusement ne prit absolument pas.
-J'attends des explications ! Tambourina-t-elle.
La jaugeant encore une fois, je sus que je n'allais pas pouvoir m'en tirer ainsi, seule la vérité, aussi douloureuse soit-elle pourrait la contenter. En effet elle tirait une tronche de trois pieds de long et me lançait un regard méprisant tout en arrivant à me prendre de haut alors qu'assise. Déconcertant.
-Ben je devais savoir si c'était vraiment toi... suggérais-je.
J'étais mal...

Fermant les yeux, l'anticipation toujours l'anticipation et aussi inefficace contre la Malédiction que contre les torrents d'insultes, à se demander si elle servait à quelque-chose, je bredouillais aussi vite que je pouvais, la honte et la trouille accélérant ma diction.
-J'voulais savoir si t'étais pas un clone, pasque vu que t'en avais fait plein pendant le combat, tu vois ?
-Non, pas vraiment. Tu m'avais vu me dédoubler ? Demanda-t-elle, calmement.
-Ben...
-Oui ou non ? Insista-t-elle.
-J'me souvenais plus.
-Quoi ? Oh... Bah ça peut arriver à tout le monde je suppose. Enfin j'imagine que ça t'a fait comprendre à quel point ton plan était foireux.
-Euh... On s'en est pas trop mal sorti tu sais. On a découvert une planque.
-Génial une planque ! Au péril de nos vies et de toute l'opération. Tu sais moi aussi je peux suivre un type louche dans la rue et découvrir là où il crèche. T'as tout du génie on dirait.
-Mais ils nous auraient massacré. Et puis on est dedans maintenant.
-Mais ce n'est pas ce qu'on avait prévu ! Asséna-t-elle. T'as même pas daigné me prévenir.
-Je pouvais pas...
-Bref t'as paniqué ! Et la panique entraîne l'erreur qui entraîne la mort ! Est-ce-que le concept de prudence te dis quelque-chose ?
-Euh, bah... Balbutiais-je. Je ne pouvais avouer que la prudence était la gardienne de mon clan, elle ne comprendrait pas. N'empêche qu'elle avait raison, j'avais sérieusement paniqué et pas qu'une fois.
-T'es vraiment stupide, tu sais ?
Je lâchais en réponse un misérable 'je sais'.
Se levant et tournant sur elle-même, elle finit par me ré-adresser la parole :
-Bon on s'en tire pas trop mal quand même. On est où là ?
-C'est la première marche vers le boss, si tu veux.
-Et c'est quoi la suite dans ton plan génial ? Quoiqu'elle en dise, il y avait quand même une pointe d'ironie dans sa voix.
-On continue et on attend notre transfert vers les instances supérieures. C'est comme ça que ça marche, la plupart des mecs qu'on a croisé ne connaissent que cet endroit. On va nous mener au suivant et nous faire remonter jusqu'au point correspondant à ce qu'ils pensent que je suis, probablement à l'équipe chargée de dérouter voire de capturer les ninjas fouineurs comme nous.
-Bon bah maintenant c'est clair, ce sera sans moi.
-Hein ?
-Trop risqué, t'es pas fiable, c'est foireux et pas assez efficace.
-Et donc c'est quoi ton plan génial ? Parviens-je à sourire.
-On attend et on repart avec l'un des rares types qui sait où est la prochaine étape, on le capture, on l'interroge, on boucle discrètement le bar de manière à suivre toute personne en sortant. Avec ça et notre bonhomme on arrive à déterminer la position de la prochaine étape. Et l'on l'infiltre selon mes méthodes.
-...
-Quelque chose à redire ? Demanda Oboro.
-Non, non, t'as qu'à dormir en attendant. Je te réveille dès que j'ai du nouveau.
-Ça m'va ! Déclara-t-elle en s'allongeant sur la table. « Tu me touches, je te détruis, capiche ? »
Mieux valait ne rien répondre.


Crevé je m'assis, le dos à la porte et commença à ressasser les événements de semaine. Cette nouvelle mission m'avait tout d'abord pas vraiment enchantée, majeure partie de l'effectif gensouard, infiltration donc pression constante et hautes responsabilités. La grosse bonne surprise était Oboro. Elle changeait des filles que j'avais côtoyées, là-bas à Gensou. J'avais essayé de lui cacher ma tare, ce qui fait qu'elle ne m'a vraiment pas regardé comme un danger, d'où ce début de mission plutôt agréable où j'étais content d'être shinobi et ce même si cela n'avait aucun rapport avec la médecine. Et puis se transformer en artiste itinérant était légèrement grisant... A tête reposée j'aurais surement dû insister lourdement sur les conséquences de la Malédiction sur mes actes et mes capacités, le fiasco dans la rue aurait peut-être été mieux accueilli, à défaut d'avoir été anticipé. Ce qui aurait été utile tiens...
Enfin mon legs congénital avait encore frappé, c'était à en désespérer. Et grâce à lui je m'étais encore fait sérieusement engueulé. 'faut dire que je l'avais bien chercher aussi. Elle prendrait la direction des opérations et nul doute qu'elle mentionnerait mon fiasco personnel dans son rapport. Je ne voyais pas vraiment de solution pour changer cela. Il faudra bien que je m'habitue à décevoir les gens ainsi ou je devrai me résoudre à changer de métier. Enfin vois les choses du bon côté, la mission semble être partie sur de bons rails et si tout peut encore partir en vrille, si elle réussit, ça sera bon pour moi et au diable l'estime de mes coéquipiers, de toute façon ils changent régulièrement... Soit un professionnel et ne laisse pas des considérations d'ordre affectif ou familial – je mettrais bien la main sur le premier Illinois maudit, cet ineffable de mes deux, tiens...


*
* *
Alors qu'à trente mètres de lui, le jeune Illinois s'abandonnait à un travers bien connu de son clan : maudire la Malédiction, Nom de code A-Shura avait un sacré mauvais pressentiment. Ça faisait à peine une demie-heure que la kunoichi est sa bonne vingtaine de garde du corps étaient entrés dans sa taverne que déjà ça sentait le roussi. Kiritsu était une plaie, Inazami aussi, c'était certain mais au moins avec elle on pouvait travailler plus ou moins librement. Avec ces gars pas moyen de régler ses comptes tranquillement, ils vous retrouvaient en moins d'une heure. Du moins c'est ce que le barman en avait déduit quand une énorme armoire à glace avait commandé un jus de canneberge. Rien de vraiment étrange, les fêlés y en a des pelletés à Narasu, mais deux verres de lait et une infusion plus tard, Nom de code A-Shura ne croyait plus aux coïncidences. Sans compter qu'ils avaient tous pris place à des endroits stratégiques comme près des portes et des fenêtres, et ça ça sentait la descente à plein nez. Malheureusement, personne ne pouvait faire quoi que ce soit, le tenancier étant contrôlé par un client accoudé au bar, qui s'enfilait verre de lait sur verre de lait, le contraignant à rester dans la salle pour le servir. De plus s'affoler aurait été une mauvaise idée, c'aurait été suspect et avec Kiritsu de la suspicion à la culpabilité il n'y a qu'un pas sémantique donc autant se tenir à carreau et espérer qu'ils ne trouvent rien.
Une bonne vingtaine de minutes de stress plus tard, les armoires à glace suspectes se levèrent simultanément et obstruèrent de concert les différentes portes et fenêtres de l'établissement, sauf évidemment la porte de derrière située derrière le comptoir. Une bonne cinquantaine d'individus cagoulés et vêtus de noir firent alors irruption dans l'auberge en rangs serrés et se séparèrent venant prêter main forte à leurs collègues. En réponse à cette agression tacite, la totalité des clients réagirent, près à se battre pour défendre leur territoire ou plus pragmatiquement pour atteindre une des sorties.

Après les sommations d'usage -'aucun mal ne vous sera fait si vous coopérez' et autres tissus d'absurdités- que Nom de code A-Shura n'écouta évidemment pas, trop occupé à rassembler le plus d'armes possibles sous le comptoir, un des shinobis fit mine de se diriger vers la porte de derrière et la curée commença...


*
* *

Durant l'heure qui suivit leur arrivée à l'auberge alors que la genin, endormie, rechargeait ses batteries, tout fut calme. Me semblait même que j'avais somnolé par inadvertance. Néanmoins, un bruit de cavalcade filtrait à travers la lourde porte de chêne qui isolait notre abri du reste de la planque, c'était même probablement ce qui m'avait réveillé. Retissant mon Henge en catastrophe je réveillais Oboro en lui lançant le coussin qui avait accompagné mon somme. Puis je me ruais dehors pour voir ce qu'il se passait, tombant nez à nez avec un malfrat pissant le sang, la face roussie par un katon, ou je ne m'y connaissais pas. Des shinobis attaquaient la bar, surement un cadeau de mon amie Tanhina. Jurant très fort et paniquant légèrement je reviens dans la salle chercher ma coéquipière et lui montrait le pauvre type.

« Mais lâche-moi espèce de gros porc, ça te suffit pas de... Dit-elle avant de s'interrompre en voyant le blessé.
-Les nôtres attaquent la planque, faut se tirer d'ici avant qu'ils fassent capoter toute l'opératio...
Ma dernière phrase fut couverte par une quinte de toux de la genin, suivie d'un regard appuyé vers le brigand.
-On s'en fiche, y pisse le sang. D'après mes calculs il passera l'arme à gauche dans moins d'une minute. Et puis il n'y a personne dans les environs.
-Ben, c'est bien ça le problème. Souligna Oboro.
-Hein ?
-Mon super plan ne marche plus. Jura-t-elle. Cette planque va être cramée instantanément et on va perdre le contact.
Prends moi pour un con... Qui c'est qui va sauver les meubles maintenant ?
-Ben on a qu'à continuer comme avant … Proposais-je
-Ah non !
-C'est pas comme si on avait le choix.
-Naaaaaaaan, satanée destin, pourquoi tu t'acharnes sur moi. Bon vas-y !
-Vas-y quoi ? Demandais-je incrédule.
-Ben chercher un guide, celui-là vient de clamser !
-Ok je m'en occupe. Assurais-je
-Parfait, je restes ici.
-Attends c'est pas logique, si je te laisse seule, tu devras t'enfuir si on respecte la logique.
-Pas faux. Bah, t'as qu'à m'assommer... dit-elle le plus normalement du monde.
-Hein ? Vu comment t'as réagi auparavant, pas question !
-Ouais t'as raison j'ai pas confiance. 'Fin j'en fiche, t'as une dette envers moi dorénavant.
-A cause de ce qui s'est passé ? Pas question.
-Tu comprends vite. Dit-elle en me tournant le dos. Bon je vais méditer un bon coup, ça devrait faire l'affaire.

S'allongeant sur le sol, elle simula l'inconscience et son rythme cardiaque et sa respiration ralentirent effectivement.
Je l'appelais et lui demandais d'ouvrir les yeux, ce qu'elle fit après un petit moment, proférant un borborygme incompréhensible et ses nerfs réagissant convenablement à un stimulus. Huit ou neuf sur l'échelle de Glasgow, on n'était pas loin de l'inconscience. Pas mal du tout. Mais sacrément dangereuse comme méthode. Elle était extrêmement vulnérable, je devais faire vite.
Courant comme un dératé vers la salle commune de l'auberge je débouchais sur une écharpée entre Shinobis et brigands des plus confuses. A vu de nez il devait avoir une grosse cinquantaine de shinobis. Mais la plupart d'entre eux n'étaient que des clones inconsistants innoffensifs. N'ayant que quelques secondes avant que l'un de Kiritsu ne remarque le Henge, j'attrapais le protagoniste civil le plus proche de moi, le barman apparemment et le tirait hors de la mêlée, un genin mahousard reculant même devant mon énorme stature, devait avoir séché les cours de Gen, lui.

Après m'être assuré que notre nouveau guide connaissait effectivement le chemin vers la prochaine étape, je le sommais de nous y conduire pour nous mettre à l'abri, ma prisonnière et moi. Quand nous nous mîmes en route, l'état d'Oboro était toujours le même, elle semblait simplement dormir, seulement sa position n'était pas très naturelle !

Il m'incombait la difficile tache de la porter jusqu'à la prochaine cible. L'ennui c'était que pour un gaillard comme le barman pouvait le contempler -oui le contempler- ça ne posait aucun problème de se trimballer une jeune fille sur plusieurs kilomètres. Mais pour un petit mec faiblard comme moi c'était une autre paire de manche, surtout que je ne devais en aucun cas montrer que je faiblissais. Et galère... Prenant mon courage à deux mains, je commençais à suivre notre nouveau sherpa dans la nuit, mon fardeau me pesant déjà. Promis la première chose que je bosse après ça, c'est pas les illusions mais la condition physique !

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Re: Narasu

Message par Kentaro le 29/7/2011, 21:05

La nuit était tombée depuis longtemps sur Narasu. Dans une ruelle sombre, dans l’ancien secteur des Onibakus, la porte arrière d’une taverne s’ouvrit violemment et un corps fut projeté dans la venelle par un homme arborant bien en évidence le bandeau de Gensou.

« T’as compris, abruti d’ivrogne ! Gueula le shinobi. On ne veut plus de toi ici ! Alors tu tires et tu ne remets plus jamais les pieds ici, ou je t’assure que cette fois, j’te colle au trou ! »

Le shinobi se détourna du clochard qu’il avait dû virer manu militari et replongea vers la chaleur et la bonne humeur du tripot. Sitôt qu’il se fut écarté, deux silhouettes rasant les murs se précipitèrent hors de l’établissement et rejoignirent piteusement leur compagnon sans attirer l’attention.

Aidé par ses compères, l’homme se releva péniblement, pleurant de rage et frappant le poing du sol.

« Salauds de shinobis ! Comme si ça leur suffisait pas de nous avoir envahis ! »

Ses compagnons se contentèrent d’hocher la tête sans rien dire, étant aussi faible et impuissant que lui.

Avant la guerre, leur camarade avait été un guerrier, un combattant à la solde d’un grand gang. Il était entré par la petite porte et avait gravit les échelons un à un. Jusqu’à la consécration. Il avait appartenu à la garde personnelle de son boss !
Puis la guerre était arrivée et il avait tout perdu. Ses frères d’armes étaient morts sous les coups des shinobis, le gang avait implosé à la mort de son chef et lui-même avait écopé d’une blessure qui l’handicaperait à vie et avait définitivement clôt sa carrière de sabreur. Il n’était plus qu’un pauvre clochard parmi tant d’autres à Narasu, survivant comme il le pouvait, empli d’amertume contre le monde entier.

Clopin-clopant, les trois clochards commencèrent à s’éloigner du tripot d’où ils avaient été rejetés, s’enfonçant dans la pénombre des bas-quartiers de la périphérie de la ville.

« Tu veux te venger ? »

La question avait surgi de la nuit et avait été énoncé d’une voix froide, qui fit tressaillir les trois miséreux. L’ancien guerrier pivota sur-le-champ, suspicieux, tandis que ses deux comparses se placèrent prudemment derrière lui, hésitant.

Face à eux se tenait quelqu’un, emmitouflé dans une large cape sombre, dont la capuche lui cachait le visage. Il était plutôt fin et pas particulièrement grand. Dans la pénombre obscure de la ruelle, on ne distinguait que vaguement le bas de son visage, dont sa bouche, qui esquissait un sourire paisible.
Derrière l’homme –ou le gosse ? – se tenait en retrait une autre silhouette. Elle aussi était emmitouflée dans le même genre de manteau que son acolyte, mais celui-ci ne pouvait cacher ses proportions. Grand… non, immense même. Il dépassait tout le monde d’une bonne tête et ses larges épaules semblaient distordre le tissu. A l’instar de son compagnon, seul le bas de son visage était visible. Un visage mangé par une épaisse barbe, bien entretenue.
Le colosse s’aperçut de l’examen dont il faisait l’objet et esquissa un sourire.

L’ancien guerrier dessoulât sur-le-champ. Ses jambes se mirent à trembler. Ce type lui faisait peur. Il ne savait pas pourquoi, ni même comment… Mais c’était indubitable. C’était une sensation viscérale, étouffante. La certitude de se tenir face à un animal sauvage, un prédateur sur le point de sauter sur sa proie.

Le petit homme fit un vague geste du bras et son colossal garde du corps –qu’aurait-ce pu être d’autres ? – recula de quelques pas dans l’obscurité. L’ex-épéiste sentit sa peur décroître et commença à reprendre le contrôle de lui-même.

« Veux-tu la force de pouvoir te venger ? » Répéta posément l’inconnu.

Le soudard s’humecta les lèvres, indécis. Tout cela lui semblait complètement irréel. Qui était cet homme ? Qu’est-ce qu’il lui voulait ? Et pourquoi à lui ?

« Je peux te faire acquérir une telle force. » Assura l’inconnu.

La défiance du clochard s’effrita. N’était-ce pas une occasion en or ? Une telle chose ne se reproduirait probablement guère, dans sa vie. Et si c’était un piège… Hé bien, après tout, ce n’était pas comme si sa vie misérable méritait qu’il s’y accroche de toutes ses forces, pas vrai ?
L’ex-brigand voulut répondre, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. L’hésitation le reprenait, alors qu’il sentait confusément que quelque chose clochait, sans parvenir à mettre le doigt sur quoi.

« À toi, mais aussi à tes compagnons. » Poursuivit l’inconnu.

Le ton de sa voix était amical. Chaleureux, même. Et sincère. Assurément, ce n’était pas là la voix de quelqu’un lui souhaitant du mal, s’aperçut le soudard. Depuis combien de temps personne ne lui avait-il parlé ainsi ? Ses doutes et ses appréhensions s’évanouir. Cela faisait si longtemps qu’on ne lui avait plus témoigné de gentillesse gratuite qu’il n’avait plus l’habitude, c’était tout. Cet homme était son ami et ne voulait que son bien.

Le bras de l’inconnu fouilla à l’intérieur de sa cape, avant de jaillir, tenant trois petits flacons en terre cuite, recouvert de petits parchemins arborant des signes ésotériques.

« Si vous désirez cette force, il vous suffit de boire ceci. » Continua l’inconnu.

L’ex-épéiste avança, bercé par la voix mélodieuse de l’inconnu. Oui ! Il désirait retrouver sa force d’antan, lorsqu’il ne craignait rien et qu’on lui témoignait le respect. Oui ! Il voulait pouvoir se battre contre les shinobis et les briser comme ils l’avaient brisé. Ce n’était que justice. Il était plus que temps que ceux qui l’avaient fait souffrir payent !

Le soudard attrapa l’un des flacons, avant de tendre les autres à ses compagnons de galère. Il ouvrit le bouchon et contempla la mixture que contenant le récipient. D’une couleur semblable à du vin, elle semblait légèrement phosphorescente dans la nuit, et l’odeur qu’elle dégageait, bien qu’entêtante, ne lui rappelait rien qu’il eût connu.
Les trois compères se jetèrent des œillades hésitantes, alors que quelque chose planait à la lisière de leur esprit, sans qu’ils sussent de quoi il s’agissait.

« Buvez. » encouragea l’inconnu, avant de sourire d’un sourire débordant d’affection.

Obéissant à l’injonction, les trois compères burent instantanément, sans la moindre hésitation, cul-sec. Moins d’une seconde plus tard, l’ex-épéiste se crispa, tandis qu’une douleur intolérable émanait de ses entrailles et rayonnait dans tout son être. Il perdit connaissance et s’effondra.

Akio soupira, relâchant la tension au niveau de sa gorge. Jouer sur les harmoniques de la voix pour induire les sentiments de ses interlocuteurs était une tâche particulièrement éprouvante, quand bien même il les eût suffisamment étudiés pour savoir quelles intonations adoptées pour les manœuvrer en toute quiétude.

Manobu, le colossal garde du corps que lui avait imposé Yoshimitsu, arriva à sa hauteur, de sa démarche souple et féline, parfaitement silencieuse.

« Il n’y a personne. » Grommela-t-il de sa voix rauque, profonde et puissante.

Le jeune déserteur Mahousard acquiesça. Le En du colosse était l’un des plus fiables qu’il connaisse. Le géant détecterait toute présence avant que celle-ci ne les perçoive, lui permettant ainsi de travailler en toute sécurité.
Bien sûr, il y avait toujours le risque qu’un shinobi en mission, travaillant lui aussi avec son En déployé, les détecte. Mais le risque zéro n’existait, il fallait composer avec.

Songeant à ce qu’il s’était passé au début de la conversation –quoique le terme manipulation eût probablement mieux collé, convint le jeune homme – avec les trois soudards, Akio interpella son acolyte.

« Au fait, il me semblait t’avoir expressément demandé de rester en retrait quand j’aborderai nos cibles. Pourquoi t’es-tu avancé ? Tu sais bien que tu fais peur aux gens et cela me complique la tâche.
_ Je dois assurer votre sécurité. »

Akio s’avança, puis s’accroupit au côté du premier clochard et porta deux doigts sur la jugulaire, recherchant son pouls. En pure perte. Celui-ci n’avait pas survécu au traitement.

« Allons ! Ce n’était que des miséreux, ils auraient été incapables de me menacer, quand bien même l’auraient-ils voulu. Et je les avais subjugués.
_ C’aurait pu être un piège, maintînt le colosse. »

Le jeune homme referma les yeux du mort, puis se déplaça jusqu’au second.

« Si ç’avait été des hommes du Kiritsu, nous nous en serions aperçu pendant que nous les étudiions. Et si Kiritsu les avait remplacés au dernier moment, ils auraient réagi différemment à ma voix et je m’en serais aperçu de suite. »

Même résultat. Le jeune chercheur se renfrogna. Ses dernières études avaient pourtant porté le taux de survie au-delà des deux-tiers ! Ce n’était visiblement pas son jour de chance… Ou alors, un détail crucial lui avait échappé. Il allait lui falloir se pencher une nouvelle fois sur le sujet.

« Je ne dois rien négliger, s’entêta Manobu. Maître Yoshimitsu m’a ordonné de vous protéger et c’est ce que je ferai, même malgré vous. »

Akio retint un soupir. Manobu était à Yoshimitsu ce qu’un fanatique est à son dieu. Un type imbuvable, borné, sourd à la raison et au bon sens. Il faudrait qu’il en parle à Yoshimitsu la prochaine fois qu’il le verrait. En attendant, force lui était de composer avec…
Ce qui était peut-être le but de Yoshimitsu. Il était impossible de savoir ce qui lui passait par la tête. Mais il lui avait plusieurs fois mis sciemment des bâtons dans les roues pour le pousser à se dépasser. Peut-être poursuivait-il son apprentissage…

Akio s’occupa du dernier corps, redoutant le pire. Heureusement, il détectât un pouls, faible et erratique… Le jeune homme le dévisagea et reconnu celui qu’il avait identifié sous le numéro E-36. Un ancien sabreur, qui s’était retrouvé handicapé lors de la prise de la ville, tandis que son gang s’éparpillait sous la violence du changement. Un homme aigri jusqu’à la moelle et qui en voulait au monde entier. Il n’utiliserait la puissance qu’il obtiendrait que dans un seul et unique but : se venger envers et contre tout, de tous ceux qui lui avait fait du mal. Sa nouvelle vie s’annoncerait courte. Courte et violente. Un cobaye idéal, selon les critères du jeune chercheur.

Akio joignit ses bras devant lui et se mit à assembler plusieurs dizaines mudras à toute vitesse. Se faisant, ses manches s’affaissèrent légèrement révélant ses avant-bras. Le gauche était couvert par un sceau aussi complexe que multicolore, surchargé d’une succession de motifs différents.

Arrivé au bout de sa séquence, le jeune homme posa ses mains sur la nuque de son cobaye. Son sceau sembla frémir, puis se mit à tournoyer sur lui-même, de plus en plus rapidement, tout en descendant, tel de l’eau dans un évier. Le sceau glissa sur le poignet, recouvrit la paume, flotta un instant sur les doigts puis se coula sur le cobaye avant de remonter au niveau de l’occipital.
Se faisant, le sceau s’était tassé sur lui-même, jusqu’à ne devenir pas plus gros qu’un œuf. Placé où il l’était, il était caché par les cheveux de l’homme et parfaitement invisible.

Comme chaque fois, Akio regarda le phénomène, émerveillé. Il ne comprenait pas comment le fuinjutsu fonctionnait, ni comment il était façonné. Sa connaissance se bornait à savoir l’enclencher et pour le reste, il s’en remettait à son spécialiste. Mais le résultat restait tout de même saisissant. Il en convenait lui-même.

« Le dispositif est en place, annonça sobrement Akio. Tanosuke s’occupera de filer E-36.
_ Et les autres ? S’enquit Manobu.
_ Morts.
_ Que fait-on des corps ?
_ On les laisse, inutile de s’encombrer de ça, affirma le jeune chercheur.
_ Mais… Cela ne va-t-il pas alerter les légistes du kiritsu sur ce que nous faisons ? S’inquiéta le colosse.
_ Manobu… as-tu déjà joué au jeu des 7 différences, quand tu étais plus jeune ? Demanda Akio.
_ Evidemment ! Pourquoi cette question ? Répondit le garde du corps, un peu dérouté.
_ Sans référentiel, comment déterminerais-tu ce qui est différent ou pas ?
_ Hé bien… heu… hum…
_ En fait, en l’absence de référentiel, comment même savoir si tu regardes l’original ou la version altérée ? Poursuivit Akio. Non, les rebuts ne nous posent aucun problème –hormis le fait d’être des échecs, par définition.
_ Alors pourquoi cette mesure de sécurité vis-à-vis du survivant ? Demanda Manobu en faisant référence au Fuinjutsu.
_ Aha… Lui, c’est différent, répondit Akio. Il possède maintenant un jeu de motifs particulièrement caractéristiques, qu’on ne peut se permettre de laisser identifier. Car sa présence mettrait la puce à l’oreille à notre ennemi, voire même au Kiritsu… Nous ne pouvons pas nous permettre ce risque.
_ Ah. »

Pour Akio, le ton de Manobu était si éloquent qu’il aurait pu tout aussi bien dire qu’il n’avait pas tout compris et que ça le dépassait un peu. Mais qu’importe, le colosse savait que Maître Yoshimitsu considérait le jeune homme comme son poulain et lui faisait confiance. De fait, Manobu lui faisait donc aussi confiance, tant que ça n’interférerait pas avec les ordres du Maître.

Le jeune homme se releva, s’emmitoufla plus profondément dans son manteau et s’éloigna de la ruelle. Avant de tourner au coin, il se retourna une dernière fois pour contempler E-36. L’excitation et l’impatience le gagnait. Il attendait beaucoup de cette expérience. Mais le processus étant lent et mettrait du temps à s’enclencher. Il ne servait à rien de vouloir hâter les choses.
Akio se détourna et s’enfonça dans les ténèbres.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 7/8/2011, 19:48

Le docteur Shintaro Satokira était absent, étant parti accompagné un détachement Mahousard en patrouille dans le Sud, près de la frontière. De fait, c’était donc à Luan, la seconde de l’équipe, de gérer tout son groupe dans le chaos ambiant que constituait l’hôpital de Narasu, constamment en sous-effectif et à deux doigts d’être submergé par le boulot.

Aussi, lorsque l’envoyé du QG Mahousard réapparut devant elle, la jeune femme ferma les yeux et poussa un long soupir fatigué. Elle avait été complètement débordée depuis le début de l’après-midi et après plusieurs heures à cavaler dans tous les sens, elle n’aspirait plus qu’à souffler un peu. Ce qui était visiblement incompatible avec le nouveau venu.

« Monsieur Okuda ? C’est bien ça ? Qui y’a-t-il, cette fois-ci ?
_ Hé bien, pardonnez-moi de vous importuner une nouvelle fois, mais il s’avère qu’en fait, je… »

Okuda fut interrompu par l’arrivée précipitée d’un infirmier, qui interpella derechef Luan. Le bloc opératoire avait besoin d’un anesthésiste d’urgence.
La jeune chef de service par intérim grogna de frustration, avant de faire le point. Aujourd’hui, l’équipe du Docteur Satokira était au repos. Ce qui signifiait simplement qu’au lieu de tenir les urgences, ceux-ci étaient dispatchés un peu partout dans les différents services pour servir d’appoint, selon leur qualification respective.
Cinq noms lui vinrent tout de suite en tête. Luan en élimina deux, actuellement en mission pour le QG, puis un troisième, renforçant le service chirurgie et donc probablement déjà dans un bloc. Le quatrième fut le bon, il supervisait la formation de jeunes étudiants.

Luan griffonna rapidement une note à son intention, qu’elle confia à l’infirmier, qui repartit illico.

« Donc… Reprit Luan, qu’est-ce que vous voulez ?
_ Hé bien, cela fait plus d’une demi-heure que j’attends aux consultations et toujours aucun signe du docteur Satokira. Je me demandais donc si…
_ Le doct… Kentaro ? Ah si, je suis formelle, je l’ai casé aux consult’. En l’absence de son père, je n’allais pas prendre le risque de l’envoyer en renfort à une autre équipe, vu son tempérament. Pas envie que ses conneries me retombent dessus…
_ Vous en êtes bien certaine ?
_ Évidemment. Je lui ai même signalé votre… arrivé… Le sombre imbécile ! Bon, attendez-moi à mon bureau, je vous l’amène dans un instant. »

Luan fit demi-tour et fonça au pas de charge en direction des consultations, jurant dans sa barbe. Quelle naïve aussi, de penser que Kentaro allait gentiment attendre la venue d’un émissaire du QG. Au mieux, c’était pour une mission, au pire, des remontrances pour une probable gaffe. Dans les deux cas, il le fuirait comme la peste. Et elle l’avait prévenue !
Luan se fit l’effet d’une gourde. Depuis le temps, elle aurait dû le voir venir gros comme une maison…

La jeune femme débarqua dans le hall d’accueil des consultations et héla une infirmière, s’enquérant de la position de Kentaro. Sitôt son renseignement obtenu, elle se précipita vers l’une des salles de consultation et ouvrit la porte à la volée, bien décidée à passer un savon mémorable au jeune médecin. Ça ne servirait à rien mais ça la détendrait.

Mais elle dut ravaler son savon en s’apercevant que la pièce était vide. Désespérément vide.
Nouveau soupir blasé.

Kentaro ne supportait pas les consultations. Ce n’était pas compliqué, pour lui, un bon patient était un patient allongé sur une table d’opération, qui ne pouvait donc pas vous prendre la tête, ni faire fi de vos recommandations, ou aller à l’encontre du traitement préconisé. Luan n’était donc qu’à moitié surprise de voir qu’il avait, une nouvelle fois, tenté de gruger ses heures.

Ravalant quelques jurons bien sentis, la jeune femme ressortit en trombe, jetant un rapide coup d’œil à la ronde, des fois que le médecin soit dans les parages –il lui avait déjà fait le coup de se cacher parmi les patients – mais sans résultat. Alors qu’elle était en train de chercher quelle entourloupe ce satané fainéant lui avait encore resservi – elle n’osait imaginer qu’il eût encore développé une nouvelle combine, qui lui prendrait des heures pour le retrouver alors que le fonctionnaire attendait dans son bureau – elle aperçut Shizuyo qui traversait le hall, probablement pour retourner à la serre. Depuis sa construction, la médecin y passait le plus clair de son temps, suivant avec intérêt le développement de chaque plante.

Luan eut un sourire victorieux. La chance tournait. C’est bien connu, toutes les mamans possèdent un radar leur permettant de mettre la main sur leurs rejetons dès lors qu’ils sont en train de faire des bêtises. Tout le monde le sait.
La jeune femme rejoignit donc vivement l’épouse du docteur Satokira.

« Excusez-moi, Shizuyo !
_ Oh, bonjour, Luan. Alors, comment se passe cette première journée seule aux commandes ?
_ Une horreur, grimaça la jeune femme. Si je m’étais doutée que le docteur Satokira faisait constamment face à un tel maelström d’imprévus, j’aurai décliné sa proposition.
_ Quand les choses se stabiliseront à Narasu, ça sera beaucoup plus facile, assura Shizuyo.
_ Si ce n’est pas pour dans les dix prochaines minutes, ça me sera pas beaucoup utile… Répondit amèrement Luan.
_ Allez, courage, ce n’est que pour une semaine.
_ Pourriez-vous m’aider ? J’ai besoin de mettre la main sur Kentaro et…
_ Vous l’avez mis aux consultations ? S’enquit Shizuyo.
_ Oui, acquiesça Luan. Je sais, ce n’était pas ma meilleure idée de la journée… D’un autre côté, je ne me sentais pas de devoir essuyer les plâtres d’une éventuelle dispute avec d’autres médecins…
_ Ah ça, il a encore beaucoup à apprendre sur la diplomatie… Hé bien, vu l’heure, je pense que vous devriez vous précipiter aux vestiaires, car il doit être sur le départ.
_ Quoi !? Mais même pour ses horaires allégés, il lui reste encore une bonne demi-he… Évidemment, on parle de Kentaro. Je vais l’étrangler ! Merci, j’y vais ! »

Ni une, ni deux, Luan repartit dard-dard en direction des escaliers, avala une succession d’étages, avant de débouler dans les vestiaires. Juste à temps pour croiser Kentaro qui en sortait.

« Kentaro !! Hurla Luan.
_ Ah Luan… Aïe… Quel bon vent t’amène ? Répondit innocemment le médecin.
_ Je peux savoir ce que tu comptes faire, là ?
_ Hé bien… Je rentre chez moi.
_ Tu es censé être aux consultations ! Rappela la responsable.
_ J’ai fini ma journée. Tu sais, médecin-shinobi à disposition du QG, mi-temps, horaire allégé, tout ça…
_ Il reste encore une grosse demi-heure avant la fin de ton travail.
_ Nananan, il reste une petite demi-heure, rectifia Kentaro. Pas assez pour traiter un patient, donc du coup…
_ Les heures supp’, ça te parle ?
_ Oh, je ne voudrais pas mettre l’hôpital sur la paille…
_ Et le représentant du QG ? Celui qui devait passer te voir ? Poursuivit Luan.
_ Qui ça ? Feignit Kentaro. Aucune idée… Je ne l’ai pas vu. Il a dû changer d’idée et repartir.
_ Menteur ! ça fait plus d’une demi-heure qu’il t’attendait aux consult’ !
_ Ah oui mais non, moi j’étais ici. Donc je ne l’ai bel et bien pas vu.
_ T’es ici depuis une demi-heure !?! S’indigna Luan.
_ Oups… Il me faut beaucoup de temps pour me préparer ? » Tenta Kentaro.

Luan se passa la main sur le visage en inspirant un bon coup. Ne pas rentrer dans son jeu. Sinon elle allait passer une demi-heure à s’engueuler avec lui et lui faire des remontrances, ce qui ne serviraient à rien, si ce n’est lui permettre de ne pas bosser pendant ladite demi-heure.

« Suis-moi dans mon bureau.
_ Quitte à me faire sermonner, j’aime autant ne pas avoir à me déplacer…
_ Moi je bosse, je te signale. Maintenant tu as le choix. Soit tu viens me donner un coup de main pour le planning de demain, soit tu retournes aux consultations et je t’y surveille. Mais tu ne fileras pas d’ici avant l’heure, je te le garantis.
_ Pfff… »

De mauvaise grâce, Kentaro battit en retraite. Faire un peu de paperasse, ce n’était pas grand-chose par rapport aux consult’, et ce n’est pas comme s’il était pressé. Pis avec un peu de chance, il parviendrait à endormir la vigilance de Luan et réussirait à arranger le planning en sa faveur.
Ouais ! Ça c’était un bon plan !

Les deux jeunes gens repartirent donc d’un bon pas en direction du bureau de Luan. Ce n’est que dans le couloir, en s’apercevant que quelqu’un y attendait déjà, que Kentaro flaira le piège.

« Heuuu… Tu sais, finalement, la paperasse et moi…
_ Trop tard.
_ Mais j’y connais rien, à l’administration du service. Je vais te gêner.
_ Pas du tout. Je suis sûr que ton père t’en appris plus que tu ne le penses. Tu y arriveras à merveille.
_ Je ne sais pas écrire.
_ Je m’en occuperai.
_ Je ne sais pas lire.
_ Je lirai à voix haute.
_ J’ai une folle envie d’aller aux consult’ ?
_ Vendu.
_ Heu… En fait, nan. Oublie.
_ À la bonne heure. Entre. »

Kentaro laissa échapper un gros soupir désespéré puis entra dans le bureau de Luan. L’émissaire du QG, assis devant, se leva pour accueillir les nouveaux venus.

« Vous voilà enfin, docteur Satokira.
_ Ch’uis imperméable à la flatterie.
_ Bien, bien, bien... J’ai là pour vous une note expresse du QG à votre intention.
_ Hé ! Ça fait trois jours que je suis à l’hôpital ! J’ai rien fait ! Ça peut pas être moi !!
_ Heu… Pardon ?
_ Quoi ? C’est pas pour m’engueuler ou me punir, la note ?
_ Bien sûr que non !
_ J’ai fait mon quota, j’irai pas en mission !
_ Mais ce n’est pas ça non plus !
_ Ah bon ? Ben alors quoi ? C’est que j’suis pressé, moi ! »

Le toussotement ostentatoire de Luan fit se raviser le genin. Ouais, si le type réglait son affaire trop vite, elle irait le recoller aux consult’. Nan, nan, nan, mauvaise idée, de le presser.
Le jeune homme fit donc le tour du bureau et se laissa tomber dans le fauteuil de Luan avant de s’y caler confortablement, tout en jetant un coup d’œil à la pendule.

« Nan, je blaguais, reprit-il. Prenez tout votre temps pour m’expliquer votre machin, je ne suis pas aux pièces. »

Luan, voyant que les choses étaient enfin sur de bonnes rails, jugea qu’il n’y avait plus de raisons de rester et commença à se diriger vers la porte. Elle fut néanmoins rappeler derechef.

« Excusez-moi, pourriez-vous rester ? Le protocole exige un témoin pour ce qui va suivre et je n’ai personne sous la main. »

Luan écarquilla les yeux, surprise. Elle n’avait que rarement à faire aux gars du QG et aucune procédure n’avait jamais nécessité le moindre témoin. Cela piqua sa curiosité. Elle décida alors que le service pouvait bien se passer d’elle un moment, elle avait bien mérité une petite pause, après tout. Et si un véritable problème survenait, on la préviendrait, de toute façon. Croisant les bras, elle s’adossa à la cloison, sur le côté du bureau, de façon à avoir ses deux interlocuteurs dans son champ de vision.

La responsable par intérim du service n’était pas la seule à avoir vu sa curiosité attisée. Kentaro dévisageait littéralement l’envoyé du QG, dans l’expectative. Pour lui aussi, c’était une première.

L’émissaire se racla la gorge, avant d'annoncer d'une voix pompeusement officielle.

« Kentaro Satokira, genin de Mahou.
« Pour votre talent médical amplement reconnu par vos pairs et supérieurs.
« Pour votre implication dans la sensibilisation envers la culture médicale de nos jeunes recrues.
_ Hein ? Quand-est-ce que j’ai fait ça, moi ? S’étonna le principal intéressé.
_ Heu… Y’aurait-il une erreur ? S’inquiéta l’homme du QG. J’ai pourtant ici mention d’une mission au cours de laquelle vous vous seriez occupé de faire découvrir le monde hospitalier à une genin.
_ Lui ? S’étonna Luan.
_ Une certaine Kaede Saeza, si mes informations sont correctes, confirma le représentant.
_ Kaede… Hakodate ? La nièce du Kage ! Ha ouais, c’est vrai, on peut dire ça comme ça.
_ Tu parles. S’exclama Luan en levant les yeux au ciel.
_ Pourquoi donc ? Que s’est-il passé ? S’étonna l’homme du QG.
_ Heu… » Hésita Kentaro.


"Kentaro":
« Quoi !!! Mais c’est impossible !! Tu ne peux pas faire ça, Kentaro ! »

Kentaro ôta ses mains de ses oreilles lorsqu’il s’aperçut que la secrétaire de l’accueil de l’hôpital avait enfin fini de hurler.

« Allez, c’est bon, ça fait combien de temps que j’ai pas pris de vacances ?
_ Et ça fait combien de temps que tu ne fais même pas de demi-journées complètes ?
_ Hé, en contrepartie, je bosse tous les jours de la semaine !
_ D’accord, mais tu ne peux pas prendre une journée de repos comme ça, sans préavis.
_ Ecoute… J’ai vraiment un gros problème en ce moment, et j’ai absolument besoin de cette journée, la supplia Kentaro.
_ Tu as toujours des problèmes, Kentaro.
_ Mais la c’est pire… ‘fin, différent.
_ Tiens donc ? Et c’est quoi l’excuse, cette fois-ci ?
_ Aujourd’hui, j’ai un… rendez-vous important.
_ Oh ? Avec une fille ?
_ Oui.
_ Et qui est-ce ? Je la connais ? Elle est mignonne ? Comment elle s’appelle ?
_ Kaede, la nièce du Kage. Bon, alors ? Tu me l’octroies, cette journée de repos ?
_ Je vois, je vois… D’accord ! Mais tu me raconteras comment ça s’est passé, d’accord ?
_ Pas de soucis. Mais surtout pas un mot à mes parents ou à Luan.
_ Promis, juré ! Amuse-toi bien !
_ J’y compte bien. »

Kentaro salua la secrétaire et ressortit de l’hôpital, content de lui.


C’est pas comme si je lui avais menti, non plus… J’ai bien rendez-vous avec Kaede aujourd’hui. Et grâce à cette journée de vacance, je vais bien m’amuser… Bon, ok, je ne lui ai pas tout dit… J’aurai eu rendez-vous avec Kaede si j’étais resté travaillé. Mais bon, c’est de sa faute, c’est elle qu’a compris ce qu’elle voulait entendre. En tout cas, aujourd’hui au moins, je n’aurai pas à m’occuper de ce pot de colle. Pis je vais éviter le savon de Luan pour l’avoir enfermé, hier. Par contre demain, elle va m’en cumuler deux. Et papa aussi s’il l’apprend… Baaaaah, elle m’attire que des ennuis cette genin ! … Allez, avec un peu de chance, ils vont renoncer à me la confier et la coller dans les pattes de quelqu’un d’autre… Ou alors elle va renoncer à venir à l’hôpital… On verra bien demain.

« Nan, laisser tomber, c’est sans intérêt, éluda Kentaro. Des trucs de médecins… ça vous passerait complètement au-dessus de la tête. Poursuivez-donc votre lecture. Et prenez tout votre temps, surtout, hein…
_ Oui, bref… Donc.
« Pour avoir renflouer les stocks d’herbes médicinales de l’hôpital du village de Mahou et sauver au périls de votre existence la vie d’un membre important de la famille de notre précédent Kage lors d’une tentative de rapt par d’infâmes bandits, en pleine forêt.
_ Attendez, attendez… Vous allez me ressortir la liste de toutes mes conn… Hum, missions, là ?
_ Effectivement, pourquoi ? »

Kentaro jeta un regard à l’horloge mural, puis se renfonça dans son siège, tout sourire. Même si c’était une mise à pied ou une radiation des forces armées de Mahou, inhérente à ses résultats, ou pire, des sanctions disciplinaires ou des conneries de stages de remise à niveau… Hé ben, toujours était-il qu’avec tout ce qu’il y avait à dire sur le sujet, il ne remettrait pas les pieds aux consult’ aujourd’hui.

« Rien, rien, poursuivez…
_ Un instant, intervint Luan. Tous vos trucs sont véridiques, là ?
_ Tout à fait, s’enorgueillit l’homme du Qg. Toutes nos informations ont été dûment collectées à partir des différents rapports de missions et recoupé par des témoignages de premières mains.
_ … Mais c’est complètement illogique : on cueille les herbes médicinales à l’entrée du village, comment c’t bougre d’ahuri aurait pu sauver quelqu’un en pleine forêt. En plus, il n’était que genin, il ne pouvait pas quitter le village. Et tomber sur un membre de la famille du QG ? Vous ne trouvez pas ça un peu gros ?
_ Nan, mais ça, c’est parce qu’elle était avec moi, intervint Kentaro. C’était Kaede. On était en mission ensemble pour cueillir les herbes.
_ Et vous avez fini en pleine forêt ? S’étonna Luan, incrédule.
_ Ben en fait, c’est très simple… »

"Kaede":
Kaede, qui s'était allongée dans l'herbe à peine le petit groupe arrêté, se releva de mauvaise grâce et se mit en quête de "ces herbes débiles" dont elle ignorait jusqu'à l'apparence. A priori, elle n'était pas la seule puisqu'au bout de cinq minutes, Toru se redressa, une plante bleue à la main, et se tourna vers Kentaro pour lui demander :

-Comment on sait si c'est la bonne plante qu'on a trouvé ?
-Tu la bouffes et si tu survis, c'est que c'était la bonne, railla l'apprenti médecin.

Michigan et Kaede sourirent à la réplique de Kentaro, mais pas Toru. Il se contenta de regarder sa plante avec perplexité, puis prit un air inspiré et la fourra dans sa bouche. Après quoi une grimace déforma son visage, et un chuunin affolé vint lui faire vomir ce qu'il avait avalé. Regardant le visage blême du blondinet, Kaede demanda à Kentaro, qui n'avait rien suivi de la scène et continuait de chercher des plantes dans son coin :

-Il a mangé quoi, là, au juste ?
-J'en sais rien, j'ai pas rega... attends, t'as bien dit "mangé" ? Oh l'abruti ! J'disais pas ça sérieusement moi ! C'était quoi ?
-J'en sais rien. C'était une plante bleue.
-Comme celle-là ?
-Ouaip.
-Et meeeeeeeeerde !
-Ca veut dire que c'était pas mangeable ?
-Ca veut dire qu'il faut l'emmener à l'hôpital !
-QUOI ?!

Michigan avait pris un air paniqué. Cependant, ce n'était pas l'état du genin empoisonné qui l'affolait. Il savait que ses jours ne serait en danger que si il restait sans soins. Et si il se chargeait de le renmener à Mahou, ça ne prendrait probablement pas longtemps. Mais pour ça, il fallait laisser Kaede et Kentaro un laps de temps sans surveillance. Et ça, ce n'était pas vraiment rassurant. Il bégaya deux trois indications aux deux genins (ou "NE B-B-BOUGEZ SU-SURTOUT PAS !" figurait en bonne place) et disparut avec Toru, avec pour but de revenir le plus vite possible.

« Ah ben bravo, clama Luan.
_ Tsss… J’pouvais pas deviner qu’il allait prendre ça au premier degré, c’t imbécile ! Se défendit Kentaro.
_ Et pourquoi vous avez filé dans la forêt ?
_ On a pas filé dans la forêt. On a continué à chercher des herbes. Et puis, on s’est… perdu.
_ Perdu ? » Répéta Luan.

Il y eut un moment de flottement, puis la chef de service par intérim explosa littéralement de rire à l’idée des deux pauvres genins se perdant en allant à la cueillette.

« Hé ! Se vexa Kentaro. C’était de sa faute ! C’est elle qui nous a paumés !
_ Ouais, ouais, bien entendu, railla Luan en essuyant des larmes de rire. Bon, au moins, je m’étonne plus qu’elle soit tombée sur des brigands et que tu l’ais délivré après.
_ Bof, en fait… On s’est fait capturé ensemble et c’est deux junins qui nous ont sauvés.
_ Ah bon ? S’exclama le représentant. Mais dans mon rapport, il est dit que vous avez contribué à l’évasion de…
_ Aux tentatives d’évasions, rectifia le genin. Et généralement à mon corps défendant.
_ Comment ça ?
_ Vous n’imaginez pas comment c’est perfide, une nièce de Kage… Genre… »

"Kentaro":
Alors que la troupe de ravisseurs se mettait en formation pour le voyage : une longue colonne doté d'une solide avant-garde et d'une non moins solide arrière-garde, le tout articulé autour des genins, eux-même sous bonne garde; Kentaro glissa à Kaede qu'il avait un plan pour échapper aux brigands : quand ils seraient retournés dans la forêt claire, ils profiteraient de leur liberté de mouvements pour leur fausser compagnie, les semer et retourner au village. Ce à quoi la demoiselle répondit, afin de ne pas être en reste, qu'elle aussi avait un super plan infaillible, et qu'elle le mettrait à exécution si jamais celui du médecin venait à échouer.

L'occasion d'agir se présenta après plusieurs minute de marche, lorsque les arbres sombres et noirs et la végétation luxuriante laissa petit à petit la place à des sous-bois plus clairsemés et une voûte forestière laissant passer bien plus de lumière.

"A mon signal, on fonce sur le côté et on s'enfuit à toutes jambes, compris ? Murmura Kentaro à l'adresse de Kaede.
_ J'ai bien pigé, t'inquiète, répondit la genin.
_ Prête ? Maintenant !!"

Profitant d'une trouée dans les buissons environnants, Kentaro fonça à toute allure. Kaede, bien loin de le suivre, mis en action son super plan infaillible.

"Attention ! Kentaro s'échappe ! Rattrapez-le, viiiite !!!"

Aussitôt, une demi-douzaine de brigands se jetèrent à la poursuite du médecin et eurent tôt fait de capturer le malheureux genin qui jurait et maudissait sa stupide partenaire qui avait osé lui faire ça. Stupide partenaire qui avait surtout profité de la diversion pour prendre ses jambes à son cou dans la direction opposée. Malheureusement pour elle, fatiguée et à bout de chakra, elle trébucha rapidement sur une racine et fut rattrapé par les brigands avant d'avoir pu se relever.

"Traitresse, comment t'as pu me faire ça ?! s'indigna Kentaro
_ C'est bon, tu vas pas chialer pour une petite blague anodine...
_ Une blague ?! Non mais je rêve ! ça va pas de faire des blagues aussi dans un moment pareil ?!
_ C'est bon, j'suis désolée, je recommencerai plus, ça te va ?
_ Tu parles, ça me fait une belle jambe, pis t'en pense pas un mot, j'suis sûr ! Bon, ben plus le choix, il ne nous reste plus que ton plan "infaillible", alors.
_ Trop tard, j'viens de l'essayer à l'instant. "

Il fallut plusieurs secondes à une Luan hilare pour se ressaisir, mais l’entretien pu se poursuivre.

« Tout ça pour des plantes médicinales… Elles auront coûté cher à l’hôpital… résuma la chef par intérim.
_ Même pas, on les avait plus quand on nous a récupéré, se lamenta Kentaro. A cause de l’araignée géante.
_ Qu’est-ce que c’est encore que…
_ Nan mais c’est du détail, c’est pas important, coupa Kentaro. La suite, je vous prie.
_ Hein ? Heu, oui. Donc.
« Pour votre implication forcenée dans la rénovation urbaine des différents lieux publics du village de Mahou.
« Pour…
_ Attendez, là ! C’est quoi cette connerie sur la rénovation ? Intervint Kentaro. J’ai jamais… ‘fin, si, à Narasu. Mais à Mahou, je n’ai jamais été dans le bâtiment, je peux vous l’assurer !
_ Tiens donc ?
_ Ah, ch’uis catégorique.
_ Pourtant j’ai écrit là que c’est sous votre impulsion qu’on a fait refaire quelques étals du marché, entreprit plusieurs travaux dans les bains, modifié le système d’assurance de l’hôpital, changé des portes au QG, réaménagé tout un étage de la bibliothèque et renforcé la sécurité à l’académie. On y parle même de vos mérites en tant que décorateurs d’intérieurs chez les Korove. »

Le visage de Kentaro se décomposa au fil de la liste.

« Le furet… » Lâcha-t-il, tandis que des flashs chaotiques lui revenaient en mémoire.

"Mayura":
Nous rentrons dans la zone du marché, sa risque de se compliquer. Au début, je parviens à slalomer sans peine entre les étals et même si Kentaro est plus rapide que moi il peine à esquiver tout ce monde bruyant et remuant. L'écart se creuse entre nous, et je lance un sourire sadique à Kentaro qui paraît d'abord frustré, puis ensuite me répond avec le même type de sourire. J'ai un mauvais pressentiment. Je me retourne vivement, et voit au dernier moment un marchand qui traverse la rue avec une charrette à bras pleine de... Pastèques ! Le furet passe sous les roues en bois de la charrette, mais je doute pouvoir en faire autant. Je cherche une idée. Vite. Je suis obligé de ralentir, et Kentaro regagne du terrain sur moi. Les autres aussi, mais je constate que plusieurs étals sont renversés derrière et que Kaede se fait engueuler par un marchand. J'ai soudain une idée. Stupide, certes, mais à ce moment tout va si vite que mon cerveau droit n'a pas le temps de réfréner le gauche avant que je n'aie agis. Je sors un kunai et je lui applique une marque explosive. Je le lance sur la charrette en bois qui me barre le passage. Le tout explose une demi seconde plus tard, mais, manque de bol, je prends une pastèque à demi écrasée dans la tronche. Je m'écroule, et essuie d'un revers de manche le jus sucré qui coule sur mon visage. Les autres m'ont dépassé tant bien que mal, et je peste. Tant qu'à faire, je balance un deuxième kunai explosif pour faire bonne mesure. Il explose à deux mètres de Kentaro, fait s'envoler un cageot de pommes qui lui retombe en plein sur la tête. Bruit de bouillie. Sa tête ou les pommes, je sais pas, mais à voir comme il gigote, je pense que ça doit être les pommes. Dommage. Kyotsune qui a aperçu le furet tourne au coin de la rue. Nous tournons aussi.
"Kentaro":
Des balles jaillirent, des filins d’aciers se nouèrent, des coups tombèrent et nous entrâmes en force dans les bains. On aurait du commencer par là, tiens… Poursuivis par une meute d’employés vraiment furax, accompagné de la voix de Kyotsune chantonnant « Il court, il court, le furet… », nous nous éparpillâmes un peu partout dans le bâtiment, à la recherche de ce stupide rongeur à la manque.

« Il est là, il est là ! »

Le cri venait de retentir près de moi, quelle chance ! J’avais une chance de remettre la main sur le furet avant les autres ! Je me précipitais dans le couloir et aperçus Kyotsune qui courait vers moi, en me faisant de grands signes. Alors qu’un horrible doute germait en moi, je vis une dizaine d’employés jaillirent du fond de couloir et courser Kyostune. En m’apercevant, ils redoublèrent de cris.

« Ils sont là, ils sont là ! »

La poisse…

Je fis demi-tour instantanément et reparti à fond de train, rattrapant Kyotsune et son entêtante musique « il est passé par ici, il repassera par là… ». Soudain, nous aperçûmes le furet se glisser par l’entrebâillement d’une des portes devant nous et reprendre sa course effrénée vers la sortie. Kyo et moi accélérâmes et je me pris la porte de plein fouet dans la figure, tandis que Ryozu, qui venait d’en sortir, percuta Kyotsune. Mayura parvînt à esquiver le carambolage d’un petit air supérieur, mais c’était sans compter nos poursuivants qui lui sautèrent dessus.
"Ryozu":
Kaede et moi, nous prîmes le chemin de droite dans l’hôpital tandis que l’autre équipe tourna à gauche et que Kyotsune avança tout droit. Nous explorions les recoins les plus saugrenus qui se profilaient devant nous. Et l’avantage avec Kaede est qu’elle ne se gênait pas, elle bouleversait tout sur son passage. Oh tiens un fauteuil roulant, oups y en a plus…
"Kaede":
Le furet piqua une pointe d’accélération… et disparut en même temps qu’un jeune homme derrière le battant d’une porte. Mayura allait l’ouvrir quand Kaede le prit de vitesse et s’interposa entre la porte et lui.

-Pousses-toi, Kaede, tu m’empêche de l’ouvrir.
-Ben justement, boucles-la et trouves-toi une autre porte.
-Pardon ?!
-J’ai dis : essaies un peu de toucher cette poigné et tu te manges un bourre-pif !
-Peuh ! J’aimerai bien voir ça !

Et Mayura s’avança derechef vers la porte. Et son nez rencontra malencontreusement le poing de Kaede, le laissant interdit sur le moment : non pas qu’il ait été blessé ou impressionné par la force de mouche de la jeune fille, mais il resta surpris qu’elle l’ait réellement frappé.

-J’hallucine ! Elle a osé ! La garce !

Aussitôt, il tenta de sauter sur la genin dans l’optique de le lui faire payer, mais Ryozû et Kyotsune le choppèrent chacun par un bras pour l’en empêcher, tandis que Kentaro tentait de raisonner Kaede de le laisser ouvrir la porte pour aller chercher le furet, d’autant plus que, dans une salle, la bête n’aurait aucune échappatoire. Puis, Ryozû fronça les sourcils, et interpella Kaede en désignant la porte du menton.

-Dis Kaede, ça a un rapport avec toi le fait qu’il y ait marqué « Kachiro Seiza » sur la porte ?
-Bien sûr que non, c’est juste pour faire chier les chasseurs de fouines…
-Ben ça va marche vachement bien si c’est le cas, railla Mayura
-Sauf que c’est un furet… rectifia Ryozû
-Il court, il court le furet…
-Faites-le taire, par pitié…
-Quoi qu’il en soit, vous rentrerez pas là-dedans moi vivante.
-Ca peut s’arranger, si ce n’est que ça.

Mais Ryozû et Kyotsune le maintenant toujours, Mayura ne put s’approcher de celle qu’il appelait si gentiment « la garce ».

-Donc si je comprends bien, continua Kentaro, si on ne peut pas rentrer, c’est juste parce que mademoiselle a peur de Môsieur son père, c’est ça ?
-J’ai pas peur.
-Ben tu devrais : la poignée tourne.
-Tous dessus !

Sans grandement réfléchir (pour changer), les quatre garçons obéirent et se jetèrent comme un seul homme sur la porte pour la refermer violement en la percutant. De l’autre côté, on entendit un choc et un bruit de chute : visiblement le jeune homme qu’ils avaient vu rentrer en même temps que le furet n’était pas un ninja et ne s’attendait pas à ce que la porte qu’il ouvrait lui revienne de façon aussi brusque.
"Kyotsune":
Nous entrâmes dans la pièce qui s’avéra être une chambre. Une conclusion s’imposa à moi. Les pièges n’étaient pas destinés à entraîner les shinobis, mais à empêcher la personne vivant dans cet endroit de s’enfuir…. Nous ne prêtâmes guère attention à la chambre en elle-même et à sa décoration. Nous ne voulions qu’une seule chose, retrouver notre ami le furet. Et pour ce faire, nous n’avons pas lésiné sur les moyens. En effet, la meilleure façon de trouver une aiguille dans une botte de foin, c’est encore de retourner complètement ladite botte de foin. Ce à quoi nous nous sommes employés, Kentaro et moi-même, avec entrain non négligeable. En l’espace de quelques minutes, le lit vola de l’autre côté de la pièce, les armoires furent intégralement vidées de leur contenu divers et varié et les quelques bibelots présents se retrouvèrent dans le couloir. Mais du furet, nulle trace.
"Kentaro":
Nous fiant à la voix de Ryozû, nous avons couru comme des dératés dans sa direction approximative, tandis que rapidement, l’échos du service de sécurités fonçant à toutes vitesses commençaient à retentir tout autour de nous… Et même devant nous.

« Ils sont en train de nous devancer, fit remarquer Mayura.
_ Allez, on prend un raccourci ! » M’écriai-je.

Joignant le geste à la parole, je me propulsai d’un bond au sommet d’une des étagères, aussitôt imités par mes compagnons. Notre atterrissage déséquilibra l’imposant mobilier qui oscilla et alla se fracasser sur celle d’en face… La bousculant suffisamment pour la faire tomber à son tour… Ainsi que la suivante… Et celle d’après… Et… ‘fin bref, si vous avez déjà aligné des dominos pour les faire tomber en série, vous devez parfaitement imaginer ce qui était en train de se passer…

Pendant quelques secondes qui me semblèrent durées une éternité, l’air fut empli du choc sourd des étagères qui se percutaient, des bruissements des livres jetés à terre, des cris horrifiés des vigiles qui se faisaient agresser par leur lieu de travail et des hurlements hystériques de Kaede me traitant de tous les noms pour mon idée absolument pourrie.
"Ryozu":
Dans un vacarme fulgurant, les élèves profitèrent de la situation pour sortir de la salle et partirent s’amuser, entraînant avec eux leurs autres camarades des autres salles… Qu’est-ce qu’on a encore fait ma parole ?


« Hein ? S’étonna le représentant du QG. Mais je n’ai aucune mention d’un quelconque furet dans mes dossiers…
_ C’est parce qu’on l’a pas attrapé. » Eluda évasivement Kentaro, peu désireux de s'attarder sur ce sujet pas très glorieux.

"Kaede":
Arrivés dans la rue des commerces, les deux garçons s’engouffrèrent à la suite de Kaede dans une boutique où figurait en grandes lettres vertes le terme « animalerie ». Après avoir fait le tour de la boutique plusieurs fois, Kaede du cependant s’avouer vaincu.

-Ils ont pas de furet de compagnie ! J’hallucine !
-Tu voulais en acheter un autre ? Un ça te suffit pas ?
-Mais non, crétin !
-Tiens, où est passé le « Kyotsune-Kun, tu es génial ? »
-J’voulais en acheter un tout pareil au premier et me ramener au QG avec. Ils y auraient vu que du feu, j’en suis sûre ! Et à moi la récompense ! Mais ils ont pas de furets, ici.
-« Mustela Putorius Furo ». J’ai lu que ça s’appelait comme ça, à la bibliothèque.
-Seulement à la bibliothèque ? Nan, j’déconne…

Sans écouter l’humour foireux de Kentaro, Kaede poussa un second grand cri de joie (« T’es génial, Kyo ! ») et désigna de l’index un box en verre, dans lequel dormaient plusieurs bestioles noires et blanches…

-C’est un putois, ça, Kaede.
-Mais c’est de la même famille, il vient de le dire.
-Mais ça y ressemble pas du tout ! Regarde plutôt la fouine, là. Ca y ressemble beaucoup plus.
-Va pour la fouine alors. Bizarre qu’ils aient des fouines et pas de furet quand même…
-Mais elle est pas de la bonne couleur, Kaede.
-Détail. J’vais la teindre.

Malgré les visages horrifiés de ses deux compagnons, elle continua :

-Ben quoi ? C’est petit, ça court partout, c’est chiant et ça pue. Tu vas pas me dire que ça y ressemble pas, quand même !
-Si on va par là, je te signale que tu mesures un peu plus d’un mètre cinquante –soit une petite taille-, que ça va faire plusieurs heures que tu cours –avec nous je le concède- partout dans le village, que tu es tombée dans les restes de fromages servant d’appât et que semble-t-il tes vêtements en ont imprégnés l’odeur, et concernant le terme « chiant », je crois que tu sais très bien ce que j’en pense.
-M’enfin, Kentaro, sois réaliste, on peut pas ramener Kaede au QG en la faisant passer pour un furet !
-C’est pas ce que j’essayais de démontrer…
-Dis Kentaro, tu tiens vraiment à ce que je te fasse bouffer cette fouine ?

[...]
[...]

-Je suis désolé pour vous, un vieil homme viens de me ramener le furet à l’instant. Et vous allez rire : j’ai failli me faire avoir juste un peu avant. Figurez-vous qu’un moine Soma m’a affirmé m’avoir ramené le furet, alors qu’il s’agissait en réalité d’une sorte de fouine déguisée. Y a des gens, j’vous jure…

Le visage de l’émissaire du QG arborait une mine des plus perplexes. Il compulsa un moment différent notes, l’air perdu.

« Vous êtes sûr de ne pas confondre ? » Demanda-t-il assez pitoyablement.

Kentaro soupira. Effectivement, ce passage des moins glorieux de sa carrière devait avoir été légèrement « remanié » par un certain vieillard du conseil, responsable de ladite bibliothèque saccagée et qui, accessoirement, avait besoin de lui pour ses propres plans.
Le genin n’allait pas s’en plaindre, pour le coup.

« Naaaan, convint Kentaro. Z’avez raison, j’avais oublié cette mission pour l’intérêt du village. Le furet, c’est un autre truc sans importance. C’est d’ailleurs là que je me suis aperçu que tous ces endroits avaient bien besoin d’heu… hum… ‘fin, bref, comme z’avez dit, là. Ouais… ‘Pouvez poursuivre ?
_ Oui, bien entendu. Où en étais-je ? Ah oui…
« Pour votre activité dans la catégorie de service aux personnes âgées de l’activité de mercenariat du Village de Mahou.
_ Genre on m’avait laissé le choix ! »

"Kentaro":
« Raaaah ! Bordel, j’hallucine !
_ Tu devais bien te douter que ça finirait comme ça.
_ Mais c’est dégueulasse ! J’suis pas responsable de tout ça, moi !
_ Ben… Un peu, si, quand même…
_ J’ai jamais demandé à poursuivre le furet, moi ! C’est l’autre abruti qui nous a refilé cette mission qui devrait être le responsable de cette pagaille et endossé la punition. Pas moi ! »

Ça faisait bien un bon quart d’heure que j’étais en train de rouspéter et de vitupérer dans l’abominable terrain vague que Mme J’saisplussonnom osait appeler son « jardin ». Hé oui… Ma punition pour le désordre causé pendant la chasse au furet. Ça m’y reprendra à vouloir rendre service à quelqu’un. La prochaine fois, j’attends tranquille pépère cinq minutes dehors puis je retourne annoncer au chunin que j’ai rien trouvé et que la mission est un échec. Le résultat sera le même mais au moins, je perdrai pas mon temps et j’encourrai aucune punition pour mon zèle habituel.
En attendant, je me retrouvais à devoir désherber le jardin de l’autre poufiasse qu’avait pas du s’en occuper depuis des lustres.
Mais merde, j’ai une tronche de jardinier, moi ?
Pire, je n’étais pas seul… Akio, ayant appris ma punition, avait décidé de me filer un coup de main. Il est gentil, Akio. Un peu couillon mais gentil…

[...]

« Akio ?
_ Quoi ?
_ T’as pas du feu ?
_ Non, désolé, je ne fum… … T’avais l’attention de faire quoi avec du feu ?
_ Ben cramer la pelouse.
_ …

« Pour votre participation à l’examen chunin de Chikara, poursuivit le représentant du QG.
_ Oh ? T’as essayé de passer chunin ? S’étonna Luan.
_ On m’a un peu forcé la main, avoua Kentaro.
_ Comment ça ? »

"Hisoka":
« Hisoka Kaneda, je présume ?
_ Vous présumez bien, répondis-je.
_ Vous n’êtes pas facile à joindre, vous savez ?
_ J’avais peut être pas envie d’être joint. Mais je suppose que ça ne vous a pas effleuré l’esprit, ça.
_ Pas le moins du monde. En tant que chunin et ninja de Mahou, vous devez être prêt à rendre service au village à n’importe quel moment.
_ Ouais, c’est ça. Bon, et maintenant que je suis là ?
_ Nous avons deux missions à vous confier. La première est relativement simple et la seconde un peu plus ardue.
_ Génial, des emmerdes au coin de la rue. Allez-y, je vous écoute.
_ Vous devez retrouver un genin et le surveiller, pour éviter qu’il ne commette quelques idioties.
_ Hors de question ! Je refuse de jouer les chaperons.
_ En fait vous n’avez pas vraiment le choix. C’est ça ou bien vous encadrer une équipe de trois genins tout juste sortis de l’académie.
_ Cette option n’est pas envisageable.
_ Donc vous chaperonnerez le jeune Kentaro Satokira.
_ Génial. Bon, vous avez quoi comme info sur ce gars là.
_ Une jeune homme blond de dix huit ans, mesurant un mètre quatre vingt-dix et pesant quatre vingt cinq kilos. Profession, si on peut appeler ça comme ça, médecin. Père médecin, mère ancienne assassin devenue apothicaire. Pas de techniques particulières et on ne lui connaît pas d’affinité. A eu quelques démêlés avec les autorités à plusieurs reprises. Têtu et impulsif, c’est la raison qui fait que vous devez le surveiller.
_ Ok. Je sens déjà qu’on va pas s’entendre. Et je le trouve où ce guignol.
_ C’est là le problème. Nous avons perdu sa trace, il y a quelques temps. Dans la périphérie de la sous ville. Quand on sait qu’il a trempé dans des activités peu légales de recherche médicale, vous comprenez notre inquiétude.
_ Et je fais comment pour le trouver ?
_ Vous êtes chunin, non ? Cela ne devrait pas vous poser trop de problèmes.
_ De mieux en mieux. Je suppose que c’est la partie la plus difficile.
_ Erreur. C’est la partie la plus facile.
_ Vous rigolez, j’espère.
_ En ai-je l’air ? La deuxième partie de votre mission consistera à le faire participer à l’examen chunin qui se déroulera à Chikara. Vu qu’il refuse obstinément, vous allez avoir du pain sur la planche. Et l’échec n’est pas toléré. Vous pouvez disposez. »

« Tout de suite, avec un chaperon de ce gabarit, opina Luan. Et donc, tu t’es planté à l’examen, finalement ?
_ On peut dire ça : j’suis pas allé à la dernière épreuve. Ça m’a permis de prendre de vitesse mon garde-chiourme et j’ai pu échapper à sa vigilance et rentrer tranquillement à Mahou. Y’en a, là-dedans, pas vrai ?
_ Mouais, dis tout de suite que tu faisais pas le poids et que c’est pour ça que t’as jeté l’éponge.
_ Pas du tout ! La preuve, j’ai même fait gagner mon équipe à la seconde épreuve, malgré mon élimination !
_ "Malgré ton élimination" ?
_ Ben c’est pas ma faute s’ils rédigent leur règlement comme des pieds, hein… »

"Kentaro":
Juste quand je me dis que ce petit con va morfler pour tous les autres et que je soupèse les probabilités de victoire, tout en tenant compte des deux molosses qui me surveillent (Héhé, Kaede, ils en ont mis qu’un pour la surveiller *fier*), je suis traversé par un de mes habituels éclairs de génie (Si, si ! ça m’arrive régulièrement)

Je déploie donc tout mon art pour approcher l’examinateur façon « je m’ennuie ferme, je viens m’taper la discute », tout en faisant de très gros effort pour ne pas ricaner machiavéliquement. Tout en débitant des banalités, je m’approche d’un pas. Puis d’un autre. C’est tout bon : mon interlocuteur n’est pas sur ses gardes. Même mes gardes-chiourmes ne se doutent de rien.

Un ultime pas et…
*Vlan !*

Mon poing s’écraser lourdement contre le pif de l’examinateur, qui recule de quelques pas sous le choc, plus étonné que sonné.

« Mais que… »

C’est alors qu’il réalise qu’il a de la peinture qui lui dégouline sur le visage, tâchant ses beaux habits tout propre.

« Et voilà, fanfaronnai-je fier de moi. Objectif atteint ! Deuxième épreuve bouclée !!
_ Quoi ? Mais pas du tout, enfin ! C’est Takeshi qu’il faut viser, pas moi !
_ Tuttutt ! Lis-toi-même, lui répond-je en agitant le papier de consigne sous le nez. L’objectif est de toucher l’examinateur.
_ Ben oui : Takeshi.
_ Parce que t’es pas examinateur, peut-être ?
_ Ben si, mais…
_ Donc l’objectif est réglé.
_ Mais…
_ Z’aviez qu’à préciser.
_ Ah oui mais non ! Tu as été éliminé !
_ C’est pas marqué qu’on a plus le droit de tirer une fois éliminé.
_ Mais tu n’est même plus dans la zone !
_ C’est pas marquer qu’on doit être en zone pour valider la touche.
_ Certes mais…
_ Quoi… Les vingt-quatre heures sont déjà écoulées ?
_ Ben non, pas encore.
_ Alors bingo ! J’suis qualifié pour la troisième épreuve.
_ De quoi ?!
_ C’est marqué : Le concurrent qui parviendra à toucher l'examinateur fait remporter l'épreuve à son équipe, même ceux qui ont été touché auparavant. Je t’ai touché, mon équipe l’emporte, y compris les éliminés, c’est-à-dire moi.
_ … Mais non, à la fin !! Tu es éliminé, un point c’est tout : les règles tacites de l’épreuve stipulent évidemment que…
_ Que dalle ! Les règles tacites valident parfaitement mon action.
_ Quoi ?! Mais pas du tout !
_ Ben MES règles tacites stipulent que si !
_ Mais ça va à l’encontre de l’esprit des règles, de…
_ Tsss… Magouilleur, va. Tu dis ça pass’qu’t’as honte de t’être fait berner comme un bleu.
_ Magouilleur ? … Très bien, on va régler ça immédiatement. »

L’examinateur sort une radio de sa poche, la bidouille un peu avant de lancer « Takeshi ? On a un souci, tu peux venir ? … Au sud de la barrière, 3ème relais ». Puis il éteint sa radio en me lançant un regard satisfait. Quelques secondes plus tard, un sifflement strident et l’autre examinateur apparaît juste à côté de nous.

« Bon, c’est quoi le… Mwahaha, sympa ton masque de beauté, Iarwain.
_ Ca n’a rien de drôle, Takeshi ! Il me l’a balancé alors qu’il était éliminé et maintenant, il affirme qu’il a qualifié son équipe ! Et d’après lui, c’est parfaitement autorisé puisque rien dans le règlement ne l’interdit.
_ Sans blague, hoche Takeshi en me fixant. Et qu’est-ce qui te fait croire ça ? C’est moi que tu dois toucher, pas lui.
_ Oh que non. L’objectif est de toucher l’examinateur. Y’a pas précisé lequel.
_ Pardon ?
_ Ben lis-toi ton papier, si tu ne me crois pas.
_ Ok, fais voir ça. Alors, alors… Ok, j’ai effectivement pas précisé… blablabla… Mais j’suis sûr qu’y a un truc qu’interdit de tirer une fois éliminé… Blablabla… Chaque concurrent touché par une cartouche de peinture est éliminé, mais pas ses équipiers… Blablabla… Le concurrent qui parviendra à toucher l'examinateur fait remporter l'épreuve à son équipe, même ceux qui ont été touché auparavant… Blablabla... Ceux qui ont été touché au cours de l'épreuve doivent en attendre la fin, à l'extérieur du périmètre…. Blablabla… Blablabla… Ha ben merde, non, j‘ai pas prévu ça… Hum… Heu… Bon, ben pour moi, c’est Ok. Désolé, Iarwain, mais il a raison. Je valide.
_ Quoi ? Mais…
_ Oh allez, toi aussi t’as passé l’exam’ chunin. Tu as aussi sûrement essayé de bidouiller les règles: c’est de bonne guerre, on va pas en faire un drame, non plus… Bon, sur ce, je vous laisse : j’ai du genin à aller taquiner. Yuugiri ! »

Et il disparaît aussi vite qu’il est venu, nous laissant seul. Le dénommé Iarwain passe sa main sur son visage couvert de peinture et jette un regard à son vêtement souillé.

« N’empêche que c’est pas juste… »

« ‘fin bref… J’ai fait que suivre le règlement, moi. Et au final, j’ai échappé à mon molosse, j’étais gagnant sur tous les points.
_ Parce qu’en passant chunin, tu n’échappais pas à ton molosse, peut-être ?
_ Voyons, Luan : si j’l’avais laissé me faire faire ce qu’il attendait de moi, ç’aurait été une affligeante défaite morale.
_ Tout d’un coup, je saisis mieux le pourquoi de tes habituels raisonnements tordus…
_ Hum, toussota l’émissaire du QG. Puis-je continuer ?
_ Bien entendu, on vous écoute.
_ Bien. Je reprends.
« Pour avoir déjoué une tentative d’empoisonnement à l’encontre de la conseillère Lirao Kazama, à vos risques et périls, lors de l’infiltration du restaurant "Au Gambas Frétillant".
_ Hein ? C’est quoi encore, cette histoire ? S’étonna Luan, qui n’en avait jamais entendu parler.
_ Vous allez m’interrompre à chaque ligne ou quoi ?
_ Tant mieux, j’joue le chrono… Nan, mais c’est un tantinet exagéré, expliqua Kentaro. C’était pour camoufler l’intoxication alimentaire de Soïchiro.
_ Intoxication alimentaire ?
_ Ouais, rapport aux fruits exotiques que Kaede et Haru’ étaient allés chercher pour renflouer le stock.
_ Renflouer le stock ?
_ Ben oui, le frigidaire avait disjoncté, rupture de la chaîne du froid, tout ça… Parce que Kaede avait joué avec l’EMP de poche d’Haru’, pendant une absence de notre junin, Ryo.
_ Le junin était absent ?
_ Ouais, il nous remontait les bretelles à Soïchiro et moi, sous prétexte qu’on ne servait pas bien les clients et qu’il fallait qu’on arrête notre petit concours stupide.
_ Un concours ?
_ Parce qu’il y avait une prime du QG pour le meilleur genin de la mission, donc ‘fallait bien qu’on se départage. Alors c’était à celui qui s’occuperait du plus grand nombre de clients. »

Luan leva les yeux au ciel, imaginant on ne peut mieux le tableau…

"Kentaro":
Ryo sortit des clés de sa manche et déverrouilla la porte d’entrée, et la petite troupe investit les lieux.

« Alors, qu’est-ce qu’on doit faire ? S’exclama Haruhisa, impatient. C’est un boutique louche, c’est ça ? On remonte une filière de blanchiment d’argent ?
_ Hé bien, Mr Musachi s’est absenté le week-end pour le mariage de sa fille, commença Ryo. Et il a demandé au Qg de prendre en charge le restaurant en son absence, Qg qui s’est empressé de me refiler la corvée, parce qu’en tant que junin, il est de mon devoir de prendre sous mon aile les genins ayant échoué à l’examen, ce qui explique que le Qg vous ai aussi refilé la corvée.
_ Mais moi, j’ai pas passé l’examen, fit remarquer Sôichirô.
_ Ben justement, y’a pas de quoi s’en vanter, répondit Kaede.
_ Mais c’est quoi, cette mission débile ?! On va quand même pas passer le week-end à faire la bouffe à des types qu’on connaît même pas ! S’indigna Kentaro.
_ Ah non ! La cuisine, c’est moi. Et…
_ Si tu m’appelles Schmidt, tu t’en prends une…
_ … et Kaede.
_ Pourquoi moi ?! C’est quoi cette discrimination ?! C’est parce que je suis la seule fille, c’est ça ?!
_ On m’a donné un mémo qui conseillait de ne pas te mettre avec Kentaro. Et comme il va faire le service…
_ Quoi ?! Depuis quand ?!
_ Tu viens de dire que tu voulais pas faire la cuisine, pauv‘cloche.
_ Toi, ça fait longtemps que t’es pas rentré chez ton oncle en pleurant…
_ Tu parles, j’ai essayé hier soir pour faire sauter cette mission mais il a pas voulu…
_ On se calme. Bon, Kentaro, ça te dérange tant que ça de faire le service ?
_ Heu… Nan, je protestais juste par principe.
_ Très bien. Kaede, tu ne veux pas faire la cuisine.
_ J’sais même pas cuisiné. Mais si tu veux, je peux me faire remplacer par ma sœur, elle doit savoir, elle.
_ Ok, alors qui sait cuisiner ?
_ …
_ …
_ …
_ …
_ Disons plutôt, qui sait se servir d’un couteau ? Tenta Ryo.
_ Moi, s’exclama Haruhisa, les Katana, tantô et compagnie, c’est ma passion !
_ Heu… Ouaaaaais… Ben faudra bien que ça fasse l’affaire, hein… Sôichirô, ça te dérange de faire le service avec Kentaro ?
_ Non, aucun problème.
_ Hé bien, voilà. Tout le monde est casé.
_ Hein ? Mais je fais quoi, moi ? Demanda Kaede.
_ Ben la plonge, pardi, vu que tu ne veux pas faire la cuisine et que je ne dois pas te mettre avec Kentaro.
_ Quoi ?!
_ Bon, écoutez, on fait le test pour le rush de sept heures avec les chunins cadres qui viennent prendre le petit-dèj’ avant de partir au boulot, et si ça coince franchement, on avisera pour la suite… Oh non… »

Le junin se rendit compte illico de sa bourde en dévisageant le visage triomphant de Kaede. Sentant qu’il s’exposait à une série d’accidents fortuits et particulièrement regrettable du côté de la plonge, il crut bon d’ajouter la suite rapidement.

« Et le Qg a prévu une prime que je peux donner au meilleur genin, alors faites de votre… mieux… Oh non… »

Tout à coup, il semblait au Soma que l’expression de Kaede était… du genre contagieuse. Un coup d’œil à l’horloge murale lui permit de voir qu’il n’allait pas tarder à falloir ouvrir aux premiers clients. Soupirant, il termina son laïus.

« Heu… ça va bientôt commencé. Haruhisa et Kaede, en cuisine avec moi. Kentaro et Sôichirô : quand les clients arrivent, vous les accueillez avec un grand sourire, vous les installez, les laissez choisir, prenez la commande… ‘fin, vous voyez ce qu’on attends de vous, pas vrai.
_ Ouais, ouais, t’inquiètes, le "rassura" Kentaro.
_ Tout ira comme sur des roulettes. » Assura l‘archer.

Ryo leur jeta un dernier coup d’œil peu confiant avant de se précipiter en cuisine d’où provenait déjà des éclats de voix de mauvaise augure. Une fois leur mentor disparu, les deux genins commencèrent à ôter les chaises de sur les tables, mirent les nappes et couverts et en profitèrent pour se mettre au point.

« Je propose qu’on sépare la salle en deux, commença Sôichirô, qu’on rabatte les clients alternativement d’un côté ou l’autre pour les partager équitablement et…
_ Ou sinon, le premier qui les alpague les installe de son côté et s’en occupe.
_ Ben ouais, mais…
_ La prime arrive bien au plus doué, non ? Comment on le départage, sinon ?
_ … T’as raison, ça me va ! Que le plus rapide gagne !
_ Bwahaha, c’est tout vu ! »
"Haruhisa":
Tout a coup une odeur de cramé vint chatouiller les narines de haruhisa qui se relevant couru jusqu'à la cuisinière en criant :

-mon bacon !!

Kaede profitant de l'inattention de haruhisa commença a examiner le mystérieux cube argenté : il avait la taille d'un rubixcube (jeu que kaede détestait contrairement a sa sœur et qu'elle désintégrait a la moindre occasion)et était parfaitement lisse et...kaede avait l'impression que ce truc absorbé son chakra ....
Tout a coup un sifflement aigu se fit entendre au moment ou ryo rentra dans la cuisine une onde de choc traversa la pièce et les deux genins furent projeté avec tous ce qui n'était pas solidement accroché ainsi que la bonne moitié des contenus des placards vers de mur le plus proche.
"Ryosuke":
Kentaro n'eut cependant pas le temps de grommeler que déjà Haruhisa revenait en courant, suivit de très près par des cris provenant du restaurant. Vu la tête qu'il faisait, quelque chose de grave se passait. Encore...

-Moui?
-Venez vite tous, Soïchiro est en train de mourir!

Guh? Un mort sous ma responsabilité? De mieux en mieux... j'essayais d'en apprendre plus d'Haru, mais il se révéla bien vite trop paniqué pour répondre. De nombreux toussotements se firent entendre puis Soïchiro entra, bien vivant mais un peu pâle... non, pas pâle: violet. Son visage s'était empourpré et prenait par endroit de délicates nuances bleutées. Il toussait beaucoup et semblait avoir du mal à respirer.

[...]

-Bon, bah finalement on l'a notre intoxication alimentaire... conclut le médecin.
-Ces fruits... vous avez acheté quoi d'ailleurs?
-Ben des fruits exotiques... enfin, c'est ce qu'a dit Kaede.
-Kentaro, tu peux faire quelque chose maintenant comme un jutsu de soin ou faut l'emmener à l'hôpital?
-J'ai largement mieux que ces blagues, répondit-il en sortant... un bon paquet d'aiguilles.
-Acupuncture? Ca m'a l'air douteux, t'es sûr de ce que tu fais? rajoutais-je avant qu'il ne me lance un regard outré. Pas besoin de me regarder comme ça, on te fait confiance.
-Euh... Ryo? commença timidement un Haruhisa encore un peu secoué.
-Tsss... quoi encore?
-Les fruits, on les a servit aux clients, non?

Y'a des moments où vous avez l'impression que votre estomac se transforme en plomb et retombe lourdement sur vos entrailles. Ces derniers temps, ça devenait une seconde nature, mais c'était toujours aussi agréable. Pas de temps à perdre...

-Ok, je m'en charge. Vas reprendre les plats à base de fruits, vérifie si on y a déjà touché et qui est susceptible d'aller à l'hôpital. Laisse moi trente secondes les temps de trouver une idée, et j'arrive.

Le genin s'exécuta aussitôt, comprenant que la santé (et peut être la vie, qui sait d'où sortaient ces fruits?) des clients était en jeu. Heureusement, le spectacle fourni par Soïchiro avait détourné l'attention des gens de leur assiette pour alimenter les ragots, et certains en avaient même perdu l'appétit. Beaucoup de monde était là, pratiquement tous membres de la populace du QG. Hey, même Lirao Kazama, patronne de l'académie et conseillère directe du kage était là. Forcément, la présence de quelqu'un de si haut gradé dans ce modeste et très vulnérable établissement m'a inspiré.
Les protestations des clients qui se voyaient retirer leurs appétissants desserts retombèrent dès que celui qu'ils avaient identifié comme le patron entra dans la salle, avec l'allure de quelqu'un qui s'apprêtait à faire une déclaration compromettante.

-Calmez vous, et écoutez moi: je crois que la situation est grave. Il semblerait que quelqu'un ait tenté de tous vous empoisonner par l'intermédiaire de ce restaurant. Il m'a semblé remarquer quelques traces d'effraction, et l'incident précédent me force à prendre des précautions: j'espère que vous nous pardonnerez une interruption aussi brusque de votre repas. Bien sûr, toute aide du QG serait la bienvenue pour tirer cette affaire au clair...

« Mais alors ? Il n’y avait pas de tentatives d’empoisonnement ? Demanda l’émissaire du QG, sidéré.
_ hein ? … Nan, mais si, le vendeur de fruits était dans le coup. Sûrement une saloperie de terroriste qui voulaient frapper à l’aveuglette un maximum de monde. Et qu’il ait visé le restau qui fait face au QG et où s’alimente la plupart des gens qui y bossent n’était sûrement pas un hasard. Ça, ou Kaede a délibérément acheté des trucs indigestes, au choix… On ne sait jamais avec elle…
_ Ah bon…
_ Ouais, ouais, ouais… On va pas jouer sur les mots, c’est comme ce qu’est dit sur votre papier.
_ Bon. Alors je continue.
« Pour votre participation à la Mission Makayavelique et votre comportement…
_ C’est pas moi ! J’y suis pour rien pour les laxatifs ! C’était une idée de Kaede, j’vous jure que j’ai rien à voir là-dedans !
_ Plait-il ?
_ Quoi ? C’est pas ce que vous alliez dire, pour le comportement ? Des tas de trucs à vous reprocher ?
_ Mais non ! Je cite : votre comportement exemplaire et en tout point irréprochable qui a été d’une utilité édifiante pour le bien de l’équipe, forçant le respect malgré l’échec de ladite mission.
_ Oh ? Allen a vraiment marqué ça ? Il a pas parlé d’une histoire de laxatif ?
_ Non.
_ Ni d’une sombre histoire de perte de chariots et dodos ?
_ Absolument pas.
_ Ni évoqué une certaine bombe à opium ?
_ Il n’en est pas fait mention.
_ Que j’aurai soi-disant laissé filé tout à la fois le nécromant et les Mak ?
_ Rien de tel dans le dossier.
_ Il ne me reproche pas de l’avoir mis sur la touche ?
_ Ce n’aurait guère été crédible.
_ Ni d’avoir contribué à fomenter une bataille rangée devant Pizza Put ?
_ Je vous certifie qu’il n’y a pas la moindre médisance de ce genre à votre sujet dans le rapport de monsieur Allen Tsyûuga.
_ Roooh… C’est vrai ça ? Bigre, c’était un type bien, en fait…
_ Attends, t’as vraiment fait tout ça pendant la mission, demanda Luan qui cernait nettement mieux son collègue que le naïf type du QG.
_ Voyons, Luan, t’as pas écouté ? Rien de tel dans mon dossier, qu’il a dit, le monsieur. Ch’uis exemplaire et irréprochable, sur le coup.
_ Ben voyons, rétorqua Luan qui n’était pas dupe une seconde. T’es une vraie calamité, même hors de l’hôpital, en fait.
_ Mais puisque le rapport stipule qu’il ne s’est rien passé ! »

"MMORPG":

« Je peux reprendre ? Demande l’homme.
_ Bien entendu, allez-y.
_ Hum… Donc.
« Pour être parvenu à échapper aux griffes de scientifiques déments au terme d’un emprisonnement de plusieurs semaines et pour avoir sauvé avec brio une partie des autres prisonniers.
_ Wooouh, ça en jette, dis comme ça. » Assura Kentaro.

"Kentaro":
« Dooooonc, reprit le représentant du QG. Vous avez été capturé et soigné par l’ennemi, afin de leur servir de cobaye. Mais profitant d’un instant d’inattention des gardes, vous êtes parvenu à leur enfuir et à rejoindre le village de Chûsen, où l’équipe du chunin Hyûkoshira vous a heureusement récupéré trois jours plus tard.
_ Oui. » Mentit Kentaro avec aplomb.

[...]

Le trio arriva jusqu’au bureau personnel de Nobunaga. Le vieillard prit place sur son siège, tandis que le genin s’asseyait en face. Le garde du corps resta adossé au mur proche, à égale distance des deux hommes. Rapidement, Kentaro donna au Conseiller tous les détails de son périple, qu’il avait pris soin de ne pas révéler au représentant du QG. Les petites affaires de Nobunaga ne concernaient pas tout le monde.

« Pour votre soutien volontaire à Kiritsu et votre engagement sans faille au sein de ses forces.
« Pour votre implication forcené dans l’élaboration de la nouvelle serre de Narasu.
« Le Qg de Mahou, par l’entremise du Qg de l’antenne Mahousarde à Narasu, vous promeut par la présente au rang de chunin. Vous officierez donc dorénavant avec le grade de chunin au sein des forces armées du village de Mahou, avec les devoirs et responsabilités qui vont de pairs avec votre nouvelle situation. Cette promotion prend effet à la connaissance immédiate du shinobi Kentaro Satokira.
« Veuillez signer ici, je vous prie. »

Kentaro, les yeux comme des soucoupes, complètement abasourdi, regardait fixement le représentant du QG, au point de le mettre mal à l’aise. Ce dernier poussa le papier officiel et un crayon vers le tout nouveau chunin, espérant arracher une réaction.

« Heu… Vous all…
_ YYYYYYYEEEEEEEESSSSSS !!! Exulta Kentaro. Bwahahaha ! Je passe chunin, Luan, t’as entendu ! Mon mi-temps est encore allégé ! Moins de consult’, j’ai fini ma journée !! Yooouhouuu !
_ Heeeeiiin !? N’en revenait pas Luan. Mais c’est pas possible, y’a forcément une erreur ! Vous n’allez pas passer ce zouave chunin, quand même ! Voyons, vous êtes au courant de la calamité que c’est !? Vous voulez la ruine de Mahou ou quoi ?
_ ♪ Je suis chunin, je suis chunin ! ♫
_ D’ailleurs, en tant que témoin, j’aurai besoin de votre signature aussi, Mlle Sekihara.
_ Et si je refuse ? Ça invalide sa promotion ? Tenta la chef de service par intérim.
_ ♪ à moi les missions de bourrins ! Et les rémunérations qui vont bien !♫
_ Vous savez, quand ce sont les shinobis qui s’occupent de la promotion, ils se préoccupent rarement de la paperasse, alors on a l’habitude de mettre des croix à la place des signatures manquantes, au Qg.
_ De toute façon, c’est vous que ça regarde de filer un tel grade à une calamité ambiante. J’m’en fiche, il passera moins de temps à l’hôpital, ça fera ça de moins comme bêtises à surveiller.
_ ♪ Je suis chunin, je suis chunin ! ♫ »

Sur ce, l’émissaire du QG récupéra son précieux papier dûment rempli et repartit vers de nouvelles occupations. Par politesse, Luan le raccompagna jusqu’à la sortie.

Dès lors que qu’ils eurent quitte la pièce, Kentaro laissa tomber son masque de jovialité –il l’avait endossé juste pour faire bisquer Luan, question de principe. En réalité le néo-chunin fulminait littéralement.

« Espèce de sale tordu de vieux croulant ! J’t’avais rien demandé ! »

L’ex-genin abattit violemment son poing sur la table, laissant une méchante craquelure sur toute la longueur de cette dernière.

Si Kentaro avait participé incognito à l’examen chunin, c’était pour ne pas se faire pistonner par les organisateurs, en raison de la stature et de l’importance de son père. On voyait ça bien trop souvent lors des examens.
Et s’il n’était pas allé jusqu’au bout, c’est parce qu’il avait pu se rendre compte aux côtés des examinateurs à quel point le fossé était grand entre chunin et genin. Il avait alors fermement décidé de ne se représenter à un examen chunin que lorsqu’il aurait effectivement le niveau d’un chunin digne de ce nom.
Pour lui, c’était une question d’honneur que de mériter son grade. Et voilà que ce vieux débris de Nobunaga, sous le probable prétexte que ça servait ses plans, venait de le faire pistonner pour le faire passer rapidement chunin.
Un passe-droit. Un diplôme dans une pochette surprise. Chunin-en-solde.

L’horreur !

« Tu vas voir, maugréa Kentaro. Sitôt que je rentre à Mahou, c’est mon poing dans ta gueule ! Ça t’apprendra à m’humilier, namého ! »

Sur cette bonne résolution, l’ancien genin s’extirpa du siège de Luan et jeta un coup d’œil à l’horloge murale. L’heure était passée depuis belle lurette, il pouvait à tout le moins légitimement rentrer chez lui. C’était toujours ça de pris.

Un craquement de mauvais augure attira son attention et Kentaro eût à peine le temps de fixer le bureau avant que la craquelure ne s’agrandisse et que le bureau ne s’effondre, déchiré en deux.

« Luan va me tuer… » Soupira Kentaro.

Le chunin partit faire le tour des autres bureaux alentours, des fois qu’il puisse dégotter un double avec lequel faire l’échange avant le retour de Luan.
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Re: Narasu

Message par Kezashi le 8/8/2011, 23:29

La lame acérée d'un Kunaï menaçait la gorge nouée d'une victime. L'homme osait à peine déglutir. Des gouttes de sueur froide dégoulinaient sur son front.

- Parle maintenant, ordonna l'aveugle.

L'homme hésita un instant puis se ravisa quand la lame se fit plus insistante.

- Je prends mes ordres de Janus, expliqua-t-il d'une voix tremblante. Je le rencontre dans une auberge restaurant tenue par un certain Shura. C'est là que nous faisons les transferts.
- Où ça?
- C'est le troisième bar en remontant la rue des artistes. J'ai rendez vous ce soir pour un transfert.
- Et bien voila, félicita Kezashi.
- Je suis un homme mort s'il apprend que je vous ai dit ça.
- Alors prie pour ne pas te retrouver dans la même cellule que lui, rétorqua le Jounin. J'expliquerai que tu as gentiment coopéré. Ta peine sera peut être rabaissée.
- Merci beaucoup, pleura presque le dénonciateur. Je vous en serai éternellement redevable.
- Réserve tes beaux discours pour les juges. C'est devant eux qu'il faudra pleurnicher.

Kezashi lâcha sa victime qui se laissa lourdement tomber à terre et rangea délicatement son Kunai à sa ceinture.
L'homme au fort embonpoint dirigeait l'une des cellules de l'arnaque à l'assurance. La mission de son groupe consistait à récupérer les fonds collectés par les autres cellules pour ensuite les transporter vers les plus hautes sphères de l'organisation criminelle. C'est tout du moins ce que l'interrogatoire du dirigeant de Goudatsu avait révélé à l'équipe de Kezashi.

- Embarquez moi celui là aussi, fit-il aux groupes de genins qui sanglaient les derniers contestataires.

Evaline jouait négligemment avec les liasses de billets qui trainaient sur la grande table au centre de la pièce principale. Elle se tourna vers Kezashi qui se dirigeait vers elle et lui fit un grand sourire.

- Tu penses que je peux en garder une partie? Demanda-t-elle très naturellement.
- Tu n'as pas d'autres bêtises à raconter? Répondit le Jounin.
- Il y a plus d'argent sur cette table que je ne pourrais m'en faire dans toute ma carrière. Ça donne à réfléchir quand même, tu ne trouves pas?
- Si tu fais ce travail pour gagner une petite fortune alors tu t'es trompée de job Evaline. Par contre je me ferais un plaisir de te mettre aux arrêts si tu prends ne serait-ce qu'un billet qui se trouve devant toi.
- Tu es si rigide. Je me demande si c'est de famille, dit-elle pensive. Tu as bien un frère qui a été affecté à Narasu, non? Il faudrait que je lui rende une visite à l'avenir. S'il a ton charme sans être aussi guindé que toi, il pourrait faire un bon parti.
- Je vois que tu ne connais pas mon frère, donna-t-il pour seule réponse.
- J'arrive en pleine scène de ménage de petit couple on dirait, s'exclama Hukizu qui approchait de la table centrale.
- Non s'il te plait, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi, répondit Kezashi. J'ai vraiment l'impression que vous faites tout pour me rendre la vie difficile.
- Ouah ça en fait de l'argent dis donc, hallucina Hukizu sans prêter le moindre intérêt à la réponse du Jounin.
- Tu trouves toi aussi? demanda ironiquement la belle brune. On peut faire moitié moitié si tu veux. Kezashi est d'accord!
- T'es d'accord c'est vrai? s'étonna le Chuunin.
- Tu te fous de moi j'espère. Tu vas pas rentrer dans son jeu?
- Tu as raison Evaline, expliqua Hukizu, cet homme est vraiment rigide et en plus il n'a pas d'humour.

Kezashi préféra ne pas relever et se contenta de faire le tour de la table. Une carte du quartier y était dépliée. Le Jounin pouvait y distinguer les commerces sous l'influence du gang. Mais aucun repère n'indiquait les caches des malfrats. Cependant, il repéra rapidement la rue des artistes et le restaurant qu'il cherchait.

- Tu as des nouvelles d'Oboro et d'Akhen? Demanda-t-il à Evaline.
- Non pas depuis deux jours. Je ne me fais pas de soucis pour eux. Le quartier est calme où je leur ai dit d'enquêter.
- Nous devons nous rendre dans l'auberge le plus rapidement possible. Il se peut que notre gentille balance soit surveillée et dans ce cas, il n'y aura plus personne quand on arrivera.
- C'est une bonne idée, il faut profiter de l'effet de surprise, commenta Huziku.
- Evaline, réunit les deux équipes, ordonna l'aveugle. On va à la caserne du quartier pour demander une équipe en renfort.
- Très bien chef!

Après avoir confier les prisonniers à une équipe de transport et les lieux à une autre équipe, les hommes d'Evaline et d'Hukizu sous la direction de Kezashi prirent la direction de la caserne.

Une heure plus tard, les effectifs étaient en place autour de l'auberge. L'équipe d'Evaline devait passer par la porte principale et neutraliser le plus de monde possible sachant pertinemment que les trois quarts des clients se rendraient sans opposer de résistance et que le quart restant fuirait par la porte de derrière. C'est pour cela que l'équipe d'Hukizu devait passer par l'autre porte pour stopper leur fuite et s'occuper des arrières salles. Deux Chuunins avaient été appelés en renfort pour se faire passer pour de simples clients et localiser Janus d'après la description qu'on leur en avait fait.
Kezashi quant à lui s'était positionné sur le toit de l'auberge pour stopper d'éventuels fuyards acrobates et pour utiliser le troisième niveau de "La vision de l'aveugle" afin d'observer précisément tout ce qui se passe dans le bâtiment.
Le Jounin caressa doucement le haut du crâne du corbeau qui se tenait sur son avant bras. Le volatile poussa énergiquement la main de son maître et prit son envol. Après quelques battements d'ailes pour prendre de l'altitude entre les différents bâtiments environnants, le corbeau entama une descente vers sa cible: un lampadaire situé à quelques mètres de la taverne, le signal pour Evaline.

L'assaut fut lancé dans la seconde même. Evaline explosa la porte principale d'un coup de pied, autant pour faire peur que pour faire une entrée dramatiques et entra avec son équipe en hurlant des menaces. Comme prévu, plus de la moitié de la clientèle innocente et effrayée se coucha au sol alors que cinq mercenaires se jetèrent sur les assaillants pour couvrir la fuite des autres. L'équipe d'Hukizu intercepta rapidement le groupe et engagea le combat. Pendant ce temps, les deux Chuunins infiltrés se dirigèrent vers l'étage où Janus la cible prioritaire de l'opération venait de fuir.
Le groupe de mercenaire stoppé par l'équipe d'Hukizu recula vers la pièce principale après la mort de deux des leurs. Submergé par le nombre, le combat prit fin rapidement.
Kezashi entra alors dans l'auberge pour faire un état des lieux de l'opération. Quelques blessures pour certains Genins et quatre morts pour les bandits.
L'un des deux Chuunins infiltrés descendit les marches de l'escalier pour faire son rapport.

- Alors Eyo? Demanda le Jounin.
- Il est mort, répondit le Chuunin.

Kezashi pesta.

- Je suis désolé, s'excusa Eyo. C'était un bon combattant, il nous a forcé à nous battre sérieusement et quand il a vu qu'il ne pouvait rien faire contre nous, il s'est jeté sur mon Kunaï.
- Ce n'est pas de ta faute, le rassura Kezashi. Tu savais très bien qu'il nous le fallait vivant.
- S'il préférait se faire tuer plutôt que de se faire prendre, expliqua Eyo, c'est que soit il savait qu'il se serait fait tuer d'avoir trahi, soit qu'il avait des choses importantes à cacher. Donc ses supérieurs ne doivent pas être des rigolos.
- Tu as raison, confirma l'aveugle. On ne pouvait rien faire. Le problème maintenant c'est que la seule piste pour remonter la filière est morte.

Un Genin essoufflé fit subitement irruption dans la pièce.

- Monsieur! Trois personnes ont réussi à prendre la fuite.

Kezashi effectua aussitôt des mundras et se concentra pour envoyer des ordres aux corbeaux qui se trouvaient à l'extérieur.

- Hukizu! tu prends le commandement de l'opération, expliqua l'aveugle. Je te laisse boucler les lieux.
- Mais... il faut envoyer une équipe à leur poursuite, rétorqua Hukizu.
- Je vais les suivre discrètement. Peut être pourront-ils me mener vers une nouvelle piste.

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Re: Narasu

Message par Oboro le 15/8/2011, 00:43

Là, je commençais à me sentir nettement moins emballée par le dernier super plan géniallissime de mon coéquipier. Nan, franchement, être immobile et me faire trimballer dans des ruelles panardes en compagnie d'un illusionniste probablement incapable de nous protéger, c'était la mouise.

Je devais faire l'assommée? Ben voyons. Parce qu'au début, il avait vraiment envisagé de me cogner dessus jusqu'à ce que je m'évanouisse. Ca se voit que c'est pas un bourrin, lui: avec ce genre de méthodes, il va uniquement réussir à faire de ses coéquipiers des handicapés moteurs. Au final, je parvins à m'enfermer en méditation. Je ne réagissais pas, je n'agissais pas, mais j'entendais et percevais tout normalement.

Et le peu que j'avais n’annonçait que du tripot.

Même avec les yeux fermés, j'avais déjà largement de quoi composer un requiem sur mesure pour Akhen, avec mandales et marrons en buffet illimité. Ce pauvre bonhomme peinait terriblement pour me traîner à ses cotés. Et je parle bien de me traîner, parce que me trimballer, il avait vite abandonné. Il essuyait occasionnellement les murs avec mes fesses. Mes pieds raclaient le sol. Donc ce blaireau allait plomber mes bottines en moins de deux. Et l’air schlinguait suffisamment pour que je ne veuille pas imaginer ce qui trainait dans le coin.

-C'est encore loin?, demanda mon coéquipier au bonhomme qui nous guidait.
-Non, on y est presque. Nous allons d’abord faire une petite visite.
-Tiens? Et quel genre de visite?
-Suis-moi sans poser de questions. Ou réponds plutôt à la mienne: je peux te faire confiance, mais jusqu’à où?
-Hum. Je vois. Plus de questions.
-Nous y sommes, de toute façon. Ce bâtiment, là.

Hu? Oboro, je crois que c'est le bon moment pour se réveiller, là. Allez ma grande, on se gigote un peu et…

Coincée. Ca va me prendre du temps pour émerger. Rhaaa, la guigne!

-C’est ça, votre QG?, s’étonna Akhen.
-Pas de questions.

Le genin s’excusa, et s’en voulu un peu. Mais il ne s’attendait pas à ce qu’on le conduise jusqu'à une boulangerie. L’échoppe était petite, et même exigüe, mais correctement entretenue et bien agencée. Au comptoir se trouvait un ado relâché, qui fut rapidement rejoint par deux autres jeunes hommes. Le plus jeune devait avoir quatorze, peut être quinze ans. Le plus vieux était visiblement en début de vingtaine.

-Shura! Parait que ça gigote pas mal, en ce moment?
-Faîtes moi plutôt rentrer derrière, déclara le barman d’un ton inquiet. Les ninjas rôdent dans le coin.
-Et lui?

Akhen suivit son guide avec précaution, et personne ne fit signe de l’en empêcher. Shura grogna, signe qu’il voulait d’abord se poser à l’abri dans l’arrière boutique avant d’avoir à expliquer quoi que ce soit.

-Et elle?, demanda un autre avec un air mi-curieux et mi-amusé.
-Elle, c’est une mine d’informations qu’on doit livrer et cuisiner au « magasin ».
-Hé beh, chouette prise. La pêche a été bonne, visiblement.
-Elle est grande, celle là. Ca a du être dur de tirer la ligne. T’as du costaud, mec.
-Hum, fit Akhen. Merci, je fais ce que je peux.
-Faudra veiller à la bonne conservation... j'peux tâter la marchandise?, fit-il en effleurant mes côtes.

Bordel-de-gourde-de-chiottes-de-putain-d'ronflant-d'fumier-d'plan-en-carton! Réveille-toi, Obo, maintenant!

-Tout doux, les mecs, annonça Akhen d'un ton très assuré qui tenait sûrement du genjutsu. Celle là, c'est une de Kiritsu. Probablement une chunin, vu qu'elle opérait seule. Je vous conseille de pas vous retrouver en tête à tête avec elle.

Hum? Ouais, ça les tiendra à l'écart un moment. J'espère juste que leur boss est du genre psychorigide intransigeant sur le traitement des prisonniers. En tout cas, les trois baudruches se firent de suite moins envahissantes.

-... mais vous pourrez tenter votre chance après, j'imagine, rajouta le genin en impro totalement irréfléchie.

Okay, y'en a un va finir à me récurer les bottines avec les dents, ce soir. Et lustrera avec la langue. Nan mais il a conscience de l'horreur du truc qu'il raconte, là?

-C'est une blague, répondit l'un des hommes, merci. Ne nous prenez pas pour n’importe qui. Nous aussi, on a notre honn... tiens?
-Mais vas-y!, fulminais-je en me relevant enfin. Dis-leur de se mettre à dix dans la mêlée, tant qu'à faire! Déjà que t'avais les mains baladeuses tout à l'heure, maintenant tu te lâches?! 'Breluche d'obsédé déviant!
-Merde, l'est réveillée, marmonnèrent tous les larrons de l'assemblée.
-Ah ouais, c'est moins marrant quand la ninja peut se défendre, hein!?
-C'était juste pour rire, vous savez...
-Nous aussi, on a des mamans pour bien nous élever.
-Pis ma copine me tuerait si j'essayais avec une autre, donc...

-Et toi, l’miragiste, t'as rien de mieux à faire que de les conforter là-dedans?!
-Obo', tu vas griller ma...
-Couverture? Mais on s'en fout, de ta couverture, 'bécile! C'est la mienne qui pose problème. On ne promène pas une fille en jupe dans un terrier de chacals. ‘Kay? Et on ne ruine pas ses fringues. Du cuir, bon sang! Et quand tu as un fille de bonne famille qui dépend de toi, faut en prendre soin! T'as raté les cours de bon sens universel à l'académie, ou quoi?
-Je crois qu'on allait se faire pigeonner, les gars.
-Indeed, il semble bien.

-Ouais, moi aussi j'me suis faîte piégée dans un scénar' pourri. Ca va changer. Maintenant je reprends les rennes.
-Obo'. Tu sais qu'une fois dedans, on aurait pu faire l'infiltration dou...
-Nan! Assez de tes plans bidons. Maintenant, c'est moi, je, Oboro qui décide. Toi, tu fais ce que je dis. Et si t'es pas content, kaput pour la mission, on rentre au bercail.

Sauf que bien sûr, personne n’allait gentiment rester au calme pendant que nous nous disputions (‘fin, que je l’engueulais). L’un d’eux s’était déjà emparé d’un rouleau à pâtisserie, et un autre glissait lentement vers un set d’ustensiles tranchants à souhait.
Comprenant rapidement ce qu'il en était, Akhen sortit une de mes armes de son sac, et me la tendit prestement. Juste ce qu'il fallait pour que je puisse me lâcher. Les vagues de haine qui clairsemaient ma voix servirent davantage que ma menaçante hachette, pourtant.

-LE PREMIER QUI BOUGE, JE L'ATOMISE!
-J'vous conseille de pas tenter, les mecs. Ma coéquipière est assez remontée, là. La dernière fois qu'elle a fait ça...
-ET TU LA FERMES OU J'ME SERS DE TOI POUR LEUR COGNER DESSUS!
-Promis.

Ils hésitaient, ils se concertaient du regard. Par deux fois, l'un d'eux failli tenter quelque chose. Mais au final, la vue de ma bat-ceinture bien outillée et de la hache que j'avais en main refroidit toutes les ardeurs. Un dernier regard incisif de ma part acheva le boulot. Aussi obtempérèrent-ils tous quand je leur demandai de se grouper dans un coin, Akhen inclus.

-Nan, pas toi Akhen, juste les autres. Voilà, c'est bien. Et maintenant vous restez sages. Sinon j'en zigouille un pour ligoter les autres avec ses tripes. J'ai l'matos pour, manque plus que le prétexte. On va sortir dehors, alors n’essayez pas de jouer aux idiots. Mon coéquipier réfléchit comme une baudruche, mais peut facilement vous foudroyer sur place. Gaffe à vos miches.


* * *

Arrêt sur image. Tout le monde est confortablement calé sur son fauteuil? Eh bien voilà, je venais de montrer une fois de plus qu'en y mettant suffisamment d'octaves et de tripes, on pouvait faire bien mieux qu'avec une trentaine de plans zarboïdes empilés façon château de cartes cunéiforme. Apprends la méthode Obo’, coéquipier gensouard!

Le problème, c'est qu'un collègue oublié de vous tous n'allait pas tarder à faire son entrée. Et la méthode Obo' a toujours détesté les zigotos.

* * *

-Reste là, toi! Personne n'échappe à Super-Soma! Et très accessoirement, mon patron va me tuer si je foire, donc je dois t'attrap...

Sans réfléchir, Akhen et moi tournions la tête en direction du gus qui braillait en boucle. Un ninja, forcément: il sprintait à l'horizontale sur un mur, mine de rien. Et balançait des volées de trucs sur le grand gaillard costumé qu'il coursait à toute berzingue dans la ruelle. Ledit gaillard tenait parfaitement l'allure, toutefois, et on pouvait facilement supposer qu'ils jouaient à ça depuis un sacré bout de temps.

A nouveau, nos quatre otages envisagèrent à juste titre de se faire la malle. Mais ça restait risqué: nos sifflements admiratifs ne signifiaient pas pour autant qu'on les avait oubliés.

Pourtant, à l'instant où un kunai explosif arriva suffisamment près de nous pour que la détonation nous explose les tympans, mon hurlement terrifié acheva de les convaincre. C'était un excellent moment pour s'enfuir, carrément. Ils n'eurent pas le moindre mal à le faire, d'ailleurs.

-Oh, zut, marmonna le nouvel arrivant. J'espère que je ne l'ai pas trop amoché, au moins.
-J'en ai eu un!, cria Akhen quelque part dans le nuage de fumée.
-Super, merci, je le voulais!
-Hu?

Le gensouard frappa de son mieux le bonhomme qu'il empoignait, sans succès: il lâcha prise, et se mangea dans le bide le manche d'un truc qu'il n'eut pas le temps de voir. Son prisonnier portait un vêtement de cuir tanné qu’aucun des trois marmitons n’avaient pu enfiler. Et ça n’était pas Shura.

-Attrape-le, il ne doit PAS s’échapper!

Plongé dans la plus totale des confusions, Akhen réagit sans réfléchir, et obéit au ninja. Qui qu’il soit, son adversaire venait de s’emparer d’un genre de fléau à piques, qu’Akhen ne savait pas trop comment approcher. Peut être que ne pas approcher serait préférable, en fait. L’autre genin allait arriver, et Oboro traînait dans le coin, elle aussi. A moins qu’elle ne course les quatre autres, vu qu’il ne la voyait plus, dans toute cette confusion.

Mais, saisissant l’occasion avec la promptitude de l’éclair, Kezashi refit à Akhen le coup auquel j’avais eu droit. Sortant de nul part, et d’un simple lancer de kunai, il épingla la manche de l’homme à une rambarde, qui se retrouva désarmé par effet de surprise. Il avait sursauté et lâché son arme. Ce qui était également dû au fait qu’une ombre tomba du ciel et lui déboula dessus sans qu’il n’ait le temps de récupérer son arme. Pestant contre sa malchance, l’homme à la veste de cuir s’empara du poignard et attaqua le ninja, fermement décidé à se tirer de ce mauvais pas.

De son coté, voyant que son maître à temps partiel venait de débarquer, Super-Soma estima qu’il était préférable de se tenir à distance raisonnable du combat en cours. Il aperçut d’ailleurs une jeune femme, blottie dans un coin, qu’il décida d’aller voir, tant en gardant son patron dans le viseur.

-Hey, ça va?
-Si je vais bien? SI MOI, JE VAIS BIEN? Connard! Malade mental! Terroriste! Déserteur! Danger public! Assassin! Dentiste! TU VEUX VOIR COMMENT JE VAIS?
-Hey, doux doux, voyons. ‘Fin, je sais ce que je fais, tout de même.
-Ramène tes miches ici, moi aussi j'sais quoi en faire!

Arrête de trembler, Obo'. C'est fini, pas de soucis, tu es entière. On vérifiera juste sous les fringues une fois en privé. Arrête de trembler et reste au sol, voilà.

Essayant de penser à autre chose, j’étudiais le nouveau venu, qui venait d’estimer plus prudent de s’écarter de moi en plus de Kezashi. Son visage me disait quelque chose. Tignasse mal coiffée, d’un châtain… qui rendait bien, j’imagine. On se connaissait? Bien sûr que non. Il avait un bandeau gensouard, et était trop petit pour qu’on ne le remarque pas. Plus grand que Kalem, mais petit tout de même.
Mais pourtant, j’le sentais bizarrement.

Mais faut dire que je ne me sentais moi-même pas bien du tout, et n’arrivais en fin de compte à ne me concentrer ni sur ce mec, ni sur Kezashi qui livrait un duel plus délicat que ce à quoi il s’était attendu : son bras droit avait d’ailleurs eu la mauvaise surprise d’être joliment entaillé. Les deux autres genin se tenaient en retrait, sans trop savoir comment agir sans entraver leur combattant. Ils trouvèrent heureusement leur ouverture à l’instant où l’homme bloqua net le poignet du junin. Akhen le cadenassa tant bien que mal, l’autre se jeta tout bonnement sur lui, et Kezashi, qui venait de récupérer d’une méchant atémi dans la poire, lui attrapa une main qu’il recroquevilla prestement, obligeant immédiatement son opposant à s’aplatir au sol.

Il se livra alors à quelques manœuvres de sa conception pour traumatiser les articulations de son adversaire, tandis que que celui-ci s’épuisait à se débattre sous le poids et les efforts cumulé de ses trois agresseurs. Bien qu’ayant du mal à manœuvrer et s’imposer dans cette mêlée, le fin junin –qui aurait fait un formidable joueur de Twister™- se contorsionna sans trop de mal pour arriver à ses fins.

Le pauvre bonhomme n’avait plus qu’à se manger une raclée propre à filer une indigestion à n’importe quel amateur de marrons. Akhen, qui s’en était bien tiré, effectua ensuite un soin au bras du junin. Tous les trois avaient gardé des marques diverses de la lutte, et le crétin-surprise hébergeait un sacré bleu sous ses pommettes.

L’aveugle termina de faire le bilan de son équipe, et se dit alors qu’il manquait quelqu’un à ce tableau.

-Oboro. Qu'est ce qu'elle a?, demanda le junin une fois sa proie définitivement sous contrôle.
-Elle était la plus proche de l’explosion, répondit Akhen. Elle doit être sonnée…

Et peut être même blessée, se dit le médecin. Mieux valait qu’il aille la voir, ce que lui confirma d’un signe le junin. S’approchant du mur avec douceur, il tenta de se faire apaisant et s’accroupit à ma hauteur.

-Obo’, ça va ?
-Nnon, çaa ne vva ppas ddu tout, Sherlockk, bégayais-je. Dd’autres questetions ?
-J’aimerais t’examiner. Je pense que…
-Ttu me ffous la paiix, poiint baarre.

Et merde. Je déraillais complètement. Je n’avais pas besoin de le rembarrer comme ça, c’était même gentil de sa part d’être soucieux. Heureusement, il comprit que c’était simplement pas le moment, et eu la délicatesse de ne pas m’en vouloir. Il décida donc de s’écarter un peu et de faire mine de s’intéresser au reste de la scène, tout en m’observant du coin de l’œil des fois que je présente un malaise soudain.

D’ailleurs, ouais, il avait raison. Oubliez moi un instant, vous aussi. L’autre chacal de junin commençait à se la jouer grand patron, en plus, profitez-en.

-Roshu, que fais-tu là?
-Il m'a vu? Hell, screwed! J’ai pas signé pour ça, zut…
-Eh bien?
-Eh bien, je... ‘fin… oui, oui. J'étais dans l'équipe de surveillance, tout simplement. Euh… on m'a dit de me poster avec les autres. Se poster autour d'un bar, et...

Tah. Le pauvre bonhomme avait la voix qui flageolait, et était visiblement sous l'emprise totale de l'aura de terreur du junin. Petite nature, va. Kezashi lui fit signe de continuer, ce qu'il fit après avoir longuement ravalé sa salive.

-On m'a dit de faire attention, dans le cas où certaines personnes parvenaient à s'enfuir. Le type qu'on cherchait en priorité avait le teint mat, était grand, élancé, cheveux châtains mi-longs, avec un tatouage en forme de smiley noel sur l’avant bras droit.

Plusieurs réactions dans l'assemblée. Là où je n'étais pas du tout en état d'écouter, Akhen ricana à la mention du détail, tandis que les tripes du junin se resserrèrent. La description -aussi folklo soit-elle- que venait de lui faire son quasi-élève était celle de Janus, l'homme qui constituait la plus solide piste dans ses recherches. Le même Janus qui avait été déclaré mort dans l'épisode précédent (mais si, souvenez vous!). Et qui n'était pas connu pour être adepte du ninjutsu ou de quoi que ce soit d'autre pouvant lui permettre de revenir à la vie... ou de se dédoubler.

Aussi le junin se dirigea sans tarder vers sa nouvelle proie fraîchement capturée, laissant derrière lui un Roshu balbutiant des excuses sans queues ni tête, avec la ferme intention de tirer cette affaire au clair. Peut être que la piste n'était pas entièrement froide, finalement.

-D’accord, nous avons donc à faire, tous les deux. Qui est tu?
-J’aimerais bien savoir qui vous êtes, moi aussi.
-Parle, ordonna le ninja en sortant un kunai.

Parce que Hykao pouvait être très méchant, bien sûr. Roshu trembla à la vue de ce croquemitaine en basse besogne, et Akhen soupçonna son supérieur de compter sur lui pour garder son bonhomme en vie. Mais en fin de compte, Kezashi faisait juste son cinéma, ce qui marchait quand même.

Et le fait qu'il ait un oeil au beurre noir ne suffisait pas à rendre la scène hilarante. Fichu bandeau d'aveugle. On ne voyait qu'un bout de tâche, sans plus.

-Donc. Tu connais celui que je cherche.
-Son nom est Janus. C'est de la mythologie, ça. On dit que c'est un dieu à deux visages. C'est pour ça que quand on nous a donné ce nom de code...
-Il y a donc deux Janus, comprit Kezashi. J'imagine que celui que nous avons tué n'était qu'une doublure?
-Ah ben ça…

Il remonta légèrement la pointe de son kunai, caressant douloureusement le menton de son prisonnier pour arriver sous l’oreille. Malgré ça, on pouvait dire que l'autre tenait vraiment bien le coup.

-Loupé, c'était l'original. Je suis celui qui prend les risques, habituellement. Pas celui qui sirote tranquillement sa mousse en lorgnant sur les rondeurs des serveuses. Et je vais parler, pas besoin de me décoller les oreilles.
-Et où te rendais-tu, en ce moment?
-Baah, ce genre de réponses, vous pouvez les obtenir en interrogeant Shura, vous savez?
-Hein? J'ai rien à voir avec tout ça, moi!
-Moi, je suis juste un garde du corps un peu mieux rodé que la moyenne, qui vient de planter son contrat. 'Fin face à un troupeau de ninjas, ça fera pas tâche dans mon CV si j'en réchappe. Reste à vous de voir si j'en réchappe ou pas. Avec ou sans oreilles.

Le junin ne savait plus vraiment quoi faire. Son plus noir regard, celui qui faisait pleurer les petits enfants dans leurs poussettes, n'avait visiblement que peu d'effet sur son interlocuteur. Et l'endroit n'était pas du tout adapté à la conduite d'un interrogatoire en profondeur. Il commença à réfléchir.

Pendant ce temps, les genin faisaient connaissance. J’allais déjà mieux, et pu participer. Je parvins même à me retenir d'étouffer mes interlocuteurs en leur faisant gober leurs chaussettes.

-T'as coursé un fuyard jusqu'ici?, ricana le médecin.
-Ben oui, on m'a donné pour mission de rattraper les fuyards. Donc forcément...
-Tu vas te faire exploser, coco. T'aurais du prévenir quelqu'un ou demander des renforts, au moins. Là, ils vont te chercher.
-Hack... t'es sûre?
-J'espère, parce qu'avec tes conneries d'explosifs, ça serait dégueu que tu t'en tires. T'as planté notre affaire.
-Haaaa… sérieux?
-Crétin. On coinçait des mecs, on s’est farci le cul pendant des jours à trimer dans le coin, et…
-Peut être pas pour rien, marmonna Akhen. C’est bête, mais…
-Mais quoi ? T’as arraché le calebar de l’un d’eux et y’a l’adresse sur l’étiquette?
-Là-bas, indiqua simplement le médecin.

Bin voyons, pourquoi se faire chier quand la magie opère pour vous, hein? Oui, ils revenaient vers nous. En courant. Comme si la mort les poursuivait. Les types qui nous avaient échappé revenaient maintenant nous voir. Ce qui était débile et improbable.

Et à défaut de mort, c'était un mur de plumes noires qui les becquetait hargneusement pour les rediriger vers nous. Ce qui était encore plus débile et improbable. Mais après tout, j’étais entourée de débiles, ce qui était improbable, alors pourquoi pas.

-Je crois que c'est pour nous, devina l'amnésique.
-Préparez-vous, répondit l'aveugle. Muromachi, tu te sens assez bien pour ça?
-Je veux, oui, répondit la traumatisée.

Et avec le déficient mental d'à coté qui faisait dangereusement mumuse avec ses explosifs, on faisait une belle bande d'handicapés, là. Au moins se révéla t-il plus efficace que moi pour intercepter les bonhommes. Akhen préféra rester en retrait, attendant un éventuel perceur qui finit effectivement par arriver après m'avoir envoyer bouler plus loin. Ses shuriken firent savoir à sa cible qu'elle devait arrêter illico. Et Kezashi, qui devait très sûrement s'en vouloir à mort de ne pas être arrivé en même temps que son mur de corbeau (parce que Môssieur le junin adorait introduire sa magnifique personne via des mises en scènes bien dramatiques. Typique des adeptes du darkstyléd’lamort), verrouilla le bonhomme que Soma et moi même ne pouvions atteindre.

-Eh bien voilà qui est fait, on les a tous. Chuis pardonné?, demanda Roshu.
-Non.
-Et moi?
-Encore moins, Illinois.
-Illinois?, répéta Roshu, pendant que l'intimé s'effaçait promptement.
-Bin ouais, j'ai dis ça. Pourquoi, Illinois, c'est un clan particulièrement réputé pour la conception hors-norme de plans vaseux? Z'ont un rituel où ils doivent oublier leur cerveau au pied du lit avant de commencer la journée? Parce qu’Akhen est vachement scrupuleux, mine de rien.

Le genre de mots à sonner comme des enclumes dans les tripes de mon délicat coéquipier. Comme quoi, je continuai de voir juste même quand on s'éclatait à me faire enrager. Roshu prit sur lui de m'expliquer ultérieurement ce qu'il en était réellement de mon coéquipier. Fallait juste que le Noir Saigneur, Celui-Qui-Lui-Fichait-Les-Boules, le terrifiant junin Hykao les autorise à finir leur journée.

Sauf que là, l'indéchiffrable aveugle envisageait sérieusement de prolonger sa chasse, sans la moindre considération pour la fatigue de ses trois genin qui était pourtant difficile à ignorer. Akhen et moi avions bien entamé notre chakra, le troisième était en sueur malgré ses blablas interminables, et chacun de nous en avait plein le dos de se carapater les miches depuis des heures. Sans compter qu'Akhen avait maintenant le moral au raz des pâquerettes, grâce à moi.

-On continue, fit le junin.
-Quoi? Nan, on rentre, protestai-je. On est claqués.
-On amène tout ce monde jusqu'aux autres, précisa Hykao, regrettant finalement ne pas avoir prit une équipe avec lui.
-Aaah, bien mieux.

Préparant son ton le plus sec, Kezashi s'apprêta à répliquer que je n'avais pas à commenter la moindre de ses phrases, une forme d'irrespect et peut être même d'insubordination qu'il serait absolument contraint de mentionner dans ses rapports, pour le bien de Kiritsu. On était l’armée, et en cette période de collaboration, il devait rendre service aux forces mahousardes, après tout.
Et pourtant, il ne le fit pas. Pour quiconque le connaissant bien, ça n'était pourtant pas compliqué.
Car il aurait préféré parader nu dans la ville plutôt que de l'admettre, mais le fait que j'étais maintenant accroupie à bichonner un corbeau qui traînait à nos cotés (le neuvième en quelque jours) n'y était pas du tout étranger.

-Mes équipes prendront le relai en ce qui concerne les interrogatoires. Qui nous demanderont du temps. Considérez donc que demain, vous aurez une journée de libre.

Il refusait de l'admettre, mais parvint tout de même à se surprendre lui-même. Trouver une patrouille en manque d'effectifs était un véritable jeu d'enfant, en ce moment. On lui mangeait dans la main pour qu’il se défasse de ses hommes.

Oboro
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