Narasu

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Re: Narasu

Message par Oboro le 16/8/2011, 01:37

-C'est bon, s't'ouvert aujourd'hui?

Cochonnerie de bureaucrates. En grand complexés qu'ils sont, ils se sentent obligés de jouer les vigiles grippes-secs dès qu'on leur file l'occasion de refuser quelque chose à un shinobi. Y'a pas de honte à ne pas pouvoir effectuer des prouesses spectaculaires, pourtant. Même moi j'en étais pas à ce point.
Mais là, ils ne pouvaient pas m'envoyer bouler sur le trottoir: c'était et dans les horaires bien matinaux, et dans la période miraculeuse où les trois formulaires différents sont arrivés à bon port pour autoriser les gens à faire de la récup' dans le matériel amoché. J'étais venue dans cet entrepôt pour faire mes courses, et ils allaient me laisser faire, non mais!

Oui, oui. Ils insistent pour garder et surveiller les rebus. Des dingues, je vous dis. Heureusement, le type en charge aujourd’hui avait l’air plutôt sympa. Et assez jeune pour ne pas être grincheux, en plus.

-Dis moi... je peux me servir? J'ose même plus toucher sans demander s'il faut un formulaire, là.
-Bien sûr. Y'a pas grand chose dedans... du moins, rien de correct. M'enfin, si tu parviens à trouver ton bonheur, hésite pas.
-Chouette, merci!
-Euh... vas-y doucement par contre, parce qu'on est censés les garder. C'est la procédure, pas de moi. Mais ça a une raison, j'imagine. Veulent recycler le métal pour les forges, d'autres trucs du genre... et ça évite que des rapiats piquent des trucs à revendre.
-Pas de soucis, je repasserais te demander si j'emporte des trucs. Tiens, en passant... j'ai un junin qui m'a rempli un formulaire pour qu'on me procure du neuf sortant tout droit du magasin.

Parce que Môssieur Kezashi critique mes haches comme franchement pas stomaquées pour les "opérations de contrôle de la population et neutralisation des opposants à Kiritsu" (dans cette sauce là, quoi). Mais l'armada de bretteurs d'opérette, il va leur dire que dalle, hein. C'est pas plus dangereux qu'autre chose. Mais oublions les hachettes bien sûr, j'vais plutôt me mettre à offrir des fleurs à mes adversaires. Là au moins, y'aura pas de blessés. Ou alors ça serait encore trop pour notre junin baranbuqué à mort?

-Hurf. Doonc... si tu pouvais me ramener une matraque... ou un fléau... ou un... un...
-Pardon?
-Hummmmph...
-Allez, je t'écoute. Eh? Un quoi?
-Un... déchéance totale... un gourdin. Gourdin, oui. Ca serait gentil. En deux exemplaires, merci.

Pchaah! Juste, totalement, carrément, débilement trop la misère. C'était juste pour se foutre gratuitement de ma gueule, qu'il m'a demandé ça! Si j'me retrouve avec un putain d'gourdin, tu vas voir où c'est que je vais te le caser, junin de mes deux! Toi, ca va être deux exemplaires d'autre chose que t'auras besoin de remplacer.

-M'enfin, si tu pouvais trouver autre chose... parce que chuis pas super motivée à l'idée de me la jouer cro-mignonne. Cochonneries d'gourdins. Chierie de junin.
-Je vais faire ce que je peux, promis. En attendant... eh bien, commence à fureter, allez.
-Merci beaucoup!

Maintenant, localiser la cible. Ce pourquoi j'étais de base venue ici. Gants en métal d'Evaline. Les siens avaient l’air vachement pratiques, et ça m’a l’air bien utile quand on sait que les petites frappes du coin adorent les armes blanches. Je suis sûre que quelqu'un a du se débarrasser d'un truc du genre. Ca fait partie du costume de base des anbus, donc doit bien y'avoir des admirateurs pour les copier. Et doit bien y'avoir eu quelqu'un pour s'en lasser avant qu'ils soient tout éméchés, rouillés, ou... cradas? Tenez, prenez le premier candidat qui s'offre à mon regard: avec un métal aussi bosqueté, il est hors de question que je prenne ce truc, là. C'est le genre de machin à se rompre quand on vous menace le crâne avec une hallebarde. Pas envie de finir fauchée, merci.

Ou encore celui là. Je suis sûre que même en lui faisant prendre un bain, je ne pourrais pas faire disparaître les odeurs corporelles de son précédent propriétaire... que je ne souhaite décidément pas rencontrer. Ca schlingue encore plus qu'un instructeur goken en fin de session!

Et en prolongeant la farfouille, je trouve quelque chose qui pourrait faire l'affaire. Et y'a un horrible "Number One!" de soigneusement gravé dans le métal. Probablement un nabot qui rêve de finir gensoukage, vu que y’a le symbole du village juste à coté. Faute de goût, j'vous jure. Mais c'est vachement bien fait, niveau calligraphie.

M'avec tout ça, la récup' c'est peut être pas une bonne idée, en fait.

Tiens, katana en pas trop mauvais état? Ouais, ça pourrait être marrant de jouer avec. Ou même juste pour l’apparat. J'achète. Continuons un peu la chasse, finalement. Fossoyer la ferraille, ça apporte de la bistaille, en fin de compte.

Et ce bidule là aussi, je connais. Un parchemin d'invocation de clan d'animaux. Dans le genre pas difficile: même si on a pas passé de pacte, on peut invoquer les bestioles. Si on a le parchemin. Pas dans le genre de truc à jeter, voyons.

-Hey, vous avez laiss...

Pause, pause. S'ils en veulent plus, je peux le récup', non? Ca me fait une invoc' gratos. Mwhuhuhuhuhu, imaginez ça. Une bestiole géante rien qu'à moi, qui ferait tout ce que je veux. Hey, Monstrozord, va casquer la tronche à untel, c'est mon ennemi et il le mérite!

En fait, non, c'est encore mieux que ça, le kuchiyose. Monstrozord, t'es à mes ordres, va ramoner sa face sans poser de question!

-Bon, tentant, mais pas réglo, me dis-je en revenant vers le manufacturier. Dis, y'avait ça qui trainait dans les rebuts. C'est normal?
-Hum?
-Ce parchemin, là.
-Ah nan, pas lui. Retourne le poser là où tu l’as pris, c’est absolument pas dispo pour les récupérateurs. C’est pas un rebut, ça fait partie des invocations envoyées par les villages.
-Pourtant, il était suffisamment près du reste pour qu’on se trompe. Celui là comme les autres, d’ailleurs, me dis-je en repensant à la pile de papyrus qui trainait pas loin de ma découverte.
-On manque de place, ici. C’est de notre faute? On stocke tout ça ici en attendant de trouver un coin où transférer ça. C’est pour ça, qu’on peut pas laisser les ferrailleurs se promener librement. Tu comprends?
-Hey, ferrailleuse?
-C'est mieux que de faire les poubelles, sûr'.
-'Spèce de...
. Bon. Et pourquoi les villages envoient des invoc'?

Le bonhomme retourna d'abord poser précautionneusement le parchemin à son emplacement initial, vérifiant au passage si les autres étaient à leur place. Rien à signaler, heureusement.

-Vu qu’on manque de bras, les grosses têtes se sont dis que faire appel aux alliés des villages serait une bonne idée. On comptait faire tourner la campagne d’information dans trois semaines, le temps de tout mettre en place. Et le lobby des invocateurs n'est pas étranger à cette fausse bonne idée, pour tout te dire.
-Euh… genre j’aurais droit aux vautours de Chikara? Sont bien pratiques, ceux là, y parait.
-Vous ne pourrez évidemment pas passer de pacte avec les animaux des autres villages. Ca fait généralement partie des termes du contrat entre un clan d’animaux ninjas et un village. Principe d’exclusivité.
-Dommage, pour l’occasion… bin j’aurais essayé. J’peux voir ceux de mahou, alors? Voilà mon bandeau, et c’est de toute manière écrit sur les formulaires, là.
-Euh… pardon? Tu veux quoi?
-Bin voir les parchemins d’invocations de mahou, bien sûr.
-On a pas encore commencé à…
-Qu’est-ce que ça change, que je le fasse maintenant ou dans trois semaines, hein? Si on manque de bras, le plus tôt sera le mieux. Surtout s’il faut du temps pour réussir à dompter les animaux.
-Je ne suis sûr que…
-Steplait?

Allez, un gros sourire et de la bonne humeur, ça a ses chances de marcher. C’est dans ce genre de cas que je me dis qu’un peu de genjutsu ne ferait décidément tâche dans le fusil de personne. Devrais ptêtre demander quelques cartouches à Evaline. Chuis sûre qu’elle voudrait bien.
Encore que, je tiens vraiment pas à devoir systématiquement jouer le rôle de bimbo séductrice dans une équipe. Totalement craignos. Enterre l’idée et ne la mentionne carrément plus jamais, ma fille.

-Alors?
-Eh bien... normalement, je ne pourrais pas, mais vu que je suis moi-même de mahou...
-Merci!
-Bon, allez, viens. Donc... parmi les nouveautés, nous avons des porcs-épics qui ont conclu un pacte il y a quelques mois et voudraient...
-S'nul, on peut pas les toucher. Mauvais pour la coop'.
-Des ours...
-Mmmh... tentant, mais... Mikaijin doit rester unique. Non merci, mais c'est pas mal du tout.
-Des crocodiles.
-Euh... trop flippant. On les met de mauvaise humeur, un coup de crocs mal placé et...
-Des pandas.
-Sûrement pas, non! Je hais ces trucs!
-Ah?
-T'es pas tombé sur le panda catcheur, toi?
-Panda catcheur...?
-On est de la même tranche d'âge, pourtant... enfin. Laisse tomber. Pas de panda.
-Bon. Et des lycaons. Un peu comme des chiens, très efficaces, et particulièrement sociables. Ils ont de l'humour, et du flair.
-Mmmph. Chais pas. On le met de coté?
-Pourquoi pas. Sinon, dans le genre pur bourrin restant utilitaire, des buffles?
-Pas besoin de bourrin. J'ai rencontré assez de ninjas qui remplissent ce rôle. Ils remplissent aussi le rôle de buffles, d'ailleurs...
-D'accooord... c'est pas grave, j'ne me désespère pas. Celui-là, alors?
-Mmmh, c'est quoi? Hey? Pitié, nan! Si je me ramène avec une girafe, t'imagines la gueule des commentaires qu'on va me faire? Je fais assez grande toute seule, pas besoin d'en rajouter.
-Bon, dans ce cas...
-Je ne peux pas avoir celui-ci, plutôt?

Y'a écrit "oiseaux", dessus. Ca, ça doit être rudement pratique, des trucs volants. Toujours utile... sauf peut être en intérieur, et encore, on peut ruser. Et même si c'est pas de la fourrure, ça reste très doux. J'ai entendu dire qu'on pouvait se faire transporter par des bestioles volantes. C'est presque aussi chouette que les tapis volants employés à chikara, nan?

-Ah nan, lui je veux plus en entendre parler...
-Hu?
-...
-Des genin ont crisé avec ce truc. Ca a même défait quelques carrières. Lâche ça, s'il te plait.
-Ben quoi, c'est dangereux?
-Non, pas du tout. C'est juste qu'ils vont être insupportables si...
-Si quoi?
-Rien de rien. C'est un miracle qu'on l'ai encore. Mon supérieur avait rempli un formulaire pour qu'on s'en débarrasse. Sûrement perdu dans la bureaucratie... je savais que j'avais eu raison, de faire un double. M'enfin, oublie ces piafs. Ils sont nuls.

Ils sont nuls? Baaah, ce sont des oiseaux. Tant que ça vole, ça peut apporter des messages, jouer aux espions-éclaireurs, éventuellement être recyclés en bombardiers... moi je dis que ça claque. Et chuis assez extra à moi seule pour pas avoir besoin qu'on me soutienne sur le lourd. De simples oiseaux feront l'affaire. Pas besoin qu'ils aient jutsu et compagnie.

-Si vous en voulez plus, je peux le prendre et en faire ce que je veux, non?
-Eh bien... je ne pense pas que... ouais, ça se tient, mais…
-Bin c’est des invoc's. Y’a pas de problème.
-Non, ce sont des bons à rien. Cela va faire huit ans qu'ils n'arrivent quasiment pas à les vendre, à l'académie. Parce que tout le monde sait que les kuchiyose mis à disposition du public par le QG sont soit en provenance de clans d’animaux excellents et suffisamment nombreux pour satisfaire une large demande, soit au contraire tellement nuls à chier que personne n'en veut et qu'ils n'ont trouvé que ce moyen d'avoir du public. Et eux, conclu le jeune homme en pointant le parchemin du doigt, ils sont encore pires que la seconde catég...

Le jeune homme aurait bien voulu terminer sa phrase, mais il fut coupé net par une explosion de fumée impromptue. Le parchemin avait visiblement été programmé pour s'activer quand on disait du mal de ses propriétaires. Ou pour envoyer des émissaires aux premiers clients venus, selon. J'm'y connais pas super, là dedans.

-Misérable humain! Comment oses-tu bafouer le prestigieux nom des Okusa?
-Laissez tomber, les gars. C'est moi.
-Hein? Sanpo? Arch, je croyais que...

Et une fois que la fumée se dissipa, je pus constater de première main à quelle espèce appartenaient ces invocations. Un formidable trio de... pingouins. Okay, je rigolais déjà. C'était stupide, mais quand on pensait invoc', c'était plus tigre, dragon et rock'n'roll, à l'académie. D'un autre coté, j'ai déjà vu des cochons de guerre assez mastocs pour renverser des arbres sans ralentir leur course. Et une araignée lancer des raiton à un rythme impensable grâce à ses pattes et ses mandibules. M'enfin là, j'avais droit à trois manchots, des oiseaux qui ne savaient voler que sous l'eau. Dur d'imaginer leur capacité secrète.

-Y'avait écrit oiseaux, nan?
-Parce que si y'avait écrit pingouin, tu n'aurais même pas essayé le parchemin. Tu aurais ri à t'en pisser dessus. Dommage que je ne puisse pas le modifier, les gens méritent de savoir.
-Nous sommes des manchots, se plaignit l'un des animaux. Des manchots, pas des pingouins.
-Myaaaa, et ils parlent! Et il est a-do-rable! Ouvre encore le bec, allez!
-Bien sûr qu'on parle.
-J'ai pas rêvé, il bouge le bec, wouhou!
-Par contre, ils ne volent pas. Et ne font rien. Donc vous allez gentiment retourner chez vous.
-M'enfin, Sanpo...
-Désolé les mecs, mais c'est comme ça. Vous êtes sympas, mais depuis le temps, même moi je ne vous trouve plus d'excuses. Et chez les ninjas comme partout ailleurs, les affaires sont les affaires.
-Hey, on a déjà sauvé la vie à un genin.
-Toujours la même excuse.
-C'était contre un dragon, il allait se faire tuer.
-Je me suis renseigné, les mecs. Et j'ai consulté les rapports. C'était un bébé dragon. Et il était malade, affamé, sans sa mère, mal gardé, par des braconniers qui ne savaient pas quoi en faire parce que l'oeuf avait éclot.
-C'était quand même un dragon, Sanpo. Un haut fait d'arme.
-LE SEUL, LE SEUL, ET UN BEBE! Arrêtez de me bassiner avec ça!

Eh ben, ils avaient l'air de bien se connaître, eux. Tellement qu'ils ne pensèrent pas à me caser dans une petite séance présentation. Je les laissai à leurs bons souvenirs communs quelques bruyantes minutes, puis me fis une petite place là dedans, forçant un peu le passage.

-Dîtes, ça vous arrangerait que je vous prenne?
-Hu?
-Tu n'as pas l'air d'avoir compris, me fit le jeune homme. Ce sont des boulets, des vrais! Même nos invocs' d'escargots sont cent fois plus utiles! 'Ttendez, nan, mauvais exemple. Les escargots sont carrément excellents.
-Plus à toi que je parle, mais merci, répondis-je au dénommé Sanpo qui failli prendre la mouche. Allez, t’en fais pas, si je fais une bêtise, tu m’auras prévenu, merci. C'est gentil, mais je suis juste curieuse.
-Mwouais. Ne leur donne pas de faux espoirs, quand même. C'est aussi pour eux que je pense qu'ils devraient laisser tom...

Bien gentil à lui, mais nous étions déjà mis à part, pour une petite concertation.

-Donc, les pingouins. Manchots. Vous voulez passer un pacte avec quelqu'un, c'est bien ça?
-S'il vous pl... euh, oui, oui oui oui, c'est bien ça. Nous pouvons donc faire affaire.
-Et vous avez même l'air méchamment désespérés.
-Pas du t...

Tapotes de son collègue. Absolument pas discrètes, mais le voir ainsi bouger ses petites ailes ab-so-lu-ment choupinettes toutes pleines suffisait à distraire n'importe qui. Du coup, je fis mine de ne rien voir, pour prolonger le plaisir.

-... quoi que si, en fait. Nous avons besoin de chakra.
-Bien. C'est donc là que j'interviens. Faîtes moi une offre. Pis discutons un peu, tiens. J’ai jamais eu l’occasion de parler avec des invocations... comment ça marche, vos jutsus? Ils ont jamais voulu m’expliquer ça, à l’académie, et je ne connais personne qui ai jamais été susceptible de me rencarder sur le sujet. Vous sortez d'où? Si vous pouvez utiliser des ninjutsu élémentaux et pas d’autres, c’est que vous avez un génotype commun avec les humains? Ou au moins en gros? Ca explique pourquoi vous pouvez parler contrairement aux animaux d’ici, ou bien c’est totalement autre chose? D’ailleurs, vous avez un langage à vous et avez appris celui des humains par derrière? Par rapport à un Kan, vous avez quoi de plus? Vous ne préfèreriez pas que l'on prenne un peu l'air, dîtes?

Forcément, je leur avais posé vingt fois plus de questions que ce à quoi ils savaient répondre. Ils prirent donc sur eux de satisfaire ma curiosité de leur mieux. Ayant décidé de quitter les entrepôts bondés de Kiritsu pour un petit tas de verdure ensoleillé, nous formions à nous quatre un conglomérat pour le moins suspect, tant aux yeux des ninjas que des civils qui voyaient des trucs de moins en moins normaux, ces dernières semaines.

Une fois mon plaisir bien consommé (j'en ai pris un sur mes genoux, c'est tout doux!), nous lancions les tractations proprement dîtes. Ce qui posa un problème dès la première minute.

-Mademoiselle... vous voulez que l'on fasse quoi?
-Ben c'est vous les invoc's. Normalement, vous posez vos conditions, non?
-Ah bon?
-Sissi, elle a raison. Tu te souviens, quand on a tenté de convaincre ce chunin chikarate qu'on était bons en lui demandant un litre de sang par appel?
-Sauf qu'il nous a testé par derrière pour voir si ça valait le coup.
-Nan, c'est juste qu'il voulait se battre de toute manière. Mauvais client.

-Hey ho, donc vous dîtes quoi?
-C'est d'accord. Donc pour chaque fois que tu invoqueras l'un d'entre nous, tu nous donneras... enfin, non. Attends. Ah, oui, je sais! Tu nous feras un sacrifice humain pour chaque service rendu!
-Un quoi? Mec, t'as encore craqué.
-Totalement craqué. TOTALEMENT.
-Bin quoi, ça marche bien, quand les dragons demandent ça.
-ON EST DES PINGOUINS!
-Des manchots.
-C'est pire, justement...

-Houlà. C'est du costaud que vous demandez, là. En échange, j'aurais droit à quoi? Ca m'étonne pas que vous soyez recalés, à demander des sacrifices... déjà que vous avez pas la tête de l'emploi...
-Hein? Attends, pause, pause. Tu accepterais de nous prendre?
-Alors qu'on sait même pas se battre?

Alors que le plus maladroit des trois pingouins cherchait à comprendre la cause subite du glissement de mon sourire vers une bifouille déjà plus renfrognée, les deux autres se frappèrent machinalement le bec, exaspérés d'avoir pour co-ambassadeur un type aussi spontané.

-Eeeeh, mes oreilles ont bien entendu? Vous ne savez pas vous battre?
-Ben... si je vous dis pas vraiment, vous répondez quoi?
-Tah. Ca la fout mal, hein?
-Hum... ben... on peut toujours dire que... ouaip.
-Et même pire que mal, j'imagine. Même pas un peu de bagarre?
-Tellement qu'on arrive pas à se trouver de ninjas. Forcément, quand on rate cette question... hum. Bon, eh bien je suppose qu'avant que vous nous jetiez à la porte comme des malpropres, nous ferions mieux de... désolés du dérangement.
-'Ttendez, nan. Vous restez. On a pas fini. Si vous ne savez pas vous battre, vous pouvez tout de même faire autre chose, non?
-Je pense pas, non.
-Mais si. Tout le monde sait faire quelque chose, on ne peut pas avoir que des défauts. Y'a forcément des trucs où vous cartonnez, quand même.
-Ben... on a la meilleure bouillabaisse de l'autre monde, et la plupart d'entre nous sont imbattables en plongée, natation, et travail domestique. On vous massacre, les humains.
-Mais ça n'intéresse pas beaucoup de ninjas, malheureusement pour nous.
-On sait super bien travailler en équipe...
-Le sens du devoir et de la famille...
-Notre architecture glacière est hors paire.
-Et on est particulièrement nombreux, pour un clan relié à un parchemin!

Mwouais, bon. Forcément, je cernais bien mieux ce qu'avait cherché à me dire l'autre gars, Sanpo. Ca sentait l'investissement à risque, tout ça. Sauf que c'étaient toujours ces investissements qui étaient le mieux rémunérés. Et puis, me dis-je en effleurant davantage le manchot assit sur mes jambes, c'était vraiment tout doux: rien qu'en accessoires, ils feraient l'affaire.

-Je peux vous faire une proposition?
-Vous voulez...
-Impossible.
-Nous garder?
-Pas pour des prunes. Mais si ça vous convient, peut être. Mettons que... fwuhaha, j'ai toujours rêvé d'avoir des assistants. Ca vous tenterait, comme job?
-Ca dépend. Juste des assistants, ou bien..?
-Des larbins? Des esclaves? Peut être un peu de ça aussi, oui. Je suis une fille adorable et raisonnable... mais si, mais si... mais j'aurais bien besoin qu'on m'aide par-ci par-là. Pis vous avez une tête à donner envie qu'on vous chouchoute: je vous demanderais juste de me rendre la pareille.
-Je ne sais pas vraiment si... dîtes, les gars, on est désespérés à ce point?
-Je crois bien, oui.
-Me semble aussi.
-Ah merde.
Peut être, alors. C'est quoi, le deal?

A nouveau, je pris un instant pour réfléchir. Qu'est ce que je voulais? Y'avait moyen d'avoir un truc marrant. Mais aussi, j'avais flairé autre chose. Mes tripes me parlaient. Et elles m'expliquaient grosso modo que j'étais à deux doigts d'effleurer quelque chose de très gros.

Ce que je voulais, c'était pas compliqué.

-Je veux pouvoir vous appeler quand je veux, où je veux, pour faire tout ce que je veux. Vous serez mes assistants, et vous chargerez donc des missions que je vous proposerais. En échange, vous aurez mon chakra comme c'était déjà convenu. Concernant la ponction, on verra comment ça se passe. Sauf qu'en plus, vous aurez droit à un entrainement de première main, avec des cours que je vous donnerais personnellement. Je suis une genin, mais pas nulle pour autant, hein. Et dîtes vous que si je ne suis pas chunin, c'est uniquement parce que je prends mon temps, d'accord? C'est peut être même mieux, on progressera ensemble. Si vous assurez, on passera à la vitesse supérieure, et je demanderais à des bons de prendre le relai à l'occasion. J'pense pouvoir me débrouiller sans trop de mal de ce coté là. Des objections?

Ah bin ça, c'est clair qu'ils allaient en avoir, des objections. Ils se voyaient déjà faire office de larbins à cause des clauses en minuscules... et n'avaient absolument pas tort sur le fond, même si j'étais tout de même suffisamment respectueuse pour que ça ne vire pas à l'esclavage. Et puis, je les avais déjà pris en pitié. Et en affection. Ces petites mimines... géniales. Myaaaa, et ces becs!

-Allez, voyez aussi le bon coté des choses. Je vous servirais de contact et de porte étendard: si je gagne mes galons, vous en profiterez. Les ninjas fonctionnent comme des moutons, ils prennent ce qui a le vent en poupe. La mode était goken-ninjutsu, mais ça change petit à petit.
-Et c'est quoi le rapport, avec nous?
-Si y'a un accroissement des kuchiyoses, ça pourra vous profiter. Et puis dîtes vous que j'appartiens à un clan, ça pèse son poids ces machins. 'Fin ça va pas tarder, donc c'est la même. Tonton se lance en mode bulldozer, depuis la guerre. Si vous vous débrouillez bien, ils me verront, et y'aura aucun mal à contractualiser à partir de ça. De mon coté, je vous vendrais, vous en faîtes pas.

L'entretien dura encore une bonne quarantaine de minutes, avant que chacune des deux parties ne reparte chacune de son coté, la tête pleine de projets et avec une envie ferme de relancer les négociations dans les semaines à venir. De mon coté, fallait absolument que j'envoie un courrier à tonton. J'avais flairé un truc, mais c'était lui, l'expert. Mais avant ça, je devais rejoindre Akhen en début d'après midi. Un petit rendez-vous auquel je lui avais demandé de venir. Mettons qu'après ma formidable gaffe de la veille (boah, j'lui avais juste emmuré le moral à mort en colmatant les trous avec de l'acide sulfurique, sans plus), j'avais décidé de me rattraper de mon mieux aujourd'hui. Et que j'avais une technique absolument IM-PA-RA-BLE pour ça: le brownie au chocolat, enrichi au cacao d'Awoti avec pépites mastocardes, noisettes et amandes de première main, une pointe de levure, du sucre vanillé et bien sûr, surtout, l'ingrédient top secret n° 865-ter.

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Re: Narasu

Message par Oboro le 17/8/2011, 20:11



-Allez, ch’sûre que tu peux y arriver.
-Plus facile à dire qu’à faire.
-Je peux pas faire mieux de toute façon. Et on veut la récompense. Donc tu nous scores au moins un cinquante. Vas-y, Akhen, on y croit!
-Je n’ai jamais touché à un arc, moi.
-Moi non plus, justement. Je préfère passer sur des trucs que je connais.
-Ooh. C’est marrant, parce que moi aussi, en fait.
-Sauf que j’ai reconnu pas mal de bidules, dans le capharnaüm. Je préfère passer sur un max d’entre eux. A moins que tu ne saches t’en servir?
-Hum… mwouais. Bon, sûr que si tu le présentes comme ça…

Akhen s’empara de l’arme sans entrain, et encocha tant bien que mal la flèche que je lui tendis. Il n’avait pas trop la pression: sur les quatre équipes de duo, nous étions actuellement deuxièmes au classement. Talonnés de près par le couple d’adolescentes blondinettes, okay. Mais les premiers avaient une marge de manœuvre pas trop difficilement rattrapable, si on se donnait du mal. Surtout qu’ils avaient commis l’erreur d’utiliser tous leurs jokers afin de parvenir à leur position: nous, on avait encore nos deux choix possibles.

-Je ne promets rien du tout, par contre.
-Prends ton temps, dans ce cas. Et... euh... essaie au moins de toucher la cible?

Il ferma les yeux un instant, à la recherche de concentration. Lorsqu'il parvint à la trouver, une petite voix dans sa tête lui suggéra de ne faire qu'un avec l'arme, pour que la flèche aille droit au but par la seule force de sa volonté. Mais étrangement, cette voix ressemblait trop à la mienne pour qu'il y croit bien longtemps. Il les rouvrit donc, pour me jeter un regard courroucé.

-Hey, c'est pas comme si t'avais beaucoup d'autres options que le mysticisme, si t'y connais rien.
-Je vais m'en tenir aux conseils normaux donnés par l'instructeur, je crois. Merci.
-Ca va, rhooo. C'était juste une blague. Une innocente petite blagounette.

Qui lui avait fait peur pour rien. Déjà qu'il avait sa maladie, mais si en plus il entendait des voix, c'en était fini de lui. La schizophrénie, il pouvait bien laisser ça aux autres.

-C'est quoi déjà, ce qu'il nous a donné comme consignes?
-Pour l'arc? Je sais plus. Pour les torpilles en général, ça se fait en trois mots. Axe, aile, air. On t'a pas fait le coup des trois A, à l'académie?
-J'pense pas, nan.
-C'est ptêtre juste un aide mémoire de la forêt... m'bon. La méthode A-A-A.
-Faut pas commencer par visualiser la cible?
-La méthode part du principe que les élèves sont des têtes de cons qui se focaliseront uniquement sur la cible et laisseront le reste de coté, toujours, toujours, toujours. Ils le feront même si on n'en parle pas, donc autant ne pas en parler: ça laisse de la place pour le reste.
-Ce qui veut donc dire...
-Que tu viens de montrer ton coté tête de con, tout à fait, lui annonçais-je avec un sourire radieux. Je disais donc, commence par l'axe. Toi, ta cible, et tout ce qu'il y a pour vous séparer. Evalue les distances, en longueur, largeur et hauteur.

Cette fois, le gensouard ouvrit ses mirettes au maximum pour suivre mes recommandations. Mais en essayant d'évaluer à la louche la distance en mètres qui le séparait de la cible, il s'aperçut de l'existence d'une méchante lacune dans ses capacités. Il avait toujours fonctionné au feeling, et ça marchait très bien.

-Et maintenant, l'aile, c'est ce qui va permettre à ton projectile de s'envoler. Sauf que ça se rapporte à ton bras, et à ton corps en général. La mécanique de ta carrosserie lorsqu'elle propulse un objet. Mais vu qu'on ne connait pas l'arme que tu emploies... ça te fait les pieds, passe à la suite. Encore que, comme l'instructeur nous a donné les manip'... tu veux que je te les répète?
-Pas besoin, merci. Moi aussi, j'ai des oreilles.
-Bon, si tu veux... donc enfin, l'air. Utilise ton cerveau, visualise la trajectoire que va suivre ton arme. Réfléchis à comment évoluera ta cible. Mais ne fais pas que penser à elle, c'est le gros piège. Faut carrer l'ensemble. D'ailleurs, on parle de l'air, mais on utilise également l'aire. Géométrique, je parle. Cerne le décor.

Akhen n'était pas vraiment concentré sur ce que je disais... et même plus du tout, à vrai dire. Mes conseils avaient pour lui un arrière goût d'évidence profonde qu'il ne voyait pas comment développer. Et de toute manière, il tirait sur une cible. Il n'avait qu'à viser, utiliser l'objet comme on le lui avait montré, et lâcher la corde. se coéquipière avait la sale habitude de la ramener a partir des broutilles qu'elle avait entendu, voilà tout, se dit-il en lâchant la corde. Son coup était d'ailleurs tout à fait correct, pour un essai.

-Pweuh, tu te donnes même pas du mal. ‘Tit joueur.
-Pas trop mal, pour une première fois, déclara l’instructeur en s'intéressant à nous. Essaie encore, pour voir?

Xuan ne put s'empêcher de sourire en se répétant mentalement ce titre. Son titre. Instructeur, ça lui avait arraché plus qu'un long rire abruti lorsqu'on lui avait accordé sa période d'essai. Parce qu'entraîner des genin motivés, c'était nettement plus sympa que de remplir la paperasse habituelle. Ca n'en finissait jamais: s'il amochait quelqu'un de trop près, c'était un blâme et toute une lettre d'excuse à une hiérarchie qui s'en servirait probablement pour se torcher l'arrière train le jour où le papier manquerait. Un mort qui l'avait bien cherché? Zou, deux formulaires à remplir, et pas des moindres, pourtant promis au même destin. Dégâts matériels? Mieux valait ne même pas y penser, mais il y avait de quoi faire tenir un bon feu de cheminée pour une bonne soirée. Même quand il voulait s'offrir un verre pendant les temps morts, il devait user de ses artifices habituels pour qu'on lui fiche la paix.

Faut dire que son supérieur direct, un junin plus sainte-nitouche que le dernier messie en date, souhaitait que toute son équipe prenne exemple sur lui.

Nan, décidément, c'était plus marrant avec des genin. Il n'allait pas tarder à demander un transfert et une reconversion. Instructeur, et pourquoi pas professeur, quand tout ça serait fini. Satisfait de ce nouveau tournant qu'allait prendre sa carrière, il retourna au centre du terrain, et le son d'un claquement de doigt amplifié retentit lorsqu'il décida d'arrêter les genin.

-Allez, bien joué. Ca suffira pour le moment. Alors, dîtes pour voir... le tir à l'arc, ça vous a semblé intéressant?

Réponses confuses de la part des huit genin qu'il avait avec lui. Y'en avait pour tous les goûts, mais comme l'instructeur Xuan avait demandé en début de session à ses élèves de répondre honnêtement à ses questions de méthodo pour qu'il affine son job, peu hésitaient à s'exprimer.

-Bien sûr, ça ne vaudra jamais un bon gros jutsu, mais pour faire l'appoint et économiser sur le chakra, c'est toujours pratique, pas vrai? Sur les petites frappes du coin, par exemple. N'est-ce pas?

Affirmations relativement uniformes... sauf de la part d'un chikarate précisément adepte de l'arc, et qui comptait bien défendre son jouet contre tous les vents et marées qu'un nindoka aurait pu lui balancer.

-Tout à fait, justement, lui confirma Xuan. Avec le bon matériel, vous pouvez embrocher quelqu'un avant même qu'il ait fini de composer ses mudras. Ou lui balancer un truc qui lui trouera le bide en plus d'intercepter la boule de feu. Et le bon matériel, c'est celui qui vous conviendra le mieux. C'est aussi pour ça qu'on joue avec un peu tout ce qui se fait, aujourd’hui. Prenez vos marques, faîtes vos griffes, et amusez-vous dans la foulée.

Et maintenant, il allait faire sa petite démonstration préférée, celle qui coupait toujours le souffle des assemblées devant lesquelles il exhibait ses talents. D'une de ses sacoches, il sortit des disques à la décoration soigneusement travaillée, qui servaient de fourreaux à des trucs métalliques. Des genres de scies circulaires. Avec des bras.

L'instructeur effectua quelques mudras, et son clone apparut à une cinquantaine de mètres devant lui. D'un geste, l'original nous fit signe de nous rassembler à une quinzaine de mètres sur sa gauche, mesure de sécurité pour pas qu'on se mange un accident. Il n'avait clairement pas besoin de ça pour l'un de ses premiers cours. Enfin, il lança les pales les unes après les autres, à une dizaine de secondes d'écart. La première passa à travers le bras du clone, qui nous fit la simulation d'un bras joliment douillé pendant quelques secondes avant de se reconstituer gentiment (on commençait à avoir l'habitude des illusions démonstratives du bonhomme. Tout à l'heure, son clone avait été asphyxié par un genre de chaîne-rasoir lestée à l'efficacité franchement dégueulante). Le deuxième projectile en fit de même avec le flanc gauche du... IL SIMULE MÊME LES TRIPES?

-Oups, mauvaise habitude. Bon, au moins vous savez ce que ça fait. Et ce sont... oui, quelqu'un sait?
-Des intestins... beurk. Les voir revenir à l'intérieur, c'est ENCORE PLUS dégueulasse!.
-Non, Muromachi. Et... euh... désolé. Les armes, je parle.
-Des boomerangs, marmonnèrent Akhen et quelques autres genin juste avant que l'arme effectue un virage très prononcé, au moment même où je notai avec plaisir que le prof avait bien retenu mon nom sans que je le lui répète une seule fois.

Faut dire que boomerang okay, mais pas boomerang tout court. Les pales effectuèrent chacune en moyenne six cercles, trois ellipses et deux triangles. A vue de nez, et sans compter les subtilités du style hexagones et autres bidules bien plus improbables: loopings, demis-tours à l'improviste, rebonds sur le sol pour bifurquer et d'autres trucs juste carrément indescriptibles. Il avait beau dire ce qu'il voulait, si là y'avait pas du chakra (genre beaucoup de chakra) dans l'opération, j'étais parée à manger mes bottes. Encore que je voulais pas imaginer la gueule d'un jutsu qui aurait permis de couvrir une zone du genre aussi longtemps.

Au bout d'un truc genre cinq minutes, la dernière pale passa par le clone de Xuan (dont la tête se détacha, avant de flotter doucement pour retourner sur son tronc) et vint rejoindre ses copines en se fichant dans le sol, à deux mètres du lanceur qui n'avait pas fait un geste pour la récupérer. Faut dire qu'un des rotors était enfoncé de très nombreux centimètres dans le sol.

-Et là, vous comprenez pourquoi il ne faut jamais essayer de rattraper quelque chose sans protection. Même quand on sait ce qu'on fait, vos doigts peuvent sauter. Et ça, c'est pas le pire scénario que je connaisse, rajouta Xuan en posant machinalement sa main gauche sur sa hanche.

Encore un peu de blabla culturel, et les exercices reprirent. Il nous laissa même essayer ses rotors acérés, vachement marrants à employer (mais pour gérer le retour, c'était tous aux abris donc chacun son tour. Bien sûr, aucun de nous ne put faire mieux qu'un aller-retour).

Un peu plus tard, j'usai de mon joker pour remplacer une épreuve de sarbacane par un lancer de shuriken géants. Ce qui nous permit, Akhen et moi, de remonter en tête du classement, bien que de peu. Ensuite, nous passions à une expérimentation à la sarbacane, mais du fait du joker, cette session compta pour du beurre: pas de points à la clé. Xuan constata que c'était mieux ainsi. Les genin désintéressés étaient plus curieux, décidément.

Après, il leur ferait faire une partie de pétanque, tiens. Normale pour commencer, puis il rajouterait des obstacles, de la distance et quelques uns de ses genjutsu pour pimenter un peu la session. Tout en augmentant progressivement le poids des boules, afin qu'elles se rapprochent plus des modèles militaires qui lui avaient déjà brisé quelques os. Dommage qu'ils ne l'aient pas autorisé à sortir de la ville pour donner son cours, sans quoi c'est une véritable course d'obstacle façon golf qu'il aurait façonné à ses étudiants.

Parce que tirer sur des cibles, c'était bien gentil, mais Xuan connaissait beaucoup d'exercices préalables à ce truc. Entre les tirs de régularité, le travail de posture, et l'ensemble des corrections à apporter pour avoir le bon mouvement, il avait déjà de quoi garder tout le monde pour dix séances. Aujourd'hui, il préférait laisser tout ça de coté, et faire comprendre à chacun les mécanismes redondant d'un outil à l'autre, qui tiennent plus de l'instinct et de l'expérience que du vrai calcul, et qui rendait la pratique réellement intéressante à ses yeux. C'est pour ça qu'il leur faisait lancer à peu près tout et n'importe quoi, dès lors que c'était susceptible de fournir matière à réfléchir à ses apprentis.

Le problème, c'est qu'ils étaient vraiment trop compétitifs. Il leur avait mis sous le nez une récompense mystère pour l'équipe qui marquerait le plus de points histoire de les motiver, et maintenant... bin ils ne réfléchissaient plus tant que ça, et cherchaient surtout à optimiser le score avec ce qu'ils connaissaient déjà plutôt qu'à apprendre. Le genre d'erreur à ne pas répéter de sa part, ça.

Une demie heure plus tard, lancer de poignards.

-Obo, toi ou moi?
-Là, je vais jouer la bergère, annonçais-je à Akhen en affichant un gros sourire.
-Monsieur?
-Hum?
-J'aimerais utiliser un joker, demanda l'une des nanas qui nous talonnaient.
-Très bien.
-Quoi?! Tricheuse! T’fais sauter mes points!
-Ah, nan. On nous a fait le même, tout à l'heure, avec les makibishis. Chacun son tour, désolée.
-Mwais...
-Et donc, quelle arme proposez-vous?
-Les javelots. Enfin, si vous en avez.
-Bien sûr, répondit Xuan.

Ajournement des poignards. Pas marrant. Mais pas grave, j'allai quand même avoir de quoi faire mumuse.

-Laisse moi faire quand même, annonçais-je à mon coéquipier.
-Okay. Mais... tu t'y connais vraiment, ou bien tu veux juste t'opposer à elle?
-Les deux.

Je collai le carquois entre les pattes d'Akhen, m'emparant d'un unique javelot que j'étudiais en le manipulant. Ca me ramenait quoi, six-sept ans en arrière, ça? L'épingle était un peu moins longue que ce qui était utilisé en athlétisme. Plus lourde, ça oui. Et dotée d'une hampe plus large. Normal, c'est fait pour amocher le plus possible, s'enfoncer bien profond, tout en restant réutilisable. Pas la même optique que les modèles sportifs, qu'on voulait balancer loin, mais qu’on lestait pour ne pas atteindre le public. M'enfin, très vite, on retrouvait les sensations. Le problème, c'est que mon truc à moi, c'est de le balancer le plus loin possible, pas de viser une zone en particulier. M'enfin, si je sais comment influer sur l'angle et l'axe du lancer, en plus de gérer la patate que je lui mets, je finirais par y arriver, non?

Bon, alors vu le poids, la taille, le fait que j'ai grandi depuis (et pas qu'un peu), et que j'ai quand même du perdre de la technique... 60 mètres, ça devrait le faire. Me restait qu'à prendre de l'élan, et enfin...

-Alors?
-Trop à gauche, ça colle pas. Si je me redresse, ça marchera tout seul. Second essai.

Heureusement que l'on avait autant d'essais que l'on voulait, et une limite de temps assez large. Ca permettait d'ajuster les tirs empiriquement, d'un coup à l'autre. Et en réfléchissant un peu avec mes aides mémoires, je parvins assez vite à cadrer plusieurs tirs très satisfaisants. Pour avoir passé très visiblement le tiers de mon temps à réfléchir et mimer les lancers plutôt que de les aligner en serrant les dents, l'instructeur Xuan accorda un point supplémentaire à notre équipe, histoire de faire un exemple de ce qu'il attendait.

-Le grand classique pour la fin. Les shuriken. J'ose espérer que là dessus, vous aurez déjà des résultats sympas, quand même.
-Akhen?
-Bien sûr, que je prends.

Et hop, un perfect pour finir la journée. Merci les shuriken chakra-guidés, que le genin employa pour un résultat qui souffla tous nos concurrents. Même si de base l'instructeur n'avait pas parlé de chakra, la manip' était tellement bien ficelée qu'il applaudit au même titre que les autres. A nous le cadeau surprise, donc. Enfin, ça l'aurait été si on s'était débrouillés pour arriver premiers, ce qui ne fut pas le cas. Merci aux deux genin blondinettes. Mmmrf.

Contrairement à ce qu'avait craint Akhen, je ne le pris pas trop mal: on ne savait pas encore comment les autres avaient fait, mais ils avaient étés plus malins que nous. Y'aurait plus qu'à décortiquer la séance pour comprendre où. Mais avant ça, y'avait un autre truc dont je voulais profiter. Aussi, Mr Xuan reçu-t-il la visite de la plus souriante des genin qu'il avait vu dans la semaine. La seule armée de javelots, aussi.

-Dîtes, je peux rester un peu plus longtemps?
-Tiens, quelqu'un qui se découvre une vocation. Toujours plaisir, ça. T'as flashé sur les épingles, toi?
-Redécouvert, si on veut, yep. On m'a déjà fait bosser ça, y'a plusieurs années... mais je n'étais alors pas du tout ninja. J'viens de me dire que si c'est possible, je retenterais bien. Donc... possible?
-Bien sûr que tu peux rester. Tu peux même les garder, d'ailleurs. C'est pas comme si on les promenait souvent, celles là. C'est dommage, parce que couplé avec des explosifs, c'est beaucoup plus efficace qu'un kunai...

Hahaha... j'y penserai une autre fois, sûrement, tiens. Pour le moment, en tout cas, je me contentai d'acquiescer avec un grand sourire, en lui souhaitant silencieusement de ne pas perdre ses fesses le jour où un accident lui arriverait. Bande d'inconscients.

Bon. Eh bien, pour le moment, j'allais jouer un peu avec les épingles pour retrouver le coup de main, hein. Ensuite, répéter les exercices pour réussir à en faire ce que je veux. Et ensuite... s'il m'en restait le temps, j'essaierais bien de méditer pour voir comment je peux les faire passer sous ganseki, à partir du reste des sensations, pour simuler un peu. Si j'apprends à m'en servir comme ça, j'vais sûrement avoir de quoi zigouiller un pachyderme d'un coup d'épieu. Déjà que je commençais plus ou moins à gérer mes étoiles... enfin, avec elles, la baleine avait plus de chances d'être tractée sur plusieurs mètres.

Charmant programme. Me restait plus qu'à commencer. Je saluais donc Akhen, qui était beaucoup plus disposé à m'écouter depuis que j'avais bichonné son estomac, et commença à faire mumuse. Le genin, de son coté, avait bien envie de passer le reste de sa journée de repos à pantoufler dans un coin. Mais avant, il lui fallait passer à l'hôpital...

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Re: Narasu

Message par Otarin le 30/8/2011, 15:08

Otarin avait beaucoup changé depuis son passage Genin, il y a quelques années. Physiquement, il avait grandi, sans toutefois atteindre des dimensions titanesques. Il portait désormais ses cheveux plus courts, taillés en brosse, et ceux-ci, bien que restant blonds, avaient foncé légèrement. Il avait perdu sa minceur enfantine et paraissait plus fort qu’avant. Ses années d’exercices avaient forgé un corps musclé et résistant, comme on en attendrait d’un corps de Jounin pratiquant le Taijutsu.

Toutefois, outre sa physionomie qui, comme tous les hommes à son âge, avait changé, c’était dans son visage qu’on pouvait déceler sa véritable métamorphose. Il avait perdu la rondeur des jeunes années mais surtout, son regard s’était transformé, il s’était durcit d’un certain point de vue et adoucit de l’autre. Il semblait plus mur.

Pas étonnant, il avait passé de nombreuses épreuves et c’étaient grâce à elles qu’il était passé chuunin puis jounin. Et, au cours de ces épreuves, son caractère avait changé. Il était passé de renfermé à particulièrement ouvert, presque sympathique par moments. Il était aussi passé par une phase de folie, qui l’avait amené à faire du grabuge dans Narasu, et à se faire remettre à sa place par Jupneï Sadaharu, dirigeant de la partie Chikarate de la ville. Et c’était d’ailleurs grâce à ce même Kounin qu’il était devenu ce qu’il était.

Otarin était désormais un jeune homme totalement dévoué à son village, au mépris de sa propre vie. Il avait une sainte horreur de donner des ordres, mais écoutait et exécutait ceux de ses supérieurs le mieux possible. D’autres points de son caractère avaient changé mais le plus important était sûrement sa toute nouvelle admiration pour Jupneï Sadaharu qu’il considérait comme son sauveur.
Depuis presqu’une semaine par ailleurs, il s’entraînait sans relâche dans le but de devenir plus fort.

Sa « faiblesse », face aux événements l’avait particulièrement remonté contre lui-même et il voulait à tout prix remédier à ça.

Il avait remarqué que son style de combat se basait bien trop sur un certain « bourrinage » sans précision ni technique. Il tentait de remédier à ça. Il avait d’abord commencé par améliorer sa résistance en bloquant ses muscles totalement, et en les maintenant ainsi grâce à son chakra. Le zetsu présentait, à son goût un peu trop de faiblesses pour ses ambitions. Il était capable désormais, en utilisant cette technique, de bloquer ses muscles en plein combat pour prendre un coup basique quasiment sans broncher.

Il s’essayait maintenant à d’autres techniques, des coups spéciaux, des enchaînements, sans toutefois grand résultat. Le matin du sixième jour, alors qu’il commençait son entraînement comme à son habitude, un mouvement le fit tourner le regard. Rien. L’impression que sa vue lui jouait des tours n’était toutefois pas là. Il activa son dojutsu et vit ce qui l’avait fait ciller. Un chat. Moon.

« Alors comme ça tu te caches pour m’observer, boule de poils ?
-Ben, je voulais savoir si t’étais vraiment prêt pour ma phase de ton entraînement… Se justifia le matou roux.
-Qu’est-ce que tu fais ici ? Il fait trop chaud sur Chikara ? Lança Otarin, narquois.
-Tu es toujours sous contrat, tu te souviens ?
-Oui, d’ailleurs je me demandais quand j’allais revoir vos petites frimousses.
-Ben, voilà, tu ne te demandes plus, tu as ta réponse.
-Exactement, je commence quand ?
-Immédiatement ! »

En effet, l’entraînement d’Otarin commença dans la minute qui suivit. Il s’assit en tailleur en attendant les explications du félidé. Celui-ci s’assit en face du Jounin et caressa sa moustache de la patte. Il commença à expliquer à Otarin ce qu’allait être la suite de son entraînement. Sa partie à lui. Star, elle, avait appris au garçon à maîtriser son Chakra, Moon, quant à lui, allait transformer le ninja de manière à le rendre apte à la troisième partie de l’entraînement.

« Cette partie de l’entraînement est celle qui te prendra le moins de temps, car tu n’auras pas à t’y consacrer pleinement. C’est elle qui va agir sur toi.
-Bah, alors c’est tranquille, nan ?
-Elle présente toutefois un désavantage notable.
-Oui ?
-Et bien, cette partie consiste à pousser ton dojutsu au meilleur de ses capacités.
-Je n’appelle pas ça un désavantage…
-Ne me coupes pas, je n’ai pas fini. En contrepartie, tu vas, progressivement, perdre l’usage de tes autres sens.
-C’est-à-dire ?
-Ma technique va développer ton acuité visuelle au-delà de toute autre. Mais tu vas perdre le goût des choses, tu n’auras plus d’odorat, tu deviendras sourd et par-dessus tout, tu n’auras plus de sensation au toucher.
-Mais, je ne vais pas pouvoir bouger, si ?
-Ne t’inquiète pas, cela se fera progressivement et ta vue remplacera peu à peu tes autres sens.
-Et quand est-ce que ça va commencer ?
-C’est commencé… »

Soudain, Otarin, s’aperçut que l’œil du chat était bizarrement noir et que l’autre était clos. Il n’en était pas sur mais il s’en doutait. Le processus était en marche. Moon lui expliqua ensuite que peu à peu, il allait perdre le goût, puis l’odorat, l’ouïe et enfin le toucher. Pour que sa vue augmente, il fallait qu’il utilise les parties de son cerveau désormais inutiles à cet effet. Il devait donc avoir son dojutsu activé en permanence.

« Donc si je comprends bien, on ne se revoie plus ?
-Si, justement, je veux te voir une fois par mois au moins, si ce n’est deux, pour voir l’avancement de la chose et t’aider à progresser…
-Très bien, et là, que dois-je faire ?
-Bien… Continuer ton entraînement tout en gardant ton dojutsu activé et en utilisant le plus possible ta vue.
-D’accord, demain je dois aller voir au Qg pour une mission, c’est bon ?
-Tu fais tout comme avant sauf que tu utilises ta vue sans interruption… »

Sur ce, le matou sauta par-dessus Otarin et celui-ci le regarda disparaître sur les toits pendant une centaine de mètres. Encore un nouveau bouleversement chez Otarin…
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Re: Narasu

Message par Akhen le 30/8/2011, 23:43

Rien de tel qu'une bonne nuit de sommeil pour oublier les événements de la veille, et ceux de l'avant-veille, aussi tiens. Rien de bien nouveau dans la vie d'un Illinois mais personnellement j'étais pas encore devenu complètement insensible, comme certains membres de ma famille. Et je m'en réjouissais. La plupart du temps...
Décidé à jouer mon rôle d'équipier modèle et à ne pas réitérer mes supers initiatives et autres plans foireux, je me dirigeais vers la salle commune de notre auberge où notre équipe avait établi son point de commandement. En toute discrétion bien entendu.
En guise de petit déjeuner j'avais droit à une ration lamda de Kiritsu, composée de riz, de quelques bouts de lard, de beaucoup de gras, de haricots et autres trucs appétissants et énergisants ! Et en prime la désormais classique missive du chef de mission, qui est parti avant vous et depuis longtemps combien même il est quatre heures du matin, et qui vous laisse ses instructions de la plus haute importance en évidence sur la table du petit-déjeuner. Ça doit faire surement parti des privilèges des gradés et être hautement jouissifs, car j'ai jamais entendu parlé d'un commandant qui y manquait.
L'état de fatigue avancée de du parchemin laissait deviner que je n'étais pas le premier à l'avoir consulté et loin de là. Les tâches de gras et de café indiquaient que mes prédécesseurs avaient petit-déjeuner en le lisant. Ce en quoi je m'empressais de les imiter.

« 
Akhen, Oboro, Roshu,
mon équipe, en interrogeant convenablement Janus et A-Shura a réussi à comprendre le fonctionnement de cette partie du gang. L'énorme nébuleuse du gang est divisée en étage selon le niveau d'implication et de contrôle et l'importance des activités. Selon nos hommes, le bar et les hommes que nous avons appréhendés appartiennent au niveau Shura. Ils ne savent pas combien exactement d'activités regroupe ce secteur mais au maximum 26 selon A-Shura. En effet les activités inhérentes à un même niveau sont différenciées par les lettres de l'alphabet. Ainsi dans le niveau Shura on aura l'organisation « A-Shura », la « B-Shura », la « C-Shura » et ainsi de suite. Dans chaque organisation, il y a un responsable dont le nom de code est celui de son organisation. Un contact éponyme en quelque sorte. A-Shura est l'un d'eux. Ce qui est intéressant est que ce contact connait son homologue du niveau supérieur. A-Shura connaît donc A-Rudra, le contact et boss de l'organisation A du niveau Rudra. Et cette organisation est apparemment spécialisée dans l'introduction d'alcool frauduleusement via une fausse fabrique de lait. Ceci fait la cargaison était livrée à la taverne d'A-Shura -qui la vendait à ses clients- ainsi qu'à d'autres, hors du coup. Votre tâche est de sécuriser la fausse fabrique de lait en emmenant Janus et A-Shura avec vous pour vous assurer qu'ils ne vous pas menés en bateau. Personne ne doit s'échapper. A-Rudra est votre cible prioritaire. Pas de plan foireux ni initiatives incongrues cette fois-ci. Je resterais en attente avec l'équipe d'assaut au cas où ça tourne mal. Vous ne devriez pas avoir besoin de moi. Evaline vous attend sur place, elle vous chapeautera dans la mesure du possible.
L'emplacement de la laiterie figure sur le plan ci-joint. Également joint deux radios portatives à utiliser avec soin et attention.
On se retrouve au point d'extraction, marqué sur la carte, avec le colis. Si A-Rudra parvient à s'échapper, vous avez intérêt à ce qu'il ait marché sur vos cadavres.
Kezashi Hykao, jounin de Gensou. »

Les minis radios et le plan ayant disparus, sans doute emportés par mes coéquipiers, j'allais galérer pour trouver la laiterie, moi au passage. Comme quoi j'étais pas le seul à oublier mon cerveau au pied du lit. A moins qu'ils ne l'avaient fait exprès... Ouais en fait c'était surement ça. Qu'est ce que je disais à propos de l'insensibilité, moi déjà ?
Bon passons. Qu'est ce qu'il raconte le père Hykao dans sa lettre, déjà ? C'est pas que j'ai oublié, mais j'suis pas très réveillé. Aller à la laiterie. Bon ça, ça doit pas être trop compliqué, un petit Henge et les informations tomberont toutes seules. Aller chercher Janus et A-Shura, ça on sait pas où ils sont, ou du moins moi pas. C'était peut-être marqué sur le plan. Enfin, on s'en fout c'est pas mon boulot de toute manière, surement celui d'Evaline. Le reste du matos et du plan on verrait sur place. Maintenant les infos.
Je remontais à l'étage chercher mon maigre paquetage en réfléchissant à un modèle. Ceci fait, je ressemblais désormais à une actrice du théâtre ambulant de mon quartier natal. Je décidais de garder mon uniforme de Shinobi enfin de Kunoichi présentement...
Je sautais par la fenêtre, atterrit dans la rue, fit le tour du pâté de maison et entrait de nouveau dans l'auberge. Deux minutes et un joli sourire plus tard, je ressortis et profitais d'un porche sombre pour annuler ma transformation. Si à Narasu, dans les auberges, la forme féminine ça allait cinq minutes, dans les rues, l'apparence normale était à privilégier.

Je me mis en route et arrivait sur le lieu de l'opération vers quatre heures et demie du matin. Il faisait encore noir et c'était l'heure des fournisseurs. Les caravanes de dodos franchissaient le tunnel sous bonne garde. Elles n'étaient pas vraiment contrôlées, ou alors les malfrats s'arrangeaient pour déjouer les inspections. Toujours était-il qu'elles entraient en groupe continu dans la laiterie, attendant sur le côté que la matière première soit emballée et vérifiée pour la redistribuer aux différents clients avec les habituels faux convois, leurres et autres changements d'horaires. Après deux minutes d'observations du site, je me dirigeais vers le point de rendez-vous, enfin là où j'avais repéré mes coéquipiers.

*
* *

« Bon qu'est ce qu'il fout ?
-Bah il a des excuses, en même temps il avait pas le plan...
A une centaine de mètres de la laiterie, dans un marché bondé, Roshu, le Gensouard, s'impatientait contre son compatriote, qu'il haïssait déjà copieusement. A côté de lui Oboro baillait en maintenant prisonnier un A-Shura amoché et fatigué. 'Fallait préciser que sa vie avait pris un tournant lors des derniers jours... La genin tentait mollement de justifier son coéquipier, encore sous le coup de la fatigue, être réveillée par un corbeau y a plus sympa, et moins brutal...
Entre les deux, légèrement en retrait, Evaline, la jolie chuunin du village de la cascade retenait un Janus passablement stressé et à bout de nerfs.

Cinq minutes passèrent dans le silence realtif du Marché. Les vendeurs criaient, vantant leurs marchandises, les clients marchandaient et les mendiants se battaient ou faisaient la manche. Il en y avait tous les coins de rues, des miséreux. Le plus proche du groupe était un vieux croulant qui tendait mollement un gobelet en étain aux rares passants qui lui jetait un regard. Son sourire édenté les en éloignait rapidement.

« Bon... Il a dû oublier ce con...
-Tu crois, ça correspond pas à ce que tu m'as raconté pourtant. Répliqua Oboro
-Nan mais c'est évident que les Illinois font pression sur le Qg et influent sur la rumeur pour minimiser les effets de leur Malédiction dans l'esprit des gens. Peu de gens savent véritablement ce qu'il en est. Enfin il doit être capable de nous retrouver, il a fait la Guerre, j'imagine, non ? Il a dû surement se trouver une place de planqué... Pfff, c'est toujours les mêmes qui trinquent pour le pays...

Cinq nouvelles minutes que Roshu rumina plus ou moins en silence s'écoulèrent. Dans les environs, le vieux mendiant adressa son plus beau sourire à un passant qui avait osé lui donner une pièce, l'imprudent recula machinalement à la vue des trois molaires du tas de ruine à qui appartenait le gobelet.

Puis :
« Bon j'en ai marre, on y va ! Qu'est ce qu'on fait finalement ? Il me tue, ce mec. Ca fait une demie-heure que je poireaute comme ça. Allez, go !
-Roshu, attend ! On a même pas de plan d'action. Intervient pour la première fois Evaline.
-Alors faisons le maintenant ce plan d'action et il rattrapera en route ce con. 'Va encore se foirer et se sera dans sa Gueule.
-Je ne pense pas non. Rétorqua Evaline, toujours concentrée sur Janus.
-Ah et pourquoi ? Demanda Roshu, d'un air de défi, à la limite de l'insolence. Vous allez m'en empêcher ?
-Non ça ne servirait à rien vu qu'il entend parfaitement ce que tu dis en ce moment mon cher Roshu.
Roshu regarda nerveusement autour de lui et ne vit rien.
-Mais il est où, ce con? S'interrogea t-il, comme pour se rassurer sur la véracité des paroles de la chuunin.
-Juste derrière toi ! »

Roshu se retourna brusquement et soupira soulagé. A part sourire édenté, rien à signaler. Le Gensouard, sourire aux lèvres triompha :
 « Haha ! »
Puis l'air d'un coup moins sûr de lui :
« Akhen ! Montre-toi ! Je sais que t'es là, invisible à me regarder. C'est bon j'ai compris, on y va ! »

Mais rien ne se passa, mis à part que désormais le vieux mendiant le fixait, son sourire s'élargissant de plus en plus.

*
* *

Bon ok, voir Roshu s'humilier ainsi était franchement divertissant, mais il était temps de mettre un terme à cette mascarade. Une chose était sure, le niveau moyen des diplômés de l'académie en genjutsu était franchement affligeant. Je savais pas qui était la fille en noir qui tenait A-Shura mais elle avait pas l'air meilleure que ce débile de Roshu.
N'empêche que vu les regards des passants, j'avais pas perdu la main pour les mendiants sales et dégueulasses.
J'annulais ma transformation et rejoignais mes coéquipiers, saluais d'un signe de tête ma supérieure, négligeais le bigleux arrogant et... Tiens mais où était Oboro ?
« Dites vous avez pas vu Oboro ?
-Et c'est moi qui suis bigleux ? Elle est juste devant toi ! Ricana Roshu.

Hein ?
Mais non, la fille devant moi, elle a des mèches violettes, elle est visiblement maquillée autour des yeux et des joues, elle porte des fringues élaborées et plutôt raffinées dans le genre siècle dernier, voire plus loin. Un chemisier noir, avec ce qu'il faut de détails raffinés et de dentelle, une jupe à volants noire, des boucles d'oreille en argent en forme de tête de mort souriantes, le tout rendant plutôt bien soulignant les yeux et les visage de la demoiselle tout en évitant la provocation. Rien à voir avec Oboro ! Encore que, c'est vrai qu'elle a un petit d'air de... C'est sa sœur ?

« Mwuhuhu, rien qu'à voir la tête que tu tires, chuis bien contente d'avoir changé de style! Gloussa Oboro.
-De style ? Répétais-je, plutôt sonné.
-Ben oui, après ton plan foireux, tous les malfrats de ce quartier connaissent mon signalement donc 'faut brouiller les pistes. Qu'est ce que tu en penses ? C'est mignon, non ? Demanda la jeune fille en tournant sur elle-même. »
Je n'eus pas le temps de répondre, Roshu me coupant la parole d'un impatient :
« Bon alors qu'est ce qu'on fait ?
-Ben on pourrait... Tentais-je de proposer.
-Nan toi tu te tais, Kezashi a dit pas de plan foireux tu te rappelles. M'interrompit le même
-Alors toi tu restes ici, Kezashi a dit pas d'initiatives incongrues ! Répliquais-je, passablement échauffé.
-Ok, donc vous allez faire ce que je dis tous les trois. Intervint la chuunin. On dirait des gamins. Oboro et Roshu, vous restez ici pour garder nos deux amis tandis qu'Akhen et moi on va vérifier qu'il s'agit bien du bon bâtiment et que notre cible est à l'intérieur. »
Puis se tournant vers moi elle ajouta :
« J'ai plus de lait de vache pour te nourrir, donc on va en chercher directement à la laiterie, c'est moins cher, t'as compris?
-Euuuh... Non ? Répondis-je, perdu.
-Allez métamorphose toi en gamin et on est parti...

Eh bien, il ne me restait plus qu'à obtempérer. Je devais ressembler désormais à un gamin de trois ans, sale au possible, avec des cheveux jusqu'aux oreilles, brun et habillé d'un ensemble t-shirt et short crasseux. Je mesurais donc 1 petit mètre aux yeux des observateurs extérieurs, à savoir Oboro, Roshu, plutôt blasé, Janus surpris et A-Shura dont les yeux sortaient de ces orbites! Le reste des passants ne nous prêtaient pas suffisamment d'attention pour le remarquer. Evaline, quant à elle, s'était changée en une jeune femme d'une vingtaine d'année, moins en forme et bien moins propre qu'en réalité. Elle avait diminuée légèrement sa beauté pour qu'elle ne tâche pas avec ses haillons. Me prenant par la main, elle m'emmena à travers le marché vers la fabrique de lait. J'avais l'impression d'une situation absurde, elle était plus petite que moi dans la réalité alors que pour les autres, ma main devait être levée au niveau de ma tête pour tenir la sienne. Chassant cette pensée de mon cerveau je poursuivis mon chemin en compagnie de ma maman.

*
* *

A quelques mètres de là, le duo Oboro-Roshu regardait l'étrange paire s'éloigner vers leur objectif.
« Tu penses que c'est bien celle-là ? demanda le Gensouard à sa coéquipière.
-Oui je confirme... Soupira Janus, d'un air las.
-C'est ça genre on va te faire confiance. Rétorqua son geôlier.
-Bah, si vous ne croyez pas mes dires, croyez mes yeux, eux de mentent pas, votre chef savait ce genre de chose, lui.

Sa curiosité piqué au vif, le genin approcha sa tête de celle du malfrat et se concentra sur ses yeux.
« Ok, je suis près, répète pour voir...

Malheureusement pour lui les prochains mots de Janus ne vinrent jamais, celui-ci lui enfonça ses deux doigts dans ses orbites, aveuglant le shinobi qui hurla de douleur. Piquant des deux, le désormais libéré garde du corps se jetait à corps perdu vers la laiterie. Oboro, placée légèrement derrière son coéquipier démarra à sa poursuite avant de prendre conscience qu'A-Shura était libre lui aussi. Consciente que rattraper le premier fuyard ne serait pas facile, au regard des difficultés de Roshu l'avant-veille, elle préféra plaquer l'ex-barman au sol. S'asseyant dessus, elle fouilla rapidement dans ses parchemins, en sortit un et le déposa au sol, en recouvrant le centre dans un même mouvement de ses mains jointes, paume vers le sol :
« Toi mon coco, c'est le moment de montrer ce que tu vaux : INVOCATION !

Un petit nuage de fumée blanche se développa instantanément autour de ses mains, et après un court laps de temps une voix en sortit :
« C'est moi que voilà...
Émergeant d'une démarche maladroite de la fumée, un petit pingouin clignait des yeux pour se réorienter. Immédiatement la genin l'attrapa et le plaça au niveau de sa figure, le regardant dans les yeux.
« Tu retiens : Janus arrive, arrêtez-le ! Répète !
-Janus arrive ! Arrêtez-le ! C'est facile, mais pourquoi et c'est quoi ces nouvelles friiiiiiiiiiiinnnnnnnn...
Ne laissant aucun répit à la pauvre créature, Oboro l'avait propulsé dans les airs en direction d'Evaline et d'Akhen qui s'éloignaient en direction de la laiterie .

*
* *

Sautillant au bras de ma «Maman», je gambadais vers l'objectif me préparant mentalement à mon rôle de bambin. Quand soudain un murmure attira mon attention. Saute ! me disait mon inconscient, saute ! Obéissant aveuglément à cette voix dans ma tête je sautais légèrement sur place, juste à temps pour me prendre un projectile non identifié dans le dos, ce qui me fis mordre la poussière. Jouant mon rôle à la perfection, je me tins, la tête, la zone où -selon mes estimations et grâce à l'avertissement d'Evaline- j'avais été touché. Puis exerçant une légère pression sur ma cornée, je provoquais des larmes réflexes. Mimant des sanglots je me recroquevillais en position fœtale, tandis que le projectile, un animal non identifié déclamais son message :
« Janus arrive ! Arrêtez-le ! Gyaaah, ça fait maaaalll. Heureusement que t'étais là pour amortir le choc gamin. Si t'avais pas été là... Brrrr j'en frissonne. Et pourtant je suis un pingouin ! N'empêche quelle ingrate ma maîtresse, me balancer d'entrée de jeu, on a vu plus classe comme utilisation. On a quand même sauvé un gars d'un dragon une fois. Et les gars vous m'écoutez ?

Hélas non, je ne prêtais aucune attention au babillage du pingouin pas plus que ma supérieure. Concentrés nous scrutions la foule prêt à intercepter le fuyard, qui allait passer un sale quart d'heure vu la quantité de chakra que malaxait Evaline. Soudain la foule parut se déchirer en deux et le garde du corps en jaillit, regardant derrière lui pour repérer d'éventuels poursuivants. Il ne put éviter Evaline qui se plaça juste devant lui, l'enlaçant et l'emprisonnant dans une étreinte apparemment passionnée.
Alors que le couple s'embrassait je décidais de rajouter à la confusion autour en sautillant tout autour en criant d'une voix heureuse et gamine au possible :
« Papa ! Papa ! Papa ! Papa !

Se détachant de son prétendu mari, la chuunin lui murmura ses nouvelles directives :
« Bon changement de plan : tu vas jusqu'à la laiterie avec ta femme, ton gosse et un ordre d'évacuer A-Rudra car les shinobis menacent de le capturer, on l'emmène dehors jusqu'au reste de l'équipe on le coffre et le tour est joué et on oubliera même ta petite ballade. On y va mon chéri ? »
L'incita t-elle d'une petite pression sur son dos. Fortement sous l'influence du genjutsu, la menace qui planait au-dessus de sa tête et la main aidant, Janus ne put qu’obtempérer.
Je pris cette fois-ci la main de mon papa et accompagnais mes parents vers l'objectif.

Dix minutes plus tard, Janus se fraya un chemin parmi les caravanes de Dodos et entra dans la laiterie par la porte des fournisseurs, saluant d'un signe de tête les gardes à l'entrée et leur indiquant qu'il voulait voir A-Rudra. Je les laissais à leur petite cuisine et je m'attelais à gambader avec application, titillant les Dodos, goûtant le « lait » dans les tonneaux. Y avait moyen de provoquer une belle panique, mais c'était pas le but. Aujourd'hui c'était l'heure de la discrétion et de l'efficacité. On embarque A-Rudra, ni vu ni connu, ses potes ne savent pourquoi ni où il est parti et hop c'est le brouillard dans les petits cerveaux des chefs de gangs. Bon restait plus qu'à ne pas se foirer et Kezashi serait content de nous. C'était plus facile à dire qu'... Attend qu'est ce qu'il dit, lui ?

« Hey Jo, mate ce pingouin !
-Un pingouin ? Haha ! Toi t'as touché à la marchandise, avoue !

Et merde, le pingouin ! Il va tout faire foirer, et s'il se met à parler, j'imagine pas le désastre.
Bon y a pas le choix. Bandeau blanc sur les yeux des deux gars, puis je transforme ce foutu piaf en chat.
« Ah, j'ai eu comme un flash.
-C'est ce gamin avec le couvercle en métal, il nous réfléchit la lumière de la lampe dans la tronche. Hé morveux arrête !
-Gné ? Répondis-je avant d'aller me réfugier dans les jupes de ma mère. Façon de parler, hein !

Après cette fausse alerte, Janus réussit à nous faire entrer dans la fabrique, nous menant rapidement jusqu'à notre cible, un homme entre deux âges, la peau buriné par le travail manuel au soleil. Il avait surement dû être conducteur de chariot ou un truc comme ça avant de fonder sa propre usine et de tomber dans le grand banditisme. Il ne cherchait certainement qu'à nourrir ses gosses mais on allait devoir le coffrer quand même. C'était la petite minute dérangeante de ce boulot, celle où tu t'interroges si ce que tu fais est vraiment bien. Et puis tu te rappelles les fois où t'as failli y laisser ta peau. Tu te rappelles jamais les innocents et cetera, ça tiens pas deux minutes ça, ils sont pas en face de toi, c'est théorique. Sauf pour ceux qui connaissent des victimes de ce genre de trafic mais c'est pas mon cas alors j'oublie. Mais ta vie et celles de tes coéquipiers, ça, ça vaut quelque chose pour un militaire et tu peux pas l'oublier. Désolé mon gars mais tu me laisses pas le choix, c'était irrémédiablement la conclusion de ce genre de cas de conscience.

Pendant ce temps, Janus avait expliqué la situation à A-Rudra, qui semblait assez effrayé. Il avait compris qu'il y avait un problème ces derniers temps mais n'avait pas imaginé que cela aurait des retombées sur sa personne. Néanmoins le bonhomme n'était pas stupide et se méfiait quand même :
« Mais comment je sais que la fille n'est pas une ninja venue m’arrêter et qu'elle ne te contrôle déjà pas ?
-Ben je suis déjà passé prendre A-Shura. Tu peux lui parler via cette radio.
L'homme s'en empara aussitôt et parla précipitamment à l'intérieur :
« A-Shura ?
-Oui, c'est moi. Dépêche moi Rudra, les shinobis ont détruit mon auberge, Janus et moi y avons réchapper de peu. C'est une question d'heures avant qu'il ne retrouve. Viens avec nous. Si on coupe les ponts ils ne pourront rien faire et on te trouvera un autre gagne-pain.

Les mots prononcés par l'ancien barman firent -malgré eux?- leur petit effet dans le cerveau du patron de l'usine. Pesant le pour et le contre, il s'aperçut soudain qu'il n'avait pas vraiment le choix et que si Janus était passé du côté des Shinobis ce ne serait pas les quelques ouvriers qui restaient qui pourraient le protéger. Soucieux de préserver la vie de ces hommes, le vieil homme finit par accepter de nous suivre.
Nous quittâmes l'auberge sans autres difficultés les deux équipes livrèrent leurs colis respectifs aux QG des interrogateurs de Kezashi. Il était sept heures du matin et la journée ne faisait que commencer.

Akhen
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 9/9/2011, 21:54

Les deux Goishis se tenaient devant une petite porte qui plongeait dans les profondeurs de l’entrepôt. Vêtu d’un kimono noir et le visage caché par un masque blanc sans expression, personne n’aurait pu déterminer leur identité. Le premier se tenait bras croisés, était pieds nus et n’arborait aucune arme : Toubib, alias Kentaro, considérait en effet qu’il avait tout ce dont il avait besoin à disposition avec son corps. L’autre était revêtu en plus d’un poncho élimé noir, et à la place de ses bras flottaient deux paires de chaines, l’une se terminant par des crocs de boucher et l’autre par des sphères lestées. Maillon, alias Ikemoto, était un expert marionnettiste qui ne jurait que par ses chaînes de combat.

Les deux hommes de mains de Nobunaga étaient en train d’échanger leur point de vu sur la situation : l’un arguant qu’on leur avait filé une mission et qu’il était de leur devoir de l’accomplir jusqu’au bout, l’autre martelant que son petit doigt lui assurait qu’ils avaient à faire à un quelconque gang merdique et pas du tout à Akio et sa bande, et que c’était juste du temps perdu, tout ça.

Une troisième voix mit rapidement fin à l’échange, leur rappelant qu’ils n’avaient pas toute la nuit et que ce serait bien qu’ils se décident. Grésillante et synthétique, cette voix n’avait rien d’humaine et semblait venir de nulle part. C’était celle de Spectre, le troisième larron de l’équipe – toutes les escouades du Goishi fonctionnaient en trinôme.
Hormis Nobunaga et quelques gens triés sur le volet, personne ne connaissait l’identité de Spectre. Ni ne l’avait vu, ni même entendu sa véritable voix. Spectre était un maître de la dissimulation et de l’espionnage, et même s’il ne se battait jamais, il était un formidable atout.

« Ecoute, Toubib, trancha Maillon, tu fais ce que tu veux, de toute façon, je n’ai pas besoin de toi pour m’occuper de pouilleux dans leur genre. »

Sans ajouter un mot, le marionnettiste se détourna et fit un pas vers la porte. L’instinct de conservation de Kentaro lui hurla alors que quelque chose n’allait pas, et le chunin se jeta sur son compagnon, le bousculant de l’épaule.

De fait, l’énorme bélier de bois qui pulvérisa la porte percuta de plein fouet le médecin au lieu du marionnettiste, le projetant plusieurs mètres en arrière.

Le souffle coupé, cherchant en vain sa respiration tandis qu’une cuisante douleur lui tordait le ventre, Kentaro perçut son compagnon qui se jetait à ses côtés.

« Toubib, ça va !? »

Le jeune médecin rassura son coéquipier d’un geste, tandis que le choc passait et qu’il retrouvait l’usage de son diaphragme et de ses poumons. Ce n’est alors qu’il put jauger les dégâts.
Son épiderme de diamant l’avait protégé, lui évitant une mort certaine. La pointe du tronc-bélier avait littéralement explosé sur lui, et il souffrait de nombreuses plaies. Plusieurs échardes monstrueuses étaient encore fichées dans son corps.

Kentaro se rassit en grimaçant de douleur. Ça lui faisait mal rien que de regarder. C’est quand même nettement moins drôle quand ça vous arrive à vous qu’aux autres, songea-t-il.

« C’était quoi, cette saloperie ? Grommela le chunin en commençant à arracher les pointes de bois.
_ Un piège, grogna Maillon. Le bélier est fixé à un moyeu, ce qui a permis de le placer à la verticale dans l’antichambre derrière. J’ai sûrement activé le piège en approchant : le tronc a été relâché, il est tombé par effet de gravité et le moyeu l’a fait pivoter à 90 degré, transformant l’inertie et la force de pesanteur en puissance de pénétration pour embrocher le type derrière la porte. Heureusement que tu te l’ais pris à ma place, je n’y aurai sûrement pas survécu.
_ Ouais, ben si j’avais su que ça ferait aussi mal…
_ C’est plus ennuyeux que ça. La pointe a vraisemblablement été travaillée pour que l’onde de choc la déstructure de telle sorte qu’elle se fragmente en ces énormes échardes. C’est très bien pensé et très bien travaillé, admit Maillon.
_ Mais où va-t-on si les grouilleux d’Arasu se mettent à préparer des pièges de cet acabit ? Se plaignit Kentaro.
_ En tant que chunin, nous sommes trop confiants en nos capacités. En y réfléchissant, nous faisons des cibles faciles à piéger, affirma le marionnettiste.
_ Ouais, ben finalement j’ai changé d’avis : on y va et on dégomme tout le monde ! Tempêta Kentaro. Pas question que cette mentalité se répande dans la ville ! ça va surcharger l’hôpital et me faire plus de boulot, pas question !
_ Maillon, Toubib, annonça Spectre, j’ai du nouveau !
_ Ah ? Et ? S’enquit le marionnettiste.
_ L’antichambre donne sur une large pièce avec une mezzanine qui court tout le long des murs…
_ Attends… l’interrompit Kentaro. Comment t’es allé voir de l’autre côté ??
_ Secret.
_ Et tu pouvais pas en profiter pour les décalquer, ces cons ?
_ Non.
_ Pffff… Mais tu sers à rien !
_ Je peux poursuivre ?
_ Ouais, vas-y…
_ Donc, reprit Spectre, dans la pièce suivante, le sol est couvert d’huile inflammable, et des filets lestés de poids sont suspendus au plafond, prêt à tomber quand ils le veulent.
_ Ils ? Releva Maillon.
_ Il y a huit gars au rez-de-chaussée, qui s’abritent derrière des balustrades. Ils sont équipés d’arbalètes lourdes, presqu’aussi grande qu’eux.
_ Nan mais ça va pas la tête ? S’insurgea Kentaro. Z’ont une idée de la puissance de ces machins ?
_ C’est sûr que s’ils parviennent à nous aligner, on fera nettement moins les malins. Si tant est qu’on survive à l’impact, évidemment, surenchérit Maillon.
_ Ce n’est pas tout, il y a cinq gars sur les hauteurs, qui attendent avec des cocktails molotov.
_ Hein !? Les vaches, ils y vont pas avec le dos de la cuillère, ces cons ! Grommela le médecin.
_ C’est même particulièrement futé de leur part, admit le marionnettiste.
_ Comment ça ?
_ Si tu n’avais pas pris le bélier à ma place, je serai mort. Auquel cas, comment aurais-tu probablement réagis ?
_ J’aurai foncé leur meuler leurs faces !
_ Et tu te serais retrouvé empêtré dans des filets plombés, au beau milieu des flammes, sous une pluie de coktails molotov et aligné par des arbalètes gros calibres. Même pour toi, les chances de survie auraient été minces.
_ Les petits cons !
_ On est plus fort, plus rapide et plus dangereux qu’eux. Logique qu’à un moment donné, quelqu’un mette sa fierté de côté et décide qu’il n’est pas obligé de nous vaincre à la loyale. Mieux vaut être un lâche qui survit qu’un homme d’honneur qui court à l’abattoir. La question est donc, que fait-on, maintenant ?
_ Tu les prends à revers par les toits et tu neutralises les filets, décida Kentaro. Quand ça sera fait, je passe par l’entré principal et je mate les gars d’en bas pendant que tu fais leur fête à ceux d’en eux.
_ En somme, on fonce et advienne ce que pourras ? Résuma Maillon.
_ Tsss… C’st quoi cette vision réductrice de la stratégie, hein ?
_ Ça me va, j’y vais. Spectre, tu me guides ? »

Le marionnettiste s’éloigna, et Kentaro en profita pour procéder à quelques menus soins d’urgences. Virer ces échardes longue comme la main, désinfecter rapidement et quelques manip’ d’acupuncture, de quoi arrêter les saignements et atténuer la douleur. Le bricolage ne tiendrait que quelques minutes, mais ça serait amplement suffisant. M’enfin faudrait qu’il prenne le temps de recoudre tout ça correctement après.

Le jeune médecin s’engagea ensuite dans l’antichambre, tous les sens aux aguets, des fois que d’autres pièges lui pendent au nez. Mais il semblait que l’énorme bélier broyeur d’intestins ait été le seul.

Kentaro attendit quelques secondes près de la porte, tendant l’oreille pour percevoir un éventuel signe de lutte qui lui indiquerait si le combat avait commencé. Maillon était fort, mais seul face à un escadron d’arbalétrier, le médecin ne donnait pas cher de sa peau pour autant. Ni même de la sienne, en fait. Ces conneries faisaient des ravages, il suffisait donc d’un coup chanceux pour liquider un shinobi.

La voix métallique de Spectre retentit derrière lui – bien que Kentaro savait pertinemment qu’il était seul.

« Maillon va éclater le toit et faire chuter les filets pour que tu puisses rentrer. Dans une dizaine de secondes. »

Kentaro recula, se calma et se prépara à l’action. Il se mit à décompter lentement. Lorsqu’il atteignit deux, un boucan du diable se fit entendre de l’autre côté de la porte, suivit de chocs sourds (vraisemblablement les filets lestés qui tombaient, coupés par Maillon) et de hurlements paniqués.

Le chunin se mit en action, enfonçant la porte d’un solide coup de pied. En une fraction de seconde, il repéra la forme sombre de Maillon qui se déplaçait dans les hauteurs et neutralisait les adeptes des coktails explosifs, ainsi que les arbalétriers qui tentaient d’aligner le ninja.

Kentaro chargea les tireurs. Il n’avait pas fait quelques mètres qu’un cocktail incendiaire éclatait derrière lui, embrasant l’huile du sol. Le jeune homme se jeta désespérément en avant, prenant de vitesse les flammes qui se propageaient mais pas assez pour éviter de se faire légèrement roussir la plante des pieds.

Un carreau le frôla, sifflant près de son oreille avant d’exploser un poteau de soutien puis de se ficher profondément dans le mur.
Un de moins, songea Kentaro : vu le temps de rechargement de ces engins, il en aurait fini avant.

Le jeune homme atterrît pied en avant sur l’un des sbires avant que celui-ci ne puisse le mettre en joue, le catapultant violemment contre le mur. Se réceptionnant souplement à terre, il récupéra l’arme du type et l’envoya à la figure d’un autre, le sonnant pour le coup. Un autre carreau explosa la balustrade près lui, faisant pleuvoir une pluie de copeaux. Mais le brasier qui s’étendait au milieu de la salle gênait la visibilité des tireurs qui ne pouvait plus viser correctement.

Kentaro dévia l’arbalète de son voisin qui tentait de l’aligner à bout portant, avant de lui porter un solide coup de pied à la mâchoire. L’arme de tir effectua ensuite un vol plané en direction d’un gars qui déboulait depuis l’allée de gauche. Ce dernier évita le projectile peu orthodoxe dans un juron, dégaina un tantô et se fendit en avant pour embrocher le ninja. Kentaro pivota sur lui-même, saisit le bras de son assaillant et le poussa en avant. Le coude fut bloqué par l’un des montants de la balustrade et se brisa. Le médecin acheva son assaillant d’un coup de genou au plexus.

Un carreau jaillit du brasier et le médecin eût à peine le temps de se reculer. Le projectile lui écorcha le front, le repoussant en arrière sous le choc. Kentaro se releva d’un bond, bien décidé à faire sa fête au tocard qui avait failli l’avoir, quand la voix de Spectre lui parvint.
Ou, pour être plus exact, retentit dans sa tête, par-dessus le tumulte de la bataille.

« Leur chef s’enfuit ! Mur de droite, tu peux passer au travers ! Vite !»

Kentaro ne se le fit pas dire deux fois et chargea le mur de droite. Un vague instant, il espéra que Spectre ne s’était pas trompé dans son estimation, mais il était de toute façon trop tard. Le chunin rentra la tête dans les épaules, serra les dents et percuta violemment le mur.

Comme l’avait prévu Spectre, il passa allègrement au travers, celui-ci n’étant fait que d’une simple épaisseur de bois. Kentaro atterrît dans une petite ruelle déserte, à l’arrière de l’entrepôt. Il avait à peine touché le sol que ses sens à l’affût repérèrent le fuyard, sur sa gauche. Le chunin bondit en avant, accélérant à chaque foulée. En quelques secondes, il rattrapa le fuyard, lui sautant dessus avant de le plaquer au sol et de lui cogner deux fois la tête par terre pour faire bonne mesure.
C’est toujours plus facile de ramener un prisonnier inconscient qu’un type qui se débat.

Une vague de douleur émana de son ventre. Kentaro se crispa, attendant qu’elle s’atténue. L’effet anti-douleur prenait fin, ç’allait être nettement moins drôle. Surtout que ses mouvements violents n’avaient fait que déchirer davantage les plaies…

Le chunin grogna et chargea le chef sur son épaule, avant de revenir à pas lent vers l’entrepôt.

« Quelqu’un arrive ! Ne bouge plus ! » Intima soudainement Spectre dans sa tête.

Kentaro s’adossa au mur en grognant. Effectivement, un type tout de sombre vêtu s’engageait par la ruelle. Il passa devant le mur explosé sans un regard vers celui-ci, sourd au bruit des flammes et des geignements qui s’en échappait. Sans ralentir, il passa ensuite devant Kentaro, sans s’étonner de sa présence ou du corps qu’il portait. Lorsqu’il tourna à l’angle, Kentaro reprit son chemin.

« Spectre ? T’es là ?
_ Oui.
_ Il ne nous a pas vu, hein.
_ Exact. Inutile d’attirer l’attention si possible. »

Kentaro ne pouvait qu’être d’accord. Le Kiritsu pourrait bien s’offusquer que des ninjas agissent sous une autorité autre que la leur.

Le chunin passa par le trou qu’il avait crée et déposa le colis à terre. Il n’y avait plus quelques flammèches sur le sol, ainsi que sur les murs, là où les cocktails avaient explosé trop près.
Les survivants de l’assaut étaient regroupés dans un coin, sous l’œil attentif de Maillon.
Ce dernier avait toute une épaule brûlé, et son masque avait fondu du même côté. Visiblement, quelqu’un avait été à un cheveu de l’aligner avec sa saloperie incendiaire.

Kentaro grimaça en repérant la brûlure.

« Ce n’est pas très joli…
_ Plus que tes abdos massacrés, rétorqua Maillon avant de faire jouer ses chaînes. Ça ne m’handicape pas et ça ne saigne plus, alors occupe-toi d’abord de ton état. De toute façon, ton rôle est terminé ici, je m’occupe du reste.
_ Pardon ?
_ Je te l’ai déjà dit, je n’ai pas besoin de toi pour m’occuper de ces pouilleux. Maintenant qu’on les a coincés, je vais leur faire cracher tout ce qu’ils savent.
_ C'est-à-dire rien.
_ On ne peut pas le savoir avant de l’avoir vérifié. Spectre, bricole-moi quelque chose pour le trou béant dans le mur.
_ C’est déjà fait. Ça ne tiendra qu'une petite heures, par contre.
_ Heu… Hésita Maillon. Toubib, j’ai une hallu’ ou le trou est toujours là ?
_ Pour l’hallu’, je ne sais pas… Mais le trou, ouais.
_ Pourquoi s’embêter à faire les deux faces de l’illusion ? Demanda Spectre. Si quelqu’un voit le mur depuis notre côté, le trou sera vraisemblablement le cadet de nos soucis.
_ Pas faux.
_ Alors filez, intima Maillon. Je n’ai pas besoin de vous pour la suite. »

Kentaro haussa les épaules. Si Maillon voulait faire le mariole avec ses blessures, grand bien lui fasse. Il avait déjà bien assez à faire avec les siennes. Une simple mission de routine ? Tu parles !

Le jeune homme se retourna et quitta la pièce dévastée en passant par le trou qu’il avait lui-même foré. Une fois dans la rue, il jeta un coup d’œil circulaire, puis ôta son masque qu’il rangea dans la poche intérieur de sa veste en lambeau, repoussa sa capuche et remis ses sandales, redevenant Kentaro Satokira, un simple shinobi parmi tant d’autres.

Le médecin se pansa sommairement avec sa trousse d’urgence avant de reprendre la route du Gyosei Machi. La nuit était claire, la lune suffisant à elle seule à éclairer le chemin. Finalement, au détour d’une rue, Kentaro avisa l’un des jardins qui ponctuaient le Gyosei et se laissa tomber sur un banc.

Il avait mal, il se sentait las et… Kentaro ressortit le masque de l’intérieur de sa veste et le regarda un moment. Il hésitait encore.

« Ça va bien ? »

La voix de Spectre retentit si soudainement que Kentaro en sursauta, manquant de lâcher son masque. Il se redressa vivement, étouffant un juron tandis que ses blessures le tiraient, et jeta un coup d’œil à la cantonade. Personne, évidemment. Kentaro se rassît sur son banc.

« Qu’est-ce tu fous là, Spectre ? Maugréa le médecin.
_ Je te surveille. C’est ta première mission après tout. Alors ?
_ Alors je suis en charpie et j’me vide de mon sang… et tu me demandes si ça va bien ? Gros malin, va…
_ Je ne parlais pas de ton état physique. On… On m’a prévenu de ton coté heu, troublion.
_ Oooh ? Le Vieux vous a prévenu que j’étais une forte tête qu’en faisait qu'à ma guise sans me soucier de l’autorité ? Baaah, ‘faut pas l’écouter, il est un peu taquin. Il m’en veut encore pour le furet, c’est tout.
_ Le furet ?
_ T’occupes.

Tout en discutant, Kentaro avait tendu l’oreille, amplifiant son ouïe à l’aide de son Gokan Henshitsu. Et ayant repéré d’où venait cette fichue voix, il se jeta à terre, lorgnant sous le banc.
Sauf qu’il n’y avait évidemment personne.

« Perdu, fit Spectre, habitué à cette réaction de la part des nouveaux.
_ Mouais… »

Par acquis de conscience, Kentaro tendit le bras et palpa sous le banc, mais il n’y avait vraiment rien. Même hors mission, Spectre prenait toutes ses précautions. Dépité, le médecin dut se résoudre à se rasseoir.

_ Hé bien… Reprit Spectre. Cela a été formulé en d’autres termes, mais oui… Plus ou moins. Et donc…
_ Donc, compléta Kentaro, vous vous demandez si je peux supporter d’enfiler ce masque tout nul et d’endosser le rôle d’un simple pion, de faire taire mes pulsions et ma mauvaise foi habituelle, de me cantonner aux ordres de mission et de passer outre mon Serment même si cela doit causer la mort d’une douzaine de pauv’types qu’ont le seul tort d’avoir réussi à cacher leur labo de drogues mieux que la moyenne. Et de nous avoir pourris la soirée avec leurs pièges et stratagèmes à la con, accessoirement.
_ Nous n’avons tué pers…
_ Te fous pas de ma gueule, Spectre ! On est tous les deux assez futés pour savoir le sort qui les attend lorsque Maillon en aura fini avec eux. Le Vieux ne peut pas se permettre de laisser le moindre témoin à Arasu. Oh, bien sûr, qui irait se pencher sur leur vague histoire sur une bande de shinobi inidentifiables qui les a matés ? Rien de bien étonnant avec le Kiritsu, ça arrive tous les jours… Oui mais voilà, si de tels témoignages faisaient trop souvent surface, les autorités du Kiristu pourraient s’en étonner et se mettre à chercher qui sont ces justiciers de l’ombre qui agissent sans ordres. Ou en tout cas, pas les leurs.
« Non. Le Vieux est trop magouilleur pour prêter ainsi le flanc à des complications qui le mettraient en porte-à-faux avec le conseil ou pire, affaiblirait le village face aux deux autres !
« Si je passe dans ce quartier, demain, que vais-je trouver, hein ? Probablement une structure calcinée. Le lieu d’un sinistre, un malheureux accident, un énième labo partit en fumé, emportant ses occupants avec eux… Bon, si le légiste est un tant soit peu compétent, il relèvera sûrement des traces de mauvais traitements. Voire même de tortures… Auquel cas, il conclura naturellement sur une rivalité entre gang qui a tourné à l’élimination du plus faible.
« Bref, ces types vont être liquidé parce qu’on ne peut pas faire autrement pour couvrir notre présence. Mais ils n’en demeurent pas moins que nous en sommes doublement responsables. D’abord, parce que c’est nous qui les avons matés. Ensuite, parce qu’on l’a fait en sachant pertinemment qu’on avait pas à faire à Akio, et en sachant qu’ils ne nous y conduirait pas.
_ Nous ne savons pas enc…
_ Mais merde ! S’emporta Kentaro. Akio est un putain de petit génie. Le Vieux l’a radié du village pour le pousser à la faute et mettre des bâtons dans les roues de Yoshimitsu, mais ce petit con est parvenu à garder la tête hors de l’eau tout en s’adaptant à sa nouvelle condition de fugitif. Nan mais sans blague, vous pensez vraiment que des tocards de troisièmes zones comme ceux d’aujourd’hui puissent avoir le moindre renseignement sur lui ? Pourquoi il irait s’acoquiner avec des loosers dans ce genre ? C’est n’importe quoi ! S’il ne se fiait pas uniquement à son carré de fidèles, notre principal souci ne serait pas de trouver sa piste, mais de parvenir à le coincer avant le Kiritsu.
« Il n’y avait pas la moindre chance que la piste de ce soir nous mène quelque part. Dans mon jargon, ça s’appelle un massacre gratuit.
_ Le Vieux avait raison, en définitive, vous n’êtes pas juste un gros tas de muscles, reconnut Spectre.
_ J’vais prendre ça pour un compliment.
_ Et pour en revenir au sujet principal… Pouvez-vous supporter votre rôle ?
_ Je l’ai déjà dit lorsque j’ai accepté de rejoindre la force vive du Goîshi, rétorqua Kentaro. En mettant ce masque, j’accepte de mettre mon identité de côté et de ne plus qu’être un simple pion, sans identité. Donc exit le Serment, pour ce qui vous inquiète. Je serai un bon toutou fidèle et loyal.
_ Bien. Je…
_ Mais ! Insista Kentaro.
« Mais… Si je me suis mis en tête d’arrêter Akio, c’est parce que j’ai été témoin de ce qu’il avait fait. Il a massacré sans vergogne un village entier pour assouvir sa curiosité sur le projet qui l’occupe. Un massacre gratuit. Et il n’en était pas à son coup d’essai, loin de là. Voilà pourquoi je l’arrêterai, pourquoi j’ai rejoint le Goîshi, et décidé de me mettre sous les ordres du Vieux, même si je dois transgresser mon Serment.
« Mais si ses méthodes doivent nous faire ressembler à ce que nous combattons, à quoi bon ? En médecine, on invalide un médoc’ dès lors que ses effets secondaires sont plus dévastateurs que ce qu’il soigne. Notre situation ne diffère pas. Si pour arrêter Akio et Yoshimitsu, nous devons jouer dans la surenchère sanguinaire, ça n’en vaut pas le coup.
_ Qu’est-ce que tu veux dire ? S’enquit Spectre, inquiet.
_ Je peux faire abstraction de mon Serment pour vous, expliqua le médecin. Mais je ne tolérerai pas un trop grand nombre de bévues dans ce genre. Je ne dis pas qu’on évitera toujours le bain de sang. Mais celui de cette nuit était clairement superflu.
« Tu es en relation avec le Vieux, alors ne te prive pas d’aller lui répéter mon point de vu : si la frontière devient trop flou entre vous et eux, je n’hésiterai pas à vous ranger dans le même sac. Et je vous ferai obstacle jusqu’à causer votre perte, à tous. »
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 10/9/2011, 22:13

Kentaro entra de mauvais poil dans le vieux tripot tout moisi et miteux où on l’avait appelé. Une entêtante odeur doucereuse de viande grillée flottait dans l’air et, à en voir les traces de brûlures qui ponctuaient l’endroit, ainsi que le mobilier bousillé dont plusieurs éléments fumaient encore, quelqu’un s’était complètement lâché sur le katon.

Un shinobi portant le bandeau de Gensou s’approcha du jeune homme. De taille moyenne, les cheveux cachés sous un bonnet et portant le gilet à poches habituel des shinobis, il avait le bras méchamment roussi et mal bandé.

« C’est quoi c’soin à la va-vite ?! S’insurgea illico Kentaro. Rapplique ici tout de suite que je te refasse ça.
_ Heu… Vous êtes le légiste ? Hésita le gensouard.
_ Le médecin légiste, oui, acquiesça le Mahousard. Approche. Et laisse tomber le vouvoiement.
_ Mais je… Heu…
_ Quoi ? T’as peur que les cadavres s’échappent pendant que je te soigne ? Railla Kentaro.
_ Non, je… Bon, ok… »

Le chunin se laissa tomber sur une chaise, tandis que Kentaro tirait à lui un tabouret et sortait sa trousse de premier secours.

« Alors ? Demanda le médecin en nettoyant la brûlure. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Qui a eu l’idée foireuse du barbecue géant ? Pis pourquoi y’a besoin de moi ?
_ Ce sont les ordres, expliqua le chunin. On doit faire appel à un légiste pour chaque mort hors mission. Surtout quand elle est suspecte.
_ Suspecte ? Comment ça ? Questionna Kentaro tout en appliquant un baume cicatrisant sur les plaies.
_ Le plus simple serait que je commence par le début. C’est le vieux boiteux.
_ Qui ça ?
_ L’un des clochards qui traine toujours non loin. Le patron leur offre quelques petits boulots de temps en temps. Des courses, mettre la main sur des choses pas tout à fait légal, ce genre de chose. Bref, ce gars faisait parti des réguliers. C’est un type qui avait appartenu à un gang. Il se vantait d’avoir été dans la garde rapproché de son boss. J’ignore si c’était vrai. Son gang aurait éclaté lors de la prise d’Arasu, et lui-même a été salement blessé, ce qui a mis un terme définitif à sa carrière de sabreur. Et lui a refilé sa démarche caractéristique. Bref… Un type aigri et un fouteur de merde : il avait le vin mauvais et tapageur, et évidemment, il claquait tout ce qu’il touchait en mauvaise bibine. On a du le dégager manu militari de ce boui-boui à plusieurs reprises, parce qu’il s’en prenait à d’autres clients.
_ Charmant personnage, commenta Kentaro en tirant un bandage de sa sacoche. Et tout ça nous amène où ?
_ J’y viens. On ne l’avait plus vu depuis une petite semaine, environ. On le guettait un peu, vu que ses deux inséparables compagnons ont été retrouvés refroidis à à peine une rue d’ici. Non que leur sort nous préoccupe mais bon, on est sensé faire respecter l’ordre, donc on s’était dit qu’on lui toucherait deux mots si on le croisait.
_ ‘Sont morts comment, ses copains ? Voulut savoir le médecin.
_ Les cadavres ont été envoyés à la morgue, répondit le Gensouard. Mais rien, à première vue, ne permettait de se prononcer sur leur mort. Ni même d’affirmer qu’elle avait une cause violente. On ne nous en a pas dit plus, donc je pense qu’elle n’a pas été découverte.
_ Intéressant, commenta Kentaro en cherchant ses ciseaux. Mais ça n’explique pas l’ambiance d’enfer du coin, tout ça…
_ Comme tu le devines, notre gaillard est réapparu.
_ Et il a tellement résisté que vous vous êtes senti obligé d’incendier tout le bâtiment pour lui faire peur ?
_ C’est lui qui a fait ça. »

Kentaro se figea un moment sous la surprise.

« Attends, reprit le médecin. Un pauvre clochard a rappliqué et soudainement…
_ Il s’est mis à lancer des boules de feu comme s’il en crachait, affirma le chunin. Littéralement, ça lui venait aussi simplement, naturellement.
_ Nan, nan, nan… Y’a que les shinobis qui maîtrisent le chakra. Tu ne vas pas me faire croire que vous avez côtoyé un déserteur pendant tout ce temps sans vous en apercevoir.
_ S’il maniait le chakra, on l’aurait forcément remarqué à un moment où un autre. J’veux dire, certains soirs où il était bien éméché, on y allait pas de main morte, non plus.
_ Alors quoi ? Il aurait appris le Nindô ? En une semaine ? Allons donc, c’est impossible, réfuta Kentaro.
_ N’est-ce pas ?
_ Et pourquoi attaquer un vieux tripot… J’veux dire, il aurait pu tenter de dévaliser une boutique ou…
_ D’après le peu qu’on a saisi avant qu’il ne commence à atomiser à tout-va, il voulait nous faire regretter nos grands airs et notre arrogance, rapport à toutes les fois où on l’a foutu dehors.
_ Tu parles d’un mystère… murmura Kentaro. Ça m’intéresse ! Où est le loustic ?
_ Des mystères, en veux-tu, en voilà ! Soupira le Gensouard. Suis-moi. »

Kentaro termina de nouer le bandage en un tournemain, puis emboîta le pas du chunin qui le guida vers un coin de la pièce. Le médecin s’aperçut que la zone avait salement morflé. Tout y était brulé au plus haut point, et le mobilier présent y était complètement tordu et calciné. Le Gensouard indiqua du geste quelque chose derrière ce qui avait du être une table renversé. Le médecin jeta un coup d’œil sans rien remarquer de particulier.

« Et ? Demanda le médecin, dubitatif. Il est où, le type ?
_ Le tas de cendre.
_ Vous l’avez atomisé ?? S’abasourdit Kentaro. Mais vous êtes malade !? J’croyais que c’était un pauv’clodo !
_ Aloooors… D’abord, le "pauv’clodo" en question balançait des flammes à tout va, au point de nous empêcher de riposter. Secundo… Ben il s’est fait ça tout seul, avoua le chunin.
_ Tout seul ?
_ Après… quoi ? Dix secondes après avoir commencer à chauffer la salle, grand maximum, monsieur s’est subitement embrasé, une véritable torche humaine. La chaleur qu’il dégageait était monstrueuse, t’as qu’à voir les alentours. Quand ça a fini par se calmer, il ne restait plus que ça.
_ Et comment t’expliques ça ? Voulut savoir Kentaro.
_ Aucune idée. Combustion spontanée ? Proposa le Gensouard.
_ Foutaise ! Rétorqua le médecin. Les gens ne s’enflamment pas comme ça.
_ Ils ne se mettent pas non plus à cracher des flammes subitement, objecta le chunin.
_ Pas faux.
_ Ça m’a l’air lié, c’est évident. Et j’dis pas ça parce que je suis le responsable et que je veux régler la paperasse rapidement.
_ Nan, grommela Kentaro. Y’a un truc qui colle pas…
_ Ah bon ? Quoi donc ?
_ J’en sais rien… Une simple impression… T’occupes pour la paperasse, décida le médecin. Vous êtes dégagés de toute responsabilité.
_ Ah ? S’étonna le chunin. Mais je croyais que…
_ Ce que tu vois est le résultat d’une calcination, expliqua Kentaro. La température a été telle qu’il ne reste plus le moindre élément organique de notre bonhomme mystère. Et je ne connais pas un seul shinobi capable de dégager une telle chaleur avec juste son kâton. Ça ne peut pas être vous.
_ Donc… Combustion spontanée ? Revint à la charge le Gensouard.
_ Si ça arrivait vraiment, on aurait des tas d’exemples et de données sur le sujet, depuis le temps. T’en as souvent entendu parler, toi ?
_ Ben…
_ Voilà, conclut le médecin. Allez, file, ‘faut que je joue les légistes... »

Kentaro tira un sac plastique destiné aux échantillons biologiques puis, l’air blasé, se mit à réunir les restes du mystérieux clochard incendiaire.

*
* *

Kentaro se tenait sur le balcon de son bureau, à l’hôpital d’Arasu, tasse de thé à la main, regardant d’un air absent le soleil se lever sur la cité du crime. Il venait de passer la nuit sur cette histoire de cendres, pour voir ce qu’il pouvait en tirer, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il avait fait choux blanc.
Ce qui était un signe en soi.

Le médecin était certain d’avoir mis le doigt sur quelque chose. C’était trop… parfait. Quelque chose s’était passé, ça, c’était un fait. Et il n’en restait pas la moindre trace, rien d’utilisable, rien qui ne permette de l’identifier, ni d’en définir la cause. Ça aussi, c’était un fait.

Dans la foulée, il avait retrouvé et ressorti de la chambre froide de la morgue les corps des deux comparses du mort. Malgré un examen très poussé, lui aussi avait du se résoudre au même constat que ceux qui avaient mené l’autopsie. Ils étaient parfaitement bien… sauf qu’ils étaient morts. Pas de toxines, pas de traumatismes, pas d’agents infectieux, rien, rien, rien… Là aussi, pas de traces, rien d’utilisable.

Trois personnes proches décèdent de deux façons différentes, étranges et non-naturelles, et aucune ne laissent quoi que ce soit qui permettent de définir la cause de leur décès. Une coïncidence… ou une signature.

Pour Kentaro, c’était clair et net. Il venait de trouver la preuve qu’Akio était bel et bien présent à Arasu. Et qu’il y poursuivait ses expériences.

Mais ce n’était qu’une intuition. Et même si Nobunaga respectait et avait confiance en son instinct, il ne mobiliserait pas davantage de Goishi sur une simple impression.

C’est pourquoi Kentaro avait besoin d’une preuve.

« Tu es là, Spectre ? Murmura le médecin.
_ Comment l’as-tu su ? Je viens d’arriver, répondit la voix déformé de Spectre.
_ Je me suis senti observé.
_ D’habitude, ça ne…
_ J’ai passé une nuit blanche et j’ai les nerfs à fleur de peau, ce qui me rend plus irritable et sensible, expliqua Kentaro. Bref. Tu es une légende du renseignement, d’après la rumeur : à quel point je peux m’y fier ?
_ Cela dépend.
_ Tu as vu les noms des trois dossiers qui traînent sur mon bureau ? S’enquit le médecin.
_ Evidemment.
_ Trouve un maximum d’information sur eux, ordonna Kentaro. Le plus vite sera le mieux.
_ De quel type ?
_ Ascendance et descendance.
_ Ce sera fait. »

La désagréable impression d’être observé s’évanouit, et Kentaro en déduisit que Spectre était reparti, le laissant seul avec ses pensés.

Une intuition… C’est tout ce qu’il avait.
Mais Akio n’avait peut-être pas pensé à tout.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 17/9/2011, 18:30

Kentaro s’approcha discrètement de la salle de briefing. La porte était fermée, ce qui l’empêchait de savoir s’il y avait du monde dedans. S’approchant à pas de loups, le chunin accrût son ouïe à l’aide de son Gokan Henshitsu (Altération des Cinq Sens) et tenta d’apercevoir le moindre bruit de conversation, ou bien même celui de quelqu’un faisant les cents pas.
Rien de rien.

Le jeune homme poussa un gros soupir de soulagement et s’apprêta à ouvrir la porte, lorsque son ouïe suramplifiée perçut le bruit caractéristique du froissement d’une feuille.
Nom de nom ! Il y avait quelqu’un dans la pièce !

Le médecin prit quelques secondes de réflexion, réfléchissant à ses différentes options. Finalement, il dut bien se résoudre à au moins vérifier qui était là. Si ça se trouve, ça n’avait rien à voir avec lui.

Avec mille précautions, Kentaro tourna la poignée le plus lentement possible, avant de faire pivoter silencieusement la porte sur ses gonds. Il se ménagea un petit interstice et glissa un coup d’œil.

Il y avait effectivement quelqu’un présent dans la petite salle de briefing. Un petit nabot pas très grand, genre haut comme trois pommes, avec une barbe fournie et d’épais sourcils, assis sur une chaise et profondément plongé dans la lecture d’un bouquin.

Kentaro recula à l’abri du couloir et pesta mentalement pendant cinq bonnes minutes. C’était bien sa veine de tomber sur Kalem, le seul genin qu’une demi-heure de retard pour le briefing ne dérangeait absolument pas.
Mais merde, il avait rien d’autre à foutre de ses journées ? Son temps n’était-il pas précieux ? Qu’est-ce qu’il attendait pour aller batifoler dehors en envoyant péter cette mission et son chunin pas foutu d’arriver à l’heure ?

Kentaro grogna. Lui, on lui aurait fait ça, ç’aurait fait belle lurette qu’il se serait casser et au diable la mission. Il fallait croire que tous les genins n’étaient pas aussi impatient que lui.

Le médecin soupira en réalisant qu’il n’y couperait pas. Sa première mission de chunin allait bel et bien avoir lieu, et avec un genin sous ses ordres, qui plus est. Et un genin qu’il connaissait, en prime, pour ne rien arranger.

Le chunin hésitait à se taper un gros coup de déprime quand une idée lumineuse lui traversa l’esprit. Et c’est finalement pas plus malheureux que d’habitude qu’il pénétra dans la salle de briefing.

« ‘Lut, Kalem ! Qu’est-ce que tu fiches là ? »

Le nabot leva à peine un œil de son livre, grogna un vague salut, avant de reprendre sa lecture palpitante sur "la comparaison clinique des effets du Tarabocopenn et du Polybrachoronte pour traiter la stomatose chronique spongiforme".

« Ch’uis là parce qu’on m’a convoqué pour une foutue mission, râla finalement Kalem. Ch’ais pas ce qu’ils s’imaginent, au QG. Je suis un shinobi-médecin diplomé, moi, j’ai fait mes armes à la guerre et tout. Qu’est-ce qu’ils croient ? J’ai autre chose à faire que de gâcher mon talent dans une mission stupide et inique juste pour qu’ils fassent leur chiffre.
_ Si t’as vraiment mieux à faire, qu’est-ce tu fiches ici ? Tenta le chunin.
_ J’attends l’autre crétin de gradé ! Explosa le nabot. Bordel, sous prétexte que c’est gradé, ça se croit autorisé à faire poireauter les gens. Genre parce qu’ils se font désirés, ils vont être adulé comme des stars. Bande de gueux ! J’te dis, on devrait forcer les chunins à passer des examens mentaux, y’en a marre de ces détraqués qui font toujours n’importe quoi.
_ Nan, rectifia Kentaro. Ce que je voulais dire, c’est : pourquoi t’es resté dans la salle de briefing à attendre le chef de mission, plutôt que de partir vaquer à tes occupations ?
_ Et je fais quoi, là ? Demanda Kalem en agitant son livre. Du tricot, peut-être ? »

Kentaro étouffa un soupir. C’était râpé pour faire dégager l’irascible petit nabot en douce. Le hic, c’est que s’il restait là ou allait se plaindre à l’accueil, d’une façon ou d’une autre, il apprendrait qu’il aurait du partir en mission avec un certain chunin nommé Kentaro. La loose.
Ne restait donc plus qu’une seule option : l’emmener en mission.

« Bon, ben puisque t’es motivé pour la faire, cette mission, allons-y ! Décida Kentaro.
_ Hein ? T’as vu la vierge, toi ? S’exclama le nabot. J’ai jamais dit que j’étais motivé, j’ai bien mieux à faire… Pis t’es qui, pour décider, d’abord ? T’es chunin peut-être ?
_ Pas du tout !
_ Nan ? Alors tu me donnes pas d’ordres.
_ Roooh, mais tu vas quand même pas rester enfermer ici toute la journée par une splendide journée comme celle-ci, quand même ?
_ Ben si, tant que j’ai pas fini mon bouquin, rétorqua Kalem.
_ Heu… Encore combien de pages ?
_ De quoi tenir tout l’après-midi, facile.
_ Hé ! T’es médecin, tu devrais savoir que c’est important de faire de l’exercice, critiqua Kentaro.
_ T’as raison, ch’uis médecin, donc je m’occupe très bien de ma santé, merci. Le jour où j’aurais besoin d’une contre-expertise médicale, je t’appellerai.
_ Oh allez, c’est une super mission, on va bien s’amuser, on sera payé et on aura rien à glander, ça sera super, enjoliva le chunin. Pourquoi tu refuserais ?
_ Si tu veux être hyperactif, c’est ton problème ! Moi, j’bouge pas mon cul d’ici tant que j’y suis pas obligé !
_ Ça, ça peut s’arranger, hein, grommela Kentaro. J’peux te trainer de force, si tu veux.
_ Pis tu sais même pas ce qu’on va faire, alors attends de voir avant de te réjouir. Parce que c’est pas tous les jours des courses de chars, hein… marmonna le nabot.
_ Ben justement si, clama triomphalement le chunin, je sais ce qu’on attend de nous.
_ Oh ? M’enfin, ça t’avance à quoi ? »

Kentaro adopta un air conspirateur et se pencha vers Kalem.

« J’me suis dit que ça serait marrant de remplir la mission au nez et à la barbe du chunin. Alors ch’uis allez voir l’administration, j’ai fait genre que c’est lui qui m’envoyait chercher les notes de mission et hop ! Et si on se dépêche, on peut filer avant qu’il rapplique et lui chouraver son succès sous le nez ! Alors ? T’en dit quoi ? »

Kalem fixa un moment Kentaro. Progressivement, ses lèvres esquissèrent un sourire retors. Roh oui, ç’allait bien faire chier l’autre connard de gradé de se faire ridiculiser par ses genins. Mais comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ?

« Ok, je marche ! Décida le nabot. La gueule qu’il va tirer, l’autre tocard ! Alors, on doit faire quoi ?
_ Pour commencer, on file d’ici avant que le chunin n’arrive, indiqua Kentaro. Une fois hors du QG, il ne pourra plus nous retrouver et on aura le champ libre. »

Le nabot ne se le fit pas dire deux fois. En un clin d’œil, il referma son livre, sauta par terre et trottina jusqu’à la porte, tout en houspillant Kentaro pour sa lenteur.

Quelques minutes plus tard, les deux compères étaient attablés sur la terrasse d’un petit bar, dans l’une des rues du Gyosei Machi.

« Alors ? C’est quoi le topo ? Demanda Kalem en attaquant goulûment sa consommation.
_ J’ai tout là, expliqua Kentaro en dépliant des feuilles sortie de sa veste.
« Alors en fait, le Qg a eu vent de solides rumeurs comme quoi parmi les équipes chargées des patrouilles diurnes dans le secteur Est-23, il y en aurait une de véreuse. Celle-ci aurait en fait repris le créneau laissé vacant par les gangs et extorquerait aux marchands du coin un genre de taxe de protection.
_ C’est pas con, commenta le nabot. Ça rapporte, tu crois ?
_ Ça dépend de si tu te fais choper, je pense. C’est justement là qu’on intervient : le Qg nous charge de prendre en flagrant délit nos gus, et éventuellement, de procéder à leur arrestation avec toute la force nécessaire.
_ Comment ça, "éventuellement" ? Releva Kalem.
_ C’est un objectif secondaire, expliqua Kentaro.
_ Alors on s’en fout.
_ Tu veux rire ? C’est là tout le truc marrant de la mission ! Défendit le chunin.
_ ’Spèce de bourrin !
_ Bon, et on sait qui on doit surveiller ? Demanda le nabot.
_ Nan. C’est la partie chiante, ‘faut déterminer quelle équipe fraude.
_ Y’en a combien affectées à la surveillance du secteur ?
_ Trois. Toutes de configuration un chunin-trois genins.
_ Nan mais ça va pas bien dans ta tête !! Hurla Kalem. Comment tu veux qu’à nous deux, on fasse face à quatre types dont un chunin ! T’es complètement maboul !? J’retourne au QG chercher not’ chunin.
_ Hééé ! Relax ! D’abord, je ne vois pas ce qu’un chunin changerai à nos affaires…
_ Je ne sais pas… Minauda Kalem. Si ça se trouve il pourrait… s’occuper du chunin en face pour éviter qu’il nous atomise, crétin !
_ Bah, j’lui ferai sa fête. L’est pas né, le chunin qui me fera mordre la poussière ! Assura Kentaro.
_ Ooooh, bravo ! Non, non, vraiment, j’admire ta toute confiance qui te fait croire que tu as ne serait-ce qu’une vague chance contre un chunin, railla le nabot. Et pendant qu’on y est, moi, je fritte les trois genins tout seul comme un grand, c’est ça ?
_ Plutôt comme un petit, je dirai.
_ Crève !
_ Mais arrête de faire d’une montagne d’un taupinière, le rabroua Kentaro. Quoiqu’avec ta taille, ça se comprend…
_ Tocard !
_ Des fois que tu ais oublié, on est médecin. Tous les deux. On trouvera un truc pour les pourrir et rétablir la balance en notre faveur. Genre anesthésiants ou autre. Avec l'effet de surprise, ça se tente.
_ T’improvises à l’arrache, hein, fit remarquer Kalem. En fait, t’as pas de plan !
_ Ça se voit tant que ça ? S’interrogea Kentaro. Bof, ça ne t’inquiètes pas plus que ça, en même temps, alors où est le problème ?
_ Normal que je ne m’inquiète pas, j’aurai bien le temps de trouver une stratégie qui tienne la route avant la confrontation, expliqua le nabot. Entre tes muscles et mon intelligence hors norme, ça sera un jeu d’enfant de coincer ces loosers !
_ Mon intelligence aussi est hors norme, je te ferai dire.
_ Ouais, mais pas dans le bon sens du terme, dommage…
_ Crétin !
_ Alors, on s’y prend comment pour mettre la main sur nos gus ? Voulut savoir Kalem. Parce que je me vois mal faire du porte-à-porte pour dresser un portrait robot, moi !
_ T’inquiètes, z’ont pensé à tout au QG. Il nous ont dégotté une boutique, on va la reprendre, se faire passer pour des vendeurs tout ce qu’il y a de plus normaux, et quand nos gus viendront piquer notre dur labeur, paf ! On les poutre !
_ Hé, c’est chouette ça. J’m’attendais pas à ce que le QG nous mâche ainsi le travail, exulta Kalem. Ça doit être une mission pour un chunin archi-débutant, ça !
_ Meutropas ! C’est une mission chunin standard, ça se voit !
_ Dit ? Hésita Kalem tandis qu’une idée saugrenue faisait son chemin… Tu crois qu’on aura le droit de garder la caisse une fois la mission finie ? »
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Re: Narasu

Message par Oboro le 24/9/2011, 13:30

Akhen était rudement satisfait de la tournure que prenaient les choses. Les préparatifs de cette nouvelle mission lui avaient tout d'abord donné quelques inquiétudes, mais les évènements à venir s'annonçaient inoubliables (même pour lui, yep). Car il faut bien l'avouer, jamais il n'aurait cru pouvoir un jour avoir la classe à ce point. Son costume était -impeccable-, tout simplement. Le foulard qu'on lui avait noué au cou s'accordait à merveille avec sa mèche blanche, qu'il se sentait (une fois n'est pas coutume) terriblement fier de porter. La veste de sa tenue d'apparat redressait avantageusement sa stature, et il paraissait plus grand de plusieurs centimètres. Plus imposant, du moins. Même ses dents avaient bénéficié d'un lifting, et éclataient maintenant d'un blanc de perle qui aurait fait fureur au marché noir.

Bref, le bougre avait fier allure, et avait de quoi: il n'y pensait pas encore, mais lorsqu'il se déplacerait dans la rue quelques heures plus tard, les passants l'observeraient à la dérobée, rendus quelque peu curieux par cet impressionnant personnage.

Toutefois, Akhen était un mec qui avait d'autres chats à fouetter, donc ne se souciait que rarement -et peu- de ça. Son problème à lui était d'ordre psychologique, bien que ses compatriotes auraient tendance à le qualifier de psychopathique. Et puis, il n'avait pas grand chose à reprocher à son physique. Alors que moi, au contraire...

-C'est énorme, hein?
-Biiiiiin...
-Je savais pas qu'on pouvait être HY-PER belle sans devoir montrer ses poumonettes. Mais alors là, je suis... je suis... franchement... juste... c'est...
-Magnifique?
-Sublime, plutôt. Mais magnifique marche bien aussi, merci beaucoup.

Le gensouard avait lui aussi du mal à en croire ses mirettes. Et pour cause: j'étais craquante, point barre. Le kimono printanier qu'ils m'avaient refilé faisait des merveilles, et la grande bourrine aux contours musculaires trop dessinés que j'étais avait maintenant l'air d'une aimable créature fragile et délicate. Pour les cheveux, j'avais suggéré qu'on me les relève dans un chignon tressé, mais ils avaient fait cent fois mieux: savamment relevés et retenus par trois broches à cheveux (stylisées en forme de cobras, et visiblement en... argent? Wouhou, c'est la fête!), ils retombaient en une cascade claironnante qui donnait aux spectateurs envie d'aller piquer une tête.

Pour la cinquante-treizième fois en dix minutes, je m'arrêtai face à un miroir géant, face à une autre nana que je ne croisais pas tous les jours.

-Regarde moi ça. T'as vu mes joues? On dirait des fesses de bébé, c'est dingue! Ou un sorbet à la pêche. Grands dieux, j'ai envie de lécher mon reflet, maintenant...

Un étrange truc au ventre, Akhen du prendre de longues dizaines de secondes pour se souvenir qu'il était juste sous le charme. Mais, si je restais la plus impressionnée de nous deux par cette transformation, il avait tout de même envie de me donner la main, juste comme ça.

Conclusion: les maîtres habilleurs et maquilleurs de Chikara méritaient largement leur renommée, ça ne faisait aucun doute.

-Je vois que vous vous faîtes plaisir, commenta notre chunin du jour en arrivant, grand sourire aux lèvres.
-Alors toi... au début, quand tu t'es pointé aux cotés de Hykao, j'ai cru à une vaste blague, lui répondis-je avec la même expression. Mais je l'avoue, okay. T'es pas n'importe quoi, comme chunin, Kageniwa. Tu es extra. Chapeau bas. Compliments. Tu veux que je t'appelle maître pour la journée en te servant le thé sur commande? Avec le sourire en prime.
-Euh... non merci. Contente-toi juste de me redire que je suis extra, et je serais heureux.
-Ex-traaaa ♫

J'articulais lentement le mot, pour que Sheinji puisse pleinement le savourer. Quand il s'était pointé pour nous annoncer qu'il nous offrirait les services d'une des très réputées maisons de soin du désert, Akhen s'était montré dubitatif, et je lui avais pour ma part plus ou moins craché sur la gueule. Pourtant, ça s'était effectivement bien fait.
M'enfin: techniquement, il avait eu horriblement plus de mal que ce qu'il nous avait annoncé de prime abord pour obtenir ce qu'il voulait. Mais ça, c'était un point que le chunin fanfaron veillerait à ce qu'on n'apprenne ô grand jamais.

-Encore?
-Ex-tra-or-di-nai-re, très cher. Presque autant que mes... bordel, c'est vraiment MES hanches, ça? Haha, toi ma fille, annonçais-je au miroir, j'en connais plein qui crèveraient d'envie de te serrer dans leurs bras, mwuhuhu!

"Moi aussi", songèrent passivement mes deux futurs coéquipiers en me regardant parader devant mon reflet (mais alors quel reflet, putain!). Ils sortirent de leur délicate rêverie à l'arrivée d'un quatrième larron, aussi tiré à quatre épingles qu'eux deux.

Suruil tirait la tronche. Ce qui n'était pas inhabituel, de ce que j'avais pu constater, parce qu'avec ses réponses monosyllabiques dignes d'un orang-outan trépané, le bougre résistait à toutes les tentatives de conversation. Probablement que son père lui avait fait bouffer quotidiennement du "Un jour tu seras un Homme, mon fils. En attendant ce jour, tiens toi droit, serre les fesses et retiens toi de chier jusqu'à la prochaine pleine lune afin d'apprendre ce qu'est la virilité".

Ou quelque chose comme ça. En tout cas, lui il pissait droit, ça c'était clair. Encore un crétin qui joue aux ténébrards pour satisfaire son égo de grand gamin, tchah. L'avait plus du tout l'âge pour, en plus.

Du coup, sa nouvelle tenue ne lui plaisait pas. Il avait l'habitude de ses fringues à lui, point barre. Avoir la classe? Inutile. Dans sa tête, il n'avait pas besoin de ça, c'était tout juste bon pour les ploucs insignifiants qui voulaient se la péter. Et dans son égo inconscient, il l'était déjà ('fin c'était très sûrement le cas, du moins, j'aurais été prête à parier un truc débile là dessus. Mettons dégrafer mon soutif' dans un prochain épisode si ça n'est pas le cas, par exemple).

-Ouaaiiis, onze sur dix pour toi aussi, Suruil. T'as un petit air d'Apokolips, comme ça, ça te va très bien!
-...
-Rhooo, tu connais pas?, insistais-je posément.
-...

Dernière chance. Si ce darule ne répond pas, ça va être la guerre. On est une équipe, alors ceux qui jouent aux cons, faut que j'les fasse sauter de suite avant qu...

-On pourrait passer à la mission, plutôt?, demanda Akhen qui flairait les ennuis.
-Euh, ouais, bien sûr. Doonc...

Sheinji s'éclaircit la gorge et prit quelques instants pour réfléchir. Décidément, les speech de chunin, ça ne venait pas aussi facilement que ce qu'on croyait. Voyons, par quoi commencer?

-On doit infiltrer de hautes sphères?, demanda Akhen.
-Fringués comme on est, ça me trouerait le cul qu'on fasse les poubelles...
-...?, s'enquit Suruil.
-Nan, nan, on va infiltrer un casino.
-Ah?

C'était notre grand coincé qui venait de s'exprimer. Lui qui s'attendait à devoir approcher un ancien dignitaire du village se la jouant désormais profil bas, il voyait là dedans un indice confirmant sa théorie. Contrairement à ses deux autres coéquipiers, aux préoccupations nettement plus triviales.

-Choueeette! Donc on va pouvoir s'amuser?
-Euh... je ne suis pas sûr d'avoir... assez d'argent pour ça, hasarda Akhen.
-Ca n'est pas un problème, le QG a mis à notre disposition une enveloppe de 8000 ryos pour...
-Extraaa ♫!! J'aime cette mission, là c'est clair.
-Waow. Une belle somme... en effet.
-Quitte ou double? Tu penses qu'ils seront contents si on ramène des bénéfices?
-Ils seront surtout dégoutés si on claque 8000 ryos.
-Ou alors ils nous laissent garder l'excédent...
-Je ne veux pas être endetté de 8000 ryos envers le village.
-Ca fera 2000 ryos chacun, objectais-je.
-Euh... vous comptez m'expliquer ce qu'est la mission, ou je m'en charge?, demanda Sheinji.
-Bin vu comment c'est...
-Vas-y, me coupa Suruil.

Quooooiiiiiii?! Il me snobe, en plus!? Je vais le... je vais le... connard!

-Nous allons avoir affaire aux Takara Zaihou. Quelqu'un sait ce que c'est?
-Euh... non, répondit Akhen.
-..., fit Suruil à qui cela disait vaguement quelque chose.
-C'est une bande de brigands, nan?
-Joli, mahousarde.

Sheinji avait été mis au parfum par ses supérieurs, forcément. Moi, j'avais casé ça dans les annexes d'un exposé à l'académie (18,5/20, s'il vous plait), et en avais gardé de très bons restes.
Les Takara Zaihou (dont le nom signifiait littéralement "trésor-trésor", parce que certaines personnes adorent se fouler, visiblement) étaient un vieux groupement de brigands qui sillonnaient les routes du Yuukan depuis quelques cent soixante huit ans, selon leurs dire. Ca se faisait tranquillement jusqu'à ce qu'une longue traque Toshin finisse en véritable bain de sang... pour les samourai. Leur seigneur de l'époque décida donc de mettre le max de barbaque sur l'affaire, histoire de remonter sa côte de popularité pour pas cher en écrabouillant un bouc émissaire.
De leur coté, les shinobi ne subissaient que des dommages mineurs. Ils ne sont devenu un sujet de conversation que le jour où le cadavre d'un Anbu fut catapulté (trébuché, en fait) jusqu'aux portes du village. Le QG tenta d'étouffer l'affaire, et y parvint plus ou moins: personne n'avait de détails, mais l'Anbu en question avait visiblement sous estimé les Takara durant sa mission, quelle qu'elle soit.

Et forcément, à jouer aux cons avec le feu, ils ont fini par s'en prendre plein la gueule. Les deux factions ont fait la course pour dénicher et raider leur campement, les shinobi s'étant dis que devancer les Toshins permettrait d'allonger un peu leurs difficultés politiques du moment.

Et maintenant, ils palliaient leur grand vide dans les effectifs par un gros coup de buldozer chirurgical dans leurs opérations. Quand ils frappaient, ça faisait mal.
Bien sûr, une reconversion était inenvisageable. Pour la même raison qu'on a jamais entendu parler d'un clan de ninjas ayant rendu son tablier quand bien même tout était perdu. Ils préfèrent rendre l'âme, les totos.

-On sait qu'une de leurs bandes va venir braquer un casino, ici, à Narasu. Et on a le nom de l'établissement: le Lucky Strike.
-Et donc, nous allons devoir les arrêter?, demanda Akhen.
-Pas du tout. Je ne pense pas qu'on puisse, d'ailleurs.
-Dommage, commentais-je.
-Donc?
-Une autre équipe sera chargée de les appréhender. Ca se passera dans une semaine. Mais le junin qui dirigera l'opération travaille actuellement sur une autre affaire, et il veut également insister pour qu'on lui transfère d'urgence un vieux coéquip... enfin, bref, nous devons nous charger du travail préliminaire.
-Et c'est quoi?
-Reco du terrain, ce genre de trucs.
-Pas seulement, Akhen. On va aussi devoir effectuer quelques placements, et observer quels sont les membres de l'établissement que l'on pourrait contacter pour assister l'équipe suivante.
-On les contacte?
-On les repère, simplement.

Le chunin développa encore un peu le cadre de la mission, avant de passer à d'autres détails pratiques.

-Maintenant, j'aimerais bien savoir... on vous a préparé de fausses identités, mais, dans le cas où vous auriez déjà des pseudos... l'établissement est assez sélect, donc visez haut. En fait, il est situé dans une petite enclave, avec d'autres baraques du même style, et une bande de videurs se charge d'éjecter ceux qui n'ont rien à y faire... sauf les ninjas. Kiritsu a une passe droit.
-Eh bien... je peux être Oboro Muromachi, fille d'un riche armateur propriétaire d'une petite flottille de navires de commerce...
-C'est vrai?
-Si l'on enlève le "riche" et qu'on insiste sur le "petite", ouais. J’omettrais juste de le leur dire, voilà. Mais j'ai absolument pas 8000 ryos à claquer dans un casino, malheureusement... aaargh.
-Et vous deux?
-Rien.
-Non plus.
-J'vois. Je vais leur demander de nous procurer les faux papiers, alors. Quatre exemplaires, comme ça on aura une histoire en commun.
-Bon... okay alors.
-Autre chose. La politique officielle de l'établissement est qu'aucune arme n'est autorisée en son sein. Seuls les vigiles de la maison ont le droit d'en porter. Néanmoins, ils sont parfaitement conscients qu'aucun de leurs clients n'apprécie l'idée d'être nus lorsque d'aussi fortes sommes se trouvent en jeu sur la table. Ils tolèrent donc le port d'armes dissimulées, dès lors que tout le monde se fait discret.
-Et donc, moi?

Pasque ouais, c'est ma pomme qui l'avait incité à demander des précisions à trois reprises à ses collègues pour être sûr de ce qu'il pourrait faire. Lui même avait été harcelé par mes soins.

-Tes broches à cheveux. On m'a assuré que tu peux t'en servir pour planter quelqu'un en cas de soucis. On m'a aussi suggéré une alternative, des éventails. Le tissu est mêlé d'acier et d'une soie de... euh... une bestiole de gensou, je sais plus quoi. Bref. Les vigiles ne s'y trompent pas, mais ils laissent passer: ça leur permet d'ailleurs de savoir qui est armé, là dedans.
-Ca m'va.
-On va passer te les prendre, alors.
-Extra ♪
-Haha, je sais.
-Et moi?

Suruil s'était exprimé, malgré son voeu de silence. Mais on était en état d'urgence, car le pauvre était mal logé. Pas de bol pour lui, les katanas n'étaient pas ce qui se faisaient de mieux niveau discrétion. Bien fait pour vous, fichus manieurs de sabres!

-Normalement, nous n'aurons pas à nous battre, je vous le rappelle...
-"Normalement"?, demanda le genin.
-Bin... je crois que tu vas devoir jouer sur les parchemins de stockage... Oboro les portera pour toi.
-Hu? Hey, pourquoi je me trimballerais ses trucs?
-Les fouilles sont plus laxistes, en ce qui concerne les femmes.
-Ca vous suffit pas de m’appeler grande perche, maintenant je fais office de portemanteau, c'est ça?! Dans ce cas, z'avez qu'à vous déguiser.
-Nous... déguiser?
-Allez, fais pas semblant. Chuis sûre que Suruil ferait une charmante travelo. Mais si, mais si, regardez-le sous cet angle, et... Apokolips a un look androgyne, s'la même.
-Pardon?
-Et Akhen est un illusionniste. J'ai vu ce qu'il sait faire, l'est très doué. Il pourrait se faire passer pour une femme sans problème. Et l'a déjà les cheveux longs.
-C'est vrai, mais...
-Quant à toi, tu es chunin, non? Les henge, tu maîtrises... euh... n'est ce pas?
-Je ne pense pas que l'idée me plaise.
-Allez, vous êtes des mecs ou des chochottes? C'est pas la mort, d'être une fille, j'y survis tous les jours. Promis, je prendrais les photos en douce et ne les montrerais à personne.

Genre Akhen, par exemple. Chuis sûre qu'il serait trop trognon avec des couettes. Trognonne, plutôt. Et des barrettes. Roses. Niak niak.

Oboro
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Re: Narasu

Message par Kalem le 28/9/2011, 22:01

Le local devait être abandonné depuis quelques semaines. La couche de poussière qui recouvrait les lieux ne pouvait pas être l’effet d’un ou deux jours de laisser aller mais bien de plus que ça. Les deux ninjas qu’on avait dépêchés sur les lieux venaient d’arriver avec un stock de cartons. Ils avaient pour ordre de s’infiltrer pour tenter de démasquer d’autres shinobis qui ne respectaient pas les règles. Bref. Rien de bien intéressant à priori. Sauf qu’on leur avait laissé un local pour qu’ils puissent s’installer en tant que commerçants.

« Ah, ben va falloir nettoyer tout ça, lança Kentaro, un peu dépité par cette perspective.
-Parle pour toi, c’est toi qui m’as obligé à venir, moi, je vais me poser dans un coin et bouquiner un peu, répondit Kalem.
-Ce n’est pas une question !
-Tu te prends pour un chuunin avec tes grands airs de demeuré ? Tu ferais bien pâle figure face à un costaud doté de couilles.
-Tant pis pour toi, je ne te laisserais pas jouer avec la marchandise.
-Y a de quoi confectionner un somnifère ?
-Bien entendu !
-Alors je marche. »

Un sourire apparut sur le visage de Kentaro. Il n’avait bien entendu pas la moindre intention de balayer ne serait-ce qu’un seul centimètre carré de toute la surface de cette pièce. Il regarda le nain lâcher son livre dans un coin et se diriger vers le balai le plus proche. Pendant ce temps, le chuunin prit le temps de visiter les lieux. Il arpenta le petit bouge et trouva une seconde pièce qui devait servir de remise ainsi que des waters. Il revint dans la pièce principale et entreprit de déballer les cartons. Il ne voyait plus de Kalem que les bras qui s’agitaient frénétiquement, tant il était recouvert de poussière.

« Aaaah, tchoum ! Fit Kalem, renvoyant sur le sol quelques particules de poussières. Merde, fait chier ce putain de balai !
-Tu devrais voir ta tronche, s’esclaffa le chuunin.
-Je vois déjà la tienne, je pense que ça me suffit amplement. Et ne croît pas que je suis con parce que je n’ai pas remarqué que tu me laissais tout faire, j’ai vu ! D’ailleurs le balai est une mauvaise idée.
-La tienne…
-C’est déjà mieux que de ne pas avoir d’idées. Abruti, je vais te casser la tête !
-Avec quoi, ton balai ? Ou alors tu vas me sortir une lance de ta barbe ?
-C’est ça ! S’exclama-t-il, le regard illuminé. »

Kentaro regarda son confrère médecin intrigué. Que pouvait-il bien avoir inventé ? Qu’importe, ce serait marrant de toute façon. De son côté Kalem tentait de s’essuyer désespérément pour retrouver parmi toute cette poussière sa poche de veston. Il en sortit finalement un parchemin et l’activa.

« KASSOS ! ATTAQUE-MOI CET ENFOIRE ! »

Contre toute attente, le singe roux courut dans toute la pièce en hurlant des injures raciales à l’intention de Kalem. Celui-ci trépigna d’impatience et Kentaro trouva le spectacle fortement intéressant et repartit dans un fou-rire. Finalement, le Babouin se calma et revint aux côtés du Genin bouillonnant. Ce dernier lui asséna un coup de poing, se brisa l’index et, dans un hurlement de douleur, exécuta un jutsu de soin pour se le réparer. Le doigt à peu près correctement remis, il se tourna vers son singe, le regard furibond et vociféra :

« Tu n’es qu’un enfoiré de fils de ta mère, sale macaque puant et ivrogne et couillon et inabordable et stupide… J’en ai encore plein d’autres, et des pires ! Présente moi tes excuses !
-PMG, veuillez m’excusez, obtempéra l’animal.
-PMG, qu’est-ce que ça veut dire ? Le questionna Kentaro.
-Petit Maître Grassouillet. C’est meugnon non ?
-Non ! Et je te prie d’arrêter de parler à des inconnus, râla Kalem une fois de plus.
-C’est vrai, je ne dois parler qu’au nain connu… Mais avouez que c’est un peu exagéré maître, si je ne parle qu’à vous, personne n’entend jamais ma voix et tout le monde va croire que je ne suis qu’un stupide animal sans cervelle, philosopha le singe.
-Ben, c’est exactement ce que je veux qu’on pense de toi ! Stupide animal sans cervelle ! »

Kentaro étouffa un ricanement. Ça lui arrivait souvent ces temps-ci. Kalem lui jeta un regard noir puis regarda l’état de la pièce. Le passage du singe avait enlevé le gros des poussières et il eut un sourire. Il regarda Kentaro, puis Kassos et lança :

« Kassos, tu nettoies ! ET TOI ARRETE DE RIRE BORDEL ! OU JE TE FAIS FOUETTER !
-Holà, qu’est ce qui se passe ici ? S’enquit un nouveau venu qui venait de passer sa tête par la fenêtre.
-Ben, on vient de s’installer et mon acolyte est un peu violent, répondit Kentaro.
-Certes, vous voulez de l’aide pour le nettoyage ? J’habite juste à côté et j’ai justement chez moi un système de régulation de la poussière, vous voulez que je vous le vende ?
-Ben, c’est-à-dire que vous n’en avez plus besoin ?
-Je viens d’acheter le modèle dernière génération à 500 ryos, celui-là, je vous le vends pour le quart du prix…
-Mais c’est génial, j’achète ! S’extasia Kentaro.
-Atte… Tenta Kalem.
-Je reviens tout de suite ! »

Les deux ninjas se regardèrent droit dans les yeux. L’un deux avait dans l’œil la fibre du commerce, ou du moins croyait l’avoir, tandis que l’autre était prêt à lui balourder son bouquin dans la figure. Heureusement pour Kentaro, le nouvel ouvrage, que lisait Kalem ces derniers temps, était recouvert de poussière, si bien que le petit être passa devant plusieurs fois sans le remarquer.

« Bordel de nouilles ! T’es vraiment qu’une grosse merde en matière de négociations !
-Pourquoi, j’ai acheté le truc qui va révolutionner le ménage !
-Nan, m’bref, passons à autre chose, on verra tout à l’heure la qualité de cette machine de rêves…
-Maintenant, il nous faut un nom classe pour la boutique, je propose Fournitures Médicales Indolores, autrement dit FMI, c’est classe non ?
-Oui, mais c’est trop surveillé en ce moment. Nan, le mieux ce serait Kalem Giga Boutique, KGB quoi…
-C’est ça, ça va faire fuir la clientèle… Ils vont se croire mis en commun dans le même panier. Sinon, Comment Avoir une Super Pêche Et Rigoler ?
-CASPER, c’est pourri comme nom, personne n’aimerait s’appeler CASPER. Quinté Gynéco ?
-On n’est que deux et QG ça fait trop ninja, nan, m’est d’avis qu’il faut trouver bien mieux. Médecins À Connaître : Deux ; l’Omniscient Nain et Arokent Le Dieu…
-J’aime pas avec le dieu mais bon, ça fait vendeur, il faut l’avouer… Et omniscient me glorifie drôlement… Et en plus Kentaro à l’envers ça fait con, comme ça personne ne pourra reconnaître que t’es vraiment un dieu… Je sens qu’on va devenir une succursale mondiale ! »

Pour la première fois depuis très longtemps, le petit médecin avait un large sourire sur le visage, et celui-ci était tout ce qu’on peut trouver de plus vrai. Kentaro, lui, était plus fier d’avoir trouvé un nom classe qu’autre chose mais était aussi content d’échapper pour un moment aux sempiternelles colères de Kalem.

Le voisin revint les bras encombrés d’une sorte de tuyau attaché à une boite un peu spéciale. Il l’installa sur le pas de la porte et les deux K vinrent l’aider à le placer correctement.

« Bien, vous voyez cette manette ? Montra le voisin. Et bien vous la poussez de moitié et un sceau prêté par les ninjas de Kiritsu s’active et un jutsu de vent aspire la poussière.
-Merci ! On va se débrouiller ! On viendra vous le rendre dès qu’on a fini…
-Attendez, vous me devez 175 ryos les gars !
-Enfoiré de voisinage de merde !
-C’est quoi son problème ?
-L’est con c’est tout !
-Bon, merci, il est à vous… »

L’homme repartit, Kalem s’approcha de l’étrange machine avec la ferme intention de l’utiliser. Kentaro fut bien entendu plus rapide que lui et activa la manette jusqu’en bas…

« Il avait pas dit de moitié ?
-Meuhnan ! J’assure je te dis, ça ira plus vite.
-Si ça pète je me casse ! »

La machine émit un bruit du tonnerre puis se tut soudainement. Kalem regarda la machine avec perplexité. Elle ne marchait foutrement pas sa connerie à 175 ryos.

« Putain, je vais le tuer ! Arrête-moi ou je vais commettre un meurtre de voisinage!
-Okay, c’est bon, ce n’est pas la mort, ce n’est pas parce que le Qg a payé une machine minable qui ne marche pas que ça va changer quelque chose pour toi…
-Si justement ! Je vais devoir me taper le ménage ! »

Kalem reprit son balai, et, pendant le reste de cette foutue journée, évacua la poussière à l’extérieur. Puis, quand tout fut propre, il regarda Kentaro ranger les divers flacons qu’on leur avait fournis pour le magasin. Enfin, le chuunin qui en avait eu marre de voir trainer cette boite à gros tuyaux devant sa porte l’avait balourdée dans la rue… Deux minutes plus tard, les deux acolytes virent arriver un énorme gaillard qui avait une bosse sur la tête. Son regard était celui d’un pitt-bull et la taille de ses muscles faisait vaguement penser à ceux d’Hisoka. Il avait dans la main une batte de base-ball, ce qui fit reculer Kalem de quelques pas…

« Vous êtes nouveau dans le coin ? Parce que quand on blesse quelqu’un ici, même en balançant une caisse à tuyaux, faut réparer.
-Justement, nous sommes médecins, alors nous pouvons soigner votre bosse et même vous donner un remède contre les muscles engourdis.
-Comment, vous pouvez faire ça ?
-Bien sûr que oui, c’est pas plus difficile que de donner un coup de pied à un chat, répondit Kalem le plus naturellement du monde…
-D’accord, si vous me donnez ça je ne vous tiendrais pas rigueur de la bosse. »

Kentaro s’occupa de la bosse du géant tandis que Kalem confectionnait un cataplasme efficace contre les crampes. Leur premier client ne leur rapportait rien, mais au moins, il pourrait faire un peu de pub. Quand l’homme ressortit, Kalem était occupé à faire un peu de rangement. Kentaro s’adressa au colosse :

« Voilà, à partir de maintenant et jusqu’à désormais, vous pouvez nous considérer comme vos médecins et pharmaciens attitrés. Faites nous un peu de pub et dites MACDONALD ! »
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Re: Narasu

Message par Shigori SombreLune le 28/9/2011, 22:57

Une journée comme un autre dans l'enfer de l'occupation. "Préservez la paix", nous avait-on dit, et je riais sous cape. La jeune fille fraîchement promue qui était partie pour la campagne était morte quelque part dans le désert cernant Chikara, juste après que le village eût brisé le siège de ses ennemis ancestraux, avec l'aide des hommes de Gensou. Beaucoup de choses s'étaient passées depuis lors, et on m'avait plus ou moins consignée ici, dans la toute nouvelle Narasu. "Préservez la paix"... La paix de l'annexion, mais surtout la paix de ceux qui spoliaient les vaincus. La ville était la proie d'une criminalité, si moins organisée qu'avant sa chute, tout aussi acharnée. Les patrouilles de shinobi perdaient en efficacité du fait de leur mixage. Certes, ces dernières années et surtout mois, nous avions appris à collaborer, entre Chikarates, Gensouards et Mahousards... Mais tout de même. Il y a des styles qui sont à la limite de l'incompatibilité.

Pour ma part, je me traînais avec deux garçons du village de la Cascade, qui d'ailleurs n'étaient plus si jeunes que ça. Je leur jetais un regard en biais ; les visages n'étaient plus juvéniles, les joues légèrement hâves, les yeux secs balayant les environs à la recherche de cibles potentielles. Fuhito et Masaie allaient assez bien ensemble, et je les soupçonnais de se connaître de façon proche depuis un moment déjà, bien que notre groupe fut récent. Pour autant, ils ne me mettaient pas à l'écart.
Pas tant que ça.

- Qu'est-ce qu'il y a, Shidori-san ? s'enquit poliment Masaie en surprenant mon regard évaluateur.
- Elle en pince pour toi, ricana son collègue en lui flanquant un coup de coude.

Je ne répondis pas, commençant à bien cerner le caractère de Fuhito. Il n'aimait rien tant qu'on le laissât parler, et je ne comptais pas provoquer de problèmes aujourd'hui. Si mon équipe avait changé, c'était aussi parce qu'il y avait eu des frictions récemment. Par ailleurs, il était encore Genin, du moins officiellement, et je ne voulais pas me retrouver avec une étiquette tyrannique collée sur le bandeau.
C'était peut-être à cause de ça que j'étais tant la cible de ses railleries, songeai-je.


- Vous avez entendu parler de ce qu'il s'est passé dans le quartier... ah, j'ai oublié son nom,
grommelai-je.
- Hier tu veux dire ?

Masaie dépassait son concitoyen d'une bonne tête. Elancé et maigre, il avait un regard d'un brun fauve qui me rappelait O'Kane-senseï. Je regrettais que ce-dernier soit si occupé ces derniers temps, et sa présence me manquait. Bien que désormais, je n'étais plus son élève dans les listes, il avait toujours été un substitut à ma famille et le serait encore très longtemps. Dans une période si troublée, sa présence était réconfortante.
Quant à Fuhito, il était plus du genre trapu, blond comme les blés, mais avec une peau presque aussi mate que la mienne. Ses yeux d'un vert étincelant, semblables aux miens, débordaient d'une malice sans bornes.


- Oui, hier. Il paraît que deux shinobis sont morts, et le dernier est gravement blessé. Il parle de lames et de dents, des trucs complètement incompréhensibles.
- Ah oui je vois ! s'illumina Fuhito, contrastant comme d'habitude avec la neutralité que nous affichions, Masaie et moi. Si on prêtait un peu foi à ses paroles, il aurait été agressé par une sorte de crocodile. Un vrai cinglé.
- Qu'est-ce que tu en penses, Shidori ?

Je rivais mes yeux à ceux du Gensouard, sincèrement intéressé. Je ne savais pas si l'information qu'il souhaitait portait sur le prétendu monstre, ou sur moi-même ; ma réponse lui importait en tant que telle ou l'interprèterait-il pour mieux me connaître et me jauger ?

- Cette histoire me paraît bizarre. A mon avis, il a été trop choqué, et je doute qu'un seul assaillant ai pu venir à bout de trois chuunins en si peu de temps.
- Bien d'accord.
- Mais alors, pourquoi cette histoire de bestiole ? releva notre camarade au teint hâlé.

J'échangeais un autre regard avec son ami, y lisant la même solution qui m'était venue à l'esprit. Ce fut lui qui sa chargea de l'exprimer.


- Transformation... ou tromperie des sens.
- Hé... tu n'irais pas douter que...

Fuhito avait un peu perdu de sa superbe. Il dévisagea Masaie, puis se tourna vers moi, et de nouveau vers l'illusionniste.

- Ca pourrait être un des nôtres ? souffla-t-il. Je sentis la peine qui avait brisé l'insouciante de sa voix, et sa crédulité me frappa en plein coeur. Je posais une main sur son épaule, à laquelle il jeta un oeil morne.
- Bien sûr que non. C'est une hypothèse farfelue, énoncée dans un flou total de la situation.
- Je croyais que c'était pour lui que tu avais le béguin, grogna-t-il en indiquant son voisin du pouce.

Je soupirais, retirant ma main. L'intéressé se contentait d'afficher un demi-sourire, l'expression la plus joyeuse qu'il semblait à même d'esquisser. Subitement, il fronça les sourcils et se figea.


- Masaie ? chuchotai-je.
- Une ombre sur les toits.

Une ombre... J'avais appris à mieux connaître mon héritage du clan Nara - je refusais à dire qu'il me venait d'Alindar ; moins je m'identifiais à eux, et mieux je me portais - au cours de la campagne à travers les montagnes, où le soleil n'était pas si écrasant que dans le désert et où les ombres étaient plus nombreuses et denses. Je n'étais plus que capable de voir et sentir par leur entremise, mais également de les manipuler. Emprisonner celle de mes adversaires restait un exercice difficile, mais je m'efforçais de me perfectionner, luttant à mes heures perdues contre les arbres ou des jounins qui avaient une heure à m'accorder.

- Shidori ? m'interrogea Fuhito.
- Ca ne marche pas comme ça.

J'avais grommelé, agacée par la niaiserie du genin. Ce n'était pas parce que j'avais un pouvoir sur les ombres que je devenais omnipotente de nuit. Je maîtrisais encore mieux le souffle brûlant de mon affinité que ces techniques-là, or ladite maîtrise était déjà bien aléatoire.
D'un hochement de tête auquel je fis écho, Masaie me signifia qu'il était prêt. La seconde d'après, il disparaissait dans un discret chuintement. Son acolyte sursauta, manifestement lent à la détente.


- Hé, je ne l'ai pas vu moi ! protesta le petit Gensouard.

Je l'ignorais, bondissant à mon tour sur un toit dans ce qui s'apparentait à une brusque apparition. Silencieuse comme une tache de ténèbres, je fonçais en avant, mes pas épousant les tuiles sans en éveiller une seule. Dans la rue en contre-bas, Fuhito se secoua et gagna à son tour les hauteurs pour investiguer. Je rejoignis le svelte illusionniste là où il m'avait indiqué avoir vu l'intrus.


- On ne se balade pas seul sur les toits de la ville avec beaucoup d'innocence, pas vrai ?

J'acquiesçais. Qui le ferait à part un shinobi ou un criminel ? Or, dans le premier cas, il n'aurait pas été une ombre solitaire, se découpant ainsi à la lueur blafarde de la lune.


- Je propose que l'un d'entre nous aille prévenir nos responsables, fis-je en fixant brièvement le cadet de l'équipe qui arrivait seulement. Masaie comprit ma pensée ; tout comme moi, il souhaitait probablement que le blondinet fut le dernier à être exposé. Malgré ses fanfaronnades, il était le moins expérimenté et sans nul doute le moins prudent. En somme, le moins doué pour ce genre de missions, où la rapidité et la précision de l'intervention devaient être maximales.
- Fuhito, tu l'as entendue ? Charge-toi de ça.

Il grogna.

- Mais bien sûr. Je me présente en déclarant que l'équipe vingt-trois a vu une ombre, en pleine nuit. Je ne suis pas prêt d'être accepté à l'examen chuunin si je fais ça.
- Tête de mule...
- Bah, je le comprends, souris-je. Mais on perd trop de temps. Tu le prends avec toi ?

Masaie opina du chef, brièvement. Il y avait moins taciturne, c'était sûr, mais j'appréciais la simplicité de nos échanges. Il saisissait immédiatement ce que je souhaitais signifier, et il s'agissait là d'une qualité précieuse chez un allié.

- Alors allons-y, mais prudence et discrétion.


La seconde d'après, je m'élançais de nouveau dans les sombres bras de la nuit, sur les traces d'un inconnu qui n'avait rien à faire ici. Tout en bondissant furtivement d'un toit à l'autre, je me mis à prier intérieurement pour que rien ne dérapa ce soir et qu'on ne retrouve pas d'autre ninjas morts ou grièvement atteints le lendemain. Nos effectifs étaient déjà assez malmenés comme ça, et assez réduits. Je fronçais les sourcils, prenant seulement conscience du fond de mes réflexions. Je venais d'envisager ma mort, et celle des autres, sous l'oeil des responsables de l'opération plutôt que du mien propre.
Me faisais-je déposséder de mon individualité à mon insu ? Etait-ce cela, se mettre au service des autorités ? Se fondre dans la masse, en venir à se considérer soi-même comme un pion sur l'échiquier et à examiner sa survie comme valable ou non par rapport aux pièces restantes ?


- Tu devrais faire plus attention, me parvint une voix susurrante, glissant à mes oreilles comme le corps froid et gluant d'un serpent.

Un éclat brilla dans les ténèbres et je roulais sur l'épaule, évitant un projectile. J'entendis derrière moi le cliquetis de l'acier qui heurtait les tuiles de terre durcie. Me relevant prestement, je sondais l'obscurité. Rien ne se distinguait, rien ne se détachait de cette marée de noirceur. J'avais une sensibilité particulièrement affûtée pour ce qui était de ressentir et éprouver les ombres, bien plus que de les diriger. Mais ça me demandait de la concentration, et même de l'immobilité. Je ne pouvais guère me le permettre, ce genre de menace invisible pesant sur moi - et suffisamment confiante en ses capacités pour me prévenir de son assaut.


- Je n'aime pas me battre contre un courant d'air,
déclarai-je avec hauteur. Viens donc ici - c'est toi contre moi.

Je ne m'attendais pas vraiment à une réponse. Et pourtant, elle vint ! La même tonalité glacée, traînante.


- Je préfère attendre... attendre tes camarades...

Une douleur aigüe traversa ma cheville. Je réprimais un cri et fis un saut de cabri, me retournant. J'eus le temps d'apercevoir un mouvement, mais ce fut tout ce que je captais. Incroyable... il avait frappé tout en parlant, et je ne m'étais même pas rendue compte de sa position. Je n'osais pas examiner ma blessure, car cela voulait dire baisser les yeux. Ce simple fait risquait de me mener tout droit à une exécution nette et chirurgicale... Car la morsure de l'acier contre ma jambe avait été caractéristique ; légère, insouciante, aisée. Presque un scalpel.

Je me mis à pester tout bas contre Fuhito. Si seulement il était parti plus tôt alerter nos responsables, au lieu de faire la mauvaise tête...


- Shidori ?

Masaie surgit à côté de moi, les yeux étrécis. Une estafilade sanglante courrait sur son front, collant ses cheveux bruns en un amas échevelé.

- Il est là. Quelque part, à guetter. Je n'arrive pas à le repérer.
- Il est trop rapide, acquiesça le Gensouard. Et Fuhito ?
- Je ne sais pas.

J'avais impitoyablement étouffé l'inquiétude dans ma voix, et pourtant, le serpent parvint à la sentir.


- Votre... compagnon ? Oui, le petit...

Je serrais le poing, fouillant frénétiquement les ombres du regard.

- Masaie, tu me gardes.

Je n'attendis pas sa confirmation. Nous avions déjà mis au point cette stratégie très simple, qui consistait à veiller sur moi tandis que j'interrogeais les ombres. D'ordinaire, nous ne le faisions qu'au grand complet, lorsque Fuhito était aussi à nos côtés, car je n'avais pas tellement confiance dans la capacité d'un seul Gensouard à garantir la sécurité d'une alliée immobile. Néanmoins, je n'avais guère le choix, semblait-il. Il fallait s'occuper de cette ordure avant qu'il ne s'en prenne au blondinet, si ce n'était pas déjà fait.
Je cherchais au fond de moi la boule de noirceur qui perdurait au travers des âges, léguée par le clan Nara. Je l'effleurais mentalement, avec timidité. Le pouvoir était bien là, présent, mais éloigné. Je me mis à le tirer, avec une dextérité croissante, mobilisant toute ma concentration dans cette tâche. Bientôt, les ombres se mirent à couler dans mon être, en investissant les fibres.

Alors seulement je fermais les yeux. Et alors seulement les ombres se révélèrent par-delà mes paupières, étincelantes et parfaitement discernables. Je pouvais fouailler chaque recoin mentalement, du moment qu'il était plongé dans la nuit. Je pouvais...
Alors seulement... je compris mon erreur. Notre adversaire n'était pas seulement caché dans le noir ; il faisait partie du noir. Et en m'ouvrant à l'obscurité, je m'étais offerte à lui.

Je sentis mon cerveau se faire percer par une légion de petites dents ardentes. Un hoquet étranglé brisa le noeud de ma gorge et je me mis à trembler, me prenant la tête entre les mains. Aussitôt, Masaie s'agenouilla et glissa ses doigts entre les miens. Je m'y accrochais convulsivement, agressée par toutes ces lances incandescentes qui me transperçaient le crâne. Le Gensouard chuchota des mots incompréhensibles, puis l'emprise maléfique se fragmenta et explosa, se retirant avec autant de fulgurance qu'elle s'était imposée. Haletante, un mal sourd martelant mon front, je forçais mes jambes à supporter de nouveau mon poids.


- Ce type... articulai-je péniblement en avalant goulûment l'air.
- Je sais.

Masaie avait adopté un masque sombre, le visage fermé. Je ne l'avais jamais vu si morose. Si... haineux. Sa haine était bien particulière : silencieuse, discrète, et pourtant intense.


- Ce gars s'est livré à une sorte de jutsu étrange... Une attaque mentale et élémentaire à la fois. Je ne saisis pas très bien. Je ne suis même pas sûr d'être capable de lui résister s'il avait lancé ça sur moi, mais comme ses forces étaient concentrées sur ton esprit, j'ai pu le prendre par surprise.

Ses propos n'étaient pas très rassurants.

- Quoi qu'il en soit, c'était une technique hautement destructrice.
- Ah bon ? J'ai surtout réalisé qu'elle était hautement douloureuse...
- Pour un peu, il aurait consumé ton âme, m'affirma l'illusionniste efflanqué.
- Il faut l'avoir tant qu'il nous sous-estime...
- Tu ne l'as pas senti ?

Je ne savais pas de quoi il parlait, mais la surprise dans sa voix, ça, je l'avais sentie en effet...


- Hein ?
- Mais... il est parti, expliqua-t-il.
- Ca, je sais, tu l'as ôté de ma tête. Maintenant, on lui met la main dessus et...
- Il est parti pour de bon. Il n'est plus là.
- Comment tu peux le savoir ?
- Shidori... Mon genjutsu a touché le sien. Je l'ai forcé à se retirer, mais j'ai aussi compris qu'il s'était tout simplement volatilisé. Eclipsé.

Je battis des paupières, incrédule.

- Ah, vous êtes là !
- Fuhito ! m'exclamai-je.

Le genin se hissait sur le toit, laborieusement. Un sourire grimaçant éclairait son visage, mais une large bande sombre tachait ses habits au niveau de la hanche. Manifestement, il ne pouvait plus se servir de sa jambe gauche.
Je le pris dans mes bras, ignorant la raideur qu'il afficha.


- On rentre. Ce gars-là, on le traquera une autre fois, quand on sera davantage préparés.

- Mais...
- Fuhito ! l'interrompit Masaie. Elle a raison. Nous sommes tous blessés - nous pas autant que toi... Mais ce type a atteint deux chuunins, alternativement, à une centaine de mètres de distance.

Je me figeais. Je n'avais pas pensé à ça, mais le fait n'avait pas échappé au Gensouard à l'esprit vif.

- Il faut en parler à nos responsables, absolument.
- Bien d'accord...

Quel genre de monstre pouvait bien rôder la nuit à Narasu ? Soudain, les histoires de crocodile du moribond venaient de gagner un poids étonnant...
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Re: Narasu

Message par Ryosuke le 3/10/2011, 13:49




-Bienvenue au Sub. Mesdemoiselles, Monsieur, si vous permettez...

La femme qui nous accueilli n'obtint aucune réponse, et pour cause. Aucun de nous ne parvenait à réfléchir, trop occupé à contempler le décor. Je n'avais même plus l'impression d'être à Narasu. Ca n'avait rien, tout simplement rien, à voir avec le Gyosei, où les ninjas s'étaient installés.

-Shigori, demandais-je lentement. Tu es sûre de n'avoir rien oublié, tout à l'heure?

Le Sub. C'était le diminutif de Subarashii (merveilleux), un quartier de la ville dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'ici. Et pour cause: il ne présentait aucun intérêt, tant pour Kiritsu que pour l'ancienne administration. Situé à l'extrême périphérie nord ouest de la ville, il donnait donc sur un grand rien du tout rocheux et impraticable. A ce propos, les ruelles et plusieurs pans des artères principales étaient eux mêmes rocheux et impraticables.

-Je ne m'attendais pas à ça, hasardais-je alors que nous contournions un tas d'éboulis.
-Mon dieu...

Située légèrement en retrait, Yuriko fit volte face en lâchant un grognement. Elle avait déjà suivi son "maître" dans des endroits peu engageants dont elle aurait pu dresser un palmarès, et se sentait bien partie pour donner une place de choix à ce lieu délabré. Sans trop caresser l'idée de faire marche arrière, elle se contenta d'observer l'architecture en amont, pour comparer. Elle s'en retrouva fort gênée, car la transition ne se faisait pas naturellement: l'état des bâtiments suivait un certain spectre, certes, mais en ce qui concernait le Subarashii, on avait l'impression de s'y retrouver brutalement, en un coup.

Et elle n'aimait pas ça. Une jeune femme de bonne famille, même si elle se plaisait à n'en faire qu'à sa tête, n'avait rien à faire ici. Pas plus que Shigori, qui déglutit pour faire taire l'épais tortillon qui lui enserrait la gorge. Des bidonvilles, elle en avait vu un peu partout au fil de ses patrouilles. C'était principalement des habitations de fortune regroupées plus ou moins discrètement à l'écart des zones favorisées de la ville. Ici, c'était encore autre chose.

-Oui. C'est forcément ici que les Mikomi (espoir) se sont installés.
-En tout cas, ils auraient eu tort de ne pas le faire, me répondit Sombrelune avec un sourire désabusé, qui glissa net à la vue de quelque personnes entassées dans un coin crasseux.
-Soma, s'énerva brièvement Yuriko en employant mon nom comme à chaque fois qu'elle avait un reproche à faire. Ca va encore être une mission de merde, hein? Mal considéré. Le sort en est jeté. Qu’est ce qu’on va s’embouer.
-Désolé, répondis-je à son haiku.

Les excuses ne l'intéressaient pas. Encore moins lorsqu'elles étaient lâchées avec une neutralité qui ne trahissait aucune gêne. La genin aurait pu pester librement, mais préférait encore faire preuve d'une certaine prudence: même si elle pouvait déjà anticiper la plupart de mes réactions, elle menait ses expérimentations le plus subtilement possible. Et la confrontation directe -que j'évitais toujours royalement- n'en faisait évidemment pas partie, aussi se tourna-t-elle vers sa coéquipière pour lui demander de lui répéter les instructions qu'on lui avait donné la veille, en fin d'après midi.

Car c'était Shigori qui avait reçu l'ordre de mission, et nous avait tant bien que mal planté le décor qu'elle s'en était fait. Aucun point d'eau aux environs, avec seulement quelques infrastructures n'ayant pas dépassé le stade de chantier inachevé qui avaient été pillées suite à leur abandon.
Quelques mois avant que la ville ne soit prise, un incendie avait fait rage, ici. Les autorités n'avaient pris aucune mesure pour reconstruire quoi que ce soit. Quant à l'extinction des flammes... mettons que le ciel eut avait pris la décision de ne pas en finir trop vite avec cet endroit.

-Alors, qu'est ce qui vous amène dans notre beau petit monde?, s'exclama notre hôtesse. Vous savez comment ça se passe, ici? Vu vos dégaines, si vous voulez que je vous explique...
-Nous sommes de Kiritsu. Si vous voulez bien nous laisser passer...

Certains gangs pratiquaient des droits de péage à ceux qui passaient sur leur territoire sans avoir de bons contacts, ou être un habitué. Mais jusque là, aucune ne s'était essayé à imposer cette pratique aux forces d'occupations: les ninjas pouvaient accéder aux lieux qu'ils souhaitaient rejoindre, peu importe le standing ou le nombre de boutiques présentes dans la zone.

-Hein? Bien sûr que non, pas de péage, rigola-t-elle. Déjà que personne n'a envie de venir ici, alors vous imaginez bien que si en plus il fallait payer... j'aime bien l'idée, faudra que je la sorte aux autres, tiens.
-Quoi donc, alors?, s'impatienta Yuriko.
-Vous devez vous en douter, cet endroit est dangereux. Particulièrement pour deux jeunes femmes telles que vous... surtout si elles embarquent leur beau linge pour une virée au Sub, adressa t-elle à mon assistante. Dans le quartier, il n'y a qu'une seule règle en vigueur: il ne faut pas faire chier les Saidai.

Bien sûr: notre chargée du comité d'accueil faisait partie de la bande dominant le territoire. Pour un grand nombre de ninjas, les Saidai (Grands) n'existaient pas sur le terrain. Ils en entendaient parler à l'occasion, mais ça n'était qu'une référence. Aucun des dossiers en cour de traitement ne les concernait. On n'avait aucune idée de leurs activités, mais Shigori avait eu le temps de questionner une de ses connaissances bien informée sur le sujet pour apprendre qu'ils ne semblaient participer à aucun commerce. Et comme cette zone n'était qu'un simple champ de bâtisses délabrées, aucune patrouille ne passait ici. Peut être envoyaient-ils un commando prendre des nouvelles, quand ils voulaient leur donner un peu de repos.

Les Saidai gardaient le quartier, tout simplement. C'est du moins ce que j'avais choisi de considérer en attendant les mauvaises surprises.

-Nous pouvons très bien nous défendre, merci.
-J'imagine, fit la garde sans entièrement y croire. Le chef ne souhaite pas avoir de problème avec les ninjas qui traversent son territoire. Et comme personne ne veut avoir d'emmerdes avec nous, vous devriez vous déplacer tranquille. Mais si vous tombez sur un camé qui n'a pas prit son fix ou qu'un freelance veut faire ses course sur la demoiselle, nous n'y pourrons rien. Alors que si vous vous déplacez en compagnie d'un Saidai, personne ne viendra vous chercher des noises. A vous de voir.

Notre interlocutrice n'avait pas appris son texte par coeur, mais elle choisissait visiblement bien ses mots. Yuriko prit soin de bien démêler ces paroles, afin de me pointer ultérieurement les points que je n'avais pas relevé. Shigori nota pour sa part que l'on serait visiblement moins tranquilles que prévu, et décida dès à présent de redoubler d'attention.

-Et combien couterait une escorte?, demanda-t-elle.
-Quarante ryos par personne.
-C'est cher.
-Tout dépend de ce que l'on appelle cher. Les gens qui viennent ici ont généralement une très bonne raison de le faire. Et leur sécurité vaut bien cette somme. Pas la votre?
-Mmmh... si vous permettez, nous allons en discuter, intervins-je.
-C'est ça, prenez votre temps. Pas comme si j'avais autre chose sur les bras pour le moment.

Nous nous mîmes à l'écart, et je pris une mesure supplémentaire pour que nous ne soyons pas entendus. Puis, comme nous en avions tout trois convenu, je leur fis signe que nous pouvions discuter sans crainte d'être espionnés.

-Je n'ai pas pris d'argent, déclara de suite la chikarate.
-Le QG paiera, s'il le faut. Maintenant, à nous de voir s'il le faut, parce qu'ils me demanderont des comptes.

J'aurais bien aimé savoir pourquoi, mais l'administration se montrait de plus en plus tatillonne sur les montants alloués. Cela devait autant tenir de la guerre que de la nouvelle administration... mais n'avait nullement été mentionné dans les discours du nouveau Kage et de son parti. En tout cas, quelqu'un pesait son poids, là haut.

-Dans ce cas... elle pourrait nous servir de guide, reprit Shigori. D'informatrice... et de premier contact avec les Saidai. Mieux vaut leur faire bonne impression.
-Je ne pense pas que payer leur protection d'entrée de jeu soit souhaitable, en ce cas, déclara Yuriko. Si nous représentons Kiritsu, nous ne devons pas nous montrer pusillanimes.
-Pusilla..?
-Effrayés, Soma.

-Mmmh.
-Ou alors... on ne peut pas la faire parler, ou la forcer à nous guider?, proposa la mahousarde.
-A mon avis, nous ferions mieux de ne pas tenter. Il faut qu'on soit en bons termes avec eux. Ca ne marcherait pas.
-Je sais, mais... pas si on le fait correctement.

Trop hasardeux. Et c'est pour cette même raison que je n'allais certainement pas lui confier de la monnaie factice qui s'évaporerait quelques heures plus tard... tant pis.

-Dans ce cas... Yuriko, qu'est-ce que tu en dis?
-Ma foi... nous pouvons tout aussi bien commencer seuls dans un premier temps. Quant à la suite, nous aviserons bien en temps voulu.
-Oui. C'est aussi ce qu'il me semble. Shigori?

La chikarate fut surprise de se voir demander son avis par un junin avant même que la mission ne commence vraiment. Junin qui participait étrangement peu, pour un chef d'équipe. Qu'il ait questionné la genin, pourquoi pas: ils avaient l'air de se connaître. Et encore, cela restait étrange, en fin de compte. Mais ne lui déplaisait pas pour autant.

-Ca me convient, répondit-elle en se décidant à en être d'autant plus attentive quant à la sécurité de l'équipe.
-Bien. Dans ce cas, continuais-je en abaissant mon genjutsu pour m'adresser à la garde-frontière, nous allons décliner votre offre. Cependant... nous cherchons un campement en particulier. Les Mikomi. Pourriez-vous...
-Eux? Ouais, ils se sont installés sur un terrain vague, derrière le vieux grenier. Le patron leur a proposé de s'installer dans un coin plus près du bar, mais ils n'ont pas voulu. On les aurait mieux protégé... enfin, continuez par là, prenez au nord quand vous pourrez, et z'y serez. Cherchez la palissade, vous l'aurez.

Sur ce, la jeune femme nous abandonna et retourna aux cotés de ses trois compagnons, qui avaient continué leur partie de cartes sans nous prêter trop d'attention. Seulement ce qu'il fallait pour bondir si jamais nous prenions trop de liberté. Personne n'aimait les étrangers, ici. Et quand bien même ils semblaient respectueux, leur jeu de conquérants ne plaidait pas en leur faveur.

-La palissade?, demandais-je à Shigori un peu plus loin, toujours en quête d'explications.
-Aucune idée.
-On parle bien d'une mission humanitaire, non?
-Ils ont des stocks à protéger, expliqua Yuriko. Le matériel médical, les vivres, les fournitures qu'ils auront prévu de distribuer... regardez autour de vous. La ville n'a qu'un seul hôpital qui ne peut répondre qu'à une fraction du besoin de la ville. Les privilégiés se trouvent ailleurs. Sans compter que parmi ces... gens... uh, dédaigna-t-elle. Sans précaution, ce lieu pourrait vite succomber à l'anarchie.

Oui, ça se tenait. Sans compter, comme elle n'avait pas souhaité dire, qu'une grande part de leurs médicaments avait sûrement un usage détourné dont raffolaient certains locaux. La drogue circulait énormément dans cette ville, et le Subarashii n'avait pas beaucoup d'arguments à faire valoir pour prétendre au titre d'exception.

Nous arrivâmes en vue d'un campement après une quinzaine de minutes. Avec des fortifications. Et des gardes tenaient l'entrée. Leurs armures ne payaient pas de mine, mais ils restaient confortablement équipés pour défendre le bastion de leurs employeurs.


Je crois bien que Kiritsu manquait d'infos sur le coin, en effet.

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Re: Narasu

Message par Shigori SombreLune le 3/10/2011, 14:33

Il y a vraiment des jours où l'on se dit que le destin a décidé de vous appeler Bouddha. Je n'ai rien contre l'apprentissage de la vie, et même j'encourage la découverte du monde, mais se mettre le nez dans la dévastation humaine est toujours une expérience troublante, en tous cas pour moi. Ce n'est pas seulement la ruine des édifices, et de tous les éléments artificiels qui en découlent ; c'est surtout la certitude implicite, au creux de mon être, qui soufflait à mon oreille que si des personnes continuaient de vivre ici c'est qu'elles n'avaient réellement pas d'autres choix, et il n'y a rien qui se rapproche plus du désespoir que l'attache au dénuement. C'est dans la misère que le mal peut vous paraître le plus attrayant, et pire, qu'il devient parfois nécessaire.

A l'instar des deux autres, je me figeais en apercevant la fameuse "palissade". Un fortin en règle se dressait là, solidement implanté, sorte de monopole des ressources environnantes. Personne ne m'avait prévenue qu'on pouvait tomber sur ce genre de bâtiment - et, je m'en rendais compte, personne ne m'avait vraiment expliqué le contexte de notre mission. Je détestais l'improvisation sous toutes ses formes.
D'un coup d'oeil en biais, j'évaluais de nouveau mes camarades. Ryosuke Soma, une sorte de moine d'après ce qu'on avait pu m'en dire. Doué, subtil dans un mélange de ruse et de techniques pernicieuses, il m'apparaissait surtout comme celui qui pouvait nous garder en vie avec efficacité. De stature frêle, il allait finalement assez bien avec celle qui semblait être sa protégée ; une jeune fille qui, malgré sa condition de ninja, conservait des manières et quelques attributs aristocratiques, ou alors de haute bourgeoisie. Originaire de Mahou, elle semblait compléter assez bien notre équipe. Au moins, il apparaissait de prime abord que nous nous alliions assez bien les uns aux autres, et c'était un premier gage de sûreté.
Néanmoins, je répugnais à voire quelqu'un de si jeune à nos côtés, quelle que fusse sa maturité. Instinctivement, je savais que je chercherai à la couver, m'attirant probablement ses foudres comme celles du jounin.

- Ces précautions sont... inquiétantes, marmonnai-je, avisant les gardes.

Trop bien fournis, trop attentifs - trop professionnels. Je savais que les actions humanitaires avaient tendance, du fait qu'elles transportaient des ressources, à être la cible des nécessiteux trop avides. Mais de là à employer ce genre de moyens dans une ville comme Narasu, sous tutelle tripartite, il y avait à mon sens un pas qui n'aurait pas dû être franchi.

- Je n'aime pas l'idée que l'on se fourre tous les trois en même temps là-dedans.

Mes pensées se tournaient surtout vers la prénommée Yuriko. Pour autant, il y avait un peu de bon sens dans mes propos qui dépassait mes simples considérations personnelles.

- Autant que j'y aille d'abord, pour prendre le ton de ce qui nous attend.


Je levais le nez en l'air, les laissant apprécier mon objection. Le soleil brillait encore assez fort dans le ciel, et je me tendais distraitement vers sa chaleur. Très peu honorablement, mes pensées se mirent à dériver bien loin de cette maudite ville qui me pesait si lourdement sur les épaules. J'avais le sentiment qu'on pouvait passer sa vie à Narasu pour assurer un semblant fantoche et ténu d'ordre, et y crever sans guère avoir rien accompli d'autres que contenir un peu de malveillance. Au fil des jours, la tension s'accumulait, formant un noeud entre les épaules, dissipant mon attention. Je fronçais les sourcils, me forçant à revenir à la situation présente.
Une sorte d'inspiration avant la plongée, en quelque sorte...

- Ca me va, mais reste dans les environs, d'accord ? lâcha le jounin.

Je ne regardais pas la jeune fille à ses côtés, de crainte qu'elle ne puisse lire le soulagement que l'accord de notre chef d'équipe avait suscité en moi. J'avais cette tendance à prendre des décisions pour les autres lorsque j'estimais que j'avais à veiller sur eux, à tort ou à raison ; j'avais mon idée sur l'origine de ce comportement, mais je n'avais nullement envie de m'y attarder.
Donnant donc probablement l'impression de l'ignorer, je m'éloignais rapidement du duo, approchant avec prudence du véritable bastion. Des fortifications gardées, décidément la situation n'était pas plaisante.

Mes pieds foulaient la poussière en silence, tandis que courbée je progressais en direction de l'objectif. Le ciel éclatant dévorait les ombres que le terrain aurait pu allonger pour m'abriter, mais j'avais appris à emprunter ces chemins aux lignes de vue malhabiles, mettant à profit les obstacles pour mieux me dissimuler. Ceci dit, une vigilance un peu appuyée dans ma direction m'aurait forcée à m'abriter quelque part, sans aucune garantie par ailleurs de ne pas avoir été repérée. Un regard par-dessus mon épaule, et je notais que Yuriko et Ryosuke gardaient un oeil sur moi. J'entendais bien que le jounin me couvrit pendant mon avancée, espérant que son aide ne fut pas nécessaire.

- Tu penses qu'ils vont revenir ?

La voix me surprit autant que si un coup de tonnerre avait déchiré l'azur. Etant à une quinzaine de mètres de la barricade, je fonçais me coller à elle, le coeur battant la chamade. Où étaient ces...?

- Franchement, je n'en ai rien à faire. On les recevra comme d'habitude, répondit un homme d'un ton sinistre.

Je finis par repérer le couple. Surgissant de derrière un amas de gravats, ils marchaient plaisamment en direction de l'entrée du fortin. Dans une minute, ils allaient passer devant moi, et je ne pensais pas avoir pris récemment la teinte du bois dont était composée la fortification. Cherchais à revenir vers l'équipe revenait à leur passer juste sous le nez, et je doutais de la pertinence de ce genre d'action. Je levais à demi la main en direction de mes camarades, indiquant les deux inopportuns. Je ne savais pas trop ce qu'ils pouvaient faire, mais peut-être qu'une brillante idée leur viendrait pendant que je priais.

- Allez, ma fille, c'est le moment de montrer que tu es géniale, murmurai-je.

Avec des gestes vifs, je me mis à dénouer les bandelettes entourant mes mains avec les dents. Dans le même temps, je plongeais les doigts dans la poche alourdissant le creux de mes reins et y retirant les bandes de métal qu'O'kane-senseï exigeait désormais que j'emporte avec moi à chaque fois que j'étais en mission, et même en patrouille. Lestant les minces étoffes avec, je jetais le tout en hauteur, cherchant à les faire s'enrouler autour des extrémités durcies des troncs constituant le mur. Pas fameux, mon lancer.

- Hé, mais c'est quoi ça ?

Ca y est, je suis foutue. Je me retourne, prête à me composer un masque hermétique et rigoureusement menaçant, mais les types ne me fixent pas. Au contraire, ils me tournent même le dos. Devant eux, un chat famélique se vautre et adopte des postures tour à tour pathétiques et hostiles. Je bats rapidement des paupières, avant de réaliser que l'animal semble fait de chakra. Pas le temps de s'interroger sur le phénomène ; je reprends mes tentatives, soufflant longuement lorsqu'enfin l'un de mes grappins improvisés vint enserrer le bois dressé à la face du ciel. Me hissant sans bruit, je gagnais une hauteur de cinq mètres, assez pour ne pas attirer l'attention pour quelqu'un qui ne chercherait pas dans ce coin-là...

L'un des hommes poussa un cri de protestation, et je remarquais que le chat venait de chercher à le griffer - le manquant, et heureusement. Aussi doué que fusse l'illusionniste, j'avais des doutes quant à sa faculté de pouvoir conférer le pouvoir de blesser à ses créations. Grommelant, l'inopportun reprit sa route, accompagné de son compagnon le raillant ouvertement. Quelques instants plus tard, ils rentraient dans le fortin en saluant rapidement les gardes en faction.

"Autant pour le repérage..."


Un mouvement attira mon attention, à la limite de mon champ de vision. C'était Ryosuke qui me faisait signe de les rejoindre, Yuriko à ses côtés arborant un air... réprobateur ?
Je grognais, comprenant la réaction du jounin. C'était probablement lui qui venait de me sauver la mise, et nous ne pouvions guère prendre plus de risques. Obtempérant, j'abandonnais ma position de fortune pour revenir les flanquer, penaude.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 4/10/2011, 19:48

« Bonjour et bienvenu chez Macdonald ! Susurra Kentaro au nouveau client qui venait d’entrer. Que puis-je faire pour vous aider ? »

Le jeune homme jaugea la boutique d’un air suspicieux mais se détendit en apercevant les étals et armoires joliment fournis. Nul doute qu’il trouverait ici ce qu’il était venu chercher.

« Bonjour. En fait, je cherche une pierre magnétique des Mont Fuji. Vous comprenez, la mienne est déchargée et ne me protège donc plus contre les maladies environnantes, donc je…
_ C’est une blague ? Le coupa le chunin.
_ Pardon ?
_ Mais c’est des conneries, ça ! S’emporta le médecin. Comment voulez-v-aïeuuuh ! »

Une horrible douleur fusa dans le corps de Kentaro, tandis que Kalem lui broyait consciencieusement les orteils du pied gauche avec son gros sabot. Ce grand dadais de collègue terre-à-terre avait fait suffisamment planter d’affaires avec les clients superstitieux comme ça ! Pendant que le chunin titubait à cloche-pied en vociférant, le genin capta adroitement l’attention du client, prêt à tout pour commencer enfin à engranger des bénéfices.

« Une pierre magnétique du Mont Fuji ? Brailla le nabot. Quelle chance vous avez, on vient justement d’en recevoir un stock complet ! Regardez-moi ça : on a que l’embarras du choix, pas vrai ?
_ Dites donc, objecta l’acheteur, c’est normal qu’elles soient rouges ? Parce que toutes celles que j’ai acheté ont toujours été noires et…
_ Meeuhwi, assura Kalem. C’est parce qu’elles ont été traité à la poussière de Pyridium, ce qui accroît la durée du champ magnétique, pour une plus grande longévité. Bien entendu, ce n’est pas le même prix, mais vous verrez que l’investissement est valable !
_ Kaaaalem !! Intervint Kentaro en se précipitant vers le nain. On ne… »

Le médecin n’eut pas le temps d’expliciter le fond de sa pensée à propos de la superstition des crétins et du fait de jouer dessus pour s’enrichir, car il disparut brusquement dans un grand fracas et un large nuage de poussière : une armoire s’était malencontreusement effondrée sur lui, fort accidentellement poussée par Kassos, le fidèle babouin invoqué du nabot.

« Ahaha, bien joué, Kassos ! » Exulta Kalem.

Un chapelet de jurons colorés s’échappa de sous le meuble renversé, tandis que Kentaro tentait de s’extirper de là.

« Saloperie de primate ! Vociféra le chunin, j’t’jure que j’vais te faire la peau !
_ Attention maître ! S’exclama Kassos, il en veut à votre vie !
_ Empêche le de sortir de là, il va encore faire planter la transaction ! » Ordonna Kalem.

Le singe surexcité se mit donc en devoir de sauter à pied joint sur l’armoire pour l’empêcher de bouger, malgré les menaces et engueulades du chunin. Kalem lâcha un petit ricanement satisfait, son plus gros handicap étant momentanément mis sur la touche, avant de se retourner vers le pigeon client en se frottant les mains.

« Alors, mon bon monsieur, je… M’enfin ? »

Ledit client avait déserté les lieux, visiblement échaudé par l’ambiance de fou qui y régnait.
Dans un bruit de colifichets éparpillés et autres babioles fragiles se brisant, Kentaro parvint à se relever, balançant l’armoire et l’affreux primate au loin. Kalem profita donc du retour de son associé pour l’houspiller comme il se le devait.

« Ah ben bravo, Kentaro ! À cause de toi, le client s’est barré ! C’est la cinquième vente que tu nous fais foirer, t’es content de toi, j’espère ? C’est pas comme ça qu’on va devenir riche, hein !
_ Ça tombe bien, c’est pas le but de notre mission, rappela Kentaro.
_ Tu veux rire ? Je compte bien rentabiliser notre investissement temporel ! Ça fait deux jours déjà qu’on poireaute pour des prunes, ça mérite bien une petite compensation. Alors môssieur le Chevalier Blanc va s’occuper des stocks et de l’arrière-boutique et me laisser tranquillement plumer ces abrutis de pigeons ! »

Kentaro étouffa un sourire narquois et Kalem eut une affreuse certitude. Il se retourna juste à temps pour voir le sixième "abruti de pigeon" de la journée prendre la poudre d’escampette.

« Mais quelle mission merdique ! » Jura le nabot.

*
* *

« Putain ! On s’est à peine fait cent Ryo en deux jours, se lamenta Kalem à l’approche du déjeuner. Mais merde, c’st quoi ces glandus qui font systématiquement la fine bouche !?
_ En même temps, si t’arrêtait de gonfler les prix éhontément, les gens seraient moins réticent à lâcher leur thune, hein… Objecta Kentaro. ‘fin, je dis ça, j’dis rien…
_ Ouais, ben moi au moins, j’essaie pas de les raisonner et renoncer à leur achat ! Contrairement à un certain partenaire qui n’a visiblement pas du tout la fibre commerciale !
_ Hé, ho ! Ch’uis médecin et shinobi, moi, j’peux pas tout faire !
_ Ouais ben ça, j’ai remarqué, que t’étais plutôt limité !
_ Continue et tu vas voir si l’est limité, mon poing…
_ En plus, je… »

La répartie de l’insupportable nabot mourut dans sa gorge au tintement de la clochette d’entrée – sa dernière trouvaille pour être averti de l’arrivé de clients et modérer alors ses propos en conséquence – et Kalem pivota derechef en s’inclinant.

« Bienvenu à Macdonald, la caverne d’Ali Baba. Tout ce que vous avez jamais voulu désirez, nous l’avons ! Bonnimenta le nabot. Philtre aphrodisiaque, potion de puissance, pierre de chance…
_ ‘Gaffe, prévint Kentaro. C’sont du Kiritsu. »

Kalem releva la tête et s’aperçût que les deux clients qui venaient d’entrer, outre une dégaine patibulaire fort caractéristique, arboraient en évidence des bandeaux portant l’emblème des Tafioles des Marécages Putrides.
Tenant à rester dans leur rôle, les deux compères échangèrent un regard complice, puis Kalem embraya de nouveau.

« Ohoh ! Des invités de marques ! Nulle crainte, messieurs, assura le nabot, nous ne vous proposerons que le meilleur. Il serait indigne pour d’honnêtes marchands tel que nous de tenter de faire du profit sur le dos des vaillants défenseurs de l’ordre et de la justice !
_ Laisse tomber le couplet marketing, rétorqua l’un des types, on est là pour discuter de la taxe.
_ La taxe ? Quelle taxe ? Feignit de ne pas comprendre Kalem.
_ La taxe de protection, expliqua diplomatiquement l’autre gus. Une petite participation à l’effort de guerre collectif, pour assurer le bon fonctionnement de Kiritsu.
_ Ah oui ! S’exclama Kentaro. Celle à déposer au QG en échange d’une déduction fiscale sur l’impôt foncier. Hé bien, justement, on se disait qu’il serait temps d’y penser, mon collègue et moi.
_ Justement, nous sommes là pour ça, signala l’un des Gensouards.
_ Très bien, allons-y ensemble, annonça le médecin.
_ Ensemb… ?? Mais euh, comment ça ?
_ Hé bien, enchaîna Kalem, comprenant où son collègue cherchait à en venir. Au Qg, évidemment. Pour avoir le petit papier officiel pour la déduction d’impôt.
_ Nan, nan, nan, attendez, là, capitula l’autre Gensouard. Je crois qu’on ne s’est pas bien compris. C’est une taxe à remettre aux patrouilles du Kiristu, et qui met votre établissement à l’abri des quelques… désagréments qui pourraient malencontreusement survenir.
_ Ah d’accord ! S’exclama Kentaro. Vous faites de l’extorsion de fond.
_ Tout de suite les grands mots, se défendit l’un des Gensouards. Pas du tout, nous…
_ Mais si, mais si ! C’est même une excellente nouvelle ! Soutint Kalem.
_ Gné ?
_ Bien entendu, expliqua le nabot. C’est une forme de reconnaissance, dans le quartier. Si on ne payait pas la taxe, les gens se diraient qu’on est pas assez important pour attirer votre attention, donc qu’on est de la merde, et nous ignoreraient. Les autres commerçants vont jaser, les rumeurs vont atteindre les clients et ça sera mauvais pour les affaires. Alors que si on paye, forcément, c’est qu’on est une boutique dans le coup. C’est une pure publicité que vous nous proposez là.
_ Mais euh, se demanda le Gensouard complètement décontenancé. Ça veut dire que vous ne rechignez pas à payer ?
_ Pas du tout ! Assura Kentaro. Allez, allons régler cette commission publicitaire dans l’arrière-boutique. »

Jouant les propriétaires débonnaires, le médecin arriva entre les deux genins déboussolés, comme pour les prendre chacun par une épaule pour les emmener dans l’arrière-boutique.
Sauf qu’il tenait une seringue dans chaque main.

La première se ficha dans la gorge du Gensouard de droite, le neutralisant pour le compte. Les réflexes du second, plus méfiant, le sauvèrent in extremis et il s’éloigna vivement du médecin. Mais ses pieds se prirent dans la hampe de la lance de Kassos, et il s’étala de tout son long devant Kalem, qui s’en occupa de quelques coups de batte bien sentis.

« Et vlan ! Voilà une bonne chose de faite ! Décida le nabot.
_ Tu vois, comme sur des roulettes, approuva Kentaro. Les deux autres vont remarquer leur absence et rappliquer, et rebelote.
_ Nyahahaha ! Une mission rondement menée. Par contre, on fait quoi de ces deux lascards ?
_ On les saucissonne et on les enferme dans les toilettes ? Proposa le médecin. T’te façon, d’ici ce soir, tout sera terminé.
_ C’est pas un peu risqué ? Objecta Kalem. Et s’ils se réveillent et se détachent ?
_ Ok, plan B. » Annonça Kentaro en sortant ses aiguilles d’acuponctures.

*
* *

L’après-midi avait plutôt bien commencé. Les deux tocards étaient toujours figés, Kalem avait refourgué un attrape-cauchemar à 75 Ryos au premier péquin venu – bon, le quatrième, les trois premiers avaient rapidement passé leur chemin, en réalité – et Kentaro venait de finir de nettoyer la façade et rafistoler le toit pour donner un aspect plus présentable à la boutique et attirer les badauds. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, lorsque la clochette tinta une nouvelle fois.

Les deux genins jetèrent un coup d’œil et se figèrent sur le champ. Un grand échalas sombre venait de faire son apparition, emmitouflé dans une grande cape noire, vêtu d’un bonnet sombre et de petites lunettes teintés. Et le bandeau des Tafioles du Marais Puant accroché au cou.

« P’tain, t’as vu la dégaine, souffla Kalem. C’est le chunin, ça, forcément !
_ Ah merde… Marmonna Kentaro. Le troisième genin doit sûrement rester en couverture en dehors. J’vais aller le débusquer, occupe donc ce zig !
_ Quuuoàà !?? Murmura le nabot. Nan mais ça va pas bien dans ta tête !? Tu ne me laisse pas avec ce monstre, hors de question !! Il va me mettre en charpie ! J’veux pas j’veux pas j’veux pas !
_ Relax ! Rétorqua Kentaro sur le même ton. Tu le baratines, tu l’occupes, ch’rais revenu dans cinq minutes…
_ Naaaannn ! Pas possible ! Pas possibleuh !! Si tu files, j’viens avec toi !
_ Mais on va pas l’laisser… »

La messe basse des deux compères fut interrompue par un raclement de gorge insistant. Le chunin les dévisageait bizarrement. Kentaro hésita, voulut faire un pas, mais sentit quelque chose qui le retenait. Il baissa les yeux et s’aperçut que c’était Kalem qui serrait fermement le bas de son pantalon, sans que le client les voit.

« J’te préviens, murmura Kalem, si tu comptes me laisser seul avec ce butor, ‘faudrait faire une croix sur ton pantalon !
_ ça va pas bien dans ta tête, toi…
_ Ouais, ben… »

Nouveau raclement de gorge insistant.

« Vous allez m’laisser poireauter longtemps ? Gémit le chunin d’une voix plaintive.
_ Oua-humpf !! Répondit Kalem avant que Kentaro ne lui plaque la main devant la bouche.
_ Meuhnon, rétorqua le médecin. Pas de soucis, Macdonald à votre service. Alors, alors ? Qu’est-ce que vous voulez ? De l’argent ?
_ De l’argent ?? Mais comment ça ?
_ Heu, j’voulais dire, une babiole en argent, se rattrapa le médecin. On en a plusieurs qui apportent toute sorte de protection, vraisemblablement très utile pour un fervent combattant du Kiritsu.
_ Non. Non, non, désolé, je ne viens pas pour ça…
_ Un dessous-de-table, alors ? Tenta le nabot.
_ Dessous de table ??
_ Heu, dessus-de-table, rectifia Kalem. Vous savez, des napperons, trucs comme ça, pour modifier et favoriser la circulation des ondes de bien-être dans la pièce.
_ Ah ? Heu, non plus.
_ Bon ben quoi, alors ? S’impatienta Kentaro. On ne va pas y passer la journée !
_ Mais… C’est que c’est un petit peu délicat, grimaça piteusement le chunin.
_ Vous en faites pas, vous pouvez tout nous dire, y’a pas de soucis, répondit le médecin tout sourire.
_ Ouais, approuva Kalem, la devise de la maison…
_ On a une devise, nous ?
_ ’Videmment, ça fait sérieux ! Rhalàlàlà, ‘faut vraiment que je pense à tout, ici… Donc je disais, notre devise, c’est "venez comme vous êtes". Promis, on se foutera pas de vot’gueule.
_ Toi ? C’est une blague ?
_ Crève !
_ Bon, alors voilà… hésita le Gensouard. En fait, heu… Je voudrais un… Un… Un filtre d’amour.
_ Un aphrodisiaque ?
_ Non, non, non. C’est différent. Je veux rendre la femme que j’aime amoureux de moi, alors… J’ai besoin d’un filtre d’amour.
_ C’est une blague ? Demanda Kentaro.
_ Taggle, Kenta’, fais pas foiré la vente !
_ Non, non. C’est tout à fait sérieux.
_ Pfff… Huhuhu… BWAHAHAHAHAHAHA !! C’est trop ridicule ! V’là qu’on a des types qui s’sont fait jeter par leur dulcinée quand ils lui ont déclaré leur flamme…
_ Mais pas tout ! Ce n’est ab-so-lu-ment pas ce qui s’est passé !
_ Bwahahaha !! Et t’espères rattraper le coup avec une mixture improbable ! Bwahahaha ! La loose !! »

Complètement explosé de rire, Kentaro s’éloigna en titubant. Tout compte fait, les conneries occultes, ce n’était pas seulement stupide, mais complètement ridicule à l’occasion. Kalem eût beau gueuler comme un putois pour le rappeler à l’ordre, le fou rire du chunin ne fit qu’aller s’amplifiant. Le Gensouard prit la mouche et la porte par la même occasion.

« P’tain, très vraiment un boulet, Kenta’ ! Hurla Kalem. Bordel, y’avait un max de thunes à ce faire, là, merde. Gâche métier ! »

*
* *

L’après-midi tirait tranquillement à sa fin, sans que grand-chose ne vienne perturber sa quiétude. Kalem parvint à refourguer quelques babioles à un couple qui passait, pour un total supplémentaire de 25 ryos, tandis que Kentaro, ayant terminé l’extérieur, s’était attelé à changer le papier peint de la boutique : rien ne l’énervait plus que de rester à rien faire, or le nabot refusait qu’il approche les clients. Le chunin s’occupait donc comme il le pouvait.

Les deux compères étaient en train de se demander ce qu’ils allaient bien pouvoir de leurs prisonniers si leurs comparses ne rappliquaient pas aujourd’hui. C’était pas prévu dans le plan, ça. Depuis quand les coéquipiers ne se souciaient pas de la disparition des leurs, hein ?
Si ça se trouvait, ils s’en apercevraient qu’à l’heure du couvre-feu…

La clochette tinta soudainement, et Kalem se retourna en arborant son rictus le plus accueillant et en clamant « Bienvenue à Macdonald ! ». Il y eût un silence, puis Kalem donna un coup de coude à Kentaro.

« Va chier, Kalem, ch’uis occupé ! répondit le médecin, en train d’essayer de coller son papier peint.
_ C’est pas le moment, Kenta’ ! Souffla le nabot. C’est eux, c’est eux !
_ Oui, mais cinq minutes !
_ Y’a pas le temps !!
_ Je te dit qu’AÏE !! »

Une nouvelle fois, le nabot venait d’écrabouiller les orteils de son collègue pour le ramener à la réalité. L’effet fut immédiat, Kentaro se mettant à sautiller sur place en hurlant des injures tandis que Kalem se dépêtrait avec le papier peint poisseux de colle qui lui était tombé dessus.

« Chef, z’êtes sûrs qu’ils peuvent savoir quelque chose ? S’inquiéta le genin Gensouard auprès de son supérieur. Z’ont pas l’air d’être des flèches…
_ Ne jamais sous-estimer un adversaire potentiel. Si ça se trouve, ils jouent la comédie ! Reste sur tes gardes.
_ Heu… Répondit fort diplomatiquement le genin en observant les deux vendeurs se chamailler sans se préoccuper des clients.
_ Messieurs ! Gueula le chunin Gensouard. Serait-ce trop demander d’avoir votre attention cinq minutes !?
_ Qu’est-ce qu’on peut faire pour vot’service, demanda Kalem en essayant de reprendre contenance.
_ Nous… enquêtons sur deux membres du kiritsu, d’origine Gensouarde. D’après nos informations, ils seraient passés dans votre boutique. Auriez-vous quelques indices à nous divulguer à ce sujet ?
_ Nan, ça ne nous dit rien ! Répondit le nabot, peu décidé à affronter de face un chunin sur ses gardes.
_ Mensonge.
_ Qu… Quoi !? S’exclama le nabot. Je ne vous permets pas, dis d…
_ Ton partenaire vous trahit. » Coupa court le chunin.

Kalem se retourna d’un bloc pour regarder ce que faisait encore son abruti de coéquipier. Celui se contentait de dévisager les nouveaux venus, mais un sourire empli d’une joie sauvage se dessinait de plus en plus clairement surs ses lèvres.

« ‘Spèce de bourrin, c’est pas le moment de foncer dans le tas ! Intima à voix basse le nabot. On a encore une chance de sauver les meubles ! »

De son côté, le corps du chunin Gensouard réagissait instinctivement à l’hostilité dirigé à son encontre qui émanait du médecin. L’homme recula légèrement son pied, adoptant une position plus stable, tandis que d’une pression du pouce, il dégageait légèrement son sabre du fourreau et approchait son autre main de la poignée.

« Heu… Chef ? Se demanda le genin de Gensou, hésitant quant à ce qu’il devait faire.
_ On se calme, tenta de temporiser Kalem, c’est pas le moment de faire les cons, hein… »

Un grondement sourd lui répondit et, avant qu’il ne puisse faire un geste, Kentaro se jeta sur son adversaire, traversant la pièce en un éclair pour lui décocher un direct du droit dans la mâchoire. Le Gensouard expérimenté réagit au quart de tours, reculant d’un pas pour récupérer juste ce qui lui fallait de manœuvre, avant de dégainer et frapper en un seul mouvement circulaire.
Il y eut un choc sourd et Kentaro recula jusqu’au niveau du comptoir, tout sourire. Une mince estafilade courait sur ses doigts et du sang en perlait.

« Joli réflexe, reconnut le médecin.
_ Oh merdemerdemerde, mais qu’est-ce qui t’as pris, Kentaro !!
_ Belle attaque, répondit le sabreur.
_ T’avais dit qu’on le prendrait par surprise ! C’est foutu, là ! Atterri, mec !
_ Je me trompe où tu t’y connais, avec ton sabre ? Demanda Kentaro.
_ Ooooh bordel, j’l’avais dit qu’on aurait mieux fait d’embarquer not’chunin !
_ Exact, acquieça le genin. Et je ne pense pas me tromper en pensant que la disparition de mes genins est de votre fait ? C’est le kiritsu qui vous envoie ?
_ On est foutu ! Foutu-foutu ! Hé, attends, y’a une fenêtre dans l’arrière-boutique !
_ C’qu’on s’en fout, tape d’abord et discute après ! … …
_ On va les prendre de vitesse et filer par là ! Dépêche, c’est not’seule chance !
_ Kalem ?
_ Heu… Oui ?
_ Dégages, tu me pompes l’air !! »

Kentaro attrapa le nabot par le col, par-dessus le comptoir, avant de l’envoyer bouler au loin. Le projectile vivant hurla, heurta le pauvre genin gensouard qui n’avait rien demandé à personne, et les deux genins furent propulsé à travers la porte.

« Quel esprit d’équipe, railla le chunin.
_ Rooooh, c’est bon. Il a la tête dure, pas d’inquiétude. Pis j’le veux pas dans mes pattes ! C’est la première fois depuis un moment que je me sens aussi excité pour un combat. Pas question qu’on vienne gâcher mon plaisir !
_ Un plaisir ? Tu prends ce combat pour un divertissement ? J’ignore de quelle nature est la technique qui te permet de te protéger, mais tu es mal tombé. Je vais te faire passer l’envie de t’amuser dans un combat contre un chunin de Gensou ! Promit le sabreur.
_ Des mots. Viens-en aux faits ! » Rétorqua le médecin avec un rictus carnassier.

Le Gensouard leva son sabre. Le Mahousard avança son pied d’appui.
Les deux chunins se jetèrent l’un sur l’autre.
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Re: Narasu

Message par Kalem le 18/10/2011, 18:59

Le petit ninja roula dans la poussière et adressa un juron en direction de la boutique. Il s’épousseta les vêtements, grogna un peu, puis, releva la tête, tombant nez à nez avec le Genin qui jusqu’ici n’avait fait que discuter avec son chef. La personne qui se tenait en face du minuscule être humain n’était ni trop baraquée, ni pas assez, le type même de gars qui associe Taijutsu avec une autre discipline, déduisit rapidement Kalem de la carrure de l’autre.

« Bon, je te le dis tout de suite, grommela le grincheux, je n’ai absolument aucune envie de me battre ! Mais je n’ai pas non plus envie que tu gagnes.
-Tu es bien difficile, ou terriblement arrogant si tu crois pouvoir m’arrêter sans te battre.
-Houlà, mais on dirait que tu t’énerves, c’est rarement bon pour les nerfs ça ! Tu sais, j’ai un remède contre ce genre de maux dans la boutique, mais ce n’est pas donné hein… Toutefois, ça pourrait te sauver la mise bien des…
- Ta gueule, je n’ai pas que ça à faire, de t’entendre parler !
-Mais tu sais, je dis ça pour toi. J’aime pas les connards mais t’as l’air d’être un gentil connard toi, nan ? J’me trompe ?Putain, j’aime pas les bouseux ! »

Le coup de poing partit et se posa délicatement sur la figure du Doskop qui alla se poser délicatement sur le sol, quelques mètres plus loin. Kalem se releva, il n’avait rien. Le Gensouard l’avait frappé en plein dans le nez mais pas le moindre saignement. Il déglutit un peu, se fit craquer les os de la nuque puis se concentra sur son combat. Oh qu’il n’aimait pas ça ! Il risquait de se faire buter d’un instant à l’autre par un putain de renégat marécageux et il sentait que l’autre n’allait pas y aller de main morte.

« Alors, tu ne m’attaques pas ? Mauviette des marais. Même pas capable de faire saigner le nez d’un petit Mahousard… Si je ne m’abuse, les rangs de Gensou sont décadents !
-Le problème avec les hommes des forêts, c’est qu’ils ne quittent pas assez leurs bois pour se confronter aux difficultés du monde extérieur. Ils ne peuvent donc pas gagner de combat !
-Ça, c’est toi qui le dis… Grogna Kalem comme pour mettre au défi son adversaire. »

Les deux ninjas se jaugèrent, les yeux dans les yeux. Ce qui par ailleurs, était plus dur pour notre ami Mahousard que pour l’homme des marais. S’ensuivit une phase d’attente pendant laquelle chaque combattant préparait ses attaques. Le gensouard fit quelques mudras et Kalem sortit sa sarbacane. Il avait toujours sur lui quelques fioles ainsi que des fléchettes. Les biceps de son adversaire se tendirent et Kalem finit de regretter d’avoir écouté Kentaro. C’était vraiment un boulet, jamais le Doskop ne réchapperait à ce combat. Il préféra tenter de gagner du temps plutôt que de subir une salve de coups.

« Bon, mon petit gaillard, je suis en train de te préparer la misère de toute ta vie, tenta Kalem en désignant la sarbacane.
-C’est ça, crève toujours, pov’ tache !
-Euh, c’est affreux, si ta mère t’entendait… Mais, c’est quoi ça ? Pourquoi tes muscles gonflent ?
-C’est ma technique de renforcement musculaire ! »

Un petit rire se fit entendre et le gensouard, dont les muscles mesuraient à présent plus de deux Hisokas s’étonna un peu de ce gloussement. Kalem essuya la larme qui coulait sur sa joue, attrapa sa sarbacane la pris à la bouche et, en prenant le temps de viser, souffla un aiguillon en direction de son adversaire. Celui-ci traversa la couche de muscles comme s’il n’y avait rien.

« C’est bien ce que je me disais, songea le nain à voix haute…
-Quoi ? Fit l’autre d’un air ahuri.
-Et bien, le Genjutsu est très utile contre des gens qui ne connaissent rien aux diverses capacités du corps humain. Mais en l’occurrence, je suis médecin, et même des séances de bodybuilding intensif auraient du mal à rendre un corps dans cet état. Alors une bête technique de renforcement, n’en parlons pas… Voyons si les illusionnistes de Gensou sont toujours à leur niveau, le provoqua Kalem, avec un sourire en coin. »

Le Genin en face de lui était épaté. Peu à peu, il reprit sa corpulence habituelle, mais ne s’avoua toutefois pas vaincu devant l’habileté du petit médecin. Celui-ci, de son côté commençait déjà à échafauder un plan. Il sortit un parchemin de sa tunique et l’activa. Après un court nuage de poussière pour dissimuler l’apparition de l’invocation mais surtout pour rendre un peu de beauté à la technique, le singe roux prénommé Kassos fit son apparition, majestueux, le poil brillant, la lance pointée en avant.

« Kassos !
-Chef, oui chef !
-Cet énergumène qui se situe derrière toi sera ton adversaire !
-Chef, qui chef ?
-Le putain de glandu qu’est en train de préparer un de ses sorts minables pour endormir ma conscience et lui permettre de me buter !
-Ah, lui chef ?
-Tu as oublié un chef !
-Chef Ah, lui chef ?
-Oui, lui, la misérable vermine croulant dans la putréfaction et qui mériterait un coup de batte dans la gueule. Malheureusement, n’ayant pas l’outil à portée de main, l’utilisation de la lance sera notre dernière option !
-Excuse…
-Toi ta gueule ! Je t’ai pas sonné que je sache, dès que j’ai fini de donner mes ordres, il pourra venir te dégommer la face convenablement. »

L’autre ne l’entendait toutefois pas de cette oreille et fonça poings en avant sur le petit chef. Ce dernier se protégea en toute hâte le visage, se roula en boule sur le sol et, dans un dernier effort pour s’extirper des griffes de l’abominable homme des marais qui l’assaillait, s’agrippa aux poils de la jambe de son singe. Celui-ci, tentant de s’arracher à la prise martiale de son maître secoua un peu le pied, ce qui envoya valdinguer le barbu.

« Kaassoos ! Buuuteeee-leeeeeee ! Hurla Kalem une dernière fois avant de s’écraser au sol en pulvérisant les records de sauts en longueur.
-Chef, oui chef ! »

Le babouin se retourna, cherchant du regard son adversaire. Il avait une de ces pétoches qu’il aurait volontiers pris ses jambes à son cou, avec la queue entre elles bien entendu. Toutefois, suivant ce que lui disait la partie la plus intelligente de son cerveau d’invocation, c’est-à-dire Kalem, il darda sa broche vers le poulet qu’il allait bientôt rôtir.

« Ahah, misérable trou du cul d’humain ! Je vais te pulvériser les couilles et les donner en pâture à mon chien, qui les offrira à son hamster ! »

Sur ces paroles sincères, poignantes, et sanglantes du singe en délire, il prit les devant et fonça tel un demeuré sur le gensouard bouche bée qui attendait face à lui. Puis, reprenant subitement ses esprits, le jeune homme fit un bond en arrière pour éviter la lame qui pointait vers lui. L’hominoïde ne se découragea toutefois pas pour autant, et, exécutant un bond large de deux mètres, il atterrit juste à côté de sa cible. Le Genin attrapa la hampe de l’arme et tenta de rivaliser de force avec l’animal. De son côté, Kassos était en train de penser à ce qu’il fallait faire s’il blessait son adversaire. Il avait une sainte horreur de faire du mal.

« Dites-moi, misérable trou du cul d’humain, que faut-il que je fasse si je vous blesse gravement ?
-Que tu fermes ta grande gueule prognathe imbécile !
-Désolé, mais mes jambes vont bien…
-Je parlais de ta mâchoire sale macaque !
-Je suis un babouin, et de haute lignée en plus ! Et soit vous ne connaissez pas le véritable sens du mot imbécile.
-Bien sûr que si mon cochon, c’est…
-Je suis un singe bordel !
-Mais ferme ta gueule, je parle ! Je disais qu’un imbécile était quelqu’un d’idiot !
-Faux, vous vous trompez mais vous vous trompez sincèrement, analphabète que vous êtes !
-Non je ne me trompe pas !
-Si, imbécile est un terme qui désigne les gens qui n’ont plus l’usage de leurs deux jambes.
-C’est ce que je dis, parce que dans dix secondes même un miracle ne pourra pas te faire remarcher !
-Bien sûr que si ! Mon maître est médecin, ignorant !
-Et ma technique est fulgurante !
-Encore faudrait-il que tu puisses lâcher ma lance sans que je te tue !
-Ou que tu ne t’écroules pas par terre avant, lança une voix derrière eux. »

Ils se retournèrent et, stupéfaits, virent Kalem, la sarbacane à la main. Dans un éclair de lucidité, le Gensouard lâcha la lance, mit un direct dans l’estomac du babouin qui s’étouffa de surprise et de douleur, puis, il enchaîna quelques mouvements classiques de Goken pour rouer de coups l’animal. Celui-ci tomba à terre et lâcha sa lance. Le Tai-Genjutsuka prit une inspiration, sauta pour atterrir sur Kalem qui fut pris un peu de cours. Son attaque était basée sur ses Genjutsus. Il n’était pas véritablement très bon au Taijutsu, bien qu’il se débrouillât mieux que Kalem, mais aucune habileté particulière dans ses coups ne faisait ressortir un entraînement spécial. Sa force résidait surtout dans les illusions qu’il utilisait pour frapper. Le principe était simple, faire perdre toute perspective à l’adversaire. Perspective des mouvements mais surtout perspective de gagner. Car dès qu’il commença à frapper, Kalem se dit qu’il allait mourir.

« Pastaper ; j’aimal ; arrête ; putainconnard ; s’ilteplait ; niklapolice ; sinusoïdal ; aïemamèrepourquoim’atufaisça ? Gémissait Kalem
-Hé, mais ferme ta gueule, j’en ai marre de t’entendre !
-Moi aussi j’en ai marre de l’entendre, fit une voix derrière lui. »

Il se retourna et le singe roux lui enfila une série de directs dans la tronche, avant de le soulever et de l’envoyer balader. Kalem se releva, s’épousseta et se dirigea vers le corps inerte du Gensoumis. Une aiguille à la main, il piqua le bras gauche de son adversaire qui s’endormit promptement. Il se retourna vers Kassos qui le regardait avec fierté.

« Je suis très mécontent de toi, ignoble créature ! Caches-toi, mes yeux ne peuvent pas te supporter bordel !!!
-Chef, euh, mais je l’ai dégommé nan ? chef !
-Ahhrggh, ta voix est insupportable tais toi !!!
-Chef, pourriez-vous m’expliquer ce qui ne va pas ? chef.
-Et tu recommences, après avoir dit que tu en avais marre de m’entendre ! Je vais t’en faire bouffer moi des excuses, crotte de cheval ! À mes pieds espèce de sac à foutre ! Et ne t’avise pas de parler ou je te fais bouffer tes déjections, cornard ! C’est compris ?
-Chef oui chef !
-J’avais dit ta gueule ! Arraches toi les poils du genou !
-Euh, je préfèrerais revenir dans mon monde !
-Ah, tu préfèrerais, ah tu préfèrerais, et sans chef ? C’est hors de question, mon petit babouin ! Tires-toi la queue dix fois !
-REBELLION ! Cria le singe roux désemparé face à tant de supplices horribles qui lui faisaient mal à la tête. »

Sur ce, il attrapa son petit maître par les pieds et l’envoya valdinguer à côté de son ancien adversaire. Kalem ne se releva pas mais hurla mille injures à son singe. Celui-ci avait sur le visage un sourire victorieux. Il regarda dans la boutique où il y avait encore du chahut et préféra ne pas intervenir. Puis, ignorant les cris de son maître, il vint se poser à côté de lui. Il attrapa une des épines du médecin et juste avant de lui piquer le bras, lui dit :

« Gensoumis : zéro ; Kalem : zéro ; Kassos : 2 !!! »

Il tourna ensuite autour de ses victimes pendant un quart d’heure en hurlant un chant de victoire et attirant la plupart des voisins qui n’étaient pas déjà venus assister à la scène. Puis, il prit sa lance et se plaça entre ses deux cibles faisant bien attention à ce qu’aucune ne se réveille…
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Re: Narasu

Message par suruil le 18/10/2011, 21:15

C'est possible d'être aussi jolie que ma coéquipière? Pourquoi elle a l'air de vouloir me tuer? C'est qui Apokolips?

Telles étaient les questions que Suruil se posaient alors qu'il déambulait dans les rues de Narasu vers le lieux de rencontre, où il devrait retrouver ses coéquipiers. Les rues se succédaient sans grand changement, quelques bandits faisant les poches de passants dans presque chaque-une d'entre elles. Rien de nouveau sous les étoiles. Il commençait à s'approcher du point de rendez-vous, de moins en moins de monde se retournant sur son passage, alors que ça tenus paraissait de moins en moins extraordinaire comparés à celles des habitants de ce quartier riche.

Finalement, le voila au point de rendez-vous, content de ne pas avoir sali son costume. Bien qu'il ne soit pas aussi discret qu'il l'aurait souhaité, il était néanmoins extrêmement précieux, même à ses yeux. Malheureusement, ses coéquipiers avaient l'air de l'attendre et la fille, nommé Obocho, un truc du genre, était déjà en train de perdre patience. D'ailleurs, elle avait l'air beaucoup moins belle quand elle était en colère...

-Mais Suruil! Tu faisais quoi?! S'énerva-t-elle.
-Désolé...
-Bon, on a un petit... problème, commença Akhen. En fait... Sheinji est pas encore arrivé..
-On peux pas commencer sans lui?
-C'est lui qui a l'argent..
-Ha...effectivement...
-Bon, on doit vraiment l'attendre? Dit Oboro tout en étant sidéré d'entendre Suruil dire plus d'un mot dans une seule phrase.
-Bas, sans argent, on rentre pas dans le casino, hasarda Akhen.
-C'est vrai ça...comment j'plume tous le monde sans argent? Dit un tous petit peu trop fort Oboro.
-Tu vas quoi? Balbutia Suruil
-C'est pas parce que c'est l'argent du QG qu'on doit pas se faire de la tune dessus...
-J'ai entendu...dis Sheinji d'une voix destinée à nous faire peur. Il est vachement convainquant...
-Et bas! T'a pris ton temps! Dit Oboro de sa voix ô combien douce et mélodieuse habituelles lorsqu'elle s'énerve...
-Bon, d'accord je suis un peu en retard, mais c'est pas la fin du monde!
-Ha! Parce que nous on peut rester dehors a crever de froid et toi t'en a rien a battre?!
-Meuh nan, dit pas ça...
-Hum hum..fit Akhen en s’éclaircissant la gorge, on ferrait pas mieux d'y aller pendant que tous le monde est la? Je veux dire, avant que tous le quartiers ne nous ai remarqué...

J'hochais la tête et Oboro et Sheinji cessaient de se disputer. Nous nous rendirent ensuite au casino, situé a quelques rues de la. Sur le chemin, seulement quelques passant nous regardèrent, tant la foule était richement habillée. D'ailleurs, sans nos nouveaux costumes, nous n'aurions surement pas pu être accepter dans cette partie de la ville, membre du Kiritsu ou non.

Devant l'entrée se trouvaient deux gorilles, au moins aussi grand que ma tente lors de la marche vers Chikara. Ils portaient des smoking noirs. Dans toute autre partie de la ville, ils auraient été considérés comme bien habillés, mais ici il semblait aussi distingués que les laveurs de toilettes de l’université. Alors que nous passions devant eux, il me sembla qu'un d'eux nous lança un regard suspicieux avant de se reprendre et de continuer à regarder droit devant lui.

Le hall d'entré du casino était somptueux. Des lampes en cristal dignes des meilleurs orfèvres pendaient du plafond, situé à une bonne vingtaine de mètre du sol. La structure du casino était assez basique, en effet le hall occupait la partie central depuis laquelle s'étendait trois ailles. Une, à notre droite, semblait abriter toute sortes de machines a sous, capable de plumer un joueur inconscient en quelques malheureuses minutes. La deuxième aile, situé à notre gauche, abritait de nombreuses tables de jeu où une des croupiers par dizaines s'attelaient à servir aux joueurs des cartes et des jetons. La dernière partie du casino, situé devant nous, ressemblait vaguement à ces images des bars Chikarates installés prêt d'une oasis dans le désert et où la fête ne s’arrêtait jamais. C'est précisément à ce moment que je me rendit compte que le hall était purement décoratif. En effet, il n'était pas tapisser de tables de jeu ou de machines a sous mais plutôt d'une marée humaines qui se livrait à des concours de déhanchés...surprenant.

Sans l'ombre d'une hésitation, Sheinji se dirigea vers le bar, sans même nous donner l'argent mis à notre disposition par le QG. Bien entendus, nous le suivirent à travers la foule. Lorsque nous fîmes tous assis autour d'une table, il commença à nous expliquer plus en détails la mission, à voix basse.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 22/10/2011, 18:41

Nanjuro Shusui, chunin de Gensou, pesta en son for intérieur. Il s’était toujours plus ou moins douté que sa combine pour mettre un peu de beurre dans les épinards lui causerait des soucis, mais il avait toujours tablé sur le fait que qui que ce soit qu’on enverrait enquêter sur son compte, ce dernier se laisserait forcément attendrir par l’appel d’espèces sonnantes et trébuchantes.
Sauf que le fou furieux qui lui faisait face semblait tout sauf disposé à avoir une discussion sensée entre personnes intelligentes.
Foutu bourrin des forêts !

Les deux combattants se jetèrent l’un sur l’autre. Disposant d’un sabre, Nanjuro bénéficiait de l’avantage évident d’une allonge supérieure par rapport à son adversaire désarmé. De fait, il frappa le premier, d’un coup cinglant au niveau de la tête : le Gensouard tablait sur une bonne blessure pour ramener son adversaire à des dispositions plus sociables.
Le pseudo-vendeur ne chercha même pas à esquiver et la lame le fouetta en un éclair. Pour autant, elle ne parvint qu’à grand peine à entamer la peau du jeune homme, ne laissant qu’une vague estafilade dans son sillage. Nanjuro se renfrogna : il allait lui faire concentrer davantage son Shû s’il voulait que son épée lui serve à quelque chose.

Il n’eût pas le temps d’approfondir cette réflexion, son ennemi était déjà sur lui. Le Mahousard frappa d’un puissant direct, que Nanjuro parvint à bloquer de sa lame. Un mouvement rapide sur sa gauche l’alerta à temps, et le bretteur contra in extremis l’autre poing de son adversaire à l’aide de la poignée de son arme.

Maintenant !

Le moment paraissait idéal pour contre-attaquer et le Gensouard arma un coup d’estoc. Il faillit alors être cueilli par un monstrueux coup de pied au sternum et ne s’en sortit sauf qu’au prix d’une esquive désespérée qui le fit reculer de plusieurs pas.

Nanjuro n’eût même pas le temps de jurer qu’il s’aperçut que son adversaire s’était engouffré dans la brèche et était déjà sur lui. Une avalanche de coups lui tomba dessus, mais l’épéiste conserva son sang-froid et entreprit d’en parer un maximum, évitant les autres en reculant.

Alors c’est ça son style !? Des attaques tout azimut pour étouffer les possibilités de son adversaire ? Surprenant. Mais cela signifie que si je parviens à me lancer, il ne saura faire face et perdra !

Fort de ce raisonnement, Nanjuro entama sa contre-attaque. Au détour d’un revers, sa lame faucha le pied d’une petite table. Ayant momentanément atténué son Shû, le sabre ne coupa pas le bois mais entraina le meuble, le propulsant sur son adversaire.
Tous ses sens aux aguets, le Gensouard observa attentivement son adversaire, prêt à saisir la première opportunité. Mais à sa grande surprise, le pseudo-vendeur ne fit pas un geste pour éviter l’imposant projectile, qui le frappa à la tête.

Là !

Profitant malgré tout de la diversion, Nanjuro plongea en avant, et frappa en direction du cœur. Il eût juste le temps de s’accroupir, brisant son élan, pour éviter le coup de pied latéral de son adversaire : ce dernier, plutôt que d’essayer de tenir sa position lors du choc, avait suivi le mouvement et pivoté sur lui-même tout en lançant son pied, continuant ainsi à attaquer sans perdre de temps.
Le Gensouard roula-boula sur le côté pour éviter un crochet du droit de son adversaire et grappilla tout juste assez de temps pour se relever et se remettre en garde face à la nouvelle pluie de coups qui lui tomba dessus.

Merde ! En sacrifiant complètement sa défense, il peut concentrer toutes ses forces dans l’attaque ! Trouver une fenêtre de manœuvre ne sera pas facile, dans ces conditions. … Je ne vois qu’un moyen, alors…

Le chunin concentra son chakra dans son bras et lança sa technique de prédilection :

« Lame en Chasse ! »

Le bras du Gensouard se tordit brusquement au niveau du coude, selon un angle complètement improbable et aberrant. La lame sembla tressauter, et bondit du poing qu’elle venait de stopper pour venir frapper l’autre qui venait. Une seconde fois, le bras de Nanjuro se tordit au niveau du coude au mépris des possibilités de l’articulation, tailladant méchamment le torse de son adverse, avant de réitérer une troisième torsion prodigieuse pour revenir bloquer à nouveau un poing qui s’abattait.

Là ! Ma technique est plus rapide que ses attaques. Dans le temps qui lui est nécessaire pour porter deux séries de coups, je peux me défendre efficacement et placer mon attaque. Je vais l’avoir !

Le pseudo-vendeur s’était arrêté et avait porté la main à sa blessure sur la poitrine puis à ses yeux, comme s’il était étonné.

« Je maîtrise le Shû, annonça Nanjuro. Peu importe la technique qui te protège, ma lame la surpassera. »

Le Mahousard lui jeta un regard étrange.

« Alors ? Reprit l’épéiste. Tu renonces à m’affronter ?
_ Tu veux rire ? Le Shû, tu dis ? Je ne connaissais pas, mais ça a l’air marrant.
_ Marrant ?? Tu ne sembles pas comprendre : je peux te blesser. Et te tuer. Tu risques ta vie, là !
_ Génial, comme ça, ça équilibre les choses !
_ Hein ??
_ Allez, reviens-y donc ! Voyons ce que tu vas pouvoir faire avec ça !!
_ Non mais attends, je crois que… »

Nanjuro ne put finir sa phrase : le Mahousard était déjà sur lui. S’obstinant dans sa tactique ainsi simpliste que basique, le pseudo-vendeur se mit en devoir de faire pleuvoir une avalanche de coups sur son adversaire, qui recourut à son étrange technique pour parer et attaquer. Une première fois. Puis une seconde. Et une troisième. Et à la quatrième…

Je rêve ! Il a accéléré ! Merde, j’ai de moins en moins de temps pour placer une attaque. Si ça continue…

Le Gensouard rompit sa position et battit en retraite. En vain : dans une pièce aussi exigüe, il ne pouvait pas s’éloigner suffisamment pour se mettre hors de portée du bourrin. Bien vite, il se retrouva sous la pression de son adversaire et du faire appel à sa technique d’articulation, encore et encore.
Très rapidement, sa position devint intenable. Il ne pouvait plus que défendre.

Pat… Je ne peux plus attaquer, mais il ne peut passer ma défense. Zut ! Ça va tourner à la guerre d’usure. Est-ce que je peux l’emporter ? Mon bras peut-il tenir le choc aussi longtemps ? Merde, c’est pas le moment de flancher. La question n’est pas de savoir si je peux gagner mais comment je vais gagner ! Observons pour l’instant et…

Le Mahousard, constatant l’impasse dans laquelle ils se trouvaient, arma alors un coup de poing et frappa tout en force. Nanjuro plaça sa lame en contre mais fut surpris par la puissance qui se dégageait de l’attaque. Il se retrouva propulsé plusieurs mètres en arrière.

Impossible ! Qu’est-ce que ça veut dire ? D’où lui vient cette subite montée en puissance ? Est-ce un coup spécial ou bien…

Force fût de constater que non, lorsque le pseudo-vendeur revint au contact et lui balança une seconde attaque aussi lourde, puis une autre. Le Mahousard semblait avoir délaissé les rafales de coups légers et rapides pour des frappes toutes en puissances.

Il n’y a qu’une seule explication… Ce type n’était pas chaud d’entré de jeu. Qu’est-ce que ça veut dire ? Il ne connaît pas de techniques d’échauffement rapide ? C’est dément ! Mais c’est ma chance… Voyons s’il peut cogner encore plus fort !

Nanjuro décida de contenir chacun des coups de son adversaire. Il pouvait ressentir l’impact jusque dans ses os, mais son sabre renforcé au Shû pouvait résister à bien pire, il le savait. Adhérant au sol par le chakra, le Gensouard ne recula pas d’un pouce. Inlassablement, le Mahousard martela l’épée sans parvenir à l’endommager. Puis il recula, fulminant.

« Alors quoi ? Tu vas rester là planter comme une potiche, s’énerva le pseudo-vendeur. Si je me mets à utiliser mes pieds, tu te rends bien compte que tu vas en prendre plein la gueule, non ? Tu fais chier, là ! Et ta technique qui tranche tout, c’est juste de l’esbroufe ? Kesst’attends pour te fritter, bon sang !?
_ Une seule chose, annonça Nanjuro. Que tu frappes encore un peu plus fort.
_ … Heu… Sans rire ? S’étonna le Mahousard.
_ Quoi ? Railla le Gensouard. Ce n’est pas dans tes cordes ? »

Le Mahousard cilla, puis se mit à rire, amusé de la requête, avant de reculer de quelques pas. Il lança un dernier regard à son adversaire, manière de dire « C’est toi qu’a insisté, viens pas pleurer après ! », avant de s’élancer.
Emporté par son élan, le jeune homme amplifia la puissance de son coup et lança une attaque titanesque.
Nanjuro sourit… Et disparut du champ de vision du Mahousard.
Dans le même temps, de violentes bourrasques de vents enveloppèrent le pseudo-vendeur, et des gerbes de sang jaillirent brusquement d’entailles au niveau du poignet et des chevilles.
Le chunin de Mahou s’effondra dans un cri, tandis que Nanjuro atterrissait souplement derrière lui.

« La Lame Flottante… Fin de la partie. » Murmura sobrement le Gensouard.

Il y eut un bruit de bibelots renversés, derrière lui, tandis que le Mahousard tentait de se relever.

En vain. La Lame Flottante est une technique couplant le Ninjutsu au Taïjutsu. Le Fûton amplifie les déplacements d’airs provoqué par les attaques. Plus ceux-ci sont puissants et plus le courant est fort. Avec ma technique de légèreté, je peux m’engouffrer dans ces courants et esquiver l’attaque, telle une feuille. Et en profiter pour lancer des frappes éclaires et trancher les tendons des quatre membres.
Remues tant que tu veux, Mahousard, tu ne peux physiquement plus te battre. La partie est fi…


Un grognement rageur prévint Nanjuro juste à temps, et même s’il esquiva trop tard, le poing du Mahousard ne fit que lui raboter méchamment l’oreille. Le sabreur se jeta précipitamment sur le coté, se prenant les pieds dans un présentoir renversé, trébucha à moitié, avant de se retourner en catastrophe et se mettre en garde, attendant l’assaut inéluctable de son adversaire. Mais celui-ci ne l’avait pas poursuivi, se contentant de le fixer d’un regard mauvais, visiblement en pétard.

Impossible… Ses tendons sont opérationnels ? Je n’aurai pas assez concentré mon Shû ? Mais c’est quoi cette cuirasse monstrueuse ?? C’est qui ce type ?

« Sacrée technique, reconnut le pseudo-vendeur. J’ai bien failli me faire avoir… Bwahaha, ça me motive d’autant plus ! Je suis Kentaro Satokira, shinobi de Mahou. Et toi ?
_ Nanjuro Shusui, chunin de Gensou.
_ Bien, bien, bien… Si on arrêtait là l’échauffement pour passer aux choses sérieuses, Nanjuro ?
_ Tout à fait d’accord. Tiens-toi prêt, Kentaro ! Car dorénavant, je vais tout faire pour te briser ! »

Kentaro esquissa un sourire amusé et entrechoqua ses poings, tout en amplifiant ses sens à l’aide de son Gôkan Henshitsu. Son opposant n’échapperait plus aussi aisément à sa perception. De son côté, Nanjuro salua son adversaire de l’épée puis déploya son En. Son acuité visuelle ne lui permettait peut-être pas de suivre les mouvements de son adversaire, mais cette aura de détection parerait à ce défaut. Il ne sous-estimait plus son adversaire et était bien décidé à lancer toutes ses forces dans la bataille.

Kentaro ne se fit pas prier et adopta la seule tactique qu’il semblait connaître : une bonne grosse charge frontale tout en puissance. Nanjuro esquive-contre-attaqua de sa Lame Flottante, disparaissant et tailladant de plus belle son adversaire. A peine se réceptionna-t-il sur ses pieds qu’il pivota d’un bloc, tandis que le Mahousard déboulait dans le périmètre de son En. Le sabreur utilisa sa technique de la Lame en Chasse pour parer une nouvelle rafale de coups, mais un violent coup de pied au ventre le propulsa plusieurs mètres en arrière.

Nanjuro se remit en garde instantanément, mais le Mahousard avait disparu de son champ de vision. Le En du sabreur le détecta bien vite, tandis que le jeune homme l’approchait par son angle mort. Le Gensouard tourbillonna sur lui-même et lança un coup d’estoc vers l’œil de son adversaire. Ce dernier esquiva en rapprochant son centre de gravité au sol, et Nanjuro transforma son attaque en un puissant coup de taille qui s’abattit sur l’épaule de Kentaro, sans parvenir à pénétrer le muscle en profondeur.
Le Mahousard arma un uppercut qui manqua de peu le sabreur qui venait de reculer précipitamment. Le shinobi de Mahou n’avait malheureusement pas fini et replia son bras, avant d’expédier un vicieux coup de coude dans le nez du Gensouard, le lui brisant sous le choc.

Nanjuro se replia en deux sous la douleur, et le faux-vendeur profita de son avantage pour lui expédier une puissante frappe des deux mains. Mal lui en prit puisqu’il devint la cible idéale pour la Lame Flottante.
Une nouvelle fois, le sabreur tailla dans le vif avant d’atterrir dans le dos de son opposant. A peine eût-il touché le seul qu’il eut le réflexe de sauter au plafond, évitant ainsi la contre-attaque furieuse du Mahousard. Ce dernier s’adapta néanmoins instantanément, décochant un grand coup de pied circulaire dans la mâchoire de ce dernier.

Les deux shinobis se jetèrent furieusement l’un sur l’autre, bataillant comme de beaux diables et échangeant une multitude de coups, le Mahousard se transformant en une véritable tornade d’attaques, frappant des poings et des pieds, tandis que la Lame en Chasse de Nanjuro tressautait à une vitesse folle, bloquant et tranchant à tout va, tandis que le chunin virevoltait en tout sens pour éviter le gros des assauts, et usait de sa Lame Flottante pour s’extirper des frappes les plus violentes.

Néanmoins, la confiance du Gensouard allait s’amenuisant : il avait beau frapper encore et encore, son adversaire souffrait de toujours davantage de blessures et pourtant, ce dernier continuait ses assauts sans ralentir le moins du monde, ni s’inquiéter de sa situation. C’était la première fois que Nanjuro avait à faire à ce genre d’énergumène. Il ne savait plus quelle tactique adoptée : toutes ces techniques semblaient inefficaces et son sabre lui semblait à peine plus utile qu’un simple de bout de bois.
Ce trouble faussa légèrement son discernement et il loupa brusquement la fenêtre d’action de sa contre-attaque. Ne pouvant esquiver l’énorme coup de pied qui lui était destiné à l’aide de sa la Lame en Chasse, le chunin de Gensou dût se résoudre à encaisser, et le choc le propulsa à l’autre bout de la pièce, où il s’écrasa lourdement contre le mur.

Merde ! Quel monstre ! Si j’encaisse un tel coup, je suis complètement foutu. Mais ce type n’a pas l’air handicapé par les blessures que je lui inflige ! Bon sang, est-ce que je devrais accroître mon Shû ? Ni mon bras ni mon arme ne résisterait à un tel flot de chakra très longtemps…

Tandis que Nanjuro se relevait péniblement, le Mahousard lâcha un soupir blasé.

« Baaah, ça devient chiant tout ça ! Cracha Kentaro. Tu ne vaux pas grand-chose, au final…
_ Pardon !?
_ Tu virevoltes dans tous les sens, mais tu fais pas illusion, expliqua le Mahousard. T’es aux abois, ce qui me fait dire que t’as plus de cartes à abattre. C’est fini.
_ Attends que je parvienne à te percer le cuir et je vais te faire ravaler tes paroles ! Rugit Nanjuro.
_ Imbécile.
_ Que… »

Le Mahousard leva son bras, exhibant son avant-bras où s’entrecroisait de multiples blessures, résultant principalement des contre-attaques par la Lame Flottante. Puis des deux mains, il désigna son corps tailladé de part en part.

« Tu vois pas que je pisse le sang de partout ? Ta lame est on ne peut plus aiguiser. »

Mais merde, il a raison ! Comment j’ai pu passer à côté de ça ?? Non, c’est faux ! Il y a un forcément truc ! Si ce n’était le cas, ses tendons seraient tranchés depuis longtemps…

« Non, réfuta Nanjuro. Tu encaisses toutes mes attaques ! Si ma lame coupait vraiment, tu ne pourrais plus bouger !
_ Ah, tu veux parler de mes tendons ? Tsss… Si je te laissais me les trancher, j’aurais plus moyen de te foutre sur la gueule. Alors ces coups-là, je les esquive.
_ Hein ? Mais tes bras…
_ Bon, ok, 'esquiver' est peut-être un peu exagéré, admit Kentaro. Je m’arrange pour que tu tapes à côté. Je dois admettre que la première fois, ça s’est joué à peu. Mais maintenant que je sais ce que tu vises, c’est un véritable jeu d’enfant.
_ Esquiver… C’est une blague ? Tu es blessé de partout, tu te fatigues bien plus vite que moi, accusa Nanjuro. Impossible que tu puisses rivaliser avec ma vitesse d’exécution !
_ Ouais, dans mon état actuel, ch’uis clairement plus au max. Mais t’oublies qu’on a échangé un paquet de coups, nous deux… Rappela le Mahousard. J’ai fini par m’habituer à toi. Facile d’anticiper.
_ Anticiper ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Demanda Nanjuro.
_ T’as la tête dure, pas vrai ? Ce que j’essaye de dire ? C’est que même dans cet état, je conserve l’avantage, suffisamment pour que tu ne puisses pas me battre. Donc c’est chiant. Encore deux ou trois passes d’armes et ç’en sera fini. Tu t’en doutes aussi. Alors abandonnes et restons-en là, tu veux… Autant régler ça entre gens matures et raisonnables, non ? Proposa Kentaro.
_ C’est… C’est une blague ?!? S’insurgea le Gensouard. Tu disposes de deux de mes genins, tu m’attaques sans préavis, tu me forces à y aller sérieusement et soudainement, que dalle, ça t’intéresse plus, on arrête ? Soi-disant que je ne fais pas le poids ? Tu te fous de ma gueule ?!
_ T’as de meilleurs techniques sous le coude ? Voulut savoir Kentaro.
_ Non, mais…
_ Alors je vais te mettre une pilée, et ça n’a aucun intérêt. Allez, ch’uis désolé, je t’avais cru plus fort, je me suis trompé, c’est entièrement ma faute… Sans rancune ?
_ Je vais te tuer. »

Le Gensouard s’enflamma et, hors de ses gonds, se jeta sur son homologue de Mahou, bien décidé à lui faire ravaler ses propos arrogants. Les deux shinobis échangèrent plusieurs séries d’attaques furieuses, se déplaçant en tout sens à travers la petite pièce. Pendant quelques secondes, Nanjuro fut rasséréné. Il pouvait faire jeu égal avec ce foutu Mahousard !
C’est alors qu’au détour d’un revers, Kentaro lança une attaque surprise sur l’épéiste. Celui-ci voulut réagir mais s’aperçut qu’il était coincé : le meuble sur sa gauche empêchait une défense classique, son bras était trop mal positionné pour la Lame en Chasse, et l’attaque n’était pas assez puissante pour placer la Lame Volante !

Réagissant avec l’énergie du désespoir, Nanjuro tenta le tout pour le tout. Concentrant son chakra au maximum, il tenta un passage en force. Son avant-bras bondit, pulvérisant un présentoir au passage et la lame de son sabre faucha brutalement le bras du Mahousard, le repoussant violemment sur le côté. Le Gensouard profita de la brèche pour s’extirper de sa position foireuse et récupérer un minimum de latitude.

Bon sang ! Je me suis fait piéger ! Est-ce qu’il avait prévu de m’amener cette position ? Il aurait décrypté ma façon de se battre à ce point ? Ou n’était-ce qu’une coïncidence ? Zut, c’est pas le moment de penser à ça ! Mais s’il peut me balader ainsi…

Nanjuro grimaça de douleur. La charge de chakra avait été trop forte pour son bras et l’impact avec le meuble n’avait rien arrangé. Son bras était dans un sale état, ce qui n’allait faire que compliquer les choses pour la suite.
Se remettant en garde, le Gensouard eût deux mauvaises surprises supplémentaires. Bien qu’ayant frappé au-delà de ses forces et touché son adversaire de plein fouet, le bras gauche de ce dernier était toujours un seul morceau. Et par contre, sa propre lame avait été ébréchée par l’impact.

Nom de nom ! C’est pas vrai ! Un tel coup aurait dû lui arracher le bras, pas se contenter de l’entailler à moitié ! Et malgré le Shû, ma lame s’est endommagée. Sur l’os !? Bordel, mais il est fait en quoi, ce monstre ??

Le Mahousard agita brusquement son bras lacéré. S’il ne pouvait visiblement plus frapper correctement avec, il avait l’intention de s’en servir comme d’un fléau. Il en fallait plus pour l’empêcher d’attaquer.
Comme de juste, le shinobi de Mahou se jeta une nouvelle fois sur Nanjuro, qui vécut un véritable cauchemar. La panique le submergeait tandis que la réalité le frappait de plein fouet : avec son bras engourdis et douloureux, il ne pouvait plus pratiquer ses techniques de sabres parfaitement. Quant bien même, son arme ne parvenait à passer la carapace musculaire de son adversaire. De toute façon, il n’était pas capable de réunir assez de puissance pour trancher les os.
Son seul espoir résidait dans le temps : malgré ses grands airs, son adversaire était dans un état pitoyable. S’il parvenait à tenir un peu plus, celui-ci se viderait de toute son énergie. Mais l’épéiste désespérait de pouvoir réussir une telle prouesse. Les mouvements de son adversaire le dépassaient complètement, et il était à peine capable de le contenir. Le Mahousard le lui avait bien dit : il ne pouvait pas gagner ! La volonté du Gensouard était en pièce…

Nanjuro s’aperçut soudainement qu’il venait de se laisser acculer dans un coin de la pièce. Il n’avait plus d’échappatoire à l’assaut furieux de son adversaire ! En une fraction de seconde, le Mahousard fut sur lui, bien décidé à l’encastrer proprement dans le mur. L’épéiste réagit de façon désespéré.
Le mur explosa dans un nuage de poussière…

Kentaro fronça les sourcils : n’ayant pas touché l’abruti à l’épée, l’effondrement du mur n’était pas de son fait. De ce qu’il avait pu saisir, le Marécageux avait utilisé son coup spécial pour affaiblir puis enfoncer le mur en quelques coups d’épées. Allons bon, le tocard des marais aurait donc décidé de fuir ? Une vague de colère passa sur le visage du Mahousard, tandis qu’il envisageait cette possibilité.
Il fut néanmoins bien vite rassuré lorsqu’il eût passé le mur. Nanjuro l’attendait dans la petite ruelle derrière la boutique, et son regard trahissait son envie d’en découdre. Le médecin cilla, tandis qu’il pressentait autre chose dans ce regard. Une autre chose qui le fit frissonner d’excitation. Son adversaire avait retrouvé toute sa combativité. Il lui restait encore une carte à abattre, finalement !

« Hoho ! Finalement, on dirait qu’il te reste quelques ressources, se félicita Kentaro.
_ Normalement, je ne devrais pas pouvoir l’utiliser. Mais j’ai la certitude que toi, tu vas me permettre de le faire, expliqua Nanjuro.
_ Tiens donc ?
_ Sa préparation me demande un peu de temps. Mais dans ton orgueil, je sais que tu vas me laisser l’exécuter, juste pour voir ce que ça va donner. Toi que les combats amusent, regarde donc tout ton saoul ! »

Nanjuro leva son épée devant lui, puis la ramena près de lui, comme un salut moqueur. Son visage se contracta tandis qu’il se concentrait, sous le regard attentif et patient du Mahousard.

Il y eut un claquement sourd, et l’épaule du Gensouard sembla se dévisser sur elle-même, pivotant, pivotant, tandis que la chair s’entortillait sur elle-même.
Sur le visage du Mahousard, l’étonnement fut suivi de l’abasourdissement, tandis qu’après un autre craquement sinistre, le bras se mit à s’enrouler sur lui-même au niveau du coude. Avec un intérêt malsain, le Mahousard suivit la rotation du bras sur son axe. Après plusieurs tours sur lui-même, le même bruit écœurant se fit entendre, tandis le poignet se déboitait à son tour pour permettre de faire pivoter l’articulation à plusieurs reprises.

Kentaro laissa échapper un sifflement sincèrement admiratif. Le bras de Nanjuro avait pivoté sur lui-même d’innombrables fois, comme une ficelle ou une corde. Il n’était pas difficile de deviner la finalité d’une telle technique : en relâchant la tension, le Gensouard remboiterait en un éclair son bras. Celui-ci tournoierait sur lui-même autant de fois qu’il venait de le faire pour revenir à sa configuration naturelle. De même que l’épée qu’il tenait dans sa main.
Un mouvement de foreuse.
Rien ne devait pouvoir résister à une telle puissance de perforation…

Ton arrogance causera ta perte, Kentaro ! Contre quiconque, jamais je n’aurais eut le temps nécessaire pour préparer une telle technique. Mais toi qui considère ce combat comme un divertissement, tu m’as laissés tranquillement préparer ma technique la plus puissante.
Je n’aurai le droit qu’à un seul coup, mais si je me sacrifie, je sais que je peux placer un coup sûr. Quelque soit la force de ton poing, j’y survivrai et tu mourras. Et seule ma version des faits pourra être rapportée au Kiritsu. Tout est fini !


« Il est temps de conclure, Kentaro. En garde !
_ Génial ! »

Le Mahousard s’accroupit, bandant ses muscles et rassemblant son chakra pour un départ éclair. Il pouvait ressentir le danger qui émanait de la lame du Gensouard. Une joie sauvage l’envahit. Il ressentait la même émotion que lors de son combat contre Yeonhwa. Une situation où ça passe ou ça casse. Tout allait se jouer en un instant, sur un seul mouvement. A ses yeux, c’était tout simplement grandiose. L’apogée de ce combat. Peu importe la victoire ou la défaite, lui aussi allait tout donner dans son prochain assaut !

Les regards des deux shinobis se croisèrent. Ils se jetèrent l’un sur l’autre.

Kentaro parcourut en un battement de cœur la distance qui le séparait de son adversaire. Ce dernier se fendit en avant, son épée tournoyant sur elle-même, tandis que son bras se remboitait à une vitesse folle, analysant son En à tout vitesse pour tenter de viser sa cible trop rapide.
Et ce fut l’impact.

La lame du Gensouard frappa de plein fouet le torse gauche du Mahousard, éclatant les os et se forant un passage au travers de la poitrine avant de ressortir par derrière. Le choc fut tel qu’il stoppa net l’assaut du shinobi de Mahou.

Nanjuro regarda avec délectation sa lame perforer le cœur de son adversaire. La victoire était sienne !

« J’ai gag… ! »

La main gauche de Kentaro se referma sur le poignet de son adversaire tandis que sa main droite le crochait à la mâchoire. Le jeune homme souleva le Gensouard comme un fétu de paille, avant de lui fracasser la tempe contre terre. L’épéiste resta au sol, inerte.
Kentaro dégagea l’épée qui le transperçait avant de la planter auprès de son adversaire.

« Désolé, souffla le médecin dans un râle, mais mon cœur est à droite… »

Le Mahousard regarda un instant son adversaire, avant de se dévisager et de se rendre compte de l’état pitoyable dans lequel il était, puis éclata d’un rire joyeux, qui s’acheva dans une douloureuse quinte de toux à cause de son poumon transpercé.

« Bwahaha, c’était génial comme combat, Nanjuro ! On remet ça quand tu veux ! ‘fin, après ma convalescence, évidemment, mais bon… Ça s’est joué à peu, aujourd’hui, j’ai hâte de voir ce que ça donnera la prochaine fois ! »

Le médecin souleva son infortuné adversaire, et le ramena à la boutique avant de le neutraliser plus proprement avec ses aiguilles, des fois qu’il se remette de sa commotion cérébrale plus vite que prévu. Une fois fait, le jeune homme se prodigua les premiers soins.

« Bon, voilà une bonne chose de faite. ‘Me reste plus qu’à mettre Kalem au parfum pour la suite et… et… Oh merde ! Kalem ! J’me disais bien que j’avais oublié un truc dans mon combat avec l’autre gus. Superzut, j’espère qu’il ne lui est rien arrivé pendant que j’avais le dos tourné ! Bon sang, il a pas intérêt à avoir perdu sinon j’lui explose la tête ! »

Le médecin se précipita dehors, dans la rue principale, pour tenter de repérer son coéquipier. S’il n’était toujours pas revenu de deux choses l’une : soit le combat se poursuivait – ce dont il doutait, vu l’agressivité du nabot – soit le combat était fini et le nain s’était pris la raclée de sa vie. Ce qui n’augurait rien de bon parce que Kentaro, en tant que chunin, était censé veiller sur lui.

Heureusement, le jeune homme fut bien vite rassuré : Kalem et son adversaire trainaient au beau milieu de la rue, sous la bonne garde du babouin à la lance qui amusait les passants en gesticulant, dansant et hurlant à qui mieux-mieux.

« Ah, vous voilà enfin ! Clama le primate en apercevant Kentaro.
_ Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Le questionna le chunin.
_ Mon maître s’est tiré une fléchette soporifique dans le pied.
_ Naaaan, il a pas fait ça, quand même ?
_ Ah, vous le connaissez, empoté comme il est… Bon, hé bien puisque vous êtes là, je vous laisse tout ça et je repars.
_ T’attends pas de savoir si ton maître va bien ? Encore que ce type d’individu, c’est comme la mauvaise herbe, jamais moyen de s’en débarrasser…
_ Non, non. Vous connaissez sa mauvaise foi, il va tout me mettre sur le dos, inutile de rester, hein. A la prochaine ! »

Et dans un pouf sonore, l’invocation quitta les lieux.

« Hé mais attends ! Alors c’est à moi de traîner ces deux abrutis jusqu’à la boutique ? Foutu primate ! »

*
* *

La nuit était tombée sur Narasu, et les deux compères s’étaient retrouvés au QG central pour faire le rapport de la mission à un représentant du Kiritsu. Kentaro, vivant hommage au style vestimentaire des momies, avec ses bandelettes qui le couvraient d’un peu partout, et Kalem, qui semblait frais comme un gardon, faisaient face à l’un des bureaucrates chargés des comptes-rendus de missions.

« Dooooonc, reprit le fonctionnaire, pour résumer vos dires, vous vous êtes infiltrés dans un magasin, puis, à l’aide d’un subterfuge, vous avez disposé de deux des genins, avant de vous occuper séparément du chunin et du genin restant, c’est bien ça.
_ Ouais, approuva le nabot, tout à fait. La misère qu’on leur a mise.
_ L’idée des somnifères, c’était Kalem, d’ailleurs, souligna Kentaro. Ça nous a drôlement facilité la vie.
_ Et donc, poursuivit l’homme, vous revenez nous annoncer que tout est réglé… Mais sans pouvoir ni donner l’identité des fauteurs de troubles, ni la moindre preuve de votre réussite… … C’est une blague !?
_ Pas de preuve ? Hé, ducon, tu crois vraiment que Mr Momie s’est fait ça se coupant une tranche de pain ? Fit diplomatiquement remarquer Kalem.
_ Ça ne veut rien dire ! Réfuta l’homme. Non mais vous croyez vraiment que je vais vous donner la récompense comme ça, sur votre simple parole ?
_ Quuoà ?! S’offusqua Kalem. Vous croyez vraiment qu’on est ce genre d’individus ? Mais pour qui vous nous prenez, là ? Sachez qu’on a agit par pure abnégation et sens du devoir, et absolument pas pour des récompenses bassement matérielles. On est des représentants de l’ordre, nous, des justiciers avec des principes ; pas de vils mercenaires !
_ Vous n’en avez pas après la récompense ? S’étonna le bureaucrate.
_ En même temps, elle est tellement minable que ça ou rien…
_ Exact, appuya Kentaro, la récompense, on s’en fout. On est juste là pour vous annoncer que la mission est remplie, point barre. Mettez notre parole en doute si ça vous chante, t’te façon, vous saurez bien vite si l’extorsion de fond se poursuit ou pas. Après, si vous voulez balancer une autre équipe pourchasser des fantômes parce que vous nous croyez pas, libre à vous, hein… »

Le bureaucrate resta coi, il brassa un mot ses papiers, avant de reporter son attention sur les deux zigotos.

« Et vous vous croyez drôle ? Reprit l’homme.
_ Gné ?
_ Au vu de votre état, je ne doute pas que vous vous soyez battus contre nos énergumènes. Et puisque votre compagnon s’en est tiré à bon compte, je suppose que cela signifie vraisemblablement que vous l’avez emporté. Malgré tout, vous refusez de me divulguer leur identité, pour toucher la récompense que vous méritez. J’en déduis selon toute vraisemblance… que ce sont vos amis et que vous voulez les couvrir !
_ Tu veux rire ? Des loosers dans leur genre ? Jamais de la vie ! Railla Kalem.’Me fout pas dans le même sac que ces minables.
_ Et quand bien même ? Demanda Kentaro.
_ C’est simple, il nous suffit de vérifier quelle patrouille s’est faite molester et c’est réglé, énonça triomphalement le bureaucrate.
_ Mmmmh, vous savez pourquoi je n’aime pas les jutsus de soins ? Demanda Kentaro. C’est parce qu’avec ces saloperies, les gens ne se rendent pas compte de la fragilité de leur corps. Genre, le type qui vient de se faire pulvériser à grands coups de baffes dans la gueule, quelques jutsus de soins et hop ! Le voilà qui repart tout guilleret, tout propre, tout neuf. Si c’est pas malsain, ça… Vous ne trouvez pas ?
_ Attendez… Commença le bureaucrate. Vous êtes en train de me dire que vous…
_ Moi ? Ah non, j’ai bien dit que c’était contre ma philosophie ! Se défendit Kentaro. C’est Kalem qui s’en est occupé.
_ Et ouais ! Moi, ch’uis un médecin efficace, moi…
_ T’insinues quoi, là…
_ Rien du tout, t’es paranoïaque, mon vieux…
_ Vous avez porté assistance à ces malfrats !? Au détriment de votre ordre de mission ?! Mais c’est de la trahison !
_ Hopopop, on se calme, là ! Intima Kentaro. La mission, c’était de trouver qui fout le boxon, et de mettre un terme à ses agissements. C’est fait. Tout le reste, c’est des détails pratiques, et ça, ça relève de notre seul jugement et pas du votre. Fin de la discussion. »

Sur ces mots, le shinobi se leva, considérant que le débrief’ était fini, et se dirigea vers la porte, suivit de Kalem, qui lui emboita le pas.

« C’est vous qui avez tout manigancé ! S’énerva le bureaucrate en désignant Kentaro.
_ Evidemment, ch’uis du genre éminence grise. Ça doit ressortir dans mon dossier, ça, nan ? N’empêche que vous pouvez rien faire.
_ Vous n’allez pas le laisser faire ça ! S’indigna l’homme en interpellant Kalem.
_ Ah ben j’aimerai beaucoup vous aider, hein, mais j’ai pris un coup sur le crâne pendant mon combat, avoua le genin. Et j’arrive plus à me souvenir précisément de la tête ou du nom des types que j’ai affronté… Croyez-en mon avis de médecin, ce genre de flou mnémonique peut être irréversible. J’aimerai bien vous aider, mais ça m’est impossible. Mais évidemment, si vous ne me croyez pas, j’ai un excellent confrère sous le coude qui pourra pratiquer une contre-expertise.
_ Tu voulais pas plutôt dire ‘au-dessus du coude’ ?
_ Va chier ! »

Les deux compères filèrent de la salle de briefing en se chamaillant, sous le regard atterré du bureaucrate qui se demandait comment il allait bien pouvoir annoncer ça à ses supérieurs. Les deux shinobis n’étaient censé avoir aucun lien avec les patrouilles suspectées : mais comment diable une mission de routine aussi simple avait-elle pu prendre un tel tour ?

Flash-Back a écrit:
« Tu m’as fait comprendre à quel points j’ai rouillé, déclara Nanjuro. Cela fait trop longtemps que j’ai négligé mon entraînement, mais j’ai bien l’intention d’y remédier dans les plus brefs délais. Tiens-toi prêt pour la revanche, Kentaro !
_ Bwahahaha ! Pas de soucis, retentes ta chance quand tu veux, ça s’ra marrant ! M’enfin attends une semaine ou deux, ch’uis en petite forme, là…
_ Comptes sur moi ! »

Les deux chunins se serrèrent la main et le Gensouard repartit, ses trois disciples derrière lui.

« Nyahaha, ricana Kalem, très émouvante comme scène. Mais avec la sanction qu’va lui refiler le Kiritsu, j’doute que ton nouvel ami ait le temps de s’entraîner, nyahaha…
_ Pourquoi ? Il a promis d’arrêter ses magouilles et quelque chose me dit qu’il saura tenir ses genins en laisse. Tout ira bien.
_ Ça c’est ce que tu crois, mon p’tit pote, parce que j’ai bien l’intention de toucher la récompense du QG, moi. Donc j’vais les balancer et pis c’est tout.
_ Aaaah, c’est dommage, ça…
_ Quoi ? Tu vas me taper pour pas que je cafte, peut-être ? C’est doublement con, parce que d’abord, t’es plus en état de te battre, et ensuite, j’irai te dénoncer au QG !
_ Tu me prends vraiment pour un bourrin, hein ?
_ Oses soutenir le contraire, môssieur j’fonce dans le tas !
_ Nan, j’pensais surtout au pactole collecté par nos nouveaux amis, que je leur ai confisqué, et qu’il faudrait restituer au QG pour pouvoir toucher leur prime dérisoire…
_ Hein ?? Nan mais je rêve ! T’essayes de me soudoyer ? J’le crois pas, tu penses que ma loyauté s’achète, peut-être ? Nananan, fais une croix sur ta revanche, mon gars, j’marche pas !
_ Bon, ok. Allons faire notre rapport au QG, alors, répondit Kentaro en se retournant pour rentrer.
_ Attententends, dis donc voir un instant, là, s’exclama Kalem en le poursuivant. à tout hasard, il s’élève à combien, le pactole ?
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Re: Narasu

Message par Oboro le 25/10/2011, 19:50

-Akhen, tu ferais mieux de....
-Myaaa, l'écoute pas et continue, continue continue!

Suruil haussa les épaules, et se contenta d'observer à son tour les autres joueurs assis autour de la table. Tous avaient l'air d'habitués des cartes, et même si les visages retranscrivaient honnêtement le plaisir que chacun prenait à cette partie, le genin parvenait à discerner la concentration et l'esprit combatif des participants. Cela ne se voyait pas tant dans leurs yeux que dans leur façon de bouger leurs lèvres, remarqua le ninja.

-Tu vas l'inciter à prendre des risques, tenta finalement Suruil.
-T'es dingue!? Moi j'ai la gnière, mais lui c'est clair que la chance lui sourit. Il doit continuer!
-La gnière?
-Pad'bol, quoi.


Et vraiment pad'bol, même. Pour faire simple... mettons que je n'étais pas en jeu parce que ç'avait été mauvais. A l'inverse, nous venions tous les trois de découvrir que notre coéquipier à la mémoire bringuebalante était une véritable machine à gagner. Pouvoir régulièrement poser des suites et des couleurs, c'était une chose. Remporter la mise à plusieurs reprises avec des combinaisons bidons, c'en était une autre: et pourtant, il leur mettait des branlées à coups de brelans. Et au delà de ça, Akhen ne s'en était pas rendu compte mais son aptitude à oublier des trucs lui avait servi deux fois en une demie-heure: ses adversaires avaient été méchamment perturbés par l'échec de certaines de leurs recettes psychologiques qui avaient totalement merdé à ces occasions.

-C'est exactement ce que tu as dis avant de...
-Ouais mais c'est pas pareil. Akhen est taillé pour ça. Regarde moi ce gaillard, avec un sourire pareil, il a la carrure d'un vrai fer à cheval. Et avec une ligne de vie aussi longue, on peut dire qu'il a des pattes de lapin.
-"Mais non, chuis mignonne comme une fleur... un vrai petit trèfle à quatre feuilles", récita Akhen en renfort. C'est bien ce que t'as sorti, non?
-Hey, du calme pépère. Une petite erreur d'appréciation, ça arrive à tout le monde.
-On parle de mille deux cent ryos, là.
-Mille cent soixante douze, s'il te plait.
-...


Okay, j'm'étais quelque peu plantée méchamment sur deux trois trucs... mais uniquement parce que l'établissement trichait, hein! Si j'avais pu compter les cartes au blackjack, ça aurait pas du tout été la même chose. Mais bien sûr, y'a que les croupiers qui ont ce luxe, parce que la maison se fait jamais chier.

-Et qu'est ce qui t'as pris de balancer autant d'argent au poker?
-Genre c'était bourdé. T'as bien vu que j'avais commencé féroce, nan?
-Quatre cent ryos... non, ça c'était la mise de base. T'as perdu neuf cent ryos, donc si on refait les coupes, t'as pas perdu mille deux cent ryos mais... 'ttendez, je soustrais neuf cent et... euh, mauvais sens, faut que je... euh...

Mille sept cent ryos? Rhooo, mais non, voyons. Ca c'est la version pessimiste: en incitant Akhen à prendre la relève aux cartes, je lui ai permis de démultiplier sa mise de base, ce qui m'attribue légitimement tous les gains qu'il va remporter.

-Donc ça fait mille...
-Ouais, euh... on s'en fout! Maintenant, c'est Akhen qui est sur le tapis, eeeet...
-Fini pour moi, déclara le gensouard en ramassant ses jetons une fois son deuxième verre vide.

Les autres joueurs avaient l'air déçu, mais le laissèrent se désengager: après tout, il n'avait fait que leur reprendre ce que je leur avais apporté, donc les scores s'équilibraient. Le ninja sous couvert céda donc sa place à une charmante rousse, qui le gratifia d'un regard charmeur qui le fit rêver un instant. Elle avait des yeux aussi verts qu'un pré d'herbe dans lesquels le gensouard aurait adoré s'allonger, et son masque de tâches de rousseur était tellement...

Mais cela ne dura qu'un instant, car je pris soin de démolir son petit nuage au plus vite.

-Héé? Nan, t'allais les saigner comme des cochons de lait!
-Mille ryos tout rond. Je pense qu'on peut s'arrêter là, nan? J'ai presque récupéré la mise...
-Cela me semble plus prudent, lui confirma Suruil.
-Akhen c'est mort! Tu retournes jouer, maintenant! Pose ton cul sur cette chaise et n'arrêtes pas avant d'avoir gagné deux mille... non, trois mille ryos!
-La chaise est prise, et bien prise.
-Mais merde, c'est criminel, quand on a ta veine de pas en profiter pour...
-Ca prendrait trop de parties, voyons.
-Bin nan. Si tu mises de mille ryos, ça ne prendra que...
-Qu'un essai pour tout perdre. Et la place est prise.
-Je t'aide à draguer la rouquine si tu acceptes?, tentais-je.

Touché? Eh bien nan: ce chacal des marais ne considéra même pas mon offre, et caressa du regard la demoiselle une dernière fois avant de poursuivre sa route jusqu'à une petite table en lisière de ce qui faisait office de piste de danse.

-Je serais toi, je tiendrais ma langue, Muromachi, prévint-il finalement en prenant place sur un confortable fauteuil en cuir.
-Uh? Genre sinon quoi?
-Moi, rien. Mais cravate bleue est derrière toi.
-Hyyaaaaa! Où ça?

L'homme à la cravate bleue. C'était l'un des managers de l'établissement, et l'une des personnes que Sheinji nous avait suggéré d'essayer d'approcher pour préparer le terrain de l'équipe suivante. Nous ignorions son vrai nom, mais ici, tout le monde l'appelait Billy Karnak, ou Monsieur K.

Mais il n'était pas seulement l'homme à la cravate bleue: il était surtout LE mec au corps de rêve et au charme affolant qui vous poinçonnait aussi fort que de la barbe à papa au tabasco. Ses yeux bleus azurite hurlaient bête de sexe à qui se plongeait dedans, et sa chemise déboutonnée offrait un panorama que j'aurais bien mis en fond d'écran de mon pc, s'ils existaient. Quant au reste... mettons que je vais vous épargner une description quelque peu osée de ses cuisses (ou de son fessier particulièrement... hurmf), et simplement le qualifier de beau gosse ultime.

-'Top top top, bégayais-je. Stop. Qu'est ce que je dois lui dire, déjà?
-A propos de la mission?, demanda Suruil.
-Je te suggère d'agripper Suruil en hurlant toutes les insultes qui te viennent en tête. J'ai bien envie d'étendre mon vocabulaire, et je suis sûr que ton Dom Juan saura apprécier à sa juste valeur. Sois naturelle.
-Connard, je te demande de m'aider, pas d'en profiter pour...
-Ou on peut se charger pour toi de lui dire combien de fois tu m'as appelé connard depuis qu'on connait Kezashi, ouais. Ca pourrait aussi l'impressionner.

Mon coéquipier attendit alors un regard noir susceptible de lui couper la respiration, mais il n'en fut rien. Légèrement surpris et amusé, il jeta un regard par dessus son épaule et suivit la trajectoire de mon regard en direction de Monsieur K, qui prenait des nouvelles auprès du barman. Il se voyait déjà pouvoir me tanner à vie avec cette histoire, mais ça ne lui correspondait pas: il décida donc qu'il se contenterait de me balancer ça à la figure lorsque je lui rentrerais trop dedans, sous couvert de la légitime défense.

Mais ça ne l'empêcherait pas d'en profiter un peu en attendant.

-En tout cas, arrête de le regarder comme ça, ou il va finir par croire que tu comptes les poils de sa barbe...
-Ou de son torse, ne put s'empêcher de glisser Suruil.
-Aussi viril et velu que la moquette du casino, compléta l'Ilinois avec un large sourire.
-Bande de cons, attendez qu'on sorte d'ici et j'vous chierais la gueule dans tout le Gyosei.
-Si ça se trouve, il a aussi du poil au derrière, non?

Akhen rigola bruyamment à sa propre blague, et Suruil, s'il ne dit rien, laissa échapper un grognement on ne pouvait moins innocent.

-Vous êtes minables et décadents. Je ne tolèrerais pas davantage vos affronts méprisables. Là, ça vous va mieux, comme registre? Pôv' blaireaux tordus. Cougnolles. Baruches.
-Mais non, mais non, on est gentils et comme on t'aime bien, on te charrie gentiment.
-Par contre, je me demande si on peut vraiment te laisser te charger de lui, reprit Terminator-kun sur un ton très sérieux.
-Comment ça?
-Eh bien, pour le moment on est simplement censés entrer en contact avec eux sans se révéler, mais... en es-tu capable?
-Mieux que vous, à priori.
-Parce que Sheinji a apprit que notre yéti poilu...
-Akhen...
-Que cravate bleue, corrigea-t-il, aimait bien badiner gentiment avec les demoiselles, d'accord. Et effectivement, il s'est présenté devant nous. Et tu lui as répondu quoi, hein? T'as fais un son, mais c'était pas humain...
-Oh, calme, coco. J'm'y attendais pas, il m'a prise par surprise.

Dans le même temps, je remarquai que mon second coéquipier n'était plus du tout attentif, et que ça n'était pas uniquement lié au déraillage prolongé de l'Ilinois. Ptêtre qu'il tenait mal l'alcool. Ou qu'il s'était enfilé plus de bibine que ce qu'on avait cru. Sa caboche avait clairement lâché du leste, en tout cas. En tout cas, Suruil n'était plus avec nous, mais avait l'esprit ailleurs.

-Suruil, qu'est ce que tu regardes?, détournais-je sournoisement.
-Hu? Les vigiles, mentit-il avec aplomb.
-Ton vigile a l'air de se trémousser en minijupe sur la piste, plaisanta de suite l'amnésique, plus jovial qu'à l'accoutumée.
-Je ne vois pas de quoi vous parlez.
-Ben voyons, enfonçais-je pour amorcer l'attaque.
-Ouais. T'es aussi discret qu'Obo, là.

'Tain, il fait une fixette sur moi ou quoi? Enflure. J'lui offre Suruil en pâture, et... mais c'est pas Akhen, ça! Qu'est ce t'as bu, grenuche?

-C'est ça, amusez vous. Tchah. A ce prix là, retournez plutôt lorgner sur les croupières, y'a leurs nibards qui ont l'air de vouloir se meuler en sautant du balcon. Tant que vous y êtes, demandez leur si elles ont du poil au cul, chuis sûre que vous serez bien accueillis.
-Hey, très bonne idée, ça!
-Hein? Akhen?
-Mmmh... nan, rien, me fit-il. Suruil, je te propose qu'on aille voir le type et qu'on lui dise que notre amie rêverait de savoir s'il a du poil sur le...
-Arrête avec ça
, sourit l'autre.
-Mwouais, bon. Quoi que... si ça se trouve, ça lui plairait, en fait. Imagine qu'une fille te demande ça, tu réagirais comment, toi?

Suruil préféra rester silencieux, et pensa à toute autre chose que ce qui lui apparaissait comme les étranges fantasmes de son coéquipier. Dont il n'avait absolument rien à cirer, d'ailleurs.

Et pourtant, finit-il par se dire en croisant pour la troisième fois le regard de cette charmante danseuse qui gloussait avec ses amies...

Non. Non, non et non, c'était l'un des trucs les plus débiles qu'il avait jamais entendu. Ses coéquipiers s'étaient peut être sifflés deux-trois verres chacun pour se mettre dans l'ambiance, mais lui gardait toute sa tête et tout son bon sens. Et ce dernier lui disait qu'il était grand temps qu'il retourne fouiner du coté réservé au personnel, non loin de l'aile du bâtiment réservé aux machines à sous de tous poils. Finissant rapidement son verre de Yuuka Cola, il se leva et rejoint l'espèce de colonnade qui donnait un air d'allée couverte aux murs.

L'édifice était somptueusement décoré, avec des balustrades aussi inutiles que finement ouvragées, et plusieurs mosaïques en émail flamboyant qu'on aurait pu confondre avec des originaux. Suruil fut néanmoins déçu de remarquer que la majorité de ces éléments ne lui procureraient qu'un couvert minimum, l'ostentation n'ayant rien cédé à l'agencement pratique du Lucky Strike. Il en prit mentalement note, afin de pouvoir indiquer ceci lors du compte rendu oral qu'on lui demanderait sûrement dans la soirée.

Contournant les danseurs, il fit mine de progresser en direction d'une de ces œuvres qu'il souhaitait contempler de plus près. Quant au fait qu'une porte réservée au personnel se situait à proximité, il s'efforça de rendre ceci totalement accessoire.

Tout en faisant mine d'admirer l'assemblage de tesselles, il se représenta mentalement le plan du bâtiment, tel que le plan d'évacuation de l'établissement le représentait. Derrière cette porte se situait quelques locaux à priori sans intérêt, et pourtant... eh bien, le chunin l'avait chargé de vérifier s'il ne pouvait pas trouver un passage secret sur les murs faisant face au nord. Il y avait comme qui dirait un espace inoccupé dans la maçonnerie, et les bonshommes des renseignements, qui avaient du flair à force de tremper dans ces investigations, avaient recommandé de jeter un oeil à cet emplacement.

Quant à ce qu'il était susceptible de trouver dedans... Sheinji n'avait rien indiqué au genin, malheureusement. Celui-ci savait simplement qu'il devrait, s'il trouvait quelque chose, marquer l'emplacement au chakra à l'aide d'un fuinjutsu. Les quatre membres de l'équipe avaient été formé à leur utilisation la veille, ce qui n'avait demandé que dix minutes à chacun.

Une fois ces éléments repris calmement, le gensouard se sentit pleinement concentré sur sa tâche. Ce qui constituait un petit exploit en soi, car dans son dos avait lieu une scène particulièrement bruyante.

Une alarme, des cris, et des gens. Intrigué et vaguement inquiet, le ninja se retourna...


Mais ça n'était rien de grave. Quelqu'un venait visiblement de gagner le gros lot sur une machine à sous, et ne manquait pas d'exprimer sa joie en mobilisant ses cordes vocales au maximum de leurs capacités. Déjà, plusieurs curieux s'approchaient, ainsi que la sécurité pour veiller à ce que le gagnant ne soit pas importuné (et pour vérifier furtivement s'il n'y avait pas eu triche d'une quelconque manière). Suruil y vit sa chance, et effaça sa présence de son mieux. Le genin inspira longuement, glissa subrepticement sur sa gauche, et entrouvrit la porte pour se glisser dans les coulisses.


Vide.

Et personne à l'horizon. Une fois dans le couloir, Suruil s'accorda un soupir de soulagement, et s'enfonça dans la salle la plus sombre qu'il avait à sa disposition. Question de feeling, se dit-il.

*
* *

De mon coté... hwuhuhu, non: mille fois mieux que ça. A mes cotés, et plus précisément à trente centimètres sur ma gauche, se trouvait Mister Univers (du moins, Monsieur K), le manager le plus canon du Lucky Strike. L'autoproclamé gentleman de l'établissement, me voyant contempler comme Sheinji me l'avait suggéré, fut aisément appâté: il aimait parler de son lieu de travail. Il m'avait appris pas mal de truc en une vingtaine de minutes (ses bras, c'était du muscle et pas qu'un peu!) et en était maintenant à me faire visiter le premier étage. L'architecture très travaillée lui donnait large matière à disserter. Je l'écoutais à moitié, l'autre étant trop occupée à tenter de l'effeuiller mentalement.

Pas mal de tablettes de chocolat, je suis sûre.

Non pas que cette partie du bâtiment était interdit au public, mais les clients n'étaient tout simplement pas censés errer ici. Les grandes salles servaient principalement aux réceptions nocturnes destinées au beau linge, et les nombreuses salles attenantes se réservaient pour mener des parties en petit comité: la plupart du temps, soit des habitués de longue date se retrouvaient en privé, soit les sommes en jeu pétaient trop de high score pour que les participants souhaitent se faire connaître.

Avec une voix pareille... doit être du genre à pousser des grognements pas possibles, obligé. Ou alors c'est juste ses lèvres qui sont trop... mwhuhuhu.

Il aurait tout aussi bien pu me faire la description du réseau de la tuyauterie du bâtiment que son discours serait resté hypnotisant. Monsieur K. me parla également d'une autre salle... plus particulière, réservée aux grandes réunions. J'y mis ce qu'il fallait de protestations pour ne pas avoir l'air trop contente d'y être introduite, mais il insista pour m'en offrir un petit aperçu.
Car contrairement à ce qu'avaient vomi les deux guignols corrosifs, je prenais soin de l'orienter dans les bonnes directions, le Casanova. Autant pour avoir son bon profil en visuel que pour qu'il me promène dans les bonnes salles.

La facilité avec laquelle je l'ai vu monter les escaliers deux par deux... l'a sûrement des mollets bien bâtis, l'homme.

La fresque de la large salle circulaire. Il me la présenta comme étant une reproduction millimétrée d'une oeuvre exposée à l’hôtel de ville de Minato, le principal port de la cote est du Yuukan. C'était une scène de la troisième guerre des espades, qu'un seigneur pirate avait conduite face à la ville afin de la conquérir pour de bon. Et vu le spectacle auquel j'avais droit, il avait mis le paquet sur les effectifs pour s'offrir son pied à terre. Le dragon azur en arrière plan tenait probablement de l'effet de style... à moins que les pirates n'aient eu d'autres arguments à faire valoir. Ca aurait fait très mal si ça avait été le cas, cela dit.

Ca doit être super confortable d'utiliser ces pecs comme oreiller. A force de faire toutes ces missions, je commence à être crevée, mine de rien.

Selon les dires d'Akhen, la salle en elle même était presque aussi bien sécurisée que le coffre fort de l'établissement, et largement équipée afin de pouvoir permettre d'héberger de nombreuses conférences occultes. Mon guide me le confirma en me racontant quelques anecdotes de son cru, qui présentaient l'avantage de ne pas dévoiler plus que nécessaire. Et j'eus le luxe de remarquer que le Lucky Strike, qui faisait parti des rares élus à être raccordé au réseau électrique de la ville, disposait d'un matériel de surveillance sacrément avancé. Caméras et alarmes, peut être même davantage... et l'unique porte d'accès était suffisamment épaisse pour que le clavier à code passe pour le seul moyen de s'introduire dans la salle. Comme elle n'était pas utilisée de la journée, tout ce beau matos était actuellement désactivé, cela dit... raison pour laquelle ma présence ici ne posait pas vraiment de problème.

Ce qui est dommage, ce sont ses oreilles. De belles oreilles, c'est le must, et les siennes sont juste... pas bof, ni beurk, mais bwarf, quoi. D'un autre coté, l'est déjà assez bien doté ailleurs...

Malgré cela, je pris tout de même mes précautions avant de jouer avec mon collier. C'était un pendentif légèrement ornementé que l'on pouvait ouvrir en appuyant simultanément sur les bonnes encoches, dans le genre de ceux où l'on s'amusait à installer la photo de son môme ou de sa copine. Un chouette accessoire qui m'avait été confié par l'équipe chikarate, et que des gus des renseignements avaient amélioré entretemps. Ils avaient passé une demie heure à m'en expliquer le fonctionnement, mais j'avais fini par y arriver.

Étrangement, la formule n'était pas trop éloignée de la permutation. Les premiers stades de malaxage, du moins. Il fallait juste que j'ai la main lourde sur le chakra physique, mais je n'eus aucune difficulté.

Je me demande combien de temps il tiendrait en bras de fer face à Hisoka... sûrement un score honorable. Ca promet bien, ça.

Le fuinjutsu inscrit dans le coeur du bijou fit ainsi son effet, et l'enregistrement débuta. Tout ce que je verrais pendant l'activation serait sauvegardé par le parchemin, en vue d'être extrait et repris par ceux qui effectueraient leur prochaine mission ici.

Ne me restait plus qu'à éviter de lorgner sur mon accompagnateur... sois forte, Obo'.

Pourtant, je n'eus pas à me retenir bien longtemps. Nous fûmes très vite rejoints et interrompus par un vigile, légèrement essoufflé. Et son costume présentait de nombreux plis: il était venus en courant, et pas qu'un peu. Je stoppai de suite l'enregistrement, ne sachant pas à quoi m'attendre.

-Patron, on a un problème.
-Quoi donc?
-Couloir C.

Et meeerde. Monsieur K. Son regard de grigou encanaillé a totalement viré de bord. Bordel... j'espère que c'est pas un de mes blaireaux de coéquipiers qui a décidé de raccourcir ma session petit nuage rose, sinon ça va chier grave pour leur matricule.

-Eh bien... on a un client qui s'est un peu défoulé, et...
-Oui?
-La fille a claqué.
-Eeeh merde. Qui ça?
-Star.

L'appollon à la cravate bleue poussa un long soupir, et se massa brièvement les tempes. Il sembla se ratatiner. Du moins l'impression qu'il me fit.

D'un autre coté... j'avais les antennes longues. Une fille et un client? Ca n'était pas surprenant, après tout. Nous étions à Narasu. Des affaires comme ça, y'en avait partout. La ville était pourrie avant qu'on arrive, et même maintenant, on entendait toujours parler de foire aux esclaves à l'occasion.

Et pourtant... y avais-je jamais fait attention? Pas vraiment. Pas du tout.

-Si vous voulez bien m'excuser... le devoir m'appelle, s'excusa le manager.
-Qu'est-ce qui se passe?, demandais-je en faisant mine de ne rien comprendre.

Cette voix... n'était pas vraiment la mienne, me rendis-je compte. Beaucoup trop douce. Et beaucoup plus calme que moi.

-Une urgence, j'en ai bien peur. Il semblerait qu'une hôtesse... enfin, qu'un client ait tenté de protester. De fortes sommes étaient en jeu, et... ces problèmes arrivent malheureusement de temps en temps.

Il affina son discours encore un moment, et me raccompagna en dehors de la salle avant de s'éclipser, non sans avoir multiplié ses excuses. Pendant un long moment, j'ai été fermement décidée à lui broyer le pif à coups de mandales bien senties. J'étais dégoutée, et c'était dégoutant. Mais je me suis abstenue, en fin de compte, et il repartit d'un pas vif à l'autre bout du bâtiment.

Et bien sûr, je me mis immédiatement en tête de le suivre.

Oboro
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 6/11/2011, 14:25

Kentaro était assis derrière son bureau, à l’hôpital d’Arasu, bien calé dans son siège et les pieds posés sur le meuble. Luan lui avait interdit d’aller s’occuper de nouveaux patients tant qu’il n’aurait pas terminé de s’occuper de la paperasse en retard qu’il avait laissé s’accumuler. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le chunin en avait accumulé un beau paquet, depuis son arrivé à Arasu. Ce qui allait lui demander un bon bout de temps avant qu’il ne réunisse suffisamment de motivation pour s’y mettre. Donc en attendant qu’elle vienne, le jeune homme avait pris le parti d’attendre bien gentiment.

On était vers le milieu de l’après-midi lorsque quelqu’un toqua à la porte. Aussitôt, le chunin abandonna sa position désœuvrée et se pencha sur ses divers papiers, prenant une mine affairée. Si Luan découvrait qu’il n’en foutait pas une, il serait bon pour un énième savon… Une fois assuré de sa mise en scène, Kentaro grommela un vague ‘’trez’ à l’intention du perturbateur, avant de se mettre à brasser énergiquement et ostentatoirement quelques feuilles, pour faire genre.

Malheureusement, toute cette comédie ne servit à rien, puisque ce n’était pas Luan qui venait s’assurer de l’avancée de ses travaux, mais un grand bonhomme blond, un peu plus jeune que le médecin, vêtu d’une combinaison noire de coupe large et arborant un katana au côté. Sa tête disait vaguement quelque chose à Kentaro, mais il avait du mal à s’en souvenir. Ce qui signifiait qu’il n’était ni un de ses patients, ni un médecin de l’hôpital.
Ce fut soudain le déclic :

« Hé ! T’es le frère de Luan ! Siol… Seol… Sol… Solwong ! C’est ça ?
_ Pas du tout. C’est Seolchong.
_ Ouais, c’est bien ce que j’ai dit, non ? Le genin ou le junin ? S’enquit le médecin en se rappelant que Luan avait deux frangins.
_ Chunin. J’ai obtenue ma promotion avant la guerre. Mais ç’y était presque…
_ T’as fini de m’énerver, dis ? Kess’tu m’veux ? C’est pas un moulin ici, pis je bosse, là, alors…
_ Alors d’une part, Luan me fait te dire qu’elle n’est pas dupe et qu’elle sait que tu n’as encore probablement rien foutu, et donc que tu es totalement libre, et d’autre part, j’apporte des résultats du labo qui te sont destinés.
_ Ah, cool ! Je prends !
_ Mais… !
_ Chiotte, pourquoi y’a toujours un mais ?
_ Luan m’a bien précisé que je ne te les donne qu’après que tu m’ais accordé un peu de ton temps.
_ Quoi !? Mais c’est quoi ce chantage à deux balles !
_ Sinon tu vas te débarrasser de moi au plus vite.
_ Mmmh, elle me connaît drôlement bien, hein… Allez, c’est pas le moment de plaisanter, mon grand. Y’a des vies en jeu, tu sais ? Donnes moi ça.
_ Luan m’a assuré que non et que ça pouvait attendre encore plus longtemps que ta paperasse en retard.
_ C’est bas, ça ! Roooh, mais t’écoutes toujours ta sœur ?
_ Hé bien, avec tout ce qu’elle nous raconte à ton sujet régulièrement, oui, je suis plutôt enclin à suivre ses conseils pour traiter avec un énergumène dans ton genre.
_ N’importe quoi, elle a tendance à affabuler, c’est tout. Tu devrais le savoir si t’es son frère.
_ Ben voyons. Bon, voilà comment je vois les choses : tu m’accordes cinq minutes et tu peux te jeter sur tes résultats de labo. Ou alors, on passe l’après-midi à discuter de la pluie et du beau temps et je repars avec les résultats du labo.
_ Je ne cède pas au chantage !
_ Ai-je mentionné que je les confierai à Luan ?
_ Hopopop, ne nous énervons pas. Et si tu me disais plutôt ce qui t’amène, hein ? »

Seolchong afficha un grand sourire victorieux avant de se laisser choir dans l’un des sièges en face du médecin. Ce dernier se cala de nouveau confortablement dans son propre fauteuils, attrapa un crayon et se mit à le mâchouiller en attendant de voir.

« Alors c’est très simple, commença Seolchong. Je veux que tu m’expliques ce qu’est le programme de transformation musculaire. »

Kentaro écarquilla les yeux, surpris. Rare était les médecins à connaître cette pratique, et plus rare encore étaient les shinobis qui avaient connaissance de l’existence d’un tel procédé. C’était plutôt inattendu.

Quoique pas tant que ça, en fin de compte. Après son combat contre le guguss de Gensou, Kentaro, étonné de la résistance hors norme de son bras, avait pratiqué quelques tests sur lui-même. Ce qui lui avait permis de découvrir que Yoshimitsu avait altérer son corps de multiples façons. Mais le plus important était que cela impactait son physique et modifiait de façon importante la plupart des paramètres. Kentaro était donc entré dans une phase de réajustement de son programme de transformation musculaire. Ces séquences ayant le don le rendre irritable et peu diplomate, Luan avait probablement fait le rapprochement et savait donc ce qu’il en était – cela expliquait aussi pourquoi elle refusait qu’elle voit de nouveaux patients ou assiste d’autres médecins, en ce moment – Bref, elle en avait probablement parlé à ses frères au détour d’une conversation et de fil en aiguille…

Le jeune médecin prit quelques secondes pour réfléchir, ne sachant trop comment présenter la chose à un néophyte.

« Pour faire simple, c’est… un programme de musculation qui tend à chercher le meilleur rapport de développement d’un muscle, expliqua Kentaro.
_ Comment ça ‘le meilleur rapport de développement’ ? Souleva Seolchong. Plus un muscle est développé, mieux c’est, non ?
_ C’est communément admis, acquiesça le médecin.
_ Mais c’est faux, donc, en déduisit Seolchong. Pourquoi ? Je ne comprends pas.
_ Bon. Mettons qu’un combat, ce soit se tenir l’un en face de l’autre et de se taper dessus à tour de rôle jusqu’à ce que quelqu’un morde la poussière. Evidemment, taper le plus fort donne l’avantage, et dans cette optique, il vaut mieux être le plus musclé, tu es d’accord ?
_ Oui.
_ Bien. Mais si on oublie la règle de cognage successif et que les deux combattants peuvent se taper dessus tout le temps. La victoire revient à qui ? Au type qui fait une attaque de puissance 10 toute les 2 secondes ou à celui qui tape puissance 6 à chaque seconde ?
_ Le second, admit Seolchong. Mais la vitesse est, elle aussi, liée à…
_ Minute, c’est moi qu’explique ! Maintenant, si on oublie la règle qui veut que les combattants se fassent face sans bouger ? Le type qui frappe toutes les secondes est un gros thon incapable de bouger. Alors que le marmule qui frappe plus fort mais moins vite domine sur le plan du déplacement, de sorte qu’il arrive au contact une seconde, pour frapper, et se replie aussitôt hors de portée de son adversaire, jusqu’à pouvoir lancer une nouvelle attaque.
_ D’accord, là, c’est de nouveau le premier qui gagne. Mais ça nous emmène où, tout ça ? Voulut savoir Seolchong.
_ Ce qu’il faut bien comprendre, à la base, c’est qu’il n’existe pas de musculature parfaite universelle, rappela Kentaro. Elle est intimement liée à la façon de combattre. Ensuite, ça ne sert à rien de chercher le maximum partout. Je m’explique :
« Quelque soit la complexité des facteurs entrant en ligne de compte dans un combat, il n’en demeure pas moins que sur le plan physique, les deux éléments primordiaux sont ce qu’on va grossièrement appeler la vitesse et la force.
« Un muscle est un organe et il fait parti du corps. Ça parait con à dire, mais ça signifie deux choses : d’une part, même au repos et inutilisé, un organe doit être nourri. Un muscle accapare donc une partie des réserves énergétiques. Et de plus, il faut le transporter. Ces deux contraintes jouent sur le facteur vitesse, que ce soit vitesse/accélération/endurance… Mais dans le même temps, un muscle est capable de dégager une certaine puissance qui, selon la façon dont on l’utilise, peut s’avérer particulièrement rentable. Tu me suis ou je t’ai perdu quelque part ?
_ Nan, je vois l’idée générale, assura Seolchong.
_ Bien. Donc si je parle de meilleur rapport de développement, c’est tout simplement parce que passé un seuil critique de développement, corrélé à la façon de se battre et au talent du type, évidemment, le gain de puissance obtenue ne peut plus être suffisamment rentabilisé de sorte à compenser l’amoindrissement de vitesse.
« Par exemple, prenons comme muscle les trapèzes, situés à l’arrière des épaules. De façon caricaturale, ils ne servent qu’à frapper et absolument pas au déplacement, d’accord ?
« Bon, si ces muscles sont complètement atrophiés, ils n’impactent absolument pas le facteur vitesse : poids négligeable, consommation des ressources énergétiques aussi… Tout bon de ce côté-là. En contrepartie, la puissance qu’ils peuvent dégager est inexistante.
_ À l’inverse, compléta Seolchong, s’ils sont hypertrophiés, ils généreront une puissance de frappe proprement monstrueuse. Sauf que leurs consommations de ressources énergétiques sera tout aussi monstrueuse, même quand ils ne seront pas en train de taper. En outre, c’est du poids qu’il faut transporter : ils vont fatiguer les muscles de déplacements plus vite, et en plus, ceux-ci auront accès à moins de ressources énergétiques. Donc si niveau puissance, c’est le nec plus ultra, côté vitesse, c’est en fait un véritable piège à con.
_ Exact. Tout le jeu consiste donc à trouver le développement optimal de chaque muscle pour obtenir le meilleur rapport puissance/vitesse et pour un résultat adapté au style de combat pratiqué. C’est ça, le programme de transformation musculaire, conclut Kentaro.
_ Ok… Et c’est puissant comme résultat ? Voulut savoir Seolchong.
_ Ça dépend, confia Kentaro.
« Tu es un sabreur, reprit-il en désignant l’arme de son interlocuteur. Si on te donnait un sabre de maître, tu pourrais faire probablement des merveilles, avec, non ? Maintenant, si moi, on me donnait un sabre de maître, tu crois que ça me serait plus utile que le premier hachoir venu ?
« Un corps optimisé peut te donner un coup de pouce si tu sais l’exploiter, mais ça s’arrête là, ce n’est pas une recette miracle pour devenir plus fort. Et ne te fais pas d’illusions : il existe des tas de gens qui te mettront la branlée de ta vie à main nue sans jamais avoir besoin d’un tel corps.
_ En somme, il permet de repousser ses limites. Ce qui n’est donc utile que si on les a déjà atteintes avant, résuma Seolchong.
_ On peut voir ça comme ça, acquiesça Kentaro. Alors ? En connaissance de cause, toujours intéressé ?
_ Hé ! J’ai jamais dit que j’étais intéressé ! Se défendit Seolchong. C’est juste heu… De la pure curiosité professionnelle.
_ De la curiosité professionnelle ?
_ C’est bon, on va pas s’attarder inutilement dessus, hein ?
_ Et je suppose que par simple curiosité professionnelle, tu aimerais beaucoup savoir comment se déroule ce genre de programme ? Hasarda le médecin.
_ Je suis quelqu’un de très curieux, oui, avoua le chunin.
_ En partant de zéro, le programme s’étale sur trois mois. Et il est inutile de songer à bosser pour le QG pendant ce temps, donc il vaut mieux être à jour au niveau de ses quotas de missions, et avoir de l’argent de côté.
_ Trois mois d’inactivité ? Vache…
_ En plus, pendant ces trois mois, tu vas proprement en baver. Ce n’est pas de la rigolade, je t’assure.
_ Ouais, enfin, si j’étais intéressé.
_ Le premier mois est de loin le plus difficile, expliqua Kentaro. Parce qu’on va se concentrer sur la fonte musculaire globale. Outre une batterie d’exercices tous plus horrible les uns que les autres, tu seras mis à un régime sévère. Tu ne pourras rien manger d’autre que ce que je te dirais, dans les proportions que je te dirais. En clair, je vais t’affamer pendant un mois et ton métabolisme va devoir vivre sur lui-même… D’où la fonte musculaire. Cette étape est primordiale, et le moindre écart va compliquer la suite. En clair, plus tu transgresseras ton régime, et moins le programme de transformation musculaire sera efficace. Et t’en auras bavé pour rien.
_ Mais heu… C’est pas dangereux, ce genre de régime hyper-drastique ?
_ Si, c’est bien pour ça que je te suivrai médicalement quasi-quotidiennement. Mais c’est sûr que si tu te lançais là-dedans tout seul, ça finirait mal.
_ Fichtre… Et la seconde étape ? Voulut savoir Seolchong.
_ L’étape de reconstruction, annonça Kentaro. Changement de régime et d’exercices, on s’attelle à te reconstruire une charpente musculaire sur mesure. Même crime, même punition. Chaque écart à ton régime réduira l’efficacité de la construction. Mais le bon point, c’est que là, tu mangeras à ta faim. Par contre, ce sera physiquement plus dur.
« Viendra enfin la dernière étape, celle de peaufinage. A cette fin, il te faudra enchaîner les combats, à la fois pour que tu t’imprègnes de ton nouveau physique, mais aussi pour qu’on repère les ajustements mineurs à apporter. Et une fois finie, tu seras un nouvel homme. Si tu t’y prêtais, évidemment.
_ Evidemment… Et, heu… Ce n’est pas définitif, n’est-ce pas ?
_ Non, acquiesça Kentaro. Même en t’astreignant une certaine discipline d’entretien musculaire, tu vas finir par dévier des optimums et t’écarter du résultat final. C’est pour ça qu’un suivi annuel est préférable, avec éventuellement des cures de réajustements. Mais ne t’inquiètes pas, elles sont nettement moins dures que le traitement principal. Deux-trois semaines suffisent pour revenir sur les caractéristiques optimums.
_ Je vois. Impossible de suivre ce genre de programme sans un médecin particulier, donc, comprit Seolchong.
_ Nan, pas vraiment. Peu de médecins acceptent d’appliquer un tel traitement, et ceux qui le font ne le proposent pas à la légère, étant donné l’engagement sur le long terme et le surplus de boulot. Mais, pour satisfaire ta curiosité, oui, je pourrais t’aider à suivre un tel programme.
_ Vraiment ?
_ Avec ça, Luan me sera redevable, c’est toujours bon à prendre, non ? Sourit Kentaro.
_ Elle semblait plutôt dire qu’avec tout ce que tu lui devais, tu pouvais bien m’accorder ça… Et… à tout hasard, si je souhaitais me lancer dedans… Il faudrait planifier ça comment ?
_ D’abord un rendez-vous pour une auscultation complète, histoire que je sache à quoi m’en tenir pour ta physiologie. Ensuite, il faudrait que je puisse te voir en action plusieurs fois, afin qu’on dresse le meilleur bilan musculaire pour toi. Et après, il n’y a plus qu’à se lancer. Mais rien ne presse, tu as tout le temps de prendre ta décision. Ainsi que je te l’ai dit, ça ne te sera utile que si tu es en mesure de l’exploiter pleinement, et ça, il n’y a que toi qui puisse le déterminer.
_ Je vois. Hé bien, merci pour toutes ces réponses, déclara Seolchong en se relevant. Je te tiendrai au courant de ma décision. »

Kentaro suivit des yeux le chunin s’en aller et, une fois la porte refermée, se jeta sur les résultats d’analyses que celui-ci lui avait apportées. Ses yeux exercés glissèrent rapidement sur la plupart d’entre eux, mais il y en eut un qui capta tout particulièrement son attention. Un sourire de loup se dessina sur le visage du médecin tandis que les différentes implications sous-jacentes lui venaient à l’esprit.

Kentaro jeta un regard circulaire. Il devait absolument mettre au courant les autres. Sauf que Luan devait avoir fait surveiller son bureau, pas question de sortir par la porte.
Le médecin haussa les épaules. Il en était quitte pour sauter par la fenêtre, voilà tout. Aussitôt dit, aussitôt fait. En plus, il allait lui falloir chercher quelques bricoles pour accueillir son prochain visiteur comme il se le devait.

*
* *

Quelques heures plus tard, Kentaro prenait tranquillement une tasse de thé sur le petit balcon de son bureau. Avec un sourire satisfait, il regarda une dernière fois l’intérieur de son bureau. De part en part, celui-ci était traversé de plusieurs centaines de fils, dont une partie était si fins qu’ils en étaient presque invisibles. Tous ces fils étaient reliés à des pièges divers et variés, massivement à base de cartouches de peintures, de nuages de poussières et autres sondes du même genre.
Spectre n’avait qu’à bien se tenir, cette fois-ci, le chunin était déterminé à lui mettre la main dessus ! S’il mettait ne serait-ce qu’un pied dans la salle, il provoquerait un cataclysme qui ne manquerait pas de signaler sa position, d’une façon d’une autre.

Kentaro feuilletait une dernière fois l’exemplaire de « La Création de Pièges, Pour les Nuls » qu’il venait d’emprunter à la bibliothèque, histoire de vérifier qu’il n’avait pas loupé un truc intéressant, lorsqu’il ressentit une présence. Un regard pesant le fixait, il en était sûr !

« C’est toi, Spectre ? Murmura le chunin.
_ Effectivement, répondit la voix synthétique de l’espion.
_ J’ai de bonnes nouvelles ! J’ai la preuve qu’Akio est ici, tu vas pouvoir porter le message au Vieux.
_ Quelles preuves ?
_ Tu te souviens que je t’ai demandé de rechercher un maximum d’informations sur les familles de deux victimes qu’on a retrouvé et que j’impute à Akio ?
_ Oui. Ça n’a pas été facile d’ailleurs. J’espère bien que ça n’a pas été pour rien.
_ Yeute donc le rapport du labo, sur mon bureau. »

Il y eut un long silence. Puis la voix de Spectre reprit.

« Je suppose que c’est normal, tous ces pièges ?
_ Spécialement pour toi ! Avoue que ça te touche !
_ Je dois reconnaître que tu es du genre tenace.
_ Alors, alors… Ce rapport ?
_ Je le vois.
_ Sans avoir à rentrer ? Flûte ! Hé bien ?
_ Des profils ADN. Ça nous mène où ?
_ Tu sais que le profil ADN de chaque être humain est absolument unique ? C’est une signature qu’on ne peut ni falsifier, ni reproduire. L’identifiant parfait en somme.
_ Soit.
_ Sauf dans un cas très particulier : les jumeaux ! Les jumeaux nés d’une même cellule partage par définition le même ADN et possède donc rigoureusement le même profil.
_ Le suspect n°2 possède un frère jumeau. Mais cela nous mène où ?
_ Les deux profils sont côte à côte. Conclusion ?
_ Ils sont différents ! Qu’est-ce que cela veut dire ?
_ Trois choses : soit tu t’es planté dans les échantillons que tu m’as rapportés.
_ Impossible.
_ Je sais. Soit nos gus ne sont pas jumeaux. Mais au vu de la morphologie et des dossiers médicaux, on s’en serait aperçus avant, je pense. Soit… L’un d’entre eux, celui qui est mort à Arasu sans qu’on puisse déterminer comment, a vu son génome modifié.
_ C’est possible, ça ?
_ Théoriquement, c’est envisageable. Mais dans la pratique, les 3 villages n’en sont pas capables. Par contre, un petit génie de Mahou s’intéressait beaucoup à cette problématique. Il a même rasé un village pour assouvir sa curiosité sur le sujet. Et c’est moi qui ai autopsié le charnier qu’il a laissé derrière lui…
_ Le petit génie est donc Akio. Et si ses recherches ont court ici, alors il y a de fortes chances qu’il soit lui-même impliqué.
_ Quand bien même, si ce n’est pas lui, ceux qui font ça ont forcément eu maille avec lui. C’est une piste plus que solide.
_ Très bien, je vais en informer Nobunaga sur le champ.
_ N’oublie pas le dossier à montrer au Vieux ! » Rappela joyeusement Kentaro en se tournant vers son bureau : avec la dose de piège qu’il avait mis, il…

Le dossier disparut purement et simplement de la surface du tableau, sans qu’un seul des fils alentours ne tressaille.

« Quooà !! Ch’uis pas d’accord ! Y’a de la triche ! Spectre ! T’as fait ça comment ? Spectre ? Reviens ici !! T’as pas le droit ! »

Kentaro resta a fulminé encore deux bonnes minutes, mais il lui fallut bien se rendre à l’évidence. Ce n’était pas aujourd’hui qu’il parviendrait à prendre Spectre la main dans le sac, ni à déterminer son identité. Ce n’était pas le meilleur espion du Goishi pour rien.

Le médecin se retourna et termina sa tasse de thé. Son regard se posa sur les toits de la ville, qui s’embrasaient sous le soleil couchant. Quelque part dans tous ces bâtiments, Akio poursuivait ses propres affaires.

« Numérotes tes abattis, Akio. J’arrive… »

La porte du bureau s’ouvrit à la volée et Luan entra en appelant Kentaro. Sa phrase se termina en un cri strident tandis qu’elle se prenait les pieds dans plusieurs fils et disparaissait sous une pluie de peintures, bombes aérosols et autre écrans de fumés.
Kentaro soupira, blasé.
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Re: Narasu

Message par Akhen le 6/11/2011, 19:00

Une vingtaine de minutes auparavant.

Grisé, ça je l'étais, sans aucun doute. Grisé par l'ambiance, par ce magnifique costume, par mes nouvelles capacités, par cette sensation de puissance.

L'ambiance tout d'abord. Une infiltration dans un casino avec un budget à dépenser, c'était le genre de ficelle qu'employaient les recruteurs à Gensou pour appâter le glandu et le faire rêver d'une vie moins morne et banale. Mais au fond personne n'était dupe et savait que les Shinobis passaient les trois quart du temps à patrouiller et à effectuer d'autres tâches subalternes. Ou alors c'était la guerre, beaucoup moins marrant croyez-moi. Mais là on se serait cru dans une carte postale, un point pour la hiérarchie. Le cadre était grandiose et favorable à la rêverie et au laisser-aller. Plus rien n'avait d'importance, et surtout pas l'argent, des renseignements confidentiels ou une éventuelle mission.

Fronçant les sourcils pour tenter d'émerger de mes pensées à la dérive, je regardais autour de moi et portait mon verre à mes lèvres. Ma vision se brouillait de plus en plus. J'étais assis quelquepart non loin de la table de poker où la fée du hasard s'était penchée sur moi. Pas de hasard au poker je n'étais pas de cet avis, après tout seul le hasard m'avait mis en présence de ces abrutis imbu d'eux mêmes. Je souris intérieurement, alors que quelqu'un riait bruyamment dans la salle. Il me fallu plusieurs secondes pour me rendre compte que ce quelqu'un c'était moi. Sensation de puissance tu parles. Je pouvais en effet être regardé comme un incontestable vulgaire, qui ne sait pas se tenir quand il est bourré. Fallait préciser que j'avais pas l'habitude aussi. Ch'savais plus pourquoi mais chez les Illinois l'alcool était banni. Pourquoi, je savais pas ou plus. Mais je savais que je savais plus si je savais su un jour.


Un bâillement interrompit ce grand moment de vide dans mes pensées.


L'était quand même vachement cruelle c'te mission, à nous faire miroiter ce qu'on aurait jamais. Jamais plu dans le cas de mon clan. Nos ancêtres avaient surement dû mener la belle vie dans les Casinos du village des Marais. S'enivrer, fréquenter des filles, claquer son fric, le rêve quoi. C'était peut-être même comme ça que le Honteux, le Maudit le Responsable de notre déchéance avait chopé cette saloperie de Malédiction.

Tiens piste intéressante, les grands ayatollah de la famille prêchait plus pour une maison close, qu'on avait interdiction de fréquenter, au cas où on se choperait une deuxième Malédiction, pourquoi s’arrêter en si bon chemin hein. Décision qui avait fait râler une partie de la famille évidemment. Mais personne n'avait songé aux casinos, et si ma « chance » est héréditaire, ça pourrait propulser cette théorie tout en haut de la liste des possibles explications. Juste à côté de c'est génétique, mais ça fallait pas le dire, et de jutsu super puissant et magie noire venu d'ailleurs. J'avais besoin d'y réfléchir mais pour ça j'avais besoin d'un verre, décidais-je en me levant un peu trop vite. Un gros noir devant les yeux me fit me rasseoir précipitamment entraînant les rires d'une charmante demoiselle située non loin. Livide, je souris à l'inconnue tout en réussissant ma deuxième tentative et de me diriger d'une démarche que je voulais assurée vers le bars.

Aucun de mes camarades shinobis n'étaient en vu. Sheinji devait s'assurer très sérieusement de la réussite de la Mission, Suruil était partit cueillir des infos dans un couloir paumé et Obo' allait probablement se faire cueillir dans un coin sombre du casino. Mais cette pensée ne me fit même plus sourire et je devais tirer une sacrée tronche quand je commandais « une autre » à la serveuse.

Perdu dans mes sombres pensés à propos de la malédiction et de tout ce dont elle me privait, j'aperçus du coin de l’œil ma commande arriver et tendit la main pour l'attraper, alla un peu trop loin que prévu et l'alcool et mes réflexes de guerrier sur entraîné firent le reste : le contenu de mon verre s'éparpilla un peu partout, principalement sur mon costard et sur ma crinière mais aussi sur mes ravissantes voisines. Et alors que je me faisais la remarque que décidément toutes les filles l'étaient ce soir, à moins que ce ne soit l'alcool, le regard de la serveuse me fit rentrer sous terre, me ramenant à l'époque maudite de mon enfance lorsque tous les parents à la sortie de l'académie me traitait comme un pestiféré.

Haussant les épaules je décidais que j'avais besoin de prendre l'air et sortit dans la magnifique cour intérieure du bâtiment. Inspirant à fond pour calmer la surcharge d'émotions qui menaçaient de me submerger, je balayais la façade du casino du regard.

Sur une impulsion je gravis le pan de mur attelé à la salle de réunion secrète que nous avait indiqué Sheinji. La vue d'une de ses fenêtres donnait un aperçu extrêmement complet des environ et grâce à la disposition du rebord, on pouvait voir sans être vu de la cour.

Grimpant le lus vite possible pour ne pas me faire repérer, je faillis dévisser un certain nombre de fois malgré les prises de chakra et transpirait abondamment. Arrivé en haut, j'avais l'impression d'être aussi épuisé que la fois où l'on avait dû cravacher pendant un jour et une nuit pour rattraper un éclaireur nagaméen particulièrement coriace. L'alcool aidant je m'assis sur le rebord de la fenêtre et m'adossant au mur tout en restant à l'extérieur de la pièce, mon coude droit touchant la vitre, je me détendis et écouta. Invisible d'un éventuel occupant du fait des rideaux pourpres et de la cour grâce à une petite illusion de mon cru, seule mon ouïe me renseignait sur ce qui se passait dans la salle.

Quelques petites minutes plus tard un monologue allant crescendo m'apprit que poil sur le... euh cravate bleu venait de rentrer en compagnie d'Oboro. Ce surnom débile m'était tant rentré dans la tête que j'en avais oublié son vrai nom, ne restait que les moyens mnémotechniques que je m'était fabriqué. N'a qu'un œil lui servait un recueil d'anecdotes sans intérêt lorsqu'une tierce personne fit irruption dans la pièce, un ton de panique clairement perceptible dans la voix. Mais Rudolf semblait parfaitement capter ce qui se passait et clairement c'était pas bon pour lui. Et alors que ma coéquipière candide semblait enfin percuter, Karnak, AH HA, lui réagissait calmement, sans se douter qu'en emmenant ma coéquipière préférée dans cette pièce il venait d'enclencher une terrible réaction en chaîne.

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Message par suruil le 20/11/2011, 18:54

Bon, la salle la plus sombre, ce n’était pas une bonne idée. Et la prochaine fois que mon feeling se manifeste, j’évite de sauter dans un placard. Les balais, j’ai rien contre, mais ça peut faire vachement mal, mine de rien.

En s’extirpant tant bien que mal du débarras dans lequel il venait de se jeter corps et âme pensant trouver les secrets les plus noirs de l’établissement, il avait trouvé ceux les mieux gardés. Et les plus sales. Il commença à regarder le couloir autour de lui, tout en étant heureux que le vacarme à l’extérieur ait couvert tous le bruit qu’il avait fait.

Le couloir était très différent du reste de l’établissement. Là où le hall d’entrée avait pour but d’éblouir de par sa richesse, Suruil ne pouvait plus voir d’ornements superflus. Le couloir était totalement épuré, semblant se diriger vers les tréfonds de la terre. Il était éclairé par des lampes à huiles, placés tous les vingt mètres, qui ne parvenait pas à illuminer totalement le couloir. Elles créaient plutôt une atmosphère tamisée. Ne sachant plus trop quoi faire, le ninja commença à se diriger vers sa droite, s’enfonçant un peu plus dans les profondeurs du casino. Bizarrement, à part les trois porte situé juste à côté de l’entrée du casino, et derrière lesquels il n’avait rein trouver d’intéressant, le couloir ne semblait pas mener à un endroit quelconque. Il ne trouvait plus aucunes portes. Après avoir marché pendant à peu près cinq minutes, le ninja se trouva en face d’un grand dilemme.
Je prends quel côté ?

Le couloir se séparait en deux, une partie divergeant vers la droite. En regardant sur sa droite, Suruil aperçu un panneau comportant une carte de l’établissement de jeu. Il vit donc que le couloir où il se trouvait étais le couloir « E », et que celui qui qui divergeait vers sa droite étais dénommé « D ». Alors qu’il se demandait quel boyau prendre, il entendit des bruits de pas.

Un homme, dans la force de l’âge, avançait en titubant. Ses affaires étaient extrêmement luxueuses, bien plus que celle de Suruil, ce qui n’était pas facile à faire. Il portait une grande robe, comme un empereur. Ses cheveux étaient retenus au-dessus de son front par une série d’épingles, qui semblaient manifestement valoir plus que la totalité du budget alloué à la mission. Sa tenue était tout simplement flamboyante, il aurait pu faire paraitre le plus grand des stylistes Chikarates pour un adolescent mal habillée. S’il n’avait pas l’air totalement bourré. Son visage était livide, et il avançait de moins en moins vite. Voyant qu’il ne pourrait pas lui poser de problème et poussé par l’éducation de son Akai, Suruil se dirigea vers lui pour tenter de l’aider.

-Monsieur, vous avez besoin d’aide ?
-Meuh nan ! T’inquièche, je chère la chituation ! Je chuis bas pourré ! Tout à faiche normal ! je…hips !
Ses jambes le lâchèrent et il s’effondra presque sur le sol. Plutôt que de le laisser là tout seul, Suruil le releva, passa son bras au-dessus de son épaule et commença à le ramener vers les salles de jeux principales, histoire de le planquer dans le placard à balai. Avant qu’il n’y arrive, l’homme se réveilla.
-Merci mec, franchement, tu me sauve la vie la...sans toi…ça aurait…été...la grosse galère là-bas. Balbutia-t-il.
-De rien messieurs.
-Pas besoin…de m’appeler messieurs. Reprit-il. Je crois…que tu mérites…un cadeau !!! Hips !
-Mais non monsieur.
-M’appelle pas monsieur je t’ai dit ! J’suis Shiriuk Gandst. Grand marchand des mers ! J’ai vu le monde avant…de devenir riche.
-D’accord, fit Suruil, commençant à se lasser de la conversation de l’épave qu’il transportait.
-Je vais t’amener...danch une zone privée…du..cachino ! Hips.

Suruil commença à devenir intéresser. Avec un peu de chance, cette excursion dans les couloirs ne lui aurait pas juste servit à se manger des balais dans la figure.

-Une zone privée ? Où ça ?
-Demi-toir ! Ch’en viens !
-Très bien.
-Hips

Après avoir retraversé ce qui lui semblait être un couloir s’étendant tout autour du casino avec un homme pendu à son bras, Suruil commençait à fatiguer. Alors qu’il songeait à juste le laisser cuver par terre, il commençait à entendre des voix. L’homme qu’il portait se dégagea de son épaule et commença à laisser sa main parcourir le mur du couloir, juste à droite d’une lampe. Il finit par trouver ce qu’il cherchait, enfonçant une section du mur aussi grande que sa main dans le mur de quelques centimètres. Un bruit de rouage se fit entendre et le mur situé derrière eux commença à bouger. Juste à temps, Suruil enregistra le processus d’ouverture d’une porte, se demandant s’il n’avait pas raté des milliers de pièce secrète lors de ses errances dans le couloir. Les deux hommes avancèrent dans ce qui faisait office de porte secrète et se trouvère dans une pièce à l’apparence spéciale.

C’était une salle, donnant sur des alcôves un peu plus petite. Les lampes à huiles placés au plafond parvenaient à diffuser une faible lumière, rendue violette par des rideaux en soie qui couvrait la distance entre le sol et le plafond, laissant un espace où personne ne pouvait se tenir droit. La salle était couverte de pouf, et en son centre se tenait un spectacle plutôt atypique. Trois hommes se tenaient autour d’une table basse, tous allongés dans des positions plus confortable et paresseuses les unes que les autres. Ils étaient tous aussi bien vêtu que l’homme que Suruil avait trouvé dans les couloirs du casino et semblait à peu près aussi sobre. Sur la table se trouvait une espèce de poudre blanche, ressemblant vaguement à du sucre. L’un des hommes, habillé en rouge et remarquant finalement notre présence, tenta de parler :

-Gné ? Vous faire…ici ? Shiri ?! Qui que ch’est à coté ?
-Ch’est mon amie ! Il m’a choutenu pendanch que je bad tripais dans les couloirs...
-Ha…ok…vous...voulez ? Dit un autre homme, habillé tout en bleu.
-Faiche la fête !...hips, commença Shiriuk.
-Bas…pach de problèmes…hips ! Termina le troisième homme, avachi sur son pouf violet.
-Okeyche ! Viench ! Fit Siriuk à Suruil, se plaçant sur un pouf autour de la table.

Ce n’est qu’à ce moment que Suruil remarqua la présence de d’autres êtres humains. Des hommes et des femmes étaient mélangés dans des scènes de débauches dans la plupart des alcôves. Décidant qu’il ne perdrait rien à s’assoir avec les personnes qu’il commençait à considérer comme les plus responsables de la salle, Suruil s’asseyais sur un pouf sombre, en bordure de table.

Alors que les hommes commençait à partir dans des discussions endiablés, Suruil se demanda quels pouvait bien être les effets de la poudre répandu sur la table, pour les mettre dans cet état. Décidant qu’il ne serait pas totalement défoncé avec juste un peu de poudre, il entreprit de la prendre dans ses mains et attendis qu’un des hommes en pris un peu pour imiter sa technique.
Tiens ? Un éléphant rose. Ça court vite ces machins… il me fonce dessus ? *Bang*
*
* *

Discrètement, Oboro prenait celui qu’elle considérait il y a peu comme un modèle de virilité en filature. Cette tâche, relativement facile au départ, commençait à se compliquer. En effet, les couloirs empruntés par messieurs K était de plus en plus long et elle ne disposait que de quelques meubles, de plus en plus rare à mesure qu’elle s’enfonçait dans les couloirs de l’établissement, pour rester hors de vue du plus beau manageur du Lucky Strike. Celui-ci semblait d’ailleurs devenir de plus en plus nerveux…

Après un certain temps, Oboro entrevis une espèce d’écriteau, avec la simple inscription suivante : « Couloir D ». Peu de temps après cela, Karnac se mit à jouer avec une des lampes à huiles qui ornaient les parois du couloir, ouvrant un passage. Lorsque le manager eu disparu dedans et qu’il se fut refermé. Oboro commença à respirer.

Bon, génial un passage secret. Si je ne savais pas que cette raclure de manager faisait dans le proxénétisme, je trouverai ça cool. Quel gâchis, franchement, ses mollets étaient tellement …fufufu

Après avoir cherché pendant une dizaine de minute la manière de tourner la lampe, Oboro parvient à ouvrir le passage. En s’y engouffrant avec précaution, elle se rendit compte qu’il menait à une autre partie du casino. Le son qui s’en dégagé était si fort qu’elle se demanda comment elle avait fait pour ne pas l’entendre depuis l’autre côté du mur. La plupart des personnes qu’elle pouvait y voir était superbement habillés. Après s’être imaginer l’effet qu’elle ferait à ses compagnons de missions si elle portait la même tenue en satin noir que la jeune femme au comptoir, elle remarqua une scène sur sa gauche.

Des danseuses très légèrement vêtus et au corps magnifiques dansaient pour le plus grand plaisir des yeux de ceux qui les regardaient, incluant quelques vieilles filles lubriques. Dégoutée, Oboro allait détourner les yeux lorsqu’elle vit messieurs K s’enfoncer dans une petite alcôve, sur le côté. Effrayé de ce qu’elle y trouverait mais poussée par sa curiosité, la jeune kunoichi l’y suivi.

*
* *
Karnac était fatigué. Si fatigué. Il pensait avoir un coup facile avec cette jeune fille qu’il avait rencontré, de quoi passer la soirée en douceur. Et ensuite, ça. Lorsque Nirca était venu lui dire de rappliquer en vitesse, il n’y avait pas cru, pas ça ! Pas maintenant ! Et ce qu’il redoutait tant était sous ses yeux. Star était étalée sur le sol, son client en pleine crise de démence. Il avait fallu deux hommes pour le maitriser, et un d’eux avait un œil au beurre noir. Il ne pourrait plus apparaitre en face des clients avant deux semaines. Il était encore en train de se lamenter intérieurement quand il entendus un couinement. Une fille se tenait à l’entrée de la pièce. Non ! Pas n’importe laquelle ! Celle qui l’avait accompagné jusqu’à la salle du coffre ! Comment avait-elle fait pour arriver là ?

Mais merde ! Tout déconne ou quoi aujourd’hui ? Il ne peut jamais se passer quelque chose d’horrible dans ma vie sans que ce ne soit suivi par d’autres trucs horribles ?

*
* *
Ma grande, pourquoi t’a fait ça ! Maintenant, ils te regardent ! Et cette fille ! Non ! C’est trop horrible ! Les espèces de…de…de…

Ne résonnant plus normalement, Oboro chargea Karnac et lui asséna un enchainement de coup de points avant qu’il ne puisse réagir. Se reprenant, il fit signe aux vigiles qui s’étaient avancés de reculer. Il allait enfin pouvoir évacuer sa frustration.

N’écoutant plus que sa rage, il asséna un crochet du droit dans le bras de son adversaire. Le coup était si rapide qu’Oboro ne put même pas l’esquivé, encore moins le paré. Son bras gauche était désormais aussi utile que ses cheveux dans ce combat… ses cheveux ! Elle avait oublié qu’elle transportait sur elle des armes !

Hehehe…toi, tu vas regretter de m’avoir affronté…
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Re: Narasu

Message par Kalem le 3/12/2011, 10:30

« Donc, un rat mort , ainsi qu’une demi-douzaine d’œuf de couleur verte, très rares. Un foie de dodo tout juste sorti du ventre d’un kangourou bouffeur de sang, très bon, un œil de morue, un flacon de pisse de chameau, excellent pour le transit, un nez de lépreux pour maigrir un petit peu, du sang leucémique séché sur un bâton de réglisse contre les carences, de la pâtée pour vieillard prémâchée! Ainsi qu’une douzaine d’huitres fraiches, arrivées directement il y a un mois par navire ! Est-ce que ça vous tente monsieur ? Dites le moi franchement, c’est une belle offre. Toutes ces dégustations pour seulement 20 Ryos ! Vous ne trouverez pas moins cher ailleurs. Madame ? Non ? Ahlala, on ne sait plus ce qui est bon de nos jours, j’étais sur le marché de Chikara la semaine dernière et je vendais la même chose pour le double du prix ! C’est vraiment une affaire. Monsieur ! Monsieur ne partez pas… Voyons, revenez !
-Moi, j’achète !
-Vous achetez jeune euh… vieil.. Enfin, vous achetez ?
-Oui, puisque je te le dis tas de merde aseptisée ! Et file moi le contenu en entier, c’est pour un potage !
-Faites attention, les mélanges donnent des maux de ventre.
-Ouais, surtout avec la merde que tu vends, vous savez que je pourrais vous faire chier des caniches pour moins que ça petite couille molle !
-C’est aimable les clients de nos jours, bref, ça fera quarante ryos !
-Quoi !!! Mais tu te fous de ma gueule, fesse de babouin ! T’avais dit 20 il y a dix minutes…
-Oui, mais le temps c’est de l’argent et tu viens de me faire perdre mon temps ducon !
-J’ai pas bien entendu. Tu m’as insulté ? Est-ce que je t’insulte moi ? Est-ce que je t’insulte ? Oui ! Et bien c’est normal, j’ai le droit, pas toi ! Donc maintenant c’est plus un achat dans les règles de l’art mais une perquisition de biens pour mots aggravés sur fonctionnaire !
-Fonctionnaire ? Gné ?
-Oui, je suis ninja, et de Mahou en plus, les meilleurs ! »

Le petit médecin, après avoir attiré toute l’attention sur lui en faisant scandale partit en marchant en direction de sa planque. Son plan était dès le départ de faire un peu de grabuge dans le marché mais de toute façon, même en y allant sans objectif particulier, il n’aurait pu s’empêcher de lâcher quelques impuretés. Grace à sa petite taille, il n’eut pas trop de mal à se fondre dans la foule, malgré son sac qu’il trimballait sur son épaule. Manquant de peu plusieurs fois de se prendre un coup de passants égarés dans leurs pensées, il traversa la foule de passants pour aller se coller contre les murs. Finalement, il bifurqua dans une rue moins passante et rejoignit son lieu de travail du moment : une cave en sous-sol dont le seul accès était un petit soupirail caché au regard des curieux depuis que la porte avait été condamnée lors d’un éboulement. L’avantage était qu’il était le seul adulte à pouvoir y pénétrer sans trop de soucis.

Le caveau était rempli de divers objet plus ou moins curieux et dégageait une odeur à faire fuir un putois. Il avait organisé son petit repère avec d’un côté ses ingrédients ; qui ne reniflaient pas toujours, et même rarement, la rose ; et de l’autre son atelier de petit chimiste. Le petit se rapportant plus à sa taille qu’à la qualité de ses œuvres. Pour supporter l’odeur, il s’était concocté un petit mélange qu’il s’injectait peu avant chaque passage dans ce qu’il appelait son atelier.

Les raisons de Kalem pour ce petit atelier tenaient du mystère, il n’en avait jamais parlé autour de lui et semblait vouloir garder la cause secrète le temps qu’il obtienne ce qu’il désirait. Il passait de longues heures à noter des comptes rendus dans un petit carnet qu’il cachait derrière le tas de détritus qui lui servaient d’ingrédients. Il passait ses journées libres à se balader en ville dans la matinée et à travailler le reste de la journée. Il dormait assez peu et seulement quand il avait rempli ses objectifs de la journée.

Il continua son petit manège pendant près d’une semaine avant de s’exclamer « Eurêka » -au même moment dit-on qu’un célèbre scientifique grec, qui lui, poussa le vice au point de le crier nu dans les rues de la ville. Non, notre petit Kalem était loin d’être exhibitionniste mais seulement témoin de sa propre découverte qui, d’après les mugissements victorieux qu’il poussait à tout va, devait être extraordinaire. Il attrapa la petite fiole contenant ce qu’il venait de synthétiser et sortit le plus vite possible de son antre pour tester son nouveau produit.

Kalem ne choisit qu’une seule et unique personne pour vérifier les effets de sa science, lui-même. Il ne fut pas déçu du résultat. À peine cinq minutes après avoir ingéré la potion, il avait un sourire peint sur son visage grotesque qu’on lui avait rarement vu. Il traversa plusieurs regroupements de personnes, bousculant le plus de monde, afin de montrer son enthousiasme à sa façon. Il traversa la moitié de la ville avant de trouver ce qu’il cherchait. Ses yeux pétillèrent soudain lorsqu’il posa les yeux sur un vieillard qui allait d’un pas lourd. Il l’apostropha :

« Bonsoir monsieur, je me nomme Kalem, et je suis le représentant Mahousard de la connaissance et du savoir… »

L’homme qu’il avait dérangé tira une mine sombre et accéléra le pas en faisant semblant de n’avoir pas remarqué son interlocuteur. Le petit médecin, inquiet, fronça les sourcils et le rattrapa en quelques foulées. Il recommença une fois la manœuvre qui échoua comme la première, irrité, il changea de discours.

« Excusez-moi, mais il ne me semble pas que vous soyez sourd ni même impoli, mais pourquoi avez-vous peur de ce mot : connaissance, vous qui en êtes vous-même un adepte… »

L’homme se tourna soudain vers Kalem le regard intrigué et apeuré…

***

« Voilà, tu sais tout, ça te va ?
-Attends, tu veux dire que le bonhomme que t’as trouvé à l’aide de ta potion qui repère les mecs au savoir surdimensionné t’a regardé avec des yeux ronds et t’as ordonné de ne plus dire le mot connaissance.
-C’est exactement ça…
-Qu’est-ce que ça veut dire ?
-Et bien vois-tu mon cher Kentaro, j’ai fait quelques recherches avant de venir de prévenir.
-Et ?
-Il semblerait qu’il fasse partie d’une association visant à accumuler le maximum de connaissances en tout genre.
-Bref, ce qui prouve que ton remède était efficace.
-Tu en doutais ? Bon, pas l’moment, mais autant te dire tout de suite que mes calculs sont toujours exacts. Enfin, j’ai approfondi et j’ai trouvé en tout une dizaine de personne dans son cas, avec des connaissances à peu près du double des miennes. Et toutes ont eu une réaction inappropriée au mot connaissance.
-Enfin, ce ne sont que des tarés…
-Putain, mais tu ne comprends pas ce que je veux dire… Imagine quelqu’un de mal intentionné puisse obtenir ces informations… Imagine les dégâts, surtout dans la ville du crime.
-Intéressant, on pourrait faire plein de choses avec un tel savoir.
-Je t’interdis d’y penser ! Bon, et le plan ?
-Quel plan ? fit le plus grand des deux médecins, incrédule.
-Pour aller aider les ACS !
-Les AC quoi ?
-ACS les adeptes de la connaissance et du savoir ! S’ils se comportent comme ça c’est que quelqu’un les a découverts.
-Et qu’est-ce que tu veux que ça me foute !
-Et bien, j’en ai parlé au Qg et ils acceptent de me laisser m’occuper de cette affaire. Je leur ai demandé si je pouvais choisir quelqu’un puis après avoir reçu l’accord, je leur ai parlé de toi. Ils m’ont dit de te prévenir que si tu refusais tu passais un mois à récurer les chiottes des quartiers Sud.
-D’accord… Mais t’es un vrai salop.
-Nannan, un mec qui cherche à arriver à ses fins.
-Bon, bouges toi le gras, on y va, on va repérer le terrain.
-Nan, d’abord t’es Genin comme moi donc j’ai pas d’ordres à recevoir de toi et puis on attend quelqu’un d’autre. Le Qg nous a affecté un troisième Genin étant donné la gravité de la situation.
-Quelle situation ?
-Ben tu sais très bien que Kentaro en mission c’est la merde donc faut quelqu’un pour rééquilibrer.
-Ben Kalem en mission c’est pire que tout alors… »

Le nain lui adressa un regard furibond mais retint son juron à l’arrivée d’une jolie brune dans la salle. Les deux Mahousards en restèrent médusés. Comment une telle bombe pouvait-elle exister ? Il n’y avait pas moyen ils sentirent que la mission allait bien se passer…

« Bonjour, je m’appelle Sonaka, fit-elle en souriant, je suis Genin de Chikara. Vous êtes Kentaro et Kalem ? »

En fait elle avait tout de détestable. Du point de vue de Kentaro, elle prouvait que le QG donnait raison à Kalem et il ne pouvait pas le supporter et du point de vue de Kalem être de Chikara n’était pas tolérable. Cependant, ils restèrent tous deux comme de grands benêts à la contempler et elle esquissa un sourire vainqueur.
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Re: Narasu

Message par Eiki Jaiko le 16/12/2011, 12:12

Le réveil sonna, aussitôt éteint par la main de son propriétaire. Bien que le geste fut rapide, son voisin de chambre grogna, réveillé par le son du réveil.

-Purée! Il est tôt!
-Désolé.

Marchant aussi silencieusement qu'il le pouvait, Eiki quitta sa chambre, qu'il partageait avec trois autres shinobi. Celui qu'il avait malencontreusement réveillé était de repos, tandis que les deux autres bossaient. Le jeune homme traversa les couloirs de son dortoir, tout en saluant brièvement quelques personnes qu'il connaissait. Lui et sa soeur, ainsi que quelques autres shinobi, venaient tout juste d'arriver à Narasu. Depuis la remise de leur diplôme de Genin, un certain temps s'était écoulé. De retour de guerre, Eiki s'était vu accordé quelques jours de repos, avant d'être envoyé en renfort aux forces d'occupation.

*Je me demande quel genre de mission me sera confié...*

Le jeune homme n'avait eût que peu de temps pour souffler et peaufiner la technique qu'il avait conçu durant la guerre. Nul doute qu'un ordre de mission allait bientôt tomber, autant s'entrainer tant qu'il le pouvait encore. Après avoir pris son petit déjeuner, Eiki décida de se rendre au terrain d'entraînement d'extérieur, se disant qu'un peu d'air frais l'aiderait à se réveiller.

*Bon... Concentre toi.*

Eiki se concentra sur sa main droite, la seule avec laquelle il parvenait à employer le Raiton, y insufflant du chakra affinitaire. De petites étincelles crépitèrent au bout de son majeur et de son index. Le Genin les fit se rejoindre, générant une micro sphère électrique. Il s'entraîna quelques minutes à donner du volume à la sphère, puis à en générer plusieurs avec ses autres doigts. Une fois satisfait, Eiki fit disparaître les sphères. Les doigts du jeune homme crépitèrent de nouveau. Prenant pour cible un mannequin métallique, Eiki tira plusieurs projectiles électrique.

*A faible intensité, je parviens à employer le Raiton...*

Eiki tenta de concentrer un peu plus de Raiton dans le creux de sa main, mais il ne parvint qu'à se brûler légèrement. Rien de grave, mais la douleur lui fit pousser un grognement mécontent.

*Impossible d'en user à haute dose pour le moment...*

Se doutant que le QG allait très bientôt lui donner du boulot, Eiki estima qu'il valait mieux éviter de pousser davantage son entraînement pour le moment. Le jeune homme se mit alors à se remémorer l'attentat de l'Académie, le premier d'une succession... qui avait finit par le conduire parmi les troupes envoyé en guerre.

*Bleko...*

La perte de son ami était encore vif en son esprit. Aujourd'hui encore, il ne savait pas qui avait commandité l'attentat qui avait lui avait coûté la vie. Eiki se sentait responsable. S'il avait été plus expérimenté, il aurait pu obtenir des informations du terroriste que lui et Ax avaient appréhendé. Si seulement...

*J'ai entendu parler d'une formation pour acquérir des techniques... persuasif.*

Eiki poussa un profond soupir, furieux envers lui même de ne pas avoir eût cette idée plus tôt.

*Je me renseignerai plus tard auprès du QG.*

Pour le moment, Eiki souhaitait se changer les idées. Une petite balade dans la ville lui ferait du bien. Il se renseignerai sur ce type de formation plus tard dans la journée. Plongé dans ses pensées disparates, il ne prit guère attention à la direction prise. Sans trop s'en rendre compte, il finit par déboucher sur un marché. De nombreux vendeurs s'égosillaient à vanter les mérites de leurs produits. Jetant un bref coup d'œil désintéressé, Eiki constata que leurs produits n'inspiraient guère confiance. Ignorant les interpellations de quelques vendeurs, Eiki continua sa marche jusqu'à ce qu'un cri attire son attention.

-Eh! Au voleur!

Le regard du Jaiko se porta sur l'homme rondelé qui venait de hurler, puis vers les personnes qui venaient de se faire bousculer. Suivant cette piste, Eiki courut en se fiant aux personnes râlant après ''ses sales petits cons qui se pensent tout permis''. Bien vite, il sortit de la foule du marché et pût poursuivre le voleur, un jeune homme qui ne semblait n'avoir que dans les dix-huit ans. Le Genin le rattrapa sans aucune difficulté, le saisit par la gorge et le claqua, à bout de bras, contre un mur.

-Rend moi tout de suite ce que tu as volé à cet homme.

Le garçon le défia du regard, tout en affichant un sourire narquois. Il leva une main, qui tenait fermement une pomme.

-J'ai une petite soeur.
-Et?
-Cette pomme sera sûrement son seul repas de la journée...

Eiki hésita. Que devait-il faire? Livrer ce type aux autorités du secteur pour vol?

*Tu parle d'un vol... une pomme, pour sa soeur.*

-On est fauché. Nos parents se sont fait assassiné et je lutte pour pouvoir nourrir ma soeur. T'es pas foutu d'imprimer ce genre de truc, ninja à la con?

Gardant un regard impassible, Eiki relâcha son étreinte.

*A sa place, j'agirai certainement de la même manière.*

-Avec un peu de chance, la situation finira par s'arranger pour vous deux. Pour l'instant, tire toi et va t'occuper de ta soeur.

Le garçon semblait surpris. Apparemment, il n'aurait jamais imaginer une réaction de ce genre de la part d'Eiki. Les beuglements du propriétaire de la pomme se firent entendre. Il se rapprochait...

-Reste pas planté là! Tire toi!
-Euh...oui. Merci!

Le garçon s'enfuit à toute jambe. Sa silhouette disparut au coin d'une ruelle, au moment même où l'homme arriva par l'autre côté.

-Eh! Vous là, le ninja! Des gens m'ont dit vous avoir vu poursuivre c'te saleté de p'tit voleur!
-Oui. Navré monsieur, il m'a semé.
-Qu-.. Pardon?

L'homme boudinet eût un hoquet de surprise, son visage devint rouge de colère.

-Vous vous foutez de ma gueule ! Z'êtes ninja, non? Les mecs comme vous, c'est pas des gens normaux. Vous pouvez faire des trucs hors du commun, on m'a dit!
-Ouais. Je débute, navré.

Ne prêtant aucune attention aux vociférations furieux, Eiki le laissa seul et reprit sa route. Sentant son estomac grogné, il décida de rentrer dans les quartiers des Gensouards. Il ressentit un vague sentiment de culpabilité en songeant à ce garçon qui bataillait pour nourrir sa jeune soeur. Le Jaiko soupira. Il n'y pouvait rien. Le monde était ainsi fait, de nombreuses choses ''moche'' avaient lieu, tous les jours.

*A quoi bon déprimer? Je ne peux rien faire pour eux, mais peut-être pourrai je un jour me rattraper en aidant d'autres vies?*

Arrivé à la cantina, il fut accueillit par Maelys.

-Hey frérot! Je savais que j'allais te choper ici !
-Euh... tu voulais me voir?

*Merde... j'espère que je n'ai pas oublié une date ou un truc du genre...*

Elle lui tendit une enveloppe décacheté.

-Navré, pas pu résister.

Ordre de mission: enquêter sur des savants. Ses coéquipiers étaient deux Mahousards et une Chikarate. Un point de rendez-vous était indiqué. Eiki poussa un bref soupir. Tant pi, il irait se renseigner pour sa formation après ce travail...

*J'ai au moins le temps de manger avant d'y aller. *

Une fois son déjeuner pris, Eiki se rendit au point de rendez-vous. Sur place, il repéra bien vite ses futurs collègues grâce aux photos fournis avec son ordre de mission. Lorsqu'il se dirigea vers eux, les trois le fixèrent, surpris. Le plus petit au nez tordu prit la parole:

-T'es qui toi?
-Eiki Jaiko, Genin de Gensou.
-OK...
-Vous êtes bien...

Eiki jeta un oeil sur son ordre de mission.

-Kentaro, Kalem et Sonaka?
-Euh... ouais.
-J'ai été affilié à votre mission. Vous... n'avez pas l'air au courant.

Kalem bondit à demi sur la table, apparemment hors de lui.

-Quoi? Bordel! Je pensais que le QG allait nous envoyer des mecs de Mahou! Fais chié!

Kentaro l'aida à s'asseoir et tenta de le calmer, affichant toutefois un sourire narquois à l'attention de Kalem.

-Boarf, tu sais bien que les QG ne perdent pas une occasion de mêler leurs unités entre eux.
-Ouais, m'en fous. Ce me fait chié.

*Ca promet.*

La jeune fille, Sonaka, s'éclaircit bruyamment la gorge.

-Bon... Ce serai bien que vous nous expliquiez l'objectif de notre mission.
-Ouais. Pas sûr d'avoir bien saisi.

Tout en ronchonnant, Kalem leur exposa la situation.

*Potion de repérage du savoir? S'possible un machin pareil ? … Bon en clair, on doit enquêter sur ces mecs et découvrir ce qui cloche.*

-Pour commencer, nous allons nous rendre à l'endroit où j'ai rencontré l'adepte du Savoir.
-Euh... ce ne serai pas plus simple de le repérer avec ta potion, demanda Eiki.
-Tu te fous de moi le moche? J'ai galéré pour préparer cette potion, hors de question de la gaspiller!
-Ce serait un gain de temps, pourtant, intervint Sonaka.
-Non et non, j'ai dit! Si on a pas d'autres alternatives, ok. Dans l'immédiat, on fait comme j'ai dit.

L'équipe quitta donc les lieux, Kalem en tête pour leur indiquer le chemin à prendre. Kentaro trainait le pas, cette mission semblait l'emmerder au plus haut point...

*Dans quel merde suis je fourré?...*

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Re: Narasu

Message par Kentaro le 19/12/2011, 18:45

« C’est un plan de merde. »

Comme à l’accoutumé, Kentaro ne manqua pas d’exprimer clairement son opinion quant à la stratégie de son acolyte bas de poitrine.

« Ha bordel, Kentaro, c’est pas le moment de faire chier, hein ! Rétorqua vertement le nabot.
_ ‘Faut malgré tout avouer que… commença Eiki.
_ Quoi ? De quoi vous vous plaignez ?! On a un objectif et un plan pour l’accomplir, tout baigne !
_ On ne sait même pas ce qu’on fait ici exactement, souligna Sonaka.
_ Putain, z’êtes tous des abrutis ou quoi ? J’vous ai déjà expliqué la mission en long en large et en travers ! Kess’z’avez encore pas compris !?
_ Heu… Fit diplomatiquement remarqué Eiki.
_ Attends que je résume pour voir si on est bien tous d’accord, proposa Kentaro. Primo, tu aurais inventé une potion miraculeuse qui te permet de détecter en pleine les rues les gens dotés d’un grand savoir.
_ C’est quoi c’ton suspicieux ? Tu mettrais pas en doute la véracité de ma découverte, toi ?
_ Naaaaan, j’oserais pas… Secundo, tu les accostes abruptement pour leur demander de partager lesdites connaissances avec toi, et ces messieurs prennent peur et refusent.
_ Ahah, ouais ! Fanfaronna le nain. C’est bien la preuve qu’ils ont la trouille d’être découvert et qu’ils se savent recherchés ! CQFD !
_ En même temps, moi aussi je prendrais peur si un nain velu et hirsute au regard fou et visiblement sous l’emprise d’une substance illicite m’accostait dans la rue et m’intimait de partager mon savoir avec lui, fit remarquer Sonaka.
_ En tout cas, c’est un peu léger comme ‘preuve’ de l’existence d’un groupuscule ennemi leur voulant du mal, approuva Eiki. Surtout qu’on est même pas certain que tes puits de science ambulant se connaissent et forment un groupe quelconque…
_ Mais c’est pourtant limpide, merde, s’emporta le nabot. Ils ont tous eu la même réaction, c’est un signe qui ne trompe pas, bande de débiles !
_ Le fait qu’ils aient tous eu la même réaction me fait plutôt pencher pour la thèse de Sonaka, souffla Kentaro.
_ Hé ! C’est une chikaratte ! Rappela Kalem. Une bas-du-front va-t’en-guerre sans cervelle, tu vas quand même pas la croire !
_ Non mais dis-donc !
_ Ben faut avouer qu’elle a plus de crédibilité qu’un nabot poilu, irascible et borné, convint Eiki, aussitôt approuvé par Kentaro.
_ Bordel, voilà pourquoi j’aime pas bosser avec les glandus des autres villages ! Kentaro, où est passé ta fibre patriotique ? Tu vas pas les laisser traîner ma probité dans la boue, quand même !
_ Tu veux vraiment connaître la réponse ? Hum… Bref, on ignore si ces types se connaissent, s’ils forment un groupe, et si ce groupe est menacé par d’éventuels ennemis, dont on se demande bien comment ceux-ci pourraient les repérer puisqu’ils n’ont pas ta super-potion, eux. Et toi, tu veux qu’on aille repérer l’un des vieux, au petit bonheur la chance, et advienne ce que pourra. Ben je ne me pique pas particulièrement d’être un grand stratège mais là, je maintiens, c’est un plan de merde.
_ Traître à ton village ! T’es sensé me soutenir devant les aut’cloportes !
_ Y’a rien qui tient debout, dans cette histoire, affirma Sonaka. A se demander comment t’as pu faire gober ça au QG. Moi je propose qu’on rentre et qu’on oublie cette vaste blague. En plus, la récompense est minable et y’a rien à tirer de la mission…
_ Hé, ho ! J’te rappelle que je suis sûr que ces types disposent d’un grand savoir et…
_ Ouais, enfin, t’es tellement certain que t’oses pas réitérer l’expérience devant témoins, hein, railla Kentaro.
_ Pis s’ils sont réellement en danger, plus vite on les retrouvera, mieux ce sera, ajouta Eiki. C’est stupide de perdre notre temps à chercher une aiguille dans une meule de foins alors qu’on dispose d’un super-aimant pour la trouver à coup sûr et en un clin d’œil.
_ Mais je vous ai dit que ma potion était très précieuse et que…
_ Kalem, s'il te plait, intervint Sonaka en lui souriant gentiment. Tu fais penser aux bonimenteurs des marchés qui essaient d'écouler leurs jolies babioles, des attrapes-couillons. Ca n'est pas quand même ça, hein les garçons?
_ Ben le connaissant… Lâcha Kentaro.
_ C’est-à-dire que… commença Eiki.
_ Bonimenteurs ? Attrapes-couillons ?? Bordel, z’allez voir, bande de philistins ! »
Kalem fit passer sa sacoche devant lui, farfouilla rageusement dedans avant d’en retirer une petite flasque au contenu trouble.

« La voilà ! Vous allez voir si ça ne marche pas ! Qui veut tester !?
_ Désolé, répondit Kentaro, je suis interdit d’expérimentation par décret du QG.
_ Heu… ‘faut faire quoi pour que le QG décrète ce genre de chose ? Mais c’est pas une expérimentation, c’est…
_ T’en connais les effets secondaires ? La posologie ? Demanda Kentaro.
_ Heu, non, mais…
_ Donc c’est toujours en phase expérimentale, je ne peux pas y toucher.
_ Dis donc, et depuis quand tu respectes à la lettre les décisions du QG ??! Ok, vous autre, qui veut tester ?
_ T’as bien dit que tu n’en connais pas les effets secondaires, voulut être bien sûr Eiki.
_ Y’en a pas !
_ Parce que tu ne les connais pas, c’est ça ?
_ Non, parce que c’est moi qui l’ai fait et que je te le dis. Alors, tu testes ?
_ Désolé, ça sera sans moi.
_ Ben tiens, mentalité typique de tafioles des marais ! Sonaka ?
_ Je peux garder la bouteille après ? Voulut savoir la kunoichi.
_ Hein ? Et me piquer la formule ensuite ? Certainement pas !
_ Flûte ! Pas intéressée. Mais on s’en fiche : si tu retrouves le type après bu ta potion miracle, on commencera à croire à tes élucubrations.
_ Très bien, vous allez voir ! Cul-sec ! »

Joignant le geste à la parole, Kalem s’enfila la moitié de sa fiole. Il déglutit bruyamment, secoua la tête en papillonnant des yeux avant de reporter son regard sur le groupe. Ou plus précisément Kentaro.

« Arrête de me fixer comme ça, ça fout limite les jetons. J’vais avoir un malencontreux réflexe de survie, ‘faudra pas venir te plaindre après.
_ Bordel ! J’le crois pas ! Kentaro, t’es doté de grandes connaissances ! Annonça Kalem.
_ Comme quoi, l’habit ne fait pas le moine, nota Sonaka.
_ Hé, ça veut dire quoi, ça !
_ Et un point de moins pour la thèse du complot, annonça Eiki.
_ Pardon ? Demanda le nabot.
_ Je me trompe peut-être, mais je doute que Kentaro fasse parti du club des puits de sciences. Donc ton idée que ces derniers forment un groupe menacé tombe à l’eau.
_ Gnagnagni et gnagnagna ! D’abord, c’est moi l’chef de mission, alors rien à fout’ ! Que vous le vouliez ou non, on va retrouver l’autre hurluberlu, lui faire cracher ce qu’il sait, et comme ça, z’aurez la preuve qu’ils forment bien un groupe en danger qu’il nous faut protéger ! »

Les fidèles troufions échangèrent un regard blasé. Il était évident que le nabot n’en démordrait pas… Le plus simple était encore de l’accompagner et d’aviser selon le résultat.
Fier de son aura d’autorité qui avait cloué le bec à tous ces empêcheurs de tourner en rond, Kalem se mit donc en marche vers le quartier des Lucioles, suivit par sa bande de larbins fraîchement domptés. Il n’y avait pas à dire, ça faisait du bien d’être chef de sa propre mission. On s’y ferait presque.

Il ne fallut que quelques minutes au petit groupe pour rejoindre le secteur en question, que Kalem engloba d’un regard et…

« Kentaro, tu fais chier !
_ Hein ? Mais j’ai encore rien fait ! Mais ça peut s’arranger, par contre…
_ Tu parasites ma vision, triple buse ! Mon regard est automatiquement happé par ton aura de connaissance, pas moyen de yeuter les autres !
_ Ben tiens, comme par hasard, railla Kentaro. Ta potion ne marche pas, quoi…
_ Mais si elle marche ! Mais c’est toi qui fait tout planter !
_ Dis donc, tu connaîtrais pas une certaine Kaede ?
_ Et donc ? On fait quoi ? Voulut savoir Eiki.
_ Kentaro, tu t’éloignes pour que je puisse chercher à mon aise ! Décida Kalem.
_ Ok, salut.
_ Hepepep ! Reviens ici. Finalement j’ai changé d’avis. Avoue que t’allais abandonner la mission !
_ Meuhtropas ! Tu deviens parano, mon vieux…
_ Et donc ? Insista Eiki.
_ Minute, tu vois pas que je réfléchis ! S’énerva Kalem.
_ On se sépare en deux groupes et on ratisse le quartier ? Proposa Sonaka.
_ Bonne idée, approuva Kentaro.
_ Ok. Eiki et Sonaka, vous prenez le Nord, Kentaro et moi, on prend le Sud, décida Kalem.
_ Je croyais que la présence de Kentaro brouillait ta vision, fit remarquer Eiki.
_ Ouais, mais il est Mahousard, lui.
_ Je ne vois pas le rapport…
_ Allez, on se bouge ! Le petit vieux ne va pas pointer tout seul ! » Bougonna Kalem.

Plusieurs dizaines de minutes plus tard, Kalem et Kentaro revenait à leur point de départ, bredouille. Le nabot fulminait parce que l’effet de sa potion s’était dissipé et qu’il ne voulait pas gâcher la dernière dose qui lui restait pour retrouver l’autre abruti de vieux tordu, et Kentaro en avait sa claque de cette mission barbante et inutile et ne manquait pas de le faire savoir à son coéquipier.
Bref, les deux lurons s’engueulaient une fois de plus.

« C’est de ta faute si tout plante ! Râlait Kalem. Si t’avais pas été là, t’aurais rien parasité et je l’aurais retrouvé les doigts dans le nez, le petit vieux !
_ Mais j’ai jamais demandé à être là ! Après tout, c’est pas comme si je perdais mon temps bêtement à te suivre dans tes chimères alors que je pourrais venir en aide à des malades et des blessés à l’hôpital…
_ On sert la science, môssieur ! Tes pécores puants et mal au point peuvent bien attendre ! Y’a des priorités dans la vie !
_ Mais vous n’arrêtez jamais, vous deux ? S’enquit Sonaka en arrivant sur les lieux avec Eiki.
_ C’est lui qu’a commencé !
_ Je râle, donc je suis ! On vous apprend pas la philosophie dans le bac à sable qui vous tient lieu de village ? Bon, puisqu’on a pas trouvé de pistes, on va devoir réfléchir à un plan B, intima Kalem.
_ Qu’est-ce qui te fait croire qu’on a pas de résultat ? Demanda Eiki. On a retrouvé la trace de ton bonhomme et, à défaut de l’avoir retrouvé lui-même, on sait où il habite.
_ Oh ? Comment vous avez fait ? Demanda Kentaro.
_ Chaque quartier à son lot de commères qui n’ont rien d’autres à faire que d’espionner les aller-et-venus de tout un chacun, expliqua Sonaka. On les trouve, on les cajole, on leur décrit qui on cherche et le tour est joué. Tant qu’à faire, on a aussi parlé au concierge de l’immeuble, le type est toujours chez lui. Maintenant, plus vite on l’aura rencontré, plus vite il aura nié appartenir à quoi que ce soit et plus vite on pourra rentre chez nous, conclut la kunoichi.
_ Pourquoi j’ai furieusement l’impression qu’aucun d’entre vous ne croit mon histoire ? »

Un instant plus tard et le quatuor de shinobis débarquait devant un petit immeuble miteux, comme il en pullulait à Narasu. Suivant les indications données par le concierge, le petit groupe grimpa jusqu’au dernier étage, avant de toquer à la porte de l’appartement. Puis de recommencer devant l’absence de réaction. Avant de se mettre à franchement tambouriner la porte, sans plus de succès.

« Mais merde, je croyais qu’il était sensé être là, le type, grommela Kentaro qui envisageait de plus en plus d’enfoncer purement et simplement la porte.
_ Le concierge est formel, il est toujours à l’intérieur, rappela Sonaka.
_ Ouuuuiii ! Ahah ! J’avais raison ! Hurla Kalem.
_ Pardon ? Demanda Eiki.
_ Il lui est arrivé quelque chose ! C’est bien la preuve qu’il appartient à un groupe de savants menacé par un groupuscule terroriste ! J’avais raison !
_ Ouuuuu… il a fait un malaise et n’est pas en mesure de nous ouvrir, rectifia Kentaro. C’est fragile, les vieillards.
_ Une seul moyen de le savoir, signala Sonaka. Tu nous ouvre ? »

Kentaro recula d’un pas puis enfonça d’un coup la porte, la pulvérisant en petits morceaux.

« J’espère qu’il y a vraiment urgence, sinon, le type va être furax, commenta Eiki en observant le résultat.
_ Bah, c’est pris en charge par l’assurance du QG, expliqua d’expérience Kentaro. Par contre, elle collera un malus sur le compte du responsable de mission.
_ Salauds, j’vous déteste ! »

Les shinobis s’engouffrèrent dans l’appartement, appelant un quelconque occupant. Mais les pièces étaient résolument vides et désertes. Kalem convoqua en urgence une réunion de crise dans le salon.

« Ok, les gars, on a un problème !
_ Nan, nan, tu as un problème quand le QG découvrira que t’avais rêvé.
_ Le type n’est pas là alors qu’il devrait y être. La porte était fermée à clef, les fenêtres sont closes, mais l’homme à disparu. Ce qui veut dire…
_ Que le concierge s’est gouré ? Proposa Kentaro.
_ Ça m’étonnerait un peu, réfuta Sonaka. Le vieux a des habitudes bien précises, ça serait bizarre qu’il les modifie aussi brusquement.
_ Sauf s’il a peur de se faire harceler par Kalem… Auquel cas, ça s’expliquerait, contra Kentaro.
_ Pas faux, approuva la Kunoichi.
_ Mais vous allez arrêter de tout me mettre sur le dos, dites ?
_ Hé ! Appela Eiki en déboulant dans le salon. J’ai découvert quelque chose de pas banal ! Et qui expliquerait l’énigme !
_ On t’écoute, déclara Kalem.
_ La fenêtre de la salle de bain était mal verrouillée. Et il y a de drôles de traces sur l’extérieur, causées par quelque chose de métallique ou de très solide. A mon avis, on l’a ouverte et refermée depuis l’extérieur.
_ Vu la gueule des fenêtres, ça n’a pas l’air du genre évident, fit remarqué Sonaka.
_ D’où la présence des traces, probablement, ajouta Eiki.
_ Ah ! Voilà ! C’est la preuve que notre homme s’est fait enlevé ! Triompha Kalem.
_ Ou qu’il mène une double vie, fit remarqué Sonaka. Ça ne serait pas la première fois qu’on voit ça.
_ C’est un vieux décati, pourquoi il sortirait par le toit au risque de se rompre le cou ? Grogna Kalem.
_ Si ça se trouve, c’est un shinobi, ou un déserteur, ou même un pirate ou un ex-samouraï. Ta potion t’indique qu’il a de vaste connaissance, mais ni ce qu’il est, ni le ou les domaines de connaissances qu’il couvre, argumenta Sonaka.
_ Zut, j’y avais pas pensé… Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Kalem. On est pas près de remettre la main dessus s’il a filé pour de bon ou s’est fait kidnappé.
_ Ça m’a l’air fichu, on n’a aucune piste ni aucune indication pour le retrouver, objecta Eiki.
_ Eiki, demanda Kentaro. Est-ce qu’il y avait une odeur entêtante de parfum ou je ne sais quoi, dans la salle de bain ? Un truc odorant que notre homme serait susceptible de se mettre ?
_ Heu… Oui, il y a une légère odeur de ch’ais pas quoi. On doit pouvoir l’identifier à partir des flacons dans l’étagère. Pourquoi ? T’as un chien qui pourrait le pister ?
_ En quelque sorte. S’il a une signature olfactive que je peux reconnaître, je devrais au moins pouvoir le pister sur les toits. Je ne garantis rien en pleine rue, par contre…
_ Bon, ben ça nous fera toujours un début de quelque chose ! Décida Kalem. On y va ! »
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Re: Narasu

Message par Oboro le 20/12/2011, 01:14

L'ambiance effrénée du casino l'avait aisément envahie: pendant tout ce temps, elle n'avait pas du tout eu l'impression d'être à Narasu. Alors forcément, se retrouver dans cette petite suite où une tapineuse agonisante côtoyait un client branché aux acides, ça la travaillait. Elle redécouvrait la saveur locale sous une forme moins élégante, l'exploitation humaine, et n'en appréciait pas du tout la teneur. Tout en sachant pertinemment que c'était bien pire ailleurs.

Heureusement, la mahousarde était en présence de trois personnes susceptibles de faire de bons coupables à punir. Se défouler sur des boucs émissaires était toujours un plaisir, quand on n'y connaissait rien.

Elle avait les tripes lourdes de dégoût. Et les pommettes en sang.



Ca n'allait visiblement pas être facile, se lamenta Muromachi, peinant pour se relever. La genin respirait lourdement. Tant à cause de l'atmosphère de la salle, lourde de fragrance, de sueur et d'hémoglobine, que du choc qu'elle avait subit en étant projetée à terre.

Devant elle se tenait Billy K., qui attendait impatiemment que son propre exutoire se relève. Ses affaires commençaient à dérailler complètement, rappelons-le, et lui aussi souhaitait se passer les nerfs sur un punching-ball.
Au lieu de ça, la jeune femme s'était effondrée bien plus vite que ce qu'il aurait pensé, après les coups qu'il s'était prit. Elle l'avait eut par surprise, et ça tenait du coup de chance, soit. Mais la façon dont elle l'avait enchaîné indiquait l'expérience: il n'avait pas affaire à une débutante. Probablement pas à une vétérante pour autant, cela dit. Ou alors, une petite frappe.

Okay, connard. Donc on va jouer comme ça: je vais te crever la gueule, et ça va continuer jusqu'à ce que tu chies tes tripes. T'es mort. Je vais te buter.

Pour autant, elle n'y croyait pas vraiment, cette fois-ci. Mais elle était suffisamment remontée pour vouloir essayer. Ne lui restait plus qu'à finir de se relever. Ca venait.

Étape suivante, "lui esquinter le buffet d'un bon coup de marmule dans le pif". Plus facile à dire qu'à faire pour la mahousarde: Karnak avait une solide garde en portemanteau -chierie de muay thai- sur laquelle la genin s'était écrasée plusieurs fois. Sans rien pouvoir faire.

-Ramène ton cul par là, dubek. T'imagines même pas comment tu vas prendre cher.
-Je n'attends que ça, ma belle.
-Ah ouais?

Elle lui vomit son flot d'insultes habituelles et tenta de lui cracher dessus, sans avoir le souffle assez long pour parcourir le quart de la distance nécessaire. Il lui répondit en termes moins vulgaires, mais bien plus poignants: après tout, c'était lui qui avait l'avait l'avantage. Son ton féroce émietta encore un peu plus la genin, qui se sentait bien menacée.

Sur le fond, elle avait raison, pourtant. Elle était ninja, et l'autre guignol n'en avait pas la moindre idée. Son premier jutsu ferait des ravages, elle avait plusieurs armes sur elle, et pour couronner le tout, elle pouvait lui caser un Ganseki n'importe quand. Une simple permutation suffirait: sur la gauche de Karnak se trouvait une large plante qui faisait largement l'affaire. Un clone ou un manchot, voilà qui offrait déjà de sacrés atouts qu'Oboro savait exploiter.

Et elle voulait le démolir.

Mais cela faisait maintenant vingt secondes qu'elle restait immobile, plantée là sans rien faire. Du Ganseki? Hautement improbable. Muromachi n'était pas en état de se concentrer sur son chakra. Combien de ninjas se reposaient sur la stabilité de leur mental, la rigidité et le sang froid pour malaxer?

Elle paniquait, tout simplement.

*
* *

Pour Akhen, le verre n'était pas à moitié plein. Il était pratiquement vide. Pas seulement parce qu'il se l'était enfilé en quelques gorgées, mais tout simplement parce que la vie n'en valait pas la peine, pour lui, les siens, et l'humanité dans son ensemble. Ils pouvaient tous aller se faire voir.

D'un point de vue plus terre à terre, après sa petite escapade sur les fenêtres d'un des patios du bâtiment, il fut contraint de s’engouffrer dans une fenêtre, rendu incapable de regagner discrètement la terre ferme par l'arrivée d'un groupe de fêtard s'offrant une pause cigarette, bien mérité après un passage triomphant au bar. La joie des autres rendait l'Illinois bougon, au même titre que leur idiotie... et la gène occasionnée. Coincé dans le bâtiment, il ne savait pas encore où il se situait, mais avait arbitrairement décidé qu'il valait mieux aller de l'avant et faire confiance à son sens de l'orientation pour gérer la crise.

Sens de l'orientation qui, imbibé de cocktails, se révéla rapidement défaillant. Le genin savait qu'il était maintenant un étage plus bas que ce qu'il aurait cru possible -un sous-sol caché, se pensa-t'il-, mais était incapable de savoir en dessous de quoi il se situait. Ca pouvait aussi bien être les machines à sous que les toilettes du bâtiment d'en face, à son sens.

L'édifice était énorme. Tout ça était beaucoup trop complexe pour qu'il réussisse à cartographier quoi que ce soit. C'était minable. Les cours à l'académie étaient minables: il y avait assisté, et découvrait maintenant qu'il ne pouvait clairement pas les appliquer. Son chunin était minable: son rôle de formateur était inexistant, en dépit de la splendide réputation dont jouissaient les gradés.

Lui même était minable, incapable d'improviser, d'avoir une idée de génie, ni même d'être certain du couloir par lequel il était arrivé. Il l'ignorait, mais son amnésie et les doutes fulgurants qui allaient de pair surgissaient trop facilement, après quelques verres.

Le monde était minable: un détestable assortiment de misère peuplé de non-valeurs pouilleuses et égoïstes.

Là.

Ca résumait bien.

Valait peut être même qu'il l'écrive, de peur de l'oublier, celle là.


Mais, heureusement pour son équipe, tout le monde ne partageait pas son état d'esprit.

-Sus à l'éléphant!!!, hurla son coéquipier d'un ton jovial en surgissant d'un couloir adjacent.

Pauvre Suruil. Il s'était enfilé un rail de poudre exotique, et en appréciait maintenant les divers effets. Récréative, ça elle l'était, sa substance. Pour le lecteur curieux, il prit d'ailleurs la peine de recenser ceux qu'il jugea les plus significatifs:

  • Magnétisme animal décuplé. Voilà qui expliquait pourquoi il menait à la charge une vingtaine de personnes hétéroclites, certaines vêtues de riches étoffes, d'autres en tenue d'Eve, à la poursuite d'un pachyderme écarlate que la moitié ne pouvait voir. Suruil émettait désormais les phéromones d'un chef de meute, un véritable alpha.
  • Perception surhumaine. Après tout, il voyait un éléphant rose armé d'une flamberge et de tatouages tribaux, ce que peu de ninjas -même surentraînés- parvenaient à faire. Vu les acrobaties dantesques qu'effectuait l'animal pour tenter d'échapper à son regard, ils étaient tout excusés.
  • Latence cognitive minimisée. Il ne fallut qu'une fraction de seconde au shinobi pour comprendre que l'animal retournerait paisiblement sur son île si on lui ponctionnait le cuir avec une fourchette à escargot. Et deux fois moins longtemps pour mettre en place un plan adéquat.
  • Cystite aigüe. Ce qui signifiait que Monsieur garderait un très, très mauvais souvenir de son prochain passage aux toilettes. Comme si des lames de rasoir transitaient au travers de sa vessie jusqu'à la...


-Akhen, derrière toi!, interrompit le genin.

Machinalement, l'illusionniste se jeta sur sa gauche, regrettant de ne pas avoir de shuriken pour disposer de la menace.
Un instant plus tard, son inquiétude s'amplifia d'un cran, lorsqu'il constata que le couloir derrière lui était vide.

-Invisibilité?, s'enquit-il, pessimiste.

Le genin prépara son chakra, et commença à l'étendre graduellement aux alentours. Il n'avait aucune maîtrise du En, mais pouvait reconnaître des interférences avec un genjutsu étranger lorsqu'il concevait ses propres mirages... ou envisageait de le faire. Tant qu'il n’auscultait rien en profondeur, le procédé ne lui livrait que peu d'informations...

Voire absolument aucune, comme c'était actuellement le cas. Le genin songea à amplifier son montage, par précaution.

-Non. Il est entre tes jambes!
-De quoi?
-L'éléphant, pardi!

L'Illinois mit un instant à comprendre. Suruil parlait probablement d'une invocation. Ou d'un Kan. Ca devait être ça.
Sauf qu'un éléphant ne pouvait tout de même pas tenir entre ses jambes. N'est ce pas?

Ce n'est qu'à ce moment qu'Akhen observa plus en détail les compagnons de son coéquipier. Plusieurs d'entre eux portaient des pièces d'habillages taillées par des artisans de haut vol, et appartenaient sans aucun doute au gratin de la société marchande de la région.
D'autres disposaient de tenues plus minimalistes, parfois tout aussi travaillées, d'un genre érotique que le ninja avait rarement vu. Le détails de certaines coutures (notamment sur les individus masculins) révulsèrent l'illusionniste, qui s'efforça de réduire son champ de vision à la plus stricte ligne horizontale.
Il se rendit alors compte que tous avaient, dans des proportions variables, un air serein et abruti d'un très mauvais genre.

-Ok, fit-il en abandonnant sa garde. Là, tu m'expliques.


*
* *

"Pour tuer, tu vises la gorge et le ventre. S'il faut blesser, pars pour les bras, les cuisses et l'arrière train."

Ces règles étaient valables pour un couteau, mais aussi pour un éventail de combat, lui avait-on expliqué. Elle se les était répétées plusieurs fois en s'exerçant sur un mannequin, et venait de recommencer maintenant qu'elle allait en avoir besoin. Sans surprise, pourtant, elle s'était...

-... totalement rétamée, grincha-t-elle, la lèvre explosée.

Le coup avait atteint la base de sa clavicule, et la réponse fut immédiate: la mahousarde se sentit soulevée par le seul choc de la contrattaque. Le manager était désormais à cran, et furieux à l'idée de ce qui aurait pu lui arriver. Son costume jusqu'ici impeccable l'avait partiellement protégé, heureusement. Ca n'empêchait pas sa plaie d'être douloureuse. Rageur, il empoigna brusquement la demoiselle désarçonnée, et la heurta de tout son poids, l'envoyant à terre d'un coup d'épaule.

Il avait commencé ce combat pour évacuer sa frustration, repensa-t-il. Ca ne rimait plus vraiment à grand chose, maintenant. Il lui laissait dix secondes pour se relever, porter son visage à hauteur de son poing -et même au dessus, vu sa dégaine de lampadaire-, et lui faire le plaisir d'un craquement bien sonore lorsqu'il lui écraserait la mâchoire.

Si elle en était encore capable, du moins. Ce à quoi elle ne croyait pas du tout.

Peut être pouvait-elle s'enfuir par la fenêtre? Le verre céderait probablement, ainsi que le bois... et le bonhomme placé à coté. Et Karnak, qui rejoindrait facilement sa trajectoire. Sûrement pas, en fin de compte.

*
* *

-On aurait pas pu ramener les autres avec nous, quand même? Ils étaient super sympas et...
-Non.

Suruil se sentait léger, d'accord. Et il s'était un peu emporté auparavant, en s'élançant à la poursuite d'un éléphant rose. Mais, de la même manière que son coéquipier, il n'avait pas atteint la limite, et restait aux commandes de son aventure. Globalement. Son esprit, doté d'une élasticité nouvelle, trouva même matière à en plaisanter, se demandant comment Sheinji parviendrait à expliquer à ses supérieurs que les trois genin qu'ils avaient sous sa coupe avaient respectivement réussi à "se shooter, se torcher au bar, et à finir dans le plumard d'un manager".

Il se sentait vraiment bien, d'ailleurs. Assez pour partager sa blague avec son coéquipier.

-Vu sa tête, il ne doit pas être bien plus respectable, commenta simplement l'Illinois, d'humeur massacrante et peu flatté par le portrait d'alcoolique qu'on voulait dresser de lui.
-Sa tête, elle ne va pas être belle quand il nous verra.

Sheinji? Voilà un moment que les deux ninjas ne l'avaient pas vu, mine de rien. Le chunin, qui auparavant leur paraissait sympathique et digne de confiance, brillait depuis longtemps par son absence et le manque total de contrôle qu'il avait sur la situation. Il ignorait forcément où étaient ses genin, conclurent les gensouards.
Forcément, car eux-mêmes ignoraient où ils se trouvaient.

De même, ils n'avaient aucune idée de la situation de leur chef d'équipe. Il pouvait très bien parcourir le casino à leur recherche, continuer ses pérégrinations sans avoir rien remarqué, ou avoir rencontré ses propres problèmes et être mort à l'heure où ils parlaient.

Et si ça n'était pas le cas... ils lui feraient sa fête, au chunin. Un tel manque d'organisation était inadmissible, et dangereux.
"Boulet de chikarate", conclurent les genin d'une même voix...

... avant de sursauter à l'unisson, la peur au ventre à l'idée de ce qu'ils venaient de ressentir. Une vague de chakra qui leur avait retourné l'estomac. Suruil n'avait jamais rien connu de tel.

-C'était quoi, ça?
-Par là, indiqua Suruil en s'élançant à la hâte, curieux.

Tous les deux l'avaient senti puissamment, en dépit de leur perception altérée par leurs substances respectives. Ca n'était pas très difficile: elle faisait office de boulet de canon dans une partie de billes.

-Ca sent le ganseki, ça, grommela Akhen.
-Euh... le truc de chikarate hardcore totalement bourrin et abusé?
-C'est ça. Je crois qu'Oboro a décidé de faire une connerie, fit Akhen, ayant déjà observé la genin en plein combat. La dernière fois que je l'ai vu faire ça, elle...

Il laissa sa phrase en suspend, sensible à l'écho qui venait d'avoir lieu. Ca, il ne l'avait pas vu, l'autre fois. Deux portes. La deuxième vague, aussi violente que la précédente, ne pouvait rien signifier d'autre.

-Elle quoi?, demanda Suruil.
-Elle fait des progrès, décida-t-il en accélérant la cadence.

Mais ça n'était pas fini. Pour le coup, Akhen prit peur. Ses entrailles résonnèrent en même temps que la troisième impulsion de chakra, légèrement différente cette fois, qui déboucha sur un hoquet de surprise mêlée d'alcool. Puis un sifflement admiratif.

-Dis, elle sait ouvrir combien de verrous, la nénette?


*
* *

Elle était sur les nerfs, avait les tripes en rogne, se sentait aussi confuse que mortifiée, et ne savait absolument pas quoi faire.

Elle venait d'échapper à ses adversaires en traversant un mur, et recommença pour se placer dans leur dos, approximativement. C'était probablement douloureux, de faire ça. Le traitement qu'on lui avait infligé l'avait suffisamment été pour qu'elle ne puisse plus vraiment s'en rendre compte. Son état était pitoyable. Elle ne savait pas ce qu'elle allait faire, et n'avait rien prévu. Rien à voir avec une Oboro traditionnelle, à première vue.

Et pourtant...

La ninja avait traversé un couloir à sa vitesse de sprint ordinaire, ponctuée toutefois par des accélérations foudroyantes. Et s'était élancée contre deux parois sans ralentir sa course, et ses vêtements émaciés témoignaient de la violence du choc. Elle était revenue dans la salle en songeant vaguement à broyer ses ennemis, mais se sentait vidée. Et blessée: la genin n'était pas en état de tenter de s'en prendre à eux. Ses plaies la brulaient, et pas seulement là où le sel de ses yeux rencontrait ses chairs mises à vif par les bagues du manager. Elle se sentait prise de vertiges, et sa vision était trouble. Et maintenant, ses muscles scandaient leur mort à l'unisson, quand bien même l'usage qui en était fait restait raisonnable.

Akhen était médecin, et c'était de ça qu'elle avait envie. Qu'il fasse son job et mette fin à ça.

Ils étaient au premier étage, se répéta la genin. Elle avait ouvert deux portes. La première la rendait absurdement forte, la seconde lui permettait de concentrer des quantités absurdes de chakra.

Ceci fut la troisième impulsion que sentirent ses coéquipiers.

Oboro
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Re: Narasu

Message par Sonaka le 22/12/2011, 22:48

Eiki se dirigea vers la salle de bain, qui était légèrement imprégnée d'une odeur de...

Eh bien, c'était précisément ça qu'il leur fallait découvrir, pour commencer.

-C'est quel flacon, à votre avis?
-Un de l'étagère, sûrement.
-Je m'en doute, mais... y'en a un paquet. Va falloir tous se les faire?

Ses coéquipiers ne se pressèrent pas pour lui dire que oui, et que personne n'avait envie de s'en charger. Kentaro en particulier souhaitait tirer au flanc, en bon spécialiste du domaine. Et cette fois, il avait une excellente raison de le faire.

-Tu restes à l'écart, lui indiqua Kalem. Pas besoin que tu te satures les nasaux si tu dois pister notre gaillard.
-Ca marche, répondit gaiement Kentaro en allant se poser sur un canapé d'allure très confortable.
-Tu me fais une petite place?
-Sonaka, pas toi.

-On vient de grimper six étages, Kalem, alors les pieds... deux minutes et je vous rejoins vite, pas de soucis.
-Mmmh...
-Et puis, je pense mieux m'y connaître que vous en parfums. Commencez sans moi, les garçons, je vous rattraperais.

Elle n'avait pas tort. Les deux coéquipiers enchainèrent plusieurs fois les flacons présents sur l'étagère, sans parvenir à reconnaître l'odeur qui imprégnait la salle, et qui leur permettrait vraisemblablement de pister leur cible. Ils parcoururent ensuite l'armoire à pharmacie et divers autres tiroirs, rencontrant toujours plus de fioles en tout genre, mais pas celle qu'ils cherchaient. Kalem avait maintenant le nez qui coulait, à force de lui présenter de l'alcool.

La miss eut un peu plus de chance. Une fois arrivée, il ne lui fallu que deux minutes pour faire le tour et dénicher l'objet cherché. Elle appela Kentaro pour que son odorat, lourdement renforcé à l'aide d'un jutsu méditatif, lui apporte confirmation. Ce dernier se présenta alors qu'elle sortait de la douche, où se cachait la fiole odorante.

-Tu peux vérifier, s'il te plait?
-Donne toujours. Z'auriez pu prendre votre temps, le sofa était chouette.
-Bien vrai. D'ailleurs, j'y retourne.
Tu me laisses passer?
-Oh, oui.

Elle posa sa main sur les sympathiques tablettes abdominales du mahousard, et le poussa doucement pour se frayer un chemin. Même pas déséquilibré par la jeune femme, Kentaro accompagna pourtant le mouvement, machinalement. Porter ses chemises ouvertes, ça avait carrément du bon, ça oui.

-Qu'est ce que tu en dis? L'odeur correspond, non?
-Ca me semble... oui, c'est la bonne. On peut y aller!

Les quatre ninjas se rassemblèrent dans le salon et vérifièrent une dernière fois qu'ils n'avaient rien raté d'important. Le gensouard en profita pour faire tourner ses méninges, pendant que Kentaro terminait sa rapide méditation.

-Qu'est ce que tu fais?
-J'emporte le flacon, expliqua Eiki. Si jamais notre labrador a besoin de réapprovisionner sa truffe.
-Tu sais ce qu'il dit, le labrador???
-Une boutade bon enfant, faut pas le prendre mal. Et les filles adorent les labradors... Sonaka, à l'aide?
-Tu te débrouilles, je n'ai pas signé pour ça
. Par contre, donne moi le flacon.

"Il ne sent pas très bon, donc si tu veux te le garder, c'est pas vraiment une bonne idée".
Eiki lui aurait sûrement servit quelque chose du genre si elle avait glissé le parfum dans petit son sac à dos. Mais il la vit prendre une nappe qui trainait sur une table, et arroser généreusement le tissu avec le parfum. Curieux, il l'interrogea.

-L'odeur d'un parfum change au fil du temps, vulgarisa la jeune femme. Les premières odeurs sont les plus volatiles et disparaissent en une demie-heure. Les plus tenaces tiennent environ une journée. C'est de la chimie avec une histoire de molécules, non?, demanda-t-elle aux médecins.

Elle tendit le tissu à Kentaro, bien décidée à ne pas se trimballer ce truc odorant. Kalem le lui piqua des mains, s'empara également du flacon dont il étudia la composition, et continua l'exposé.

-Si l'odeur est relativement la même, ça ne sera pas forcément le cas plus tard. L'odeur du chiffon évoluera au même rythme, et même s'il y a un écart, ils resteront assez proches pour que notre labrador puisse le pister.
-Tu sais ce qu'il dit, le labrador???
-La même chose que tout à l'heure, perroquet.
Vu la composition du produit, je dirais même que l'écart va se réduire, au point de devenir négligeable après une quarantaine de min...
-Bref, on peut y aller, on y va, coupa Eiki.




Des connaissances étendues.
Sonaka y repensa subitement. Une potion qui permettait de voir les connaissances des gens. Sur le coup, ça lui avait paru être n'importe quoi. Mais si c'était vrai... son amour-propre avait à y redire, dans toute cette affaire. Les deux mahousards étaient dans le lot, et pas elle? Ils n'avaient pourtant pas l'air bien vifs.

Après tout, rien ne permettait de supposer que Kentaro avait été membre d'une équipe de recherche du village. Et que Kalem disposait d'un véritable petit labo personnel dans sa cachette.

Tant pis. Si elle n'avait pas ces pseudos "connaissances étendues", c'était parce qu'elle avait bien mieux à faire que de passer son temps enfermée dans les livres. Elle connaissait des choses beaucoup plus utiles que ces mahousards, forcément. Et perdait son temps d'une manière bien plus productive, sans aucun doute.

Intelligence sociale.
Sa spécialité. Ou plutôt, sa future spécialité secrète, en tout cas. Et avec ça, elle était sûre qu'elle pourrait faire bien mieux que les deux autres. Connaissances étendues mon oeil, affirmerait-elle.




Mais pour en revenir à nos moutons... l'équipe venait de quitter l'appartement, utilisant la fenêtre comme tout bon ninja qui se respecte. C'était par là qu'était passé le vieillard qu'ils voulaient retrouver, après tout. Et le flair de Kentaro préférait qu'ils suivent ce chemin, de toute manière.

Pour progresser, il leur faudrait sauter de toit en toit. Un exploit que le goken d'Eiki et la musculature de Kentaro pouvaient aisément réaliser à tour de bras.

Un exploit que la fragile chikarate et le grincheux mahousard -mettons le plus petit des deux grincheux mahousards- n'envisageaient pas d'accomplir à eux seuls.

-Un peu d'aide s'il vous plait, les garçons?
-Kentaro, aide moi à traverser!
-Pourquoi moi?
-Question de confiance. Je sais que t'es forcément moins naze que l'autre, pardi!
-Ca me convient, expédia derechef Eiki, ignorant l'injure.

Ce dernier s'approcha rapidement de la jeune femme avant que Kentaro n'envisage de protester, non mécontent d'échapper au nain qu'il aurait volontiers poussé dans le vide. Elle lui prit spontanément la main pour qu'ils s'élancent ensemble au dessus du vide, et prit soin de s'appuyer sur lui à l'atterrissage pour garder l'équilibre, ponctuant l'épreuve. Ca, le gensouard le prit uniquement comme un agréable bonus propre au binôme.

Ils furent rapidement rejoints par les deux mahousards, à peine moins élégants dans leur traversée. Après avoir renoncé à balancer son compère d'un toit à l'autre, Kentaro cala le nabot sous son coude, et s'envola en prenant soin de ne pas secouer Kalem au delà de ce qu'il méritait. Ce dernier ne manqua pas de lui faire savoir à quel point il appréciait l'attention.

-Tah, des connaissances étendues, toi? Sûrement pas en délicatesse, blaireau!
-Si t'es pas content, tu traverses tout seul. Si t'en es pas capable...
-Moi au moins, je sais marcher aux murs!
-Je suis sûr que tu peux aussi apprendre à vol...

Le jeune Satokira le considéra d'un air mauvais, avant de rengainer ses menaces. Il renonça à le lancer dans le vide, et préféra lui tirer les vers du nez.

-D'où c'est que tu sais ça?
-Eeeeh, parce que j'ai des connaissances étendues, tiens!
-C'est pas une réponse...
-... et je ne grille pas mes indic's.

Kentaro réfléchit un moment. Kalem faisait partie du corps des médecins mahousards. Il en allait de même pour ses parents, qui devaient bien lâcher à l'occasion des anecdotes aux collègues de travail lorsqu'ils en faisaient de même. Kentaro lui-même fournissait de nombreux efforts dans la propagande de désinformation visant à étouffer la nouvelle de sa promotion, et aurait pu glisser l'argument à la portée du nabot.

Mais en fin de compte, peu importe. Il verrait bien en temps voulu.

-Baah, ne pas grimper au murs, c'est le cas de nombreux genin, non?
-Kentaro, tu passes devant, non?

Eiki venait de les interrompre. Pas vraiment brutalement, juste fermement, et sans la moindre agressivité bien sûr. Jusque-là, il était entré dans le jeu du duo mahousard, manière comme une autre d'instaurer une bonne mécanique dans l'équipe s'il apportait sa patte pour calmer le jeu. Maintenant qu'ils avaient une disparition sur le dos, la situation s'y prêtait de moins en moins à son sens.

Tout en progressant, il reconsidéra longuement cette affaire. Ils avaient une disparition... qui pouvait aussi bien être une fuite qu'un enlèvement. Le gensouard repensa à cette histoire de types aux connaissances étendues qui se cachaient, et une seule chose lui vint à l'esprit.


Tout ça n'avait aucun sens.

Ca devait être une vaste blague.


Vingt minutes de pérégrinations plus tard, il fut tiré de sa rêverie par une vision soudaine. Inquiet, il accéléra subitement pour rattraper l'autre duo, sans prêter attention à la protestation de la chikarate qui l'accompagnait.

-Stop. Kentaro, on arrête.
-Qu'est-ce qu'il y a?
-Sur cette fenêtre, là. Y'a un mec avec une arbalète. Vous savez ce qu'il fait là?

Kentaro le chercha un instant du regard, puis finit par le remarquer. Oui, effectivement. Et il n'avait pas la tête de quelqu'un qui chassait le pigeon.

-On n'a qu'à aller lui demander.
-C'est ça, bourrine encore et bourrine toujours, railla Kalem.
-Oh, j'ai pas encore dis qu'on allait faire ça, là!
-Je préfèrerais aussi qu'on évite... c'est peut être juste un mec d'un gang qui monte la garde? Ca ne nous concerne pas. Je préfèrerais qu'on le contourne.

Eiki regarda la chikarate, qui semblait d'accord avec sa proposition. Kalem l'était également, puisqu'après tout, c'était SA proposition à lui, même s'il ne l'avait pas formulée. Et c'était lui le chef de mission, d'abord. La narration pouvait arbitrairement le négliger au profit d'un bellâtre gensouard, mais il savait ce qu'il en était. Pour sa part, Kentaro n'y prêta pas vraiment attention, même s'il sentait qu'il y avait du louche là dessous.
Et comme toujours, il avait raison: quelques toits plus loin...

-Il y en a d'autres, indiqua Kalem.
-Il y en a même beaucoup, fit Eiki. Les triades organisent une petite sauterie?
-Ils se connaissent, non?

Tous avaient le même modèle d'arbalète, fait d'un bois blanc comme neige. Et tous surveillaient les rues, ce qui laissait aux ninjas une chance de progresser pourvu qu'ils prennent leurs précautions. Kentaro évalua leurs chances d'atteindre un balcon en particulier, et il les estima très accessibles. Aucun des gus n'était présent sur ce bâtiment, ni celui d'en face.

-En tout cas, ça ne nous regarde pas. La piste s'arrête ici.
-Ce balcon?
-Ce bâtiment, plutôt. Notre homme est passé par l'entrée, mais avec tous ces gus qui quadrillent la zone, je ne suis pas sûr que l'on veuille utiliser les rues.

L'édifice avait déjà un sacré vécu, vu son état délabré. Ses murs auraient découragé le meilleur des agents immobiliers des Trois Villages. Lorsqu'ils arrivèrent sur le balcon, l'équipe se retrouva face à une épaisse porte, verrouillée, qui témoignait elle aussi de la négligence des propriétaires. La serrure, au contraire, était de toute évidence on ne peut plus récente.
Les ninjas flairèrent du louche, ce qui ne les avançait pourtant pas dans leur histoire.

-Je vais ouvrir, annonça Kentaro en bandant ses bras.
-Attends, le retint Eiki en s'interposant devant la pauvre porte. Tu pourrais essayer de faire ça discrètement, cette fois?

A cette demande, le mahousard resta songeur. La discrétion, il n'y pensait pas souvent, quand il aplatissait un obstacle. Peut-être pouvait-il déraciner la porte sans trop de casse, oui. Ou s'attaquer aux gonds, qui faisaient office d'articulations: les adeptes du juken réfléchissaient sûrement ainsi. Tandis qu'il considérait la poignée d'un air curieux, Sonaka décida d'intervenir, sortant une épingle à cheveux d'une discrète trousse de maquillage.

-Allez, écarte-toi, grosse brute, plaisanta-t-elle avec bonhommie.
-J'allais y arriver, hein, protesta l'acuponcteur en obtempérant pourtant, incapable de le prendre mal.
-Au bout de combien de temps?
-Quelques minutes. J'étudiais le problème.
-Continue d'étudier, et dis moi si tu trouves avant que j'ai fini. Connaissances étendues, hein?
-Tout à fait, connaissances étendues!
-Ca manque de finesse, tout ça.


La genin s'accroupit devant la porte, et commença son oeuvre. La manipulation prenait du temps, et il lui fallut s'y reprendre d'innombrables fois. Au moins, elle avait l'avantage de ne pas briser son outil. Dans le temps, les épingles à cheveux étaient indestructibles, mais la camelote actuelle attristait le petit monde des cambrioleurs. Heureusement, il n'y avait pas besoin d'être une bête en chakra pour renforcer une épingle à cheveux: c'était d'ailleurs plutôt un exercice basique, pour ceux qui voulaient apprendre à faire de même avec de gros sabres.

Ou pour toute personne initiée aux bons vieux trucs de kunoichi.

-Voilà, c'est fait, sourit la jeune femme lorsque le déclic retentit.
-Quatre minutes. J'aurais fait plus vite, grommela Satokira.
-Sûrement. Mais pas aussi bien.
-On y va. Discrètement, et je passe devant, indiqua Eiki.

Kentaro observa un instant le gensouard, et éprouva de la satisfaction. Eiki commençait à se comporter en chef, à donner des ordres qui n'avaient pas lieu d'être. Bien sûr qu'ils allaient entrer discrètement: même son confrère de l'ordre médical avait comprit qu'il fallait la boucler. Pour autant, cela lui convenait parfaitement: en plus de Kalem, il avait maintenant une seconde personne lui permettant de ne pas revendiquer son grade.

Et puis, il préférait largement Eiki à Kalem en chef d'équipe. Aussi mauvais qu'il pourrait se révéler, il ne pourrait pas être aussi insupportable que le nabot.

Prenant la tête de la file, Eiki jeta un coup d'oeil dans l’entrebâillement. Face au gensouard se trouvait un vieux grenier, sombre et poussiéreux. Voyant qu'il n'y avait personne, probablement depuis des lustres d'ailleurs, il poussa lentement la porte.

Par précaution, il refusa de l'ouvrir entièrement, et se contenta de libérer juste assez d'espace pour qu'il puisse passer. Kalem et Sonaka n'auraient pas de mal à s’engouffrer à sa suite. Il s'attendit à une maladresse de Kentaro, un peu plus épais que lui, mais il n'en fut rien. Alors, il décida de poursuivre sa progression, en prenant soin de ne pas faire chanter le parquet.

La salle était large, et pratiquement vide. En son temps, elle devait avoir eu un certain standing, car le temps lui-même n'avait pas étouffé la noblesse de ses murs. Le grenier était majoritairement construit en bois d'une excellente fabrique, et les épaisses poutres qui soutenaient le plafond rappelaient irrésistiblement ce qu'on pouvait faire dans un manoir, voire un petit château.

Sur leur droite, une rambarde située à un mètre leur signala la présence d'un petit escalier descendant, le seul moyen de sortir de la salle. Le passage était bloqué par une épaisse trappe de bois, mais celle-ci n'était pas scellée, et n'importe qui pouvait la soulever.

Face à eux se trouvait une autre rambarde, qui donnait sur le vide. Le grenier faisait également office de mezzanine pour la pièce d'en dessous, visiblement. C'était d'ailleurs là l'unique source de lumière dont les genin disposaient, en plus de la porte qu'ils avaient crocheté.

Naturellement, ils se dirigèrent vers la lumière, curieux de savoir ce qu'il y avait en dessous.

Les ninjas se firent extrêmement silencieux, ne souhaitant pas révéler leur présence aux occupants de la bâtisse. Avant même d'avoir atteint le promontoire, ils entendirent déjà de la vie là dessous. Ainsi que le crépitement d'une cheminée bien alimentée.

Lorsqu'il arriva jusque là, Kalem ne put s'empêcher de grommeler face à l'injustice du monde. La rambarde était trop haute pour lui. Il ne pouvait rien voir. L'architecte était un incapable.

Il était hors de question pour lui de demander à l'un de ses coéquipiers de le porter. Encore moins après le trajet qu'il venait de se farcir: Kentaro était l'un des pires moyens de transport du Yuukan, point barre.

Il ne lui restait plus qu'à attendre... et à s'asseoir, tiens. Ce qu'il fit sans prêter attention à l'épaisse couche de poussière qui tapissait la salle.

Ses coéquipiers, au contraire, purent observer le petit monde qui s'affairait là dessous. Ils se trouvaient bien au dessus de cette pièce, à environ sept, huit mètres de hauteur. Personne n'allait les voir, ils en étaient assurés.

Le grenier surplombait une vaste salle, probablement rectangulaire selon les genin. De là où ils se situaient, ceux-ci n'en voyaient pas la totalité, mais une étude succincte de la disposition du mobilier leur indiqua qu'ils avaient là le gros de la pièce. Elle avait vieillit au même rythme que le grenier, mais avait reçu un vigoureux coup de chiffon au titre d'un réaménagement. Suffisamment pour que cinq hommes disposent chacun d'un siège et d'une table pour une partie de carte. Ils se situaient en face de l'énorme cheminée que les genin avaient entendu d'en haut, à six mètre de distance des flammes crépitantes.

Huit autres personnes étaient présentes dans la salle, éparpillés au gré du mobilier et de l'éclairage. En effet, les fenêtres étaient closes et barricadées, ce qui avait obligé les occupants à faire un usage généreux de bougies pour s'éclairer. Les genin en dénombrèrent au moins une trentaine.

Pourtant, de l'activité dans la pénombre leur indiqua que d'autres personnes se trouvaient là. Et des sons provenait d'en dehors de leur champ de vision.

Tout ce petit monde s'occupait comme il pouvait. Peut être attendaient-ils quelque chose, cela dit. L'atmosphère était tranquille, malgré la lourdeur de l'environnement.



Et puis, ils le virent.

Pendant une dizaine de secondes, chacun des genin se focalisa sur l'un des hommes en particulier.

Ses vêtements n'avaient rien de spécial, indiquant seulement qu'il devait appartenir à la classe pas encore trop défavorisée du village. Il était propre et confortablement habillé, sans plus.
Ses traits n'avaient rien pour attirer l'attention, eux non plus. Et pourtant, sa tête les intrigua. Les ninjas durent l'observer un moment pour comprendre ce qui clochait.
Ca concernait la partie droite de son visage.
La lumière des bougies semblait pétiller dessus... mais ça n'était qu'une impression.

Kentaro amplifia ses sens, les deux autres plissèrent les yeux, mais tous comprirent la même chose: son visage palpitait. Ses muscles étaient légèrement gonflés, et se soulevaient à un rythme lent et régulier, à la manière d'une respiration ou d'un battement de coeur. Le spectacle était assez dérangeant, et Ujiwaru préféra détourner son regard avant de trop bien le mémoriser. Ses cauchemars n'avaient certainement pas besoin de ça, décida-t-elle.

Ses acolytes n'y prêtèrent pas attention, et continuèrent à détailler le personnage en profondeur. Étrangement, seule cette partie de son visage, la droite, était animée de cette façon. L'autre était tout à fait normale.

Et à mieux y regarder, c'était probablement lié au fait que l'oeil droit de cet homme n'était pas blanc mais orange, à la manière du coeur des flammes. Sa pupille était bleue, d'un bleu qui se résumait en deux mots.

Combustion totale.

Cette image, ils y pensèrent en même temps. Elle leur vint spontanément, du fait de l'atmosphère de la salle, mais la comparaison avait le mérite d'être pertinente.
De là à ce que les deux genin pressentent un dojutsu lié d'une manière ou d'une autre à Katon, il n'y avait qu'un pas. Ce pas, ils le répétèrent chacun une dizaine de fois, juste pour bien marquer leur impression. Il y avait beaucoup trop de bougies dans cette salle pour pouvoir réfléchir correctement.

Les trois ninjas continuèrent d'observer la salle une bonne vingtaine de secondes, tentant de distinguer les personnes présentes dans la pénombre, et de deviner les dimensions de la salle.
Ils furent rapidement interrompus par l'ouverture grinçante d'une porte qu'ils n'avaient pas vue, et l'arrivée d'une femme qui débarqua d'un air victorieux. Probablement victime d'une mode étrange, elle portait la cravate avec une tunique décontractée, et ses bras dénudés étaient ornés de nombreuses babioles que la chikarate se serait bien offert.

A l'étage, elle leur fit l'effet d'un feu d'artifice, et son arrivée énergique les inquiéta sans raison d'être. Tous arrêtèrent de respirer pour l'occasion. Kalem, brûlant d'avoir enfin quelque chose à se mettre sous la dent, se dressa avidement sur la pointe des pieds, oreilles tendues en réponse à cette activité. Qui qu'elle soit, elle faisait une annonce, et ils voulaient l'entendre.

-... joli paquet qu'on vient de prendre.
-Des ennuis?
-Mais non, voyons. Dîtes simplement à Monjae... enfin... dîtes au " Doc-Tox' " qu'il va l'avoir, sa putain d'augmentation.
-Ca veut dire que les pièges ont...
-Héhéééé, devine?
-Ecoute, arrête avec ton suspense à la con, et aboule l'affaire si tu veux pas que je me décide à te scalper la gueule.
-Regardez plutôt.

A sa suite, deux individus au style intimidant et distingué passèrent par la porte. Ils tiraient -ou plutôt, traînaient- derrière eux une troisième personne, qui portait à peu près la tenue des TP commandos de l'académie gensouarde, se dit Eiki.

C'était une femme blonde, pas bien grande, qui était prostrée aux pieds des deux hommes. Elle tremblait et frissonnait malgré le feu de cheminée à trois mètres d'elle, qui réchauffait vigoureusement la salle jusqu'au grenier. Son dos se relevait et s'abaissait furieusement en quête d'air, témoin d'une respiration haletante. Et sa peau semblait rayonner sous la lumière des nombreuses flammes de la salle, qu'elle réfléchissait abondamment. Avec sa vision amplifiée, Satokira put constater les flots de sueur que ses coéquipiers devinaient. La prisonnière transpirait à profusion. Tout indiquait la maladie... ou, avec ce qu'ils avaient entendu, l'empoisonnement.

En dépit de sa faiblesse, la femme tenta de se relever. Mettons qu'elle parvint au moins à tourner la tête, permettant aux observateurs camouflés de l'entrevoir brièvement.

Et là, les genin auraient pu être déçus.

Ce visage, ils ne pouvaient pas le voir. La femme était masquée.



D'un autre coté...



Elle portait un masque d'Anbu. Ca n'était peut être pas une vaste blague, finalement.
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Sonaka
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