Narasu

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Re: Narasu

Message par Kentaro le 30/12/2011, 13:48

C’est un plan de merde !

Cette pensée fit sourire le chunin. Kalem aurait bien pu lui rebalancer la remarque dans les dents, tant il était vrai que le plan d’action élaboré sur son idée était des plus bancale. Eiki, épaulé par Sonaka, était parvenu à faire quelque chose de potable de ce qu’il avait en tête, mais il demeurait de nombreuses lacunes et de non moins nombreux aléas à la clef. Mais le chunin avait pressé tout le monde, de sorte qu’aucun n’avait vraiment eut le temps de s’attarder sur ces aspects foireux. Kentaro avait toute confiance en la capacité d’adaptation de ses camarades aux inévitables impondérables qui allait se présenter : Eiki était quelqu’un de raisonnable qui ne prendrait pas de risques inutiles, Sonaka savait visiblement garder la tête froide et s’en servir, quant à Kalem… Kalem était un fouteur de merde qui pourrissait la vie des gens : quoiqu’il arrive, il survivrait certainement à quoi qui puisse se passer.

Bref, normalement, tout irait pour le mieux. Ce qui valait mieux si le chunin voulait respecter son Serment. Sans compter qu’en tant que gradé, la survie du groupe faisait partie de ses prérogatives même si les autres l’ignoraient. C’était son job de s’assurer que tout le monde s’en sorte vivant.
Kentaro soupira. Depuis quand était-ce devenu si compliqué de tout simplement se foutre sur la gueule avec les gens ?

A l’affût en haut du balcon-grenier, Eiki, Sonaka et Kentaro observait l’évolution de la scène en-dessous d’eux. Le type à l’œil embrasé se tenant toujours adossé à un mur, bras croisés, son attention fixé sur l’ANBU. Celle-ci avait été attachée à un grand fauteuil à l’aide de lanières de cuirs, et un vieillard se tenait près d’elle. Ce dernier avait déroulé une grande sacoche de cuir sur le guéridon près de lui, dans laquelle on pouvait apercevoir divers instruments de tortures, ainsi que quantité de seringues et de fioles. Pas besoin d’être particulièrement futé pour comprendre que monsieur était un spécialiste de la torture.
Tu m’étonnes qu’il était temps d’agir ! Qu’est-ce qu’il attendait, le Kalem ?

La fille qui avait amené la prisonnière n’était plus en vue nulle part. Soit elle se trouvait dans la partie non-visible de la pièce, soit elle l’avait carrément quitté. Comme l’avait fait remarquer Sonaka lors de leur petit conseil de guerre sur le balcon, ç’aurait été une bonne idée de laisser un guetteur pour observer ce qui se passait pendant leur petit conciliabule.
Bah, on peut pas penser à tout, non plus.
Le détail continuait tout de même à turlupiner Kentaro. Elle se démarquait suffisamment du lot à ses yeux pour qu’elle soit un cran au-dessus que la plupart de ses collègues. Pas assez pour éveiller sa soif de combat, contrairement à l’autre pyromane, donc elle ne faisait pas un adversaire valable, en ce qui le concernait. Mais pour les autres ? Pis s’il devait s’occuper à la fois du pyromane et de la donzelle, ça risquait de devenir très vite coton…

Et restait la douzaine de gardes plus ou moins visibles, sans compter ceux hors de vue, probablement tous avec l’arbalète de série.
Ouais, une véritable balade de santé. Si les autres avaient pu y réfléchir sérieusement, Kentaro doutait franchement qu’ils l’auraient suivit sur ce coup. Quant à lui… Il n’avait pas le choix, son Serment lui interdisait de laisser quelqu’un se faire torturer sous ses yeux sans rien faire. Et il avait cruellement envie de se mesurer au pyromane.

Bon, il attendait quoi, Kalem ? C’était pour aujourd’hui ou pour demain ? L’autre malade à la sacoche commençait déjà à trier ses instruments, tout en murmurant des trucs à l’adresse de sa prisonnière. Si ça continuait, il allait falloir improviser brutalement, se prit à songer Kentaro.

Soudainement, une brusque agitation se fit jour en contrebas, accompagné d’un vif remue-ménage. Il se passait quelque chose à la porte principale, qui alarmait au plus haut point les personnes présentes dans la pièce. Quelqu’un aboya quelques ordres bref, on entendit un bruit de cavalcade alors que des renforts étaient dépêchés et… comme prévue, plusieurs gardes en vue dans la salle quittèrent leur position pour aller aux nouvelles.

Diversion réussie. Le babouin de Kalem avait bien fait son job.

D’un geste, Kentaro abandonna ses sandales et grimpa sur la balustrade, tandis qu’Eiki et Sonaka se relevait, prêt à frapper. Dans le plus grand silence, Kentaro sauta et se laissa tomber sur la grande table en contrebas, la pulvérisant sous le choc, et fracassant deux civils au passage. Dans le même temps, Eiki avait lancé une première volée de kunaïs dans le sol, le long de la balustrade, chacun portant l’un des talismans de Sonaka. Celle-ci s’empressa de les activer, allumant un mince rideau de flammes qui commença bien vite à prendre de l’ampleur.

Sans attendre la réaction des types, Kentaro fonça derechef sur l’homme enflammé, pour ne pas lui laisser le temps de préparer un mauvais coup de derrière les fagots, tandis qu’Eiki expédiait une seconde volée de kunaïs derrière le mur de feu naissant. Les gardes dégainèrent et déployèrent leurs arbalètes, et les collègues du mauvais côté des flammes accoururent pour les passer avant qu’elles ne deviennent infranchissables. C’est alors que Sonaka activa les sceaux de la seconde volée de shurikens, et plusieurs sphères aussi noires que la nuit s’élevèrent à mi-hauteur, surprenant les renforts qui hésitèrent à s’en approcher. L’un d’eux tira un carreau, qui se fit avaler par un globe d’ébène mais n’en ressortit pas, provoquant le trouble parmi les archers et laissant le temps aux sceaux de feu de faire leur office et de séparer la salle en deux.

Il n’y avait donc plus que l’homme au regard embrasé, le tortionnaire ainsi que sept gardes pour protéger l’ANBU. Manœuvre de division réussi.
Ne restait plus qu’à espérer pouvoir libérer l’ANBU dans les deux minutes imparties par les Fuinjutsus antibalistiques de Sonaka.

Le renégat s’avança et passa la main sur deux bougies près de lui, formant successivement deux globes de flammes qui se mirent à tournoyer paresseusement auprès de lui. Dans le même temps, il fixa l’une des bougies près de laquelle passa Kentaro et cilla. La flamme de la bougie vacilla puis s’éteignit, laissant la place à une vaste langue de feu qui manqua de peu le chunin.
Les bougies n’étaient pas seulement là pour l’ambiance, donc. Monsieur avait trouvé un moyen d’y stocker des jutsus.
Ç’allait être génial, décida le chunin.

Au même moment, deux arbalétriers qui tentaient de mettre en joue l’insaisissable médecin eurent la mauvaise surprise de recevoir chacun un kunaï dans le bras droit. Si l’un d’entre eux ne souffrit que d’une légère égratignure, l’autre perdit l’usage de son bras et donc de son arme. Quelques cris plus tard et l’un des archers repérait Eiki et signalait sa présence à l’étage. Quatre arbalètes firent feu derechef, déchirant la balustrade, mais sans causer grand mal aux deux genins cachés derrière. Sonaka se releva vivement et lança une volée de shuriken un peu au hasard, mais qui eût l’effet escompté : les tireurs se mirent momentanément à couvert, permettant à Eiki de rejoindre le plancher des vaches et de se rapprocher de ses cibles.

Pendant ce temps, Kalem, toujours sur le balcon, venait de terminer de compter 200 et réinvoqua derechef son fidèle singe. Cassos avait été envoyé en diversion à la porte principale, mais seulement pour un raid éclair : mettre un peu le boxon, faire du bruit, attirer les gardes et basta ! Il avait reçu l’ordre de se désinvoquer sitôt son forfait accompli, d’une part pour le sauver via une retraite éclair, et d’autre part, parce qu’on avait encore besoin de lui. En effet, une fois la poussière soufflée, Kalem confia un pli au babouin, avec l’ordre de le mener au QG de Mahou. Seule l’invocation pouvait s’en occuper, car Eiki et Kentaro étaient bien trop occupés, et ni Kalem ni Sonaka ne se sentaient d’aller faire les marioles à grande vitesse sur les toits pour porter le message. En outre, ils avaient chacun un rôle à jouer dans la stratégie mise au point.
Aussi donc, le primate déguerpit-il donc aussi vite qu’il le pouvait.

Tout en pestant contre l’énergumène qui avait pensé à cette connerie de double invocation, ben tiens, fastoche, on voit bien que c’est pas son chakra qu’est utilisé, parfaitement, non mais dis donc, Kalem rejoignit rapidement Sonaka, abritée derrière la balustrade, et jeta un œil au travers de l’un des orifices forés par la salve de carreaux.
En contrebas, la lutte faisait rage. L’homme aux bougies, visiblement peu à l’aise au corps à corps, faisait tout son possible pour empêcher Kentaro de l’approcher, le repoussant à grands coups de soupirs enflammés, de boule de feu, de colonnes embrasés et autres explosions. Si le chunin se montrait trop rapide et réactif pour s’en prendre plein la gueule, il n’avait toujours pas réussi à s’approcher à distance de baffe du pyromane. Le point positif restait qu’il occupait bien trop le pyromane pour qu’il puisse prendre la petite seconde nécessaire pour griller Eiki.
Car ce dernier n’était pas en reste : il avait déjà réussi à mettre hors combat deux types de plus, portant le reste des archers à quatre. Malheureusement, il lui restait les plus aguerris, qui n’entendaient pas le laisser continuer aussi facilement.

Et dans tout ça, restait le vieillard expert en tortures et poisons, qui s’abritaient tant bien que mal derrière le siège de l’ANBU. Kalem grogna en reconnaissant le type qu’il avait accosté dans la rue. Comme l’avait si justement souligné Sonaka, sa potion ne lui disait pas en quoi les types avaient de vastes connaissances.
Jugeant suffisante la confusion qui régnait plus bas, Kalem, avec l’aide de Sonaka, grimpa donc sur la balustrade, près du mur, avant de se laisser choir en bas. Après un atterrissage brutal, douloureux, mais relativement discret aux milieux des hurlements, des cris et des ombres dansant au gré des jutsus de feu, le nabot avança accroupi, rasant les murs et se faisant tout petit – si cela était possible.
Sonaka fit signe à Eiki, et ce dernier prit position à l’opposé du chemin de Kalem, afin de détourner au maximum l’attention des gardes.

Lentement mais sûrement, le nabot parvint donc jusqu’à l’angle de la salle. Dégainant sa sarbacane, il arma une fléchette tranquillisante et disposa sans autre forme de procès du sale vieux qui l’avait entraîné dans cette abracadabrantesque histoire. Une fois fait, il s’approcha furtivement de l’ANBU et l’occulta d’un rapide coup d’œil. Il ignorait quels poisons avait bien utilisé le type, ainsi que les antidotes nécessaires, mais ce n’était pas grave : un poison se contente de perturber les mécanismes physiologiques de l’organisme, en inhibant ou amplifiant des réactions. Un poison aux effets antagonistes permettrait donc d’en annuler momentanément les effets. On s’occuperait de neutraliser les différentes substances en temps voulu, au calme et avec du temps devant soi.
Bien entendu, le hic était le facteur d’élimination desdits poisons : si l’un cessait de faire effet avant l’autre, retour à la case départ… Mais bon, remettre temporairement l’ANBU sur pied, même si elle ne serait que l’ombre d’elle-même par rapport à la normale, c’était déjà très pratique dans la situation actuelle.

A première vue, on distinguait pêle-mêle une transpiration bien trop abondante pour être normale, une difficulté à s’oxygéner et un pouls trop rapide. Système nerveux sympathique en roue libre, diagnostiqua Kalem, un petit cocktail pour le réguler s’imposait. En outre, une camisole chimique était plus qu’envisageable, ainsi qu’un truc à douleur pour lui saper la volonté. Donc un coup de fouet psychique et un anti-douleur s’invitait en prime. Ainsi qu’une injection d’adrénaline pour lui redonner du tonus pour les minutes qui suivraient. Un tel mélange n’était pas des plus recommandés, sans compter tout ce qu’elle avait déjà bien pu prendre avant mais bon… Elle serait avec deux médecins, pas de quoi s’inquiéter, non ?
T’te façon, si elle faisait une crise cardiaque, Kalem était bien décidé à rappeler que c’était l’idée de Kentaro, tout ça.

Le nabot ouvrit donc sa trousse de secours et celle de Kentaro, puis commença à farfouiller dedans pour dégotter les produits adaptés. Il dénicha aussi les scalpels de Kentaro et les utilisa pour taillader les liens de l’ANBU. Durant toute la procédure, son attention fut constamment détournée par le masque de castor de la donzelle : il mourrait d’envie de l’enlever pour connaître l’identité de sa patiente.

Pendant ce temps, le combat dans la salle continuait à faire rage. Kentaro commençait sérieusement à s’énerver : rien ne l’insupportait plus que les types qui ne se laissaient pas approcher. Et comment qu’il allait leur mettre son poing dans la gueule, dans ces conditions !? En plus, l’autre tordu pouvait attaquer tout azimut avec son système de bougies, et ses jutsus n’étaient pas dotés de flammes en solde. Le médecin avait manqué plus d’une fois de se faire roussir, et il ne comptait plus les explosions qui avaient faillit l’engloutir. Dans le genre style tape-à-l’œil, son adversaire se posait là.
Ouais, indubitablement, ce type était balèze. Mais rirait bien qui rirait le dernier : Kentaro avait bien l’intention de lui refaire le portrait une fois qu’il lui aurait mis le grappin dessus. Et avant que le pyromane n’ait plus de chakra. Ç’allait saigner !
Le chunin accéléra derechef, sentant confusément qu’il était en train d’oublier un truc vachement important, là…

Tout en brisant le bras de son adversaire, Eiki aperçut les gestes frénétiques de Sonaka, toujours juché en surplomb de la salle. Quelque chose n’allait pas. Il jeta un rapide coup d’œil… et s’aperçut avec horreur que Kentaro avait complètement oublié le plan. Au lieu de forcer le regard du traître à conserver l’ANBU dans un angle mort, le chunin venait de feinter et attaquer son adversaire par ledit angle mort. Offrant une vue magistrale sur le nabot en train d’enfoncer une seringue dans la cuisse de l’ANBU.
Ni une, ni deux, le genin passa à l’action : du bout du pied, il s’envoya l’arme de son précédent adversaire dans les mains, visa et fit feu sur le traître, espérant grappiller le peu de temps qu’il fallait pour libérer l’ANBU.

Le carreau fila en direction du renégat, mais ce dernier dévia le projectile sans problème, l’envoyant droit sur Kentaro qui eût juste le temps de bondir précipitamment en arrière pour éviter de se faire embrocher. Cette aide inespérée offrit toute la latitude nécessaire au pyromane, qui fixa une bougie non loin.
Son œil embrasé cilla, la flamme de la bougie vacilla et il y eut un éclair accompagné d’une explosion, dans un concert de hurlement.

Puis un cri.

« C’est bon, les gars ! Elle est sur pied, on se tire ! »

Kalem aida l’ANBU complètement désorienté à se relever. Il n’avait pas tout suivit, mais la dernière explosion avait été bien trop proche à son goût, alors il n’était pas question de s’attarder, selon lui. Et puis, le temps était compté : il ne devait rester guère plus d’une vingtaine de secondes pour que les sceaux de Sonaka ne fassent plus effet, et là, ça sentirait clairement le sapin.

Le renégat, par contre, avait tout à fait suivit et ne comprenait pas pourquoi son jutsu n’avait pas englouti dans les flammes le nabot et la prisonnière. Un simple coup d’œil lui fournit la réponse : Kentaro se tenait recroquevillé près de la bougie qu’avait utilisée le pyromane, se fichant des aiguilles sur son bras droit, complètement brulé à vif, pour endiguer la douleur. Il avait visiblement contenu l’explosion, refermant sa main sur la boule de feu naissante pour bloquer le jutsu.

La bonne nouvelle, c’était que le chunin était moins dangereux pour le coup, jugea le pyromane.
La mauvaise, c’était l’ANBU. S’ils l’avaient guéri, il ne ferait pas de vieux os.

C’est alors qu’à l’étage au-dessus, Sonaka s’aperçut avec horreur que le loquet de la trappe cliquetait, et que celle-ci n’allait pas tarder à s’ouvrir, probablement pour laisser passer des hordes d’hommes de mains à l’arbalète. Ce cas de figure n’avait pas du tout été abordé, dans le plan. Il lui fallait réfléchir, et vite : le grenier était l’unique voie de sortie envisagée…

Dans le même temps, un grand fracas se fit plus bas, tandis qu’une armoire métallique était passée en travers du mur de feu de Sonaka, étouffant le foyer. Suivit de plusieurs gardes, s’engouffrant dans cette brèche au sein du mur de flamme qui se développait de façon anarchique, la disciple du traître, la fille qui avait amené l’ANBU, se présenta. Cravate desserrée, en train d’enfiler ses gants de cuirs cloutés, la demoiselle était bien décidée à appliquer les directives de l’éminence grise du groupe : remettre la main sur l’ANBU ou l’abattre…
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 7/1/2012, 00:27

Akio était profondément concentré sur l’analyse de ses derniers résultats expérimentaux lorsqu’on toqua discrètement à la porte. Le jeune homme retint un soupir irrité et signala à l’opportun qu’il pouvait entrer. La porte s’entrouvrit et Tanosuke, son expert en fuinjutsu, passa la tête par l’entrebâillement.

« Désolé de te déranger, Akio, mais ils viennent d’arriver. »

Le jeune chercheur haussa un sourcil d’étonnement. Il ne s’était pas attendu à ce que ses invités puissent arriver aussi vite en ville. Il reposa rapidement ses notes et posa son crayon, tout en faisant signe à son subordonné.

« J’arrive tout de suite. »

Akio se débarrassa promptement de sa blouse et s’engouffra dans le couloir, à la suite de son homme de main. Cette arrivée impromptue le mettait mal à l’aise, car elle soulevait des questions inattendues : cela n’avait été possible que s’ils étaient déjà dans la région ou, pire, en ville. D’une façon ou d’une autre, qu’ils aient leur propres intérêts aussi près était troublant.
Peut-être même qu’ils le surveillaient ?

Agité par ses nombreuses réflexions, le jeune homme dévala rapidement les escaliers, puis pénétra dans le salon. L’y attendait trois hommes. A en juger par leur accoutrement, ils avaient tout l’air de ses ménestrels errants qui se rendaient de grandes villes en grandes villes, sans buts apparents. Tous les trois portaient de grands kimonos poussiéreux de voyages, et des chapeaux de pailles tressés. De longues écharpes protégeaient leurs visages de la poussière, et ils portaient tous un important barda dans leur sac de voyage sur le dos.
L’un d’eux portait une lyre, le second avait une guitare accroché dans le dos et le troisième portait un jeu de flûtes à sa ceinture.

C’est ce dernier qui se détacha du groupe. Il glissa son écharpe de devant son visage, avant de retirer son chapeau, libérant une cascade de longs cheveux d’ébènes, retenue par un bandeau d’argent. Yoshimitsu, le traître de Mahou.

« Aaaah, Akio ! S’exclama le traître. Ça me fait plaisir de te revoir. Tu as l’air de bien te porter. Mmmh, tu n’aurais pas pris quelques centimètres de plus ?
_ Yoshimitsu ! Je suis honoré de…
_ Laissons tomber les politesses, si tu veux bien. Je me doute que tu es surpris de me voir arrivé si tôt, mais j’étais déjà en route pour venir inspecter un peu ta structure. Ton message tombait à pic : il va me permettre de faire d’une pierre deux coups.
_ Tu as pourtant tes propres sources, remarqua Akio.
_ Oh, Manobu me rapporte certes tout un tas de choses…
_ Pourquoi ça ne m’étonne pas du tout…
_ Mais tu le connais, il est trop gentils pour tout me dire, plaisanta Yoshimitsu. Il m’a détaillé ton système de sécurité, ton périmètre de surveillance, le soin avec lequel tu cloisonnes toute activité pour empêcher tes ‘partenaires’ de Narasu de deviner tes agissements, le superbe laboratoire que tu fabriqué, l’acharnement avec lequel tu poursuis tes recherches, les précautions que tu as pris avant de recruter tes gens… Non, non, il n’y a rien à dire sur ce sujet, tu as monté un avant-poste exemplaire, qui me sera fort utile à l’avenir.
_ Et le ‘mais’ ? Voulut savoir Akio.
_ Mais… Je ne peux me permettre de laisser une telle responsabilité à un simple genin, susceptible de se faire éliminer dans la première rixe venue, révéla Yoshimitsu. Ce serait très dommageable pour nous tous…
_ Il n’y a aucun problème de ce côté, commença Akio. Je…
_ C’est bien ce que j’entends vérifier. Sadatake ! Intima Yoshimitsu au garde du corps à la guitare. Elimine-le.

Alors que l’esprit d’Akio tentait encore d’avaler les dernières paroles de son mentor, Sadatake se jeta sur lui, brandissant son instrument tel une hache.
L’attaque prit complètement au dépourvu le jeune chercheur, qui eût juste le temps de bondir en arrière pour esquiver le coup. Les questions se bousculaient dans son esprit mais il les repoussa sur-le-champ. L’heure n’était pas aux pensés parasites et il commença à réfléchir à la façon de battre son adversaire. De toute façon, l’esprit tortueux de Yoshimitsu était tout simplement insaisissable.

D’un mouvement du poignet, Sadatake rattrapa sa guitare et en ôta une sorte de capuchon, sur le côté, révélant une lame. Cela expliquait pourquoi la caisse de résonnance était si plate, songea Akio.

Le ‘guitariste’ attaqua de nouveau, un coup ample et très facile à anticiper pour l’esprit vif et analytique d’Akio. Pourtant, il était récalcitrant à contrer et contre-attaquer. On ne se trimballait pas une guitarhache sans raison quand on voulait se promenait discrètement sur les routes. L’outil particulier imposait une utilisation particulière et vraisemblablement bien rôdée pour le combattant. Le jeune homme n’avait pas l’intention de se jeter dans la gueule du loup au dépourvu.

Akio se décala une première fois pour éviter l’attaque. Le spadassin moulina encore une fois, puis une autre. A chaque coup, Akio esquivait de plus en plus justement, cherchant la distance d’action de son adversaire.
Au quatrième coup, ce fut bon : alors que son arme loupait d’un cheveu son adversaire, le garde du corps lâcha d’une main la hampe de son arme pour la glisser sur les cordes. Le mouvement libéra une puissante onde sonore qui vint frapper Akio de plein fouet.

Le jeune chercheur s’était attendu à un coup fourré et réagit instantanément, bondissant brusquement en arrière. Ce ne fut pourtant pas suffisant : son adversaire était rusé et avait attendu qu’il soit bien plus près que nécessaire avant d’attaquer afin d’être certain qu’il ne puisse l’éviter.

Akio jura entre ses dents et passa à l’offensive. Il n’avait plus le temps d’analyser. Son oreille interne avait été touché : encore un coup ou deux et il perdrait tout sens de l’équilibre, ce qui n’était jamais de bon augure quand on se battait principalement au corps à corps. Le jeune homme chargea et feinta, puis profita de la réaction de son adversaire pour effectuer un brusque mouvement circulaire pour se positionner dans son angle mort. Ce dernier ne chercha pas à réagir et termina son mouvement, planta sa hache dans le sol avant de plaquer un nouvel accord tonitruant.
Akio eut juste le temps de bondir en arrière, et sentit une nouvelle fois l’onde sonore le traverser de part en part, à peine atténué malgré la distance.

Le jeune homme se renfrogna. Cette connerie d’attaque sonore frappait sans distinction autour d’elle, créant une bulle de non-droit autour de ce Sadatake. Impossible de l’approcher, donc impossible pour lui d’attaquer. Ce qui n’était pas le cas de son adversaire qui pouvait frapper à distance.

Sadatake revint à la charge avec son étrange arme, moulinant inlassablement, tandis qu’Akio manœuvrait du mieux qu’il le pouvait pour l’éviter. Soudainement, le jeune homme tendit la main sur le côté et attrapa le col de Yoshimitsu, avant de le ramener devant lui pour s’en servir comme bouclier. Le garde du corps dévia son coup en catastrophe pour éviter de trancher le cou à son patron, et perdit l’équilibre une fraction de seconde.

Ce fut suffisant pour Akio, qui balança Yoshimitsu puis s’aplatit au ras du sol. Le jeune homme arma et lança sa technique favorite, Jûichi Sora no Shôgaizai ("Les 11 coups célestes"). Dans une succession hallucinante de coups de pieds décochés à grande vitesse, Akio souleva son adversaire du sol sur plusieurs mètres, avant de tournoyer sur lui-même et lui lancer le 11ème coup de pied final dans la tempe, l’envoyant se fracasser au sol.

« Attention ! »

Dès qu’il perçut la violence de la technique et son épilogue musclé, le second garde du corps réagit en un éclair, ses doigts courants à toutes vitesses sur sa lyre. Ses notes-mudras créèrent un coussin d’air qui amortit suffisamment la chute de son équipier pour lui éviter de finir avec le crâne fracassé.

Akio se réceptionna non loin, intégrant l’arrivé de ce nouvel intervenant dans le combat, et se remit en garde. Le joueur de lyre se positionna auprès de son équipier, qui se releva tant bien que mal en fulminant, le visage déformé par la douleur.

La tension monta et… Yoshimitsu frappa deux fois des mains, attirant l’attention des différents protagonistes.

« Ce sera tout, messieurs ! »

Akio lâcha un soupir de soulagement, tandis que la tension du combat se relâchait dans son corps. Il s’aperçut alors qu’il était hors d’haleine et que ses membres tremblaient. L’assaut avait été rude et particulièrement violent. Trop peut-être, pour lui. Akio s’appuya contre un mur pour souffler et récupérer.

La porte du couloir s’ouvrit à la volée et Tanosuke et Manobu entrèrent en trombe, alarmés par les bruits de combats qu’ils avaient perçus. Akio fronça les sourcils, se demandant pourquoi ils avaient attendu si longtemps avant de venir… puis réalisa brusquement que l’assaut n’avait duré guère plus de quelques secondes !
Pas étonnant qu’il se sente vidé après un combat aussi violent et intense.
Les gardes du corps de Yoshimitsu n’étaient visiblement pas de petits joueurs, eux non plus.

Akio fit signe à ses deux acolytes que tout allait bien et qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter et qu’ils pouvaient vaquer. Cela n’empêcha pas Tanosuke de rester sur place et de prendre position dans un coin, suspicieux.

De son côté, Sadatake fulminait, lançant des regards assassins à son adversaire. Il n’avait visiblement pas du tout apprécié la dernière passe d’arme.

« Bien, bien, bien, félicita Yoshimitsu. Je craignais que toutes occupations aient pu t’éloigner des terrains d’entraînements, mais je vois qu’il n’en est rien. Tu as vaincu Sadatake avec une facilité déconcertante.
_ Hé ! S’exclama l’intéressé. Il ne m’a pas vaincu, on a pas terminé le combat, c’est une égalité ! Et si on avait continué, encore une attaque sonore et il perdait son sens de l’équilibre, j’aurai gagné ! »

Yoshimitsu esquissa un mince sourire amusé.

« C’est ce que tu crois vraiment, Sadatake ? Akio a pris de plein fouet ta technique par deux fois. Soit celle-ci s’est drastiquement affaiblie, soit tu as déjà atteint ton but.
_ Mais…
_ Oui, sans le sens de l’équilibre, impossible pour un Taïjutsuka de se battre, c’est vrai. À moins, bien entendu, que ce dernier soit capable de s’entourer d’un En de très faible amplitude, qui lui permette à tout le moins de localiser précisément le sol, d’extrapoler son équilibre à partir de sa posture et d’agir en conséquence. En somme, de faire le travail de son oreille interne défaillante. Bien entendu, cela demande une capacité de concentration, d’analyse et de traitements de données monstrueuses, surtout en situation de combat… Mais après tout, je n’ai pas jeté mon dévolu sur Akio par hasard.
_ D’accord, acquiesça Sadatake. Ma technique phare est inefficace… Mais il en va de même pour la sienne !
_ Ah, là, je te trouve profondément injuste, estima Yoshimitsu. Sans l’intervention de Jiban, tu ne t’en serais pas aussi bien tiré.
_ Et s’il ne vous avait pas pris comme bouclier, il n’aurait jamais pu…
_ Il a parfaitement analysé la situation et agit conséquence. Il était évident qu’en tant que garde du corps, tu ne prendrais pas le moindre risque à mon endroit. Déterminer et exploiter les failles de son adversaire est la base d’un combat, dois-je te le rappeler ?
_ Mais c’est limite de la trahison !
_ Pas plus que quand je t’ai ordonné de le tuer. Et ne t’excite pas comme ça si tu ne veux pas mourir. »

Sadatake se figea et cligna bêtement des yeux, abasourdi. Yoshimitsu ne menaçait jamais ses gens, et encore moins pour des broutilles. Qu’est-ce qui lui prenait ? Il était furieux ?
Le traître lui adressa un sourire apaisant.

« Rassure-toi, je n’ai pas l’intention de te faire quoi que ce soit, Sadatake. Seulement, tu es mortellement blessé, alors il n’est pas bon que tu t’agites.
_ Mort… Quoi !?
_ Ta défense était très solide face à Akio. Mais le Jûichi Sora no Shôgaizai n’est pas sa technique fétiche pour rien. Il a bien vu que ta défense lui poserait problème et a donc viser les dommages internes plutôt qu’externe.
_ Comment ça ?
_ Il est normal que le signal soit dilué parmi toutes les douleurs que tu ressens mais… Tu as une côte brisée qui te perfore le cœur. Pour l’instant, l’os bloque lui-même l’hémorragie. Mais un mouvement trop brusque, un coup violent au même endroit et il déchirera l’enveloppe cardiaque… Tu comprends bien que le combat était fini en ce qui te concerne : en fait, sans l’intervention de Jiban, je ne suis pas certain que tu aurais survécu à la chute. »

Cette explication cloua le bec de Sadatake, qui pâlit d’un seul coup et n’osa même plus bouger, de peur que cela ait des conséquences fâcheuses. Yoshimitsu en profita pour se tourner vers Akio.

« Néanmoins, tu devrais faire attention, Akio. Jûichi Sora no Shôgaizai a beau être impressionnante, sa puissance commence à échapper à ton physique. Si tu continues à la développer ainsi, tu acquerras certes une technique surpuissante, mais l’utiliser endommageras trop ton corps pour que cela en vaille le coup.
_ Je ferai attention, promit le jeune homme. Mais c’est une contrepartie acceptable pour une technique ultime.
_ Ah, ne fais pas l’erreur de verser dans la solution de facilité, le mis en garde le traître. Se concentrer sur une unique technique pour en faire sa spéciale est bien joli, mais le jour où celle-ci s’avérera inopérante contre un adversaire… Crois-moi, il vaut toujours mieux plusieurs cordes à son arc. Mais me voilà rassurer, tu ne perdras pas, même contre le premier chunin venu.
« Bien, ceci dit, si tu possèdes un bon médecin capable de s’occuper de ce pauvre Sadatake, nous pourrions nous mettre tout de suite en route ? J’avoue être impatient de voir de mes propres yeux ta trouvaille. »

*
* *

Quelques heures plus tard, Yoshimitsu et Akio progressaient dans l’un des larges conduits boueux et nauséabond des égouts d’Arasu, l’apprenti guidant son mentor à travers le dédale complexe du souterrain.

« Il va te falloir faire attention, à l’avenir, expliquait Yoshimitsu. Le Goishi est en mouvement, Nobunaga bouge ses pions.
_ Ce qui explique ce brusque besoin de tester mon niveau… Quels sont les possibilités que cela nous concerne ? Nagotory traite de nombreuses affaires.
_ Eisen et Hitomi ont abandonné les patrouilles frontalières de Nagame et leur trace s’est perdu, énuméra Yoshimitsu. ‘Trancheur’ a récemment cessé ses activités dans l’ancien royaume de Kuma. Et je sais que Nobunaga a transmis un message de rassemblement à au moins deux autres de ses agents. Et tout ce beau monde fait partie de la force-vive du Goishi, et non de ses traqueurs ou espions. Pour rassembler une telle part de sa force, je crains qu’il n’ait une sacrée dent contre sa cible… cela ne laisse plus guère de choix. »
_ On se demande ce qui l’a mis dans cet état… »

Akio bifurqua à un embranchement et poursuivit son chemin sans hésitation. Il n’y avait pas le moindre signe indicateur pour le guider mais cela ne dérangeait pas le jeune homme : il avait la carte complète du chemin et de ses environs gravée dans sa tête.

« Mais comment ont-ils su ? Demanda Akio. J’étais certain de n’avoir pas laissé le moindre indice, la moindre trace derrière moi.
_ Pour quelqu’un d’extérieur, exact, admit Yoshimitsu.
_ N’insinue pas que quelqu’un m’ait trahi ! Rétorqua le jeune homme. Je réponds de chacun de mes hommes, et j’ai toute confiance en les tiens. Quant à nos contacts locaux, ils ignorent tout de nous et aucun n’a suffisamment d’éléments pour envisager une vue d’ensemble !
_ Je ne pensais pas à cela. Mais il y a quelqu’un qui sait ce sur quoi tu travailles, qui t’as déjà vu à l’œuvre, et qui n’est pas des nôtres. » Expliqua calmement le traître.

Akio resta silencieux un moment, tandis qu’il analysait ce que venait de lui dire Yoshimitsu. Il n’y avait qu’une seule personne qui pouvait correspondre à ce cas de figure.

« Kentaro ! Mais…
_ Au village d’Haishinrin, lorsque Nobunaga t’a piégé, Kentaro avait autopsié tes victimes, expliqua Yoshimitsu. Et son intuition l’avait mis sur la piste de tes recherches. Je sais que tu as pris toutes les précautions concernant tes cobayes prometteurs, donc… Si je devais extrapoler, je dirais qu’il a mis fortuitement la main sur le cadavre de l’un de tes cobayes infructueux, qu’il a buté sur quelques incohérences et que son esprit a fait le rapprochement.
_ Tsss… Mais il est vraiment pas possible c’t’animal ! Donc, si je comprends bien, le Goishi est sur ma trace, et bien plus proche que prévu… Bon, il va donc falloir que je me prépare à l’affrontement. Et pour Kentaro ? S’enquit Akio. Dois-je prendre des gants ?
_ Non. Tu es doué, mais Kentaro aussi. Si tu cherches à l’épargner, il prendra l’ascendant sur toi et causera ta perte. J’aimerai énormément le recruter, mais pas à ce prix-là. Donc ne te soucie pas de lui : s’il doit s’en tirer, ce sera par son talent propre.
_ Bien, je… »

Avant qu’Akio ne puisse terminer sa phrase, une lame fondit à vive-allure vers sa tempe gauche, jaillissant de l’ombre du portique qu’il venait de franchir, avant de se faire intercepter dans une gerbe d’étincelles par une autre lame venue de derrière lui.
Le jeune homme n’eut pas le temps de réagir que déjà il se retrouvait au beau milieu d’une tempête d’aciers et d’étincelles, les lames virevoltant à grande vitesse tout autour de lui dans un fracas assourdissant. Finalement, la lame sortie de l’ombre s’abattit en un seul coup titanesque, mais fut cueillie et bloquée malgré tout par son homologue. Une fontaine d’étincelles jaillit du contact de l’acier, et perdura anormalement, jusqu’à ce que le mystérieux assaillant décide de bondir en arrière. Yoshimitsu, lame au clair, en profita alors pour se placer entre celui-ci et son petit protégé.
L’assaut n’avait duré qu’une poignée de secondes. Une éternité pour le pauvre Akio coincé au milieu. Il avait bien senti que qui ce soit qui barrait le passage, il n’était pas pour lui…

Le mystérieux assaillant se mit à avancer lentement vers eux, lame au côté, jusqu’à se retrouver dans une flaque de lumière issue d’une aération, dévoilant un kimono noir de combat, classique des ninjas, de bonne facture et ne laissant pas la moindre parcelle de peau visible. Ç’aurait pu être n’importe qui, n’eût été le masque qu’il arborait. Un masque qui recouvrait entièrement son visage. Un masque blanc, sans expression. Celui qu’affectionnaient les membres du Goishi, les chiens de Nobunaga.

« Enfin tu daignes te montrer, murmura Yoshimitsu.
_ Tu savais qu’ils nous suivaient, accusa Akio.
_ Qu’il me suivait, acquiesça le traître. Depuis le village de Suliel, si je ne m’abuse. N’est-ce pas, Kenishi, alias Tsunami ?
_ à se demander à quoi servent ces masques, grommela l’intéressé. Je savais que tu m’avais repéré, Yoshimitsu. Mais la question est plutôt : pourquoi n’as-tu pas pris les mesures qui s’imposaient ?
_ Mais que fais-je donc en cet instant ? Rétorqua Yoshimitsu. Crois-tu que c’est par accident que j’ai laissé ma garde derrière moi ?
_ Un pari risqué, assura le Goishi.
_ Bien sûr que non ! Tu es obstiné, fier et orgueilleux et résolument solitaire, expliqua le traître. L’assurance que tu ne transmettrais pas ma position au reste du Goishi avant d’y être acculé. En te conduisant à Narasu, là où tes subordonnés se rassemblent déjà, il était certain que tu te sentirais suffisamment en confiance pour continuer à m’épier au moins jusqu’à mon arrivé. En te menant droit à la cachette d’Akio, tu avais quelque chose à présenter à Nobunaga au cas où tu perdrais ma piste, ce qui t’a incité à poursuivre la surveillance. Et en me présentant seul, tu te laisserais piéger par ton honneur : quoi de mieux qu’un combat des chefs pour régler cette querelle ?
_ Un combat des chefs ? Murmura Akio, incrédule. Cet homme serait le chef d’opération du Goishi ?
_ Nobunaga n’est pas stupide, il ne va pas écarter les gens compétents sous prétexte qu’ils ont été mes coéquipiers, acquiesça Yoshimitsu. Tsunami était le mieux placé pour me succéder. Malgré ses travers, c’est un type efficace, vraiment épatant. D’ailleurs, ça ne te dirait pas de nous rejoindre, Tsunami ?
_ La règle est claire : mort aux traîtres !
_ Ah… C’est mal parti. Attention, Kenichi, prévint Yoshimitsu avec une douceur de mauvais augure. Tu n’es pas quelqu’un d’irremplaçable, loin de là : si tu m’attaques, je te tue.
_ Pas d’exception à la règle ! Martela Tsunami.
_ L’inconvénient des gens obstinés… »

Tsunami regarda un instant la lame de son sabre : une petite fente s’était formée sur le fil de la lame, à l’endroit où, à la dernière passe d’arme, son arme était restée un court instant en contact avec celle de Yoshimitsu. La lame de ce dernier avait plus de mordant que la sienne, par quelques artifices que ce soit. À mettre en corrélation avec les gerbes d’étincelles trop abondantes.
Le ninja en déduisit qu’il ne pouvait guère se permettre de se faire bloquer sa lame, au risque de se la faire purement et simplement trancher. Il ne pourrait donc se permettre que de brefs chocs…

Tsunami effectua quelques moulinets de son sabre et chargea. À une vitesse fulgurante. Mais sans bouger les jambes : l’agent glissait sur l’eau croupie, comme un bout de bois entrainé par un courant.
En une fraction de seconde, le Goishi était sur Yoshimitsu, abattant son arme avec violence. La lame brassa de l’air et fouetta l’eau stagnante : le traître avait bondit dans les airs, suivant un arc de cercle, et sa propre l’arme fendit l’air en direction de l’agent. Ce dernier glissa en arrière pour l’éviter et cueillit le traître avant qu’il ne se réceptionne au sol.
Sans prise de sol pour pouvoir appuyer son coup afin de bloquer ou dévier l’attaque, Yoshimitsu ne put que se défendre et se retrouva propulsé quelques mètres plus loin sous la violence de l’impact.

Le traître parvint malgré tout à se réceptionner sur ses pieds, rengainant son arme. Tsunami fut sur lui en un clin d’œil mais Yoshimitsu était prêt : il dégaina son arme à toute vitesse et frappa un coup de battô à ses pieds. La lame traça un profond sillon dans le sol, dégageant un bref moment l’eau qui s’y trouvait, juste avant le passage de Tsunami. Passant brutalement du liquide au solide, le Goishi manqua de s’étaler. Yoshimitsu profita de son déséquilibre pour lui asséner un revers cinglant que l’agent bloqua in extremis.

Profitant de son avantage, le traître se mit à faire pleuvoir les coups sous son adversaire, tentant de le repousser, mais Tsunami tint bon et commença à contenir les assauts de son adversaire. Yoshimitsu cessa aussitôt de manier sa lame à deux mains pour se saisir de son second sabre. Un rideau d’acier nimbé d’une fontaine d’étincelles sembla alors s’instaurer entre les deux combattants, tandis qu’ils ferraillaient comme de beaux diables sans céder un pouce de terrain l’un et l’autre.
Le Goishi comprit néanmoins rapidement qu’un tel échange ne lui était guère profitable : la technique qui donnait tant de mordant aux lames de Yoshimitsu finirait par avoir raison de son sabre. Aussi, Tsunami concéda finalement un pas en arrière à son adversaire, profitant du mouvement pour dégainer son fourreau et en couvrir son arme. Avec une telle épaisseur d’acier, sa lame ne craignait plus rien et son talent lui permettait de compenser le surpoids.

De toute évidence, s’engager dans une guerre d’usure n’était pas du goût de Yoshimitsu, qui changea de tactique. Rapidement, il porta la main à la broche de sa cape et la dégrafa, la ramenant vivement devant lui, tel un mur occultant la vision de son adversaire. Avant que ce dernier ne puisse la trancher en deux, il eût la mauvaise surprise de voir une lame perforer le tissu en direction de sa jugulaire. D’un mouvement réflexe du poignet, le Goishi parvint à dévier la lame, mais un mouvement brusque à la périphérie de son champ de vision le prévint d’un autre danger : Yoshimitsu était passé en un éclair dans le dos de Tsunami et, terminant son mouvement, était sur le point de porter l’estocade finale dans son dos.
Malgré sa mauvaise posture, Tsunami tenta le tout pour le tout : il arracha le fourreau de son sabre avec sa main libre et pivota à contre-sens, glissant l’étui sur la lame du traître pour emprisonner son arme. Cela lui donna le laps de temps nécessaire pour dévier suffisamment la course de la première lame, lui permettant de terminer sa rotation et d’abattre son arme avec violence.
Provoquant un grand claquement métallique.

Yoshimitsu bondit de plusieurs mètres en arrière et jeta un regard dépité à son arme, dont la lame avait été brisée à quelques centimètres de la garde. Tsunami avait vraisemblablement fait davantage de progrès qu’il ne l’avait envisagé. L’influence de Nobunaga se faisait sentir dans tout ça. Ce qui était très intéressant.

Tsunami observa un moment son fourreau, avant de le faire pivoter pour laisser tomber le tronçon de lame qu’il avait piégé. Puis son regard se porta sur son adversaire.

« J’ai senti quelque chose de bizarre, lorsque j’ai emprisonné ta lame, annonça le Goishi. Comme une vibration. Je comprends mieux le mordant de ton arme, ainsi que ces gerbes d’étincelles surabondantes. Je suppose que ma lame doit être couverte de microfailles sur tout son long… Tu escomptais briser mon arme ?
_ Que veux-tu ? Il faut toujours avoir un plan B, acquiesça Yoshimitsu.
_ Dommage pour toi : tel est pris qui croyait prendre, railla Tsunami en avançant.
_ Je ne crois pas, non. » Réfuta le traître.

Yoshimitsu posa le bout de deux de ses doigts sur le fil de son arme puis tira d’un coup sec, comme s’il parcourait le fil d’une lame complète. Et effectivement, l’acier se reconstitua sous ses doigts, jusqu’à donner un sabre complet.
Ce fut au tour de Tsunami d’avoir un regard dépité, tandis qu’il suspendait son approche.

« Depuis quand maîtrises-tu Kinton ? Grommela Tsunami. Tu es d’affinité Raiton !
_ L’un n’empêche pas l’autre, rétorqua le traître. Tu ne pensais tout de même pas être le seul à avoir fait des progrès ! Bien. Nous passons à la deuxième manche ? » Demanda Yoshimitsu en avançant à son tour.

Tsunami pinça des lèvres, soucieux. Il n’était clairement pas certain que son arme endommagée soit capable d’endurer un nouveau round contre l’étrange technique de Kenjutsu de Yoshimitsu. Pire : même si c’était le cas, rien n’assurait que le Goishi soit capable de triompher à l’issu du duel. Les deux shinobis étaient de force quasi-semblable au sabre. Et il était clair que son arme ne survivrait pas à une troisième passe d’arme. Quant à affronter Yoshimitsu sans arme, cela tenait tout bonnement du suicide.
Il était temps de changer tactique.
Tsunami décida de faire honneur à son nom.

Lorsque l’agent adopta une nouvelle posture, à la défense plus lâche, Yoshimitsu tiqua immédiatement. Et davantage encore lorsque Tsunami se mit à mouliner dans le vide.
Des mudras via des passes d’armes.
Un jutsu en préparation.

Yoshimitsu leva sa main et son second sabre s’arracha du sol pour se jeter contre sa paume. Juste alors que Tsunami terminait son enchaînement.

« Suiton : Suigenryu ! » (Suiton : le Dragon des Sources)

Un cercle d’eau pure s’éleva de l’eau croupie autour du Goishi, avant de s’élever en tourbillonnant autour de lui, et de s’amasser en un clin d’œil le long de la lame de son sabre, en un torrent furieux et tumultueux. Tsunami porta alors un coup d’estoc en direction de Yoshimitsu et en une fraction de seconde, une trombe d’eau en forme de tête de dragon rugissant, plus large qu’un homme, se projeta sur le traître, dans un fracas épouvantable.
Le mur d’eau impétueux percuta instantanément la position de Yoshimitsu, explosant dans une gerbe d’eau glacée tandis qu’il percutait quelque chose. Pendant une fraction de seconde, il sembla que la technique avait été stoppée, l’implacable trombe d’eau éclatant en une magnifique fontaine. Mais dans un grondement assourdissant, la vague meurtrière crût en puissance, et, quelque soit l’obstacle qui lui faisait face, se mit à gagner du terrain. D’abord de façon discrète, puis de plus en plus marqué. L’obstacle était repoussé, d’abord sur quelques centimètres, puis un mètre, et encore un autre, jusqu’à traverser inexorablement la majeure partie de la salle.

Et aussi brusquement qu’elle avait commencé, la technique prit fin, la trombe d’eau s’éclatant contre l’obstacle dans une dernière pluie d’éclaboussure, révélant ce qui faisait barrage.
Un parapluie de glace. Grossièrement formé par l’agrégation de couches successives d’eau sur sa surface gelée.

Le parapluie frémit, et une craquelure le zébra dans le sens de la hauteur. Dans un grincement sinistre, l’involontaire sculpture de glace se fendit en deux et s’effondra de part et d’autre, explosant en une myriade de petits blocs. Révélant Yoshimitsu, lame pointée devant lui, en direction de Tsunami, abasourdi.
Le traître éclata d’un petit rire tranquille.

« Là, tu te demandes "comment est-il possible qu’un homme possédant une affinité rare et normale puisse maîtriser en sus une seconde affinité rare", n’est-ce pas ? Demanda Yoshimitsu.
_ C’est… C’est impossible !
_ Bien entendu, approuva le traître. La question devient donc "Comment ai-je pu faire tout ceci" ? Et là… Là, tu te rabats sur l’hypothèse de l’âme du sabre : après tout, je n’ai jamais utilisé qu’une technique affinitaire à chaque fois. Cela ne ressemble-t-il pas à ce que font les samouraïs ?
_ C’est la seule explication, accusa Tsunami.
_ Allons, un peu de sérieux. Je n’avais déjà guère le temps de m’astreindre à la discipline de l’épée à l’époque où je servais Mahou, crois-tu vraiment que cela se soit arranger depuis que je suis devenu un fugitif ? Non, bien sûr que non. Et c’est là que tu t’aperçois… Que tu n’as absolument pas la moindre idée de la façon dont j’ai bien pu faire ça. Et donc pas la moindre idée de ce dont je suis réellement capable et de ce que je te cache encore.
« Et c’est la panique. » Conclut Yoshimitsu.

Un instant de flottement passa, tandis que Tsunami tentait de reprendre le contrôle de lui-même. Yoshimitsu avait parfaitement lu en lui. Il avait parfaitement compris comment fonctionnait son esprit. Le doute et la peur assaillirent l’esprit du Goishi.
Qui les balaya d’un geste. Nobunaga le lui avait dit : il était le seul à pouvoir faire face à Yoshimitsu. Il n’y avait pas de place pour les tergiversations et les craintes.
« Mort aux traîtres ! »

Yoshimitsu haussa un sourcil, tandis qu’il suivait l’évolution du cheminement des pensés de son adversaire. Ainsi, ses estimations étaient à nouveau faussées. Ainsi, la patte de Nobunaga Nagotory se faisait de nouveau sentir. Voilà une information fort précieuse, décida le traître. Malgré tout le temps où il l’avait côtoyé, il n’avait jamais pensé que le grand stratège de Mahou était capable d’influencer à ce point la psyché de quelqu’un. Un pavé de plus sur le chemin qui permettrait à Yoshimitsu d’appréhender plus clairement l’esprit de son ennemi.
Mais en attendant…

« Akio ! » Aboya Yoshimitsu.

L’appel tira le jeune homme de sa torpeur. Il avait été complètement subjugué par ce combat. Les prouesses qu’avaient livrées les deux adversaires n’avaient rien à voir avec ce dont il était capable. Même parmi les forces du village, il n’était pas courant d’assister à un tel combat. Akio se sentait privilégier de pouvoir y assister et de mesurer l’étendue de tout le chemin qui lui restait à parcourir.

« Vas-t’en. » Reprit Yoshimitsu.

Une fraction de seconde, Akio envisagea de discuter l’ordre. Avant de comprendre : Yoshimitsu avait détecté un changement émotif particulier chez son adversaire. Et déduit de quoi décider qu’il ne pouvait plus assurer absolument la protection du jeune homme. Il y avait maintenant un risque que de spectateur, il se retrouve victime collatérale, happé malgré lui dans le combat.
Bien que ce soit frustrant de ne pas pouvoir assisté à la fin de ce duel, Akio décida qu’il avait tout intérêt à obéir. Prudence est mère de sureté, comme on dit. Le jeune homme ne se le fit donc pas dire deux fois avant de tirer sa révérence.

Tsunami n’eût même pas un regard pour la piétaille, toute son attention dirigée sur Yoshimitsu. Ainsi que l’avait anticipé le traître, le Goishi avait pris sa décision. Il allait tenter le tout pour le tout, peu importe les risques. Seule la victoire comptait.

De nouveau, Tsunami moulina à grande vitesse dans le vide, enchaînant les mudras avec son sabre. Pour la première fois du combat, Yoshimitsu se mit véritablement en garde, prêt à parer à toute éventualité.
En quelques fractions de secondes, la tension monta en flèche.
Dans un cri, Tsunami planta son sabre au sol devant lui.

« Suiton : Hiningentekimoya no Kangoku ! » (Suiton : Prison de Brume Infernale)

Toute l’eau présente dans la pièce explosa en d’innombrables gouttelettes à peine visible à l’œil nu, qui restèrent en suspension dans l’atmosphère, formant un véritable brouillard d’une densité incroyable.

Yoshimitsu se mit à analyser la technique à toute vitesse. Il n’y voyait rien au-delà de quelques centimètres. La chape d’eau en suspension couvrait absolument toutes les odeurs. Le traître passa son sabre dans le brouillard, tentant de transformer l’eau en glace. Les gouttelettes cristallisées s’écrasèrent au sol, mais sans guère affecter le brouillard. Par contre, celui-ci altérait les sons, car le fracas des cristaux explosés contre le sol semblait provenir de n’importe où à la fois. Yoshimitsu déploya son En, mais sans succès : les gouttelettes d’eau étaient mouvantes, ce qui parasitait complètement la technique : quand c’est tout l’environnement qui se meut, détecter les mouvements était passablement inutile.
Et le froid. La technique de Tsunami avait considérablement réduit la température ambiante, et l’humidité n’arrangeait rien. Yoshimitsu sentait déjà ses mains commencer à trembler. Le brouillard avait en outre complètement trempée ses vêtements.

Un sourire éphémère joua sur les lèvres du traître. Sa vue, son ouïe et son odorat était bloqué, son En rendu inutile, quant à son toucher, il deviendrait obsolète à mesure que le froid l’engourdirait. En outre, toutes ces gouttelettes chargées de chakra devait servir de En à Tsunami et lui révéler sa position exacte et le moindre de ses mouvements. Le piège parfait.
Il devait reconnaître que c’était particulièrement bien joué.

Yoshimitsu rengaina l’une de ses épées, s’agenouilla et posa la paume de sa main libre sur le sol…

*
* *

Caché dans un renfoncement de l’égout, Akio attendait patiemment. Le carrefour qu’il venait de quitter était envahit d’une brume opaque qui bloquait toute visibilité et d’où ne s’échappait pas le moindre son. Le jeune homme devait bien admettre qu’il avait bien fait de ne pas rester sur place. Se trouver dans le brouillard en présence de ce Tsunami ne l’aurait pas du tout rassuré.
Le temps s’égrenait avec une douloureuse lenteur. Rien ne filtrait de la brume.

Akio n’avait pas le moindre doute quant à la victoire de Yoshimitsu. Néanmoins, il ne pouvait s’empêcher de se demander dans quel état il finirait. Son mentor était certes fort, mais le chef du Goishi n’était pas en reste non plus…
Et puis il fallait tout de même envisager sa défaite, au cas où. Inversement, Tsunami n’en sortirait pas indemne : serait-il possible pour lui de le vaincre ?

Une ombre passa dans la brume, grandissante tandis que son propriétaire s’approchait des limites du brouillard. Akio n’esquissa pas un seul geste, afin de ne pas trahir sa position et attendit sereinement.
Yoshimitsu sortit de la brume. À première vue, ça n’avait pas l’air d’un genjutsu pour le leurrer. Néanmoins…

Ce Yoshimitsu-là semblait le même, si ce n’était sa manche gauche complètement déchirée, et d’autres entailles ci et là dans l’étoffe. Mais pas une blessure, par contre. C’était possible, ça ? Se demanda le jeune homme. On parlait certes de Yoshimitsu mais tout de même…
Non, le détail qui clochait franchement, c’était l’absence d’un sabre ! Yoshimitsu n’avait plus qu’un sabre à la ceinture, et non plus deux !
Akio envisagea un instant un leurre : Tsunami piégeait Yoshimitsu (ou l’avait vaincu ? Peu probable, mais tout de même) dans son brouillard, puis prenait son apparence pour s’occuper d’Akio (sûrement parce qu’il s’était aperçu qu’il ne pouvait vaincre son adversaire).
Mais Tsunami avait affronté Yoshimitsu : il était bien placé pour savoir que celui-ci s’était battu avec deux sabres. Une erreur de sa part était tout aussi invraisemblable, en fait.
Alors quoi ?
Dans le doute… décida le jeune homme.

« Si t’envisages de m’attaquer, je vais devoir te mettre la misère de ta vie, Akio » Prévint tranquillement Yoshimitsu.

Akio sortit de sa cachette, blasé, et s’approcha. Comment faisait Yoshimitsu pour toujours avoir une longueur d’avance sur lui au point de donner l’impression de lire dans les pensés ?
À tout le moins, c’était bien la preuve que c’était le bon.

Alors il était vraiment capable de triompher d’un adversaire de la trempe de Tsunami sans même être blessé ? Cela éclairait son mentor d’un jour nouveau.
Et son épée ? C’était une anomalie. Et les anomalies tracassaient systématiquement le jeune homme. Son mentor avait bien montré qu’il était capable de réparer son arme, donc il ne l’avait pas cassé.

« Yoshimitsu ? Tu as… oublié l’un de tes sabres ? Tenta Akio.
_ Non. »

Bon. Yoshimitsu n’avait pas l’intention de lui répondre quant au devenir du sabre, comprit le jeune homme. Il y avait donc anguille sous roche. Et après avoir vu le combat et son résultat, le jeune homme commençait à avoir son idée sur la question. Soit. Il en aurait la confirmation plus tard.

« En tout cas, une bonne chose de faites, annonça Yoshimitsu. Avec Tsunami dans les parages, je m’inquiétais assez de savoir comment tu ferais face, mais me voilà rassuré. Finalement, je n’aurai pas besoin de te laisser mes gardes en renfort.
_ Tu as pourtant bien dit que pas moins de quatre groupes se réunissaient, commença le jeune homme.
_ Oui, mais sans leur tête, ils n’arriveront plus à grand-chose, assura le traître. Tu sauras gérer, j’ai confiance.
_ Ben voyons…
_ C’est encore loin ? »

Le duo poursuivit son chemin pendant encore quelques temps. Depuis le début, Akio avait délibérément choisi de rallonger le chemin, de façon à piéger une éventuelle filature : tout le monde n’était pas assez fou pour aller provoquer en combat ceux qu’il suivait.
Enfin le jeune homme s’arrêta au beau milieu d’un tunnel aussi sombre, puant et mal entretenu que tous ceux qu’ils avaient emprunté.

Yoshimistu observa un moment autour de lui, sans comprendre. Finalement, il posa deux doigts contre la paroi près de lui et ferma les yeux. Avant de laisser échapper un sifflement admiratif.
Il avait détecté un trou dans le mur, un boyau à demi-effondré mais assez large pour laisser passer quelqu’un de pas trop corpulent. Pourtant, il ne voyait rien et les sons ne rendaient pas le moindre écho incongru. Un genjutsu d’une rare finesse camouflait l’entrée.
Mais le toucher était toujours le point faible des genjutsus, même les plus aboutis.

Après s’être assuré qu’il n’y avait absolument personne dans les parages, les deux hommes pénétrèrent dans le boyau. Celui-ci devait être un tunnel en pierre dans le temps, mais s’était effondré depuis belle lurette, avant d’être partiellement aménagé, le minimum requis pour être praticable.
Le boyau se poursuivait sur une dizaine de mètres, avant de déboucher dans une large antichambre – tout du moins large en comparaison du couloir.

Les deux hommes firent quelques pas dans la petite pièce et Yoshimitsu se retourna pour identifier la présence qu’il avait détectée avant d’entrer. Une jeune femme vêtue de noir, le visage camouflé dans la pénombre d’une capuche, était accroupie sur le chambranle de pierre qui surplombait la porte d’entrée. Dans l’obscurité ambiante, elle était quasiment invisible. Akio prenait ses précautions : même le plus abouti des genjutsus conservait un point faible. On n’était jamais trop prudent.

Yoshimitsu traversa l’antichambre sur les pas d’Akio, ne pouvant s’empêcher de la détailler au passage et d’en tirer le maximum d’information. Déformation professionnelle. Akio en avait déjà tiré tout ce qu’il pouvait et lui avait transmis le tout dans son rapport.

Akio tira une lourde porte, et pénétra dans une salle bien plus vaste, abritant de nombreux bureaux et tableaux, emplis de paperasses et de notes diverses. Plusieurs portes partaient de cette pièce, mais donnaient sur des salles ravagées ou étaient bloqués par des éboulis.
Le vestige d’un laboratoire souterrain du Zénith. Loupé par le Kiritsu.

« Vraiment impressionnant, murmura Yoshimitsu.
_ Xian a découvert le passage par hasard, tandis qu’elle inspectait les égouts, expliqua le jeune homme. Il était complètement éboulé et le mur du tunnel était construit par-dessus. Nous avons dégagé le passage dans l’intention d’y installer un refuge et c’est là qu’on s’est aperçu que ce qu’on prenait pour une faille naturelle était un tunnel manufacturé. Et nous sommes tombés sur ceci.
« À première vue, ce laboratoire date de la création d’Arasu, quand ce n’était encore que l’avant-poste du Zénith. A priori, le passage par lequel nous sommes passés a été mis hors d’usage lors de la prise de contrôle de la Reine du Crime, et n’a pas été rénové. L’assaut des 3 villages n’a pas spécialement arrangé les choses.
« Le laboratoire a continué à être de service durant l’ère des gangs, toujours sous le contrôle du Zénith. Officieusement, je pense – ce qui explique la condamnation de certaines pièces : ils ne pouvaient plus le faire tourner à plein régime ni y entreprendre quoi que ce soit de trop gros sans attirer l’attention de la patronne. L’ancien passage a été condamné lors de l’élaboration du système d’égout, mais j’ignore si c’est volontaire.
« Enfin, les 3 villages sont arrivés et l’édifice qui permettait d’accéder au laboratoire s’est effondré lors des combats qui ont suivi. Lors de la reconstruction enfiévrée qui a suivi, l’architecte qui a suivi s’est contenté de tasser les gravats et de reconstruire par-dessus, sans mettre à jour le passage vers le souterrain. Plus aucun accès au laboratoire, qui a donc échappé au Kiritsu. Avec tous ce qu’il contenait. »

Yoshimitsu avait déjà commencé à feuilleter les documents pendant l’exposé d’Akio, dont il avait déjà pris partiellement connaissance dans son rapport. Bon nombres de documents étaient incomplets, gâtés par le temps et les gravats, mais beaucoup pouvait tout de même s’avérer exploitables, jugea le traître.

« Ces documents sont très intéressants, annonça Yoshimitsu.
_ Mais ils concernent… la recherche sur les chimères, nota Akio avec une réticence évidente.
_ Je sais. Des patchworks d’animaux décérébrés ne sont d’aucun intérêt, de prime abord, admit le traître. Néanmoins, je connais quelqu’un que cela pourrait intéresser.
_ Tu comptes revendre ce savoir à quelqu’un ? Demanda Akio, incrédule.
_ Ah, ça serait incroyablement irresponsable, réfuta Yoshimitsu. Le Yuukan est suffisamment rude pour les gens sans qu’on y ajoute des aberrations de toutes sortes ayant échappé à des idiots de persécuteurs incapable d’en assurer le contrôle. Non, non, il y a bien mieux à faire avec. Beaucoup mieux, même. Et je connais la personne idéale pour prendre cela en charge.
« Envoie-moi mes deux gardes, nous allons évacuer tout ceci au plus vite. Il faudra effacer toutes les traces ensuite. Et… Excellent travail, Akio. »

Le jeune homme ne put retenir un sourire. Les compliments de Yoshimitsu étaient aussi rares que précieux.

*
* *

Quelques temps plus tard, un immeuble s’effondra dans la banlieue de Narasu, causant de nombreuses victimes. L’enquête succincte qui suivit imputa l’accident à l’architecture grossière et approximative, ainsi que l’utilisation de matériaux bas de gamme de mauvaise qualité. Un entrepreneur véreux récupéra le terrain pour une bouchée de pain et recommença le cycle de reconstruction de la ville.
Le Kiritsu ne sut jamais qu’un jour, un laboratoire du Zénith s’était trouvé dans les entrailles des fondations.
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Re: Narasu

Message par Chihousou le 18/1/2012, 19:20

_Vous êtes vraiment juunin?
_Hu?

Chihousou releva finalement la tête, et observa lentement la pièce dans laquelle il se trouvait. Si l'agencement et la décoration le frappèrent par leur discrétion, la lame en face de lui le frappa par sa proximité. Intrigué, il décida de suivre la lame afin d'en identifier le propriétaire, mouvement qui fut momentanément arrêté par la présence singulière mais fort agréable d'une poitrine mise en valeur. Il se rappelait maintenant, il était dans le bureau de la dirigeante de la faction mahousarde à Narasu. Comment s'appelait-elle déjà? Chikara? Non, ça c'est le nom du village des brutes...

_C'est ici que ça se passe, dit Shiraka Satsubatu, une pointe d'agacement dans la voix, en ramenant son subordonné à la réalité.
_Hu...ok, répondit Chi' en relevant les yeux de la plantureuse poitrine pour regarder le visage de son heureuse détentrice. Ce serait dommage que ça se passe ailleurs...
_Dire que des types comme vous sont juunins..
_Hu...c'est en tout cas ce qui est marqué dans mon dossier.
_En parlant de ce dossier, sachez que j'ai le droit de le consulter dans toute sa totalité et que je ne m'en suis pas privé. Je veux donc vous le dire droit dans les yeux afin que tout soit clair entre nous: vos activités seront épiées et au moindre faux pas soyez prêt à en subir les conséquences. Me suis-je bien fait comprendre?

Le jeune homme acquiesça de la tête tout en inspirant la fumée de son narguilé. Cette conversation l'ennuyait et les douleurs qui parcouraient son corps lui faisaient déjà part de leur présence. Il avait déjà du subir ce genre de menace un nombre incalculable de fois, à croire que tout le monde pouvait avoir accès aux secrets de son dossier mahousard. Combien de fois devrait il répéter que les conneries c'est fini et qu'il n'aspire plus désormais qu'à être oublié et traité de la même manière que n'importe quel autre shinobi. Il se devait quand même de questionner sa nouvelle supérieure concernant un certain point.

_Hu...Les jeux et les paris sont ils considérés comme des ''faux pas''?
_...pas tant qu'ils se déroulent dans un cadre légal. Si vous avez compris vous pouvez disposer, votre affectation sera effective à partir de demain matin.

(…)

Sans trop savoir comment, ses souvenirs étant la plupart du temps flous et fumeux, Chihousou se retrouva dans une pièce qu'il ne connaissait pas. Son sac de voyage étant partiellement défait dans un coin, il supposa qu'il était dans son nouveau chez soi et se remit à tirer sur son narguilé. Ces moments de flous momentanés lorsqu'il reprenait conscience irritaient le juunin mais, heureusement pour son mobilier, depuis quelques mois son apathie était telle qu'il ne prenait même plus la peine de s'énerver et se contenter d'hausser les épaules en reprenant un peu de fumée d'opium.

_Yo le junkie c'est pas un squat ici!

Une forme indistincte se tenait à l'entrée de la pièce et semblait lui crier dessus. Une fois ses yeux habitués à la lumière nouvelle venant de l'extérieur, Chi' put affirmer que cette forme n'était rien d'autre qu'un être humain(pas très beau d'ailleurs), un shinobi de Mahou comme le montrait l'insigne qui portait fièrement à son front. L'inconnu semblait aussi se méprendre sur son identité. Il le prenait apparemment pour un drogué(pas faux) ayant décidé de faire de cette chambre son nouveau chez soi(pas faux non plus) sans y être invité(là par contre...) et il fallait vite désamorcé l'imbroglio. Après tout on lui avait demandé d'éviter les conneries.

_Hu... y a comme un malentendu. En fait je...
_Je suis Len Sadayo, chuunin de la grande Mahou et je ne permettrais à personne de venir et de prendre possession d'un appartement destiné à recevoir les plus méritant des soldats de mon cher village, coupa l'inconnu levant le bras droit en l'air, index tendu, et le bras gauche sur la hanche.
_Tu fais partie... de l'U.E.M toi, non? Demanda Chihousou, dépité.
_Euh oui...c'est mon papa qui dit qu'il faudrait que...

Cette conversation aussi était d'un ennui profond. Le gamin qui se prenait pour un héros se retrouvait maintenant décontenancé par une question toute simple et s'embarquait dans d'interminables explications que les raisons de son orientation politique.

_Hu...tu parles trop... Et puis je pensais que les villagistes avaient un certain respect... pour leurs supérieurs.
_Supérieurs? Vous? Mais faut arrêter la fumette mec, ça tourne pas rond dans ta tête et puis...

Les yeux de Len s'ouvrir en grand lorsque la loque qui lui faisait face sortit le même emblème qu'il avait sur le front de l'une de ses nombreuses poches. Puis il se leva et alla farfouiller dans son sac jusqu'à trouver une lettre froissée fortement ressemblante aux lettres envoyées aux shinobis lors de leurs changements d'affectations. En plus le sceau en bas de page était celui du MahouKage. Sa mâchoire se décrocha au moment où son esprit se rendit compte de la vérité: il venait de manquer de respect à un supérieur hiérarchique. Pire, il l'avait traité de junkie et sous entendu qu'il était fou.

_Je...je...je, parvint simplement à prononcer le chuunin.
_J'aimerais être seul.

Sans se faire prier Len sortit de la chambre du juunin, c'était pas le moment d'aggraver son cas.

(…)

Couché sur une des tables d'un des bars du centre de Narasu prisé des shinobis mahousards, Len essayait toujours de calculer les conséquences de ses actes. Si on apprenait qu'il avait manqué de respect à un supérieur sans raisons valables, sa future carrière était fini. Il ne deviendrait jamais juunin, ne rencontrerait jamais de jeunes femmes tombant sous le charme de sa toute puissance et n'arriverait jamais à se hisser au sommet de la politique mahousarde. C'en était fini de lui.

_Ben alors Len, ça va pas? Lui demanda Seita, un chuunin de grande taille, à la chevelure rousse abondante qu'il connaissait depuis l'académie.
_Non, ça va pas.
_Ben raconte je peux peut-être aider?
_Je pense pas mais bon...voila toute l'histoire...blabla inutile racontant ce qui s'est passé au-dessus.
_HAHAHAHAHA!!
_Ben vas-y fous toi de ma gueule! C'est pas drôle bordel.
_Toujours aussi naïf Len. Ce mec s'est joué de toi
_Comment ça?
_On est à Narasu, le village du crime. Ici les fausses protections arborant l'emblème de tel ou tel village se trouve à moins de vingt ryos. Ça doit être un peu plus chère la fausse lettre d'accréditation avec le sceau du MahouKage.
_Des copies? L'enfoiré, faut y retourner!

(…)

_Merde y a plus personne.
_Je t'avais dis que ça servait à rien de revenir. Quand t'es venu il a du se sentir heureux de s'en être sortit et il a certainement décidé de partir pour éviter les ennuis.
_T'as probablement raison, acquiesça Len en soupirant.
_Sois pas déçu, au moins t'auras pas de problèmes avec la hiérarchie.
_...
Surpris par le manque de réaction de son compagnon, Seita se retourna et tomba nez à nez avec l'homme que lui avait décrit Len en lui parlant du faux-juunin. Ce type était revenu! Pire, il ne sembla pas prêter attention au deux chuunins et entra tranquillement dans la chambre. Il rejoignit lentement le fond de la pièce et s'assit sur un vieux fauteuil à l'allure confortable. Cette action avait prit un bon moment à Chihousou, pourtant aucun des deux mahousards n'avaient bougé, trop choqués par l'apparition du nouvel arrivant. Ce n'est que lorsqu'il sortit d'une de ses poches de nombreux papiers que le flux du monde reprit son cours. Et que le juunin remarqua ses ''invités''.

_Hu...qu'est-ce que vous foutez... chez moi?
_C'est à vous qu'il faut demander ça! S'exclama un Len furax.
_Hu...on est pas dans l'appartement... C-16?
_Ben...euh, si.
_Hu...alors je suis... chez moi, dit Chihousou en posant les papiers au sol et en s'enfonçant dans son fauteuil.

Un nouveau silence suivit. Les deux chuunins commençaient à douter de la théorie de Seita face à la confiance presque innocente qu'affichait leur interlocuteur. Mais l'idée ne voulait pas faire son chemin. L'idée que ce type bizarre puisse être un juunin ne voulait pas entrer totalement dans leurs têtes et puis c'était quoi ces papiers. C'est vrai ça, c'est quoi ces papiers?

_Hu...des reconnaissances de dettes.
_QUOI!!! S'exclamèrent en cœur Len et Seita.
_Hu...des reconnaissances de dettes.
_Non mais d'où elles sortent? Demanda Len.
_Et comment ça se fait que y 'en ait tant? Rajouta Seita en admirant le tas plutôt imposant de lettres.
_Hu...en jouant... Quarante six milles ryos en tout... pas mal pour une première sortie... non?
_Vous êtes vraiment juunin? Hasardèrent les deux shinobis, en commençant à sérieusement douter de leur concept de ce qu'était un ninja de haut rang.

Cette question commençait à irriter Chihousou, ça devenait vexant à force d'être regardé de haut. Mais bon, il était préparé à ce genre de doutes et avait préparé un petit speech dans des cas comme celui-ci. Il se leva pour faire face à ses interlocuteurs et disparut. Comme ça, sans que rien ne se passe, ni mouvements, ni sons. Rien. Comme si le monde venait simplement d'effacer un de ses éléments.

_Vous trouver ce tour suffisamment convaincant ou faut encore que je perde du temps?

Les deux garçons virent face à eux le visage retourné du juunin. Celui-ci avait disparut avant de s'accrocher au plafond à l'aide du chakra, de plus il tenait un drôle de bout de tissu dans sa main droite.

_Mon protège front! S'exclama, surpris, Len.
_Alors vous êtes vraiment juunin...
_Chihousou Assinan, Juunin de Mahou, ravi de faire votre connaissance...maintenant dégagez de chez moi.

Et ils dégagèrent.

(…)

Plus tard ce soir là, deux chuunin se trouvèrent devant une fonctionnaire leur expliquant qu'ils ne disposaient pas de l'accréditation suffisante pour parcourir le dossier de Chihousou Assinan. Ils eurent tout de même le droit d'apprendre son âge et de voir sa photo. Malgré tout, ils avaient toujours du mal à croire cette histoire.

(…)

Encore plus tard dans la soirée, Chihousou se réveilla subitement, il reconnut sa chambre mais une question restait en suspens.
_Hu... où est mon... sac...?
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Re: Narasu

Message par Chihousou le 21/1/2012, 20:16

La matinée ne faisait que commencer à Narasu, le soleil peinait encore à filtrer derrière les hautes montagnes entourant la vallée mais le village débordait déjà d'activité. Loin de toutes considérations autre que la difficulté à mettre un pied devant l'autre lorsque l'on est même pas capable de sentir les dits pieds, Chihousou déambulait vaguement entre les passants en direction du QG de Mahou. Pas tout à fait clair, voir pas du tout, le jeune homme avançait en pensant à d'improbables éléphants jaunes parcourant un ciel bleu. Apparemment il n'avait pas encore prit suffisamment de ''médicaments'' pour perdre tout sens des réalités et voyait encore le ciel tel qu'il était vraiment. A moins que ce soit les nuages qu'il voyait en bleu....
Un chemin flou, quelques détours fumeux et le voici arrivé. Une fonctionnaire l'accueillit, nota son nom et son grade puis l'amena dans une salle de réunion. Pourquoi donc? Pour un petit briefing qu'il devrait mener face à une dizaine de shinobis récemment arrivés à Narasu et dans le métier. En bref, des troufions qui voyaient le village du crime comme une ville vaincue et apaisée dans laquelle ils pourraient gambader tel les fiers et valeureux soldats qu'ils étaient. Et c'était à un juunin drogué jusqu'aux os de les prévenir des dangers dont ils se rendraient compte tôt ou tard. Avec plus ou moins de dégâts. Un juunin, peu importe ses défauts, étant plus apte à commander à des genins de faire gaffe que n'importe quel fonctionnaire, aussi parfait soit il.
Seul, derrière lui un tableau blanc avec de quoi écrire dessus, devant lui une petite dizaines de gamins pré pubères à l'air niai et au regard vide. Et lui. Censé faire quelque chose. Des présentations? Pas mal, une valeur sure de la communication, à placer de préférence en début de relation.

_Hu...alors...

Ça lui semblait quand même vachement dur. En plus, le mec chelou qui brillait à sa droite le déconcentrait. Encore heureux une simple baffe dans la gueule à la vitesse grand escargot suffit à faire disparaître le bonhomme en fumée. Au delà de l'écran de brouillard qui était devant ses yeux, il parvint à voir le regard surpris du premier rang, lui indiquant que le bonhomme de lumière était sans doute le fruit de son imagination. Il devait régler ça, c'était pas bon d'être pris pour un cinglé dès le début. Les gens ont tendance à être ennuyant et précautionneux avec les cinglés. Et quand c'est ennuyeux, Chihousou n'aime pas ça.

_Je...suis Chihousou Assinan et...

Et quoi déjà? Intitulé de mission...enfin mission, si on pouvait appeler une présentation une mission. Présentation! Voilà! Mais de quoi? De lui? Déjà fait, il avait donné son nom et tout. Enfin pas tout mais presque.

_Euh monsieur? On doit se présenter maintenant? Je suis...
_La ferme, je réfléchis. Puis...comme si j'en avais quelque chose à foutre de vos noms, dis Chihousou dans un murmure suffisamment audible pour faire fermer sa gueule à ce gamin prétentieux.

Tiens? Il était irritable...pas de doutes, il avait pas assez fumé. Petit parchemin d'invocation, le premier dans la poche intérieure droite de son manteau. Petite dose de chakra et hop! Un narguilé prêt à l'emploi. Par contre, où avait-il bien put foutre son briquet? Non...il allait pas faire ça...

_Y'aurait pas... un katon dans le lot?
_Moi m'sieur, s'écria un petit brun au visage enfantin.
_Hu...cool! Tu...m'allumes ça...
_Euh...c'est que, v'voyez, murmurant le genin.
_Hu...s'il te plaît.
_C'est qu'en fait, je sais pas encore faire de flammes. Désolé.
_...j'vois l'genre, soupira Chi'. Bon ben... j'vais chercher...

Sortant de la pièce en oubliant de finir sa phrase, il alla chercher un briquet et alluma tranquillement son narguilé avant de reprendre son briefing.

_Bien...où en étais-je?
_On n'avait pas commencé, m'sieur.

Encore le petit merdeux, se dit Chihousou. Il reprit une taffe l'instant suivant. Bonne idée.

(…)

Après plusieurs minutes de silence pesant pour le moins...fumant, le juunin pu reprendre son briefing sans aucune envie meurtrière. Il commença par une petite présentation générale de Narasu, les zones sécurisées, les différents chemins d'accès au monde extérieur et autres informations de base. C'est quand il en arriva à la présentation des différentes zones dangereuses et la carte schématique des différents gangs que la machine s'embrouilla.

_M'sieur, m'sieur!
_Hu...oui?
_Pourquoi vous dessinez un lapin?

C'est vrai ça? Pourquoi est-ce qu'il dessinait un lapin, ça n'avait rien à voir. Cependant, l'idée d'effacer un preuve de son existence, au sens artistique du terme, ne l'emballait pas. Après tout il était pas mal fait ce lapin.

_C'est une représentation...schématique de... l'organisation des gangs dans la ville?
_C'est un lapin!
_Hu... vous voulez quand même pas...effacer...ce chef d'œuvre!

Il en avait les larmes aux yeux. Ces gamins irrespectueux de l'art méritaient de crever dans les rues sous le coup d'une rencontre avec des criminels sanguinaires et barbares. Et pédophiles de préférence...Un sourire carnassier fit son apparition sur le visage du jeune homme.

_Finissons cette...enfin...on s'en fout. Finissons en...Cette ville est dangereuse alors...évitez de crever...

Grand sourire glauque. Admiration des regards exorbités des petits cons avec, en bonus, une légère lueur de peur au fond de leurs yeux. Oh! Ce qu'il pouvait aimer ça.

_Mission accompli...à plus les jeunes...

Main levé, doigts en V, léger soulèvement d'un sourcil. Emballez, c'est pesé!

_Oups...j'ai oublié ça, dit Chihousou en revenant sur ses pas pour récupérer son narguilé.

(…)

_Puisque je vous dis que l'intitulé de mission disait que ça prendrait une à deux heures. Vous n'avez pas respecté le contrat.
_Mais...hu...j'ai juste été un peu...rapide?

L'employée du QG semblait avoir du mal à croire que l'homme devant elle puisse être capable de faire quoi que ce soit de façon rapide. Mis à part écouler le stock de marchandises d'un dealer, évidemment. Et, devant son regard suspicieux, Chi' se sentit obligé d'argumenter.

_Hu...il fallait que j'arrive à les faire...se méfier de la ville...non?
_Oui, mais vous avez mis moins de vingt minutes. Et puis vous deviez leur expliquer l'organisation du village.
_Je l'ai fait...un peu. Mais à l'odeur...y en a au moins...trois qui devront changer de sous vêtements.
_C'est très...impressionnant mais là n'est pas la question.
_Hu...au contraire...toute la question est là. On m'a demandé...d'éviter à ces...genins...de mourir à cause de...manque de prudence et maintenant...ils vont l'être...prudent.

Finalement, après plusieurs minutes d'entretien, du à la vitesse de réponse du juunin plus qu'à un réel échange d'arguments, la fonctionnaire décida de laisser tomber l'affaire. Tout heureux de ce temps libre accordé plus tôt que prévu, Chihousou se dit qu'il était peut être temps d'en savoir plus sur ses débiteurs et donc de retourner au tripot où il s'était rendu la veille. Il ne se rappelait pas le nom du bar, ni la déco mais se rappelait parfaitement de ce à quoi il avait joué, la somme qu'il avait gagné, comment il avait joué, la tronche de ceux qui lui devaient de l'argent mais sinon...l'embellie intellectuelle n'avait duré que le temps de la partie, l'avant et l'après étant plutôt flous.
Heureusement, le corps humain et l'inconscient ayant une formidable mémoire et, en se laissant porter par les impression de déjà vu, le juunin se retrouva devant un club de poker à l'allure familière. Pour la sixième fois. Cette fois le club se nommait ''L'As de trèfle'' et avait une devanture qui disait: « Si t'es pas bien habillé, tu peux aller te faire enc... » faisant douter le jeune homme d'une éventuelle venue. Dans le doute il se présenta quand même devant les deux gros bras faisant office de videurs.

Passons les détails encombrant, dont le héros de cette histoire ne se souviendra de toute façon pas, et rendons nous directement aux éléments importants.

(…)

_...et, en tant que maison à la réputation honorable, et, malgré votre statut de membre de notre communauté, je suis obligé de vous dire que je ne peux répondre favorablement à votre requête.
_Hu...j'ai pas tout écouté mais...ça veut dire oui?
_Non, ça veut dire non.
_Ah...merde.

Le petit homme richement vêtu et à l'air passablement vexé se trouvait être le gérant de ''L'As de trèfle'' et il s'était montré défavorables à l'idée de donner à Chihousou l'adresse de ses débiteurs. Soi disant qu'une maison respectable ne pouvait trahir ses règles de confidentialité même avec plusieurs milliers de ryos en jeu. Mais, loin d'être de mauvaise humeur en quittant l'établissement, le jeune homme se contenta de noter pour lui même qu'il faudrait surement revenir un jour pour jeter un œil sur ces fameux dossiers.
Il se remit donc à déambuler dans la ville, retrouvant son monde de fumée, de détails grotesque et de semi-conscience. Du moins c'est ce qu'il espérait mais une pointe de suspicion s'immisçait inéluctablement dans son esprit. Il se concentra pour rendre à ses sens endormis leurs fonctions et repéra quelque chose. A peine perceptible, tout juste présent. Au milieu de la foule, quelqu'un le suivait. Il s'arrêtait en même temps que lui, conservait une distance de sécurité et s'efforçait de marcher de manière nonchalante. Chose difficile lorsque l'on doit se caler sur le pas d'un autre. Ne pouvant pas non plus se fier totalement à ses sens, le juunin décida de jouer la sécurité et de s'engouffrer dans une petite ruelle adjacente à l'avenue encombrée dans laquelle il se trouvait. Quelques secondes plus tard, ses doutes furent confirmés et un homme bien bâti à l'allure martiale entra à son tour dans la ruelle...pour se retrouver face à un jeune homme tranquillement assis sur un carton.

_Qui êtes vous?

La question désarçonna le nouvel arrivant. On lui avait décrit sa cible comme quelqu'un d'apathique et d'absent, pas le genre de type capable de repérer une filature et encore moins capable de se tenir avec une telle assurance face à lui. Cependant, ue fois la surprise passée et la raison retrouvée, il se dit que ce grand échalas, qui pesait sans doute plus en vêtement qu'en chair, ne pouvait être une réelle menace.

_Je suis là pour récupérer l'argent que tu as honteusement gagné.
_Je ne me rappelle pas de vous.
_Je ne fais pas ça pour mon compte, dis le combattant en lançant une dague de manière fort belliqueuse.

La dague traversa le clone inconsistant sans être le moins du monde ralenti. Sur le toit d'un des bâtiments surplombants la ruelle, Chihousou observait la scène non sans curiosité. Si la quasi totalité des shinobis n'étaient pas des billes en genjutsu, l'attaque de son poursuivant sur son illusion aurait put indiquer un soldat civil. Mais comme la quasi totalité des shinobis sont des billes en genjutsu...bien obligé, il sauta du toit pour atterrir derrière son poursuivant. Avant que celui-ci ne se retourne, le juunin posa sa main sur son épaule et lança son genjutsu. A cet instant précis, son opposant devait ressentir une peur comme jamais il n'en avait ressenti, élément facilitant toute requête pour des informations qui ne sont pas censées être divulguées.

_Employeur?
_M. Yin, me tuez pas, siouplait. Je fais ça pour nourrir mes douze petits frères et leurs gamins. En plus ma mère et tétraplégique et mon père est religieux...

Chi' vérifia dans les lettres de reconnaissance de dettes, estimant qu'il n'avait pas encore assez d'ennemis dans le coin pour être suivi par autre chose qu'un ninja du QG. Combien pouvait bien lui devoir ce M. Yin pour tenter de le tuer au coin d'une rue.

_Douze milles! Tu m'étonnes qu'il veuille me descendre. Bon, il vit où ce M. Yin?
_C'est l'un des entrepreneurs du quartier Est, vous devriez facilement le retrouver.
_Et bien merci. Ne t'en fais pas, cette grosse frayeur ne sera bientôt plus qu'un lointain souvenir, dit Chihousou avant de reprendre. Ah, j'oubliais, tu diras à M. Yin que si je n'ai pas mon argent dans six mois, j'irais le chercher...et je prendrais bien plus que des ryos, se permit-il d'ajouter, un sourire aux lèvres.

Sourire qui dura le temps qu'il fallut au juunin pour se rappelait qu'on lui avait demandé de se tenir tranquille. Des menaces et une (petite) extorsion de fond étaient-ils considérés comme un faux-pas? Histoire d'oublier cette question hautement métaphysique, il se trouva un bar aux employées accueillantes et se refit un narguilé, histoire de...
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Re: Narasu

Message par Oboro le 3/2/2012, 20:23

Bono. Ceci a été écrit aux alentours de juillet, et a lieu un peu après que la mission avec Suruil/Akhen soit finie, et qu'Obo se soit remise à l'hosto de son visage de steack tartare avarié hérité de mon dernier RP ici. La genin est en pleine forme, et se déplace simplement dans les rues.
Hop!






-Qu'est ce que tu me regardes, toi, hein?
-Ben on, euh, rien m'dame.
-Tu parles. J'ai l'air d'une grenuche peut être? Tu viens d'essayer de me piquer des trucs, bonhomme. Tu sais ce qu'on leur fait, à Mahou, aux voleurs?

Bande de sales mômes mal élevés. Il me déboule dessus au détour d'une rue, et tente de prendre la fuite en se noyant dans la foule. Haut comme trois pommes avec de bonnes chances de succès, en plus. Si ça c'est pas de la tactique de base de pickpocket débutant, je mange mon chapeau... surtout que la grappe de mômes qui flânent ça et là m'ont pas l'air d'être des agneaux. Une bande de gamins. Heureusement que je n'ai rien en poche. Et que j'ai pas eu à le courser sur plus de cinq mètres avant de lui mettre le grappin dessus.

-M... maaaaaahou?
-Eh ouais, je suis une ninja de... nuahaha, 'ttends, j'ai mieux dans la casserole, pour toi... une ancienne ninja, actuellement déserteuse de la feuille. Et malgré ça, les Kiritsu ne vont sûrement pas s'en prendre à moi. Et tu sais pourquoi?
-Bin... non, fit le môme blêmissant en laissant défiler son imagination.
-Parce que tu vois, en fait... j'ai quelques problèmes de pulsions violentes. Dans le genre grosse rageuse qui bourlinguait déjà les chieurs dans le berceau. Rien qu'à dix ans, mes parents ont voulu m'envoyer voir un psy parce que j'avais contribué à plus de carnage que les chiards bagarreurs du quartier, et...

'Ttends, lui raconte pas ta vie non plus, ça va lui laisser le temps de réfléchir. Contente toi de menacer. Timing, push, déborde et écrase: technique de base pour agresser quelqu'un n'importe où. Fermement mais avec douceur, je lui posais la main sur l'épaule, enserrant sa veste pour l'empêcher de dégager... et le tracter vers moi. Un geste amical que pas un passant ne suspecterait d'être une prise en otage.

-En temps normal, ça va plus ou moins quand je n'ai pas d'armes à portée de main... et qu'on me laisse tranquille. Sauf que dans cette ville, j'ai quelques amis qui me veulent du mal. Tu saisis l'allure? Donc je dois toujours rester sur mes gardes, et toujours rester armée. Ce qui nous pose un nouveau problème. Tu vois, ce poignard?, fis je en dégainant l'arme.
-Hu...
-Je ne t'entends pas!, grondai-je.
-Hui, oui!
-C'est avec celui là que j'ai éventré l'anbu qui a essayé de m'empêcher de quitter le village. Il a un petit coté sentimental... enfin. Du coup, je ne le sors plus que pour les grandes occasions. Au contraire de celui là, que j'utilise pour écailler les petits poissons. Dans ton genre. Tu sais ce que ça veut dire?
-Mmnnh... non, M'dame.
-Mademoiselle!
-Nonmademoisellesiouplait!
-Bon. C'est simple, pourtant. Très simple. Approche toi encore.

Me retenant maintenant à grand-peine d'exploser de rire pendant qu'il obtempérait tout lentement, je me préparais à sursauter violemment en lâchant un gros BOUH! pour l'effrayer et lui faire battre son record au demi fond. Au final, je ne parvins pas à garder mon sérieux, et le résultat fut encore pire. Sur fond de BWOUAHOUAHOUARHARHARHARH! émaillé par un sourire de T-Rexcité, toute la bande qui épiait leur petit camarade se faire traumatiser prit la fuite, refusant d'être confrontés à la psycho de service.

Na, bien fait.

Fichus sales gosses, me dis-je en continuant de ricaner stupidement quelques rues plus loin, attirant d'autres regards dans la rue. Bin quoi, qu'est ce que vous me regardez, vous voulez mon portrait!? Je suis une déserteuse!

En plus, quelqu'un de moins sympa que moi -ou moi dans un mauvais jour- lui aurait juste défoncé le portrait, option un poil moins pédagogique.

Mais même ça ne pouvait pas me départir de mon excellente humeur (très particulière, en effet). Prenez mes deux dernières missions: avec une chunin, elle était venue me chercher en main propre, puis un autre chunin qui m'avait empruntée pour qu'on me colle dans son équipe. Eh bien aujourd'hui, maintenant, rendez vous en haut du plus haut immeuble du quartier avec un junin qui se consacrera tout à moi pour une mission calibre 150! Si ça c'est pas de l'ascension, franchement... six étages, rien que ça!

Sensei-chan voulait sûrement voir si je pouvais grimper aux murs. Ce qui devait pouvoir se faire... je crois. Six étages, ça faisait beaucoup, quand même. En longueur, mais surtout en hauteur. Même en sachant le faire, y'avait quand même des ratés qui pouvaient se pointer. Donc ouais, j'vais prendre les escaliers, plutôt. Le discernement, c'est encore mieux que de savoir parfaitement grimper aux murs, non?

-Non, c'est pas à ça que je m'attendais, m’accueillit-on en haut. Pourquoi t'es pas passée par les murs?
-Hey là, j'ai du forcer trois serrures avec mes épingles à cheveux, c'est aussi très bien! Pis d'abord, qui t'es et qu'est ce que tu fiches là?

J'avais affaire à un blondinet filiforme, qui était visiblement le seul à m'attendre. Les autres pigeons qui épiaient les passants n'étaient probablement pas là pour moi, eux.

-Toi, c'est Oboro, c'est ça?
-Je crois plutôt que ça sera Muromachi, pour toi.
-Y'avait écrit Ashikaga, sur le formulaire...
-Muromachi, point barre et sans option. Toi, t'es qui?
-Otarin Reikashi. Mais vu ton intro, je crois que tu seras plutôt mamie nova. Ca va, pas trop dur les escaliers?
-Tcheuh. Franchement, j'ai l'air d'être fatiguée?
-Je crois que la franchise ne te réussira pas, ma grande, répliqua t-il en insistant sur ces deux derniers mots.

C'était quoi, cette arnaque? Il avait 16 ans à tout casser. Un genin, donc. Et bien con, visiblement. Et je disais ça sans même avoir accès à ses pensées, qui hésitaient entre les sobriquets d'asperge et de girafe, ce qui -s'ils osait les employer- lui vaudrait un allez simple pour le rez-de-chaussez, et peut être même six pieds sous terre selon l'intonation.

On m'avait pourtant assuré que j'aurais un junin en prime pour moi toute seule. C'est quoi, cette arnaque?

Pas mécontent de ma mine, l'inconnu (Otarin? Tronche-de-phoque ferait l'affaire, comme réplique) s'arrangea pour me faire un affront encore plus considérable en l'espace de quelques phrases. Oui, j'étais effectivement la seule genin de la mission. Non, lui son grade c'était junin.

Ils m'avaient collée à un débutant. Un bleu. Sûrement tuyauté et inbuvable, en plus.

La misère totale, quoi.

-Haaaa... hahaharf... ha-ha-haaaaaan bwouin ouin ouin, naaaaaan, déprimais-je. Donc la mission, ça va être une rang D, maintenant? Faut laver l'immeuble, c'est ça?
-Femme de ménage? Bien sûr que non, mais la vue est chouette, d'ici.
-La vue est... chouette. C'est une blague? C'était pas un test? Oh, bon. Et donc, qu'est ce que c'est?
-Euh... pas con, tiens. Mémo perso, penser aux tests pour filtrer les novices. En l'occurrence, mission de protection et prévention. Si je te parle d'Onibaku et d'Hogo Suru, ça te cause?
-Bien sûr.

T'imagines bien que j'avais révisé avant de venir. Qu'est ce que tu crois, c'est toi le blond, de nous deux!
Les Onibaku, c'est l'un des quatre gangs majeurs de la défunte Arasu, et qui a beaucoup perdu à cause de la guerre. De ce que j'en sais, du moins: après, qu'ils soient une poignée ou une armée, je préfère vous rediriger sur un spécialiste des renseignements. Et les Hogo Suru, c'étaient les anciens privilégiés du village. Un genre d'élite, si j'ai bien compris. Ils obtenaient une licence particulière auprès de ce qui faisait ici office d'autorité (ptêtre une mairie? Parait qu'ils avaient une Kage), et devenaient invulnérables dans la ville. Pas de problème avec les vols, menaces, péages et agressions diverses que la décharge d'Arasu a à offrir.

-Nous allons devoir protéger un groupement d'Hogo Suru qui ont contacté le QG.
-Hum? Les protéger de quoi, vu qu'ils sont déjà sous protection du...
-Force d'occupation, ma grande. L'administration locale n'existe plus maintenant que Kiritsu tient les rênes de Narasu.

Oh, pas faux. Sûr que si on voit les choses comme ça...

-Ok, je vois le genre. Ceux qui ont instauré le statut se sont fait méchamment boxer les huitres par les villages, et maintenant, leurs règlements font office de torchons?
-A peu près. Y'en a qui ont fini par le comprendre, et ont commencé à leur cogner dedans. Du coup, ils veulent maintenant vivre à nos crochets, et ont déposé une demande de mission en bonne et due forme.
-Euh... mais on est ici en tant qu'armée, ou en tant que mercenaires?
-Toutes les opportunités sont bonnes à prendre. Kiritsu va bientôt accepter des missions émanant des locaux. Je suis junin, je fais ce qu'on me dis. Tu es genin, ne pose même pas de questions.

Ca se tient, pourquoi pas. Sauf la fin de son raisonnement, pour laquelle je vais juste le massacrer. Etablir un comptoir ici? C'est limite de l'annexion pure et simple. Dans la logique de l'occupation. Et à qui profitera les bénéfices? J'vois mal les galonnés se contenter d'un partage aux trois tiers. Et encore moins de se la jouer redistribution bienveillante pour la populace.
C'est naze, cette manip'.

M'enfin ouais, chaque chose en son temps.

-Donc concrètement, on va faire quoi?
-Arpenter les rues en distribuant des tracts pour faire savoir qu'on est là. Ils sauront qu'on protège les ex-intouchables, et n'oseront plus les attaquer. En échange, les membres du groupement nous serviront de contact. Et bien sûr, ils ont payé, comme pour toute mission.
-...
-Des questions?
-Distribution de tracts. Rang D.
-Meuh non. Autre chose?
-Oh ça, que oui. C'est une blague?
-Tout à fait.

Le balourd, c'est le mari de la baleine, il parait. Et les otaries, c'est un genre de petites baleines, non? Pasque ce coco me faisait de plus en plus l'effet d'un gros blaireau.

-De ce que m'a dit mon junin référent... en gros on va les menacer.
-Cad?
-Quelque chose dans le genre "On leur colle un grosse frousse en foutant le bordel chez eux". Pas les éliminer, bien sûr. Juste qu'ils mouillent leurs slips et inondent leurs chaussettes. Si on devait faire le ménage, ils enverraient un tout autre genre d'équipe.

Ouh la vache. Valdinguer du méchant? Tout casser? Gratuitement? Mais c'est extra! C'est énorme! J'aime cette mission! Donc on se la jouera commando infiltration, puis ramdam chez les méchants, on leur laisse quelques traumas, et on passe pour des héros auprès des marchands?

Je signe!

-T'as l'air heureuse, s'inquiéta Otarin. Ca va être dangereux, tu sais? Ou alors t'es du genre sadomaso?
-Mais non, mais non. Enfin, oui oui ça va être dangereux, prudence sûreté tout ça et compagnie, je connais très bien, pour sûr. Rang C ou B, ce truc?
-Y'a pas de rang attribué, je crois. Kiritsu ne prend normalement pas encore de missions, mais... hey, on s'en fout de ça.
-C'est vrai, s'pas important. Mettons rang B, donc. On commence quand? Où? Qui faut boxer?

De moins en moins rassuré, Tronche de phoque fronça les sourcils, craignant d'avoir affaire à une surexcitée qui ferait tout capoter. Déjà que les nanas en général n'étaient pas du tout sa tasse de thé (ce qu'un psy utiliserait comme formidable levier de discussion, au même titre que son goût du meurtre), mais en plus il ne savait que trop bien les embrouilles qu'une garce pouvait lui coller dans ce genre de situation. Il avait déjà vécu et survécu à Harumi. Et un remake ne l'inspirait pas le moins du monde.

-Ecoute ma grande, j'ai une genin qui m'a claqué dans les bras y'a pas longtemps...
-Ouch. Coup dur. C'était ta copine, s'ça? Pour que t'en parles comme ça...
-Et qui ne l'a pas fait en plus, ce qui était encore pire.
-Hum? Mais si elle a survécu, c'est forcément mieux, non?
-Eh bien en fait... euh... non.
-Cad?
-Pas tes oignons.
-Ca c'est faible. J'vais mourir, t'es un psycho sous pulsions qui bouffe les jolies jeunes filles?
-Bref, Harumi était chiante, balourde, faible et pas maligne.
-C'est toi qui l'a agressé en fait, et elle a témoigné?
-Alors maintenant, je me méfie.
-Essaie de me poignarder par surprise, pour rire. Tu la vois, cette hache? Bin rien que mon poing dans ta gueu...
-Donc avant coup, je veux être sûr que tu seras capable de tenir. Pas forcément tenir le rythme, mais au moins tenir le coup. Et pour ça, le test me semble une bonne idée, comme tu dis.

Euh... ouais, bien sûr. Genre là maintenant tout de suite? Sur un toit, avec chute mortelle et atterrissage compote?
Un psycho, j'le savais!




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Re: Narasu

Message par Sonaka le 18/3/2012, 16:41

En bas, la situation virait au rouge: Kalem était incapable de transporter l'Anbu, et celle-ci ne semblait pas disposée à vouloir se déplacer seule. Malgré le cocktail d'énergisants qu'il lui avait injecté, elle semblait encore particulièrement faible, peut être même en proie à l'évanouissement. Il la trainait et la portait à la fois, avec la désagréable impression d'être une monture ou un animal de trait... ce pour quoi il n'avait absolument pas signé.
Tant pis pour elle, se dit le nain à sa cinquième halte. Elle n'avait qu'à pas être aussi aussi lourde, après tout.

Le cas de Kentaro était plus particulier. Après tout, son bras gauche était à vif, revenant d'une déflagration que la robustesse artificielle du ninja n'avait su encaisser, et donnait la désagréable impression d'un tas de viande que l'on aurait vaguement essayé de cuire. Sa peau n'avait pas entièrement flambé, mais... le résultat en devait encore moins soutenable au regard.

Rien de ceci n'empêcha le chunin d'arracher un battant d'armoire et de l'envoyer en direction du fautif. Ce dernier enflamma une bougie, créant un bref embrasement qui dévia le projectile improvisé... suivi d'une moitié de chaise qui failli l'atteindre, s'en manqua de peu. Le déserteur se contenta de projeter des billes de flammes en réponse, pour arrêter le tireur.
Peut être allait-il laisser le mahousard se fatiguer un peu pour le moment.

Eiki, enfin, regardait avec horreur ses adversaires toujours plus nombreux essayer d'emprunter la brève dans le rempart de flammes qui avait si bien avantagé les shinobi jusque là. Il faisait bien sûr de son mieux pour les empêcher de traverser, mais ne se voyait pas tenir dix secondes de plus. Déjà, trois arbalètes lorgnaient dans sa direction, attendant seulement d'être réarmées pour siffler de nouveau.

Et la femme qui venait de lancer une pleine armoire en travers du rideau de flammes...
Il n'avait même pas le temps de s'en soucier, en vérité.



Et à l'étage... la jeune Ujiwaru ne prêtait attention à rien de tout ceci. Complètement paniquée, elle se contentait de peser de son faible poids contre l'épaisse porte en bois par laquelle son équipe était entrée dans la mezzanine... et par laquelle ils envisageaient de ressortir. Bien sûr, si les personnes qui s'efforçaient de l'ouvrir étaient également des membres du gang qu'ils venaient d'embusquer, leur unique plan de sortie s'avérerait totalement perdu. Sans égard pour la poussière sur laquelle elle se plaquait, Sonaka tenta vaguement de réfléchir, incapable d'envisager quoi que ce soit d'autre que les charges croissantes infligées à la porte. Une secouse, particulièrement violente, manqua de la renverser et dégonda légèrement la porte.

A la prochaine secousse...

Anticipant le pire, elle se retira sur le champ, allant se caler accroupie dans un coin de la pièce. Deux femmes et un homme entrèrent précipitamment, sans la voir ni même la chercher. Chacun d'eux disposait d'une arbalète en bois blanc, identiques à celles des tireurs embusqués qu'ils avaient surpris quelques dizaines de minutes auparavant, ainsi qu'un genre de sabre -plutôt court, bien qu'elle n'y connaissait rien- dont le manche était du même acabit. Ces trois personnes se précipitèrent en avant, en direction de la balustrade qui surplombait le spectacle du combat de ses coéquipiers... et deux d'entre elles prirent en main leurs arbalètes.

Pour autant, l'une des femmes dégaina son sabre. Et le trio fit volte face, dirigeant ses armes vers la porte qu'ils venaient d'emprunter. Sonaka abandonna l'idée de leur envoyer ses fumigènes, incapable de comprendre leur attitude, et craignant d'attirer leur regard par du mouvement dans la pénombre. Forcément, ils n'allaient pas tarder à la voir. Déjà, ils scrutaient attentivement les environs. C'est du moins ce que pensa l'Ujiwaru.

Mais à mieux y regarder... ils étaient à bout de souffle, communiquaient précipitamment, d'une voix basse perçante et inégale, et se trouvaient probablement tout aussi paniqués qu'elle. Pour avoir eu vent de l'attaque des ninjas et imaginé qu'ils auraient à faire face à des tueurs surhumains? La chikaratte aurait bien voulu en voir un dans son camp.

L'une du groupe, celle qui se tenait en avant-garde, s'effondra net en poussant un cri. Surpris, tous crièrent: le couple d'arbalétriers, Sonaka, et l'auteur de cette attaque surprise. La ninja réalisa avec horreur son erreur, et s'élança avant d'être criblée de dards. Précaution qui s'avéra inutile: par réflexe, les deux tireurs avaient déchargé leurs armes droit devant eux, sans rien viser, puis dégainé leurs lames en abandonnant brusquement leur matériel.

-Arrête de crier, ma belle, lui intima une voix sifflante d'un genre totalement inconnu.

Quelque chose lui passa dans le dos. Un truc énorme, chaud et...

Très désagréable au toucher. Avec une odeur absolument répugnante. L'épais animal manque de peu de la renverser, et chargea en direction des deux restants. Il ne les percuta pourtant pas, et du probablement lancer un jutsu une fois à portée.

Elle l'aperçu brièvement de profil, dans la pénombre. On aura dit un genre de panda élancé. Qui grimaçait de douleur: en essayant de la contourner, l'animal s'était coincé plusieurs touffes de poils dans la ceinture à boucles de la genin.

Arborant un air pas commode, il s'approcha d'elle. Ce qui permit à tous deux de mieux se détailler en attentivement. Déjà, ils portaient le même bandeau orné de l'emblème de chikara. Et en l'observant de plus près...

Exit le panda, se dit la chikaratte. Les pandas n'avaient pas de trompes.


*
* *


-C'EST CA, VIENS JOUER!

Eiki ne réalisa pas immédiatement ce qu'il lui arriva. C'était lui que l'urgence avait désigné pour affronter la lanceuse d'armoire.

Et on ne pouvait pas dire que sa situation était brillante.

Après une brève succession de passes, son adversaire lui avait collé un uppercut fulgurant en conclusion d'une approche glissée... mais il ne sentit pas véritablement de choc. Par contre, il fut soulevé du sol, au point tel qu'on pouvait sérieusement parler de décollage. Cinq mètres, se dit-il au pic de son ascension. Tout juste hors d'atteinte du plafond, qu'il pu frôler du bout des doigts.

Après un instant d'immobilité, il bascula d'un coup tête en arrière, le regard révulsé et face au sol. Tant de la proximité croissante du plancher que du fait que la femme à la cravate semblait prête à lui décrocher un autre coup. Le ninja parvint à rabaisser ses jambes, tendit les bras en avant, s'apprêta à atterrir recroquevillé sur l'étrange taidoka, et...

Fut renvoyé en l'air d'une seconde attaque. La combattante n'avait pas réussi à armer son coup, et jongla donc avec lui pour une nouvelle tentative. Ce qui était de mauvais augure pour le gensouard, qui devinait qu'une technique fracassante l'attendait prochainement. Il avait cette fois eu plus de mal à se rééquilibrer, et se sentait bien incapable de recommencer une troisième fois. C'était sûrement ce qu'elle attendait, d'ailleurs.

Kalem, qui observait la confrontation de loin, était du même avis. L'anbu qu'il transportait tenait à peu près debout, si elle s'aidait du mobilier. Aussi se désintéressa-t-il d'elle quelques instants, et s'empara de sa sarbacane. Il y introduit en hâte une fléchette, et fit feu sur la disciple du déserteur.


Et à cet instant, un miracle arriva.

Le docteur Doskop, médecin et genin de son état, accomplit le premier de ses hauts faits.


Kentaro, témoin de la scène malgré lui, cru halluciner. La combattante, qui attendait de pied ferme Eiki pour le réexpédier une dernière fois, abandonna sa posture lorsque le dard lui perça le flanc. Elle jura du fait de la douleur, puis de son erreur: à peine releva-t-elle la tête que le shinobi lui retomba dessus, en boule, la faisant flancher net sous son poids. Sa tête heurta le sol, mais sans dommage majeur. Toutefois, sa jambe en feu lui indiquait qu'elle avait du se fouler une cheville, si ce n'était pire pour son articulation.

Elle était hors jeu. Et Kalem renifla de joie, bruyamment, avant d'effectuer un vol plané sur plusieurs mètres. Il n'avait pas vu la sphère explosive lui arriver dans le dos. Il fut projeté jusqu'à heurter Kentaro, qui l'intercepta tant bien que mal malgré son handicap. Le nain eu tout de même le souffle coupé, et jura longuement contre les pectoraux de son coéquipier, trop travaillé. Ca n'était qu'un réflexe, et son attention était dirigée vers le déserteur qui venait d'utiliser une seconde technique d'explosion, moins puissante mais bien plus souple à l'emploi que la précédente.

L'élève était à terre, mais le maître était encore en possession de ses pleins moyens.
Et il était rudement bien entouré.

-Les mecs?, hésita Eiki, bien moins confiant que précédemment.
-Aucune idée, souffla Kentaro.

Le médecin envisagea furtivement de foncer dans le tas. C'était stupide et désespéré, mais il ne voyait pas d'autres moyens de s'en sortir. Ils venaient de se faire acculer dans un coin, manœuvrés et encerclés par leurs adversaires cinq fois plus nombreux. Et le déserteur s'était assuré de leur couper toute retraite en balayant Kalem d'une déflagration.

Eiki avait récupéré l'Anbu, sur laquelle les énergisants faisaient maintenant pleinement effet. Mais lui aussi avait été contraint de reculer. Il avait les bras pleins, et Kalem n'était pas un spécialiste des situations miracles. Par dépit, le refoulé chunin se sentit désormais en charge de la situation, étrangement.

Situation qu'il n'appréciait pas le moins du monde. La moindre erreur pourrait entraîner des conséquences qu'il ne souhaitait pas regretter plus tard.
Et elles concernaient autant ses coéquipiers que sa propre personne.

Mais heureusement, il n'hésita pas longtemps.

Il était Kentaro Satokira, après tout.
Bien sûr, qu'il fonça dans le tas.
Tous le monde le regarda faire, une myriade de sentiments en tête. Surprise, amusement, prudence, condescendance, mépris, crainte. Les brigands avaient affaire à un ninja, qu'ils avaient rapidement appris à ne pas sous-estimer... et à ne pas surestimer. Le shinobi partait dans une manoeuvre de dernier recours, tout simplement. Peut être désespéré.

A sa décharge pourtant, foncer dans le tas n'avait rien d'idiot, car il avait ici une carte à jouer.

Et c'est ainsi que le on-ne-sait-quoi d'un peu sauvage de Kentaro, que la chikaratte avait apprécié du regard un peu plus tôt, celui-là même qui tendait à faire perdre le sens des priorités au chunin lors d'un combat et l'avait incité à se réserver le dangereux déserteur dans une bataille en face à face, se vit lâcher la bride. Sans plus aucune retenue.

Une bouffée de violence et de meurtre envahit alors la salle.

Et tout le monde fuit le mahousard aussi sûrement que s'il était le Kage lui même. Sa vague de terreur ne dura que quelques instants, mais ses coéquipiers eux mêmes, pourtant relativement épargnés par l'aura, eurent un long temps de latence avant de remarquer que le Satokira avait bifurqué en direction des escaliers, maintenant libres d'accès. Eiki rejoint Kalem, pour l'aider à soutenir l'Anbu qui allait désormais beaucoup mieux. Elle parvint même à les remercier, et les guida pour compenser leur hébètement. En ce qui la concernant, la vague de pression de Kentaro avait visiblement bien très synergisé avec le cocktail de Kalem: elle souleva à moitié ce dernier pour leur faire gagner du temps dans les escaliers.

Restait le déserteur qui, s'il avait bondit en arrière et trébuché maladroitement, n'avait pas complètement perdu les pédales et armait déjà son prochain jutsu.

Un cri au dessus de sa tête détourna pourtant son attention, et l'incita à lever les yeux. Sonaka n'avait pas perdu beaucoup trop de temps, apparemment. Une énorme boule de feu approchait lentement du renégat.
Suffisamment lentement pour qu'il décide d'en prendre le contrôle et de la modifier un peu, d'ailleurs. Déjà, la sphère avait rebroussé chemin, et progressait bien plus diligemment qu'à ses débuts. Elle traversa la rambarde sans l'affecter, pour un retour à l'envoyeur déterminé. L'orbe de feu se dirigeait automatiquement vers la genin, et lui exploserait dessus une fois à portée.

Le déserteur réfléchit pendant quelques instants, puis changea d'avis.
Non.
C'était déjà une très belle arme qu'il venait d'acquérir, et il avait mieux à faire. Il attendrait que les fuyards regagnent la mezzanine, puis incendierait tout l'étage à leur attention. Avec un peu de chance, tous périraient à l'embrasement. Dans le cas contraire, ils seraient au minimum blessés par l'explosion, et l'incendie lui fournirait un environnement on ne peut plus adapté pour clore cette affaire.

C'était décidément un très beau jutsu, qu'il venait de pirater. Il lui suffisait d'envoyer davantage de chakra dans l'orbe incendiaire de la chikaratte, et...

Et d'esquiver l'énorme tas de poils crépitants qui venait de surgir à sa gauche.
L'invocation de l'anbu qu'ils n'avaient pas réussi à capturer.
Un tamanoir, ou fourmiller, qui lui fit perdre le contrôle du jutsu d'une décharge raiton bleue azur. L'animal ne s'attarda pas auprès du déserteur, déjà entouré d'un rideau de braises et de cendres protectrices, et escalada le mur à toute vitesse.

Et à l'étage, la sphère désormais incontrôlable... non, n'explosa pas, mais se contenta de poursuivre son ascension, traversant le plafond sans le brûler. De n'importe quoi point du village, on put la voir s'élever jusqu'à s'effriter à l'approche des nuages. Ces feux d'artifices devenaient de plus en plus communs, mais n'avaient heureusement encore commis aucun dommage à la population... officiellement, du moins.



Toute l'équipe de Kiritsu était maintenant sur les toits, et fila sans demander son reste en direction du Gyosei. Kentaro et Eiki encadraient Sonaka, l'aidant à progresser quand bien même toute la tension accumulée lui permettait d'avancer aussi vite qu'eux. Kalem chevauchait maintenant l'Anbu, qui était elle même soutenue par son invocation. Ce n'est que lorsque le gensouard trébucha dangereusement qu'ils estimèrent être suffisamment éloigné de leurs poursuivants pour se permettre de récupérer des forces.
Longuement et hors d'haleines. Particulièrement les deux femmes.

-Okay. Alors... qu'est ce que c'était que ça?

Sonaka ne venait pas vraiment de briser le silence: ils avaient passé leur temps à crier, tout le long de leur intervention, sans toutefois y prêter attention.

L'anbu la regarda longuement, sans parler, puis vérifia machinalement que son masque ne lui avait pas été retiré. Bon, ils avaient été réglos. Mais elle-même se posait tellement de questions que...

-Pause. Qu'est ce qui s'est passé?

Les genin échangèrent des regards. Personne ne semblait prêt à se porter volontaire pour s'adresser à l'anbu, qui les dévisagea tour à tour. Jusqu'à s'attarder sur Kentaro, et sur son bras.

-Vous. Vous avez besoin de soins, en urgence.
-Ca ira pour le moment, se défendit le concerné.
-Surtout si je m'en charge, intervint Kalem, qui venait de réaliser qu'il avait un blessé sur les bras.
-Pas touche, tricheur. Pas de jutsu.

Kalem envisagea brièvement de répliquer sur la doctrine arriérée et irresponsable de son collègue, mais... non, ça n'était pas le moment.

-Je pense que je peux expliquer pas mal de choses, hasarda l'animal.

Etrange animal, d'ailleurs. C'était la première fois qu'ils voyaient un fourmiller. Curieux animal. Kalem en particulier le détailler des griffes au garrot, et en fit plusieurs fois le tour, notant mentalement les caractéristiques, tics et manies du tamanoir. Un animal aux techniques de chasse uniques. Raiton? Pourquoi pas.

-'Ai pu observer leur réunion, mais je n'ai pas réussi à attraper les étrangers, Shigo...

-BIP-

-... je veux dire, Anbu-chou.

Les invocations étaient encore pires que les coéquipiers, lorsqu'il s'agissait de négligence. L'anbu se félicita pour la énième fois d'avoir poussé son genjutsu de censure au point d'en rendre l'usage automatique. Son identité était sauve.

-Par contre, je sais où loge leur représentant.
-Où?
-Eh bien, c'était particulièrement bien pensé. Ils l'ont installé dans le...

-BIP-

-Je vois. Son nom?
-Nan, ça je ne sais pas. Par contre, physiquement...
-Oui...?
-L'est bizarre. C'est un genre d'humain, ou un cyclope, j'ai pas trop vu. Ou un raton-laveur sous stéroïdes, peut être. Ses cheveux faisaient quelque chose dans les cinq cent soixante quinze nanomètres, ou alors quatre-cinq... et... euh... s'habillait avec du sept cent.

Il la décrit longuement à sa partenaire, mais... en des termes tels que les genin n'y comprenaient pratiquement rien. Soit l'animal avait des références inhabituelles pour l'espèce humaine, soit les anbus avaient un dialecte bien à eux pour converser en public. Le petit doigt de Kentaro penchait pourtant vers la première version.

-Qu'est ce qu'il raconte?
-Je crois qu'il veut dire que leur cible est blonde, devina Kalem en se référençant aux longueurs d'ondes. Avec un certain penchant pour l'alcool de qualité et les belles draperies. L'animal dont il vient de parler appartient à la famille des Clupeinae, ce qui signifie que la personne qu'ils cherchent sentait le poisson. Du hareng, pour être précis. La référence au style vestimentaire Honöken indique que notre lascar est particulièrement riche: c'est un couturier qui vient de l'autre bout de l'archipel, et...
-Mais c'est hors de prix, ce truc!!
-Précisément, Sonaka.
-Sur quoi on est tombé?


-BIP-

Ce dernier graillement sonore récupéra l'attention de l'équipe.

-Bref bref. Sinon, la cible insistait pour qu'on l'appelle par son surnom. Peut être pour ça que je n'ai pas eu son nom, tiens...
-Continue.
-C'était quelque chose, comme...

Le fourmilier tiqua un instant, puis sursauta. Sa langue apparut fugacement, puis regagna son antre.

-Termite?
-Son surnom?
-Anbu-chou, quand est-ce qu'on mange? Le restaurant où vous étiez était plein à craquer d'insectes. J'ai oublié d'en ramener un casse croute.
-Ca n'est pas le moment tu auras
-M'enfin, Shigor....

La voix du fourmilier fut aussitôt coupée sec, distordue par le même jutsu opéré en urgence. Garder son identité secrète, quand son acolyte d'élite avait la langue aussi bien pendue (normal vu la taille, aimait-elle relativiser), était un vrai travail d'anbu.

-Boah, euh... quelque chose comme Dam...

-BIP-

-Ca commence à faire mal aux oreilles, plaisanta Eiki. Vous feriez peut être mieux de...

Il s'arrêta, réalisant avec horreur qu'il donnait des conseils à un anbu. A sa surprise, elle ne le prit pas mal, et acquiesça.

-Rentrer au Gyosei? Bonne idée. Je crois que nous avons tous besoin de repos, fit-elle en se relevant. Mais avant cela, il va falloir que vous m'accompagniez.

Les genin se tendirent: ils n'étaient visiblement pas arrivés au bout de leurs peines. Cela n'échappa pas à leur ainée, qui tenta de les rassurer.

-Simplement pour y déposer vos noms. On va vous laisser vous reposer, puis vous serez interrogés. Je ne sais pas d'où vous sortez, mais on verra plus tard. Vous avez fait du très bon boulot, d'ailleurs.

Kentaro rigola sombrement. Oui, bien sûr. Ils commenceraient par expliquer que Kalem avait inventé une potion pour détecter les individus aux connaissances étendues, puis... auraient à répéter inlassablement ce passage farfelu à souhait jusqu'à ce qu'on finisse par les croire. Teuh.

Une journée à l'hôpital lui ferait sûrement du bien, en fin de compte. Du travail ou du repos, tout resterait mieux que ça.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 19/3/2012, 13:27

Assis en tailleur sur son lit d’hôpital, Kentaro ferma les yeux et inspira profondément, se relaxant.

Lentement, il commença à se fermer au monde, coupant ses sens à l’extérieur, créant une sorte de bulle centrée sur lui-même. Cette première étape de la méditation Shinkoku lui était si familière que le jeune homme était capable de l’exécuter en un rien de temps.
Ensuite, le médecin vida son esprit, s’écartant de ses préoccupations et délaissant les innombrables pensés parasites qui pouvaient survenir, visant le néant psychique.

Le cadre était posé, il pouvait commencer à travailler.

Laisser son imagination suivre des chemins familiers, le chunin se mit à ressentir le chakra qui parcourait son corps, le visualisant en train de circuler en lui. Adepte de la métaphore du réseau sanguin, Kentaro assimilait le nexus où le chakra se raffinait à un cœur, duquel jaillissaient plusieurs artères principales, elles-mêmes se subdivisant en de nombreuses artères, qui explosaient en une myriade de petits capillaires de chakra, chargés d’alimenter l’ensemble de l’organisme.
La seule différence était qu’il n’y avait pas de cheminement retour, comme pour le sang. Le chakra ne revenait pas au "cœur". Et que le flux était constant, contrairement aux saccades du système sanguin.

Encore à ce jour, Kentaro ignorait si cette vision était véridique ou résultait simplement d’une vue de l’esprit. Mais cela lui importait peu. L’important était que cette image lui permettait d’agir très précisément sur son chakra, et c’était là le principal.

Le chunin conserva la sensation de ce flux de chakra le parcourant dans un coin de son esprit, et attaqua la seconde étape.

Comme un certain nombre de médecins, Kentaro possédait une vision très précise du corps humain, au point de pouvoir le visualiser mentalement de façon quasi parfaite : os, muscles, organes… Tout y était présent très exactement, dans le moindre de ses détails.
D’ordinaire, ce corps fictif servait principalement à leur propriétaire pour préparer une opération, leur permettant d’exécuter mentalement encore et encore les gestes opératoires qu’ils allaient être amenés à effectuer. Ce qui expliquait bien souvent leur haut niveau de compétences.
Une petite minorité, dont faisait aussi partie Kentaro, détournait sans vergogne cette carte morphologique mental à des fins un peu moins avouables, notamment en combat afin d’optimiser les dégâts. Garder en tête tout ce qui pouvait se trouver sous la peau était toujours une bonne chose quand on fracassait les gens.

Mais aujourd’hui, pas cassage de tronches en perspective, ni non plus d’opération en vue. Kentaro allait travailler sur lui-même. Jonglant avec ses connaissances et son imagination, le chunin réorganisa sa carte humaine mentale afin de la faire coïncider avec son propre corps, prenant notamment en compte son dimorphisme miroir, ainsi que la différence de structures de ses muscles et la présence du polymère protecteur de son cerveau.
Petit à petit, touche par touche, le médecin modifia, altéra, précisa cette image, jusqu’à la trouver suffisamment représentative du parfait modèle qu’il était.

Etape numéro deux terminée. Le plus dur restait à venir.

Le médecin reprit la sensation du chakra circulatoire qui parcourait son organisme, qu’il avait momentanément mis de côté, et conserva en ligne de mire la carte mentale de son corps. Lentement, très doucement, il rapprocha cette image de lui-même, jusqu’à s’y fondre complètement. Puis il commença à bouger cette image pour la faire correspondre à sa position, ajustant délicatement sa dimension spatiale pour la faire coïncider avec le flux de chakra qui le parcourait. Jusqu’à obtenir une superposition parfaite de sa carte mentale et de son flux de chakra.

Ensuite, Kentaro se concentra de nouveau sur son chakra, le visualisant dans l’ensemble de ses ramifications au sein de sa carte mentale. Fluide, constant, indomptable… Le chunin commença à le visualiser allant accélérant, impétueux, implacable, emportant tout sur son passage. Rapidement, le flot se mit à croître, alimentant chaque organe, chaque cellule de la carte, d’un apport toujours croissant de chakra. Celui-ci s’accumula, s’accumula, s’accumula… Jusqu’à l’explosion. Dans une série de déflagration en chaîne, le chakra fut violemment rejeté en dehors des cellules, se répandant aux alentours. Les ondes de chocs progressèrent au sein de l’organisme, avant de se percuter et de se chevaucher, aboutissant à un maillage parfait et inaltérable, constamment alimenté par ce flux de chakra dantesque, englobant et copiant la plus petite parcelle du corps, jusque sa moindre cellule.

Kentaro rouvrit les yeux et posa son regard sur son bras droit, récemment brulé. Couvert de bandages, de baumes et d’onguents favorisant la régénération de l’épiderme, il continuait de lancer le jeune homme à la limite du supportable, raison pour laquelle il était obligé de l’anesthésier à l’aide de son acuponcture. Solution qu’il préférait encore à la perf’ de mophine.
Le souci étant que le procédé rendait son bras complètement inutilisable.

Le jeune homme inspira profondément.
Et leva le bras le plus naturellement du monde.

Kentaro ne put empêcher un sourire de satisfaction rayonner sur son visage. Il avait réussi !
Le maillage de chakra était effectif, dotant son organisme d’une véritable seconde couche fantomatique. Dès lors, peu importe les lésions et les blessures subit par l’organisme, l’alter-ego de chakra assurait le bon fonctionnement en lieu et place de l’organisme. Impulsion nerveuse, acheminement du sang, extension des fibres musculaires, filtrage des toxines… Tant que cette technique était active, l’exo-squelette de chakra remplaçait le corps et forçait son intégrité physique. Grâce à elle, même un bras tranché restait fermement fixé à son moignon et était toujours pleinement utilisable par son propriétaire !
Tel était la puissance du Borei Gaikotsu (Squelette Fantôme).

Bien entendu, cette technique n’était pas sans défaut. D’une part, elle ne pouvait rien contre la douleur, et celle-ci devait être pris en charge autrement, si la situation le permettait. En outre, elle ne protégeait en rien son bénéficiaire, celui-ci pouvant tout à fait empirer ses blessures pendant qu’il était libre de ses mouvements. Enfin, dire qu’elle était un véritable gouffre de chakra était un doux euphémisme, notamment lorsque, comme en cet instant, elle était utilisée sur le corps dans son ensemble.

Kentaro relâcha la technique et son bras retomba inerte. L’acquérir avait été dur, mais ce n’était rien en comparaison de ce qui l’attendait : il lui fallait encore trouver comment l’activer de façon localisé et, comme son père le lui avait montré, comment l’activer chez autrui.
Car c’était avant tout la fonction première de cette technique. Il était des fois où il n’y avait d’autres choix que de permettre à un blessé de récupérer momentanément sa pleine capacité, au mépris des conséquences.

Kentaro referma les yeux et se reprépara mentalement. Il avait tout son temps. Sa convalescence allait encore durer quelques jours.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 21/3/2012, 13:47

Une grande partie de la nuit s’était déjà écoulée et même une ville aussi turbulente que Narasu dormait globalement à poing fermé. Le couvre-feu en vigueur et les patrouilles inlassables des équipes du Kiritsu avaient vidé depuis longtemps les rues sombres et rien ne bougeait.

Cachés dans l’ombre d’un toit, onze paires d’yeux contemplaient d’ailleurs le lambin d’une patrouille jeter un coup d’œil en arrière, pas très rassuré par l’obscurité environnante. Un genin. Et un bleu, qui plus est : le lampion qui lui servait de source de lumière se tenait sous ses yeux et brouillait complètement sa vision nocturne. Il ne devait rien apercevoir au-delà de quelques mètres. Pas étonnant qu’il ne se sente pas à l’aise…
Un bref aboiement de son supérieur rappela le jeune homme à l’ordre, et il se détourna rapidement, trottant à la suite de son équipe.

Souplement, les onze observateurs se laissèrent choir le long du bâtiment, atterrissant presque sans bruits au sol, leurs mouvements ne laissant planer aucun doute quant à leur nature de shinobi. Tous étaient vêtus d’un kimono renforcé, taillé dans un épais tissu noir, privilégiant l’efficacité à l’esthétique. Bien que semblable de prime abord, chacun avait ses détails propres qui permettait de les différencier. Ainsi l’un allait pieds nus, un autre portait un ample poncho, un troisième portait un sabre dans le dos tandis que son voisin arborait katana et wakizashi à la taille… Et tous sans exceptions portaient un masque blanc, lisse et sans expression si ce n’était les ouvertures pour leurs yeux. La tenue des agents du Goishi, les pions de Nobunaga Nagotory.
La force d’intervention au grand complet était déployée ce soir, dans un but précis.

Lentement, avec précaution, le commando se mit à progresser, rasant les murs et se fondant dans l'ombre des façades. Dans cette partie périphérique d'Arasu, il était plus simple et discret de progresser furtivement au sein des venelles lugubres et étriquées qu'en folâtrant sur les toits.

Kentaro se trouvait en avant-garde, ses sens amplifiés et son instinct aiguisé lui permettant d'assurer le rôle d'éclaireur. Il était épaulé par « Trancheur », le Goishi au katana accroché dans le dos, dont le En s'étendait sur presque vingt mètres. Spectre, l'habituel équipier constamment invisible de Kentaro et le douzième larron du groupe, complétait le dispositif. Sa furtivité absolue lui permettait d'assurer la surveillance depuis les toits. À eux trois, les Goishis assuraient que le groupe ne soient surpris par personne.

Ils progressaient depuis un moment lorsque Trancheur toucha furtivement le bras de Kentaro. Le médecin se sentait si à cran qu'il failli balancer un revers préventif par réflexe, mais retint son geste juste à temps. Ça n'aurait pas manqué de faire des histoires autrement, songea le jeune homme.
Trancheur tendit la main vers le mur opposé, montrant un ensemble de graffitis comme on en trouvait des tonnes dans cette partie de la ville. Kentaro suivit le geste du regard et sentit les poils sur sa nuque s'hérisser. Son allié avait raison, quelque chose n'allait pas.

Deux Goishis quittèrent le groupe pour s'approcher précautionneusement du mur. Malgré les présentations succinctes, Kentaro avait complètement oublié leurs sobriquets, qui ne se rattachaient à aucun signe physique. Il se souvenait juste que celle avec la ceinture bardée d'outils était normalement une experte en Fuin. Ce devait être aussi le cas de l'autre, décida le chunin : il ne voyait que ça comme lien avec le mur couvert de graffitis.

Les deux experts discutèrent silencieusement un moment, avec moult gestes, puis finalement, le type sans ceinture recula et réintégra le groupe, laissant sa collègue gesticuler devant les dessins. Après quelques instants, celle-ci termina ses mudras, posa une main sur le mur, puis fit signe au groupe de passer en vitesse.

Finalement, la troupe du Goishi parvint dans une petite impasse. Spectre y était déjà passé la veille en repérage : les maisons attenantes étaient isolées et sans intérêt. Seule la bâtisse du fond les intéressait. Elle ne disposait que d'une entrée en surface, aucun souterrain, et pas d'accès via les égouts. Mais elle était attenante à la montagne et, connaissant le larron qui l'occupait, il était fort à parier qu'un échappatoire devait y être creusé.
C'est pourquoi le Goishi avait opté d'un commun accord pour une action coup-de-poing. L'effet de surprise et la vitesse seraient primordiaux pour espérer capturer la cible.

Les membres du commando se placèrent en arc-de-cercle autour de la porte. L'un des Goishis s'agenouilla près de la serrure et avec une discrétion et une vitesse à faire pâlir les voleurs les plus expérimentés, la crocheta sans autre forme de procès. L’homme vérifia ensuite les gonds – ç'aurait été ballot de se faire repérer prématurément à cause d'une stupide porte qui grince – puis entrouvrit la porte et se faufila à l'intérieur. Le reste du groupe lui emboita le pas vivement.

Le commando pénétra dans un profond vestibule. Alors que les éclaireurs sécurisaient la zone, toute la salle s'illumina sous l'action de vives lumières blanches, éblouissant la majorité du groupe.
Clignant désespérément des yeux en essayant de s'adapter à la luminosité éclatante, Kentaro repéra quelqu'un qui se détachant dans l'embrasure du passage opposé.

« Bienvenue à vous, membres du Goishi ! » Déclara Akio.

*
* *

Quelques instants plus tôt...

Les Fuinjutsus se déclinent sous diverses formes et produisent divers effets. L'une des branches de cet art s'est déclinée dans les fonctions de surveillances et a trouvé de nombreuses applications dans les activités mouvementées et secrètes des shinobis. On ne compte plus le nombre d'attaques surprises infructueuses suite à la rencontre de ces dispositifs défensifs.
Il n'est donc pas étonnant qu'après en avoir identifié un, les deux spécialistes du Goihsi aient agi avec prudence.

Ce qui leur avait mis tout particulièrement la puce à l'oreille, c'était surtout le fait que ce sceau se soit retrouvé dilué et mélangé à une fresque complète d'un mur, au point d'en être méconnaissable et difficilement détectable. Étendre un sceau est presque aussi difficile que de le réduire, quant à en mélanger les axes pour les incorporer à un dessin... Ce n'était pas l'œuvre du premier venu.

Ceci compliquait les choses. Les sceaux de surveillance fonctionnaient selon différents principes, mais de façon générale, les plus simples se contentaient de déclencher un effet quand quelqu'un passait sur eux ou dans leur zone d'action. Il est donc tout aussi simple – tout du moins pour un spécialiste – de désamorcer ces sceaux pour qu'ils ne fonctionnent pas.
Là où les choses se compliquent, c'est que les plus doués sont capables de préparer leurs sceaux pour que ceux-ci déclenchent aussi un effet lorsqu'ils sont brisés. Dans ces cas-là, il ne faut plus se contenter de désamorcer le sceau mais plutôt de le 'duper' : court-circuiter momentanément la zone de détection d'un sceau.
Mais comme toujours dans l'escalade technique, des contre-mesures et des parades sont toujours trouvés. Ainsi, il est possible pour l'utilisateur d'un fuinjutsu de rester lié à son sceau et donc de sentir une altération de celui-ci, relative au court-circuit.
L'astuce consiste alors à identifier et maintenir le flux sortant tout en dupant en parallèle le sceau.

L'agent du Goihsi qui s'était chargée d'escamoter le sceau de surveillance était du genre à jouer dans la cour des grands. Dire qu'elle était calée sur son domaine était un doux euphémisme. Et bien que ce ne fut pas une partie de plaisir, elle était effectivement parvenue à contrer le Fuin, en prenant en compte tous ces paramètres et en adaptant son contre en fonction de tous les niveaux de verrouillages et autres contre-mesures qu'elle avait identifié.
Un travail d'expert.

Il n'y avait qu'une seule faille dans son raisonnement.

Ce sceau n'avait été posé que dans un seul et unique but. La piéger, elle. Pas spécifiquement en tant qu'individu, mais en tant que spécialiste. Ce fuinjutsu n'était qu'un immense chausse-trappe pour autres spécialistes. Bien qu'en mimant parfaitement les mécanismes internes, ce sceau ne valait rien en tant que sceau de surveillance pour l'écrasante majorité des shinobis, car ceux-ci étaient bien incapables de l'infiltrer et le pirater.

Lorsque l'experte du Goishi identifia et maintint le flux de chakra, il lui fallut y mêler de faibles doses de son propre chakra.
Et bien plus loin, Tannosuke, le propriétaire du leurre, se contentait d'analyser la nature du chakra qui lui revenait et attendait de détecter un quelconque changement de la signature. C'était l'effet actif de ce sceau et toute l'ironie de la chose était que l'experte du Goishi maintenait d'elle-même cet effet, pensant que c'était l'effet à déclenchement en attente et le forçant donc à rester dans cet état, pour qu'il ne s'active pas.
Un piège sur mesure.

Aussi, lorsque le sceau fut momentanément dupé, Tannosuke sut instantanément que l'assaut était imminent.

Décroisant ses jambes, le jeune homme s'étira dans le petit blockhaus et croisa le regard d'Akio.

« Ils arrivent.
_ Bien, je vais prévenir les autres » Répondit le traître.

*
* *

Quelques jours auparavant, au QG d'Akio...

L’imposante double porte pivota silencieusement sur ses gonds et Akio pénétra dans la salle de réunion de son petit complexe. Ses yeux parcoururent la longue table qui trônait au centre de la pièce, avant de s’arrêter sur chacun des cinq occupants.

En premier venait un homme de taille moyenne, aux cheveux bruns et court, et au regard pétillant d’intelligence. Tannosuke, son expert en Fuinjutsu. Un homme vif et consciencieux, en qui Akio avait toute confiance. Même s’il disposait d’une force de combat dérisoire, il n’en tenait pas moins une place importante dans la plupart des schémas tactiques et stratégiques d’Akio. La versatilité des sceaux qu’il maîtrisait et développait décuplait les possibilités qui s’offrait au jeune génie, quel que soit le plan qu’il avait en tête.

Le second était un colosse large d’épaule et au visage mangé par une large barbe d’ébène. Chacun de ses gestes semblaient sourdre d’une violence à peine contenue, qui mettait mal à l’aise la plupart des gens. C’était Manobu, le puissant garde du corps que lui avait imposé Yoshimitsu. Un meurtrier dont les pulsions sanguinaires n’étaient bridées que par sa foi inébranlable en son maître. Un homme puissant et efficace, pour peu qu’Akio compose avec la contrainte qu’aucun de ses ordres ne devait aller à l’encontre de l’ultime consigne qu’avait donné Yoshimitsu : à savoir, protéger Akio envers et contre tout.

La troisième personne était une jeune femme complètement vêtue de noir, le bas du visage caché par une pièce de tissu et une capuche recouvrant le sommet de son crâne, ne laissant voir que ses grands yeux bleus charmeurs. Au sein du complexe, Echidona prenait soin de cacher un minimum son attrait, ce dont Akio lui était gré : la demoiselle avait la désagréable habitude de jouer de ses charmes et d’abattre ceux qui s’y laissait prendre, et elle avait ainsi assassiné deux collaborateurs avant qu’Akio ne mette fermement les points sur les i. Du reste, le traître estimait que c’était un prix acceptable à payer au regard des compétences de la jeune femme. Mêlant Genjutsu et Bukijutsu, Echidona était pleine de ressources et s’avérait un élément destructeur de premier ordre qui, malgré son caractère espiègle, se montrait relativement obéissant.

Les deux derniers étaient les frères Suwa, des siamois. Le premier, Masao, se tenait vouté, comme un bossu, et pour cause : il portait le buste de son frère, Masaru, dans son dos. Tous deux disposaient d’un corps athlétique en excellente condition, recouvert de pièces d’amures en cuir, légères et disparates, mais couvrant habilement leur points vitaux. Contrairement aux autres dans cette pièce, les jumeaux Suwa n’étaient pas des shinobis mais des civils. Et plus particulièrement des maîtres d’armes, vouant leur vie à la pratique et l’amélioration de leurs connaissances de leurs armes respectives.
Si un membre de cette étrange caste s’avérait un adversaire redoutable pour la plupart des genins – d’autant que ceux-ci commettaient bien souvent l’erreur de sous-estimer tout ce qui n’était ni shinobi, ni samouraï – deux d’entre eux en parfaite harmonie cumulant leurs dons aboutissaient à une menace d’un tout autre ordre. Akio estimait à raison avoir déniché une perle rare, raison pour laquelle il avait pris grand soin de le recruter.

Il connaissait les forces et les faiblesses de chacun d’entre eux.
Et aujourd’hui, il allait devoir en tirer le maximum s’il espérait pouvoir surmonter la tempête qui s’apprêtait à se déchainer.

Ayant rejoint sa place, Akio posa son dossier devant lui. Tous ses alliés avaient le regard vissé sur lui, pressentant qu’il se tramait quelque chose. Le jeune homme décida de ne pas les faire attendre et alla droit au but.

« Mes amis, Nobunaga sait que nous nous trouvons à Arasu, commença Akio. En ce moment même, il rassemble ses forces et lâchera bientôt ses chiens de chasse sur nous. D’après Yoshimitsu, entre une dizaine à une quinzaine d’agents du Goihsi vont nous tomber dessus, soit pour ainsi dire la quasi-totalité de leur force-vive. Et ils ne viendront pas séparément, ou en petit comité, mais bel et bien tous ensemble. Nous allons devoir nous organiser si nous voulons leur faire face.
_ Un instant, l’interrompît Masao, tu veux dire, seulement à nous six ? ‘fin, cinq, vu qu’on ne peut pas compter Tanno’… Ça va être du deux contre un, nous ne…
_ Exact, raison pour laquelle j’ai méticuleusement réfléchi au plan que je vais vous exposer. Si nous l’appliquons correctement, nous devrions être en mesure de décimer intégralement le Goishi, en minimisant à l’extrême nos pertes » Annonça posément Akio.

*
* *

« Bienvenue à vous, membres du Goishi ! Déclara Akio aux nouveaux venus. Je vous attendais. »

Deux kunaïs sifflèrent aussitôt dans sa direction, mais le premier était mal cadré quant au second, le traître l’attrapa tranquillement entre ses doigts. Devant lui, les membres du commando s’étaient placés en position de combat mais n’osaient pas encore attaquer. Outre que la situation fleurait bon le piège, la plupart avait encore du mal à accommoder leur vision à la toute nouvelle visibilité et se savait en-deçà de leur capacité habituelle de combat. Tant qu’ils n’étaient pas attaqués directement, mieux valait donc attendre quelques secondes pour récupérer.

« Je dois dire que je suis assez déçu, reprit Akio comme s’il discutait de la pluie et du beau temps dans son salon. Je m’attendais à ce que vous veniez me rendre visite un peu plus tôt. Mais il semblerait que j’ai surestimé les capacités du Goihsi. Nobunaga ne doit plus être si influent que cela pour en être réduit à racler les fonds de tiroirs. »

Quelques jurons fusèrent, mais personne n’attaqua. Tous sentaient qu’il se tramait quelque chose. Impossible qu’Akio, leur cible prioritaire pour ce raid, se présente à eux aussi démuni. Ce n’était pourtant pas une illusion puisqu’il avait pu stopper un kunaï. Lentement mais sûrement, les Goishi se mirent à sonder la pièce et les alentours avec leurs talents propres.

« Enfin, cela n’est probablement pas de sa faute, poursuivit le traître. Je suis bien placé pour savoir qu’il se montre habituellement très exigeant quant aux compétences de ses gens. S’il en a été réduit à de telles extrémités, c’est plus vraisemblablement à cause du niveau déclinant de Mahou. De toute évidence, les grandes réformes de notre nouveau Kage n’apportent pas les résultats escomptés. »

Une alarme retentit au fin fond de l’esprit de Kentaro. Plus que jamais, il sentait que quelque chose se tramait sous ses yeux, à l’instant même. Tandis qu’il cherchait éperdument ce que c’était, il s’aperçu soudainement qu’il était en train de serrer convulsivement son poing, furieux. Quoiqu’il fût en train de se passer, il n’aimait pas ça du tout.

« Mais assez parlé de la décadence de Mahou, éluda Akio. Si je suis venu à vous, c’est parce que j’ai une proposition à vous faire. Il est indéniable que vous ne pouvez rien face à moi et mes alliés. Néanmoins, si vous avez été recruté par Nobunaga, c’est clairement parce que vous avez un certain potentiel. Joignez-vous à moi, et je serai à même de vous le révéler, je vous le promets. Il serait idiot et vain de sacrifier vos vies de façon futile, alors qu’ensemble, nous pourrions obtenir de grands résultats. Et il n’y a qu’une simple chose à faire pour que cela soit.
« Trahissez Mahou ! »

C’en fut trop. Un shuriken fûma passa en trombe au-dessus de Kentaro, manquant de décapiter Akio s’il ne s’était vivement reculé. Dans le même temps, deux autres Goishis se jetèrent vers le traître. Avec un sourire hautain, celui-ci tourna les talons et quitta précipitamment les lieux, poursuivit par les deux Goishis.
Et ce fut la confusion la plus totale.

*
* *

Quelques jours auparavant, au QG d'Akio...

« Diviser pour mieux régner ? Répéta sans comprendre Echidona.
_ Exact » Approuva Akio.

Ce dernier dégagea le sabre ébréché et brisé à mi-lame qu’il portait à la ceinture et le posa bien évidence sur la table, attirant les regards de tous.

« Ce sabre appartient – ou plus exactement, appartenait – à un homme surnommé Tsunami. C’était lui le chef du Goishi, chargé de mener à bien leur action. Il a été abattu il y a deux jours par Yoshimitsu. Ce qui fait qu’en ce moment même, la force d’intervention du Goihsi est décapité, sans plus de leader.
_ Je doute que ce Tsunami soit le seul haut-gradé que Nobunaga ait sous la main, intervint Tannosuke. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne soit remplacé.
_ Tout à fait, approuva Akio. Mais cela va prendre quelques semaines : ces agents d’élites sont sur d’autres affaires délicates, et Nobunaga ne peut les en relever aussi aisément. Et ce temps, nous allons le mettre à profit : nous allons laisser le Goishi nous découvrir et lancer l’assaut. »

Un silence dubitatif accueillit ces paroles. Akio avait beau être un génie, quinze contre six – quatre, si on considérait que Tannosuke ne pouvait se batte et que les jumeaux étaient liés – , ça ne restait pas bien folichon…
Manobu fut le premier à exprimer ses doutes.

« J’ai toujours pas compris en quoi sa mort nous sert, et comment on va diviser le Goishi avec ça.
_ C’est pourtant évident, répliqua Akio.
« Le fonctionnement du Goishi est calqué sur celui des armées de Mahou. Les cellules d’agents sont donc composées de trio, au sein duquel émerge toujours un leader ou une forte tête qui pousse le groupe de l’avant. Lorsque ces cellules sont rassemblées, elles sont alors placées sous l’égide d’un leader naturel et légitime, qui n’est pas remis en question.
« En cet instant, ce leader principal n’est plus. Aussi, lorsque la force lancera l’assaut, elle disposera de trois à cinq leaders mineurs en son sein. Or s’ils feront consensus avant le début de la mission, lorsque les choses iront mal, chacun tentera d’imposer son point de vue. En résultera une parfaite cacophonie où tout à chacun se mettra à suivre ses inclinaisons personnelles : les têtes-brulés fonceront vers l’objectif, les prudents chercheront à sécuriser leur position et leur avancé, tandis que les indécis hésiteront constamment et se trouveront quelque part au milieu, ce qui nous permettra de séparer la force d’intervention en trois.
« C’est pour cela qu’il est impératif de les forcer à agir avant qu’ils ne reçoivent le renfort d’un haut-gradé. En nous dévoilant, nous leur forcerons la main et leur volerons l’initiative, c’est aussi simple que cela.
_ Je comprends bien, intervint Echidona. Mais comment comptes-tu t’y prendre pour que les choses aillent mal ? Si on doit aller les affronter pour qu’ils se séparent, ça ne change rien à notre problème.
_ Cela, je m’en occuperai. Yoshimitsu connait l’identité de deux membres du goishi et m’a transmis l’ensemble de leur profil psychologique. J’irai les provoquer : si je parviens à jouer correctement sur les bonnes harmoniques de ma voix, je devrais pouvoir les plonger dans une rage folle et ils se jetteront sur moi sans plus se soucier des ordres. Et les autres suivront.
_ T’es complètement dingue ! Ils vont te buter à vue, rappela Masaru.
_ Pas si je soigne mon entrée en scène, rétorqua Akio. Si je parviens à les surprendre, j’aurai assez de temps pour commencer le dialogue. Et s’ils se doutent d’un piège, ils me laisseront parler suffisamment longtemps pour que j’obtienne les résultats escompter. C’est pour cela qu’il faut nous dévoiler : si nous savons quand ils arriveront, nous ne serons pas pris au dépourvu et pourront piloter la confrontation.
_ Soit, fit Masao. Mais même si ça marche, nous sommes encore loin du compte : il leur suffira de se regrouper et bye-bye la division.
_ Sauf si on les en empêche, répondit Tannosuke. Maintenant je comprends mieux d’où vient ta dernière demande en matière sceau. » Lança-t-il à Akio en souriant.

*
* *

Comme anticipé par Akio, le commando du Goishi sombra dans le plus grand chaos. Sentant que tout ça déconnait à plein tube, Kentaro décida de suivre son instinct et advienne ce que pourra.
Il fonça donc tête baissée dans le tas. L’inaction, ce n’était décidément pas son truc.

En quelques secondes, le médecin se retrouvait à courir dans un couloir, accompagné d’une poignée d’autres agents, bien décidé à faire sa fête à Akio. Pour autant, Kentaro n’était pas serein. Tout cela semblait trop… Il ne savait pas quoi, mais il avait l’impression qu’ils étaient tous en train de s’agiter dans la paume du traître. Et ça, ça lui flanquait les jetons.
Il lui fallait agir. Le Vieux lui avait dit un truc de ce goût-là.
La stratégie de l’inattendu !
Kentaro enfonça la première porte latérale qui lui semblait sympa qu’il trouva et se retrouva à grimper des escaliers.

Plus loin, bien à l’abri dans son blockhaus, Tannosuke décomptait lentement, sereinement. Finalement, arrivé au bout de son compte à rebours, l’expert en Fuinjutsu plaqua sa main contre l’un des sceaux appliqués sur le mur et y déversa son chakra. Par résonnance, une série de sceaux placés en divers endroit de l’infrastructure s’activèrent. Dans un fracas assourdissant, d’imposants murs jaillirent des plafonds et chutèrent lourdement, condamnant des issues, tandis qu’en d’autres endroits, des murs s’enfonçaient dans le sol, dévoilant de nouveaux passages.
En quelques secondes, la topographie complète des lieux fut complètement réagencée, isolant de multiples sections du bâtiment, ainsi que les shinobis qui s’y trouvait.

Kentaro s’interrompît dans sa folle cavalcade, tandis que l’écho du fracas tonitruant de la remodélisation lui parvenait. Il se passait un truc là. Pourtant, rien ne semblait avoir changé à son étage.
Le chunin haussa les épaules et se retourna. Quoiqu’il venait de se passer, il n’y pouvait rien. Les autres allaient devoir se débrouiller sans lui, sur ce coup-là.

Quelque chose l’interpella soudainement. Le chunin jeta un coup d’œil circulaire autour de lui tout en activant son Dayamondo Urakawa (Peau de Diamant). Bien lui en prit puisqu’un énorme bras couvert de fourrure jaillit du plafond, l’attrapant à la nuque et le fracassant contre le mur. Le chunin se débattit et attrapa l’énorme bras, mais ne parvint à lui faire lâcher prise. L’étau continuait d’essayer de le broyer, et n’eût été son squelette renforcé, il aurait déjà eu la nuque brisée.

Un choc sourd survint alors, accompagné d’un feulement de douleur qui se termina dans un gargouillis macabre, et la prise se relâcha. Kentaro, enfin libre, se retourna et pu apercevoir ce qui s’était passé. Trancheur, qui l’avait visiblement suivi, avait bondi et tailladé la gorge de l’adversaire. Ce dernier s’était effondré au sol, dévoilant son corps.
Le chunin hoqueta : c’était un véritable homme-loup qui avait tenté de lui faire la peau.

« Bordel, mais c’est quoi ce machin ? Marmonna le médecin.
_ Aucune idée, répondit Trancheur. Une bête d’Ame ? Ou p’t-être une chimère récupérée du Zénith…
_ En tout cas, merci du coup de main, répondit Kentaro en se détournant. J’étais dans une sale position.
_ Le prends pas mal, hein, mais j’aime autant que ç’ait été toi que moi, répondit Trancheur en lui emboitant le pas. Nan mais t’as vu la taille de ses griffes ?
_ Maintenant, dis-moi, qu’est-ce que tu fiches-là ?
_ Avec l’ordre de mission, j’avais une note spéciale de la part du Vieux. Quoiqu’il arrive, je reste sur tes pas, même contre l’avis des supérieurs.
_ Hein ? Mais pourquoi ?
_ Aucune idée, mais si le Vieux a confiance dans tes éclairs de génie, j’vais pas le contrarier.
_ Le vieux renard… »

Visiblement, Nobunaga avait envisagé que Kentaro puisse avoir une intuition salvatrice et manœuvré pour lui fournir un soutien dans un tel cas, en dehors de la chaîne de commandement standard. Monsieur n’était pas le meilleur stratège de sa génération pour rien.

« Alors je… » Commença Kentaro.

A nouveau, une alarme oppressante s’activa en périphérie de sa conscience. En une fraction de seconde, le chunin identifia l’origine de son malaise : il percevait une troisième respiration.
Le médecin pivota d’un bloc en hurlant un avertissement à Trancheur, mais trop tard : l’ombre géante derrière le goishi frappa vivement, arrachant la gorge de sa victime.
Kentaro rattrapa le corps de son allié avant qu’il ne touche le sol, sans illusion. L’homme était mort sur le coup.

Le monstre armait un nouveau coup, lorsqu’un grondement de rage lui parvint. Une puissante aura meurtrière le submergea, provenant du jeune médecin. La bête hésita une fraction de seconde de trop lorsqu’il frappa. Ses griffes tailladèrent la veste du chunin, mais sans le toucher, et le médecin parvint à passer dans son dos.
Avant que le monstre ne puisse se retourner, le chunin avait fermement glissé ses bras autour de la gorge du monstre et, dans un hurlement enragé, lui brisa la nuque.

*
* *

Tandis que ses trois chaînes flottaient paresseusement autour de lui, la dernière arme de Maillon réajustait tranquillement son poncho, tandis que le chunin jetait un coup d’œil désabusé à l’énorme bloc de roche au milieu du passage. Tout ceci ne lui disait rien qui vaille.
Alors qu’il courait à la poursuite des furieux en compagnie de deux autres agents, cette connerie de caillasse s’était abattue sur ses talons, le coupant de ses compagnons. Maintenant, il hésitait entre continuer à poursuivre les furieux et espérer les rattraper avec Akio, ou bien tenter de rejoindre ses amis de l’autre côté de la nouvelle façade.
Ou encore, de s’engager dans l’un des nouveaux passages apparut, mais ça, ça ne lui disait vraiment, mais vraiment rien.

Il opta pour rejoindre ses alliés les plus proches.

Les quatre chaines qui s’échappaient de sous son poncho s’agitèrent, puis foncèrent brusquement contre la paroi de roche. Pour ricocher piteusement, sans même égratigner la pierre.

Sans blague, du granit, pesta Maillon. Et évidemment, sa fierté d’assassin discret l’avait empêché d’emporter des parchemins explosifs. Le chunin se traita de tous les noms d’oiseaux qui lui passaient par la tête.
Il n’avait plus le choix, il lui fallait maintenant rejoindre les autres.

Au moment où le chunin s’apprêtait à tourner les talons, un hurlement lui parvint de l’autre côté.

« Silhouette ! Hurla Maillon. Qu’est-ce qui se passe ? Ça va ? »

Pas de réponse.

Ni une, ni deux, le chunin arma un maximum de chakra autour de ses chaines et libéra une tornade de coups sur le mur.
Et eût la désagréable surprise de s’apercevoir que le chakra se dissipait à chaque contact avec celui-ci, annulant l’impact de toutes ses frappes.
Un mur déclenchant un effet Zetsu. C’était la merde, ça.

« Ok… Marmonna Maillon. Si faut sortir l’artillerie lourde, pas de soucis ! »

*
* *

Près de l’entré, le Goishi connu sous le nom d’Auguste – la façon dont il avait écopé de ce sobriquet restait une énigme qui intriguait ses compagnons – ne décolérait pas. Tout partait à vau-l’eau et il n’était pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que la mission était d’ores et déjà un échec. Selon lui, il aurait tout de suite mieux valu battre en retraite.
Oui mais voilà, les autres bas-du-front s’étaient précipité tête baissée dans le piège qu’on leur tendait, et maintenant, ils étaient tous dans le pétrin.
Voilà ce qui arrive quand on improvise une mission dans l’urgence, pesta l’agent.

« Alors ? Qu’est-ce qu’on fait, Auguste ?
_ On va devoir aller à la recherche des autres, grogna l’intéressé.
_ Cet endroit n’est qu’une gigantesque souricière, on ferait mieux de filer avant de se faire happer, signala un troisième agent.
_ On ne peut pas abandonner les autres ! S’insurgea le premier.
_ De toute façon, la porte est scellée, rappela Auguste. Nan, on va aller chercher les autres mais ça ne veut pas dire qu’on va devoir foncer à l’aveugle, nous aussi. On sécurise les lieux et on avance progressivement, afin qu’…
_ Regardez ! »

Les deux autres agents pivotèrent d’un bloc, pour apercevoir la goishi à la ceinture outillée s’approcher d’eux, s’appuyant au mur, ensanglantée.

« Silhouette ! » S’exclama Auguste en reconnaissant son équipière habituelle.

Le chunin se précipita pour aider sa coéquipière, les autres agents à sa suite, et arriva juste à temps pour la soutenir alors qu’elle manquait de s’effondrer.

« Silhouette ! Qu’est-ce qui s’est passé !? Où sont les autres !
_ L’ennemi… articula péniblement la blessée. Il… arrive…
_ Quoi !? Combien ? Demanda Auguste en relevant la tête pour scruter les ténèbres du couloir.
_ Un. »

Silhouette n’eut aucun mal pour trancher les carotides que lui présentait si gentiment Auguste. En réaction un mur de Kunaïs fondit instantanément sur la traîtresse, mais Silhouette se servit du corps de sa victime pour s’en protéger.

La jeune femme bondit et se jeta au contact, dégainant son katana et laissant tomber son camouflage.
À deux contre un, le combat s’annonçait ardu et Echidona ne souhaitait pas gaspiller de chakra inutilement.

*
* *

Quelques jours auparavant, au QG d'Akio...

« Si tout se passe ainsi que je le prévois, reprit Akio, l’ennemi sera divisé et vulnérable. Il ne nous restera plus donc qu’à porter l’estocade finale.
« Ainsi, chacun d’entre nous lancera un assaut éclair sur ces forces divisées, afin de leur infliger un maximum de dégâts.
_ Pourquoi se séparer ? Demanda Manobu en fronçant les sourcils. En les attaquant ensemble, nous renversons l’équilibre de force et c’est nous qui obtenons l’avantage.
_ Non, décida le traître.
_ Ça me semble idiot, rétorqua Echidona. A quoi tu joues ? En attaquant en masse, nous sommes sûrs d’en écraser une partie, et l’autre fuira devant notre puissance, alors qu’en nous éparpillant, nous risquons des pertes et rien ne garantit le résultat !
_ Exactement !
_ Quoi… Tu veux qu’on ait des pertes ? S’étonna Tannosuke, incrédule.
_ Non, rétorqua calmement Akio. Je ne veux pas qu’ils fuient.
« N’ai-je pas dit que je comptais décimer le Goishi ? Rappela le génie. Je veux qu’il ne puisse plus pouvoir se relever après ça. »

*
* *

Un frisson parcourut l’échine de Kentaro, en écho au frémissement qui parcourait le corps de la bête. D’immondes et écœurants craquements se firent entendre, tandis que le corps agité de soubresauts semblait fondre et se tordre. Et finalement, en lieu et place du monstre se trouva le corps d’un immense gaillard doté d’une musculature impressionnante et d’une barbe particulièrement fournie.
Le médecin reconnut avec ahurissement le garde qu’il avait rencontré lors de sa captivité-convalescence chez Yoshimitsu, et se prit à craindre que le renégat ne se trouve présent en personne. Si tel était le cas, tout ceci n’était qu’un immense traquenard et il ne donnait pas cher de la peau du Goishi.

Puis le cadavre ouvrit les yeux.

Et Kentaro fit un bond de deux mètres en arrière sous la surprise.

Il avait déjà affronté un nécromancien, une fois, mais voir des squelettes s’agiter était une tout autre expérience que celle de voir sa dernière victime se relever sous ses yeux.

Manobu se releva promptement, faisant craquer sa nuque, avant d’afficher un large sourire.
Ce n’était pas un cadavre réanimé, mais bel et bien une résurrection. Sa nuque n’était plus brisée. Et ce n’était donc pas Trancheur qui avait loupé son coup la première fois, mais bel et bien le type qui récupérait de blessures mortelles.

« Quelle belle attaque, reconnut Manobu. Et quelle énergie meurtrière ! Je comprends mieux pourquoi maître Yoshimitsu te tient en si haute estime ! Je suis Manobu !
_ J’aimerai bien dire enchanté, mais ça serait hypocrite.
_ Comme tu le vois, je suis invincible, signala l’homme-loup. Mais un gars de ta trempe ne s’arrêtera pas à si peu, n’est-ce-pas ?
_ Confond pas invincible et invaincu, bonhomme, répondit Kentaro en se mettant en garde.
_ Bien, bien, bien ! J’avais peur que tu fuis. Amusons-nous donc un peu ! »

Le corps du guerrier se métamorphosa sur le champ, lui rendant son apparence de loup-garou. Son regard croisa celui de Kentaro, et ce dernier put y lire la soif de sang qui l’habitait. Ce type était un fou sanguinaire, d’un calibre similaire à ceux que pouvait en produire le clan Kanesada.
Le chunin ne se le fit pas dire deux fois et chargea.

Il fut cueilli par un mémorable revers qui lui taillada le visage et l’envoya bouler contre le mur. Le médecin se rétablit aussitôt et prit appui sur la façade pour se propulser sur son adversaire, passant au-dessus de son bras. Malheureusement, d’un ample mouvement de nuque, l’homme-loup referma sa mâchoire sur l’avant-bras du chunin et l’envoya à terre, avant de lui planter un direct de ses griffes dans le ventre. La puissance du coup fut telle qu’elle traversa l’épiderme renforcé du médecin. Sans sa technique, ce dernier aurait purement et simplement été éventré.
Kentaro réagit au quart de tour et tenta de se dégager en plantant un violent coup de pied dans la gueule du loup, mais celui-ci para aisément avec sa main libre, attrapant la jambe avant de tournoyer, soulevant le médecin de terre pour l’envoyer s’encastrer dans le mur opposé.

« Hé bien, articula Manobu. Il semblerait que maintenant que tu saches que je suis humain, tes coups se seraient amoindris. C’est décevant, je m’attendais à mieux.
_ Va chier, rétorqua vertement le chunin. Ch’uis simplement en train de m’échauffer !
_ Ton stupide serment t’entrave donc à ce point ? Tu es incapable de libérer ton plein potentiel contre un humain. Tu es pitoyable. Finalement, ça ne sera qu’une mise à mort comme les autres !
_ Pitoyable ? Moi ? Oooh, toi, ça fait longtemps que t’es pas rentré chez ta mère en pleurant ! »

Kentaro se jeta de nouveau à l’attaque, toujours aussi déterminé. Même en admettant une seconde qu’il se soit laissé enferré par le serment des Satokira au point de brider inconsciemment ses coups pour éviter une issue fatale, ça ne changeait rien. Il n’avait pas besoin d’y aller à fond pour massacrer une sale bête comme celle-ci, pas vrai ?
Tout du moins, le médecin l’espérait.

*
* *

Akio se savait en fâcheuse posture. Il avait été rattrapé dans sa fuite par l’avant-garde du Goishi et n’arrivait pas à faire face.

Le traître s’extirpa de sa position et se plaqua au sol, prêt à lancer son terrible Jûichi Sora no Shôgaizai ("Les 11 coups célestes").
Une volée de shurikens jaillit dans sa direction, mais Akio pivota brutalement autour de son pied d’appui, esquivant l’attaque. Malheureusement, le troisième larron du Goishi parvint au contact et lui planta un solide coup de pied qui souleva le traître du sol et l’envoya bouler au loin.

Roulant-boulant, le traître se rétablit et se remit en garde, bloquant in extremis le coup de sabre qui tenta de lui fendre le crâne entre ses deux mains. D’un mouvement des bras, Akio planta la lame dans le sol et frappa brutalement du pied au torse de son adversaire, mais celui encaissa le coup à l’aide de ses bracelets de force.
Une boule de feu fusa, forçant Akio à rompre le corps-à-corps et à se remettre à portée de l’expert en Taïjutsu. Pendant un bref instant, les deux combattants virevoltèrent, tentant de se matraquer l’un l’autre sans succès. Un vicieux lancé de kunaï se planta dans la clavicule du traître l’handicapant dans son duel. L’expert en profita pour placer une furieuse technique de contact, balayant les appuis d’Akio avant de le planter au plafond d’un puissant coup de pied.

Le traître retomba brutalement au sol, brisé.

Akio entreprit de se relever péniblement, les bras tremblant, crachant du sang. Il était à bout de force, tant physiquement que mentalement. Sa réserve de chakra avait fondu comme neige au soleil. C’était fini.
Ses jambes le lâchèrent et il s’effondra de nouveau au sol.

« On dirait bien… que j’ai perdu… » Articula avec difficulté le jeune homme.

L’un des Goishis s’approcha et releva le traître sans difficulté, se retrouvant à devoir à moitié le soutenir. Le jeune homme s’était battu jusqu’à ses limites.

« Tsss… J’aurai vraiment voulu gagner… » Avoua Akio en fermant les yeux.

Le sceau d’immolation que le traître s’était fait fixer sur la nuque, caché à la vue de tous par ses cheveux, s’activa à la commande de son propriétaire.
En une seconde, la chaleur corporelle du jeune homme grimpa en flèche, jusqu’à atteindre le seuil critique. Son corps s’embrasa spontanément, se transformant en une vaste torche, qui engloba impitoyablement une partie du Goishi qui le relevait.

L’agent du commando se rejeta en arrière en hurlant de douleur, tandis que ses compagnons se jetaient à son secours. La chaleur à proximité de ce qui fut Akio était trop intenable pour qu’ils tentent quoi que ce soit pour lui, si tant est qu’il reste quelque chose à sauver, ni même que quelque chose ait pu être tenté.
En quelques secondes, le corps d’Akio fut réduit à l’état de cendres, qui se dissipèrent dans un souffle…

Non loin de là, dans le petit blockhaus où il attendait, Tannosuke perçut un frisson chez son ami.

« Qu’est-ce qui se passe, Akio ?
_ Je suis vraisemblablement mort, révéla le traître. Moitié de force, c’était vraiment trop juste, finalement.
_ Est-ce que tu… ton double… ‘fin… Heu… L’objectif a été rempli ? Demanda l’expert en Fuinjustu.
_ Comment le saurai-je ? Mais j’ai confiance en moi, j’ai du atteindre mon but malgré tout. Tout semble se passer comme prévu. »
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 21/3/2012, 13:48

*
* *

Dans un sifflement aigu, une fissure apparut dans le mur de granit, avant de s’étoiler en tous sens, et le mur se désintégra en une myriade de petits morceaux qui retombèrent un peu partout.

Maillon pénétra dans le couloir. Son poncho avait disparu et une paire de chaînes supplémentaires flottait paresseusement autour de lui. Sa manche droite était en lambeau et de légères fumerolles s’en échappait.

D’un coup d’œil, le chunin aperçut Silhouette en position de défense, protégeant le corps brisé de l’un de ses camarades. En périphérie de sa vision, une forme floue se jetait sur eux.
Sans même prendre le temps de réfléchir, le chunin bondit et déclencha une volée de coups sur l’adversaire. Dans le même temps, il dut conjuguer la défense avec son attaque, tandis qu’une tempête de lames tentait de l’atteindre en retour.

Le chunin atterrit souplement au sol, entre Silhouette et son agresseur et porta son regard sur ce dernier. Maillon n’en crut pourtant pas ses yeux en apercevant la physionomie des frères Suwa.
Outre leur particularité physique, le frère du bas maniait une imposante lance, tandis que celui du haut manipulait avec aisance deux sabres longs. La combinaison leur donnait une allonge peu commune.

L’esprit du chunin se remit à fonctionner. Même avec quatre bras, bloquer ses six chaînes et tenter de placer une contre-attaque dans le même mouvement n’était pas à la portée du premier combattant venu. Il avait à faire à fort parti.
S’il devait se battre en protégeant quelqu’un, il ne s’en sortirait pas.

« Silhouette ! Aboya Maillon. T’embarques heu… Merde, c’est quoi son nom à l’autre ? Embarques Machin et casses-toi.
_ Mais…
_ Il a besoin de soin pis tu sais pas te battre, alors c’est réglé, c’est moi qui m’occupe de retenir ce monstre, intima Maillon.
_ Il est extrêmement fort, fais attention, le prévint Silhouette.
_ T’inquiètes, j’ai vu. File, je vous rejoins très vite. »

La jeune agent du Goishi chargea son allié blessé sur l’épaule et s’éloigna au plus vite.

« Ce n’est pas bien de mentir, grogna Masao. Tu ne les rejoindras pas très vite, puisque tu vas mourir ici.
_ Erreur, ce n’est pas là-dessus que j’ai menti, rectifia Maillon. Je ne vais pas juste te retenir, je vais te tuer, tout simplement. La mission déconne complètement, alors ça me ferait mal de repartir sans un trophée.
_ Voyez-vous ça, railla Masao. Bah, très bien, nous avons déjà rempli nos obligations, on peut donc bien s’accorder une petite récréation ! »

Les siamois se jetèrent sur Maillon. Celui-ci bondit et fit de nouveau jouer ses chaînes.

*
* *

Un énorme bras griffu lacéra le torse de Kentaro mais celui-ci parvint à passer en force, s’enfonçant sur les griffes, et plaqua d’un solide coup d’épaule l’homme-loup contre le mur, avant d’enfoncer sa tête dedans et de la lui raboter sur une dizaine de mètres, dans de sinistres bruits de craquements d’os.
Le chunin jeta le cadavre au crâne défoncé à terre.

« Et là, ch’uis toujours pitoyable, tocard !? »

D’autres craquements se firent entendre du cadavre. Kentaro jeta un regard dépité au crâne, où les os se reformaient et la peau regagnait du terrain.

« Chiotte… »

Manobu se jeta brusquement sur le médecin. Celui-ci eut à peine le temps de retirer la tête pour éviter de se la faire niaquer et ce fut son épaule droite qui se fit enserrer dans l’étau de la gueule de la bête.
Se redressant de toute sa hauteur, l’homme-loup plaqua le chunin contre le mur, l’empêchant de prendre appui sur ses jambes. Dans le même temps, la main gauche de Kentaro jaillit et arracha l’œil de l’homme-loup, sans parvenir à lui faire lâcher prise pour autant. La propre main de la bête attrapa celle du médecin et l’immobilisa.

Kentaro tenta quelques coups de pieds, en pure perte. La pression sur son épaule augmentait effroyablement, et déjà les crocs avaient percé son épiderme renforcé et tranchaient les muscles. Le chunin pressentait qu’à ce rythme, même son ossature particulière n’y résisterait pas.

Tentant le tout pour le tout, Kentaro vérifia la latitude de son bras droit et, s’apercevant qu’il pouvait atteindre le torse de l’homme-loup, enfonça deux doigts entre les côtes flottantes avant de tourner brusquement. Les deux côtes s’écartèrent au maximum puis l’une d’entre elle dut céder et se fêla dans un claquement sec. Deux coups de genou supplémentaires finirent de la briser et un troisième l’expédia dans les poumons.
Sous la douleur croissante, la pression des mâchoires de l’homme-loup s’était arrêtée puis relâchée. Kentaro s’extirpa de la gueule du loup et fonça au contact, boxant rageusement son adversaire, jusqu’à loger le fragment d’os plus profondément. Jusqu’au cœur.
La bête s’effondra dans un râle.

Kentaro poussa un grand soupir de soulagement. Cette fois-ci, il avait eu chaud.

Les mains du loup-garou frémirent, puis s’appuyèrent sur le sol et Manobu se redressa, furieux. Kentaro en resta coi. D’habitude, avec la régénération, il suffisait d’un obstacle dans le processus et walou, c’était réglé. En tout cas, ça l’avait été contre Yeonhwa.
Mais visiblement, une fois n’était pas suffisant pour tirer des généralités.

« Ooookay… Là, on panique. » Souffla Kentaro.

*
* *

Au niveau de l’entrée, Echidona ferraillait comme une diablesse contre les deux agents restant, prenant soin de toujours conserver l’un d’entre eux entre elle et l’autre. Cette tactique particulière lui avait permis de grandement limiter la casse jusqu’à maintenant.
Mais en contrepartie, trop focalisée sur son positionnement, elle ne parvenait pas à dégager d’occasion de lancer un assaut soutenu contre l’un de ses adversaires et ne parvenait à conclure, ni même prendre l’avantage.
Pat.
Les deux forces en présence se neutralisaient mutuellement.

Pour autant, la jeune femme était suffisamment expérimentée pour savoir qu’elle allait au-devant de gros ennuis. Les deux agents alternaient régulièrement au contact et pas elle. Elle s’épuisait donc plus vite qu’eux, et ce désavantage ne ferait que croître avec le temps.

Sa concentration chuta un court instant, et son adversaire en profita. De sa lame, il bloqua celle de son assaillante au sol, avant de briser les deux armes en les écrasant avec son gros pied à semelle ferrée au niveau du croisement des lames.
Si la technique manquait singulièrement de classe, elle n’en était pas moins efficace et surprenante. Echidona n’avait pas songé un instant qu’un épéiste digne de ce nom puisse sacrifier son arme aussi facilement. Au contraire, son adversaire savait très bien ce qu’il faisait et réagît au quart de tour, lacérant les flancs de la kunoichi avec ce qui lui restait de lame brisée.

Dans un hurlement de douleur, Echidona se jeta en arrière, lâchant un genjutsu de désorientation sonore et visuelle. Celui-ci fut malheureusement nettement diminué par le contre du second agent resté en retrait. Il fallut moins d’une seconde à l’épéiste pour retrouver ses repères et se jeter sur la Kunoichi.
Mais celle-ci termina de boucler ses derniers mudras et, sous les yeux ébahis de ses adversaires, se liquéfia purement et simplement et ruissela entre deux dalles du sol.

Les deux agents se précipitèrent à l’endroit où elle avait disparu, trop tard. Ils tinrent alors un rapide conciliabule pour décider de la marche à suivre, ignorant du danger.
Car s’étant plusieurs frottés à l’anti-genjutsu des deux agents, Echidona savait à quoi s’en tenir en la matière. Le genjutsu de désorientation qu’elle avait lancée n’avait été qu’un leurre servant à camoufler le véritable genjutsu qu’elle avait passé en sous-marin. Son sabre brisé était devenu invisible. Tout comme le parchemin explosif qu’elle avait placé dessus.
Lorsque ce dernier explosa, des éclats d’aciers se détachèrent de l’arme endommagée, fusant à toute vitesse, blessant plus ou moins superficiellement les deux agents.

*
* *

Un sanglant aller-retour de griffes laboura les pectoraux de Kentaro, avant qu’un puissant coup ascendant tout aussi aiguisé ne le décolle du sol et ne l’envoie une dizaine de mètres en arrière.
Le chunin s’écrasa lourdement au sol mais se releva presqu’aussitôt et repartit à l’assaut, vaille que vaille. C’te saloperie d’homme-loup négligeait beaucoup trop sa défense et crevait avec une grande régularité. Forcément, à un moment ou un autre, sa régénération finirait par le lâcher. Obligé.

Nouvelle mandale et nouveau vol plané ensanglanté.

Le médecin commença à se demander si ce n’était pas son corps à lui qui allait finir par le lâcher.

Crachant le sang qui s’écoulait de ses lèvres éclatées, Kentaro se releva encore une fois et se jeta sur le loup-garou. Celui-ci esquiva d’un pas sur le côté avant d’envoyer un puissant direct dans l’abdomen du médecin, l’empalant sur ses griffes. Son autre main s’abattit, frappant le jeune homme au visage et y traçant un profond sillon ensanglanté et propulsant violemment le médecin à terre.

L’homme-loup eût un reniflement dédaigneux.

« Je m’attendais à bien mieux de ta part. Mon maître ne souhaite pas ta mort, aussi te laisserai-je la vie sauve pour aujourd’hui. Mais je ne manquerai pas de lui faire part de ta faiblesse. Finalement, ta victoire sur Yeonhwa n’était due qu’à sa propre médiocrité… »

Manobu se détourna et se dirigea d’un pas pesant vers le bout du couloir. Le sifflement de deux projectiles parvint à ses oreilles, mais le colosse n’en tint pas compte : si son adversaire en était réduit à utiliser des armes de jets, c’était qu’il était bel et bien au bout du rouleau.
D’ailleurs, les deux sembons surmontés de ridicules pompons jaunes et rouges passèrent bien loin de l’homme-loup et se fichèrent dans le sol au loin. Cela ne fit que conforter Manobu dans son analyse.

« Mukan Kuiki ! » (Aire Stérile)

Une vague d’énergie ambrée jaillit depuis les sembons bariolés, prenant la forme de parois et avant que Manobu ne puisse réagir, il se retrouva dans un grand cube de lumière. Instantanément, le colosse frappa le mur, mais hormis un léger grésillement, celui-ci n’en subit pas la moindre séquelle.
Le colosse se retourna furieusement vers l’auteur de la technique.

Kentaro se releva péniblement, un sourire narquois sur les lèvres.

« Où tu vas comme ça, mon pote ? On a pas encore fini de s’amuser, toi et moi.
_ Abats ce mur, tout de suite, prévint Manobu dans un grognement.
_ Ouais… acquiesça le médecin. Dès que je t’aurais fait rentrer dans le crâne que t’arrives pas encore à la cheville de Yeonhwa. Pas question que je te laisse filer avant de t’avoir corrigé…
_ Yeonhwa n’était qu’un raté. Elle n’avait aucun contrôle sur sa régénération et ne s’appuyait que sur son corps humain. Elle n’avait aucune chance de devenir une arme de pointe contrairement à moi.
_ Pardon ? Demanda Kentaro avec une douceur de mauvais augure.
_ Je suis la quintessence de la recherche en bio-arme ! J’allie l’humain et le bestial, pour en retirer les avantages des deux espèces ! Oh ? Tu as l’air étonné ? Tu pensais avoir à faire à un simple jutsu de métamorphose ? Il n’en est rien ! Je me suis ajouté le patrimoine génétique des loups : je n’en possède pas seulement l’apparence, mais aussi toutes les caractéristiques innées !
_ T’es une putain de chimère ? Souffla Kentaro d’un ton accusateur.
_ Ne me confonds pas avec ces aberrations sans queues ni têtes. Les chimères sont fixes et figés, reconnaissable à mille lieux à la ronde. Non, mon génotype animal n’est pas mélangé à mes gènes humains mais ajouter et sous contrôle, afin que je puisse les activer et les désactiver à volonté, ce qui me rend parfaitement indétectable ! Ce qui fait de moi le summum de la biotechnologie de guerre !
« Toi, pas plus que Yeonhwa, tu n’as pas la moindre chance de me battre. Je ne te le répèterai pas : si tu veux avoir la vie sauve, désactives ce mur ! Sinon je te tue !
_ ... »

Kentaro inspira un grand coup pour tenter de contrôler la rage qui montait en lui. En vain. Finalement, il arracha son masque.

« J’ai changé d’avis, rétorqua le médecin d’une voix tremblante de fureur. Finalement, je ne mettrais fin à cette technique que lorsque je t’aurai tué. En tant que Satokira, il n’est pas question que je laisse vivre une abomination contre-nature telle que toi !
_ Alors je vais te tuer, ce qui mettra un terme définitif à cette technique ! » Rugit Manobu.

Les deux adversaires progressèrent lentement l’un vers l’autre, leur énergie sanguinaire se répondant et s’émulant mutuellement.

*
* *

Echidona trébucha sur le seuil du blockhaus et se rattrapa de justesse au mur pour ne pas tomber. Le sang coulait sans discontinuer de sa blessure et elle avait laissée derrière elle une large trainée écarlate.

Akio se précipita à ses côtés et l’aida à s’allonger sur l’une des caisses qui jonchaient la petite salle.

« Quelle merde, jura la kunoichi. J’ai pas eu assez de chakra pour me rapatrier jusqu’ici… l’a fallu que je me traine physiquement sur la dernière ligne droite.
_ Ne bouge pas, signala Akio, je vais te soigner ça tout de suite.
_ Y’a intérêt, je suis en train de me vider de mon sang ! Connerie d’hémophilie, ch’uis pas certaine que la liquéfaction contrebalance vraiment cette merde…
_ Tu en as mis du temps, qu’est-ce que tu faisais ? Changea de sujet Akio tandis qu’il appliquait son jutsu de soin.
_ Du shopping, c’te question… Ben non, j’me battais, banane !
_ Tu as mis beaucoup de temps…
_ J’ai réussi à en avoir un, alors je me suis dit que je pouvais peut-être m’en faire un deuxième, se justifia Echidona.
_ Ce n’est pas ce qui était prévu ! La sermonna Akio. J’avais spécifié de les blesser !
_ Roooh, c’est bon, j’les ai aussi blessés… Fais gaffe à pas laisser de cicatrice, hein !
_ Et moi qui me demandais pourquoi toi, les Suwa et Manobu mettiez autant de temps… J’avais raison de m’inquiéter… »

*
* *

Quelques jours auparavant, au QG d'Akio...

« Bon, alors y’a peut-être que moi, mais je trouve quand même ça vachement casse-gueule, pour le coup, fit remarquer Echidona avec sa franchise habituelle. On va se retrouver à trois-quatre contre un, j’ai quand même vu mieux pour une estocade finale. Sans vouloir critiquer, bien entendu…
_ C’est clair, approuva Masaru. Moi, je ne marche pas sur ce coup-là. Trop risqué.
_ Ahlàlà… Soupira Akio. Vous n’avez pas bien écouté… Je ne parle pas d’un affrontement classique. Je ne souhaite même pas que vous les tuiez.
_ Au temps pour moi, je croyais qu’on devait décimer le Goihsi, fit remarquer Manobu.
_ Exact, mais votre rôle à vous se borne à leur infliger des dégâts avant de vous replier. C’est le plus important. Je me fiche que vous leur infligiez ou non des pertes, je veux que vous les blessiez, martela le traître.
_ Mais pourquoi c’est si important ? Demanda Echidona. Ça revient au même, non ?
_ Absolument pas, nia Akio. Si vous en tuez un ou deux et que vous filer, que vont faire les autres ? Vous poursuivre : ils n’ont rien qui les retienne.
« Alors que si vous blessez certain d’entre eux… Contrairement aux morts, on n’ignore pas les vivants. Ils chercheront à s’occuper d’eux, à les mettre en sécurité. Et dispersés, en territoire hostile, l’instinct grégaire les poussera à se regrouper pour se sentir davantage en sécurité, laisser les spécialistes s’occuper des premiers soins et les combattants surnuméraires poursuivre la mission. Ils tenteront d’assurer leur sécurité au maximum.
« Maintenant, au regard de leur dispersion, où vont-ils préférentiellement se rassembler ? La réponse est simple : pour les plus avancés, la majorité du groupe se trouvera en amont de leur position. À l’inverse, pour ceux restés près de l’entré, tout le monde se trouvera en aval… En clair, en partant à la rencontre des uns et des autres, ils tendront à se regrouper, vers le centre.
« Tout ceci nous aura donc permis de fixer et immobiliser l’adversaire approximativement à l’endroit voulu. Et c’est la condition sine qua non pour en finir avec eux.
_ Mais… Et s’ils se regroupent prématurément et qu’ils laissent les blesser pour poursuivre la mission ? Demanda Tannosuke.
_ Exact, il nous faudra un garde-fou, acquiesça Akio. C’est Manobu qui se chargera de les réceptionner le cas échéant. Il est le plus à même de livrer une guerre d’usure et de les repousser. Echidona, les frères Suwa et moi nous chargerons des frappes sur les différents groupes.
_ Mais... Insista la kunoichi. C’est vraiment grave si on les tue ? »

Akio lui jeta un regard éloquent.

*
* *

La chaîne de Maillon s’enroula vivement autour de la botte des siamois, mais avant qu’il ne puisse en profiter pour le déséquilibrer, Masaru planta son sabre au sol, y clouant la chaîne. Cela donna néanmoins une idée au jumeau, qui profita de sa main libre pour saisir une chaîne qui passait par là, mais le Goishi réagit au quart de tour, libérant une onde Raiton dans son arme, faisant très vite lâcher prise au siamois.

Masaru reprit son sabre en main et, du bout de la lame, dégagea la jambe de l’emprise de la chaîne. Ainsi, Masao put reprendre son avancé implacable vers le chunin.
Les deux ennemis libérèrent chacun une tempête de coups. Maillon avait l’avantage du nombre et de la cadence, mais Masao fit tournoyer sa lance devant lui, utilisant toute la longueur de la hampe pour bloquer la majorité des coups et dévier les chaînes sur les voisines pour qu’elles interfèrent dans leurs attaques. Dans le même temps, Masaru ne restait pas inactif : en parfaite symbiose avec son frère, il portait lui-même des attaques à l’épée au travers de la roue défensive de ce dernier, forçant Maillon à assurer un minimum de défense.

Le chunin ne se laissa pas faire et se jeta au plafond, évitant les armes de ses adversaires, avant de plonger dans leur dos : étant donné leur gabarit et leur difformité, il tablait sur leur angle mort démesuré. Mais en se retournant pour attaquer, il eût la mauvaise surprise de rencontrer trois lames prêtes à l’embrocher et dut battre en retraite en catastrophe pour éviter une blessure fatale.
Si les jumeaux ne pouvaient le suivre en termes d’agilité et de vitesse, ils avaient néanmoins parfaitement lu et anticipé la manœuvre de leur ennemi et s’y étaient préparés. En combattants aguerris, ils savaient quel était leur plus gros point faible, et ils auraient fait de bien piètre maître d’armes s’ils ne disposaient pas de quelques bottes pour repousser un ennemi imprévu.

Profitant du recul de leur adversaire, les siamois en profitèrent pour se retourner et chargèrent le chunin. Lance au centre, pointé vers l’adversaire, et les épées tendues sur les côtés, prêtes à réagir à la moindre esquive, c’était une vision pour le moins terrifiante. Surtout dans un espace aussi confiné qu’un couloir.

Maillon ne se laissa pas pour autant abattre et, disposant d’une bien meilleure allonge à l’aide de ses chaînes, contre-attaqua sèchement au niveau du point faible de la formation : les pieds. Les deux siamois n’eurent d’autres choix que d’avorter leur assaut pour repasser sur une posture plus défensive.
Masao bloquant de nouveau la majorité de l’assaut, puisque l’ennemi n’était pas à portée de ses sabres, Masaru décida de s’en prendre aux chaines, et tenta plusieurs techniques de destruction d’armes. Mais les chaines protégés au chakra de Maillon tinrent bon le choc.

Finalement, Maillon rompit l’assaut. Il se refusait à l’avouer, mais il avait grandement sous-estimé le duo de maître d’armes et le payait amèrement. Il n’avait pas assez l’habitude d’utiliser six chaînes en même temps et consommait son chakra à une vitesse affolante. Mais avec seulement quatre, il n’aurait jamais pu contenir ses adversaires. Dans un autre environnement, il aurait sûrement pu s’en dépatouiller, mais le couloir exigu ne laissait guère de place à d’autres stratégies que le choc frontal.
L’agent jaugea son bras droit déjà mal au point et pris sa décision. Un bras, c’était finalement peu chère payer pour survivre. Et puis, le couloir favorisait l’attaque frontale, non ?

Le chunin bondit de nouveau de plusieurs mètres en arrière puis leva son bras en direction des frères siamois. L’une de ses chaines, terminée par un poids lesté, vint s’enrouler sur son bras, pointant vers l’ennemi. Trois autres chaînes se déployèrent autour de lui, s’encastrant à même le sol et dans les murs. Enfin, les deux autres s’enroulèrent autour du bras, à quelques centimètres de distance, formant une sorte de double spirale. La plus interne se mit à tourner lentement dans un sens et l’externe l’imita en sens inverse. Très vite, les deux spirales opposés gagnèrent en vitesse et continuèrent à accélérer.

Les frères Suwa avaient observé la chose avec intérêt, s’attendant initialement à quelque chose dans le genre d’une attaque à distance. Mais lorsque des arcs électriques commencèrent à claquer entre les bobines improvisées, ils comprirent que quelque chose de gros, très gros, se tramait. Les deux frères se jetèrent en hurlant sur le shinobi, bien décidé à l’abattre avant qu’il n’utilise sa technique.

De son côté, Maillon commençait à souffrir le martyr. Il avait l’impression que son bras était en train de se déchirer sous la pression et l’afflux d’énergie. Il voyait avec crainte l’ennemi se rapprocher et n’était pas certain d’avoir le temps de finaliser son tir.
Les deux chaines tourbillonnaient maintenant si vite qu’elles en étaient presqu’invisible, transformé en une sorte de brume argentée. Des arcs électriques continus sautaient de l’une à l’autre, et s’échappaient de façon anarchique aux alentours et des gerbes d’étincelles explosaient avec une régularité croissante. Et au centre de ce maelström infernal, la chaîne lestée s’était mise à flotter sous l’impulsion contraire des deux champs électromagnétiques. Ceux-ci, opposés, se neutralisaient mutuellement et gagnaient en puissance.

Les maîtres d’armes ne furent plus qu’à quelques mètres de l’agent. Celui-ci visa le plus précisément possible.
Et inversa la polarité du champ répresseur.

Dans un claquement supersonique, la chaine-projectile bondit en avant sous la poussée du champ magnétique, se dévidant en un instant, rabotant, tailladant et brisant le bras porteur en une fraction de seconde, et pulvérisant tout ce qui pouvait se trouver sur son passage…

*
* *

Dans le grand cube, la lutte à mort se poursuivait. Porté par une fureur implacable, Kentaro rendait coup pour coup au loup-garou, avec une violence et une cruauté renouvelée.

L’homme-loup frappa, un coup un poil trop large. Kentaro se jeta en avant, les griffes effilés tranchèrent le tissu de sa veste et tailladèrent son dos, mais le jeune homme força son avance. Un coup de genou le força à dévier sa trajectoire, mais cela lui permit de se placer à distance idéale pour planter un pouce chargé de chakra à travers le nombril de son adversaire pour lui labourer les entrailles.
Manobu hurla de douleur et enserra vivement le bras de son adversaire, enfonçant profondément ses griffes dans la chair. Le médecin en profita pour frapper avec son poing libre au niveau de la tempe, phalanges en pointes, lui pulvérisant l’arcade sourcilière. L’homme-loup explosa le nez de son adversaire d’un puissant coup de coude, avant de le repousser d’un grand coup de pied.

Kentaro roula-boula en arrière et se releva vivement. Il savait que sa rage ne pourrait bientôt plus suffire à le soutenir, il était trop mal au point. Mais dans l’état d’esprit où il se trouvait, il s’en fichait. S’il ne pouvait pas tuer son adversaire, alors il lui infligerait encore et toujours plus de dégâts, jusqu’au bout !

De son côté, Manobu tentait de récupérer son souffle. Il n’aurait pas cru que la volonté de tuer de son adversaire puisse amplifier à ce point sa puissance. Le Kentaro sous serment et le Kentaro sans contrainte n’avaient absolument rien à voir. Sa régénération se mit en marche.

Le médecin observa une fois de plus les blessures de son adversaire disparaître, et songea rageusement qu’il aurait du réattaquer plus vite, pour tenter de saturer cette saloperie de régénération/résurrection. ‘Fallait toujours que ça se passe entre deux passes d’armes !
Et pour cause, comprit brusquement Kentaro.

Le chunin prit son élan et se jeta de nouveau sur son adversaire. Il fut cueilli en plein vol par une solide beigne qui le fit tournoyer dans les airs, mais profita du mouvement pour balancer son pied dans la tête du monstre. Pendant quelques longues secondes d’éternité, les deux berserk s’entre-massacrèrent sans faiblir. Pourtant, il semblait que le médecin était en mauvaise posture, encaissant davantage qu’il ne distribuait.
C’est alors que Manobu comprit que quelque chose clochait. Le médecin n’utilisait pas son bras droit. Pourtant, l’homme-loup n’avait pas cherché à le briser ou l’endommager… Et lorsque des cicatrices de blessures récentes sur le bras se rouvrir spontanément, Manobu comprit : une seule chose pouvait léser comme ça l’organisme, au point de détruire les zones vulnérables….
Une réaction de ‘rejet’ dut à une surconcentration de chakra.

Alors qu’ils virevoltaient l’un l’autre, Kentaro repéra la faille qu’il cherchait et frappa brusquement, main tendue, déchargeant tout son chakra dans ses muscles. Les doigts sur-renforcés se frayèrent un chemin avec une facilité déconcertante au travers de la chair et des os de l’homme-loup, et le bras le traversa de part en part au niveau du cœur.

« À trop compter sur ta régénération, t’as trop de boulevards dans ta garde, souffla Kentaro.
_ Fuhuhu, ricana Manobu en crachant du sang. Ça ne m’empêchera pas de revenir…
_ Nan. J’ai pigé le truc… Lorsque tu meurs, tes extra-chromosomes se désactivent, et ton corps se réaligne sur ton génotype pleinement humain. C’est une sorte de réinitialisation, qui permet donc de revenir à l’état d’origine. C’est pour ça que la perforation avec le fragment de côte n’a pas marché : étant elle aussi réinitialisée, elle n’entravait plus rien.
« Mais là, mon bras va rester dans ton cœur. Tu ne pourras pas le reconstituer pendant ta réinitialisation et tu vas mourir ! Pour de bon, cette fois-ci.
« Alors crève, abomination. »

Les yeux de Manobu s’écarquillèrent lorsqu’il comprit que c’était fini. Il tenta vainement de se débattre et de se dégager, mais déjà ses forces l’abandonnaient. Et il mourût.

Kentaro regarda le corps de son adversaire redevenir humain, sentant la pression des organes sur son bras, qui tentaient de reprendre leur place. Puis ce fut fini.
Par mesure de sécurité, le médecin décida d’attendre trois minutes de plus, histoire d’assurer des lésions cérébrales permanentes. On n’était jamais trop prudent, hein…

C’était le fait que l’homme-loup ne se régénère pas au corps à corps qui avait guidé l’intuition du médecin. Il y avait une raison pour qu’il n’active le processus qu’à distance. Pendant ce court laps de temps, il désactivait et réactivait son génome alternatif. Pendant un court moment, il était vulnérable, mais aussi bien moins puissants. Non seulement ce ne serait pas passé inaperçu en plein échange de coups, mais en plus, c’était potentiellement suicidaire…

Kentaro avait terminé de compter les cent quatre-vingts secondes de sécurité et laissa tomber le cadavre, avant de désactiver le mur. La fièvre du combat était retombé et il se sentait harassé et complètement flagada. Il se laissa tomber contre le mur, avant de se laisser choir au sol.

Alors que sa conscience s’enfonçait dans une torpeur cotonneuse, une dernière pensée fugace jaillit dans son esprit, trop brièvement pour qu’il lui prête finalement attention.

"Pourquoi j’ai atterri ici, déjà ? "

*
* *

Au blockhaus, Masaru fit une entrée assez remarqué. Et pour cause : un énorme trou forait le torse de son frère Masao, qui ne donnait plus guère signe de vie. Seule la volonté de fer de son frère avait permis de les rapatrier jusqu’à Akio.
Ce dernier s’empressa d’initier un soin d’urgence pour sauver le maître d’arme grièvement blessé.

« Nom de nom, grogna le génie, sidéré. Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
_ Le type aux chaines… articula Masaru. Un tir horrible… Même mes épées en contre se sont fait balayer…. Des lames de maîtres, pourtant. Mais Masao est tout de même parvenu à l’embrocher, l’autre con… Gwahaha… Il s’en tirera pas…
_ Bon sang, je vous avais bien dit de ne pas vous entêter à l’affrontement. On voit le résultat ! Tu es passé par le couloir ? Que fait Manobu ?
_ Aucune idée… ‘Se bat dans une sorte de cube de lumière… Contre un type… »

Akio pinça les lèvres, soucieux. Si son garde-fou était engagé, cela signifiait soit un imprévu, soit que le Goishi s’était réorganisé plus rapidement que prévu. Mauvais signe dans les deux cas.
Non. S’il n’y avait qu’un seul adversaire, ce devait être un imprévu. Probablement Kentaro, Yoshimitsu l’avait mis en garde. Si Manobu s’en tirait avant que le Goishi ne se réorganise, ce serait bon !

Tannosuke s’approcha doucement de son ami et supérieur.

« Alors ? Que faisons-nous ? On passe à la phase suivante ?
_ Non, on attend encore un peu.
_ Mais…
_ Ça ira, ne t’inquiètes pas. On a encore un peu de temps. Manobu va vite arriver. »

*
* *

Kentaro sursauta. Il avait momentanément perdu connaissance. Mais quelque chose l’avait tiré de son inconscience. Il y avait quelqu’un, sût avec certitude le médecin.
Et la seule personne insaisissable qu’il connaissait était…

« Spectre !
_ Tu n’es pas mort ? Lui parvint la voix déformée de l’agent.
_ Si, mais j’ai décidé de te hanter…
_ Mais pourquoi je me faisais du soucis ? Dépêche-toi ! Spectre est dans un état critique !
_ Meeeerde… J’arrive. »

Le médecin entreprit de se lever mais sentit à ses jambes tremblantes que c’était mal parti.

« Spectre, tu m’aides à me lever ?
_ …
_ ’Fallait bien que j’essaye… »

Reportant à une autre fois l’opportunité de mettre la main sur son acolyte, Kentaro farfouilla dans sa sacoche et en tira une seringue d’adrénaline qu’il s’injecta directement dans la cuisse. Le médecin attendit quelques secondes, sentant une vague de chaleur l’envahir tandis qu’un semblant de tonus se répandait dans son corps.
Finalement, le jeune homme parvint à se relever.

« Ok ? Et comment tu comptes me guider sans te montrer ? » Demanda Kentaro.

Plusieurs petites sphères colorées apparurent, traçant un chemin.


« Tricheur… »
Le chunin soupira et se mit en marche.

Quelques instants plus tard, le médecin arrivait au chevet de Maillon et grimaça de suite en le voyant. Son bras droit n’était plus qu’une pièce de viande en charpie, broyé, et une lance brisée à moitié de la hampe était encastrée dans son torse, le traversant de part en part. Spectre n’avait pas menti en parlant d’état critique.

Soudain, le chunin perçut une infime vibration dans la plante de ses pieds. De très mauvais augure, ça, pressentit le médecin. Ni une, ni deux, Kentaro déploya son Mukan Kuiki. N’ayant pas le temps de préparer le terrain avec ses sembons à pompons, le chunin dut y aller en force, et c’est dans une fantastique décharge d’énergie, dont beaucoup fut gaspillé en pur perte, que le cube de chakra s’instaura.
La voix courroucée de Spectre, parvint aussitôt :

« Kentaro, tu viens de me coincer dans ton cube !
_ Ouais, tu me remercieras plus tard. » Grogna le médecin en se concentrant sur la solidité des parois.

Comme pour lui donner raison, les murs se mirent visiblement à trembler de l’autre côté des parois du cube, et des morceaux de maçonneries chutèrent du plafond.

*
* *

Quelques instants plus tôt...

Akio observait fixement le couloir qui menait au blockhaus. Finalement, il s’en détourna.

« Manobu ne viendra plus, vas-y, Tannosuke.
_ Tu es certain ?
_ Oui, vas-y. »

L’expert en sceaux s’approcha de l’entrée et posa les mains sur le Fuinjutsu qui ornait le sol, avant d’y injecter son chakra. Celui-ci fut absorbé et acheminé en différents points de la structure et déclenchèrent une série d’explosion visant les murs porteurs.

*
* *

Quelques jours auparavant, au QG d'Akio...

« Donc, résuma Manobu, on les sépare, on les isole, on les fracasse…
_ Les blesse, nom de nom !
_ … on les laisse se regrouper une fois qu’ils sont vulnérables et... ça nous amène où, tout ça ?
_ On leur fait s’effondrer tout le bâtiment dessus, répondit tout naturellement Akio. Les shinobis ont beau être des durs-à-cuire, les lois de la cinétique sont les même pour tout le monde. Quinze tonnes de gravats qui leurs tombent dessus et ils ne devraient plus ressembler à grand-chose. »

Ses acolytes le regardèrent fixement avec de grands yeux.

« Pas d’inquiétude, je n’ai pas l’intention d’utiliser le nôtre, rassura Akio. J’ai déjà prospecté et trouver un bâtiment qui fera l’affaire. À partir d’aujourd’hui, nous emménageons là-bas, et c’est là-bas que nous serons trouvés. Nous leur forcerons la main pour qu’ils viennent quand nous le voulons, où nous le voulons, tout en leur laissant penser que c’est entièrement leur choix. Ce n’est pas eux qui auront l’initiative sur cette confrontation.
« Je vous l’ai dit, je vise l’annihilation du Goishi et je n’ai pas l’intention de leur laisser le moindre échappatoire. Je ne veux pas qu’ils fassent demi-tour en se doutant de quelque chose, je ne veux pas qu’ils puissent prospecter le pièges à loisir, je ne veux pas qu’ils s’éparpillent et prendre le risque qu’ils puissent se ménager une sortie. En somme, je ne veux pas qu’ils puissent réfléchir une seule seconde une fois qu’ils auront mis le pied dans mon traquenard.
« Et si nous suivons ce plan à la lettre, je vous assure que nous triompherons, sans pertes. »

*
* *

Après plusieurs secondes d’apocalypse, le calme revint dans le blockhaus. Akio continuait à fixer le couloir désormais condamné et effondré, d’où s’échappait encore des volutes de poussières.

Une longue minute s’écoula. Finalement, le traître frappa rageusement le mur à ses côtés, avant de se détourner.

Echidona laissa échapper un sifflement admiratif.

« Hé bien, ton plan a été un succès total, félicitation, Akio. J’admets que j’avais des doutes, mais là…
_ C’est une blague ? Demanda hargneusement le traître. Nous avons perdu Manobu. J’ai laissé périr un de mes hommes ! Chez moi, ça s’appelle un échec.
_ Ne soit pas trop dur avec toi-même, Akio, intervint Tannosuke. Dans une guerre, il y a toujours des pertes.
_ Pas si j’avais eu un meilleur plan, rétorqua vertement Akio. Je me suis laissé aveugler par la régénération de Manobu… En y réfléchissant, même moi, je savais comment le battre. Je me suis reposé stupidement sur ses capacités et j’ai choisi la solution de facilité. Et j’en paye les conséquences. »

Le traitre d’humeur sombre se détourna des autres et se dirigea vers la sortie, sans ajouter un mot. Comprenant qu’il avait besoin d’être seul, aucun de ses compagnons ne le suivit.
Une fois qu’il fut parti, chacun resta silencieux un moment, réfléchissant à ce qui venait de se passer. Ce fut finalement Echidona qui résuma l’impression générale :

« À trois contre un et fort d’une douzaine d’agents abattus pour une unique perte de notre côté, il n’est pas satisfait et estime réellement qu’il pouvait mieux faire… C’est moi ou on est en train d’assister à la naissance d’un monstre ? »

*
* *

Plus tard…

Personne ne sachant à qui appartenait le bâtiment ni à quoi il servait, des recherches furent succinctement menées au cas où il y aurait eu des survivants. Elles permirent de retrouver deux shinobis à bout de force et dans un état critique, abrités dans un cube de chakra effrité à deux doigts de la rupture. Ils furent convoyés en urgence à l’hôpital, dans une unité de soins intensifs, sous la tutelle du docteur Shintaro Satokira.
Les autres corps retrouvés étaient méconnaissables et ne furent jamais identifiés.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 25/3/2012, 16:49

La salle d’entraînement Kinryoku était située à proximité du QG de la force Mahousarde, en périphérie du Gyosei Machi. C’était en fait - et surtout - un vaste hangar, que la kunin Shiraka avait réquisitionné pour l’usage personnel de ses troupes, afin de leur donner un lieu où s’entraîner tranquillement, entre Mahousards. Par la force des choses, les éléments les plus enthousiastes et chahuteurs de la force du Kiritsu Mahousard avaient pris possession des lieux, y entassant des montagnes d’équipements sportifs et de nombreux rings d’entraînement, transformant l’endroit en une sorte de repaire de fier-à-bras et autres foudres de guerres, désireux de montrer leur valeur physique, de se faire une cure de remise en forme, de gagner du muscle ou tout simplement de se la péter auprès de leurs potes.

Il n’y avait ni discipline, ni règlement, en ces lieux. Quelques gradés formaient un vague service d’ordre pour empêcher les dérapages et régler de rares rixes, mais dans l’ensemble, c’était un lieu bordélique où on trouvait toujours chaussure à son pied, que ce soit en terme de conseils, d’exercices, d’instruments ou de rivaux. La Mecque des bastonneurs de façon général, même si de nombreux Taïdoka côtoyaient aussi les lieux, sans parler des innombrables shinobis qui, à défaut de vouloir devenir une brute, souhaitaient tout simplement bosser ou entretenir leur physique ou leur réflexe de combat.

Une anarchie joyeuse et débonnaire, teintée d’un net chauvinisme que soulignaient de nombreuses saillies sur les tafioles de Gensou ou Chikaz’.
À bien y réfléchir, il n’était donc guère étonnant que Kentaro s’y trouve.

Le médecin se fraya un chemin au travers de la cohue chahuteuse, se cherchant un coin un tant soit peu calme. C’est-à-dire qu’il fila directement auprès de ses camarades qu’il s’était dégotté ces derniers jours : complètement désœuvré, il avait commencé à venir au hangar pour aider à entraîner, histoire de se sentir utile. De fil en aiguille, il s’était trouvé des atomes crochus avec quelques-uns des genins présents.

Le médecin convalescent fut accueilli avec enthousiasme par les turbulents shinobis, toujours aussi excités.

« Hé ! Kentaro ! Tu viens de manquer quelque chose ! S’exclama un grand gaillard au crâne rasé. Y’a Jubei qui vient de se prendre une raclée par Kenishi, en deux rounds gagnants !
_ Pas du tout, j’l’ai laissé gagner, protesta l’intéressé avec une évidente mauvaise foi.
_ Ouais, à d’autres, s’esclaffa le bonze. Pis sinon… Hé… Mais attends, y’aurai pas quelque chose de changé chez toi, Kentaro ?
_ Quel sens de l’observation…
_ Nouvelle coupe de cheveux ?
_ Nan.
_ Nouvelles lunettes ?
_ J’en porte pas.
_ Hé ! Kentaro, t’as plus tes bandages, fit remarquer Jubei.
_ Ah, ch’avais ben que quelque chose avait changé !
_ Crétin ! Ouais, acquiesça le médecin. Aujourd’hui, ma convalescence est terminée. Ch’uis de retour sur le terrain ! Un bon décrassage et ça va barder !
_ Prem’s pour taper le médecin ! Hurla Jubei. Un rat de bibliothèque, j’peux pas perdre, c’te fois-ci !
_ Va pas nous le casser alors qu’il est enfin retaper, objecta le bonze. Pis j’l’ai vu le premier, j’te ferai dire !
_ C’est gentil, intervint Kentaro, mais si ça ne vous fait rien, je pourrais peut-être m’échauffer…
_ Ouais, ouais ! Le sac de frappe ! Go, go, go !! Braillèrent les shinobis surexcités.
_ C’est pas ça, un échauffement, bande de bourrins ! »

Kentaro eût beau tenter d’expliquer, argumenter et menacer de se fâcher, rien n’y fit, ses petits camarades n’en démordirent pas. Aussi se retrouva-t-il donc finalement devant le sac de frappe.
Le chunin sautilla sur place quelques instants, relâchant ses muscles, avant de faire rouler son épaule pour bien l’échauffer. Il allait avoir l’air malin s’il se faisait un claquage d’entrée de jeu devant tout le monde.
Le médecin quitta ses sandales et fixa le sac de frappe. Du bout des orteils, il commença à tapoter le sol, inspirant un grand coup.
Et il se lança.

D’une brusque impulsion, il se retrouva instantanément au contact et lança son poing, dans un mouvement ample et souple, activant son épaule opposé comme un levier pour y donner encore davantage de force.
Dans un claquement sec, le sac de frappe se retrouva violement emporté en arrière.

Kentaro se redressa en souriant, rattrapant le sac qui lui revenait. Finalement, les petits exercices qu’il s’était imposé durant son rétablissement avaient payé : il n’avait pas beaucoup perdu.

« Bwahaha ! ok, là c’est officiel, ch’uis rétabli ! S’exclama le chunin.
_ Heu… Finalement, j’vais peut-être te laisser, hein…
_ Non, non, non, t’as dit que t’étais prem’s, je te le laisse… »

Le médecin prit mentalement note d’y aller mollo pour la suite. Il avait menti sur son grade à son arrivé au hangar et n’avait pas l’intention de se griller par des prouesses hors normes.
Mais n’empêche que ça faisait du bien de se lâcher de temps en temps.

« C’est une vache d’accélération que tu nous as fait là, fit remarquer le Bonze en s’approchant. Comment t’as fait ?
_ J’me contente pas d’utiliser mes jambes, expliqua le médecin. Y’a un truc, évidemment.
_ C’est quoi ? C’est quoi ? Intervint Jubei. Moi aussi, j’veux des accélérations qui déchirent !
_ Ch’uis pas doué en anatomie, objecta le Bonze, mais à part les jambes, tu veux utiliser quoi pour avancer ?
_ Je confirme, t’es pas doué… Et tes orteils, niguedouille ! Ils sont là pour faire jolis, peut-être ?
_ Mes orteils ? C’est une blague ?
_ T’as déjà essayé de courir dans le sable ? Ça doit être la misère, nan ? Demanda Kentaro.
_ M’en parle pas… C’st bien une invention de Chikaz’, ça, toujours à pourrir la vie des gens !
_ C’est parce que tu te contentes de la puissance de tes jambes, expliqua le médecin, et si elles n’ont pas un appui solide, bernique. En musclant un tant soit peu tes orteils, tu gagneras en aisance sur un sol instable. Et sur un sol stable, ça dépotera pour tes impulsions.
_ Ooooh… Et ça se muscle comment, ça ? » Voulut savoir le Bonze.

Kentaro jeta un coup d’œil circulaire autour de lui, et aperçut avec joie ce qu’il cherchait : une caisse remplie de balles qui trainaient dans un coin.

Quelques instants plus tard, le chunin s’éloignait, abandonnant le Bonze qui se tenait sur la pointe des pieds et tentait tant bien que mal d’attraper les vicieux lancés de Jubei.
Voilà qui occuperait le duo de surexcité un petit moment, songea Kentaro. Surtout qu’ils ne manqueraient pas d’inverser les rôles et que le Bonze chercherait à se venger. Et de fil en aiguille…
Il était peut-être même tranquille jusqu’à ce soir, en fait.

Le chunin retourna jusqu’au sac de frappe mais fut accosté juste avant par Genjuro, l’un des chunins responsables du hangar.

« Hé, hé ! Salut Kentaro ! Tu m’as l’air en forme, dis donc !
_ On peut rien te cacher, pas vrai ?
_ Allez, allez, j’ai vu ton punch, j’ai hâte de voir ce que ça va donner ! Poursuivit le chunin. Va au ring 5, je t’ai préparé un petit combat rien que pour toi ! On dit merci qui ?
_ Des fois que t’aies pas vu, je viens juste de reprendre, hein…
_ Relax, c’est un genin tout neuf ! Un étudiant presque ! Ça craint rien… Argumenta le chunin d’un ton mielleux. Ça te permet à toi de te remettre dans le bain en douceur, à lui de faire une entrée en matière pas trop rude et à moi de pouvoir le jauger : tout le monde est content !
_ Ma religion m’interdit de taper les gens plus faible que moi.
_ C’est ça ou un combat contre moi.
_ Tyran… Bon, ok, j’vais voir… »

De mauvaise grâce, Kentaro quitta le petit coin d’entraînement pour se rapprocher du centre du hangar, où s’étalaient les différents rings surélevés, avec les chiffres inscrits sur chaque face. Il n’eût aucun mal à repérer le cinq et s’aperçu que quelqu’un avait déjà eu la mauvaise idée d’y monter. Un grand type solidement charpenté, aux cheveux immaculés et à la vaste barbe bien peignée.

« Hé, toi, là, le héla le médecin, tu devrais partir, y’a un combat d’entraînement qui se prépare.
_ Ho ! Ho ! ho ! Je sais bien, répondu le gaillard d’une voix bourrue et joyeuse. Parce que j’y prends part. Seras-tu l’adversaire du Santa Goken ?
_ S~quoi Goken ? Heu… Attends une minute, toi… Genjuroooo !
_ Qu’est-ce qu’il y a ? Demanda l’intéressé en rappliquant rapidement.
_ C’est quoi ce merdier, chuchota Kentaro. T’avais dit un étudiant !
_ Et où est le problème ?
_ T’as de la merde dans les yeux ou quoi ? S’impatienta le médecin. Il est plus proche de l’âge de la retraite que j’ai d’années de service ! Regarde sa toison !
_ Y’a pas d’âge pour commencer le Nindo, rappela le chunin. Pis je te rappelle qu’on est en sous-effectif…
_ Il vient de s’engager ? S’étonna le médecin, incrédule. Sénilité précoce, c’est ça ? Bordel, mais t’as vu son physique ? C’est pas possible que ce soit un débutant !
_ Allons, Kentaro, ‘faut pas se fier aux apparences… Le morigéna Genjuro. Mais tu sais, tu as toujours le choix.
_ Quel choix ?
_ Moi ou lui. »

Quelques secondes plus tard et Kentaro se retrouvait sur le ring, marmonnant dans sa barbe des insanités sur les chunins et leur tendance à abuser de leur pouvoir, ces sales vautours.
Genjuro s’approcha des deux combattants et le va bien haut le bras en l’air.

« Match en un round gagnant, par KO ou abandon ! Hajimé ! »

Le colosse barbu se mit aussitôt en garde, solide bien que basique, tandis que Kentaro plongeait ses mains dans ses poches, l’air blasé.

« Oh ! Oh ! Oh ! Je sens que tu n’as pas été sage, mon garçon ! S’exclama le grand gaillard. Mais il est encore temps de te repentir !
_ Dis-donc, tonton lamorale, on est là pour se fritter, tu me donneras des leçons plus tard !
_ Tu l’auras donc voulu ! »

L’imposant genin se jeta aussitôt sur le chunin, armant un ample coup de poing, que Kentaro se contenta d’esquiver d’un rapide mouvement latéral. Le colosse enchaîna par un brusque crochet du gauche, avant de tenter un uppercut. Le chunin se retrouva à accélérer mais considéra qu’il avait encore de la marge.
Ses esquives lui donnaient tout le temps d’examiner son adverse. Outre sa taille imposante, le genin barbu disposait d’une carrure impressionnante, et même si ses coups avaient encore des lacunes, la puissance qu’ils dégageaient n’était pas à prendre à la légère. L’homme savait qu’il disposait d’un sacré physique et s’en servait visiblement, jouant de toute sa masse à chacune de ses frappes, leur donnant un maximum d’amplitudes et de puissances.
Un futur Migitiste, estima Kentaro.

L’étrange ballet des deux combattants dura encore quelques secondes, sous les hués des quelques spectateurs, tandis que le médecin se refusait opiniâtrement à lever la main sur autrui et que le genin ne parvenait pas à le toucher. Kentaro avait tablé sur un rapide épuisement de son adversaire avec cette tactique, mais avec son physique, cela risquait finalement de prendre un bon moment.
Pas grave, il restait certain d’avoir l’avantage dans une guerre d’usure.

Finalement, le genin s’arrêta et le toisa de toute sa hauteur, lui jetait un regard brûlant d’une passion irrépressible. Kentaro eût soudainement une brusque sensation de déjà-vu.

« Hé bien ! Tu comptes continuer à fuir encore longtemps ! S’exclama le colosse barbu.
_ Pas ma faute si tu peux pas me toucher, répliqua Kentaro.
_ Très bien, tu ne me donnes pas le choix ! Santaaaaa… Punch ! »

Le géant vêtu de rouge se jeta sur le chunin, balançant un coup de poing tout aussi banal que les précédents. S’attendant à beaucoup mieux, genre une technique spéciale, le chunin esquiva tranquillement d’un air blasé : ç’allait être très long.

« Santa Punch ! »

Le cri résonna beaucoup trop près au gout de Kentaro, qui se retourna vivement… Juste à temps pour se prendre un solide coup de poing dans la mâchoire : le géant avait profité de l’esquive pour se jeter contre les cordes du ring et profiter de leur élasticité pour orchestrer un retour foudroyant, sous les applaudissements du public.

« Oh ! Oh ! Oh ! Les vilains garçons ne peuvent espérer résister au poing purgateur du représentant de l’Esprit de Nowel ! » Vociféra le barbu.

Kentaro se releva en se massant la mâchoire, jetant un regard noir au genin. Ok, état de légitime défense validé, autorisation d’accélérer le processus d’épuisement accordé, décida le médecin.
Le chunin remit les mains dans ses poches.

« Si tu refuses de te rentrer dans le droit chemin, je me verrai obligé de te le faire rentrer dans le crâne par la force du poing de Nowel ! L’avertit le barbu.
_ Ouais, c’est ça, viens-y donc un peu pour voir, grogna Kentaro.
_ Tu l’auras voulu ! Santa Punch ! »

Le géant se jeta de nouveau à l’assaut. Kentaro esquiva aussitôt et balança son pied à deux reprises, fouettant la cuisse puis l’aisselle. Le colosse barbu contre-attaqua aussi sec, et le médecin évita de peu l’assaut, s’apercevant que faire le mariole sur un pied pour pouvoir frapper de l’autre n’était pas sans conséquence pour la mobilité. Il allait lui falloir se bouger un peu.
Accélérant enore, le chunin entreprit de poursuivre sa contre-attaque, virevoltant de ci de là autour du genin et l’arrosant de coups de pieds, tandis que ce dernier continuait à mouliner inlassablement, visiblement sans se fatiguer.

Premier constat : ce n’était pas une musculature en solde qui lui faisait face, jugea Kentaro. La couche de muscle encaissait plutôt bien les chocs. Finalement, ça prendrait peut-être un peu plus de temps que prévu.
Le chunin décida d’hâter un tantinet les choses.

Reculant prestement, Kentaro récupéra suffisamment de marge de manœuvre et lança un impitoyable coup de talon, bien décidé à l’abattre sur le crâne de son adversaire. Celui-ci réagit aussitôt, croisant ses bras devant son visage pour encaisser le coup.
Feinte réussie.
Le chunin décala son attaque juste ce qu’il faut pour abattre son pied devant le genin et profiter du choc pour planter son genou opposé dans le bide du barbu, qui, faisant davantage attention à sa garde haute, subit le choc de plein fouet.

Le colosse s’effondra plié en deux dans un gargouillis, les mains plaqués au ventre.

« C’est vil… D’employer des artifices… aussi peu honorables parvint à articuler le genin tout en récupérant du coup.
_ Hé ! Prends t’en qu’à toi-même pour tomber dans une ruse aussi simple ! Se défendit Kentaro.
_ Je vois… Très bien, alors si c’est ainsi... Santa Feinte ! »

Le colosse barbu frappa brutalement le sol – nettement plus facile à viser que son insaisissable adversaire – et pulvérisa une planche. Sous le choc, l’opposé de la latte se souleva brutalement dans les airs, fauchant le menton de Kentaro.

« Mas qu’est-ce que tu fichaaAAAH !
_ Sant’agrippe ! »

Sans se relever, le genin s’était jeté en avant, profitant de la diversion pour saisir les jambes de son adversaire. Avant que Kentaro ne puisse réagir, il se releva brusquement, fauchant – sans les lâcher – les jambes de son adversaire dans le mouvement et…

« Santa Toupie ! »

… se mit à tournoyer sur lui-même de plus en plus vite.

« Mais lâche-moi, abruti ! Hurla Kentaro en se pliant pour mettre son poing dans la gueule du colosse.
_ Oh ! Oh ! Oh ! D’accord !
_ Oh Nan ! »

Sans arrêter sa rotation, le barbu relâcha les jambes de son adversaire, qui effectua un solide vol plané pour finir cul par-dessus tête contre l’un des poteaux de coin.

« Enfoirééééé !
_ Oh ! Oh ! Oh ! Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même pour être tomber dans une ruse aussi simple, mon garçon !
_ Ok, j’vais t’buter ! »

Le chunin se releva prestement et se jeta sur le colosse barbu, bien décidé à lui faire bouffer la poussière. Ce dernier adopta une garde solide et s’apprêta à le recevoir comme il se le devait.
Les deux brutes se mirent simultanément leur poing dans la gueule...
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Re: Narasu

Message par Sonaka le 25/3/2012, 21:11

Elle entortilla sa mèche rousse pour la huitième fois en moins d'une minute. Lorsqu'elle s'en rendit compte, la jeunette chunin se leva, et décida qu'une ronde supplémentaire l'aiderait à tuer le temps.

Azuchi s'ennuyait ferme. On l'avait chargée, avec sept genin et deux autres chunin, de garder un dépôt de ravitaillement médical, dans les couches périphériques de la ville. L'essentiel du matériel de pointe avait déjà été apporté depuis longtemps par les convois précédents, mais les stocks de fournitures, médicaments et produits en tous genres devaient être renouvelés régulièrement, par l'envoi de caravanes. Malgré les mesures prises par le triumvirat sur le sujet, la production locale ne parvenait pas à satisfaire les besoins grandissants du complexe hospitalier de la ville: en conséquence, ils comptaient toujours sur les villages pour faire tourner la lourde usine.

Elle savait que c'était important. Et qu'il y avait un véritable enjeu: parmi ces caisses se trouvaient de nombreux produits qui pouvaient être détournés de leur usage initial, à des fins... autrement plus amusantes. La drogue circulait énormément dans la ville, mais pour ceux qui n'avaient pas toujours les moyens d'assurer leur ticket pour le paradis, il y avait là un excellent substitut à leurs vitamines. Elle même avait déjà eu l'occasion de jouer à ça, lors d'une des soirées un peu folles où elle mettait souvent les pieds.

Les seringues propres, ça partait facilement quand on n'y prêtait pas attention. C'était toujours plus facile de s'amuser lorsqu'on ne courait pas le risque de voir son bras noircir sous la gangrène. Malgré cela, c'était bel et bien les médicaments qui faisaient l'objet de l'essentiel des larcins. Outre les consommateurs suffisamment malins -ou stupides- pour tenter de faire leurs courses dans les casernes de Kiritsu, de nombreux gangs voyaient dans ces entrepôts une source de revenus particulièrement lucrative, dès lors qu'on savait contourner les difficultés. Lorsque c'était le cas, on leur livrait de l'argent facile sur un plateau d'argent, à la manière d'une supérette en libre service... avec des "shinobouledogues" pour veiller au grain, bien sûr.

Déjà, les rumeurs de corruption allaient bon train, et la hiérarchie n'avait pas hésité à faire des exemples, de manière systématique et impitoyable. De ce qu'elle avait entendu, l'un des Kunin avait personnellement veillé à ce que pas un seul grade ou piston ne puisse permettre d'échapper à ce genre de sentence. Et qu'un personnage à l'allure impitoyable et dangereuse, surnommé l'exécuteur, gérait ces affaires en main propre.

Du mauvais, tout ça.

Mais malgré ça... la demoiselle s'ennuyait ferme, et son charmant coéquiper -un blondinet aux yeux verts, mahousard lui aussi- ne l'aidait en rien à se distraire. Il semblait avoir la vivacité d'esprit d'une pantoufle vieillissante, et à peine plus de conversation. On ne pouvait pas lui en vouloir, le pauvre avait eu affaire à un déserteur quelques jours plus tôt. Un genre d'illusionniste qui lui avait grillé le cerveau. Plusieurs médecins s'étaient cassés les dents sur le sujet, avant que ce soit un adepte du genjutsu qui reprenne l'handicapé et ne lui prodigue l'équivalent d'une neurochirurgie pour lui reconnecter les cellules.

Apparemment, tout allait bien, et il ne lui faudrait plus que huit heures pour retrouver l'usage de la parole. Il avait été considéré apte au service, après tout.

Malgré ça, on se demandait vraiment si son cerveau n'avait pas été atteint. Il portait deux ceintures en bandoulière, et dessus, on ne trouvait ni kunai, ni parchemins, ni munitions 0.308, mais... un stock considérable de canettes de soda.
Yuuka cola, pour être précis.
Et il n'hésitait visiblement pas à piocher dedans pour se rafraîchir en cas de besoin. Il avait déjà vidé trois canettes depuis le début de la journée. La pause de treize heures n'était pas encore arrivée.

Probablement un dingue, oui.


Dans le reste du groupe, chacun s'occupait comme il pouvait. Un peu plus loin, une chikaratte bricolait des parchemins, attablée au comptoir de fortune qui faisait face à l'entrée. Enfin, c'est ce qu'elle faisait quand elle n'était pas occupée à jouer avec un chaton à fourrure tigrée, qui participait lui aussi à la mission. Elle gérait également les communications avec les patrouilles à l'extérieur, mais comme tout était aussi calme que dans un cimetière...

Le tout était ponctué de bulles de chewing-gum qui s'élevaient et éclataient paresseusement à intervalles réguliers.

Et fut interrompu par une légère explosion, doublée d'un nuage de fumée qui émana du symbole. La bricoleuse sursauta en crachotant, la face couverte de suie. Bien préparée, elle tira un sachet de lingettes de son sac, et se nettoya méthodiquement, en commençant par le front.

La petite rousse de mahou s'approcha de Sonaka, curieuse de savoir ce qu'elle fabriquait.

-C'a pas l'air de casser des briques, ton truc.
-Boh. Ca n'est pas censé faire ça, de toute manière. Teuh, poussière...
-C'est censé te cracher à la figure?
-Woh, ça va hein.
-J'plaisante, pas à se braquer. C'est quoi, de l'ombre, ce truc? C'est toi celle qu'a l'affinité bizarre, ici?

Mauvais dosage, se répéta la chikaratte en contemplant, contrariée, son reflet dans un miroir de poche. Elle ne voulait pas d'un jutsu pour faire flamber qui que ce soit. Ni créer du maquillage commando à un cout dérisoire, même si elle semblait bien partie pour.
Elle savait qu'elle disposerait toujours d'un coéquipier capable d'écraser des adversaires... ou les éliminer d'une manière ou d'une autre. Ca n'était donc pas son affaire, car elle avait très vite réalisé que des techniques utilitaires lui permettraient de se tenir loin des ennuis en plus d'être appréciée -et adorée- dans n'importe quelle composition d'équipe.
Tous les ninjas suivaient une approche proactive, et pouvaient opérer quelque soit la situation. Pour sa part, se tenir loin des ennuis était de très loin la meilleure des choses à faire. Elle n'aimait pas le moins du monde se retrouver en prise avec les problèmes. Aussi veillait-elle à ce que les obstacles la séparant du danger -ses chers coéquipiers- tiennent debout le plus longtemps possible. Et dieu seul savait à quel point ceux-ci pouvaient être négligents et manquer de prudence quand ils s'élançaient. A elle de prévenir tout accident.

Ses bombinettes de fumigènes obscurs étaient une bonne idée. Avec ça, elle avait de quoi clouer quelqu'un sur place, l'espace de quelques secondes. Pour une personne plongée dans le noir, rester immobile était aussi tentant que de sortir au plus vite. Bien que la majorité des ninjas entreprenaient de s'en tirer en avançant lentement, l'aspect chaotique du jutsu était très appréciable. Les contrattaques étaient rarement réfléchies, dans ces situations, et un tel piège offrait toujours le temps à ses coéquipier de se préparer pour la suite.

En ce qui concernait les sphères happant les projectiles, c'étaient des merveilles que ses coéquipiers lui reprochaient habituellement de ne pas utiliser davantage. Il suffisait de reprendre sa dernière mission pour s'en rendre compte. Le jour où elle parviendrait à les faire fonctionner sur des jutsu, eh bien... eh bien non, l'exercice s'avérait bien plus difficile que tout ce qu'elle avait jamais entrepris. Ce genre de dispositifs relevait des rangs A, et étaient bien trop contraignants pour qu'elle les ait envisagé bien longtemps.

Même son énorme balle incendiaire, inhabituellement destructive pour une technique de genin, relevait d'une toute autre fonction. Le jutsu avait volontairement été réfléchit pour être d'une lenteur misérable, et la jeune femme avait demandé à un professeur comment le freiner encore plus. Le principe de base, faire flamber un espace pour empêcher quiconque de passer dessus, en devenait valable même lorsque la sphère était en plein vol: on n'avait aucun mal à l'esquiver, mais la contourner dans un espace confiné tel qu'un couloir demandait plus d'acrobaties que ce que la majorité -même des ninjas- était disposée à fournir.


Et maintenant, elle lorgnait sur une étrange petite trouvaille, un jutsu katon qui ne faisait pas usage de flammes mais de braises et de cendres mélangées en une fumée écœurante. Elle n'était pas véritablement toxique ou lacrymogène, mais s'en approchait sensiblement: rester à l'intérieur s'avérait fortement incommodant, tant pour les yeux que les poumons. Et ceux qui prenaient leur temps pour en sortir s'exposaient à un insidieux danger, le jutsu étant précisément conçu pour entraver le travail des alvéoles.
En résultait que quiconque s'attardait dedans puis fournissait suffisamment d'efforts pour en venir à s'essouffler s'exposait à une très mauvaise surprise.

-Ca n'a rien d'une affinité bizarre, se défendit la genin. Est-ce que je dis que toi...
-Okay, je suis mal placée pour parler de bizarre.
-Encore que, t'as vu ce mec?
-Yuuka-Man?
-Aussi. Mais je parlais plutôt de l'encapuchonné. Il mesure combien, à ton avis?
-Moins d'un mètre cinquante, en tout cas. Même moi, je suis plus grande que lui... pauvre bonhomme.
-Est-ce que c'est un gars ou une fille, d'ailleurs?
-Euh. Très bonne quest... hey, calme, quoi que y'a?

Azuchi venait d'être interrompue par le félin tigré, qui lui passa les griffes sur le bras. Elle ne s'en offusqua pas le moins du monde, connaissant l'animal depuis suffisamment longtemps pour connaître ses sales manies. C'était son animal, après tout.

-Tu comprends ce qu'il veut dire?, demanda Sonaka. Il peut pas avoir faim, j'lui ai donné de mon sandwich.
-Pas toujours. Normalement, on devrait, mais... bwoah, on sait faire suffisamment d'autres trucs pour pas avoir à s'en soucier.
-Je vois...
-Je suis sérieuse, hein.
-Bien sûr.

La chikaratte sentit que interlocutrice commençait à se faire des idées, et se coinçait toute seule. Elle décida de lui donner un coup de pouce en déviant légèrement le sujet.

-Non, il est super sympa, c'est clair. C'est quoi, comme animal? Son nom?
-Un félin de Nagame. Un chat arboricole des jungles. Ca s'appelle un Margay.
-Et son petit nom?
-Euh... Margay. Ouais, j'me suis pas foulée, okay. Et alors?

Très douée pour se coincer elle même, en effet.

-Aucun problème. Ca sonne bien, après tout.
-Absolument. Et tant que...

Sonaka, pas plus qu'elle même, ne fit attention à la fin de sa phrase. Son attention avait été retenue par le vaste boucan qui provenait de l'extérieur. Des chants, des cris, des hurlements de foule... et plusieurs grincements effarants qui n'annonçaient absolument rien de bon.

Ca allait rapidement chauffer, comprirent les shinobis. Déjà, le chunin en charge des opérations distribuait les ordres de vive voix, en plus de rappeler aux tires aux flancs où se situait leur poste. Ils n'avaient pas de temps à perdre, et allaient avoir droit à du lourd.

Les gangs tentaient de faire des razzias sur les marchandises, bien sûr... mais ils le faisaient bien plus discrètement que ça. Ca devait être les Tox, hasarda la mahousarde.

-Tu crois aussi?, demanda la chikaratte.
-Ca ou un déserteur qui fout le boxon. On va pas tarder à le savoir.

Sonaka se tut, à la demande du ton insistant de sa supérieure qui ne devait pourtant avoir que quelques années de plus qu'elle. Son regard commença à parcourir les alentours, inquiet.

Les nombreuses fenêtres de l'entrepôt étaient renforcées par d'épais barreaux. Ils n'avaient pas à craindre grand chose de ce coté là, normalement. Pour autant, plusieurs d'entre eux regardèrent avec inquiétudes les intrus qui contournaient les obstacles extérieurs avec une rapidité déconcertante. Ils furent rapidement identifiés par les forces de Kiritsu.

C'était bien des Tox, des intoxiqués de première. On ne savait pas encore si c'était un gang, un groupe de brigands, une tribu ou un phénomène de société, mais ils faisaient partie des meilleures surprises que Narasu avait faîte aux trois villages. Leurs rangs étaient majoritairement composés de miséreux dépenaillés, qui avaient tous en commun une chimie corporelle totalement modifiée par l'usage de fix en quantités aberrantes. Plusieurs d'entre eux piochaient quotidiennement une demi douzaine de dopes différentes, et ils savaient faire un parfait usage de plusieurs drogues tant locales qu'exotiques pour contrebalancer les effets non désirés.

Enfin, parfait usage... n'importe quel bilan médical aurait dit le contraire, mais les Tox demandaient rarement l'avis d'un des membres de la profession. Cette dernière ne pratiquait généralement les consultations qu'à la morgue, en ce qui les concernait.

Il s'en trouvait quelques poches dans les coins les plus en ruines de la ville, mais le gros de la bande vivait à la périphérie de la ville, dans la zone montagneuse... avec les monstres, bêtes et créatures de tout poils qui partageaient ce même espace.
Le fait qu'ils aient parvenu à s'y installer et à établir des campements en chassant ces précédents locataires était franchement inquiétant. On en venait à se demander s'ils n'étaient pas pires que les bestioles du Yuukan, et la région était pourtant sacrément dangereuse.

Les gangs locaux en savaient beaucoup plus que les ninjas, sur ce point. Pour ces derniers, des autopsies avaient laissé deviner que les cocktails chimiques des Tox faisaient office de dopage exceptionnel, les rendant à même de constituer la nuisance qu'ils étaient. Poussées d'adrénaline, oxygénation inconcevable, tolérance à la douleur n'étaient que le début de la longue liste d'effets que recherchaient parfois les shinobi. Certains vagabonds avaient déjà été surpris à vivre et à se battre encore plusieurs minutes malgré des organes pulvérisés par des jutsu.

Et maintenant, un bande d'ils ne savaient combien d'individus était en train de raider leurs médocs. Déjà, plusieurs jutsu défensifs se dressèrent aux entrées principales de l'entrepôt, quelques uns -incompatibles- se sapant même mutuellement avant que les plus âgés ne tranchent immédiatement ces problèmes d'organisation. Les goulets d’étranglement venaient d'être installés.

Pourtant, les ninjas furent nettement plus surpris de voir un chariot traverser le mur nord du bâtiment. L'appareil avait été lourdement renforcé par plusieurs plaques de métal, et continua sa route jusqu'à l'un des genin, qui plongea pour ne pas finir écrasé.

La foire allait commencer.

Heureusement, le nindoka gensouard réagit aussitôt, et s'empara d'une de ses canettes de Yuuka qu'il lança en direction du bélier artisanal. Sonaka reconnut la trace de chakra suiton, et devina vaguement ce qui allait arriver.

Le liquide n'eut besoin que de quelques secondes pour bouillonner. La canette explosa d'un claquement sec, déversant un mélange de shrapnel et de soda acide sur ses cibles. Deux individus en devinrent incapables de se tenir debout, un autre eut le bras et le bas ventre férocement exposés, et un dernier périt sur le coup, pour avoir reçu plusieurs éclats au visage.

Et huit autres s'engouffrèrent aussitôt dans l'ouverture sans leur prêter grande attention. Sonaka n'eut même pas le temps de composer ses mudras qu'un d'entre eux était déjà pratiquement sur elle. La genin recula précipitamment, laissant sa commère absorber l'attention, et entreprit de se faire toute discrète en attendant son heure. Dans sa retraite, elle manqua d'écraser le chaton, qui se faufila prestement entre ses jambes pour rejoindre Azuchi.

Le félin n'était pas n'importe quel animal, c'était un kan. Coordonné à sa maîtresse, sur laquelle il prenait régulièrement appui à la manière d'un ninja sur un mur, leur taijutsu se composait d'agressions incessantes, à même de tenir tête à trois adversaires pourtant déterminés. Et au moment où ceux-ci parvinrent à se ressaisir et coordonner leur riposte, les partenaires de combat savaient déjà quoi faire.

-Margay, on écrase!

Le chaton réagit au quart de tour, leur fila entre les jambes, planta ses griffes sur le dos d'un vagabond pour prendre appui, et s'élança dans les airs. Une terrifiante vague de chakra se fit sentir, et la dresseuse elle-même prit soin de s'éloigner. Voyant cela, les Tox dressèrent leurs armes, cherchant la bête du regard.

Ils ne la trouvèrent pas.

Pourtant, c'est dans un concert de cris et de chairs que le kan retomba: quelques lambeaux de muscles se dispersèrent dans ce chaos, déchiquetés par les griffes de l'animal. Avant même que les gerbes de sang ne retombent, les trois apaches furent renversés par la dresseuse, concluant ainsi la combinaison miracle. L'animal, souffrant de vertiges malgré son habitude de l'utilisation du ganseki, se retira dans un coin de l’entrepôt, le temps de reprendre quelques forces. Deux portes, même employées en vue de minimiser le contrecoup, restaient éreintantes.

Azuchi prit donc garde de se retirer, elle aussi. Elle ne souhaitait pas employer ses propres techniques sans personne pour la couvrir en cas de besoin.


A quelques pas de là, les autres de Kiritsu rencontraient plus de difficultés. L'adepte du Yuuka Cola faisait face à une demie douzaine de Tox qui venaient de l'acculer dans un coin, le ventre et la jambe sévèrement entaillés. Si sa première grenade s'était révélée redoutable, les junkies n'avaient pas eu besoin de seconde prise pour penser à relancer ou s'éloigner des projectiles. Ils avaient même réussi à pulvériser un ninja de cette manière.

Maintenant, il se vidait rapidement de son sang, et n'avait plus la force de composer un seul jutsu. Il ne lui restait plus qu'à attendre qu'un des siens se soucie de son sort. Au moins, ses ennemis semblaient l'ignorer.


De son coté, Sonaka s'en tirait à peine moins bien. Physiquement, elle allait bien. Pour autant, elle s'était très vite faîte discrète une fois ses quelques fumigènes lancés là où cela lui semblait intelligent. Idéalement, elle aurait du essayer de sceller les entrées en embrasant les espaces concernés. Sauf qu'elle n'avait pas pu intervenir à temps pour bloquer les accès, et que s'enfermer avec une groupement de toxicomanes ne l'intéressait pas le moins du monde.
Et puis, mettre le feu à un entrepôt qu'ils étaient censés protéger était loin d'être une idée brillante.
Elle avait fait ce qu'elle pouvait, et s'occupait maintenant de sa propre sécurité. Personne n'irait la chercher au plafond, mais...

Glissée entre deux tas de caisses, elle ne voyait pas comment rejoindre le mur sans attirer l'attention. Peut être valait-il mieux pour elle de rester cachée ici.

Elle tenta de se calmer. Et hurla un bon coup lorsque l'un de ses abris vola en éclats sous l'effet de... bon.
La genin hésita. De quoi, exactement?
Elle recula en urgence, étouffée par la chaleur. Les caisses n'avaient pas explosé, elles avaient fondu. Quelque chose était passé au travers. Et avait visiblement laissé un peu de lave sur son chemin. A mieux y regarder, le plafond avait lui aussi connu un sort identique.

Sonaka s'énerva subitement, imaginant la cause de sa frayeur. Un de ses coéquipiers aura sûrement voulu faire le malin avec un jutsu à peine maîtrisé et particulièrement dangereux. Et cet idiot aura probablement réussi à garder jusque là son affinité secrète afin de ne pas subir les mêmes questions qu'elle.
Elle voulait savoir qui était cet idiot.

De ce qu'elle pouvait jauger de ses alentours, la situation ne s'était guère améliorée. Leurs agresseurs semblaient tout de même perdre du terrain. Ils avaient probablement du divertir les ninjas suffisamment longtemps pour récupérer les caisses qu'ils voulaient, se dit la genin.


Elle ferait tout aussi bien de se cacher dans un nuage d'ombre en attendant que tout ça se calme, tout compte fait.
Après tout, ça n'allait pas être si facile.
En témoignait la longue plainte cauchemardesque qui perça la mêlée. Sonaka n'eut aucun mal à voir -ni à sentir- d'où cela venait.

Un des chunin venait de se faire traverser le torse par la même chose qui s'en était prit à sa cachette. Ses poumons partiellement ravagés se vidèrent dans l'horreur avant que le ninja ne s'effondre, mort. La jeune femme préféra en détourner rapidement son regard, et identifia le fauteur de troubles.

C'était un oiseau translucide, entouré d'un halo de vapeur et aux contours déformés par la chaleur qu'il dégageait. Assez petit, dans le genre d'un faucon. Il regagna les airs en vitesse, essayant de se mettre à l'abri de tout ce qui pourrait le prendre pour cible.


Et la genin le conserva dans son champ de vision. Elle avait déjà comprit que quelque chose n'allait pas. Ca n'avait rien à faire ici.
Elle obtint rapidement confirmation, lorsque l'animal bifurqua soudainement.

Il ralentit d'un coup, puis s'évapora, et devint un nuage qui traversa rapidement la salle. Sonaka pu le suivre du regard, jusqu'à ce qu'ici traverse et investisse le corps d'un homme grand et élancé. Un mélange curieux: il devait cogner dans le mètre quatre vingt dix, mais était fin comme une allumette.

C'était un Tox. Ca ne faisait aucun doute: ses bras, visibles sous la chemise émaciée qu'il portait, étaient couverts de tâches et de plaques noires au niveau du coude, des résidus d'injections de dope effectuées dans la crasse et la poussière. Ses chairs se gangrénaient, pourrissaient ou quelque chose dans le genre: peu importait pour la genin, elle ne tenait pas à en connaître les détails.
Le truc qui importait vraiment, c'était que l'homme en question irradiait maintenant des flammes.

La genin envisagea rapidement de s'en approcher, mais fut brutalement ramenée à la réalité de son propre cas. Quelque chose enserra son mollet, et eut du mal à lâcher prise lorsqu'elle le piétina par réflexe. Elle se retourna, et vit l'un de ces rôdeurs, suintant et blessé au torse, qui gémissait à ses pieds. Soit pour lui demander son aide, soit pour continuer sa folie jusqu'au bout.

Voyant qu'il avait encore un poignard dans sa main libre, elle n'hésita pas longtemps. Sonaka lui écrasa le coude, et l'enjamba aussi vite que possible, courant maintenant à une vitesse impressionnante vers son prochain refuge.

Elle venait d'apercevoir le mahousard, accro au Yuuka-Cola, en train de recevoir des soins par un ninja vieillissant qu'elle n'avait jamais vu. Un membre des patrouilles alentours, donc.
Ils étaient tirés d'affaire.
La genin mit un peu de temps à réaliser qu'en vérité, tout ceci n'avait duré qu'une poignée de minutes.
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Re: Narasu

Message par Chihousou le 27/3/2012, 01:46

Le vent soufflait paresseusement sur les toits de Narasu, la Lune était cachée par de cotonneux nuages et la ville paraissait comme endormie. Une occasion rare. De celles que Chihousou ne pouvait pas rater.
Pour l'instant, l'ancien déserteur se contentait de rester assis sur le rebord d'un toit non loin du centre ville, comme pour s'imprégner de l'ambiance particulière des nuits tranquilles. Ces nuits où rien n'est censé se produire et que tout arrive. Humant l'air autour de lui, le jounin profitait de ces courts moments de lucidité qui précédaient les douleurs et l'anesthésie, ces moments qui n'appartenaient qu'à lui...

Il se laissa tomber. Tout au long de sa chute, ses mains et ses pieds semblaient frôlaient la paroi bétonnée du bâtiment. Un observateur averti aurait vu ce qu'il en était vraiment, l'ombre ne tombait pas, elle glissait le long du mur. Une prouesse aisément réalisable lorsqu'on en prend l'habitude, s'accrocher au mur avec du chakra, diminuer cette dose pour qu'elle ne soit plus suffisante pour adhérer complètement puis l'augmenter au fur et à mesure, il faut prendre en compte la vitesse de la descente qui rend l'adhérence plus difficile, et le tour est joué. Sa 'glissade' le long du mur ne dura que quelques secondes et se termina à deux mètres au-dessus d'un bâtiment au toit plat, trois mètres plus loin. Plutôt que de sauter, tel que l'aurait fait n'importe quel ninja digne de ce nom, Chihousou sortit deux kunais de son barda ainsi qu'un fil de métal tressé, il enroula le fil autour de la base des kunais et s'assura de la solidité de la fixation. Il enfonça le premier kunai, jusqu'à la garde et à l'aide de chakra, dans l'interstice séparant deux blocs de béton non loin de lui avant de lancer le second vers la plate-forme en dessous de lui. Deux origamis finirent le travail en clouant solidement le kunai au toit. Saisissant une bandelette de cuir à sa ceinture, le jounin put glisser le long de la tyrolienne improvisée et atterrir, tout en douceur, sur le béton.

Il n'y avait pas d'accès au bâtiment depuis le toit mais le mahousard avait bien repéré les lieux avant son opération et une petite lucarne, donnant vraisemblablement accès au troisième étage, pouvait être atteinte. Avant de continuer, il sorti une cigarette à l'opium de l'une de ses nombreuses poches et tira quelques lattes, il n'aimait pas faire ce genre de pause mais il ne souhaitait pas que son corps meurtri se rappelle à lui en cas de fuite ou de situation d'urgence.
Une fois la pause clope passée, il se suspendit au rebord du toit de « l'As de trèfle » et entreprit de rentrer par la lucarne. Pour ce faire, il prit la précaution d'huiler les gonds de la fenêtre avant d'entreprendre son ouverture, il se saisit ensuite d'une petite feuille de papier qu'il fit passer entre le mur et la fenêtre, là où elle devait probablement s'ouvrir. Une fois ceci fait, il utilisa le Gayoushi no Gyouko(solidification du papier) et se servit alors du papier comme levier et, comme par magie, la lucarne s'ouvrit sans autre bruit que celui du vent soufflant dans la ruelle quelques étages plus bas. Une fois passé, difficilement étant donné l'étroitesse de l'ouverture, le shinobi arriva dans un grenier qui paraissait inutilisé depuis longtemps.

Une trappe donnait accès à l'étage inférieur. De ce qu'il avait put observer, deux hommes, tout au plus gardaient le second étage de la maison de jeux, en même temps c'est à cet étage que l'argent était gardé. Bien qu'il n'aurait pas était contre un peu de monnaie, Chihousou n'était pas là pour ça et espérait, dans son for intérieur, que les dossiers des clients n'étaient pas rangés au même endroit, les gens ont tendance à protéger l'argent et voler quelque chose qui est caché avec devient souvent très compliqué. Le jounin ne voulait pas d'une soirée compliquée.

Ne pouvant faire irruption à l'étage inférieur et se présenter comme le couvreur pour expliquer sa présence dans le grenier aux éventuelles personnes présentes, l'ancien déserteur décida, à l'aide d'un kunai, de creuser un petit trou dans le plancher. Un genjutsu fut utiliser pour camoufler les bruits inhérents à cette opération. Les trous dans les planchers servent habituellement...à rien, il est rare qu'un individu fasse de lui même un trou dans son plancher, peu importe la raison. Mais, une fois présent, ces trous permettent de regarder ce qui se passe en dessous et de découvrir le merveilleux monde du voyeurisme. Pour quelqu'un comme le Masaka, un trou est une occasion de se faire une image mentale de ce qu'il y a de l'autre côté, en effet, grâce à ses sens plus développés que la normale, les odeurs et les sons apparaissaient comme aussi clairs que s'il était à l'étage en-dessous. Des relents d'alcool, une odeur de cendrier froid, le bruit d'une discussion, quelques bruits d'insectes et de petits rongeurs profitant du confort humain et rien d'autre. La voie semblait libre.
Une fois encore, il sortit de l'huile et utilisa un genjutsu pour camoufler l'opération puis il descendit au deuxième étage. Le jounin se retrouva au milieu d'un couloir tout ce qu'il y a de banal, le son de conversations venant de derrière lui il décida d'avancer. La première porte qu'il rencontra, et qu'il ouvrit avec la plus grande précaution, donnait sur un escalier descendant qu'il garderait pour plus tard, la seconde porte était un placard contenant de nombreux vêtements rapiécé. La dernière porte de ce côté du couloir permettait d'entrer dans un bureau aux dimensions étranges: long et étroit. La pièce semblait servir de débarras ainsi que, d'après l'odeur, de salle d'agrément pour couples occasionnels. Rien de réellement intéressant donc mais, pourtant, quelque chose dérangeait Chihousou. Quelque chose ne collait pas et il n'arrivait pas à comprendre quoi. De toute façon il avait des documents à récupérer et pas le temps pour les énigmes.

Pourtant, quand il sortit de la pièce et qu'il se retrouva dans le couloir, la vérité le frappa. Le couloir parcourait toute l'immeuble, de même que la pièce dont il était sortit, l'un perpendiculaire à l'autre. Tout spécialiste du combat à longue distance était capable d'évaluer naturellement les distances à force d'habitude et, même si Chihousou ne pouvait réellement être considéré comme un spécialiste dans ce domaine, son expérience du combat était suffisante pour voir où était le problème: le grenier ne couvrait pas tout le bâtiment. Oubliant ce qu'il était venu faire, le grand blond retourna dans le grenier aussi discrètement qu'il en était sorti pour s'en assurer.
Debout au milieu du dernier étage, il n'avait plus aucun doute, la différence de taille entre cette pièce et celles du dessous était évidente. C'en était trop, peu importe ses objectifs, la curiosité était trop forte, il devait savoir. Qu'est-ce qu'une maison de jeu, tout ce qu'il y a de plus légale en apparence, pouvait bien avoir à cacher? De l'argent? De la drogue?

Il se tenait face au mur du fond, au-dessus de la porte du débarras, et il ne voyait rien. Le mur ne sonnait pas creux, il n'y avait ni porte cachée, ni mécanisme et, même s'il ne pouvait en être sûr, pas de jutsu ou de sceau de protection. Il ne pouvait pas détruire le mur sans se faire remarquer (et il ne souhaitait pas se faire remarquer) et selon ses observations, la lucarne par laquelle il était rentré était la seule fenêtre de cette étage.
Obligé, il retourna dans le débarras de la même façon qu'il l'avait fait plus tôt, prudent comme la première fois.

Contrairement à sa première venue, cette fois ci, le jounin porta toute son attention sur le plafond et, patiemment, il en examina la moindre petite parcelle. Plusieurs fois. Ce n'est qu'une fois son ouïe booster au chakra qu'il put découvrir le subterfuge. Dans un coin, un bout de plafond, de la taille d'un œil, ne paraissait pas plein. Le son qui en découlait lorsqu'on le tapoter était légèrement différent. Sans hésitation le mahousard y enfonça un kunai révélant ainsi le mécanisme d'ouverture d'une trappe. Celui-ci, un simple sceau demandant une injection de chakra, une fois activé, sembla ouvrir un trou dans le plafond tout juste assez grand pour qu'un homme adulte puisse passer. Il grimpa et se retrouva dans une minuscule pièce dans laquelle il ne pouvait se mettre debout, face à lui se trouvait de boites en carton et...c'est tout. Dans les cartons se trouvait un nombre incalculable de dossiers, tous rangés par ordre alphabétique.
Ne pouvant croire que c'était les dossiers des clients qu'il était venu chercher, Chihousou commença à jeter un œil dans les différents papiers.

(…)

Il était debout, droit comme un i, comme devait être un shinobi devant un supérieur. Il voulait en faire partie et était prêt à se plier aux règles pour ça, même les plus stupides.

_ Qu'est-ce que c'est que tout ça? Demanda Shiraka Satsubatsu en examinant les papiers que venait de lui donner Chihousou.
_ Ça, Madame, c'est un échantillon du plus impressionnant des carnets de chantage qu'il m'ait été donné de voir. À l'intérieur de chaque dossier se trouve des informations compromettantes et il y a de tout: des shinobis, des chefs de gangs, des petites frappes, des entrepreneurs, des médecins, des membres de partis politiques, de la police et ce de chaque village.

Le jeune homme laissa sa phrase en suspens, histoire de marquer l'effet, puis continua.

_ Avec ça dans ses mains, quelqu'un d'intelligent peut contrôler cette ville voir même influer sur toute la politique du Yuukan en jouant bien ses cartes. Mais surtout, imaginez la capacité à réunir des informations qu'il faut être capable d'user pour réunir cette quantité de données. Quelqu'un prépare quelque chose de gros. Il faut découvrir qui est derrière tout ça.
_ On pourrait aussi utiliser ces informations pour mettre un frein aux activités illégales de la ville, n'est-ce pas?
_ Madame, en utilisant ces documents comme ça, il faudrait plusieurs mois aux mafias et aux gangs pour s'en remettre.
_ Une bonne chose donc.
_Effectivement. Cependant, rien ne dit que j'ai tout récupéré. « L'As de trèfle » n'est pas réellement une forteresse imprenable, ça m'étonnerait que tout soit dans ces deux cartons.
_ Bien, j'examinerais ces cartons et je verrais si ce que vous dites est vrai.
_ Je ne vous demande pas plus.
_ Je n'ai pas fini. Si ce que vous dites s'avère exact alors je lancerais une enquête mais avant j'aurais deux conditions et une question à vous soumettre.
_ C'est d'accord.
_ Qu'est-ce que ça vous rapporte?
_ Je ne comprend pas?
_ M'amener ces cartons, qu'est que ça vous rapporte? De mon point de vue, avec ces informations en votre possession vous pourriez sans aucun doute disparaître de la circulation et retrouver votre 'liberté'. Alors, pourquoi me les amener? Vous n'êtes pas du genre à faire quelque chose de bien gratuitement, non?
_ ...c'est vrai. J'ai pensé à garder ces boites et à m'en servir mais je ne suis pas fou. Je n'ai aucune chance d'échapper au contrôle des villages. Pas si je souhaite vivre encore quelques années en tout cas. Et il s'avère qu'il y a des choses que j'aimerais faire avant de mourir et ce serait plus simple avec la puissance, dans tous les domaines, que représente Mahou. Ce geste est, disons, un gage de ma bonne foi et de ma volonté de servir au mieux. Et puis cette affaire m'intéresse, j'ai envie de savoir de quoi il retourne. Ai-je répondu à votre question?
_ Disons que je m'en contenterais. Pour les conditions de ce contrat, les voilà: je veux être au courant de tout, la moindre petite info devra remonter jusqu'à moi, et quelqu'un vous surveillera, je n'ai pas encore confiance en vous et je connais vos méthodes. Je veux quelqu'un qui vous empêche d'aller trop loin, cela vous convient-il?
_ Je devrais pouvoir m'y faire.
_ Bien. Amenez moi le reste des dossiers que je les examine, ensuite vous pouvez disposer.
_ Oui, madame.

Une fois sorti du bureau, Chihousou s'autorisa à sortir le reste de sa cigarette, après tout il l'avait mérité. Cependant, alors que la douce euphorie qui suivait l'inhalation de la drogue commençait à poindre le bout de son nez, il se redemanda s'il n'aurait pas mieux fait de garder les cartons pour lui...bah, il trouverait bien un moyen de faire sortir quelque chose de tout cela.
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Re: Narasu

Message par Santa le 29/3/2012, 22:18

Après le double coup de poing des deux côtés, les deux assaillants furent tous les deux projetés vers un coin. Ils en profitèrent pour se relever doucement en se jaugeant du regard, sous les yeux attentifs de l’entraineur, Genjuro. Le jeune homme, agile et puissant à la fois, semblait partir gagnant, mais les coups portés jusqu’à présent mettaient les deux adversaires à égalité.

Santa s’approcha du milieu du ring en arborant une garde solide de boxeur qui protégeait son visage et ses cotes en même temps que Kentaro, qui lui avait une garde plus lâche, les mains ouvertes, à hauteur des épaules.
L’étrange vieil homme attaqua une fois de plus le premier d’un rapide direct du droit qui fut dévié prestement par le tranchant de la main gauche du chuunin. Celui-ci enchaina directement d’un crochet du droit paré par Santa. Les échanges de coups de poings parés ou esquivés se suivirent quelques instants puis Kentaro bondit brusquement hors du champ de vision de Santa, qui, ne voyant plus son adversaire à cause des poings qui protégeaient son visage, fit un roulé-boulé vers l’avant. Bien lui en prit car un double coup de pied en ciseau découpa l’air à l’endroit où se trouva sa tête quelques secondes auparavant.

Mais Kentaro ne laissa pas le temps à Santa de se retourner pour se remettre en garde, et fondit sur lui talon en avant. Le coup cueillit le géant en plein dans l’arcade sourcilière et il rebondit dans les cordes qui délimitaient le ring, avant de se relever, la moitié du visage en sang.
« - Ho Ho Ho, je vois que tu es tenace, mon garçon !
- C’est plutôt toi qui t’accroche, vieillard !
- Santa Goken : Chants Guerriers ! »

Santa entonna alors de sa plus belle voix ‘’Mon Beau Sapin’’ tout en fonçant sur son adversaire et frappant sans repos. D’abord décontenancé, Kentaro encaissa quelques coups puis se cala inconsciemment sur le rythme de la chanson. Quand Santa passa à ‘’Vive le Vent’’ le chuunin, fatigué de défendre, passa à l’offensive. Il esquiva le rythme cadencé des coups puis enchaina droite-gauche-droite dans le diaphragme de son adversaire en pénétrant dans la garde de celui-ci.

L’Envoyé de l’Esprit de Nowel n’avait plus le choix, il lui fallait maintenant mettre en œuvre la technique qu’il avait travaillée avec assiduité pendant le trajet jusqu’à Narasu. Un vieil homme tenant un dojo à moitié en ruine la lui avait léguée pour le remercier de sa bonté : à la vue de cette personne démunie et malheureuse, il avait tiré un cageot d’oranges de sa Santa Hotte. Bref, le vieux maître avait dit qu’entre vieux, il fallait se serrer les coudes et apprit à Santa les bases de cette technique qu’il avait inventée au cours de sa vie.
Tout d’abord, Santa dut s’assouplir les bras avec application. Puis comprendre comment les mouvements s’enchainaient afin de surprendre l’adversaire, le prenant totalement au dépourvu. Enfin, il lui avait fallu s’entrainer sans relâche pour la maitriser en partie. Ca là venait le pire : il n’avait jamais utilisé cette technique en situation réelle. Un vrai baptême du feu, donc.

Alors que Santa se redressait en respirant profondément, son adversaire le toisait, attendant la prochaine loufoquerie. Tout d’un coup, le bras droit de Santa disparut tandis que le reste de son corps se relâchait progressivement maintenant que la technique était lancée.
« - C’est quoi ça ?
- Santa Surprise ! Je n’ai pas encore trouvé de nom définitif à cette technique, Ho Ho Ho !
- Je vois encore ton bras… Non… Si…
- Oui, il t’arrive de le voir, mais ton manque de foi en l’Esprit de Nowel te rend incapable de comprendre totalement cette technique ! »
Avec ces paroles qui lui rappelaient celles d’un dangereux individu présentement disparu, Kentaro se mit sur la défensive. Il apercevait réellement le bras de Santa de temps en temps, mais était incapable de fixer son regard dessus. Car là se trouvait le secret de la technique. Les mouvements étaient conçus pour être imprévisibles, donc le bras échappait en permanence à l’œil nu, un peu comme les mouvements d’une mouche.

La main gauche en avant position défensive, Santa avança progressivement vers son partenaire d’entrainement. Il se mit de profil, et même si son bras était plus ou moins invisible, il était de toute façon en partie caché par le corps imposant de son propriétaire. Tandis que Kentaro se déplaçait latéralement pour essayer de garder le bras droit en vue, Santa tournait avec lui. Ce dernier continuait à avancer lentement en pas chassé, maintenant sa Santa Surprise, attendant le bon moment.
De fait, la situation semblait verrouillée, entre Kentaro qui restait prudent et tournait latéralement, et Santa qui avançait tout doucement.

Mais, que ce soit fait exprès ou non, Kentaro se trouvait désormais quasiment dans un coin. Tenant là la chance qu’il attendait depuis longtemps, Santa se fendit vers l’avant, projetant son bras droit vers le haut pour le rabattre violemment vers le bas en hurlant ‘’Santa Choooop !’’. Mais Kentaro avait utilisé les cordes pour se propulser derrière son adversaire et lui faucher les jambes en plein milieu de sa technique.
Il nota toutefois que le piquet de coin était à moitié fendu et que des esquilles de bois étaient plantées dans la main droite de Santa, qui les arracha sans sourciller, le regard fixé sur son adversaire.

Après s’être relevé, Santa courut sur son adversaire en remettant la Santa Surprise sur son bras droit. Il atteindrait bientôt la durée maximale d’utilisation dont il était capable et son bras deviendrait gourd. Sans parler des douleurs le lendemain, mais il verrait à ce moment-là. Il n’avait donc pas de temps à perdre.
Plus ou moins surpris par ce brusque changement de stratégie, entre précipitation et précaution, Kentaro se fit attraper par un des pans de sa chemise, puis projeté dans le coin déjà abîmé par le Santa Chop. Mais cela ne s’arrêtait pas là. Après un ‘’Triple Esprit de Nowel’’, il vit trois Santa se jeter sur lui à tout berzingue. Il décida de bloquer le coup puis de contrattaquer tout en puissance, fatigué par ce match, tout en notant mentalement d’y aller mollo. Sa couverture était en jeu, après tout.

Le premier Esprit de Nowel le frappa au genou d’un coup qu’il amortit en portant son poids sur son autre jambe. Une fraction de seconde après, le deuxième Esprit frappait sa cote flottante et rencontrait son coude. Pour finir, le troisième Esprit se trouva face à lui, en surplomb, et armant son Santa Chooop.
Activant instannément son Epiderme de Diamant, il encaissa le coup avec ses bras en croix au-dessus de sa tête, puis contrattaqua d’un puissant coup de pied dans le torse découvert du géant grisonnant, qui se retrouva projeté à l’autre bout du ring.

Kentaro avait noté que Santa mettait de plus en plus de temps à se relever. Tous les coups subis, et l’énergie dépensée, commençaient à se faire sentir sur celui qui n’était, après tout, qu’un vieux machin sénile tout juste sorti de l’Académie.
Ses jambes paraissaient capable de le porter jusqu’au bout de ce match, et il ne lui restait plus qu’une solution, songea Santa. De fait, il jouerait son va-tout. Déjà son bras droit se faisait plus lourd et il commençait vraiment à être épuisé.

Le chuunin avança prudemment vers son adversaire, craignant sans doute une autre bizarrerie qui le prendrait au dépourvu. Il para quelques coups de poings et autres tentatives de projection un peu faiblardes puis attrapa au vol le poing droit de son adversaire. Dans cette position dominante, il ne prit pas garde à la Santa Surprise du bras gauche qui attrapa son bras gauche. Tournant violemment sur lui-même, Santa projeta Kentaro en l’air.
En fait, il n’y avait aucun risque pour lui, Kentaro s’en rendait compte. Son adversaire semblait à bout et rien ne l’attendait à sa réception au sol. Aussi, quand il atterit, il se prépara à achever enfin un Santa déjà K.O.

« - Bien bien bien, le match est fini ! intervint Genjuro.
- Il abandonne ? s’étonna Kentaro, s’attendant à ce que son adversaire continue le match jusqu’au bout.
- Mais non, Kentaro : tu as perdu.
- Comment ça j’ai perdu ? J’ai pas perdu du tout, j’suis pas K.O., s’plutôt lui qui l’est ! Regarde, il tient à peine debout !
- Et toi, où te tiens-tu ? » le gourmanda l’entraineur.
Kentaro jeta un coup d’œil autour de lui et se rendit compte, à sa grande horreur, qu’il n’était plus sur le ring.
« - Eh mais… !
- Ho ! Ho ! Ho ! L’Esprit de Nowel t’a montré la défaite, il est temps désormais que tu fasses amende honorable et…
- Une revanche ! J’veux une revanche ! J’ai pas perdu !
- Allons, allons, du calme, Kentaro, je suis sûr que tu auras une revanche, maintenant, c’est l’heure du débriefing d’après match. »

Un soupir parcourut l’assemblée qui s’était approchée pour observer les deux brutes qui repartit vaquer à ses occupations. Tous savaient à quel point Genjuro aimait les débriefings. Et à quel point ceux-ci pouvaient être longs, ennuyeux et fastidieux. Le genin et le chuunin se préparèrent à une vraie diarrhée verbale de termes ampoulés, d’airs pédants et, dans le tas, d’un gros paquet de conseils avisés.
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Re: Narasu

Message par Kalem le 19/4/2012, 16:15

Zanzibar de Schmoltrukchouette ! Pour une fois que Kalem trouvait une mission dans ses cordes, il fallait que son « génie » en question ne soit qu’un agent du mal, probablement un chikarate, et dont l’intérêt qu’il portait à la science et à la connaissance était inexistant. Probablement le Nain avait-il été trop excité par la perspective de rencontrer des gens qui en connaissaient plus sur le monde que lui. Bref, il s'était investi dans une mission qui ne valait pas un clou et cela le foutait en rogne. Si au moins il avait été récompensé chèrement, ou s’il avait appris quelque chose d’intéressant. En plus, il s’était avéré que Kentaro possédait des connaissances. Cette fois ci, la coupe était pleine, il ne retournerait pas en mission. Pour rien au monde !

Kalem s’affala dans un fauteuil, bien confortable, et bien trop grand pour lui. Il prit son livre qu’il avait déposé, pas moins de deux minutes plus tôt, sur la petite table de chevet placée à sa gauche. Le bouquin traitait des poisons, thème qui intéressait fortement le Mahousard et sur lequel il avait lu au moins une demi-douzaine de traités. Celui-ci élaborait un compte-rendu très détaillé des diverses méthodes de repérage du poison. En théorie, Kalem savait créer une petite cinquantaine de contrepoisons plus ou moins efficace, dans un délai de moins d’une minute à un peu plus d’un quart d’heure pour les plus coriaces. Cependant, malgré ses dons en matière de diagnostic et d’analyse, repérer chaque poison et les différencier avant que leurs effets soient irréversibles, lui posait encore beaucoup de mal. Surtout que la plupart des poisons agissaient en moins d’une demi-heure et comme le repérage était très long, il restait souvent très peu de temps au nabot pour confectionner un antidote convenable.

« Je l’savais » s’écrie-t-il soudain. « Le venin de dendrobate ne possède qu’un seul et unique contrepoison qui se fabrique à partir de ce même venin ! »

Kalem replongea aussitôt dans sa lecture silencieuse. Il n’était rien de plus passionnant que d’apprendre quelque chose et ce livre lui plaisait à merveille. L’auteur Takeo Okugo était reconnu à travers tout le Yuukan et le petit nain avait lu tout de lui. C’était un médecin très réputé pour ses connaissances immenses en matière de poisons et Kalem se voulait être son fervent disciple. Il connaissait la vie de cet homme par cœur sans jamais l’avoir rencontré autrement qu’à travers ses œuvres.

Ce n’était cependant pas la seule personne au monde que Kalem avait pris pour modèle. Cette addiction à la lecture le rendait incollable sur quasiment toutes les personnalités et les sujets qu’on pouvait aborder. Sans aller jusqu’à dire que c’était un puits de science, il en savait quand même assez pour converser pendant au moins une heure sur n’importe quel sujet. La médecine étant bien entendu son préféré.

La journée passa, et, alors qu’il s’apprêtait à entamer un nouvel ouvrage, il entendit la porte grincer derrière lui. Usant une fois de plus d’un de ses grognements quotidiens, il aboya sur la personne qui venait de rentrer, lui faisant bien comprendre qu’il ne voulait pas être dérangé. Pensant en avoir terminé avec cet intrus, Kalem ouvrit le petit livre à la première page et commença à lire. Un deuxième grincement se fit entendre, mais celui-ci était plus représentatif du parquet que de la porte.

« Il me semble avoir dit que je ne voulais voir personne ! Et surtout pas toi ! » grommela Kalem.
« L’amabilité ça s’apprend mon petit Kalem. Et avec tout ça, je suis porteur d’une bonne nouvelle et d’une mauvaise. »
« Je suis muté à Mahou ? Et la mauvaise, c’est que tu viens aussi ? » Demanda le nabot.
« Non, en fait la mauvaise nouvelle c’est que je vais encore devoir me trainer un boulet dans les pattes pour ma prochaine mission et la bonne c’est que ça te fais chier autant que moi. » Fit Kentaro, l’air ravi.
« NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNNNNNNNNN !!! Enfoiré ! Je te pisse à la raie tête de fion ! Je ne repartirais pas en mission ! Putain, j’étais si bien dans mon petit chez moi tout seul… » Se lamenta le petit médecin.
« D’ailleurs, c’est étrange que tu sois tout seul. Les logements Genins sont prévus pour trois ou quatre normalement. »
« Oui oui, on était trois au départ, mais les autres ont dû partir, ils n’aimaient pas l’ambiance. C’est vrai que c’est moche ce papier peint. Et puis non, de toute façon je ne viens pas avec toi ! » Décida Kalem, revenant à ses moutons et à son fauteuil.

Kentaro avait appris à ne pas essayer de discuter avec le nain. Il l’attrapa donc par le col et le traina à l’extérieur. Là, se trouvaient Sonaka, que Kalem n’appréciait pas le moins du monde et à côté d’elle se tenait un gigantesque vieillard, grand comme un sapin et costaud comme un troupeau de rennes. Ce dernier sembla s’émerveiller à la vue du nain que trainait le Satokira derrière son dos.

« C’est lui Kalem ? » demanda-t-il. « Il conviendrait parfaitement… »
« Super, alors prends le ! C’est la dernière fois que je fais le sale boulot hein ! Allez chercher le nabot et faire en sorte qu’il vienne en prenant un air sympathique et gentil, c’est bien une idée de fille ça, pas du tout mon style. » Dit Kentaro en laissant tomber Kalem par terre qui continuait à gesticuler et à éructer des insanités.
« Eh, oh, je t’ai juste demandé de la ramener, parce que je pensais que c’était toi qu’il écouterait le mieux ! » Se justifia la Kunoïchi.
« Et c’est à toi de donner des ordres ? T’es Genin il me semble… »
« Toi aussi ! Et puis arrête de faire le gamin. » S’emporta-t-elle.

De son côté, le géant avait saisi le nain par le pied et s’occupait à l’examiner de manière très sérieuse tandis que Kalem lui lançait les pires jurons que la terre ait connu. Soudain, le nabot tenta de se balancer d’avant en arrière. Le vieil homme, se demandant ce que le petit être tentait de faire le laissa s’agiter. Kalem tenta de chopper la barbe de son adversaire avec ses dents mais celle-ci était trop haute, et sa ceinture abdominale n’était pas assez développée pour pouvoir se hisser plus haut. Changeant de technique, il arma son poing, qu’il n’utilisait que très rarement et frappa dans la direction du bonhomme en rouge. Celui-ci, lâcha sa prise et émit un cri assourdissant, utilisant ses deux mains pour se tenir entre les deux jambes.

« Voilà, avec les guignols comme ça, vaut mieux toujours viser les boules ! » Commenta Kalem qui se relevait, maîtrisant sa colère et regardant les deux autres shinobis qui s’étaient arrêtés de se chamailler dès que le grand bonhomme avait crié. « Et, comment s’appelle le machin ? Des fois que j’ai besoin de l’enguirlander un peu… » Ricana le petit médecin.
« Euh… Santa, Santa Claus ! » Balbutia la kunoïchi abasourdie.
« Bon, ben je sens qu’on va bien s’entendre nous deux ! » Lança le nabot.

Pas de réponse, le géant étant toujours occupé à se tenir les boules. Il se releva et regarda son agresseur d’un air sévère. De son côté, Kalem le fixa droit dans les yeux, un sourire narquois se dessinant sur son affreux visage. Santa croisa les bras et soutint son regard.

« J’aurais dû prévoir que tu réagirait comme ça… Tu n’as pas été gentil cette année, je l’ai senti dès que je t’ai vu. Mais j’ai été obnubilé par ma recherche de lutin. » Dit-il en s’adressant à Kalem.
« C’est ça, ça me fait une belle jambe ! Bon, on y va ou je rentre lire chez moi ! » Grogna le nain.
« On y va ! » S’empressa de dire la kunoïchi, laissant Kentaro prendre la tête du groupe.

Ce dernier les mena jusqu’au quartier général de Kiritsu, au sein même de la zone neutre du Gyosei Machi. Ils devaient attendre ici qu’on leur fasse parvenir leur ordre de mission par l’un ou l’autre des conseillers présents. Kalem et Santa se regardaient toujours avec intensité. Kentaro s’assit dans un fauteuil pour passer le temps sans avoir à discuter avec l’un ou l’autre de ses coéquipiers. Il ne pouvait supporter Kalem, avait mal avalé le fait que Santa l’ait battu et ne voulait surtout pas laisser une nouvelle chance à Sonaka de le manipuler. Quant à elle, elle désespérait de se trouver entre trois hommes, qui plus est, des Mahousards tous les trois. L’un d’eux vouant une haine particulière à tout ce qui n’est pas de Mahou. Enfin, à tout ce qui ne lui est pas propre en fait.

Une dame arriva au bout d’un bon quart d’heure, un papier à la main. Elle dévisagea les quatre ninjas qui se tenaient devant elle, hésita un instant, puis s’éclaircit la voix :

« Euh… Vous êtes l’équipe Kentaro ? » Demanda-t-elle timidement.
« L’équipe Kentaro ? C’est quoi cette affaire ? Nous sommes l’équipe Kalem et Kentaro n’est qu’un de mes sous-fifres attitrés ! Donnez-moi ce papier vieille toupie édentée à la face jaunie ! » Vociféra le nabot.
« Excusez-nous, mais ce petit être insolent n’a pas été sage cette année, il ne vous dira que des sornettes. Vous, vous semblez prête à écouter l’esprit de Nowel ! Hohoho ! » Interrompit le grand vieillard.
« Bon, étant donné que ce papier m’est adressé, pourquoi ne me le remettriez-vous pas ? » Intervint Kentaro.
« Euh… Je. Mais finalement, à qui je dois donner ce foutu papier ? J’ai l’impression d’être au milieu d’une bande de fous ! » S’exaspéra la femme.
« Excusez les madame, ils font un peu peur au premier abord, mais ils sont sympathique. Enfin, presque… Donnez-moi le papier, je vais faire en sorte qu’on s’en aille au plus vite pour éviter de troubler l’ordre qui règne ici. » Fit Sonaka, prenant le papier des mains de la dame et sortant, laissant les trois autres ahuris par cette sortie.

Ils la suivirent tous trois après un instant d’attente et la rejoignirent dans la rue. Elle leur adressa un sourire vainqueur et ouvrit le papier qu’elle avait dans la main.

« Vous devez retrouver un homme du nom de Osamu Soseki. Il est recherché pour trafic d’armes et loge habituellement dans une des maisons en face du bar du pendu, à Yomi. » Lut-elle.
« Et ben, on est bien avancés avec ça. On a un vieillard cinglé, un médecin, nain et incompétent, une enfumeuse de première et moi…. »
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Re: Narasu

Message par Santa le 5/5/2012, 14:56

« Vous devez retrouver un homme du nom de Osamu Soseki. Il est recherché pour trafic d’armes et loge habituellement dans une des maisons en face du bar du pendu, à Yomi. » Lut Sonaka.
Telle était la première mission à Narasu de Santa, l’Envoyé de l’Esprit de Nowel. Il avait eu la joie de retrouver Kentaro, le jeune homme que sa défaite avait du faire réfléchir à propos du Bien. Il avait également fait la rencontre de Sonaka, la jeune fille chikarate susnommée qui avait subtilisé la lettre des mains de la secrétaire alcoolique (car elle sentait distinctement le Ninja Walker, il faudrait qu’il lui en parle) et de Kalem, qui avait tout d’un lutin dont il aurait besoin quand il établirait sa fabrique de jouet. Il y pensait encore au lieu exact mais Heiki semblait s’imposer pour l’isolation possible.
Seulement, le lutin était hargneux, ce qui n’était pas gênant en soit tant qu’il mettait du cœur à l’ouvrage, ce qu’il ne semblait justement pas vouloir. Le convertir à la Bienveillance de Nowel s’imposait. Après tout, ils n’auraient peut-être pas la chance de pouvoir à nouveau participer à une mission ensemble.
« Ah, ajouta Sonaka, il est également écrit que le chef de mission est le porteur de cette lettre. Allons-y, les garçons »

Sous les regards mauvais de Kalem et Kentaro, la jeune femme prit la tête de la troupe, Santa lui emboîtant benoîtement le pas en poussant devant lui les deux Mahousards figés sur place. Il n’y avait heureusement pas beaucoup de route à parcourir vers le nord-nord-ouest pour trouver le bar du Pendu, mais Sonaka s’arrêta sur une petite placette.
« - Bon, je vais mettre les choses au point. On est tous d’accord que c’est moi qui commande, ordre du QG. Seulement, nous ne pouvons pas foncer dans le tas, cela pourrait être dangereux. Je ne voudrais pas que la première mission que je dirige se termine en hécatombe.
- Comment ça on peut pas foncer dans le tas ? s’interrogea Santa, appuyé par Kentaro.
- Vous imaginez si on se fait prendre au piège ? On risquerait de mourir ! fit valoir la Chikarate.
- Si y’a un piège, on le défonce, puis on fait subir le même sort à ceux qui nous ont piégés, nan mais ho ! s’insurgea Kentaro.
- De toute façon, les Chikarates, soit ils sont stupides à se taper la tête dans les murs, soit c’est des sales planqués froussards ! ajouta Kalem.
- Oui mais c’est moi qui commande, alors je pars en reconnaissance et vous restez ici à vous occuper, voilà, c’est tout. » coupa Sonaka, qui partit immédiatement.

La milliseconde suivante, Kalem était déjà assis par terre le nez plongé dans un livre tandis que Santa et Kentaro se regardaient en chiens de faïence.
« - Du coup, on se fait une revanche, vieil homme ?
- Ho Ho Ho, il semblerait que tu n’aies pas accepté ta défaite, petit bonhomme !
- T’as gagné pasque le chuunin a interrompu le combat, juste pasque j’étais hors du ring, c’est pas juste ! Dans un vrai combat, y’a pas de limites stupides !
- Et que se passe-t-il si l’aire de combat est limitée par des jutsus ?
- Si j’avais su, j’aurais fait plus attention, c’est tout…
- Tu feras plus attention la prochaine fois, Ho Ho Ho !
- En fait, tu as peur, vieillard ! »
Santa le regarda franchement de travers, se préparant à mettre une fois de plus son Santa Goken à l’épreuve, quand il aperçut une vieille grand-mère qui peinait à porter ses courses. Il partit l’aider sous les quolibets d’un Kentaro survolté (‘’Vieux croulant, froussard, tapette des marais !’’). Le jeune homme, frustré, partit finalement se promener un peu, tandis que Santa s’éloignait, deux sacs de riz sous chaque bras.

Une trentaine de minutes plus tard, Sonaka revenait, toutes les parties visibles de son corps salies par de la poussière et de la saleté en tout genre.
« - Il t’est arrivé quoi ? demanda Kentaro, tandis que Kalem renchérrissait :
- Les Chikarates, c’est comme les sanglier, c’est lent, c’est bête, et ça se roule dans la poussière…
- Vu l’ambiance du bar, arriver propre et bien lavée n’était pas une bonne idée, donc j’ai improvisé. Bon, où est Santa ? Qu’on boucle cette mission…
- Il a disparu peu après ton départ, commenta Kentaro.
- Ah bon ? remarqua Kalem.
- Mais l’affreux petit nain était trop occupé à lire pour noter quoi que ce soit venant du monde en trois dimension, railla le grand médecin.
- Eh ho, il a un problème, le grand benêt ?
- J’te signale que ta propre magnifique et géniale potion de détection de savoir a remarqué mes grandes connaissances, alors que bizarrement, tu ne voyais rien sur toi-même !
- C’est juste que ça ne marchait pas comme ça !
- Ah ouais ? Et ça marchait comment, alors ?
- La première personne que la potion voit sert d’étalon-savoir donc même si elle a peu de connaissances, elle sert de comparaison par rapport aux autres. Et ça ne permet pas de voir les connaissances de l’utilisateur, c’est comme ça !
- C’est marrant, t’avais pas l’air de le dire comme ça, au début, hein ? Si tu veux mon avis, t’es en train d’inventer n’im-por-te-quoi.
- J’te permets pas de mettre en doute mon savoir sur ma propre potion, alors que toi t’y connais rien ! »
Sonaka soupira et s’assit pour attendre. D’ici une trentaine de minutes, Santa ou pas, il serait temps de passer à la phase suivante du plan.

Une vingtaine de minutes plus tard, le vieillard (aux yeux de ses équipiers) revenait avec, en plus de sa hotte, un sac en toile de jutte.
« - Mais où t’étais passé ? demandèrent les trois laissés-pour-compte.
- Ho Ho Ho, souhaitez-vous connaître la première aventure de Santa à travers les ruelles de Narasu l’Apprivoisée ? »
Sans attendre de réponse, il enchaina, en chantant :
« Las, Santa l’Envoyé de l’Esprit de Nowel
Muté dans la ville de Narasu la Cruelle
Accomplissait sa Mission et son sacerdoce
En transformant chaque journée en jour de noces.

Sa première Tâche en ce jour concernait la Vieille,
Qui allant faire ses achats dès son tôt réveil,
Ne pouvait les ramener du fait de son âge.
Alors Santa, touché par la vieille dame en nage
Se dévoua pour lui donner un coup de main.
Ainsi se passa la première Tâche du matin.

Las, Santa l’Envoyé de l’Esprit de Nowel
Muté dans la ville de Narasu la Cruelle
Accomplissait sa Mission et son sacerdoce
En transformant chaque journée en jour de noces.

La première Tâche accomplie et vite et sans faille,
Santa vit un vieil homme sur une paillasse de paille.
Le pauvre homme allait décéder d’inanition
Quand l’Envoyé de Nowel sans hésitation
Lui donna les clémentines reçues juste avant,
Et partit sous la grande pluie de remerciements.

Las, Santa l’Envoyé de l’Esprit de Nowel
Muté dans la ville de Narasu la Cruelle
Accomplissait sa Mission et son sacerdoce
En transformant chaque journée en jour de noces.

La Troisième Tâche… »

« - C’est bon c’est bon, abrège ta chanson, on en a marre ! coupa Kalem.
- Le vieil homme m’a donné une clef à molette rouillée que j’ai donnée à un charretier déboussolé qui m’a remercié en me donnant un œuf de dodo que j’ai fait en omelette à un restaurant où le cuisinier s’était évanoui. J’ai ensuite reçu un wok, un fait-tout et une louche. J’ai donné le wok à une marchande itinérante qui venait de se faire voler la sienne et qui a en échange nourri trois orphelins démunis qui passaient par là. J’ai utilisé la louche pour assommer un pickpocket qui faisait les poches d’une riche bourgeoise qui m’a donné son ombrelle et son mouchoir. Le mouchoir a servi à maintenir au chaud une tarte aux pommes qu’une grand-mère venait de faire pour ses enfants et…
- On avait dit d’abréger… murmura Sonaka.
- Puis y’a quoi dans ce sac de jute ? intervint Kentaro.
- Alors y’a : une cuiller en bois, trois clefs en bronze, un cageot d’oranges, cinq plumes de dodo noir, un pendentif en aigue-marine, un parapluie, quatre parts de tarte aux pommes, une pour chacun d’entre nous, et…
- Bon, envoie les tartes aux pommes ! bava le nain.
- Alors voilà le plan, il est très simple. On se pose en observateurs autour de la maison, deux au bar, et deux qui couvrent la sortie arrière du groupe d’immeuble. Vous connaissez tous le signalement de notre bonhomme ? expliqua la Chikarate.
- Au fait, Sonaka, tu as fait tomber quelque chose, intervint Kalem. »

En effet, Kalem tenait à la main l’ordre de mission. Quand Sonaka tendit la main pour le récupérer, il maintint celui-ci hors d’atteinte.
« - D’ailleurs, ça me fait penser… Il est écrit que le chef de mission est le porteur de cette lettre. Et il se trouve que je suis justement le porteur de la lettre. Donc, on arrête le plan pourri de la Chikarate et on applique le mien, plus rapide et naturellement bien supérieur. Voilà donc la preuve que l’intelligence est le critère principal dans la survie et la domination d’une espèce. »
Sonaka se mordilla la lèvre inférieur puis accepta le nouvel ordre des choses avec le sourire.

« - Voilà le plan : je me poste devant pour couvrir l’entrée, Sonaka se poste derrière pour couvrir la sortie et les deux bourrins foncent dans le tas pour chopper le type. D’ailleurs, c’est quoi son nom déjà ? Peu importe. On emballe la mission, on largue le colis au QG et j’retourne bouquiner. Pas d’objections ? Tant mieux, c’est moi qui commande. On y va. »
Forcément, les genins se soumirent de mauvaise grâce à cette nouvelle autorité odieuse. Kalem s’assit en face de la porte d’entrée, prêt à invoquer Kassos tandis que Sonaka partait vers l’arrière. Le type avait sûrement des gardes du corps, donc Kentaro et Santa enfoncèrent conjointement la porte, l’arrachant proprement de ses gonds et assommèrent tout aussi proprement les deux larbins qui jouaient au go dans la cuisine, avant de monter en trombe au premier. Ils détruisirent toutes les portes sur leur chemin pour finalement défoncer celle du bout du couloir.
A l’intérieur, un homme assit au fond d’un profond fauteuil serrait soigneusement le garrot sur son bras gauche, une seringue posée à côté de lui. En voyant les ninjas en face de lui, il soupira et se saisit vivement de la seringue pour se la planter rapidement dans le bras. Il poussait déjà le piston que Kentaro était sur lui, lui mettant un bon gros taquet dans la face. Mais le mal était fait : un sourire béat commençait à s’afficher sur le visage de la cible tandis que le piston se révélait être à moitié poussé.

« - Attends, Santa, deux minutes avant d’appeler Kalem. »
Sur ce, Kentaro mit le bordel dans le petit salon avec application, renversant fauteuils, chaises et tables basses, ainsi que les trois étagères de la bibliothèque, répandant des livres partout. Et il planta quelques aiguilles dans la cible afin de la réveiller sans attendre la fin de l’action de la drogue. Après quoi il hurla, d’un air paniqué :
« - Kalem, ramène-toi, Santa est gravement blessé, vite ! Mais grouille, abruti !
- Hein ? Mais c’est pas vrai, je suis en en pleine forme et…
- Tais-toi un ptit peu, va te mettre dans le coin là-bas, d’accord ? J’te revaudrai ça, promis ! »
Comme rendre service était le credo de Santa, il consentit à aider le jeune médecin, qui se cacha derrière la porte.

« - Bon, il s’est passé quoi ? » dit Kalem en arrivant. Alors que ce dernier était dos à lui, Kentaro arracha l’ordre du mission de la poche du lutin.
« - Il s’est passé que tu viens de te faire avoir, tu vois ? L’intelligence, peut-être, enfin visiblement, ce n’est pas ce dont tu es le plus pourvu… »
Kalem sautilla pour essayer de récupérer l’enveloppe mais Kentaro leva le bras, le maintenant hors de portée du nain, qui ne se démonta pas et frappa violemment l’entrejambe de Kentaro. Sonaka, quant à elle, venait d’arriver.
« - Allons, tu devrais savoir que mon épiderme de diamant résiste à ce genre d’attaques ridicules. L’intelligence, hein, ça a pas l’air de suffire, et comme je suis le plus fort, inutile d’essayer de me prendre cette lettre qui fait de moi le chef de mission. Ca tombe bien, je commençais à en avoir marre de tes ordres, Kalem. »
A ces mots, les prunelles de Santa s’enflammèrent, et il se prépara à défendre la réputation du Santa Goken quand une voix inconnue l’interrompit.
« - Vous faites erreur sur la personne, je ne suis qu’un double, c’est pas moi le vrai Osamu Soseki ! J’suis qu’une doublure censée faire diversion pendant qu’il est ailleurs ! J’vous promets ! »

Les shinobis tinrent conciliabule :
« - Rien ne nous dit que c’est vrai, fit remarquer Sonaka.
- Je sens qu’il n’a pas été sage, ajouta Santa.
- Bon, on fait quoi ? demanda Kentaro.
- Tu te débrouilles, c’est toi le chef, fit Kalem, mielleux.
- C’est vrai. Alors, premier ordre, Kalem, tu la boucles.
- Nan !
- C’est moi le chef, t’obéis, c’est tout !
- Jamais !
- Si !
- Nan !
- Si !
- Nan !

- Alors ? coupa Sonaka.
- Bin euh… réfléchit Kentaro. »
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 19/5/2012, 18:08

Mais comment je fais pour me mettre dans des situations pareilles ??

Cette pensée tournait en boucle dans le crâne de Kentaro. D’innombrables feintes et manœuvres, des heures et des heures de mensonges éhontés, une discrétion à toute épreuve... Il avait constamment caché avec succès son statut de chunin à tout le monde !
Mais il se retrouvait tout de même à la tête du groupe par un malencontreux coup du sort…

Il était maudit, c’était pas possible autrement.

« Je pense qu’il serait préférable de prendre cinq minutes pour se calmer et jauger de la situation, proposa Sonaka pour tenter de calmer le jeu.
_ Ha ! Railla le nabot. Les chikarattes, quand c’sont pas des va-t’en guerre bas-du-front…
_ Ta gueule, Kalem ! Le coupa Kentaro. C’est une bonne idée… Bon, on nous a dit de toper Osomo trucmuche…
_ Osamu Soseki.
_ … pareil… dans une maison en face du bar du Pendu. On a trouvé la maison, on est entré et on a trouvé le type en question. Et là, il nous dit que c’est pas lui. Ok. Vous en pensez quoi, vous ?
_ Mon plan de génie a fonctionné, c’est lui, on l’embarque et on touche la récompense ! Décida Kalem.
_ Cet homme est un vilain garçon, approuva Santa.
_ Vilain comme un trafiquant d’arme ? S’enquit Kentaro.
_ Hmmm… Non, décida le colosse barbu. Pas à ce point-là.
_ Et quess’t’en sais ? Grommela Kalem, suspicieux.
_ J’ai foi en ma grande expérience dans la nature humaine.
_ Bwahaha, l’argument pourri ! Ricana Kalem. Kentaro, tu vas quand même pas prendre son avis en compte, pas vrai ?
_ Si, j’pense aussi que ce n’est pas Osamu mais que ce type n’est pas clair pour autant, répondit l’intéressé.
_ Quoi ? Mais pourquoi ?
_ Un pressentiment, comme ça.
_ Ah ouais, bravo, bonjour la superstition, railla Kalem. Manque plus que l’autre Chikaz’ qui va nous sortir son intuition féminine et ça sera le pompon !
_ Pas l’intuition féminine, non, déclara la demoiselle. Mais je pense effectivement que ce n’est pas notre homme : Alors qu’on ne lui a rien dit, ce type connaissait déjà l’identité de la personne que nous étions venu cherchés. Cela implique donc qu’il savait déjà pourquoi nous venions, ce qui n’est possible que s’il est Osamu lui-même, ou bien en cheville avec ce dernier. Vous avez rencontré une grande résistance en arrivant ?
_ Rien ne résiste au bon droit de l’Esprit de Nowel !! Clama Santa.
_ C’est clair, ils faisaient pas le poids, approuva Kentaro.
_ Prends-en de la graine, la Chikaz’, moi ch’sais comment mener une troupe !
_ Mais combien de personnes avez-vous rencontré ? Insista poliment Sonaka.
_ Deux pauvres hères à l’entré, c’est tout, répondit Santa. Mais nous avons tôt fait de les ramener dans le droit chemin !
_ C’est effectivement un peu léger pour un authentique trafiquant d’arme, reconnu Kentaro. Donc soit nous détenons le vrai Sosamu mais ce n’est pas le trafiquant d’armes, soit Sosamu est le vrai trafiquant d’armes mais ce n’est pas le type que nous détenons.
_ La question est donc : comment déterminer la vérité, appuya le colosse.
_ J’vous arrête, là ! Intervint Kalem. On s’en fout de tout ça : on nous a envoyé capturer ce type, c’est fait, on le ramène au QG et on empoche la récompense. S’ils se sont gourés dans leurs infos, ça les regarde eux, pas nous.
_ Impossible, ce serait malhonnête, rétorqua Santa.
_ Mais on sera pas payé pour les heures supp’, nom de nom ! Grogna le nabot.
_ Le QG a sûrement à cœur de récompenser les shinobis zélés, afin motiver les troupes, glissa innocemment Sonaka. Si nous démêlons cette affaire de notre propre chef sans leur faire perdre de temps, je me demande quels bonus nous pourrions en retirer… »

L’argument fit mouche. Kalem n’était pas spécialement intéressé par une carrière mais tout de même : après avoir sauvé au péril de sa vie une ANBU – au cours d’une mission qu’il avait lui-même piloté, qui plus est –, voilà qu’il avait l’occasion de briller à nouveau aux yeux du QG en pourchassant un dangereux truand au fin fond de son terrier malgré ses magouilles pour brouiller les pistes. C’était peut-être son tremplin vers une promotion et la tranquillité inhérente aux gradés qui déléguaient sans vergogne les basses besognes aux genins.
A tout le moins, ça rehausserait au moins le rang de la mission et lui permettrait de remplir son quota de travail bien plus rapidement et de pouvoir retourner plus vite à ses chères recherches.

« Bon, d’accord, renifla le nabot. On va faire la lumière sur cette affaire. C’est quoi le plan, monsieur-je-sais-tout ?
_ Mais pourquoi tu me demandes ? Grommela Kentaro.
_ C’était peut-être pas toi, monsieur-je-sais-tout…
_ Parce que c’est toi qu’a le papier, gros malin ! » Rétorqua Kalem.

Le chunin se maudit une nouvelle fois d’avoir récupérer cette connerie de papelard. C’était décidé, il allait le refiler à quelqu’un d’autre.
Restait à savoir qui… Hors de question de le rendre à Kalem : outre qu’il n’attendait que ça, il allait se montrer encore plus chiant et désagréable qu’à son habitude et faire n’importe quoi. Du coup, lui-même allait avoir envie de lui en coller une, ce qui irait à l’encontre de son Serment, ce qui le mettrait en rogne et le prédisposerait à… Nan, nan, nan, mauvais plan, pas Kalem.
Sonaka ? Elle avait la tête sur les épaules et savait s’en servir. Sauf que le chunin aurait mis sa main au feu que la kunoichi n’avait pas laissé échapper le papier par mégarde – même si elle n’avait sûrement pas prévu que ce soit Kalem qui le ramasserait. Comme pour attester cette hypothèse, la demoiselle évitait soigneusement le regard scrutateur de Kentaro, plongée qu’elle était dans la contemplation de ses ongles.
Ne restait donc plus que Santa… Le colossal vieillard à la non moins impressionnante barbe immaculée, toujours aussi jovial et déluré. Et complètement allumé. Son je-ne-sais-quoi mystico-foireux le faisait trop penser au prophète de la Raclette pour que Kentaro soit tout à fait serein à l’idée de lui refiler le commandement. Bon, ça n’avait rien à voir : Santa semblait un véritable parangon de vertu, aucune crainte de ce côté-là. C’était même plutôt le problème, à vrai dire. Les excès étaient sources d’emmerdes, il le savait d’expérience avec son Serment.
Sauf que ce n’était pas comme s’il avait le choix puisqu’il était la seule personne qui accepterait le commandement hormis Kalem.

« Ok, Santa, je te confie le bout de papier et les rênes de la mission qui vont avec !
_ Je prends ! Elles sont où, les rennes ?
_ Attends, attends, attends ! S’exclama Kalem. Tu vas quand même pas laisser un bleu décider ? C’est un débutant, on fonce droit dans le mur, là ! Dans ce genre de situation, c’est d’un type qui a de la bouteille qu’il faut choisir ! Genre moi.
_ Ho ! Ho ! Ho ! Aie foi en la force de l’Esprit de Nowel, petit lutin ! La bonté finit toujours par triompher ! Assura Santa.
_ Mais il est vieux et limite gâteux, c’est flagrant ! Pesta Kalem. Et c’est pas une vie de ninja qu’il a fait, hein !
_ Justement, son expérience nous sera d’autant plus profitable, car elle ne se cantonne pas qu’aux domaines shinobiques, argua Sonaka.
_ Mais j’vais pas suivre ce clown ! S’insurgea le nabot.
_ Allons, ami nain, soit raisonnable ! Même Kentaro reconnait la supériorité du Santa Goken, il n’y a donc pas de honte à avoir.
_ Pardon !? J’ai mal entendu ! Releva le chunin.
_ Mais c’est tout à fait normal après ta défaite contre le poing purgateur de Nowel, affirma Santa.
_ J’reconnais rien du tout ! J’te rappelle que j’ai pas perdu ! S’emporta le chunin.
_ Ho ! Ho ! Ho !, voilà de la mauvaise foi ou je ne m’y connais pas !
_ Ok, c’est l’heure de la revanche ! Tu vas retourner chez ta mère en pleurant, mon grand !
_ Les garçons ! Intervint calmement Sonaka en claquant des mains. Et si nous commencions tout d’abord par nous occuper des priorités ?
_ Elle a raison, approuva Kalem. Kentaro, dégomme-le et refile-moi le papelard que je reprenne la mission en main.
_ Ce n’est pas de ce genre de priorité dont je parlais ! On doit faire quelque chose à propos de ce Osamu Soseki, vous ne croyez pas ? Vous aurez tout le temps de vérifier qui est le plus fort une fois la mission terminée. Santa, c’est toi le chef, qu’est-ce que tu décides ?
_ Y’a rien à vérifier du tout, j’l’explose quand je veux !
_ Et pis c’est pas l’chef, d’abord !
_ Ho ! Ho ! Ho ! Je pense qu’il faut faire avouer ses méfaits à ce vilain garçon !
_ Génial, j’m’occupe de la torture ! S’exclama Kalem. J’ai justement apporté des modifications à ma potion et j’ignore encore les effets secondaires.
_ Tu touches le prisonnier, je te dégomme, avertit Kentaro.
_ Hé, t’es pas le chef, j’te signale ! Railla le nabot. ça t’apprendra à refiler le papelard à n’importe qui !
_ Ceux qui font du mal à autrui seront sévèrement châtié par l’esprit de Nowel ! Intervint Santa, une lueur enfiévrée dans les yeux.
_ Mais ça sert à quoi d’avoir des bourrins si c’est pour se montrer aussi chochotte à la première occaz’ ? Se plaignit Kalem. Sonaka, retiens-les pendant que je m’occupe du type !
_ Ben voyons…
_ Bonne à rien !
_ On pourrait essayer de trouver une solution qui fasse consensus, proposa diplomatiquement la kunoichi.
_ T’es vraiment la honte de chikaz’, ma pauvre !
_ Il n’y a pas à discuter : les gens bons ne torturent pas les autres, c’est aussi simple que ça, assena Santa.
_ T’adhères vraiment à ces conneries, Kenta’ ? Demanda Kalem.
_ Non, mais mon Serment m’interdit de laisser quelqu’un sans défense se faire agresser sous mes yeux, rétorqua l’intéressé.
_ Ben t’as qu’à les fermer !
_ Tu sais ce que toi tu devrais fermer ?
_ Mais… Et les gardes que vous avez enfoncé à l’entré ? Souleva Sonaka.
_ Oh, c’est pas pareil, se défendit Kentaro. Santa risquait de prendre un mauvais coup, alors il fallait bien que je le protège.
_ Allons donc, rétorqua Santa, c’est moi qui te protégeais : tu sais bien que tu ne fais pas le poids comparé au Santa Goken.
_ Et mon poing dans ta gueule, tu veux savoir s’il va faire le poids, l’ancêtre !?
_ C’est ça, battez-vous, je m’occupe du prisonnier.
_ Une question, vous deux, intervint la kunoichi. Faire rire les gens va-t-il à l’encontre de vos convictions respectives ?
_ Ho ! Ho ! Ho ! Tout au contraire, Sonaka, répondit Santa. Le rire est le propre des gens heureux et joyeux, et c’est ma mission sacré que de le transmettre tout autour de moi.
_ Tant qu’il s’étouffe pas, j’vois pas en quoi ça contredit le Serment, acquiesça Kentaro. Pourquoi ?
_ Tu as bien quatre plumes de dodo noirs dans ta hotte, Santa, poursuivit la demoiselle avec un grand sourire.
_ Mwahaha ! Ricana Kalem en se frottant les mains, je vois où tu veux en venir. »

Quelques minutes plus tard et c’est un Osamu rubicond, hilare et à bout de souffle qui leur avouait tout ce qu’il savait sans plus la moindre résistance.
Effectivement il n’était pas le véritable Osamu Soseki, mais simplement un leurre à l’adresse de tous ceux qui pourraient lui vouloir des crosses. Non, il ne savait pas du tout où pouvait bien se trouver le véritable Osamu, et non, il ne l’avait même jamais rencontré : ce pouvait être tout aussi bien une couverture sans la moindre existence pour cacher l’activité de quelqu’un d’autre ou même d’un groupe de personne. Tout à fait, c’était potentiellement risqué pour lui de se faire passer pour le trafiquant d’arme mais la paye était à la hauteur du danger. Celle-ci lui était donnée par un transporteur, jamais le même, dans le courant du mois, jamais le même jour non plus. Mais c’était pas de chance, la dernière avait eu lieu il y avait tout juste trois jours, il allait falloir patienter un moment avant d’escompter pouvoir filer ledit transporteur. Un moyen d’avertir en urgence le véritable Osamu Soseki ? Non, ce n’était absolument pas prévu : c’était une relation à sens unique, il n’avait pas le moindre contact avec qui que ce soit. Son seul rôle était d’attendre bien sagement que quelqu’un souhaitant s’en prendre à Osamu débarque, le reste n’était pas de son ressort. Mais oui, effectivement, ça paraissait logique qu’il y ait donc quelqu’un de la clique d’Osamu qui le surveille pour vérifier si c’était le cas.

Fort de toutes ces informations impitoyablement acquises, le petit groupe de shinobis tînt de nouveau un conciliabule tactique, sous la houlette de Santa.

« Ho ! Ho ! Ho ! Voilà un sacré mélo où je ne m’y connais pas !
_ Dixit le type qu’à aucune expérience, hein !
_ Bon, on ramène le type au QG et on boucle la mission ? Proposa Kentaro.
_ Je croyais que nous avions convenus de mener la mission à bien et de ramener le vrai Osamu, rappela Sonaka.
_ T’en as de bonne, toi : s’ils surveillent le leurre, ils n’ont pas du louper notre arrivé discrète, expliqua le médecin. Et comme ça fait des plombes qu’on est ici, les surveillants ont déjà dû prendre la poudre d’escampette et fait leur rapport à qui de droit. Non seulement la piste nous a échappé, mais en plus ils ont eu tout le temps de prendre les mesures qui s’imposent pour se protéger.
_ Ah ça, l’approche frontale n’était probablement pas la plus judicieuse, reconnut la kunoichi en coulant un regard désapprobateur vers le nabot.
_ Ouais, ben moi au moins, j’ai pas peur de prendre les décisions qui s’imposent, hein, rétorqua Kalem. Pis je vous f’rai dire que j’avais déjà dit que ce qu’on avait mieux à faire, c’est de ramener cet Osamu au QG et de toucher la récompense, ce qu’on va finalement faire après des heures de palabres inutiles. Alors c’est qui le plus clairvoyant et efficace, dans ce groupe ?
_ Ho ! Ho ! Ho ! Vous oubliez quelque chose, mes amis !
_ Ch’uis pas ton ami !
_ C’est moi le responsable de la mission et c’est donc à moi de prendre les décisions, rappela joyeusement Santa. Et en digne adeptes de l’esprit de Nowel, nous ne pouvons laisser un dangereux trafiquant d’armes en liberté dans les rues de Narasu !
_ Oh, ben ch’uis curieux de savoir comment tu vas t’y prendre pour le retrouver, grogna Kentaro.
_ Hé bien… Nous allons y réfléchir ensemble ! Décida Santa. La bonté et le bien l’emporte toujours : nous allons forcément trouver une solution !
_ Mais qu’est-ce qui m’a pris de te refiler le commandement… »

Alors que le chunin envisageait d’aller reprendre manu militari le bout de papier et de faire d’une pierre deux coups – à savoir retirer le commandement ainsi que ses illusions sur le Santa Goken au représentant de l’Esprit de Nowel – il sentit un mauvais pressentiment monter en lui. Du genre ‘Danger Imminent !’. Kentaro se retourna d’un bloc, scrutant avec attention les fenêtres mais ne vit rien.
Son mouvement n’avait par contre pas échappé à ses camarades.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Demanda Sonaka. Un problème ?
_ Un instant, j’ai cru… hésita le médecin.
_ Relax mon vieux, déclara Kalem. On est au deuxième étage, qu’ess’tu veux qu’on craigne de l’extérieur ? On affronte pas des shinobis, je te rappelle.
_ Mouais, t’as sûrement raison. » Marmonna Kentaro, peu convaincu.

Et à raison : plusieurs cordes tombèrent de l’autre côté des vitres, et avant que les shinobis ne réalisent ce qui se passent, des bonshommes équipés de petits modèles d’arbalètes à deux coups descendaient la façade en rappel, s’arrêtant au niveau des fenêtres et les explosant d’un coup de pied.

Kentaro eût tout juste le temps de hurler à ses compagnons de se mettre à couvert, armant son épiderme de diamant, avant de servir de bouclier au pauvre prisonnier toujours attaché à son siège, tandis que Kalem renversa le bureau et s’abrita derrière avec Sonaka.

La double salve de carreaux les percuta sans grands dommages : à cette distance, les petites arbalètes ne dégageaient pas assez de puissances pour entamer la peau du chunin ou traverser le mobilier.
Ni la hotte pleine de fatras divers de Santa.

Dans un grondement hargneux, le colosse s’était jeté en direction des inconnus, se protégeait derrière son énorme panier. En quelques secondes, il fut aux fenêtres, bien décidé à corriger ces sales vandales qui entraient par effraction chez autrui en cassant les fenêtres alors que tout le monde sait bien qu’il faut toujours passer par la cheminée pour ne rien détériorer !

Sans plus de munitions et devant le spectacle horrifiant du géant à la barbe blanche et au regard glacé qui les chargeait en vociférant un étrange galimatias des plus incompréhensible, les alpinistes urbains ne se le firent pas dire deux fois et reprirent leur descente à toute allure.
Santa arriva néanmoins avant qu’ils n’aient atteint le plancher des vaches et attrapa l’une des cordes, avec la ferme intention de remonter au moins l’un de ces rustres pour lui apprendre de quelle bûche il se chauffait !
Mais à peine le colosse barbu passa-t-il la tête par la fenêtre pour attraper l’une des cordes qu’une boule de feu fusa en sa direction.

L’Esprit de Nowel veillant sur Son messager, celui-ci évita de peu le projectile enflammé en se jetant brusquement en arrière. Etalé au sol, il était du coup aux premières loges pour apercevoir la boule de feu, étrangement collée au plafond, se mettre à enfler, crépiter et briller de plus en plus.
Avant de se rétracter brusquement.

L’explosion ravagea la pièce et une bonne partie de l’étage, de violentes langues de feu s’échappant des fenêtres brisées dans un grondement assourdissant, faisant pleuvoir un nuage de cendres et de scories dans la rue. L’incendiaire et ses hommes de mains se fondirent prestement dans la foule pendant le mouvement de panique qui s’en suivit.

A l’étage, bien à l’abri dans le Mukan Kuiki de Kentaro, Kalem pestait et grognait en rappelant ô combien il avait insisté sur le fait de rapatrier rapidement l’Osamu Soseki qu’ils détenaient plutôt que de perdre du temps bêtement en attendant que le premier connard venu tente de leur pulvériser la gueule. Mais personne ne lui prêtait attention.

« Tout le monde va bien ? Demanda Kentaro à la cantonade.
_ Moi, ça va, répondit Sonaka toujours planquée derrière le bureau. Et Kalem aussi.
_ Vu ce qu’il gueule, le contraire m’aurait étonné… Santa ? Pas de bobo ?
_ Si, se lamenta le colosse. Ma barbe a été roussie !
_ Alors on peut t’appeler Barbe-Rousse ? » Ricana Kalem.

Un taloche sur le crâne lui apprit d’une part que non, et d’autre part que l’Esprit de Nowel ne cautionnait pas qu’on se marre du malheur d’autrui. Du reste, les trois mécréants ne voyaient absolument pas de différence entre l’ancienne barbe et la barbe roussie, en déduisirent que le géant n’avait pas grand-chose et les choses en restèrent là.
On pouvait donc faire le point.

« Les salauds, ils nous ont tendu un piège, résuma Kalem.
_ à part ça, on est au deuxième étage, rien à craindre des civils, hein…
_ Santa, tu as vu qui nous a lancé la boule de feu ? Demanda Sonaka.
_ Oui, c’était un étrange bonhomme. Il était encapuchonné, pourtant l’un de ses yeux brillait de mille feux. Du plus bel aloi si ç’avait clignoté…
_ L’œil droit ? Demanda brusquement Kentaro.
_ Tiens ? Comment tu le sais ?
_ Raaah ! Le fumier ! Explosa Kalem. C’est encore l’autre enfoiré de pyromane. À croire qu’il a une dent contre nous, ce con !
_ C’est mauvais, s’il trempe dans tout ça, acquiesça Sonaka en repensant à la dernière mission. Mais quelle coïncidence de retomber sur lui parmi tous les malfrats de la ville.
_ Ohoh, c’est que c’est un signe du destin ! Décida Kentaro.
_ Vous le connaissez ? S’étonna le colosse.
_ Et comment ! S’exclama le médecin. L’heure de la vengeance a sonné !
_ Mais comment allons-nous le retrouver ? Demanda Santa.
_ Hé mais… Sttttttttooooooppppp ! » Hurla Kalem.

Tout le monde le regarda bizarrement alors qu’il partait au petit trot et se jetait par terre, avant de se relever en ricanant triomphalement, un sourire supérieur plaqué aux lèvres. Ses trois équipiers poussèrent un soupir blasé en reconnaissant le papier de consigne du QG, que Santa avait perdu dans sa chute, et qui faisait de facto du nabot le nouveau chef du groupe.

« Mwahahaha !! Fini le fiasco, maintenant on va être efficace ! Annonça très modestement Kalem.
_ C’st ta faute, ça, Santa !
_ Bon, je vous explique le topo, brailla le nabot. Pendant que Kentaro jouait les potiches…
_ Je protégeais le prisonnier, crétin !
_ … et que Santa réagissait comme un bleu, j’ai eu l’idée de demander à Sonaka de me donner l’une des cartouches de parfums qu’elle avait avec elle.
_ Genre ! Et comment tu savais qu’elle avait ça sur elle ? Demanda Kentaro, suspicieux.
_ C’est ça, être chef d’équipe, bonhomme, prends-en de la graine !
_ T’as pas répondu !
_ Et j’ai tiré avec ma sarbacane ladite cartouche sur l’un de nos assaillants, qui embaume désormais du doux parfum « Franfelune N°4 », conclut triomphalement Kalem.
_ C’est très gentil, mais à quoi donc cela va-t-il nous servir ? demanda Santa.
_ On va pouvoir le pister à l’odeur, tiens, révéla le nabot.
_ Sauf que je n’ai pas la moindre idée de ce que sent ton foutu parfum, annonça platement le médecin. Donc bernique pour le pistage olfactif.
_ Quoi !? s’exclama Kalem, incrédule. Bordel, je te l’avais dit que ton plan était pourri, Sonaka ! Mais qu’est-ce qui m’a pris de t’écouter, merde !
_ Pas d’inquiétude, révéla Sonaka, j’y avais pensé : j’ai pris soin d’acheter plusieurs cartouches du parfum, tu pourras donc l’enregistrer.
_ Heu… J’disais le plan de Sonaka façon d’parler, hein… C’est mon plan, et c’est moi qui lui ait dit d’acheter plusieurs cartouches, en fait.
_ Génial ! Exulta Kentaro. On va pouvoir retrouver l’autre tocard au Dojutsu et jouer la revanche !
_ Hopopop ! Intervint Kalem. On a bien vu la dernière fois qu’on faisait pas le poids, alors on laisse tomber le choc frontal. On a pas de chunin, je vous rappelle. Donc on les débusque et on transmet leur planque au QG et c’est tout. On ne va pas prendre de risques inutiles.
_ On ne peut pas laisser un pyromane en liberté dans les rues, se révolta Santa.
_ Ouais, surtout que j’ai un compte à régler avec lui ! Rappela Kentaro.
_ Ah ? Lui aussi à gagner contre toi ? Je devrais plutôt m’en occuper alors, tu ne crois pas ?
_ Crétin!
_ Hé ! J’vous rappelle que c’est moi le chef, donc dorénavant, on suit mon plan. D’autant qu’on a vu que ça nous réussissait plutôt bien, hein…
_ Et si on se dépêchait, pressa Sonaka. La piste deviendra de plus en plus difficile à suivre à mesure que le temps passe.
_ Ouais, acquiesça Kalem. Allez Rintintin, au boulot ! Cherche, cherche !
_ Santa, fais-moi plaisir, cogne le nabot !
_ Tu peux pas lui donner d’ordre, t’es pas le chef ! »

Quelques instants plus tard, le petit groupe sortait de l’immeuble, guidé par le flair infaillible de Kentaro. Les avis étaient toujours partagés sur la suite à donner à tout ça, mais ils s’en tenaient pour l’instant au plan de Kalem. De toute façon, le papier changerait encore probablement de mains d’ici qu’ils trouvent la planque…

*
* *

Du haut de son perchoir, l’ANBU au masque de castor observait, satisfaite, l’étrange quatuor progresser dans la bonne direction. Finalement, il n’y aurait pas besoin d’un petit coup de pouce discret pour les orienter. Cela la surprenait agréablement, tout comme le fait qu’ils se soient sortis indemnes de la riposte démesuré du renégat pour couper la piste.
Mais c’est vrai qu’ils étaient parvenus à la tirer d’affaire la dernière fois avec un certain brio. C’était tout à fait étonnant quand on considérait le fonctionnement anarchique du groupe – ou bien était-ce plutôt l’inaptitude flagrante au commandement du chunin – ainsi que les dossiers des membres – voire l’absence de dossiers, pour certains. Mais contre toute attente, ils dépassaient ses espoirs.
Tant mieux pour eux, sachant ce qu’elle leur réservait pour la suite.

Son tamanoir vint se glisser auprès d’elle.

« Ce n’est quand même pas très gentil, Shig-… »
-BIP-

Même techniquement hors de portée des oreilles indiscrètes, l’ANBU maintenait son jutsu d’urgence. On était jamais à l’abri d’un imprévu.

« … Anbu-chou. Ils t’ont sauvé la vie et toi, tu les envoies droit dans la gueule du loup.
_ Pas le choix, répondit laconiquement la gradée. J’ai besoin d’une diversion efficace et ils ont le profil idéal : ils ont déjà affronté le pyromane et au vu de la psychologie globale, c’était certains qu’ils se lanceraient à sa poursuite. »

L’ANBU tût une partie de son raisonnement au tamanoir trop sentimental : elle avait en fait tablé sur le décès de l’un des membres pour que les trois autres se lancent à la poursuite du pyromane, ivres de vengeance. C’était un peu radical mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs.
Bon, ça ne s’était pas passé tout à fait comme prévu, mais le résultat était tout de même là. Du reste, c’était préférable qu’ils soient encore au maximum de leurs capacités. Ils en auraient besoin.
Oui, à n’en pas douter, ils feraient une excellente diversion.
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Re: Narasu

Message par Oboro le 26/6/2012, 18:06

Un combat. La jeune femme en était absolument convaincue: Otarin le surnommé « Tronche de Phoque » allait lui proposer un combat. Celui-ci fit mine de jeter un dernier regard vers les alentours, ce qui rassemblait, du haut d’un immeuble de six étages, une vaste part de la ville.

Ca n’allait pas être du gâteau.

Muromachi n’appréciait en rien son coéquipier, et n’envisageait même pas de le considérer comme étant un chef d’équipe. Son allure comme son comportement (insistons sur son comportement) lui hurlaient quelque chose de juvénile qu’elle ne supportait pas.

-Et le test. Qu'est ce que c'est?
-T'as une tête qui dit "ce con va me proposer un combat".
-Vrai? Genre chuis déjà aussi blasée? Bravo bonhomme, record pour toi.

Elle s’approcha de lui, profitant du fait qu’il se soit éloigné de la dangereuse bordure de l’immeuble de six étages pour le toiser de plus près. Toute en condescendance, Oboro n’allait sûrement pas faciliter la tâche du jeune junin. Jamais elle n’accepterait ça.

-Bin puisque c'est comme ça, on va faire un combat.
-T'allais m'en faire faire un de toute façon, hein?
-Bien sûr que non, mentit Otarin. Qu'est ce qui te fait dire ça?
-Zéro inspiration, ça pompe sur les stéréotypes. Nan mais cherche pas, pas d’bagarre ici.
-Les bonnes vieilles recettes qui marchent, voyons.
-A peine promu que ça veut brailler et crâner comme un gnard. Youpi. Répète t’as quel âge, déjà?
-Tu m’as pas l’air vraiment modeste non plus, si ça peut te rassurer.
-Okay, ouais, cause toujours. Je t’écrabouille quand tu veux. Tu veux?
-Bien sûr que je veux voir. Tu penses pouvoir y arriver comme ça?
-Maah, t'es un poids plume de taille moyenne. Tu fais pas l'poids, c'est niet. Oublie.
-Je suis junin, rappela le chikaratte.
-Tu m'arrives aux épaules, mec. Laisse tomber ton combat. Kaput d’office.
-Ouais, dévia-t-il avec un sourire, et avec quelques centimètres de moins, j'aurais été en face à face avec tes...
-…
-…
-…
-…
-…
-Si je finis ma phrase, tu seras assez énervée pour vouloir te battre?
-Te broyer le pif, ça compte comme « se battre » ?
-T’es pas une marrante, hein?
-Toi par contre t’es un affreux guigno…

En partie joueur, en partie vraiment pas désireux de blablater des heures avec une capricieuse qui ferait de toute manière ce qu’il demandait, le ninja se posa joyeusement devant elle, adoptant une posture de combat, à la suite d’une accélération poussée. Rien d’exceptionnel, ni même d’inaccessible à un débutant, mais suffisamment sérieux pour afficher son attention. Il dégaina son sabre dans la foulée, le brandit à bras levés, se préparant à asséner à la genin un assaut vengeur, et lui bondit dessus pour faire bonne mesure.

Tout ça pour n’être accueilli que par la lourde indifférence de sa subordonnée indélicate. Glaciale, elle lui passa sous le nez sans prêter la moindre attention à son aura combative. Otarin manqua d’ailleurs de s’écraser sur elle, ce qu’il aurait lui-même regretté.

-Pas ici, crétin.

L'intonation d'Oboro le stoppa net, cette fois-ci. Il y avait une différence entre râler après un crétin, et mettre du plomb dans la cervelle d'un idiot.
Ce que le chikaratte comprit également, sans pour autant en faire montre d'aucune manière.

-On est à quoi, vingt mètres de haut? Tu balances un caillou en bas, tu descends quelqu'un. On peut jouer aux cons, mais pas ici.
-Donc tu signes quand même pour le combat, remarqua Otarin en déviant le sujet.
-…
-…
-Bien sûr, finit-elle par avouer après un long silence. C'est pas parce que t'es con que tu ne dis que des conneries. L'idée me botte bien.
-Confirmation, t'es bien du genre à juste râler pour le plaisir. Mince, j'aurais préféré une charmante jeune fille, moi.
-Et j'ai bien envie de te rentrer dans le lard, huhuhu. Descendre un junin, ça me remplira ma journée.
-Charmante et jolie, zut.
-Je t'entends, fagnol de mes deux.

-Je viens de dire que tu étais charmante et jolie.
-Et moi que t'es une bique.
-Mais si, t'as un très joli... euh...

Le jeune homme, misogyne réprouvé depuis peu, hésita un moment face au plus grand problème relationnel que devaient affronter les shinobi de son âge. Comment complimenter habillement une fille –pire encore, une bourrine- sur son physique? Les yeux venaient spontanément, effet purement cliché. Le tour de poitrine venait naturellement, mais la nature faisait mieux de se taire, clairement. Aussi le junin se réfugia dans les conseils de son allié de toujours, l'humour.

-Un très joli visage. A croquer. Vraiment.
-Tiens donc. Tu cherches une copine depuis longtemps comme ça?
-C'est comme les BN, on a beau vouloir les manger, c'est tellement sympa de les regarder qu'on préfère les laisser fondre…
-Mwouais. Ca passe…
-Jusqu'à ce qu'ils soient dégueux et tout collants. Dommage, hein?
-Ah nan, tu cherches les emmerdes. Donc j'ai une tronche de biscuit dégueux et tout collant, chouette.



Si ça continue comme ça, je crois que je vais laisser tomber... j'veux dire, doit bien y'avoir un moyen de refuser une mission donnée par Kiritsu, non? C'est pas comme si c'était une mission entre mahousards, là il vient du village des fondus du cortex.



-BN comme Belle Nana, ça ne te convient pas?
-Chais pas. Si je te ramone la face en profondeur, ça te convient?
-J’veux bien voir ça, ouais. On a un terrain vague par là, se remémora le junin en signalant une rue. Ca te convient comme coin?
-C’est pas un terrain vague, c’était un terrain de foot, bigleux.
-Même chose.
-Et c’est dans cette direction, plutôt.
-Ah nan. Par là.
-Que dalle.
-C’était en direction du soleil, Banane Négligente. Le meilleur point de repère dont dispose un ninja pour s’orienter quelque soit son environnement. Apprends à faire attention, plutôt que de grogner.
-Je sais très bien m’orienter, merci. Pas besoin de quoi que ce soit de ta part ou de celle du ciel.
-Allez, tu ne sais même pas utiliser le soleil pour te repérer? On voit ça dans les bases de l’orientation pourtant, à l’acad’. Ou alors à mahou, vous utilisez juste la mousse qui pointe au nord? C’est bête, ça.
-Faut voir, je sais pas. Mon cul, il regarde le soleil, là?

Apprentissage par l’erreur, envisagea Otarin. Il savait déjà qu’il devait la laisser se descendre toute seule, commettre une erreur malgré ses dénégations, pour avoir la moindre chance de se faire écouter. Ils pouvaient très bien continuer ainsi, mais sa coéquipière ne serait probablement pas prête de laisser tomber le morceau avant d’incroyables efforts de sa part.
Aussi ne voyait-il pas d’inconvénient à sacrifier quelques minutes pour lui rabattre facilement le caquet: il savait pertinemment qu’il avait raison, ne serait-ce que parce que son dojutsu multidirectionnel avait repéré, dans le recoin d’une fenêtre située sur un balcon à leur droite, le reflet d’un panneau qui confirmait ses propos. La mahousarde allait très vite se rendre compte de son erreur, pensait-il.

Le problème, c’est qu’avec suffisamment de mauvaise foi, certaines personnes pouvaient vivre toute leur existence sans jamais avoir eu tort une seule fois.

« Probablement juste après ce virage, mec ».
« La rue était plus longue que prévu. Urbanisme à la noix, c’t’une ville en carton ce trou pourri ».
« Non, on est PAS perdus. On vient de cette rue, donc au pire on fait demi-tour ».
« Et on est pas déjà passés devant cette boutique. Oublie-là, je te dis ».
« ‘Ttends, ils ont de super futals en vitrine. Cinq minutes. Assis et pas bouger ».

Et finalement…

-Tu vois, on y est!
-Ouais…
-Donc j’avais raison.
-Nan mais c’est clair que si on fait trois fois le tour du quartier, on va finir par tomber au bon endroit.
-Trois fois je crois pas, nan.
-On a mis cinquante minutes pour rejoindre le terrain. Tu réalises?
-Parce qu’on en a passé trente-cinq dans les boutiques, se justifia la jeune femme.
-Une vingtaine, seulement. ‘Fin, « seulement »…
-Et quinze minutes durant lesquelles on a regardé les vitrines.
-TU as regardé les vitrines, corrigea Reikaishi. Super sérieux d’ailleurs, pour une giga-Kunoichi.
-Hey oh, qui c’est qu’a perdu un max de temps dans une file d’attente pour avoir son soda à la con, hein?
-Je t’attendais…
-On a perdu dix minutes à cause de toi.
-Je t’attendais!, glapit Otarin en s’arrêtant face au terrain.

Et maintenant, il avait tort. De mieux en mieux. Peut-être valait-il mieux pour lui de redevenir un misogyne de premier ordre pour pouvoir composer avec sa réticente subordonnée.

Oui, finit-il par se dire. De la même manière que le kunin de chikara lui avait montré la voie, il allait corriger la genin de mahou. Un bon choc devrait faire l’affaire, à son sens, vu qu’il savait par expérience personnelle que les traumatismes marquaient bien leurs comptes. Il ferait ainsi d’une pierre deux coups.

Et il n’allait sûrement pas se cacher qu’il avait une irrépressible envie de l’humilier publiquement, là. A plusieurs reprises, il lui avait déjà laissé la chance de se calmer seule. Maintenant, il prenait les choses en main. Quittant brièvement l’entrée du stade pour rejoindre une place publique, il respira un bon coup, mit son cerveau de coté, et utilisa le rebord décoratif d’une muraille pour lui servir de balcon.

Du haut de son promontoire, il commença alors à haranguer la foule, à la manière d’un Monsieur Loyal de fortune qui chercherait à se constituer un public. Assez vite, il parvint à conserver l’attention de plusieurs badauds, en particulier lorsqu’il affirma haut et fort que le spectacle qu’il leur offrait était fondamentalement gratuit et ouvert à tous, mais aussi que celui-ci consisterait en un duel d’exhibition entre shinobi « juste pour rire et pour vous en mettre plein les mirettes».

Loin de son coté, Oboro ne se rendit compte de rien : une fois arrivés, elle s’était éloignée de lui, afin de pouvoir s’échauffer sérieusement avant ce qu’elle considérait à raison comme un combat qui serait moins facile que ce qu’elle voulait. La genin avait beau jurer haut et fort contre le chikarate, elle parvenait encore à savoir quand elle s’en prenait à un gros morceau. Le problème était surtout qu’elle se jetait là dedans très facilement, et sans vraiment savoir dans quelle mesure elle pouvait se faire écraser.

Lorsque le junin revint… eh bien, elle ne comprit pas pourquoi une quarantaine de citadins hétéroclites se traînaient à sa suite. Et ne réalisa que trop tard ce qui allait se passer : Monsieur Loyal lui avait fait signe de se rendre à un point du stade, ce qu’elle accepta avec une docilité toute relative. Otarin haussa alors la voix, la gonflant légèrement de chakra, et s’exprima en direction des gradins, peuplés de quelques dizaines de personnes.

-« Mesdames et messieurs, amis curieux et flâneurs de tous poils souhaitant en apprendre plus sur le merveilleux petit monde des ninjas, bonjour et bienvenue à la finale de notre grand tournoi!

A gauche du terrain, le champion en titre du goken en stade de foot, démon du rire et du petit pont en balayettes, surhomme à l’endurance mille fois éprouvée par l’âpreté du désert chikaratte, et votre serviteur pour la semaine à venir, je viens à vous sous mon nom de scène univsersel: Apollo Pepitows!

A votre droite, la challenger aux biceps dignes d’un trappeur canadien, une chieuse de plein poil en provenance directe du respectable village de Miaou, fashion-victime acharnée aux cheveux resplendissants de coloration à l’huile de babouin, j’ai nommé : Miss Barbare Nucléaire!

Mais vous pouvez l’appeler BN. »

Rires dans l’assemblée, ce qui satisfaisait d’autant plus le junin que le visage de sa désagréable adversaire venait de prendre une délicate teinte pourpre, témoin indubitable d’une gêne qu’elle méritait largement à son goût. Ou d’une rage qu’il ne tarderait pas à subir, mais il écarta rapidement cette idée en observant le comportement de la genin et sa réaction face au public. Donc la mahousarde était sensible aux regards et moqueries du plus grand nombre, nota-t-il tranquillement. Cependant, d’une démarche vive et mal assurée, cette dernière avala la distance les séparant à une vitesse de mauvais augure pour le junin. Ce dernier ne lui laissa pas le temps de pester sur ce sujet, et lui imposa directement les règles de son petit jeu.

-Couill…
-On va faire un petit match d’entraînement, pour que je voie ce que tu vaux. Donc on va oublier les super techniques de la mort, ainsi que les machins vraiment dangereux. Ca, part exemple, rajouta-t-il en désigna la ceinture de la jeune femme.
-Quoi?, glapit-elle.
-Tu poses tes haches. C'est dangereux.
-Euh... t'as un sabre, tu sais? Tu le poses pas?
-Rien à voir avec toi. Mon arme, elle est parfaitement…
-Ouais?
-Fiable. Pas un truc de sauvage.
-M'enfin, qu'est ce que vous avez tous avec les haches! Ton putain de sabre est aussi tranchant que mes trucs.
-Il est probablement bien plus tranchant, précisa Otarin.
-Raison de plus, trouduc!
-Maintenant que t’en parles…
-Et puis attends, qu’est ce que c’est que ce délire avec le public?
-Ils étaient curieux et m’ont demandé l’autorisation, rigola Otarin. J’ai juste fait un peu de mise en scène pour amuser les enfants.
-Mmmh… c’est vrai, ça?
-J’allais pas leur dire non, voyons. J’ai une tête à rendre les enfants tristes?

Muromachi jeta un coup d’œil en biais au public, sentant leurs regards en permanence fixés sur eux. Elle n’allait pas pouvoir secouer à mort Otarin en leur présence, ce qui la tentait de plus en plus, et ne sentait décidément plus du tout cette situation. Elle hésita longuement à refuser en bloc Rekaishi et ses plans tordus, mais savait parfaitement que ça n’était que parce qu’elle voulait se dégonfler.
Sauf qu’elle n’allait sûrement pas se dégonfler, ce qui la porta à s’entêter encore davantage dans les ennuis.

-T’as une tête de torchon, répondit finalement Oboro. Va pour ton truc, alors. Et tant qu’on y est, ajouta-t-elle après un instant de réflexion, vu comme t’es bien futé, si jamais tu joues à me couper les fringues ou les cheveux pour faire le malin, je te jure que tu vas chier ton p’tit-dèj par les nasaux. On ne joue pas au macho élitiste. Capiche?
-C'est bien une préoccupation de nénette, ca. Je peux aussi te limer les ongles avec une dague, tu veux?
-Je crois que je vais garder mes armes, assura Muromachi d'un air mauvais.
-Allez, faut pas mal le prendre. Souris un peu, je suis sûr que tu peux être jolie, déclara maladroitement le junin en voulant adoucir l'atmosphère.
-Je RÊVE? Comment ça que je peux!? Je SUIS jolie !!!
-Bien sûr que tu peux, affirma Otarin sans comprendre.
-Okay, c't'un blaireau de cas soc', qu'ils m'ont refilé. Toi t'as jamais eu de copine, hein?
-Je vois pas pourquoi j’en voudrais une. Elles sont toutes aussi chiantes que toi?
-Puceau attardé repéré, clairement.
-Encore que nan, toi t’es la BN, donc t’es la plus forte et la plus chiante de toutes.
-BN encore?
-Comme Bourrine Narcissique. Ça te va bien, non?
-Mal au crâne. Mal au crâne.

Le junin n'était pas près d'abandonner, mais comprit rapidement qu'il aurait là aussi de quoi discuter longtemps s'il insistait. Aussi choisit-il de couper court encore une fois.

-On va régler ça en taijutsu, dans ce cas. Pas d'armes, juste nos petites mimines. BN pour Boxe Naturelle. Rien comme jutsu, juste ta manucure et tes palourdes de Bucheronne N-ervée.
-Ca s’écrit pas comme ça, dugland. Ça m'arrange que dalle, cette affaire.
-T’as bien dis que tu faisais du taijutsu comme spécialité depuis des années, nan? T’es sur ton terrain, normalement, j’te signale.
-Je fais pas ce taijutsu là.
-Oh oh, parce que tu fais ce taijusu-ci? Moi je fais celui qui se cache là-bas, dans la poubelle.
-T’as pas envie de savoir ce que je…



Minute, pépète. Rétropédalage.
En fait, bwouais, pourquoi pas. C'est pas parce que j'ai une flemme dingue de taffer la cognade que ça me fera pas de bien. Autant jouer le jeu.
Et en cas de pépin, je lui turbote la gueule au Gansek’. Ca roule.




-Un instant, se reprit-elle. C'est un genre d'entraînement, là?
-Si on veut.
-Okay, va pour la boxe alors. En piste coco, on y va, fit Muromachi en commençant à le tracter à sa suite avec un sourire mauvais.
-Euuh… quoi? C’est tout?
-C’est tout quoi?
-Tu acceptes vraiment? T’as pas arrêté de protester et maintenant tu me traînes?
-Hey, je viens de dire oui, t’es pas content?
-Comment ça t’es, ‘fin je, suis pas content? C’est toi qui râles depuis le début!
-Ouais bin là c’est plutôt toi qui râles, et depuis un bon moment.
-J’ai râlé, moi? Girouette!
-« Gnagnagna caca nerveux avec le soleil »! Et hop tu nous fais tourner en rond. Nan mais on est des ninjas, pas des boys-scout, sérieux.
-…
-Alors, tu te ramènes pour l’entraînement, ou tu boudes?

Avec tout ceci, Otarin resta longuement circonspect.
Il avait eu ce qu’il voulait, oui… mais quelque chose là dedans lui semblait injuste. Il n’en croyait pas ses oreilles. Peut être même était-il proprement scandalisé par le comportement d’Oboro.
Aussi décida-t-il de se venger au plus vite, de la manière la plus vile, basse et jouissive qui soit : abuser de ses aptitudes en tous points largement supérieures pour aplatir, écraser, humilier et réduire au silence la mahousarde, son égo et ses grands airs.

Il la laissa donner le top départ, fermement décidé à en découdre.

-T’es prêt, le junin?
-Quand tu veux, ma BN à croquer.
-GO!

A la découdre.
Ca allait saigner.





Oboro
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Re: Narasu

Message par Kalem le 8/7/2012, 12:44

La redoutable efficacité du flair de Kentaro mena les quatre compères bien plus loin qu’ils ne l’avaient escompté. Kalem avait d’ailleurs arrêté plusieurs fois ses compagnons pour problèmes de souffle ce qui ne manquait pas de faire râler l’autre médecin, toujours furieux d’avoir à obéir au nabot et de devoir interrompre la recherche de son adversaire. Bien entendu, il pouvait toujours s’occuper de Santa, qui, de son côté, pensait toujours lui être supérieur, mais il avait quelques comptes à rendre avec son pyromane favori qui étaient beaucoup plus importants que de rabattre le caquet à un bleu, à l’âge aussi avancé qui plus est.

De son côté, Sonaka suivait ses coéquipiers, ravie d’avoir réussi à inciter Kalem à suivre son plan tout en lui ayant fait croire que c’était le sien. Le petit médecin était facilement manipulable. Il suffisait de trouver quelque chose pour flatter un peu son ego et le tour était joué. Remarque, les deux autres non plus n’avaient pas l’air bien dur à cerner. Il suffisait de trouver une bonne bagarre et une raison valable pour y participer pour faire avancer Kentaro et Santa avait la particularité d’avoir envie de sauver tout le monde ce qui laissait un large choix dans la manière de s’y prendre.

Santa ne se plaignait pas de la tournure que prenaient les événements. Bien qu’il ait préféré pouvoir faire preuve d’autorité sur le lutin, il se disait qu’il aurait tout le temps de la soumettre à la loi de Nowel et d’en faire son premier disciple. De plus, grâce aux pauses successives que le chef, provisoire, de la mission prenait, il avait déjà eu le temps de faire une dizaine de bonnes actions en tout genre. Il avait par ailleurs récupéré deux bonbons au gingembre et une boite d’œuf frais grâce à ses bienfaits.

Ayant pris soin de cacher le papier attestant de son statut de chef, Kalem jouait de son autorité à tout va, vitupérant sans cesse sur ses coéquipiers qui selon lui, ne respectaient pas ses règles de bonne conduite et méritaient des blâmes. En suivant ses propres principes de meneur de mission, -qu’il changeait dès que quelque chose ne lui convenait pas, c’est-à-dire, tout le temps- Kentaro avait déjà emmagasiné une vingtaine de blâmes, Sonaka un seul et Santa sept.

« Bon, on s’arrête. » commanda Kalem haletant.
« Encore, mais on a à peine marché cinq minutes ! Tu vas bouger ton gros derrière ou je te mets une aiguille dedans ! » S’emporta Kentaro, visiblement à bout.
« Genre, ta charte de bonne conduite ou je ne sais quoi t’empêche de porter la main sur moi, bon chien ! Si t’as tellement envie de sniffer une piste, je suis sûr que cette poubelle est faite pour toi, clébard ! »
« Vous ne pouvez pas arrêter de vous disputer et parlementer calmement au lieu de vous aboyer dessus ? La vie est belle, regardez cet homme là-bas, il se désole de vous voir aussi mauvais les uns envers les autres ! » Se lamenta Santa.
« Je dirais plutôt qu’il cherche à nous vider les poches, ou pire, nous extorquer notre grandissime savoir ! » Grogna le petit médecin.
« Oh non, il recommence avec ses histoires de connaissances, on n’est pas dans la merde ! » Fit Kentaro.
« C’est vrai, il est suspect ! On ferait mieux d’y aller. Sonaka, Sant… Mais où il est passé cet abruti ? … Non, ne me dites pas qu’il est allé faire sa B.A. de la minute ! » S’emporta le nain.
« Si, et en plus auprès de l’homme qui d’après toi serait là pour te voler le cerveau ! » Se moqua la Chikarate.
« Il veut ma mort, je sens qu’il veut ma mort ! » Marmonna Kalem.
« En tous cas, s’il ne la veut pas, moi, oui ! Et j’ai un pyromane sur le feu que j’ai envie de dézinguer alors, dès qu’il revient, on part avant que j’assassine le nain ! » S’énerva Kentaro.
« Je te signale que… » Commença l’intéressé.
« Non, ne réponds pas, ça ne ferait qu’empirer la situation, qui d’après moi est une catastrophe si l’on tient compte de la stupidité des arguments des deux partis… » Le coupa Sonaka.
« Mais, moi j’aime que les choses empirent et… »
« Ta gueule ! »
« Merci d’avoir exprimé la pensée générale Kentaro. » Lui dit la Chikarate en le gratifiant d’un regard.
« Ho ho ! Quelque chose s’est passé pendant ma courte absence bienfaitrice ? » Questionna le géant, faisant irruption parmi eux.
« … »
« Oh, je vois, bon, j’y retour… »
« Non non non non, tu restes avec nous et on y va ! »

Les quatre compères continuèrent leur chemin, suivant le flair de Kentaro. Malgré son souffle court, le petit médecin n’arrêta plus la troupe. En fait il était sur une expérience et celle-ci s’avérait assez concluante. Plus besoin de continuer au rythme de ses partenaires, il avait placé sa nouvelle poudre de pistage de façon à pouvoir visualiser au moyen d’un jutsu très peu couteux ses trois partenaires sur lesquels il avait placé sa poudre. Ce qui fait qu’au bout de cinq minutes, ses partenaires lui étaient déjà distants d’une centaine de mètres. Fort heureusement, la piste de Kentaro s’arrêta bientôt, au pied d’un HLM, (Habitation Louée aux Mercenaires). Le Qg avait mis en place une trentaine de ces bâtiments afin de permettre à ses troupes non affiliées directement à un village de se loger sans problèmes dans Narasu. Ce qui faisait de ces logements des endroits peu fréquentables car habités par des gens pauvres qui ne recherchaient qu’à se faire un peu plus d’argent pour survivre.

« Bon, apparemment ils sont rentrés là-dedans. » Fit Kentaro en désignant le bâtiment.
« Plutôt insalubre comme logis, pas étonnant que quelqu’un qui cherche à se cacher utilise un endroit pareil. » Pensa Sonaka à voix haute.
« On va boucler le secteur et cerner le coco. Kentaro ira le chercher et on file ! » Décida Kalem.
« Je voudrais pas te faire de peine futur lutin de nowel, mais comment on boucle le secteur à trois ? Je ne compte pas celui qui ne peut résister à mon poing génialissime puisqu’il doit aller chercher le vilain ! » Objecta Santa.
« Oh, mais la ferme avec ton fulguro poing toi, ce n’étaient pas des conditions normales, j’aurais ma revanche. Bon, si Goldorak veut bien arrêter ses affirmations débiles, je pourrais peut être me concentrer pour trouver un plan digne de ce nom… » Grommela Kentaro.
« Mais tu ne vas rien trouver du tout ! Je te rappelle que c’est moi le chef, donc c’est moi qui commande, donc c’est moi qu’on écoute, donc c’est moi qui trouve les plans… »
« Très logique… » Souffla Sonaka.

Le petit médecin leur exposa sa façon de procéder. Pour lui, il suffisait que quatre personnes se postent autour du bâtiment, un pour chaque pan de mur pendant que Kentaro se glissait à l’intérieur pour débusquer le ou les intrus. Personne ne trouva rien à objecter. Enfin, si, mais de toute façon, Kalem ne voulait rien savoir et avait décidé de jouer au sourd. La seule question à laquelle il répondit fut quand Sonaka lui demanda où il comptait trouver la quatrième personne.

« Rien de plus simple ! C’est idiot comme le cerveau idiot d’une chikarate idiote peut se révéler d’une idiotie sans bornes parfois… Il faut parfois savoir demander au meilleur ami de l’homme ! » Clama le nabot, tout fier de son plan merveilleux.
« Et où comptes tu trouver un clebs qui pourrait, en plus de garder un des murs, attaquer, nous prévenir et chopper un adversaire qui saura sûrement se débarrasser d’un chien quel qu’il soit ? » demanda-t-elle.
« Qui te parles de chien ? C’est bien connu, de par sa filiation avec l’être humain, sa ressemblance, sa puissance et son intelligence, le meilleur ami de l’homme est sans conteste depuis plusieurs décennies le singe. Or, moi et ma grandiose personne avons justement un spécimen des plus rares et des plus développés, le Singus Invocatus, dont la grande famille des Kassossiaux m’a légué en son âme et conscience un grand serviteur et ami… Pour te prouver ma bonne foi : Kuchiyose no jutsu ! »

Et il joignit le geste à la parole, ce qui fit apparaître le pitoyable babouin nommé Kassos. Devant les yeux effarés de sa camarade Chikarate, non pas par le singe qu’elle avait déjà vu mais par l’absurdité la plus totale du discours du petit médecin, celui-ci commença à reprendre un air mécontent, ce qui, de toutes manières, lui convenait mieux que le ridicule sourire qu’il portait dès qu’il commençait à s’extasier sur son infinie connaissance.

« J’ai juste un problème » Commença Kentaro. « En comptant le singe, ça ne fait que trois personnes pour garder les murs, ton plan tombe à l’eau. »
« Je sais que faire confiance à une chikarate n’est jamais bon, mais on s’arrangera avec, de toutes façons, on n’a que ça sous ma main. » Répliqua Kalem.
« Non, mais je suis d’accord avec Kentarohohoh ! Si Sonaka prend un des murs, que j’en prends un, et que ta bestiole t’aide à en protéger un, il manque bien une personne ! » Expliqua le géant.
« Mais Kassos n’a besoin de personne pour gérer un des murs ! Ce qui fait donc quatre ! » S’énerva le petit médecin.
« Ce n’est pas en Kassos qu’on n’a pas confiance, mais en la personne d’une taille ridicule, avec du flan dans les bras et une sacrée brioche qui se trouve juste devant nous… »

Le visage de Kalem passa au rouge écrevisse. C’était à peine si on ne voyait pas la fumée lui sortir par les oreilles tant il semblait énervé. Il donna un coup de pied dans le genou de Kentaro qui ne broncha pas, faisant mine de ne pas faire attention à son collègue médecin. Sonaka, elle, leva les yeux au ciel, exaspérée par les crises de nerf de son soi-disant chef de mission. Quant à Santa, il tapota légèrement sur le crâne de Kalem qui s’énerva encore plus.

« Je suis le chef de la mission ! Ne mettez pas ma force en doute ou je vous fais un rapport incendiaire auprès du Qg, maintenant chacun à sa place, Sonaka, tu prends le mur Sud, Santa prendra le mur Nord, Kassos prendra l’Est et j’irais à l’Ouest… Pendant ce temps, Kentaro, tu rentres et tu vas dégommer le bonhomme ! Pas de questions ? Non, tant mieux… »

Le petit médecin abandonna ses compagnons pour aller se poster devant sa façade de l’immeuble. Les autres allèrent aussi se placer à leur poste. De toutes façons, à quoi bon protester, il était actuellement possesseur de la lettre le donnant comme chef de la mission et personne n’avait une envie particulière de faire un effort pour lui prendre. Kentaro entra dans le bâtiment dès que tous eurent rejoint leurs postes respectifs.

Pendant quelques secondes, quasiment aucun bruit ne se fit entendre, mis à part celui des passants qui évitaient soigneusement de s’approcher trop du bâtiment, jugé peu fréquentable. Puis, les quatre membres de l’équipe postés à l’extérieur entendirent des voix qui s’échappaient de l’immeuble dont celle de Kentaro qui était sûrement dans un état de grande excitation. L’affrontement allait débuter.
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Re: Narasu

Message par Kentaro le 14/7/2012, 22:30

« La découverte d’Osamu Soseki est un signe qui ne trompe pas. Quelqu’un s’approche dangereusement près de nos petites affaires. »

L’homme surnommé « le Capitaine » avait prononcé ces mots d’un ton amical, mais la teneur du message et le sous-entendu qu’il impliquait était clair. Il remettait ni plus ni moins en cause la crédibilité de ses associés.

Bien qu’il fût confortablement enfoncé dans un siège moelleux, le Capitaine dominait complètement l’assemblée. Ce n’était pas seulement sa grande taille et ses larges épaules, pas plus que son visage volontaire arborant une longue barbe trifide et un cache-œil finement travaillé, non. C’était quelque chose de plus profond, comme s’il irradiait d’une flamme intérieure : le Capitaine était un homme de pouvoir, et il le savait. Il l’avait conquis par ses propres moyens, il en connaissait l’étendu. Et il en tirait une grande assurance. C’était cela qui se voyait.

En face de lui, son interlocuteur, un civil d’âge avancé, au visage grave et au corps squelettique, faisait presque ridicule et négligeable. Presque. D’une part, parce que ses yeux de fouines luisaient d’une intelligence malveillante, celle-là même qui lui avait permis de rester à la barre malgré les innombrables heurts qui avait secoué Narasu ces dernières années.
D’autre part parce que debout à ses côtés se tenait son alter ego à l’œil embrasé, luisant et tempêtant dans l’ombre de la capuche de sa toge sombre.

« Osamu Soseki n’est qu’un leurre, assura le vieillard maigrelet d’une voix rauque. Sa piste n’existe pas. Pas plus que ceux qui l’ont remonté. Tashiro y a veillé.
_ Exact, acquiesça l’homme en toge. Nul ne remontera jusqu’à nous pas ce biais. »

Un sourire insolent vint flotter sur les lèvres du Capitaine, ce qui eût pour effet de faire sortir le vieux Yakuza de ses gongs.

« Ce sujet est clôt, tempêta le vieil homme de sa voix rocailleuse. Si nous en revenions plutôt sur vos… »

Sa voix s’éteignit brusquement. L’un de ses gardes venait de pénétrer précipitamment dans la pièce pour chuchoter quelques mots à l’oreille de Tashiro.
Le sourire du Capitaine se fit encore plus ostensible.

« On dirait bien que vos petites précautions n’ont pas suffit, moqua l’homme. La situation serait-elle donc en train de vous échapper ?
_ Silence ! Aboya le vieillard. Tashiro, que se passe-t-il ?
_ Le Capitaine a raison, annonça calmement le nukenin. "Ils" sont arrivés jusqu’ici. Je me charge de les accueillir. »

Tashiro salua sèchement leur invité avant de s’en aller d’un pas vif, appelant sa disciple au passage.
Le Capitaine éclata d’un rire ample, au grand déplaisir de son hôte.

« Hé bien, je vois que vous avez du pain sur la planche alors je ne vais pas vous retenir plus longtemps.
_ Veillez à rester dans les parages, nous n’en avons pas fini avec cette discussion, lâcha le vieillard d’un ton pincé.
_ Ah, mon cher… Nul doute que moi je reprendrai cette discussion. Veillez à rester mon interlocuteur… »

Le Capitaine se releva souplement et, d’un claquement de doigts, fit signe à sa garde qu’ils repartaient.

Lorsqu’il fut parti, l’un des gardes à l’arbalète du Yakuza s’approcha respectueusement de son maître.

« Monsieur, il faudrait aussi songer à vous déplacer. Pas sécurité. »

*
* *

Au même moment, c’était véritablement la panique dans le corps de garde que constituait l’avant du bâtiment. Des cris apeurés, des hurlements de douleurs et des bruits de choc sourds se répercutaient entre les murs.

Six gardes déboulèrent en renfort enfonçant à moitié la porte. Avant même qu’ils n’aient le temps d’assimiler la situation, l’un d’entre eux fut catapulté en arrière, d’une arbalète en plein tête. Aussitôt après, ce fut une table à manger qui se jeta sur eux, perpendiculaire au plancher. Les cinq hommes paniqués firent immédiatement feux, criblant le pauvre meuble de carreaux meurtriers qui la transpercèrent de part en part. La table se renversa et il fallut une bonne seconde aux arbalétriers pour s’apercevoir qu’il n’y avait personne derrière.

Cette seconde leur fut fatale. Le temps qu’ils réalisent et un tourbillon de poings et de pieds se jeta sur eux, en étalant deux pour le compte et en venant aux mains avec un troisième. Ses deux compagnons levèrent leurs armes pour faire feu mais hésitèrent alors que l’adversaire se servait de leur camarade comme d’un bouclier.

Dans un dernier tourbillonnement de coups, Kentaro disposa des deux derniers gardes, encastrant la tête de son « bouclier » dans le plancher dans le même mouvement.

Le chunin resta un moment accroupit au sol, hors d’haleine. Son regard se posa sur le couloir et la salle d’où il venait, qui n’était plus qu’un immense champ de ruine, avec des types étalés dans tous les sens, inconscient.

Foutu nabot ! J’t’en ficherai, moi, des attaques frontales en solo ! On voit bien que c’est pas toi qui te bouffent tout boulot !

Le médecin avait néanmoins eût de la chance. Les gardes comptaient trop sur leurs arbalètes et avaient fait des cibles faciles à courte portée, prévisibles et vulnérables. L’effet de surprise puis la panique avaient fait le reste.

Kentaro se redressa et tendit l’oreille. Plus aucun bruit de cavalcade ne lui venait. Mauvais signe : ils arrêtaient de venir à la suite, donc ils devaient être en train de préparer un sale coup, plus loin.
Tout ça ne lui disait rien qui vaille, ça sentait les embrouilles à plein nez. Ç’allait commencer à devenir franchement dangereux, à ce rythme.
Il était bien placé pour savoir ce dont de « simples civils » motivés étaient capables.

Le jeune homme s’approcha prudemment de l’une des fenêtres, essayant d’apercevoir lequel de ses compagnons avaient la charge de surveiller cette façade du bâtiment selon le plan débile de Kalem.
Peine perdue, il ne voyait rien.

Bon. Une chance sur deux, pas vrai ?

Kentaro ouvrit la fenêtre et se pencha vers l’extérieur en faisant de grands signes. Il espérait surtout tomber sur Santa ou Sonaka, les seuls avec qui il pourrait discuter. … Quoiqu’à tout prendre, il ne dédaignait pas filer une bonne paire de claque au nabot avant de lui chouraver le papelard.
Bref, tout sauf le singe.
Quoique s’il dégommait le babouin, Kalem le saurait et devrait forcément revoir son plan, pas vrai ?

Ouais, finalement, n’importe lequel des poilus court-pattus ferait l’affaire. En plus, il était bien chaud, là ! Pis depuis le temps que ça le démangeait.

Manque de chance, ce fut Sonaka qui s’approcha le plus discrètement possible de sa fenêtre.

« Mais qu’est-ce que tu fiches, Kentaro ?
_ J’prends l’air, ça se voit pas ? Heu… Dis-donc voir, t’en penses quoi, du plan de Kalem ? »

La Chikaratte leva les yeux au ciel dans une réponse des plus éloquentes. Bon point, elle n’appréciait pas le plan du nabot. Ou le nabot lui-même. Ouais, sûrement : personne n’aimait Kalem et il le rendait bien.

« Pourquoi ? Demanda Sonaka.
_ J’ai des éléments qu’il n’a pas et je pense qu’il faudrait ajuster un ch’tit peu le plan. »

La Chikaratte leva les yeux au ciel dans une réponse des plus éloquentes.

« Mais attends, s’insurgea le médecin. Tu sais même pas ce que j’ai en tête !
_ Un assaut groupé en beuglant comme des fadas pour faire masse ?
_ Flûte, grillé… Ok, ben vas-y, je t’écoute si t’as mieux… »

*
* *

Shiezka termina d’installer les dernières bougies de son maître, avant d’aller poser sa veste dans un coin et de desserrer sa cravate. C’est qu’elle aimait se sentir à l’aise, quand elle se battait.
Enfilant ses gants de cuirs cloutés, elle se rapprocha de Tashiro.

Ce dernier se tenait au centre de la pièce, plongée dans la pénombre et coupée du jour par d’épaisses tentures. Elle n’était éclairée que faiblement par plusieurs dizaines de bougies reparties un peu partout. Toutes n’étaient pas chargées, mais pourraient toujours servir de leurres.

Un bruit de pas la fit se retourner d’un bloc, tandis que son maître portant son attention sur l’entrée de la pièce.

Une ombre en jaillit en courant et Shiezka faillit se jeter à sa rencontre avant de reconnaître l’un des gardes. Avant qu’elle ne puisse parler, un sifflement sec retentît. Le fuyard fit encore deux pas avant de s’effondrer, trois aiguilles d’acuponcture fichées en travers de la gorge, inconscient.

Kentaro apparut alors à l’embrasure de la porte, tout fier de sa petite introduction. Quitte à se faire annoncer, autant le faire avec panache, pas vrai ?

« Salut, mon pote, lâcha-t-il à l’intention de l’enflammé. On a une affaire à régler, toi et moi.
_ Encore toi ! Gronda Tashiro.
_ J’en ai bien peur, acquiesça Kentaro avant d’entrechoquer ses poings. Bon, on remet ça ?
_ Imbécile. Tu avais déjà du mal seul contre moi, tu vas rapidement déchanter à un contre deux.
_ Roooh, c’est pas très fair-play, ça ! Mais bah… J’ai pris mes précautions, tu vois.
_ C’est ce qu’on va voir. Shiezka, tue-le ! »

La disciple de Tashiro ne se fit pas prier et chargea aussitôt Kentaro, avant de lui expédier un solide crochet à la mâchoire… et reculer, estomaquée. Littéralement. Fidèle à son habitude, le médecin avait profité du trou de l’attaque de son adversaire pour passer tranquillement sa garde et frapper.

Alors que Kentaro s’avançait, bien décidé à embrayer sur un déluge de coup vers la disciple en situation de faiblesse, un brusque flamboiement capta son attention et il dut se jeter en arrière pour éviter d’être happé par une colonne de feu. L’intervention laissa tout le temps à Shiezka de se redresser et de se remettre prudemment en garde.

« Ah ! S’exclama triomphalement Tashiro. Tu as beau être plus fort que ma disciple, face à nous deux tu… »

Le reste de sa phrase fut couverte par un fracas épouvantable, tandis qu’une partie du mur en contreplaqué derrière Kentaro explosait dans une pluie de gravats et un torrent de poussière.

« Qu’est-ce que… Murmura le nukenin en essayant de voir ce qui se tramait au travers de l’écran de fumée.
_ Oh oh oh ! S’exclama une voix débonnaire. Point d’inquiétude, fidèle disciple ! Ton maître adoré est venu te prêter main-forte ! »

Kentaro tira une tronche de trois pieds de long. « Fidèle disciple » ? « Maître adoré » ? Mais qu’est-ce que Sonaka avait bien pu aller lui raconter pour le convaincre de renoncer au plan de Kalem et venir mettre la main à la pâte ?
En plus, son arrivé était nettement plus classe que la sienne. Dégouté !

« Oh ! Oh ! Oh ! Il y a ici de vilains garçons et de vilaines filles qui osent s’attaquer à plusieurs contre un ! Voilà qui n’est pas gentils ! Renoncez à vos noirs desseins ou moi, Santa, représentant de l’esprit de Nowel, vais devoir vous absoudre de vos méfaits !
_ Mais qu’est-ce c’est que ce truc ? Murmura Shiezka en regardant, incrédule, le vieillard blanchissant continuer son prêchi-prêcha dans le vide.
_ Ce truc, c’est ma précaution… » Soupira Kentaro, soudainement las.

*
* *

A plusieurs dizaines de mètres de là, l’autre précaution de Kentaro – ou plutôt, l’éminence grise derrière les précautions susnommées – rejoignait la planque de Kalem. Au grand mécontentement de celui-ci.

« Bordel, mais qu’est-ce que tu débarques ici !? Ah, c’est bien les Chikarattes, tiens ! Pour castagner, c’est les premiers, mais zéro pointé en orientation ! Ta façade à surveiller, c’est celle là-bas ! Celle-ci, c’est la mienne !
_ Merci, je suis au courant, répliqua Sonaka. Mais il y a eu un… changement de plan. Kentaro a de bonnes raisons de croire que l’ennemi va s’enfuir, c’est pour ça que je suis venu te prêter main-forte. Pour t’aider à les capturer. D’ailleurs, tu ferais bien de rappeler Kassos car…
_ Mmmpf ! Genre tu m’apprends quelque chose ! Ils sont passés y’a même pas cinq minutes. Tu les as loupés.
_ Quoi ? Tu as laissé l’ennemi s’enfuir ?
_ Mais relax, ch’uis pas aussi limité que toi, j’ai pensé à prendre leur signalement, moi, se rengorgea Kalem. On ira les remettre au QG et qu’ils se débrouillent pour la suite.
_ Le QG aurait été nettement plus impressionné si on lui avait ramener nos cibles, fit remarquer Sonaka.
_ Nananan ! Tu dis ça parce que tu les as pas vus : le type avait l’air trop balèze, avec sa barbe taillé et son œil caché. Et les six gus qui l’accompagnaient étaient dans le même genre. Alors tes instincts de Chikaz’, tu te les gardes. Moi, j’affronte pas ce genre de bonhomme, trop dangereux !
_ Mais à plusieurs… Commença Sonaka.
_ Nan, c’est nan. C’est moi l’chef, alors tu la boucles et t’obéis.
_ Je voulais juste dire que…
_ T’as pas compris quoi dans ce que je viens dire ? »

Le sermon en préparation du nabot s’interrompît brutalement, quand la porte dérobée à l’arrière du bâtiment s’ouvrit une fois de plus. Quatre arbalétriers en sortirent, observant méticuleusement les alentours. L’un d’entre eux fit signe à quelqu’un dans l’ombre, et rapidement, un autre homme en blouse sortit, poussant un vieillard rachitique sur une chaise roulante. Deux autres arbalétriers suivaient, fermant la marche.

« Nom de nom ! S’exclama Kalem. Sonaka, t’as vu ça !
_ Oui, d’autres sbires qui s’échappent. On prend aussi leur signalement ?
_ Tu veux rire ! Mate le type qui pousse la chaise roulante : c’est notre copain aux grandes connaissances ! Le sadique qui torturait l’ANBU.
_ L’un des hommes de confiance, se souvint la Chikaratte. Bingo, on tient sûrement la tête pensante.
_ Qui ? Le type en fauteuil ?
_ Qui d’autre ?
_ Alors là, n’importe quoi ! C’est évident que c’est une victime, comme l’ANBU. Le fauteuil, il est pas là pour faire jolie, ma grande. On vous apprend pas à vous servir de vos yeux, dans votre bac à litière géant ?
_ Je ne pense pas que…
_ T’occupes, c’est moi le chef, t’as pas besoin de penser. Pis peine perdue, t’es une Chikarien, j’te rappelle… J’vais chercher Kassos et Santa pendant que tu les files discrètement. Avec tes pièges, mon génie et la force brute de l’autre crétin, on va leur tendre un guet-apens et sauver ce pauvre malheureux. Deux fois en deux missions ! Héhé ! Si j’ai pas une prime, avec ça !
_ Santa est allé aider Kentaro à l’intérieur, avoua Sonaka. Je pense qu’ils sont occupés, pour l’instant.
_ Hein !? Mais j’ai jamais ordonné ça, moi ! Mais quel abruti, il va tout faire foirer.
_ Mais on peut toujours leur tendre un guet-apens avec ton… génie et mes pièges, non ? Proposa Sonaka. Et puis, il reste Kassos pour la force brute.
_ Génial, on est foutu… »
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Re: Narasu

Message par Oboro le 17/7/2012, 22:43



« Okay casse-couille, maintenant c’est toi, moi, et… cette putain d’assemblée que t’as invité comme une chiotte.
Nan mais sérieux, qu’est-ce qu’ils foutent là? On est en plein milieu de matinée, ils n’avaient rien d’autre à foutre de leur journée? Les mômes devraient être à l’école, les vieux à l’hospice, et tous les autres blaireaux à leur boulot qui consiste trop probablement à refourguer de la camelote illégale dans un trou paumé de la ville, merde!
»

Tout en pestant allègrement dans sa tête, la genin s’approcha rapidement du chikarate, sans courir, mais à un rythme digne d’être surveillé. Et à peine s’était-elle élancée qu’il lança une paume à sa rencontre, manquant de la renverser au premier impact. Ca n’était pas une poussée, mais une frappe en dur qui la fit flancher sur quelques mètres.

-Bon, vu que si j’y allais sérieusement, je t’écrabouillerais sans que ça soit intéressant, eh ben… vas-y, fais ce que tu veux, je te regarde. J’observe. J’analyse.

Ignorant son douloureux avant-bras, Oboro contourna son adversaire, lentement. Taijutsu uniquement, hein? Elle allait bien trouver quelque chose à…

Il lui cala à nouveau sa paume, en plein visage cette fois, avant qu’elle n’ait eu le temps de finir son approche.

-‘Flure!
-Garde de passoire, asticota Otarin. J’ai jamais dis que j’allais absolument rien faire. Tu veux que j’attende encore longtemps, comme ça?
-C'est tes quenottes qui vont devenir des passoires, lui rétorqua férocement la genin en lui rentrant dedans.

Elle avait beau dire, elle ne pouvait guère que grogner. Le junin lui déviait les bras sans qu'elle n'y comprenne rien, et ses attaques ne servaient qu’à vendre sa garde en plus d’être complètement déséquilibrée. Son adversaire passa dans son dos à plusieurs reprises et s’amusait à la tirer par le col, feignant de l’aider à se rétablir pour mieux la pousser ailleurs.

-Brute Négligente, aussi. J’arrive à me promener comme ça alors que je ne fais même pas de juken. Je suis à ta gauche, tu sais?
-JE TE VOIS TRES BIEN, MERCI!

Otarin s’amusait bien. Il aurait bien fait mordre la poussière à celle qui lui avait ruiné sa matinée, mais n’avait à sa disposition que le gazon qu’offrait le terrain. L’exercice restait intéressant pour lui, aussi chercha-t-il à tourmenter son adversaire au maximum jusqu’au grand déséquilibre final. Ca n’était pas bien plus compliqué que d’autres épreuves que ses chats lui avaient déjà infligé dans le désert, remarqua-t-il au bout de trois minutes de course-poursuite.

-Muromachi, ça rime avec tauromachie, nan? J’vais essayer de te pincer le dos, si t’y vois pas d’inconvénients. Ca te convient?
-Nan.
-Bwoooh, pas marrant. Surtout qu’en plus, c’est bidon. T’es nulle. Tu bouges même pas. T’essaies sérieusement, ou bien?
-Pas de ma faute si tu triches.
-Mince, j’ai été démasqué. Vais devoir demander à mon assistant dans le public de quitter la salle.
-…
-Hey, tu fais de la mauvaise foi, je fais des mauvaises blagues. Ca s’appelle le karma.
-C’est pas de la mauvaise foi. T’as pipeauté, donc je me suis préparée à autre chose.
-Quand ça?
-Quand t’as tenté de me décrire ton super tai, tout à l’heure. Migite mon cul, ouais. T'as pas du tout un style de ce genre. Je croyais que tu tentais des trucs, mais que dalle.

Le junin se renfrogna, mais n’en laissa pas trop paraître. Il se fit toutefois silencieux une minute, tandis qu’ils continuaient à échanger des coups. Qu'une genin perce à jour sa petite lacune après quelques minutes d'échauffement l'inquiétait quelque peu. Son taijutsu ne pouvait pas être si bancal que ça, tout de même. Il manquait encore de technique après s’être majoritairement concentré sur son physique, puis son chakra, puis son dojutsu, mais…

N’est ce pas?

Il ne lui restait donc qu’à s’entraîner, comme il l’avait décidé un peu plus tôt. Il allait vérifier en situation réelle ce que les entraînements des chats du désert lui avaient apporté. Ces derniers temps, ils s’étaient focalisés sur son dojutsu, qui avait évolué en estompant complètement ses autres sens dans la foulée. Etrangement, cela ne l’handicapait aucunement pour le moment. Il parvenait à bloquer la plupart des coups de la genin de manière à ce que ce soit elle qui souffre toujours le plus de l’impact, et esquivait quand tel n’était pas le cas. Il envisagea un instant de se passer d’une de ses mains, mais réalisa tout de même que ça n’était pas ici possible.

Et puis, il pouvait toujours faire enrager Oboronchonne, ce qui lui semblait tout bonnement jouissif. Otarin avait abandonné les coups de paumes précédents, et se contentait maintenant de lui accoler de gentilles claques indolores sur le visage. La précision apportée par son œil assistait admirablement bien le contrôle qu’il avait sur ses mouvements, et effleurer le nez de la mahousarde devint rapidement son exercice préféré.

Encore que le dernier plaisir qu’il s’était découvert lui convenait tout autant. Après avoir promené la jeune femme surtout la largeur du terrain, il l’avait cernée contre le haut mur d’une usine adjacente au terrain, et se fit un instant plus agressif pour la forcer à rester plaquée aux briques.

-C’est vraiment naze, tout ça. T’es sûre que t’as pas eu ton exam’ de l’académie juste grâce à tes Beaux Nich...?
-Couillon de première. Okay, si c'est demandé si gentiment...
-Oui?
-Farantignole de bac à sable, tu sais pas comment tu vas déguster.

Et c’est ainsi qu’Otarin eut l’occasion d’observer, en cas d’étude non simulée, à quel point une situation pouvait vite déraper.

La genin rallongea la distance les séparant en contournant le junin pour s’éloigner du mur, ce que le junin prit pour une retraite temporaire. A tort, car c’était du repositionnement. Muromachi pestait largement, parce qu’elle se faisait acculer sur un terrain où elle n’avait que peu de moyens. Et plutôt que de mettre à l’épreuve son piètre taijutsu, qui était de toute manière oblitéré par le niveau du junin, elle préféra revenir à quelque chose qu’elle maîtrisait déjà.

La guerrière avait deux manières de mener un combat. La première, probablement emblématique, consistait essentiellement à « aplatir le gus d'en face avec un max de patate dans l’buffet ». Etrangement, elle n'avait pas tant développé cet axe depuis ses débuts à Narasu. Elle faisait face à un junin, ce qui était pourtant le meilleur moment pour délivrer un ganseki.


« Mais comme t'es surtout un gros blaireau, on va voir ce que ça donne avec un peu de subtilité. »

Et visiblement, la genin estimait qu'invoquer des manchots était la plus subtile des choses à faire.
Deux volatiles apparurent, chacun vêtu d'un keikogi (tenue de judo) et d'une ceinture blanche.

-Okay, bonjour, on y go. Comme à l'entraînement les me... hey, d'où qu'ils sortent, vos fringues?, commença-t-elle.
-D'où qu'ils sortent, tes pingouins?
-C'sont des manchots, pas des pingouins.
-A ton avis, on sort d'où, de ton cul?
-Bien envoyé, petit!
-Merci, Madame. On a bien suivi votre exemple?
-Vous êtes nickels, continuez comme ça. Y'a bien l'intonation à retaper, mais ça viendra.

-Euh...c'est quoi ça?
-Bin des invocs, bin sûr! T’es junin ou touriste?
-Ils sont ridicules. Et c'est moi et mon humour à deux balles qui dit ça, hein.
-Que dalle, ils sont... ils... sont...

Les volatiles avaient des ailes ayant vocation de nageoires, des becs adaptés au gobage de poisson, des serres adaptées à la propulsion, et un ensemble de tenue de combat cousues-mains par leurs soins.
Ce qui se traduisait, pour les personnes sensibles à leur charme, par « des petites mimines, et des bouilles d'anges, et des papalmes à croquer, et des cosplays de peluches bagarreuses... »

-BREF, TELLEMENT ADORABLES, PUTAIN!, conclut-elle son exposé.

La jeune femme affichait un sourire abruti de tendresse à ses acolytes emplumés, sous le regard interrogateur du junin. Décidément, il ne voyait absolument pas comment un homme pouvait ne pas être misogyne... ou phobe.
Mais d'un autre côté...

-Bin voilà, BN sourire, t'y arrives! Mais tu fais toujours aussi peur.
-Okay les gars, au menu du jour, je propose bottage de cul pour ce blondinet. Ça marche pour vous?
-Il a pas l'air costaud, ouais.
-S't'un dojutsu ça?
-Il a pas l'air de faire grand chose, précisa Oboro, l'était déjà activé tour à l'heure et j’ai rien eu du tout.
-C'est un genin qu'on t'a collé dans les palmes, Madame?
-Un junin, mais ouais.

Sursaut des oiseaux. Le temps pour eux de réaliser qu'ils avaient vertement insulté quelqu'un de démesurément plus dangereux qu'eux, et d'envisager une fuite propre et honteuse telle qu'ils assuraient habituellement.

-Il sait rien faire, vous inquiétez pas. Son goken, c'est du carton. Il est rapide, il glisse partout, mais j’ai pas l’impression que ça aille plus loin. Par contre il cogne dur, mais vous devriez pas avoir de meringues, no prob’.
-Euh...
-Sûre?
-J'vous l'dis, j'lai vu. Il sait même pas faire la différence entre du pur Migite nourri au grain et du All-Around d’opérette. Alors que vous, vous m'avez dit que vous savez grimper aux parois, nan?
-C'est bien ça.
-Ca roule. Vous savez lancer des projos, aussi?
-Des quoi?
-Projectiles, des armes quoi. Shuriken, kunai, aiguilles, trucs de ninjas, couteaux, caillasses, dards, et ainsi de suite.
-Biiiin... non?
-Si, on sait... je crois.

-Ptêtre, alors.
-Comment ça, ptêtre?
-Oui et non, enfin...
-Ce qu'il veut dire, c'est que... euh, voilà, quoi.
-'Tain, lancer quelque chose, c'est pas bien compliqué, nan?
-Euh... alors ouais, on sait.
-M'enfin on a jamais été bon, aux batailles de boules de neige. Notre truc, c'est la luge.
-Luge? Mmmmh...

Mot clé. L'invocatrice se fit silencieuse, le regard vague se baladant dans le plumage de ses larbins.

-Quelque chose ne va pas, Madame? On a dit une connerie?
-Elle va quand même pas nous virer à cause de...
-Arf. Bon bin on aura duré plus de trois semai...
-Nan nan, vite, excuse toi!


La guerrière réfléchissait, tout simplement. L'oiseau venait de dire quelque chose de pertinent. En toute considération, elle se souvenait que ses vieux livres du jardin d'enfant représentaient les manchots comme capables de se déplacer en glissant sur le ventre, ramant avec leurs ailes sur la neige pour se propulser. Pingou en était l’un des meilleurs exemples. Et ceux-ci ne faisaient visiblement pas d'offense au mythe de ses premières années. Peut être trouverait-elle moyen d'exploiter ça, oui.
Elle avait déjà fait faire quelques exercices à ses acolytes, et leur vitesse de course -proprement dérisoire- rendait nécessaire l’usage d’une autre méthode de déplacement. Et elle était sûre qu’ils apprécieraient une alternative plus confortable aux vols planés qu’ils subissaient jusque là.

-Je vais pas attendre plus longtemps, ça devient long, prévint Otarin.
-Accrochez-vous aux parois, demanda la chef d'équipe.
-Comment ça?
-Quand je vous lance... vous vous accrochez à la réception.

Sur le fond de "BWAAAIIIHEUH!" retentissants, la genin commença sa manoeuvre. Le junin, malgré sa vision périphérique parfaite -trois cent soixante degrés sur tous les axes de l'espace-, suivit physiquement l'oiseau du regard, c'est à dire des bras de la genin jusqu'au mur. L'animal se réceptionna maladroitement, mais finit par se dresser et à errer au dessus de lui, à la manière d'une stalactite amatrice de poisson.
Le junin bougea légèrement, et se découvrit bien plus mobile que le damoclès qui le poursuivait. Au pire, il n’avait qu’à s’éloigner du mur, après tout.


« Y'a de l'idée là dessous, hein? Attends de voir ta gueule bientôt, coco. »

-Toi, tu prends ce parchemin et tu files l'activer là bas, s'il te plait, murmura la genin pour qu'Otarin ne puisse l'entendre.
-Euh... quand vous dîtes "activer"... vous voulez dire quoi?
-Bordel, chuis pas pas aidée, là...
-Je peux le faire pour toi, si tu veux, héla Otarin.

La genin fronça les sourcils en lui jetant un regard, pleine de soupçons et curieuse de savoir comment il l'avait entendu malgré sa voix basse. Et pourquoi il tenait encore à la seringuer de son sourire moqueur à lui en donner l'envie de le frapper à mort. Elle sonda vaguement les environs à la recherche de chakra, sans succès.


« D'un autre coté, s'il est bon en chakra, j'vais jamais chopper ses magouilles comme ça. Bon, on oublie. »

Jamais elle n'aurait imaginé que le junin était sourd, et avait littéralement lu ses paroles. Ni qu'il le faisait depuis le début.

-Et alors, tu viens? T'es aussi lente qu'une Barrique Nonchalante, là!
-Et le pire, c'est qu'il va sortir des blagues encore plus nazes que ça dans la semaine à venir, chuis sûre.
-Je fais quoi avec le parchemin, Madame?
-Oublie le parchemin, rumina la genin en le vidant par terre, déversant son flot d’outils habituel. Passe moi les trucs dans l’ordre, ça suffira. Onaga, poids, kunai, javeline, poids, kunai, poids.
-Euh… c’est quoi un Onaga?
-Le plus gros.

-C’est un code de triche, ça?, demanda Otarin.
-Pratiquement, tu vas voir.

Oboro échauffa rapidement son bras, puis empoigna l’énorme étoile de guerre. Elle était habituée au poids de l’arme. Pour la faire tournoyer et armer son projectile, la genin se gorgea de chakra. L’arme elle-même en reçut une vaste portion : l’unique bukijutsu de la guerrière aux cheveux d'ébène ne versait aucunement dans l’économie.

Après quelques oscillations, la scie sauteuse ainsi amorcée fusa vers Otarin, déchiquetant férocement le sol sur son chemin. Malgré la vitesse de croisière de l’arme, son lancer était largement téléphoné : le chikarate n’eut aucun mal à s’éloigner de sa trajectoire, d’un simple pas de coté, tout en appréciant du regard l’inutile désolation tracée par l’engin.

-Hey, c'est dangereux ton truc, se plaignit le junin.
-Meuh nan, voyons, ça t'aurait pas fait grand chose. Le jutsu est fait pour que l'arme conserve un maximum de cinétique, elle t'aurait pas transmit tant que ça. Juste de quoi de te renverser, vu que môssieur fait du Migite....
-Ca creuse des sillons dans le sol... et sur le mur.
-Un os est plus solide que du béton, t’inquiètes.
-Uh?
-Parce que l'os est élastique, lui.
-Vrai?
-Cherche pas à discutailler avec la Muromachi, coco.

Elle faisait la maligne, et s'impatientait de voir la suite, inconsciente du pouvoir du junin. Elle ne s'en doutait pas, mais la vision d'Otarin lui permettait de visionner tout se qui se trouvait dans son dos. Néanmoins, cela mobilisait une attention dont il ne savait pas encore s’il pouvait se passer, aussi ignora-t-il le projectile perdu.

La genin ne tarda pas à continuer son flot de projectiles, les envoyant en une succession rapide qui n’était étranglée que par la vitesse d’exécution du manchot, le servant d'armes.
Les trois premiers fusèrent correctement vers le junin, qui les dévia en quelques tours de bras particulièrement contrariants pour la mahousarde. Otarin se moqua à nouveau d’un sourire, et ce d’autant plus que le projectile suivant partit beaucoup trop haut pour qu’il ait à s’en soucier.

Beaucoup trop haut…

Il repensa un instant au manchot qui se promenait au plafond. Avait-il un rôle à jouer?
Visiblement pas, remarqua le chikaratte sans se retourner, focalisant simplement son attention sur ses arrières. L’animal s’efforçait de rester au dessus de lui, mais restait largement inactif.

Par contre, il remarqua autre chose de bien plus inquiétant.

Le shuriken géant que la genin avait lancé un peu plus tôt ne s'était pas absolument pas arrêté dans sa course folle. Lorsqu'il l'avait perdu de "vue", ou du moins d'attention, le projectile se déplaçait à la verticale, le long d'un mur. Et visiblement, l'arme ne s'en était pas arrêtée à cela: une fois arrivée aussi haut que sa vitesse initiale le lui permettait, elle avait simplement rebroussé chemin, continuant de tirailler le mur en laissant la gravité faire le reste. Et le dernier kunai lancé par la jeune femme venait tout juste de percuter l'arme bientôt à court de chakra, la décrochant de manière à ce qu’elle se retrouve…

Juste au dessus de sa tête.

-Là par contre, ça va être dangereux, lui sourit la genin lorsqu'il fit volte face en toute hâte.

Le chikaratte resta calme. C’était difficile, parce qu’il était diablement content.
Il était en mauvaise posture, soit.
Pour autant, se tirer de là lui paraissait si facile et si naturel qu’il réalisa aussitôt la meilleure chose qui pouvait arriver à un ninja. Il savait qu’il était prêt, et que son entraînement avait pleinement porté ses fruits. Il n’eut même pas à réfléchir au jutsu qu’il allait utiliser, et se vit l’employer sans même y avoir prêté la moindre attention.

Spontanément, sachant ce qu’il avait à faire au moment même où il le faisait. Son Seikakugan s’était intégralement focalisé sur le disque meurtrier, le quadrillant totalement avec un degré de précision pratiquement inégalable. Il voyait tout. Et même bien davantage, étant donné que l’on parlait d’une vision apte à suppléer aux autres sens avec une aisance déconcertante. Ses yeux pouvaient décomposer les mouvements chaotiques du projectile de telle sorte que son cerveau en faisait une lecture fluide et enfantine, et que ses muscles, que son corps, que son bras réagissait intuitivement afin d’apporter la meilleure réponse à cette menace.

Le junin ne donna qu’un seul coup de poing. Techniquement, le geste était bon, mais sans plus.
Ce qui importait était surtout où il avait frappé.

Et sa vision périphérique ne le trahissait pas pour autant: il savait et voyait parfaitement que la genin avait profité de la diversion pour lui envoyer par derrière une autre javeline. De la même manière qu’avec le shuriken, il dévia l’arme d’un coup de coude au contact de la lame.


"Oh. Pu. Tain. De bordel de pourriture de fiel de... merde."

Muromachi s’arrêta net. Après avoir lancé son poids, elle avait empoigné une de ses haches et chargée en direction du junin. Mais le voir renverser d’un simple coup de poing son plus dangereux projectile, un Onaga, l’avait complètement sifflée. L’arme avait rebondit en arrière au contact du Reikaishi, tout simplement.

Rebondit.

Et elle n’avait pas la moindre idée de ce qui s’était passé, ce qui rendait l’action du junin d’autant plus monstrueuse que l’Onaga en question avait déjà été capable de traverser des pans de murs entiers sans broncher le moins du monde lorsqu’elle en faisait usage.

Au diable, même. Sous Ganseki, l'arme avait déjà fauché les fondations d'un pont de rivière et en était ressortie intacte.
C'était ridicule.

Elle n’était même plus contrariée, énervée ou quoi que ce soit. Le fait qu’un imbécile dont elle était de trois ans l’aînée puisse la surclasser aussi bien lui était tout simplement injuste. Elle venait de se décarcasser pour absolument rien.

Otarin quant à lui, était ravi.
Et le public aussi. Ce dernier applaudit joyeusement la geste du junin, qui avait impressionné ses membre au point tel que plus un seul ne conservait le sourire apparu sur les visages qui avaient suivis et compris la manœuvre à retardement de Muromachi. Il oublia sa disciple quelques instant, et salua longuement ceux qui lui rendaient hommage.

La jeune femme, de son coté, ne voyait guère plus qu’une chose à tenter. Elle ne pouvait pas mettre le junin en difficulté avec ses armes, et son meilleur outil venait de se faire balayer si facilement qu’elle jalousait férocement le chikaratte.

Ce dernier envisagea de lui proposer d’arrêter, mais s’interrompit en voyant qu’elle s’affairait une nouvelle fois. Curieux, il la regarda faire, docile.

Elle sortit un troisième parchemin, qu’elle vida à terre au même titre que les précédents. Une petite armurerie l’entourait maintenant. Effectuant quelques mudras, elle fit apparaître deux clones à vocation d’artilleuses.

Il comprit rapidement ce qui allait lui arriver. Il allait être la cible de plusieurs volées. Il commença à avoir un peu de peine pour son adversaire, visiblement incapable de lâcher le morceau.

-Tu veux pas qu’on s’arrête, des fois que?
-Seulement quand j’aurais fini.
-Et?
-J’ai pas fini.
-Ouais, m’enfin…, continua le junin en se baissant pour éviter un pieu. C’est bien de se donner du mal, je dis pas, mais…
-Tu penses que je ne peux absolument rien faire?
-Bin… j’imagine que non? Comme je suis junin et toi genin.
-Sans importance.
-Que tu dis. Tu te fais du mal, là. Je veux dire, tes clones sont vachement lents pour moi, c’est plutôt ça le truc. Remarque, toi aussi t'es plutôt lente, mais...

Le junin empoigna un kunai au sol, et dévia les couteaux qui venaient à sa rencontre, évaluant au passage l’excellente coordination de son dojutsu avec ses bras, qui s’étendait visiblement aux armes. L’exercice était instructif, et l’adversaire de premier choix pour l’occasion, apprécia-t-il.

-Yep. Et beaucoup plus futée que toi, kopec...

Un autre projectile lui déboula dessus. Par réflexe, il tenta de le dévier, mais...

-Ouch.

Dévier un kunai demandait un bon coup de poignet, et le mouvement nécessitait de la souplesse. Avec de l'entraînement, un ninja pouvait cependant y arriver: la manoeuvre en était d'ailleurs enseignée à l'académie, dans le cadre de certains cours plus spécialisés. Pour Otarin, c’était essentiellement l’œil qui faisait le travail.
Mais dévier un poids modèle boule de pétanque militaire, c'était une toute autre paire de manche. Et le junin, à force de faire le malin, avait manqué de se fouler l'articulation.

-C'est quoi, c'est truu... uh?

Les deux clones venaient de le charger, poignards en main. Il ne s’en était pas rendu compte immédiatement. La douleur l’avait simplement distrait un instant, et refocaliser sa perception aux trois cent soixante degrés que lui offraient son dojutsu demandait quelques dangereuses secondes d’acclimatation.

Le rythme agressif redoubla alors d’intensité. Le manchot lui tomba enfin dessus, braillant victorieusement sa joie tout en s’accrochant à l’aide de ses ailes et de son chakra aux épaules du Reikaishi. Il éclata facilement l’un des clones, mais l’autre lui lança un poids qu’il fut contraint d’esquiver, ne pouvant manœuvrer correctement pour l’amortir. La copie arriva alors à portée du junin, et l’occupa encore quelques secondes avant qu’il ne se débarrasse du manchot et pulvérise le clone à son tour.

Et à vingt mètres de là, Oboro était bardée de son humeur la plus massacrante. Ce qui était la meilleure chose qui pouvait lui arriver.

Contrairement à ce qu’elle avait cru, elle allait pouvoir ouvrir deux portes, finalement.




*
* *





"Allez ma grande, arrête de biler dans ton jus parce que t'as une tronche de steak tartare avarié, et souris. Si tu t'es farcie un appareil pendant quatre ans, c'est bien pour pouvoir montrer tes jolies quenottes, non?"

Deux semaines plus tôt, la Muromachi avait terminé son service dans un triste état. Ca avait été une horrible passe, tout simplement, et elle en était sortie terriblement éreintée.

Si elle avait du rendre visite à quelqu'un dans sa situation, c'est probablement une phrase de ce genre que la genin aurait prononcé. Mais il y avait deux problèmes. Cette fois-ci, ça avait été elle qui s'était retrouvée en situation de détresse aveugle, lors de la mission précédente avec Akhen et Suruil au casino. Et en l'occurence, elle n'était pas vraiment disposée à devoir supporter la présence de qui que ce soit. Elle envoyait bouler quiconque se présentait à sa porte, ce qui pouvait aller jusqu'à son flot d'insultes et de menaces habituelles pour les personnes qui se faisaient les plus insistantes.

Elle ne se trouvait plus à l’hôpital, ce qui rendait sa retraite plus simple à protéger. Complètement hors de danger après avoir reçu les soins adaptés, elle avait été ramenée dans l'ancien bordel réquisitionné par Kiritsu, et aménagé en dortoir pour héberger une partie de ses kunoichis. Vu son état, on l'avait même laissée s'installer tranquillement dans une chambre pour elle toute seule. Après tout, outre les coups et blessures qui avaient parcheminé son corps en quelque chose de désespérément saignant et douloureux, elle n'avait pu se tirer de là qu'en se mutilant encore un peu plus, usant de ganseki d'une manière généralement répudiée par n'importe quel pratiquant.
Maintenant encore, l'épuisement physique la gangrenait au même titre que le spleen. Elle ne voulait plus du tout de Narasu, et aurait prit le premier convoi pour son village si l'occasion s'était présentée.
En attendant, elle ruminait et récupérait dans son antre.
Étrangement, il n'avait guère fallut plus de quelques jours pour que la genin déprimée transforme la salle de repos en véritable porcherie. Le record étant d'une demie-journée, elle n'était toutefois pas si terrible.

Les seules personnes dont elle acceptait la présence étaient essentiellement ses chaperonnes du dortoir, le médecin qui avait assuré son suivi, et les haut gradés de l'alliance qu'elle ne parvenait pas à chasser malgré toute la hargne qu'elle investissait. Lors de ces entretiens, elle faisait ce qu'elle pouvait pour ne pas faire face à ses interlocuteurs: ça n'était pas par hasard qu'elle comparait son visage à un morceau de viande crue.

Suruil, son coéquipier de la dernière affaire, avait tenté de lui rendre visite. Il battit en retraite après que Muromachi l'ait submergé d'elle ne savait quel flot d'horreurs dont elle avait le secret. Akhen, au contraire, n'avait jamais donné signe de vie, et elle s'était surprise à lui en vouloir tout autant que dans le cas où il aurait tenté de la voir. Et si par hasard elle le recroisait, jamais elle n'accepterait de croire qu'en vérité, l'Illinois à l'amnésie chronique s'était présenté pour finalement oublié qui il venait voir.

Comme quoi, c'était plutôt compliqué, une fille.

A sa défense, on rappellera qu'elle s'était retrouvée acculée dans une situation où elle aurait facilement pu être liquidée, violée ou rançonnée. A mieux y réfléchir, ça n'était pas la première fois que cela lui était arrivé. Et cette fois, elle avait traversé un tabassage méthodique dont son visage tuméfié ne se débarrasserait pas avant une autre semaine, même avec le renfort d'onguents dédiés.

Il était hors de question qu'elle quitte sa chambre et se promène comme ça. C'était aussi pour cela qu'elle restait cloitrée dans sa tanière. Une jeune femme avait sa sensibilité, et celle-ci, davantage que par fierté, n'aurait probablement pas survécu à l'injure d'être aperçue dans cet état. L'un des gradés précédemment cités l'avait d'ailleurs obligé à lui faire face pendant qu'il posait ses questions, afin de déterminer sa prochaine affectation. Ca l'avait tellement contrariée qu'elle ne savait pas si elle allait exploser en larmes, ou si elle allait lui exploser la face.


Pour se remettre de cette situation, il n'y avait guère rien d'autre à faire pour Oboro que de passer une longue semaine de repos, à manger des cochonneries, pouponner son rongeur de compagnie, relire tous les romans mièvres qu'elle collectionnait, et surtout dormir le plus possible quand elle ne se donnait pas la peine de potasser ses cours. On n'échappait à rien quand on voulait se changer les idées. Une quantité impressionnante de chocolats, poils de lapin et feuilles d'exercices furent répandus dans ce processus, au fil des jours. Et à même le sol, sous le recoin d'une commode, un fond de Yuuka Cola conclut un ménage à trois avec un reste de chips et une noix de mayonnaise, créant après une semaine de gestation une nouvelle forme de vie que Muromachi fut contrainte d'abréger tant les insectes semblaient l'apprécier.


Et, lorsqu'elle se sentait un peu mieux... Oboro réfléchissait à ce qui s'était passé, malgré tout. Durant la mission. Juste au moment où elle s'en était tirée.


Mine de rien, elle avait littéralement traversé deux pans de murs bien distincts, fauché un homme par une simple charge, et anéanti un plancher avec ses seuls poings. Que le plancher ait aussi été un plafond, et que les trois quarts de la pièce aient chuté avec elle sur un étage, c'était une autre paire de manches. Étrangement, elle ne se souvenait pas avoir souffert de la collision avec le lit qui s'était effondré à sa suite, ni même d'aucun autre débris, bien que cela pouvait être rattaché au fait qu'elle se tordait déjà de douleur à cause de ses meurtrissures.

Et tout cela s'était visiblement très bien inséré dans la fenêtre de quelque secondes dont elle disposait pour son ganseki.

La chute en elle-même ne l'avait pas trop affectée, en tout cas. De ce que lui avaient dit les médecins, c'était surtout le fait d'avoir démesurément abusé de ses forces qui lui avait partiellement démantelé les muscles. Au moins, elle avait eu la chance de ne pas être sujette à la contamination par le chakra, qui aurait pu provoquer une multitude de lésions internes qui n'auraient rien arrangé.

Elle avait ouvert la seconde porte... sous sa forme fondamentale, de loin la plus excessive, ce qui n'était que rarement vu comme une bonne idée. C'était pourtant cette forme que débloquaient la plupart des pratiquants durant les ouvertures "sauvages", non contrôlées, qui arrivaient lorsqu'un initié percevait dans le feu de l'action le moyen de déferrer un verrou supplémentaire.

Et en ce qui concernait celui-ci, Oboro le trouvait décidément bien radical. Sa performance restait toujours aussi risiblement courte, mais elle n'en éprouvait plus la moindre gène en envisageant ce qu'elle allait pouvoir se permettre.
Restait à pouvoir réitérer l'exploit.

A l'académie, on lui avait présenté la méditation, la maîtrise du chakra et tant d'autres concepts qu'elle avait méticuleusement mémorisé et recrachés lors des tests. Pour autant, une vaste part de tout ça ne lui paraissait être "qu'un énorme tas de vaseries gavantes".

En ce qui la concernait, l'unification du corps et de l'esprit n'avait aucunement besoin d'une transe méditative profonde atteinte à la suite de longs entraînements. Ses instructeurs ultérieurs lui avaient répété plusieurs choses qu'elle avait déjà découvertes par elle même.

Elle n'avait pas la patience pour méditer.
Rester immobile pendant d'innombrables minutes, faire le vide ou essayer de visualiser quoi que ce soit lui était à peu près aussi facile que ça ne l'aurait été pour un phacochère assailli par des nuées de mouches. Elle savait se concentrer à l'occasion, s'était déjà engagée dans des apprentissages particulièrement exigeants, et pouvait faire preuve d'acharnement relevant du buté lorsqu'il s'agissait de bien faire ce qu'elle avait à faire. Mais à chaque occasion où Oboro avait réellement eu besoin de travailler ainsi sur le chakra, son approche s'était bornée à s'épuiser physiquement par la pratique de n'importe quel sport jusqu'à atteindre un état de béatitude abrutie, dans lequel elle n'avait plus qu'à s'allonger et à suivre docilement les séances de relaxation qu'on lui dispensait.

Elle n'avait aucunement besoin de méditer.
Avoir le coeur en boule, la peur au ventre et "les tripes qui partent en couilles" correspondaient étrangement à l'état de cohésion totale recherché par les adeptes de la concentration sur soi. Quand on partait de là, on pouvait peut être comprendre pourquoi les légendes martiales voyaient régulièrement leurs exploits arriver sous le coup d'une émotion vive, ou dans l'urgence d'un stress moteur. Même si cela était souvent enrobé par la suite jusqu'à friser avec le ridicule, où un guerrier ne pouvait employer ses meilleurs jutsu que sous l'effet de la colère ou d'une autre absurdité requérant la mise à mort programmée d'un proche. En ce qui concernait Muromachi toutefois, c'était plutôt l'anxiété et la dépréciation qui avaient œuvré jusque là, mais la jeune femme était bel et bien assez affective pour fonctionner ainsi.


Il n'empêche que... elle avait ouvert la seconde porte. Et elle avait à peu près compris comment.

A l'instar du fondateur de ce style de goken, son Ganseki était désespérément expérimental. Accéder à une nouvelle porte était risiblement long et aléatoire, mais une fois découverte, l'emploi succédait rapidement. En ce qui concernait la maîtrise et l'aisance, c'était une toute autre histoire. Mais Muromachi n'allait sûrement pas attendre de parfaire la première porte avant de passer à la seconde.
Elle se savait déjà bien assez distancée par ceux qu'elle aurait du concurrencer.




*
* *





Otarin, à peine remis de la frappe coinjointe qui l’avait un instant submergé, fronçait les sourcils. Il l’avait un instant prise en pitié, mais il commençait désormais à en avoir plus qu’assez. Il allait mettre un terme à tout ça. Il lui fallait juste attendre que le nuage de fumée engendré par les clones se disperse, et…





A vos marques…



Prêtes…



PARTEEEEEEZ!





Peut être pas, finalement.

Il n’eut qu’à peine le temps d’apercevoir la furie raccourcir la distance qui les séparait, à une vitesse qui tenait tout bonnement du diabolique.

Il n’aurait jamais pu l’éviter, même s’il l’avait voulu.

Il lui aurait déjà fallut voir le coup venir.

C’était une technique que la genin rêvait d’utiliser depuis des lustres. La mahousarde se propulsa furieusement en avant, balançant ses jambes et ses bras de manière à atteindre des accélérations les plus véloces possibles. Chacun de ses pas ripait le sol, comme si ses semelles étaient abrasives: sur un autre support, il y aurait probablement eu des éclats de rejet.
Et, pour ne rien changer à l'habitude, Oboro dérapa à la première incartade. Ca n'était pas une chute. Simplement une perte de contrôle: la genin se tenait volontairement déséquilibrée vers l'avant pour acquérir un maximum de vitesse. Les accidents étaient toujours à prévoir.

Mais ceci ne l’empêcha en rien de continuer.


Et elle ne s’en priva nullement: son heure était enfin venue.
Le junin fut fauché net par la mahousarde qui prolongea sa course sans ralentir. Malgré sa surprise ahurie, il avait eu le réflexe d’amortir le choc en positionnant ses bras devant lui. Il en eut toujours le souffle coupé, mais parvint ainsi à accompagner le mouvement plutôt qu’à le subir de plein fouet. Ce n’est qu’ensuite que son air renfrogné glissa instantanément, rapidement décomposé en une grimace nauséeuse qu’il n’avait jamais porté.
Ils traversèrent ainsi le terrain en ce qui parut à Otarin n’être qu’une fraction de seconde, et qui en prit plutôt une et demie. S'il s'était plaint des dégâts engendré par le précédent Bukijutsu de sa coéquipière, ça n'avait rien à voir avec l'actuel nuage de destruction poussiéreuse qu'elle draguait à leur suite.
Cela correspondait à une quarantaine de mètres pour les spectateurs, dont une partie cligna de l’œil sans rien comprendre tandis que les volutes de chakra leur en mettait toujours plein la vue. La charge de Muromachi ne s’arrêta que lorsqu’ils percutèrent la palissade de fer qui délimitait le terrain de sport.
Celle-ci fut déplacée sur trois mètres, douloureusement déformée par la violence du goken.

Otarin n’en menait pas large, se voyait mal gérer quoi que ce soit en telle situation, mais surtout, ne comprenait absolument pas ce qu’il se passait. Il réagit mécaniquement. Voyant Oboro brandir son poing, il adopta derechef une posture de garde. Avec un haut-le-cœur autant dû aux secousses qu’à un mauvais pressentiment, il sentit la jeune femme l’agripper, et non pas le frapper.
D’une poigne qui aurait peut être pu lui pétrir les chairs si elle s’y était essayée.

Il sentit ses pieds quitter le sol, et voltigea un moment alors que la genin tournait sur elle-même.

Le junin effectua un vol plané sur une dizaine de mètres avant de culbuter sauvagement sur le gazon, complètement dépassé. Cela lui rappela vaguement la sensation qu’il avait eut lorsque, plus jeune, il s’était essayé avec des amis au bobsleigh sur dune.

Seulement, le goût du sable dans sa bouche était ici remplacé par celui de son dernier repas. Et il se sentait prêt à vomir bien davantage si un tel traitement se prolongeait.

Il ne sut même pas comment il fit pour récupérer sa roulade jusqu’à finir en position assise, face à son expéditrice. Ni même comment ses neurones survécurent à pareille commotion, pour lui faire remarquer qu’elle revenait à la charge et qu’il devait se relever.

Cette fois-ci, heureusement, son adversaire allait sensiblement moins vite. Sa technique de taijutsu était achevée, et même si elle débordait tout autant de surpuissance, il parvenait maintenant à cerner le moindre de ses mouvements. Qui étaient d’ailleurs étrangement gauches et chaloupés. La genin était également en sueur, remarqua-t-il.

Mais elle aurait même put avoir les tempes ensanglantées, rien de tout ceci n’empêchait Otarin d’en avoir une peur bleue: il était clair qu’elle allait lui rentrer dedans une nouvelle fois.

Les contremesures furent prises immédiatement. En un instant, le chikarate focalisa toute l’étendue de sa vision sur la distance désespéramment faible qui les séparait, à la recherche de failles. Aussitôt identifiées, il mobilisa lui aussi son chakra, et martela chirurgicalement le terrain pour le fissurer. Ni l’herbe ni les racines ne l’empêchèrent de labourer ainsi le pan de terrain.

Et à l’instant où la gansekiste pénétra le cœur de son piège, il porta la touche finale, une vibration tonitruante qui fit voler le sol en éclats, déséquilibrant encore plus la mahousarde. Celle-ci s’embourba largement dans la masse terreuse, trébucha à maintes reprises, et poursuivi laborieusement sa lancée sur une toute autre trajectoire que celle initialement escomptée.

Et Otarin sentit que c’était la fin. L’oppressante atmosphère de danger, les surplus de chakra et l’aura bleue de sa coéquipière avaient tous disparus.

Le chikarate se laissa alors tomber, à bout de souffle. Le jutsu qu’il venait d’utiliser n’était pas la technique qu’il avait préparé durant ses entraînements solitaires, mais compte tenu des circonstances, c’en était une variante convenable. Dans la précipitation, il avait pourtant investit là dedans beaucoup plus de chakra que ce qu’il aurait du faire. Ca avait marché, mais la performance restait misérable pour une situation réelle.

Il avait eu chaud, en tout cas.

Il avait encore chaud, d’ailleurs. Sérieusement inquiet, et prêt à hurler la fin du combat, il jeta un regard à son adversaire. A peu près aussi en forme que son collègue, Oboro, elle, exultait largement. Et sans discontinuer. Elle avait plus ou moins réussi à ne pas s’écraser après avoir perdu l’équilibre, et se tenait à genoux, à cinq mètres. Mais surtout, elle avait enfin réussi son coup.

-Huhuhuhuhu, alors le chikaz’? On a la trouille? Tu crois que je t’ais pas entendu beugler comme une tapette parce que j’étais trop occupée à te pourrir le museau? T’as failli te chier dessus en plus de cracher tes tripes tout à l’heure, pas vrai? Et ta connerie de BN, on l’entend plus là, c’est kaput? T’as peur de te faire renverser par un Bolide Nerveux maintenant, hein? Ramène ton cul ici coco, et à plat ventre!

Ce qu’elle ne disait pas, mais qui la satisfaisait tout autant, c’était son propre état : elle parvint à se relever et à mouliner ses avant bras sans le moindre mal. Les verrous qu’elle avait cette fois choisi d’entrouvrir tous deux synergisaient à merveille : sa puissance avait été largement amplifiée, et bien que ça n’avait pas eu la même envergure, le contrecoup n’avait drastiquement rien à voir avec sa dernière expérimentation.

Elle se sentait bien. Elle aurait sûrement des crampes, mais rien qu’elle n’avait pas déjà supporté auparavant avec une course normale.

Elle pu donc se concentrer sur les inconvénients les plus triviaux apportés par son taijutsu.

Complètement triviaux.

-Ooooh putain! Mes pompes, bordel… c’est encore pire que d’hab. Hey, Otarie, tu veux voir un truc drôle?

Aucune paire de chaussures n’avait jamais survécue aux terrifiantes ruades de la gansekiste. Celles-ci remportaient pourtant la palme de la maltraitance: habituellement, elles se contentaient de bailler de mécontentement après pareille épreuve. Mais cette fois, c’était davantage comme si la semelle n’était plus retenue aux chaussons que par les arrêtes. Le talon et les orteils de la genin étaient à l’air libre, et même le sommet de la chausse avait souffert lors des quelques secondes qu’avait durée l’ouverture des verrous.

Sans l’euphorie de l’adrénaline et le souvenir des cris de terreur du junin, Oboro aurait longuement râlé sur la dure vie injuste d’une kunoichie qui prenait soin de son apparence au même titre que de son taijutsu. En l’occurrence, elle se contenta de rire aux éclats, et s’assis en tailleur pour mieux ausculter ses chausses bonnes à jeter.

C’est ainsi qu’elle remarqua qu’elles n’avaient pas été les seules à avoir souffert. Elle resserra immédiatement les cuisses, avant que son coéquipier ne rapplique.

-Qu’est-ce qu’il y a?
-RIEN. RIEN DU TOUT.

Le chikaratte ne comprit pas, et s’approcha comme il y avait initialement été invité. Ce n’est que lorsqu’il aperçut un bout de chair qu’il n’aurait pas du voir qu’il détourna le regard, ricanant avec une taquinerie renouvelée tout en concevant ses prochaines moqueries.

-T’as craqué ton slip?, demanda Rekaishi, soudainement de bien meilleure humeur.
-Mon futal… humgfc.
-C’est con, hein?
-Le public. Dis leur de partir. Fais les tous partir.
-Nan, je suis sûr qu’ils voudront féliciter celle qui s’est si bien défendue pendant la totalité du combat…
-Et qui t’as fait chialer comme une pépète y’a même pas une minute. Fais les dégager illico.

Peut être allait-elle râler, finalement. Son pantalon de toile n’avait visiblement pas survécu aux fulgurantes enjambées de la guerrière, lui non plus. L’arête centrale s’était rompue, dévoilant ainsi l’entrejambe d’une jeune femme qui maudissait maintenant le jour où elle s’était lancée dans un taijutsu aussi efficace et original que possible.

Le ganseki était, sans aucun doute, un outil à double tranchant. Dommage que les manuels pratiques aient tous été conçus par des hommes qui ne voyaient aucun mal à terminer leurs combats sauvagement, torse nu et le reste en lambeaux.

-Donc je leur dis qu’ils peuvent venir te voir, demanda Otarin en ricanant de plus belle.
-Sûrement pas!
-Donc je les chasse…
-Oui. Et tu m’apportes un futal.
-Parce que tu crois que j’en ai dans mon sac?
-Tu t’démerdes, coco, me faut un futal.
-Nan, je crois que je vais te laisser là. Beaucoup plus marrant à regarder.
-Si tu fais ça…
-Tu viens de courir comme une dingue. Fais respirer tes jambes, elles l’ont mérité, continua le junin.
-J’en connais un qui ne va bientôt plus respirer…
-Une fois qu’il aura vu ta culotte, j’imagine bien.

La pique atteignit bien trop facilement la genin, et pourtant le blondinet n’en fut pas moins plié de rire. Ce qui s’ensuit ne fut qu’un long hurlement excédé, dans lequel étaient largement désarticulées plusieurs menaces qu’Oboro était bien incapable d’exécuter, clouée au sol comme elle l’était. Otarin avait l’impression de jouer avec un chien accroché à une laisse.

Et il ne manqua pas d’en profiter pour joyeusement tourmenter sa disciple, ou coéquipière, jusqu’à plus soif.

-Rhooo allez quoi, c'est pas comme si j'avais une chance de trouver une boutique où ils vendent des machins à ta taille, de toute manière. Ca couterait trop cher pour pas assez de clients, comme modèle.
-@#%¤§$!

Il pouvait bien attendre un peu avant de lui dire qu’il allait l’entraîner quelques jours avant qu’ils ne se concentrent sur la mission. Compte tenu de ce qu’il avait vu, apprendre à se protéger était ce dont la genin avait le plus besoin.

Et quant à l’état de sa prestation… eh bien…

Eh bien non. Il n’aurait probablement jamais l’élan d’honnêteté nécessaire pour lui dire qu’elle s’était très bien débrouillée.
Elle l’insupportait bien trop pour cela.
Et en plus, elle le traitait maintenant de noms qu’il n’avait jamais entendu, mais qui l’auraient fait rougir de honte s’il les avait prononcés.

Oboro
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Re: Narasu

Message par Oboro le 20/7/2012, 21:34

-@%$#!, ENFOIRÉ D'ORDURE DE RASPOUTINE, MERINGUE DE MES DEUX, CHACAAAAAAAAAL!

Oui, dans les dortoirs de kunoichi surmenées, ce genre de scène arrivait souvent. En bonne doyenne et responsable du bloc "Issun", Saiko Hanatsume était habituée à calmer puis réconforter celles qui craquaient pour un oui ou pour un non. En général, quand ça arrivait peu après l'heure du courrier, c'était parce qu'une des filles se faisait plaquer par son copain resté au village, et qui en avait marre d'attendre seul. La chunin de 28 ans soupira un bon coup, oublia son mal de dos grandissant et se dirigea vers l'origine du raffut. Elle n'avait eu aucun mal à reconnaître ma voix, et comme j'en étais maintenant à traverser la salle en marchant à grandes enjambées...

-Obo'? Un probl...
-OUI!
-Ca je vois, en effet. Tu veux ptêtre qu'on se pose quelque part tranquillement?
-Pas le temps.
-Ou alors tu peux aller démolir deux trois pantins d'entrainement avant, si ça te convient mieux. Je t'accompagne.
-Nan, toi tu me couvres. Faut que j'aille à l'hôpital en vitesse.
-Quoi? Euh... t'as une blessure qui s'est infectée?
-Pas du tout, mais c'est important.
-Tu dois voir quelqu'un?
-Naan, je dois aller à l'hosto pour moi, j'ai pas de temps à perdre.
-Pourquoi faire?
-Passer des examens.
-Euh...
-Il parait que c'est rapide, pas d'inquiétudes. Je reviendrais vite.
-T'as hurlé un nom, un je ne sais quoi de Rosh... c'est un garçon que tu connais?
-J'ai dis Yosh.
-Qu'est ce que c'est?
-C'est mon frère. Yoshiya.
-Ton frè..? Ca doit pas être ce que je pense, alors.
-Il m'a envoyé le courrier.
-Et alors?
-Ce coyote est allé passer des tests, récemment.
-Il est malade? Vous partagez un problème génétique?
-Nan, que dalle cocotte. Comme il a réussi à se sortir d'une rang B sans aucun dommage pour son équipe, ils leur ont fait une fleur avec une batterie de tests gratuits.
-Et?
-Des affinités.
-Et... donc?
-CE CON EST KINTON!
-Oh, c'est tout?
-....
-Ben c'est bien, nan?
-Nan, tu comprends pas. Ca veut surtout dire que JE SUIS PEUT ÊTRE KINTON! ON EST FRÈRES ET SŒURS, ET C'EST DE LA GÉNÉTIQUE! ET JE VEUX SAVOIR, DONC J'Y VAIS!

C'était noël en avance, me restait juste à aller ouvrir mon cadeau. Mais le livreur était indisponible, aussi devais-je aller le récupérer moi-même à l’hôpital. Parce qu’après tout, j’avais été sage tout du long de l’année. Et la censément future meilleure guerrière des Muromachi saurait parfaitement mettre à profit ce genre de gadget. Du kinton pour renforcer les talents d'une artilleuse de génie? Omfg! J’étais donc fermement décidée à vite tirer les choses au clair. Ce pour quoi ma responsable n’était pas tout à fait d’accord.

-Hop hop hop, calme la miss. T'as pas une mission, en ce moment?
-Ouais, mais là c'est pas important. On a pas commencé la mission, j'ai juste un newbie galonné qui veut tâter les pouvoirs que lui donnent son nouveau grade. En fait, ce mec n'en a rien à cirer que je vienne ou pas. Même si c'est pas le cas, il comprendra la raison, j'arriverais pratiquement pas en retard. Une heure ou deux, s'pas comme si lui même ne se plointe pas systématiquement une demie heure en retard. Donc j'arrive en retard aussi pour pas me faire vannée. M'enfin, je crois qu'il préfèrerait presque que je ne vienne pas. Il est bizarre, tu sais? D'ailleurs, si je suis vraiment kinton, il sera même carrément complexé et jaloux parce que ça sera nettement mieux que de bêtement invoquer des armes comme il fait.
-Euh... je ne pense pas que ça fonctionne comme ça, tu sais?
-Pas grave, je rattraperais sans lui, je progresse vite de toute manière.
-C'est plutôt un coup à se faire cerner pour tire au flanc. Si t'es supervisée par un junin...
-... débutant, il a pratiquement deux ans de moins que moi...
-... tu ferais mieux d'y aller, parce qu'en pas expérimenté il ne pensera même pas à te faire de cadeau.

Euh... pas faux. Okay, stop, respire trois coups, regarde le ciel et ferme les yeux. Recentre sur ton nombril, puis routine n°4 des foca' ganseki. Quinze pulsations, le temps de laisser tout ça s'éponger. Voilà, là. Calmée? Pas encore, mais suffisamment pour ça.

-Bon, d'accord... tu peux me prendre un rendez-vous?
-Je préfère ça.
-Pas moi. Hormf.



*
* *



Cochonnerie de junin prépubères. C'est pas un grade qu'on devrait donner à n'importe qui comme ça, non mais. Ils sont dangereux, et j'ai du mal à croire qu'Otarin le mérite. Junin, 17 ans? Moi je dis piston, c'est obligé. Chuis sûre que tantine est kunin, ou un truc du genre. Un dojutsu? Tcheuh, c'est forcément un vieux clan. Parait que les chikarots sont encore plus féodaux que chez nous. Pas pour rien que deux trois familles aient des mégas monopoles, chez ces timbrés du désert.

D'où c'est que je me farcis ça, d'abord? J'avais demandé une mission encadrée par un vrai ninja, zut. Ils ne m'ont pas prise au sérieux, c'est ça. Peut être les hachettes qui en sont la cause. Sûrement. Si je m'étais pointée avec un katana ou un hachoir disproportionné amarré à la ceinture, ces nanards auraient tout de suite été plus coopératifs. Au lieu de ça, la gigogne qui paressait au comptoir m'a fait une horrible singerie. Fichus ronds de cuirs.

-T’as un truc, sur le crâne, me lâcha le junin en guise de rebonjour pour notre second entraînement de la journée.
-Ah ? Genre une tâche ?
-Nan, je veux dire, tes cheveux. C’est quoi, un nid d’oiseau ?
-Hein? Oh. Crétin. Des tresses. Ca s’appelle une couronne, ça.
-T’essaies de battre la princesse Leia ? T’as raison, la Brioche Nouée, c’est meilleur que les pains au raisins.
-Pourquoi chuis là et pas à l'hosto déjà?

Et oui. Il aurait pu me demander si j’étais en forme ou si j’avais répété depuis l’entraînement de ce matin. Ou comment s’était passé mon repérage dans le quartier où l’on allait raser quelques murs pour les bienfaits de nos clients. Mais non, Monsieur le Junin préfère comparer mes cheveux à des pâtisseries. On sent qu’il doit son grade à un grand professionnalisme, cui-ci. Il ne fit même pas le quart de mon échauffement. ‘Fin, c’était probablement parce qu’il voulait plus jouer sur le chakra, mais…

-Tu connais, les kiai?, demanda t-il après vingt minutes de session.
-Pour les genjutsu? On travaille enfin avec du chakra?
-Non, les cris. Et pas de chakra encore pour toi, pépette.
-Yep, je connais aussi. Pourquoi, il faut beugler haut et fort, dans le Migite?
-Ca aide, mais tu n’es pas obligée.
-C'est pas comme si t'en faisais réellement de toute manière, hein l'boxeur du dimanche?
-Si...

-Je vais m’en passer, alors. J’ai pas encore envie de m’appeler Shaoline, hein.
-Non, BN, c’est pas ça que je voulais dire.
-Arrête avec ce BN.
-Tu m’accordes au moins ça s’il te plait, ou bien je te laisse sur le banc de touche pendant la mission et on stoppe direct ton entraînement.
-Hurmf.
-Alors?
-Bon, pourquoi pas. Et tu voulais dire quoi?
-En plus, c’est flatteur, BN.
-Ouais, ouais.
-C’est même à croquer!
-La suite, j’ai demandé, grondais-je. La suite!

Mais qu’est ce que je fiche ici? Avec ce crétin immature… je dis pas, on peut être précoce. Mais lui, il est en retard! Et au lieu de ça, j’pourrais déjà savoir si je suis kinton… enfin, non, mais j’aurais au moins déjà pu passer les analyses.
Bon, c’est vrai que l’entraînement est pratique. On continue.
Mais quand même. Tête de fouine, tronche de phoque, Otarie, crétin.

-Que tu cries ou que tu restes silencieuse, ça ne change rien. Le vrai mouvement se fait au niveau de la respiration. En bloquant ton souffle, tu mobilises les muscles de l’appareil respiratoire en contractant toute la tuyauterie. Et en faisant ça, tu facilites la contraction de tes autres muscles. C’est psychologique, mais ça marche. Et ça sert autant quand tu portes un coup que quand tu en reçois un, donc essaie d’attraper l’habitude.
-Hum. ‘Kay, je vois.
-Et si tu contractes au bon moment quand on te frappe, non seulement le choc passera beaucoup mieux pour toi, mais en plus ça sera ton adversaire qui aura des chances de se faire mal. Ca demande un bon coup de main, par contre.
-Yahaaa, chouette!, lâchais-je bien blasée.
-‘Fin t’y arriveras pas de sitôt, pas la peine de t’affoler.

Pas de sitôt, pas de sitôt, c'était vite dit. D'accord, je n'en étais pas du tout à là, mais après une heure d'entraînement, j'avais tout à fait saisi le mouvement. D'ici à pouvoir rebalancer ça instinctivement en pleine bagarre, pas encore, mais il nous restait deux beaux jours par derrière. Merveilleux.

-Ben voilà, c’est beaucoup mieux!
-Héhé. Merci pour le compliment. C'est vrai que chuis extra, sur ce coup... devrais ptêtre me mettre au Migite, en fin de compte.
-Et puis, BN sourire, c'est tellement mieux.
-Rrrrmf. Arrête ou je te le fais bouffer, ton BN.
-Ca marche aussi, quand tu veux…
-...
-Ben ramène toi, j’ai dis. Allez, du nerf!

Je fais rouiller son sabre dès que j’ai l’affi. Le premier truc que j’apprendrais. Et je transforme sa langue en plomb pour lui apprendre à la tenir. Chuis sûre que c’est possible. Les affinités rares sont toujours puissantes, vu que la génétique rend ça nécessaire. Ses dents aussi rouilleront, tiens. Et si c’est pas possible, alors c’est mes poings qui les aideront à s’émietter. Là, j’ai dis.

Enfin, plus facile à dire qu'à faire. Et j'ai même pas pensé à embarquer mes armes... reste plus qu'à compter sur la chance.

-Ben alors, j'te croyais extra? Ca cause beaucoup, mais après ça... allez, viens! Zou, bouh! Haha, c'est juste trop marrant de te tourner autour. Toi, t'as intérêt à travailler les postures pour encaisser dans le dos.

Crétin, je sais déjà que je m’emmêle les gambettes facilement. Si t'as des suggestions pour m'améliorer, c'est plutôt là qu'il faudrait ne pas hésiter. Au lieu de juste vipérer joyeusement. Pour me faire enrager. Il fait exprès.

-Tu vas voir. J’vais te faire un ganseki au moment où tu t’y attendras pas et alors…
-NAN, NAN, NAN ! Si tu fais ça, je t’assomme direct!, se défendit-il. Je suis sérieux, je veux pas de ce truc.
-Ahah… j’ai trouvé une faille?
-C’est ce truc, la faille. Là on s’entraîne normalement, donc je veux pas de super technique interdite.
-Chochotte.

Pcheuh. De toute manière, je lui en avais fait une autre la veille, en plus de l'autre jour. Et même si elle n’avait duré que deux secondes et demie, je n’allais sûrement pas m’amuser à faire ça dans les jours à venir. Sevrage en douceur, futur en hauteur, qu’ils disaient. Mon goken, c’est un de ces trucs quadratiques où on rame au début pour tenir les autres, mais qui finit par payer au point qu’on les gouverne en levant le petit doigt.

Mais rien de tout ça n’allait m’empêcher de faire croire à Ota que j’allais pas me priver de m’en servir.

-Je sais pas, je sais pas. Pourquoi est-ce que je ne me servirais pas de ce que je sais faire, après tout ?
-Ben euh... t'es là pour apprendre quelque chose de nouveau, justement. Et puis, parait que c'est méga dangereux, ce truc. Autant s'en servir le moins possible, non?
-Règle numéro 0 des portes: savoir ne pas les ouvrir.
-Ben tu vois? Mais alors, à quoi ça sert d'apprendre ça? Et encore plus, de commencer par apprendre ça?
-Règle valable uniquement quand on débute bien sûr, tête de noeud. Règle numéro 0 bis des portes: savoir les ouvrir. Et c'est précisément parce que je m'entraîne avec que c'est pas dangereux.
-Va falloir m'expliquer des trucs, BN.
-Si t'es sage, peut être. Mais aujourd'hui, c'est toi qui joue au patron, vu comme ça te fait plaisir. Le jour où je serais junin, on verra pour que je te donne des cours, okay. D'ici là, pas du tout.
-Autant dire que chuis bon pour jamais, hein?

Je n'ai rien entendu. Je ne vais pas le suivre pour savoir où il loge. Je ne vais pas le torturer dans son sommeil. Je vais penser à quelque chose d'autre de relaxant. Genre comment je lui provoquerais des carences en calcium pour lui émietter les os avec ma super affinité.

Et c'est sur cette lancée que finit l'entraînement du jour, sans que je ne puisse avoir le grand plaisir de faire atterrir mes phalanges sur son pif. Pas grave, je pus lui balancer suffisamment de piques sur le chemin du retour pour lui rendre la pareille. Pas trop compliqué vu que le trajet incluait entre autres une rue consacrée aux plaisirs masculins: et là, on pouvait voir sans problème que même s'il se la jouait macho anti-nana, il devenait tout petit devant des prédatrices.

Pour ma pomme, j'essayais de ne pas penser aux mauvais souvenir que cela rameutait. Le casino avait des chambres dédiées à ces horreurs sordides, une bosseuse avait été crevée par un client sous acides, j'avais mis les pieds là où il ne fallait pas et... euk.

Mauvais souvenir. Nan, pense plutôt à l'air complètement crétin du coéquipier chikazote. Otarin.

-Au fait, tu te souviens de l'immeuble où on était, hier?, demanda le junin pour esquiver le sujet.
-Hu hu. Et?
-T'as pensé à profiter un peu de la vue, quand on y était?
-Pas vraiment. S'pas comme si tu m'en avais laissé le temps. On est là pour faire du tourisme, maintenant?
-Boulette. Il est situé en plein milieu du quartier où on va agir. C'est le meilleur emplacement pour se faire une idée des environs. Et si jamais on se retrouve coursés, je veux pas que tu tournes en rond à la recherche d'un abri.
-Attends. Répète moi ça. Ils ont des ninjas, dans les gangs?
-Euh... normalement pas, répondit Otarin, qui appréciait de moins en moins cette horrible expression avide dans mon regard. Non, non, non, ils n'en auront pas. Bien sûr que non, fit-il en beaucoup plus convaincant. Pourquoi ils en auraient, hein?
-Hurmf. Je sais pas, moi. Des déserteurs?
-Maintenant que Kiritsu est à Narasu, tu crois qu'ils vont rester là?
-Rien que hier, j'ai vu une genin de gensou se faire féliciter parce qu'elle a tenu le coup contre un déserteur beaucoup plus costaud qu'elle. Loupé, ton bobard.
-S'pas un bobard, c'est du bon sens
. N'empêche que beaucoup ont essayé de se faire la malle... et qu'un paquet a du rebrousser chemin par peur se faire récupérer par les forces encerclant le village.
-Tiens donc? J'croyais qu'elle ramaient dans la cambrousse?
-Euh... merde. J'mériterais un BN sans bouche, là. En tout cas, non, y'aura pas de ninjas là où on va. Sinon c'est pas toi qu'ils m'auraient mis en soutien, crois-moi.
-Même pas une petite chance?
-Normalement pas. Et si jamais y'en a un, j'annulerais la mission... enfin, j'aimerais bien dire ça, mais ch'pas sûr que le QG accepte. Arf.

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Re: Narasu

Message par Oboro le 29/7/2012, 01:06




Troisième jour après le début de l’entraînement Otarie

Dix-neuf heures, Parc des Yagatami, Havre des Mômes et des Mémés








Aujourd’hui, c’était le grand jour. Et maintenant, c’était l’instant de vérité, me dis-je en achevant de nouer mon chignon. Pour l’occasion, j’avais revêtu mon keikogi fétiche, celui qui m’avait été fait faire sur mesure pour mes entraînements au ganseki, offert par le sensei lui-même aux frais du dojo. Parce qu’en trouver un bon qui soit à mes dimensions dans le commerce, c’était la grosse bernique. Il y avait bien les modèles masculins, mais… juste hors de question.

Ainsi vêtue de la traditionnelle tenue blanche d’entraînement aux arts martiaux, je faisais face à mes élèves, une quarantaine de manchots chacun vêtu d’une veste et d’une ceinture blanche du même calibre (cousus main). C’étaient des peluches. J’allais en faire des machines à tuer. Pour être plus précise, l’objectif retenu s’intitulait « former les plus adorables bourrins de l’archipel ». Et ils étaient prêts à en découdre, ça se voyait dans leurs regards.

Faute de dojo, nous avions décidé de réquisitionner l’un des parcs du Gyosei. Bien qu’il ne disposait pas d’une estrade pour me mettre à mon avantage lors des démonstrations, les manchots étaient suffisamment petits pour que tous puissent me voir sans bousculade. Je m’avançais donc pour les saluer.

-Chers élèves. Vous avez été choisis par les meilleurs des Okusa, et avez su triompher des difficiles épreuves auxquelles vos pairs ont échoué. Ca a été dur, mais votre persévérance a payé. Félicitations.

En effet, lors d’une de mes précédentes entrevues avec les ambassadeurs Okusa, il a été décidé que l’on trierait les volontaires au sein de leur clan pour n’en retenir qu’un nombre réduit. Je ne pouvais évidemment pas coacher un clan de deux milles pingouins et des poussières. Ni les invoquer. Je n’avais aucune idée du comment ils s’étaient débrouillés pour la sélection… ni même s’ils avaient appliqué mon idée de faire un remake des J.O. d’hiver de l’extrême, avec Deathmatch de boules de neige, course de bobsleigh sur piste noire, marathon boréal en iceberg et chasse à l’homme en plein blizzard.

Probablement pas, en fait.

- Vous étiez jusque là les moins mauvais des manchots ninjas: à partir d’aujourd’hui, nous allons entreprendre un long voyage en direction du pays des meilleurs. Souvenez-vous que vous le faîtes non seulement pour vous, mais surtout pour moi et pour le reste de votre clan. J’veux mon escadre d’élite, non mais. Vous serez donc les quarante premiers, chargés de diffuser vos connaissances et d’apporter sagesse, espoir et bottage de cul à vos confrères manchots.

Murmures et tressaillements se diffusèrent dans l’assemblée. Nombre de manchots eurent la chair de poule à l’idée des terrifiantes techniques que la Guerrière allait leur apprendre. Jusque ici, un certain nombre d’entre eux était resté sceptiques, mais… après tout, les ambassadeurs avaient affirmé qu’elle employait des haches au combat. Et qu’elle pouvait traverser un mur rien qu’en fonçant dedans.

-Pour notre première dizaine d’entraînements, nous allons commencer par travailler deux points indispensables du bagage élémentaire des bourrins. Je vous parle de l’endurance, tant sur le plan physique que mental. Faut en avoir là dedans, et faut en avoir là dedans, indiquais-je en pointant successivement mon ventre et ma caboche. Tout le monde en cercle, exécution, dix tours de piste pour commencer!

Et alors… vint la cohue-bohue bazardeuse et bordélique à souhait. Ca oui, ils s’exécutèrent. Ils venaient de se descendre, encore un peu plus bas dans mon estime.

Diables de baragnes de piafs palmés. Ils étaient motivés, mais… ils se trainaient comme des lards. Ca n’était pas de leur faute. C’était… morphologique. Petites gambettes. Mais c’était chiant.

Accessoirement, ils se trébuchaient dessus, montaient les uns sur les autres, jouaient aux dominos et ne cédaient pas la priorité aux grands-mères souhaitant traverser le parc.

Rhééé puis merde, ils étaient carrément trop lents en fait, me dis-je en arrêtant ma course pour les observer depuis la place centrale. Jamais ça ne pourrait marcher, avec cette approche. Ce qui signifiait qu’il me faudrait trouver un truc pour contourner le problème. Fouiller dans des bouquins, demander à un bricoleur, plagier des ninjas ou une connerie du genre, mais fallait un palliatif pour les oiseaux. Je pris note de ce morceau, et décidai de le laisser de coté pour le moment. Ca n’était pas le sujet du jour. Le sujet du jour, c’était de façonner ces peluches à plumes en trolls bourrins et courtauds comme on n’en faisait plus depuis les fouilles des mines de Korei.

« Les bourrins, c’est comme les trolls », m’avait-on apprit durant ma formation. Un rôle particulièrement ingrat et lourdement dévalorisé, pourtant vital au fonctionnement d’une équipe et d’une armée maléfique souhaitant étendre l’influence du seigneur des ténèbres. Difficile, en plus : on avait zéro reconnaissance, alors qu’il fallait un talent dingue pour bien occuper ce poste. Ptêtre pour ça que ça que tout le monde me cherchait des noises en mission, d’ailleurs.
Prenez mes deux premières missions pendant la guerre, par exemple. J’étais le troll, et il en fallait un pour chapeauter ces belles team’s de looser.
Parce que bon, allons-y franco. De base, qui donnait la moindre chance au moinillon Soma de tenir en laisse Ceel le freelance suicidaire, Arakasi pète-sec-ténébreux et Kalem le nabominable casse-couille ? C’aurait été un foutoir monstre. Si je n’avais pas été là pour dégrosser les chieurs et exhorter la chochotte à meuler large, je sais même pas comment ça se serait passé.

Mais ça aurait ptêtre été fun à voir, mine de rien. Les voir ramer dans leur bousin jusqu’à ce qu’ils en chient leurs tripes… j’ai ptêtre loupé un spectacle qui en valait la peine, finalement.

Celui qui avait lieu devant moi était tout aussi plaisant que celui que j’essayais de reconstituer, cela dit. Les manchots étaient nuls, okay. Mais ils se donnaient du mal, et ça donnait envie de continuer. Aussi passais-je à la suite de la séance, rassemblant avec quelques gueulantes tout le monde autour de la place centrale, ce qui prit plusieurs douloureuses minutes que je ne commentais pas encore.
Diable qu’ils étaient lents, merde!

-Okay, maintenant, nous allons effectuer quelques combats pour vérifier vos acquis. Non, ne cherchez pas de partenaire dans le groupe : votre niveau est terriblement homogène, et on ne peut pas faire plus bas. Pour progresser, il faut affronter plus fort que soit. Donc, continuais-je en faisant quelques pas pour introduire ce qui serait le cobaye de l’exercice, voici votre adversaire. Ca va être dur, mais je veux que vous gagniez ce combat. Attaquez-le de la façon qui vous conviendra le mieux. Vous ne devez avoir qu’un seul objectif en tête : le dominer et lui faire pleurer sa mère.
-Euh… Madame?, hésita l’un des pingouins. C’est un pantin.
-Yep, même qu’il a la tête plus dure que vous, précisais-je.
-On ne pourra jamais le fendre, voyons.
-Taratata, je ne vous demande pas de le briser physiquement. Vous allez devoir le battre avec votre mental.
-C’est un pantin…
-Bien sûr. C’est précisément pour ça que c’est un bon exercice.

Les murmures allaient bon train dans les rangs des manchots, qui ne comprenaient pas à quoi je voulais en venir. Certains étudièrent le sujet sous un autre angle, et confirmèrent à leurs semblables que j’avais raison : malgré la mobilité du pantin qui leur était inférieure –même pas tant que ça d’ailleurs-, ses aptitudes défensives et ses parades fracassantes lui assurait une victoire facile en cas de combat avec l’un d’entre eux.

Mais ceux-là étaient des crétins bassement terre à terre qui n’avaient aucune sensibilité. Ca n’était pas ça, le truc.

-Vous allez devoir poser votre influence sur un bonhomme de mousse qui ne peut pas penser. Vous allez devoir le battre sur le plan cérébral. La technique que vous allez apprendre aujourd’hui, c’est la domination psychologique. Sur vous-même. Vous devez réussir à vous convaincre que vous cartonnez pour avoir la motiv’ nécessaire à la suite. Parce que se mentir à soi-même, avoir de la mauvaise foi, ça se travaille et c’est une qualité pour ne pas abandonner!
-Elle était pas en phase dépressive y’a quelques jours?
-Ca a pas duré, visiblement.
-Qu’est ce qu’on fout là, nous déjà?
-SILENCE !
, marmonna une manchot compatissante. Elle dit des trucs tout à fait censés, alors écoutez là. Ce qu'elle vous a sorti, c’était dans l’avant dernier numéro de « Kunoichérie », rubrique psychologie. Du lourd! Elle a raison!
-Vous savez, continuai-je, on dit qu’il faut mettre du cœur à l’ouvrage. C’est faux. Ce qui fait la différence, ça ne se passe au niveau du cœur, mais dans le système digestif.
-Une alimentation saine et équilibrée?
-Tah, accessoire aussi. Mais très utile, ‘ffectivement. Pour réussir, il faut en avoir dans les tripes. C’est ça qui fait la différence entre un clampin qui est bon et un bonhomme qui casse la baraque. Mais vous, vous allez devoir raser des villes!
-On y arrivera?
-Non. On se crèvera à essayer jusqu’à épuisement, mais on n’y arrivera pas. On va en baver jusqu’à plus soif, et on ne réussira pas. Mais au moins, on pourra vraiment casser la baraque.

Viser le platine assurait d’avoir la médaille d'or. C’était du moins un des adages que répétait volontiers Blupti Kachalion, quintuple champion du monde de pêche au sohal en bas et demi fond, ainsi qu'idole vivante de plusieurs centaines de manchots dans les deux mondes.

Les quarante guerriers à plumes établirent rapidement ce parallèle, et regardèrent leur nouvelle alliée avec un intérêt décuplé. Ses mots reflétaient les paroles d’un des plus respectés des leurs. Une légère ferveur les envahit alors, rien de bien méchant.

« Elle était une perle, resplendissante et éternelle, qui leur avait été offerte par la mer. »
« Arrêtons avec les Madame, nous venons de rencontrer l’Impératrice des manchots empereurs. Sacrons Muromachi!»
« Elle a déjà un fan-club, ou bien on lui en monte un? »

Tout à fait le genre de truc qu’il fallait me dire pour m’enflammer. Ces boules de plumes étaient géniales, en fait. Rien à redire. Tout le monde allait se défoncer.

-Comme vous l’aurez compris, le premier cours aura donc pour thème principal… les tripes!

Et plutôt que de les laisser se démerder face à l’épreuve comme nombre de sensei bidons s’éclataient à faire, je me mis en position et décidai de faire une petite démonstration au groupe. Mieux on s’y mettrait, plus on y arriverait.

-Regardez comment on fait. Calez-vous en face, souplesse dans les genoux, regardez-bien l'articulation et le mouvement de balancier, ça part du bassin. Préparez vous à basculer. Et ensuite, vous vous dîtes que vous voulez lui faire BOUFFER SES DENTS POUR L'ÉTOUFFER AVEC!, criais-je en apposant furieusement mon poing et mon entrain sur le pantin. Voilà, vous voyez ? Il ne s’est rien passé. Je ne l’ai pas envoyé voler, et je ne me suis pas explosé le poignet uniquement parce qu’il est en mousse. C’est pas important, parce que j’y suis allée carrément. C’est ça qui compte. La technique, on verra ça après.
-Dans combien de séances, précisément?
-Je n’ai pas encore planifié ça… quand moi-même je saurais le faire proprement, on y réfléchira, hein.

Parce que… ouais. Je commençais à gérer un minimum en ganseki, soit. Je bichonnais mon tai avec le gentil doux-dingue de chikazote, et pouvais déjà à peu près parer et encaisser des chocs en limitant bien la casse. Mais dès qu’il s’agissait de boxer du larron, ça n’allait pas. Les seuls moments où je cognais à peu près bien, c’était quand il s’agissait de me passer les nerfs sur un bouffon de passage, genre Hirondawa dans ses mauvais jours, qui n’était pas prêt à parer ni à réagir en quoi que ce soit.

Bref, aujourd’hui on allait surtout potasser les vocalises des manchots. Ca ne se présentait pas trop mal, vu leur entrain.

-Allez, hurlez vos tripes!
-PRENDS CA !
-S’pas assez agressif, suivant!
-RHAAAA !
-Tu fais semblant, c’est mal! Moi, je veux que tu vomisses ta rage et que y’en ait qui coule par le nez! Suivant!
-BANZAI !
-Un peu mieux. Le prochain, imagine que le sac de sable a reversé ta petite sœur avec un char à boeufs! Suivant!
-TAYAU, TAYAU!
-Boah, mais naan. Là, on dirait qu’il s’est couché à plat ventre devant son agresseur. Un truc de soumis, ça. Regardez plutôt, c’est comme ça qu’il faut faire. CRÈVE, CONNARD!

Et hop, dans ta gueule, le pantin! Surtout, ne pas grimacer parce que je viens de m’exploser le poignet. Coup de genou dans les burnes pour le plier, et un bout de coude dans son bourpif pour l’achever, sous les jacassements impressionnés des manchots et des mômes qui s’étaient joints en spectateurs curieux. Après leur avoir dit qu’ils pouvaient rester mais que les peluches n’étaient pas à vendre, nous passâmes à la suite.

-Okay, on continue. A vous, maintenant. Allez-y à fond.
-CRÈVE, CONNARD !
-Ouais, s’bien mieux! Suivant!
-CRÈVE, CONNARD !
-Super, on continue!
-CRÈVE, CONNARD !
-Myaaaa, vous êtes trop bons!
-PRENDS CA, CHACAL !
-Wouhou, lâchez-vous, s’tout à fait ça! Très bonne impro, déclinez à votre sauce, tant que ça garde l’esprit de la technique. J’ai emprunté d’autres pantins d’entraînements, donc vous devriez pouvoir vous former en cinq groupes de huit. Je veux que ça tourne, que ça circule et que ça beugle comme des camionneurs en perm’ dans un restoroute. Du nerf, les gars!

Pendant une bonne trentaine de minutes, les manchots se succédèrent face aux bonshommes de mousse, renforçant leur ardeur et leur vocabulaire à grands coups d’insultes et d’argot de haut vol. Une fois l’exercice assimilé par tous, je fis monter les enchères: les dix d’entre eux qui dégageraient le plus d’esprit combatif au cours du prochain passage recevrait les grâces d’un câlin de l’entraîneuse (qui se faisait plaisir au passage, fwuhuhu), ainsi que l’admiration de ses pairs. Par générosité envers les autres, et parce que l’important était d’y mettre toutes ses tripes en participant de son mieux, j’offris aux autres la même récompense. Dont je ne me lassais décidément pas.

L’entrain et la bonne humeur ayant galvanisé le groupe, la suite ne fut globalement qu’une furieuse succession de beuglantes mêlées d’exercices physiques. Complètement jouissif et à refaire.

-Vous voulez vous améliorer, ou bien vous voulez rester au bas de l’échelle tout le long de votre existence?
-ON VEUT!
-Vous êtes des pauvres bonhommes incapables de vous améliorer, ou bien vous avez les tripes nécessaires pour pouvoir dire moi aussi?
-ON A!
-Vous sentez-vous prêts à en chier de toutes les fibres de vos corps pour arriver à mettre les moyens derrière toutes vos ambitions?
-OUI, ON VA SE DÉFONCER!
-Alors c’est parti ! Tout le monde en rang, on reprend pour cinq tours. Et gardez bien ça en tête, faîtes le même carrément tourner en boucle : j’en veux, j’en ai, et j’en chie !
-ON EN VEUT, ON EN A, ON EN CHIE !

Et c’est sur cette formidable base que le troupeau commença à trotter dans les larges rues du Gyosei Machi, apportant un spectacle original qui ne manqua pas de se faire remarquer, tant par les ninjas, relativement habitués à se farcir des trucs bizarres, que par les civils, qui voyaient décidément des trucs toujours plus zarb’ au fil de l’occupation.














Tout ça allait beaucoup plus vite que prévu. J’avais décidé de me défoncer en ce qui concernait les manchots.

Ca allait payer. Pas parce que j’étais une chouette samaritaine, ni même parce qu’ils étaient carrément adorables (encore que), mais tout simplement parce que j’en avais absolument besoin.

Il était hors de question que je soit juste une bourrine. Pour une kunoichi, c'était trop dur de vivre avec cette étiquette accrochée au front. Pour pas mal, en tout cas.

A part devenir une invocatrice de haut vol… je n’avais plus beaucoup de choix. Non pas que l'idée était déplaisante, en fait. Les peluches à paluches en plumes, ca avait son charme et collait bien avec une adorable jeune femme dans mon genre.

Meuh si, meuh si.

Et puis, niveau ninjutsu ou genjutsu, j'étais plutôt foutue.












*
* *




Deuxième jour après le début de l’entraînement avec Tronche de Phoque

Vingt et une heures, Dortoir des fleurs bleues (ex-bordel reconverti)






Ca n'allait toujours pas, comprit la responsable de couloir en me voyant avachie sur le coude, à moitié amarrée à une table selon des angles trop biscornus.

-Qu'est ce que tu fais?, demanda-t-elle avec une délicatesse bien mesurée.
-Ca se voit pas, nan? Je me morfonds tranquillement dans les sombres abîmes crépusculaires du désespoir. Déprime profonde. Et on a même plus de Yuuka, en plus... c'est la dèche monstre. J'vais ptêtre même adopter le style goth' pour de bon. 'Vais être une Dark, ouais. Beuheuheuh... en fait nan, même ça, j'y arriverais pas.
-Olà, c'est reparti pour un tour. Qu'est ce qu'il y a?

Elle avait l'habitude. Que ce soit parce qu'elles avaient le mal du pays, venaient de réaliser à quel point Narasu était un trou à rat, qu'elles avaient des problèmes avec leur petits copains restés au village avec la charmante coéquipière ou qu'elles venaient de se faire torpiller par un gradé pour la énième fois, les chaperonnes ne voyaient pas une journée passer sans qu'elles soient contrainte d'endosser le rôle de grande soeur ou d'assistante sociale face à une ninja larmoyante. Parfois c'était drôle, parfois c'était gratifiant, souvent c'était chiant, même quand ça n'était pas juste la grosse galère face à une inconsolable.

Arrivaient enfin les fois où c'était zarboïde, parce que ladite kunoichi à rabibocher marmonnait des trucs qui n'avait de sens que pour elle et sa longue réflexion personnelle, laquelle avait été alimentée par une riche discussion entre sa glotte charbonnée et plusieurs godets d'alcools forts.

-Je suis un échec. Une erreur de la nature. Une anomalie. Génétiquement conduite à l'infériorité. Radiée du district de la compétence. Une handicapée.
-Euuuuh... oui?
-Lis moi ça. Putain d'papier à la con. Frangin de mes deux. Parents en carton.

Allez, souvenez-vous, quelques épisodes plus tôt. J'étais survoltée d'avoir appris que mon frangin s'était découvert une affinité on ne peut plus charmante. On savait déjà que M'man l'avait, mais comme le paternel n'était pas shinobi, le sujet n'avait jamais pointé le bout de son museau dans l'esprit de quiconque. D'où le test que j'étais aller faire en vitesse, et qui devait m'annoncer que j'étais kinton et que j'allais passer chunin en quelques tours de nouveau jutsu.
Et c'était chouette: Obo' actuellement, ça cartonnait. Obo' avec du kinton, ça aurait déchiqueté du kopec sur des kilomètres à la ronde. C'était comme apprendre à un môme qu'il avait le don de faire apparaître des bombecs, ou d'emballer pour un poivrot un don d'éthylokinésie.

Mais nan. Dans le grand ordre karmique des choses, quelqu'un voulait m'entuber à vie dans la bouse d'éléphant. Les résultats venaient de tomber. Et ils n'étaient pas juste défavorables. J'aurais pu ne pas avoir de métal, ouais. Ca aurait été tant pis, point barre. Mais là, c'était carrément cent fois pire.

En lisant rapidement le petit bout de papier qui m'avait plongée dans un découragement, la chaperonne ne comprit pas immédiatement ce qu'il y avait d'inquiétant. C'était normal, elle avait rapidement regardé les résultats, pas les détails de l'examen. Et elle ne s'était pas fait des films pendant toute une journée et une nuit de cogitation intense, à réfléchir comment ça allait exploiter sa nouvelle affi' en or.

-Bin t'as trois affinités, c'est bien, non? T'as...
-Un seul putain d'allèle kinton.
-Oh? Ah. Ouais, accessoirement, okay, mais...
-Pas deux, pas zéro, juste un seul et unique machin encore plus naze qu'un pingouin. Ca sert strictement à rien. C'est là et ça ne fait rien. Sert seulement à faire des blagues débiles.

Affinités. Quatre gènes dans un corps. Un gène d'un élément, hop t'as l'élément. Deux gènes d'un même élément, hop t'as un élément plus costaud.

Affinités rares. Besoin de deux gènes pour marcher. Zéro t'as rien, deux ou plus c'est gagné, mais alors un... foutu, me suis faîte entubée par le karma.

-C'est un poids mort. Déjà que j'avais un tai en papier d'alu, maintenant j'ai un allèle métal. Un bon gros boulet en fonte, point barre. Barre de fer, tiens. Je suis plombée. Par mes parents. Infoutus de gérer avec les spermatozords quand ils s'emberlificotent, ceux là. Pfuh.
-T'as toujours trois autres éléments que tu p...
-Je ne pourrais jamais rivaliser avec aucun ninja. Ni en techniques, ni en puissance, ni en variété. J'ai un trou, ça serait se tirer une balle dans le pied. Génétique à la con.
-Tant que tu t'appliques dans ce que tu fais, pas besoin de gén...
-Là, c'est être touche à tout et bon à rien, ça ne vaut absolument pas le coup. Zou, tout un pan qui saute rien que pour ça. Je suis condamnée à rester une barbare bourrine et brutale pour le restant de mes jours. Beuh.
-Mais le taijutsu, c'est très bien aussi...
-Rigole, le seul junin complètement tai que j'ai vu jusque là sait même pas ce qu'est son Migite et devait avoir cinq techniques au total. Il a pas été foutu d'un utiliser plus qu'une pendant notre combat. C'est un plan bidon, bidon!
-Je connais plein de monde qui ne fait que du... attends, en fait euh...
-"Nin"-jutsu. Comme dans "nin"-ja. Si tu touches pas du tout à ça, t'es pas pris au sérieux. Sauf si tu fais des illusions, et encore, tu passes pour une nouille. Moi, je passe pour un boeuf. Hurmf... snif... snif...
-Bon, allez, c'est pas comme si c'était la fin du...
-Deux allèles identiques, et deux autres différents. Trois affinités. Ca c'est le top. Mais un trou à la con et trois autres blaireaux qui se promènent et servent à rien... c'est la fin du monde.
-Tu m'écoutes, au moins?
-Et on a même plus de petits gâteaux à la noix de coco. Au moment où j'en ai vraiment besoin. C'est un signe, ça. Je suis foutue. De la ferraille destinée à la casse. Ca c'est du métal.
-Okay, toi t'as besoin d'un bon remontant, fit-elle en s'affairant aux alentours. Voyons voir... eh? Dis, tu sais où-est ce qu'est la bouteille de...
-J'ai ttout f-fini, bégayai-je, et ça sert à rien bouhouhou!

De la glaire, des larmes, un peu de morve, une genin désillusionnée et un gros câlin réparateur plus tard, la chaperonne appliqua la troisième phase de son plan de routine. Après "vide-ton sac ma belle", et "sèche-moi ces larmes de ta bouille veux-tu", elle allait passer au "fais moi un beau gros sourire et envoie le promener, il ne te mérite pas".

Comme quoi, même si sa spécialité c'était les ruptures, la technique pouvait s'appliquer ailleurs.

-Eh, t'as des invocations. Ca aussi, c'est stylé. Et puis ils sont mignons comme tout tes manchots, non?
-Ils ne savent rien faire. Absolument rien. Désespérant.
-Ouais, tu m'en as parlé, mais... dans chaque clan, ils ont des invocations supérieures. T'imagine, un manchot de huit mètre de haut, capable de projeter des éclats de glaces d'entre ses plumes?
-Nan. Ils étaient tellement nuls que les invocations supérieures, comme tu dis, eh ben elles se sont tirées pour les laisser dans leur merde.
-Waow. Ah oui, 'ffectivement. Là c'est du lourd.
-Quand je leur ai demandé de lancer un couteau, ILS NE SAVAIENT PAS LE FAIRE!, m'étranglais-je.
-Bon, bon... calme, calme. Ils ont peut être d'autres talents, non?
-Les igloos. Ils m'ont dit savoir faire des igloos. Ils n'ont rien trouvé d'autre à dire. Rien.
-Mmmh...
-Et puis si c'est pour effectuer du nin par proxy, non merci. Le pire truc qui pourrait suivre, c'est d'être une assistée. Pas comme s'ils pourraient apprendre des jutsu de toute manière, ces blaireaux.

Bon, okay, ils pouvaient apprendre, en fait. Probablement pas grand chose, mais ils géraient le chakra, et ils n'avaient rien de développé. Donc, potentiellement, ils pouvaient faire n'importe quoi, puisqu'ils n'avaient ni préjugés ni habitudes.

-Youhou, Oboro, reprit la chaperonne. Tu fais du ganseki! Tu sais, le truc absolument surhumain qui fait trembler les gens!
-Hein? La blague? Personne ne sait ce que c'est, laisse tomber. Je dois toujours, toujours, toujours l'expliquer. Même à toi, j'ai du le faire.
-Mais c'est puissant, non?
-C'est trop long. Je dois y aller doucement, mais du coup ça prend trop de temps. Et je bloque.
-Tu m'as dis que tu avais renversé un junin l'autre jour, non?
-Ouais mais... nan mais ça compte pas, c'était un chikarien.
-Ca reste un junin... je crois.
-Il a dix-sept ans. Tu veux pas non plus que j'me vante de piquer son biberon à une bambine, aussi?
-Hey, j'veux te remonter le moral, et t'es pas en train de m'aider, là.
-Nan, t'es très bien, continue. D'ailleurs, en fait...

Pause. Stop. Arrêt sur image, et on rembobine. Elle a dit des trucs très intelligents, juste avant. Parler des manchots, du gansek'... ça colle bien. C'est vrai que j'ai encore quelque cartes à jouer et à développer. Faut pas encore enterrer la Muromachi, en fait. Y'a encore un machin qui pourrait valoir le coup de se tailler une place à Narasu. Un gros machin.

-Oh putain d'bordel de peluches barbares. Je viens de penser à un truc.
-Ah?
-Silence, cocotte. Une minute, silence, s'il te plait. Tu m'a donné une idée phé-no-mé-nale. Je couve, j'accouche, et j'te paie un verre.
-T'as assez bu pour le moment, je crois. T'as pas entraînement demain?
-Mais nan, j'pas bourrée, chuis juste défonc... euh pompette, j'veux dire. Pompette.






Manchots. Invocations. Malléables.


+


Ganseki. Complètement. Surpuissant.



=



Une armée de manchots gansekistes à ma disposition.

Ca, ça avait de la gueule. Ca pouvait être phénoménal.

Et c'était carrément trop craquant pour ne pas essayer.

Ils allaient crever sur le bord de la route en s'y mettant, mais c'était leur problème.

Ils voulaient apprendre après tout. Ils ont même signé pour. Eh ben on allait tous apprendre.



Oboro
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Re: Narasu

Message par Otarin le 1/8/2012, 14:46

La Kunoïchi se montrait attentive quoiqu’un brin prétentieuse. Cependant, mis à part quelques railleries qu’il n’avait pas réussi à retenir, Otarin était resté plutôt courtois. Il avait appris, à ses dépens bien entendu qu’être poli avec les autres pouvait s’avérer très utile. Mais ceci est une autre histoire.

Au bout du septième jour d’entraînement, Otarin décida que son élève était prête. Celle-ci avait d’abord pensé que cela ne servirait à rien, puis, apprenant quelques techniques et autres choses permettant de la rendre plus forte, elle n’avait plus rien dit à ce sujet, râlant toutefois au moins une bonne dizaine de minutes, en tout, par heure. Ils avaient fini par élaborer ensemble une technique. Pas forcément monstrueuse mais qui pouvait s’avérer fort utile dans de mauvaises situations.

« Bien, je ne sais pas si tu connais le but de la mission ?
-Ben, c’est bien simple, me glori… aider Kiritsu !
-Oui, bon, tu ne sais pas ce qu’on va faire donc…
-Si si, exploser du ninja !
-Je t’ai déjà dit que ça m’étonnerait ! Bougre de Nouille !
-C’est quoi cette insulte ?
-Une nouvelle signification de BN, trouvée sur le moment BaNane !
-Sur ce tu n’as toujours pas été capable de me dire de quoi il s’agissait.
-Elle m’épuise… Bon, je t’explique.
-Enfin !
-Mais ta gueule !
-Oh, on se calme, je t’écoute !
-Bien, ce sont un groupe de marchands, commerçants etc… qui ont fait appel à Kiritsu pour que nous les aidions à se protéger contre un groupe d’anciens mercenaires et brigands qui les volent.
-C’est pourri comme histoire, t’as vraiment aucun talent de conteur. »

Otarin faillit attraper la Kunoïchi par le cou, mais se retint au dernier moment. Elle lui sortait par les yeux, et il sentait que la situation pouvait être difficilement pire. Au bout d’une demi-heure d’acharnement, il parvint enfin à lui faire parvenir l’essentiel. Kiritsu avait été appelé pour remplacer les anciens Sômu Buchô. Ceux qu’ils devaient protéger se faisaient appeler les Hogo Soru et leurs ennemis étaient, semble-t-il, d’après les informations du Qg, une bande de petites frappes cherchant à faire fortune.

« Comment doit-on rentrer dans le jeu ?
-C’est-à-dire ?
-Le début de la mission, c’est quoi ?
-Ben, dans dix minutes, on a rendez-vous avec ces Hogo Soru.
-Dix minutes, mais on n’y sera jamais !
-Tu ne sais même pas où c’est.
-Ah, oui, c’est vrai… C’est loin ?
-Non, en bas, le café à l’angle de la rue.
-Okay, alors on descend tranquillou par les escaliers.
-Non, on saute. »

La jeune fille ouvrit des yeux ronds devant le visage très sérieux de son « supérieur ». Elle était certes courageuse, mais pas suicidaire tout de même. Non, Otarin semblait réellement vouloir descendre les cinq étages en sautant. Elle se leva, analysa le juunin pour voir s’il allait bien. Horreur ! Il était en parfaite santé ! Du moins, à l’extérieur.

« Dis-moi, tu as eu des problèmes récemment ?
-Oui, toi. Mais de toute façon on n’a plus le choix, si on ne veut pas être en retard.
-Ben, c’est grave si on arrive en retard ?
-Le BN à peur de s’émietter ?
-Non, non…
-Alors tu sautes ! »

Otarin se leva et alla se placer près d’une fenêtre. Il l’ouvrit. En bas, la ruelle était assez sombre pour que personne ne les voient de la rue principale. Il se retourna vers Oboro qui le regardait toujours, ahurie. Il lui fit un signe de tête et elle approcha. La distance entre le sol et eux était assez grande.

« Le seul problème, c’est qu’à quoi servirais je à l’état de purée ?
-Si tu te débrouilles bien, normalement, tu devrais être en pleine forme arrivée en bas. Saute maintenant, il n’y a personne qui puisse te voir pour le moment.
-Je ne sauterais pas sans utiliser le Ganseki.
-Ben utilise-le BN !
-T’es sûr que je n’en aurais pas besoin pendant le reste de la journée ?
-Cette réunion a pour seul but de nous renseigner, le vrai début de la mission c’est demain !
-Okay, okay…
-Bon, ben saute !
-Et toi, bien sûr, tu vas descendre par l’escalier ?
-Non, et je peux te le prouver tout de suite. »

Otarin monta sur le côté de la fenêtre. Regarda la Genin une dernière fois et sauta, un sourire aux lèvres. Oboro ne put retenir une exclamation. Elle se reprit en voyant qu’Otarin était arrivé sauf en bas. Il avait sauté en virevoltant et avait sorti son sabre presque au dernier moment, l’avait planté dans le mur ce qui avait ralenti sa chute. Le sabre avait presque traversé le mur comme si c’était du beurre. Si ce nabot prétentieux pouvait le faire, pourquoi pas elle ? Elle sauta sur le bord de la fenêtre. Regardant en bas, elle vit le sourire d’Otarin. Elle se concentra, et, au bout d’une vingtaine de seconde, elle sauta. Elle venait d’activer son Ganseki. Le saut ne dura pas cinq secondes, elle retomba sur ses pieds après avoir donné un coup à pleine puissance dans le mur pour amortir la chute. Un énorme cratère se situait désormais à l’endroit où elle avait atterri. Coupant net son Ganseki, la kunoïchi vacilla mais Otarin la rattrapa avant qu’elle ne tombe par terre.

« Bah, tu vois, ce n’était pas trop compliqué.
-J’ai failli mourir cause de toi, hurla-t-elle !
-Mais non, voyons, et arrête de crier ça va attirer du monde. »

Mêlant le geste à la parole, il posa un doigt sur ses lèvres. Puis, l’air parfaitement normal, il se dirigea vers la rue et se mêla à la foule. Enfin, si on pouvait parler de foule puisque dans ces quartiers mal famés, quasiment personne ne sortait en plein jour. Otarin se dirigea d’un bon pas vers le café qu’on lui avait indiqué, suivit de près par Oboro. Le jounin jeta quelques coups d’œil alentour avant de s’introduire dans le commerce. Il remarqua tout de suite à qui il avait affaire. Le barman était un homme assez gros, pour ne pas dire obèse, dont les cheveux huileux étaient rares. Il sortait régulièrement la langue de sa bouche pour se lécher la lèvre supérieure. Malgré la température agréable de l’endroit, il suait à grosses gouttes. C’était un nerveux. Il avait peur.

« Il faut se protéger du manque de sommeil, je prendrais bien un café ! Dit Otarin, assez fort pour que tout le monde l’entende. »

Le barman se retourna, ses petits yeux fixés sur le regard d’Otarin et de la géante qui était à côté de lui. Il les examina quelques secondes. Otarin avait son sabre en évidence, mais ici, tout le monde en avait un, et sa jeunesse ne le dévoilait pas en tant que shinobi, les malfrats recrutant généralement à partir de quinze ans. Oboro, elle, avait caché ses matraques, seules armes qu’elle avait emportées. C’étaient des armes bien moins communes et elle préférait ne pas se faire remarquer.

« Mais il n’est pas encore moulu, répondit finalement le tenancier après s’être éclairci la voix. Venez derrière, je vous prouverais mes dires. »

Otarin acquiesça sans broncher, et, tandis que le gros homme les menait en cuisine, les clients reprirent leurs conversations et occupations. Les malfrats venaient régulièrement et entraient en cuisine de cette manière, ils n’en furent donc pas étonnés.

De l’autre côté du mur, les deux ninjas montrèrent leurs bandeaux au patron qui leur désigna une porte. Otarin avait toujours son dojutsu activé en toute circonstance et vérifia que personne ne les observaient. Une fois ces précautions prises, ils firent irruption dans la pièce voisine. C’était une petite remise, pour ranger les divers ingrédients utiles. En apparence, il semblait n’y avoir pas d’autre porte que par celle par laquelle ils étaient rentrés. Cependant, Oboro, sans qu’Otarin lui dise qu’il l’avait vue avec son œil, remarqua une petite bosse sous le tapis sur lequel ils étaient en train de marcher. Elle souleva la trappe, puisque s’en était une, et ils s’y engouffrèrent.

Il faisait très noir dans ce sous-sol caché. Et, lorsqu’Otarin eut refermé la trappe derrière lui, ils n’y virent plus rien du tout. Ils patientèrent ainsi quelques minutes sans rien dire puis, la lueur d’une lanterne vint éclairer l’endroit. Ils se dirigèrent vers elle et furent accueillis par une femme dont le visage était de marbre. Elle fit signe de la suivre. Elle ouvrit une porte qui débouchait sur un long couloir. De part et d’autre du chemin, étaient accrochées des torches, ce qui éclairait un peu plus que la lanterne.

« Où allons-nous ? Demanda Otarin d’une voix assurée.
-…
-Nulle part ? Alors nous allons nous arrêter ici ! »

Les deux femmes se retournèrent pour regarder Otarin avec un air interloqué pour l’une et énervé pour l’autre. Oboro s’approcha pour lui demander ce qui n’allait pas. Il lui répondit qu’il ne bougerait pas de l’endroit où il était tant qu’il ne saurait pas où ils allaient.

« En plus, tu dois être un peu fatiguée après tes exploits de tout à l’heure, c’est un bon prétexte pour te reposer, lui chuchota-t-il pour essayer de la convaincre.
-Bizarrement pas tant que ça, un peu comme si j’avais couru comme une dératée c’est tout, lui répondit-t-elle sur le même ton.
-De toute façon, on s’arrête tant que je ne sais pas où ce couloir nous mène, reprit-il plus haut. »

La femme le regarda l’air de plus en plus furibonde, puis tenta une dernière fois de m’intimer à bouger. Voyant que cela ne marchait pas, elle ouvrit la bouche :

« Les Hogos Soru ont une cachette, inconnue de tous les autres…
-Mais c’est intéressant ça ! Mais si elle est inconnue, pourquoi vous y emmenez nous ?
-Dans l’urgence, même les plus brillants esprits peuvent faire des erreurs, se renfrogna-t-elle.
-Très bien, je vous suivrais à une condition…
-Oui ?
-Aucune arme, quelle qu’elle soit ne devra être présente dans la pièce où nous nous rendrons.
-C’est entendu. »

Otarin se fortifia d’un sourire vainqueur, puis, sautant sur ses pieds, repris sa marche derrière leur guide. Oboro quant à elle, se demanda pourquoi cet abruti de morveux avait fait tout ce tintouin pour rien. En fait, en s’arrêtant ainsi cinq minutes, Otarin avait cartographié à l’aide de son œil tout le conduit souterrain dans lequel ils se trouvaient. En plus de l’endroit par lequel ils étaient entrés, il existait une vingtaine de sorties, sûrement toutes reliées à un commerce du quartier.

« Vous comprendrez que je prends mes précautions…
-Hmmm…
-Pas bavarde ? Ou tout simplement vous avez interdiction de parler ? »

La question resta sans réponse. Elle n’avait pas le droit de parler, c’était sûr. Bref, ils la suivirent encore pendant une bonne centaine de mètres, le temps de bifurquer trois fois et d’arriver dans une petite salle éclairée uniquement par une lanterne. Là étaient une dizaine de personnes, l’air plus ou moins sympathiques, mais qui, tous, avaient un regard morne.

« Bonjour ! Commença Otarin, imité aussitôt par la Genin, puis par le reste de l’assemblée. Bon, expliquez-moi clairement pourquoi vous nous avez appelés. »

Les dix commerçants se regardèrent les uns les autres, plutôt gênés en présence de deux shinobis. Toutefois, voyant que le juunin semblait totalement détendu, l’un deux, un homme assez patibulaire et qui ressemblait par sa carrure au tavernier qui les avaient faits entrer ici, avança d’un pas, comme pour se déclarer porte-parole. Otarin, qui gardait désormais son dojutsu activé en permanence, remarqua que sa demande à propos des armes avait été exécutée. La jeune fille, elle, se tenait derrière lui et observait avec un certain mutisme les visages de tous les Hogo Soru présents. Ils essayaient de faire bonne figure, mais certains tics trahissaient chez eux des nerfs sollicités en permanence. L’homme qui s’était avancé s’éclaircit la gorge.

« Et bien… S’exprima-t-il avec une voix grave. Nous sommes tous commerçants, pas ce qu’il y a de plus honnête, certes, mais nous nous efforçons de nous tenir à carreau vous comprenez ? Les deux ninjas hochèrent la tête, il continua : Mais… Pour le moment, Kiritsu ne nous as pas vraiment rendu service…
-C’est à dire ?
-Avec votre arrivée, la protection qui nous était offerte par les anciens dirigeants ont été abolies. Mais alors que dans la ville du crime, elle nous était essentielle pour vivre, dans une ville sans trop de tumulte, nous pouvons continuer à vivre sans aide. Nous avons cru que vous nous débarrasseriez assez rapidement des malfrats, mais ce n’est pas le cas…
-C’est pourquoi vous demandez une protection permanente ?
-Non, absolument pas, vous ne comprenez pas…
-Expliquez-nous dans ce cas.
-Certes, il faut bien vous mettre au courant… Eh bien, vous connaissez un peu la hiérarchie de l’ancien Arasu ?
-Non.
-Oui, enfin un peu, fit Oboro qui remarqua les regards surpris autour d’elle. Il était divisé en quatre quartiers diligentés par les sbires et contacts d’Izanami…
-C’est à peu près ça… En fait, ces quatre quartiers ne nous intéressent pas vraiment pour notre problème. C’était Izanami, ainsi que ses conseillers qui dirigeaient Arasu avant l’occupation. Et chacun avait son rôle dans l’organisation d’Arasu. Nous étions importants pour permettre aux populations de survivre, les directeurs pour le développement du village, et bien entendu il y les ninjas pour l’armée.
-Oui ?
-Et bien, il existait une unité secrète, chère à Izanami, et créée dans le seul but de détruire. La plupart d’entre eux ont été exterminés pendant la guerre, mais au moins un groupe d’Onshitsu Kyôfu –car c’est leur nom- n’a pas été envoyé au combat et se cache toujours dans Narasu.
-Comment savez-vous tout ça ?
-Un de mes amis est devenu l’un d’eux…
-Et alors, ils sont terribles ?
-Forts ? S’ils sont seuls ils ne le sont pas vraiment, enfin pas plus que vous je présume, mais ensemble ils sont de véritables machines à tuer.
-Et qu’ont-ils avoir avec vous ?
-Ils nous prennent tout.
-Et votre ami ne fait rien pour les en empêcher ?
-C’est lui qui est à la tête du groupe qui s’en prend à nous… Être un des leurs ne veut pas dire juste être prêt à se sacrifier, hein, on devient en l’espace de quelques semaines un être sans conscience ; à jamais.
-Donc vous nous demandez d’arrêter ces gens ?
-Oui, j’espère que votre chef, celui qui dirige cette mission comprendra notre désarroi.
-Je suis celui qui dirige cette mission…
-Mais… Vous n’êtes que deux ? Contre une dizaine ?
-Et bien, après ces révélations, une personne de plus serait peut être utile… »

Otarin se détourna et sortit de la petite pièce, laissant les marchands perplexes. Oboro suivit bientôt, adressant un sourire compatissant aux pauvres Hogo Soru… Puis, elle rattrapa le jounin qui avait quelques bons mètres d’avance sur elle. Lorsqu’elle fut à sa hauteur, elle le foudroya du regard.

« Non mais ça va pas de brusquer ces pauvres marchands ? Ils s’attendaient à ce que tu leur répondes que tu transmettrais à ton « chef ».
-Mon chef, c’est moi, et cette mission m’a été donnée par Jupneï Sadaharu alors je ne peux pas la refuser. Je vais juste demander des effectifs supplémentaires.
-Tu vas vraiment faire ça ? C’est nul, je me disais bien qu’un nabot comme toi ne pouvait pas se débrouiller, tu vas faire appel à un vrai Jounin…
-Non, à un chuunin de ma connaissance…
-Et tu es sur qu’il est disponible ?
-S’il ne l’est pas j’engagerais quelqu’un d’autre ou alors on fera sans, je préfère intervenir au plus vite.
-Bien, mais je te signale qu’on ne se dirige pas vers la sortie…
-Il existe 19 sorties à ce souterrain et celle que je veux emprunter se trouve par là.
-Et ça mène où ?
-Narasu…
-Très drôle, plus sérieusement ?
-Les quartiers ninjas je dirais, je vais recruter… »

Ils se turent et avancèrent d’un pas plus pressé. Ils marchèrent pendant une dizaine de minutes avant d’arriver à une échelle. Otarin la montra du doigt et emprunta la sortie. Dès qu’ils furent tous deux à l’air libre, la kunoïchi rompit le silence.

« Et, il s’appelle comment ?
-Sheinji, grommela Otarin que les nouvelles apportée par les marchands avaient rendu bougon.
-Sheinji comment ?
-Kageniwa, c’est un nom peu commun non ? Et ben c’est le sien.
- Ah, oui, je vois… Et où il habite ce lascar ?
-Ici, désigna Otarin en montrant une petite cahute.
-C’est moche.
-C’est là que j’habite.
-Ben t’habite dans une maison moche mon ptit jounin. Mais attends une seconde… Vous habitez ensemble ?
-Nous sommes arrivés en même temps, et ils rangeaient les nouveaux venus par deux…
-Mais, nous ils nous ont logés à dix dans une maison…
-C’est l’avantage d’être un chuunin, mais c’est encore mieux quand t’es jounin, tu as ta propre maison.
-Bah, pourquoi tu loges avec Sheinji, ça doit être hyper chiant de dormir avec un petit prétentieux.
-Sheinji ? Tu le connais vraiment ? C’est vrai qu’il est prétentieux…
-Nan, la prétention c’était toi pov’ tache ! Sinon, pourquoi tu n’as pas une maison à toi ?
-Parce que je suis arrivé à Narasu en étant Chuunin et que j’ai été promu juste après pour mes « qualités guerrières ».
-Comment ça ?
-J’ai sauvé Sheinji et détruit un camp ennemi. Ce qu’on a juste omis de dire au Qg c’est que la destruction du camp s’est faite à deux.
-Pourquoi vous avez fait ça ?
-Rien, ce n’est pas important…
-Alléééeuh…
-Non ! Sheinji, tu es là ?! Hurla-t-il en arrivant. »

Le silence lui répondit. Les affaires éparpillées sur le sol dans la pièce qui servait de chambre faisaient grandement penser à un départ précipité. Du genre de ceux que l’on prend soit quand on est en danger de mort, soit -ce qui rappelait bien plus le comportement de Sheinji- c’était un départ en mission en catastrophe, après une looonngue nuit de sommeil.

« Et merde… L’est pas là !
-Et alors, on peut aller chercher quelqu’un d’autre, nan ?
-Pas envie et pas le temps…
-Donc on va se taper une dizaine de gros bras à deux ? Chouette, je vais pouvoir les attraper par les couilles et leur faire ravaler toutes leurs merdes !
-C’est ça, mais on va faire bien plus subtil… »

Les deux compères prirent le chemin de la sortie, puis se faufilèrent sans attirer l’attention jusqu’à l’entrée des souterrains des marchands. Ceux-ci même ne devaient pas savoir que les deux ninjas occuperaient leur planque, censée être secrète aux yeux de tous…
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Re: Narasu

Message par Sonaka le 9/8/2012, 13:48

Loin du déchainement de violence qu’allaient libérer les duos de ninjas, Doskop et Ujiwaru progressaient lentement parmi les ruelles de Narasu. Ils suivaient discrètement le petit cortège des malfrats qui s’étaient faufilés en dehors du bâtiment encadré par l’équipe, et guettaient la moindre opportunité de parvenir à mettre la main sur la personne qu’ils recherchaient.
Pour cela, il leur faudrait d’abord parvenir à défaire le groupe, ce qui leur demanderait davantage de doigté que si leurs coéquipiers avaient été là.

Au sein de la bande, six arbalétriers servaient probablement d’escorte aux deux autres voyageurs. Leurs armes étaient faîtes d’un bois blanc, de l’exact même modèle que ceux auxquels ils avaient eu à faire lors de leur précédente escarmouche. Des tireurs, qui avaient été installés dans des rues, sans que l’équipe ne sache encore s’ils étaient affiliés ou non au gang qu’ils avaient rencontré.

Au milieu du groupe, un scientifique, qui pouvait aussi bien être un imbécile en blouse blanche qu’un savant fou ou un simple infirmier. Et leur vieille connaissance, le vieillard diminué qu’ils avaient déjà rencontré à maintes reprises, et dont la présence ici était suspicieuse.

Il ne cessait de réapparaître, et c’était par lui que la chasse insensée du médecin mahousard avait commencée. Au cours de la précédente recherche de l’équipe, ils avaient découvert que c’étaient ses talents de pharmacien, et plus précisément d’empoisonneur, qui avaient intéressé le gang auquel ils s’étaient confrontés. Restait à savoir pourquoi ces hommes étaient venus le récupérer aussi discrètement chez lui, d’une manière qui leur avait tout d’abord fait penser à un enlèvement.


En tout cas, il semblait aussi bien encadré par le mystérieux gang que par les hommes aux arbalètes blanches. A partir de là, les genin n’avaient pu que se perdre en supposition. Soit les deux corps étaient liés, soit il avait su tirer son épingle du jeu dans les deux camps… à moins qu’il n’ait été enlevé par l’un, puis par l’autre, et que son sort soit particulièrement à plaindre. Kalem était néanmoins le seul membre de l’association à envisager cette possibilité.

En ce qui concernait le déserteur et sa disciple, tous deux semblaient en bons termes avec les deux groupes, en tous cas. A moins qu’ils ne servent d’intermédiaires, et disposent de leurs propres intérêts dans cette affaire.

C’est du moins ce que les genin étaient désormais raisonnablement portés à croire, pour les avoir vu protéger chacune de ces organisations.


Ils ne savaient pas grand-chose, en vérité. Peut être même rien.
Les genin se contentaient de progresser, accomplissant les objectifs assignés par le commandement sans avoir les moyens d’apprécier la trame de fond qui se déroulait pourtant grâce à eux.

Une ANBU avait été impliquée… donc quelque chose de bizarre se tramait, ils en avaient la certitude. C’était déjà incroyable qu’une équipe de quatre « genin » se retrouve en situation de sauver la vie à un agent de ce rang. Pour autant, ils n’en avaient pas eu le moindre retour. Et après plusieurs semaines affectés à d’autres tâches, l’équipe avait été reformée sur cette affaire, à une membre près.

Le seul élément qui pouvait leur permettre de dénouer cette affaire, c’était l’empoisonneur. Pas une seule des personnes que les gros bras du groupe avaient eut le loisir d’assommer n’avaient étés en mesure de leur apprendre quoi que ce soit, ci ce n’était comment procéder à l’étape suivante.


Alors qu’au contraire…

Cette fois-ci, ils avaient une excellente chance de pouvoir progresser. Ainsi, alors que Kentaro et Santa s’affairaient avec le déserteur qui avait tenté de les anéantir à deux reprises, ils avaient décidé de filer le groupe. En incluant Kassos, le singe guerrier de Kalem, les ninjas étaient trois. Le mahousard était un « concepteur génial de plans géniaux », et sa coéquipière n’était guère utile qu’en soutien, usant de sceaux qui se portaient particulièrement bien à la tenue d’embuscades de ce genre.

A priori, ils ne devaient avoir aucun problème à réussir leur affaire.
Restait à s’assurer que tout irait bien. Pour cela, il leur faudrait se mettre d’accord sur la marche à suivre.

-Qu’est ce qu’on fait, Kalem?
-Comment ça, qu’est ce qu’on fait?, gronda le médecin.
-Je ne sais pas, se défendit la genin. Tu as toujours de bons plans en stock, donc je me disais que peut être…
-Bien sûr, que j’ai un plan. On leur passe devant et on tend un guet apens avec mon génie et tes pièges.

Des mots qu’Ujiwaru avait prononcé une dizaine de minutes auparavant. Négligemment.
Car la genin avait remarqué que malgré toute sa hargne, Kalem était très facile à manipuler une fois sa fibre vaniteuse suffisamment flattée. Il suffisait de lui donner quelques indices pour l’aiguiller sur une idée, et la mauvaise foi du médecin venait alors en renfort à la félonie de la chikarate pour lui faire avaler le morceau. Ca n’allait guère plus loin que de le complimenter. Elle voulait également voir si le mettre à son avantage facilitait le travail, également.
Et mieux valait expérimenter maintenant qu’en plein chaos, lorsque Kalem serait trop occupé à se chamailler avec ses coéquipiers pour se concentrer sur une marche à suivre.

Elle avait déjà constaté qu’en pareille situation, la solution de son équipe serait inévitablement d’aller cogner leurs prochains, éventuellement sous couvert de ses pièges si l’occasion se présentait. Comme cette approche lui était trop dangereuse, mieux valait pouvoir influencer les prises de décisions.

-Plongés dans le noir, ils vont hésiter, rester sur place et errer au hasard pour sortir du nuage. Avec un bon timing, on peut leur placer quelques flammes sur le chemin juste avant qu’ils plongent dans le noir, comme ça on sera vraiment sûr qu’ils n’oseront pas faire un pas.
-Ce se tient.
-Pendant ce temps, je vais foncer dedans avec Kassos. J’ai remarqué que ta fumée, ou j’ne sais quoi, est beaucoup moins dense près du sol. Je pourrais me déplacer dedans.
-Euh… ah bon??
-T’as jamais lu les consignes anti-incendies? Nan, remarque, les porcheries où dorment les chikarates ne brûlent pas, ils bâtissent avec de la boue. Oui, l’air frais est près du sol, et si je me baisse, je peux voir très facilement dans ta vase. Ca devrait me couvrir suffisamment pour que je passe en vitesse, récupère le bonhomme, et me casse en vitesse avant qu’ils remarquent quoi que ce soit.
-Donc tu te retrouves en plein milieu de leur groupe? C’est pas un peu dangereux?
-Tah, les chikarates on une mémoire de grain de sable, ou quoi? Kassos sera avec moi, il les dégagera si y’en a un ou deux qui sont sur mon chemin.
-Ils sont six…
-Ca ne sera pas mon problème, puisqu’il ne penseront jamais que leur adversaire se trouvera avec eux dans le nuage. Ils vont s’éparpiller pour répondre à une attaque de l’extérieur. C’est pas du bon plan, ça?

Très rapidement, elle avait également pu saisir les opportunités offertes par le médecin mahousard. L’inventeur à ses heures s’était vanté d’avoir conçu une potion à leur première rencontre, et employé celle-ci pour traquer leur empoisonneur. Il n’avait pas fallu moins de quelques heures à la genin pour réussir à subtiliser au pharmacien un extrait de son précieux liquide. Prétextant la fatigue, elle avait tardé à rejoindre la fouille de l’appartement du vieillard, à la recherche d’indices. Et si elle avait effectivement reposé ses cuisses sur le canapé, ça ne l’avait pas empêchée de faire ses courses dans la sacoche du pharmacien. Soigneusement enveloppé dans le sachet de lingettes qu’elle gardait avec elles, la petite fiole avait parfaitement survécue aux pérégrinations des ninjas.

-L’extérieur… donc c’est moi qui va tout prendre?
-Mais non, voyons. Pourquoi faut toujours que quelqu’un prenne des coups, avec les chikarates ? On est des ninjas. Tu te planques et tu les distraits s’ils te cherchent.
-Mmmh… la rue n’a pas beaucoup d’obstacles ou d’abris. Pas à ma taille, du moins, nota Sonaka en voyant le tas de caisses qui pavait un chemin parfait pour Kalem.
-Les toits. Ou les murs. Y’a pas mal de balcons, aussi. Et Kassos va t’aider de l’intérieur. Et si tu restes loin d’eux, ils vont utiliser leurs arbalètes. T’as pas un jutsu utile pour ça ? Tcheuh, les chikarates, ils oublient même leurs propres techniques.

Car même en service, Ujiwaru gardait les yeux ouverts sur tout ce qui pouvait servir à son clan. Et si les siens n’étaient aucunement enchantés à l’idée de sa présence dans la dangereuse Narasu, elle n’avait qu’à satisfaire leur cupidité pour avoir la paix. Ca lui été infiniment préférable à ce qui se tramait à Chikara, dans les commerces et les bas-fonds du village.

-Bon. Et je fais quoi exactement, à part prendre les coups pour toi?
-Y’a pas de coups, j’ai dis! Les chikarattes…
-… ils sont grincheux, moches et barbus, compléta la jeune femme en décrivant le médecin.
-Exactement! T’as tout compris, pardi.
-Alors, je fais quoi?
-Toi, tu restes en haut, et tu t’assures de nous couvrir dans le cas où un de tes pièges foirerait, c’qui serait pas étonnant. Tu balances un remplacement, ou tu rajoutes un écran de fumée s’ils essaient de bouger. Evite les boules de feu par contre, ça serait con de cramer le mec qu’on est censé récup’…
-Euh… je ne suis pas sûre de pouvoir faire tout ça.
-Quoi, en plus tes trucs sont limités?
-Non, non, mais…

Son flair ne s’arrêtait pas là. Apprenant que la mission allait être prolongée, elle avait cherché à en savoir plus sur ses coéquipiers. Elle-même n’en avait pas les moyens. Mais sa famille elle-même avait rapidement su se retrouver des contacts dans l’administration, avec les avantages en dessous de table que cela apportait. Quelqu’un avait donc pu regarder quelques dossiers en sa faveur, au déni de toute procédure. Et lui avait indiqué quelque chose de plutôt intéressant.

Cela concernait Kentaro Satokira, le « genin ». Elle avait été particulièrement surprise d’apprendre qu’un ordre de promotion à son égard avait circulé au QG de Kiritsu, et que la procédure avait été validée en parfaite adéquation avec les normes du village de la feuille.

De même, il était indique que le chunin mahousard avait été hospitalisé pendant une période prolongée. Et un recoupement avec son dossier médical avait révélé qu’une équipe l’avait retrouvé dans les décombres d’un immeuble effondré.

Cela faisait déjà deux curiosités qu’elle pouvait lui caler dans la mâchoire si par hasard Kentaro lui en laissait l’occasion.
Par simple curiosité, bien évidemment.
Sonaka n’était… sûrement pas… du genre à mettre son nez dans les affaires d’autrui en vue d’avoir… des leviers d’action sur eux.

Mais pourtant, Kentaro n’avait pas fini de se révéler fascinant. Pour retrouver toutes les informations précédentes, il avait été nécessaire de recouvrir à des documents annexes. Son dossier, qui aurait du être l’élément de référence, était tout bonnement inaccessible. Seule une accréditation maximale, ou une délégation afférente, permettait d’y accéder.

Cela n’arrivait jamais par hasard. Il y avait quelque chose à cacher. Restait à savoir pourquoi le chunin dissimulait son grade, quand bien même cela l’inféodait à l’insouffrable Kalem comme chef d’équipe.

-Donc t’as tout pigé?
-Je pense que oui.
-Tu sais bien grimper aux murs?
-S’il te plait…
-Nan parce que t’as eu besoin de l’aide de l’autre, la dernière fois.
-Toi aussi, non?
-Et en cas de pépin, la règle d’or c’est…?
-Pas de boules de feu.
-Youpi, on va ptêtre y arriver.

Et il le pensait sincèrement. Après une ultime révision infligée à la chikaratte, Kalem se sépara d’elle, et oeuvra dans l’ombre pour contourner les malfaiteurs. On l’avait déjà dit, sa petite taille lui permit de se mouvoir sans mal dans les ruelles encombrés du quartier. En ce qui concernait les passages les plus délicats, sa formation de ninja, aussi mal suivie qu’elle fut, suffit néanmoins amplement à le couvrir. Rapidement, il put se retrouver en amont de l’escorte, prêt à plonger au moment où Sonaka agirait. Si elle parvenait, comme il le lui avait appris (sait-on jamais), à lire l’heure sur une montre à cadran, les premières flammes devraient naître dans très exactement douze secondes.

Kassos, quant à lui, n’eut pas à recourir à autant d’artifice que son maître pour atteindre sa position. Au même titre que la kunoichi, il escalada simplement les habitations, veillant surtout à atteindre un point de vue qui lui permettrait de surveiller l’action sans être vu.
Sa tâche était simple : en cas de pépin, il plongeait.

Ujiwaru, enfin, s’installa sur le balcon que lui avait repéré Kalem. Il avait eu raison : de là, elle pourrait agir avec un rempart pour la couvrir, à défaut de pouvoir la cacher. Mais ses propres ténèbres pouvaient très bien se charger de cette tâche.

Tout s’enchaîna très vite, lorsque cinq billes de fer atterrirent simultanément en contrebas de sa position. Trois d’entre elles tractaient des talismans inflammables, qui embrasèrent progressivement les principales voies qui s’offraient aux malfaiteurs. S’ils pouvaient encore tenter de contourner les barrages de flammes, leur mobilité en était toutefois sérieusement réduite. Elle fut d’ailleurs réduite à néant lorsque leur groupe fut plongé dans les ténèbres, sans espoir de pouvoir s’orienter d’aucune manière.

Les gardiens s’organisèrent confusément, mais adoptèrent toutefois la position défensive prévue par Kalem. Celui-ci employa donc le signal convenu avec son acolyte simiesque, qui s’efforça d’atterrir aussi près que possible des épaules d’un arbalétrier. Malgré ses efforts, ce fut sa lance qui assoma l’un d’eux, plutôt que son propre poids. La manœuvre n’en fut pas moins réussie.

Les piaillements du singe se mêlèrent alors aux cris des humains, dans un chaos qui ne fut aperçu par personne. Kalem ne perdit pas une seconde, ne souhaitant aucunement traîner au beau milieu de ses ennemis. Tout juste prit-il la peine de frapper les testicules d’un garde trop près de lui pour libérer la voie qui lui était barrée. Une fois le fauteuil du vieillard en son contrôle, il fit marche arrière, jeta un dernier coup d’œil à hauteur du sol pour vérifier que rien ne se dressait sur son chemin, et couru comme un dératé jusqu’à l’abri qu’il s’était dégoté auparavant.

A partir de là, il n’aurait qu’à prendre son temps pour s’éloigner. La discrétion lui servirait ici bien plus que la rapidité d’exécution. Et étrangement, le vieillard ne sembla pas réagir le moins du monde à cet énième enlèvement.

Le médecin mahousard s’accorda un soupir. La capture s’était bien passée, oui.

Ils avaient réussi leur affaire.

Mais alors, pourquoi cet horrible vacarme? Une cacophonie assourdissante accompagna sa victoire, comme si…

Kalem sursauta, et balaya furieusement les alentours de son regard, à la recherche de quelque chose. N’importe quoi. Ce bruit de chantier en démolition venait forcément de quelque part, après tout.

Il cherchait quelque chose de louche, d’évident, de dangereux et qui était absent la dernière fois qu’il avait jeté un œil à son environnement. Comme ce gros trou dans le sol, incliné en diagonale, qui avait éventré le balcon à moins d’une dizaine mètres seulement de sa position. Des éclats de briques étaient répandus tout autour de la plaie béante qui avait été infligée au bâtiment.

Accessoirement, c’était là que se trouvait sa partenaire, Ujiwaru, moins de dix secondes plus tôt.
Ca n’allait donc pas être aussi simple qu’il l’avait présenté.

Le médecin se retint de pousser le moindre juron. Il ne voulait pas se révéler à quoi que ce soit capable d’infliger autant de dommages. Précautionneusement, il se tortilla jusqu’au coin de la caisse qui le dissimulait, sans faire un bruit, et jeta un œil au groupe des malfaiteurs.

Un jeune homme se tenait au devant des arbalétriers. Il n’avait pas été là auparavant. Il en était sûr. Son arrivée était toute récente, ils n’auraient pas pu la rater autrement. Probablement alors même qu’ils exécutaient leur capture.
Les malfaiteurs se réorganisèrent autour de lui, sans un mot. Mais plutôt que de se soucier d’eux, Kalem observa le nouveau venu un peu plus en détail. Il avait le bras tendu. Et sur son bras se trouvait…

Il ne voyait pas très bien. Et ne savait pas exactement ce que c’était.

Un losange vert, duquel s’échappait un long filament blanchâtre qui avait traversé de part en part l’abri de sa coéquipière. Kalem plissa les yeux, essayant de distinguer quelque chose dans les vestiges de ténèbres mêlés de poussière due aux débris.

Il mit un moment avant de réaliser que l’étrange arme employée par le pirate était un animal. Un genre de…

Caméléon, comprit-il. L’animal était à moitié fondu dans le bras de son propriétaire, ce qui avait rendu son identification délicate. Maintenant, au contraire, tout était clair.

Ca n’était pas son propriétaire. Le terme d’hôte était plus approprié, car le jeune mahousard reconnu ici la présence d’un Seirei, une entité océanienne dont seule une poignée des vagabonds de mers avaient la confiance.

C’était donc l’animal qui avait causé de tels dommages. Avec un petit pincement au cœur, Kalem compris également où était Ujiwaru. Et dans quel état. Son intuition fut confirmée lorsque les volutes de fumées se dispersèrent pour de bon.

Le pirate, quant à lui, était plutôt satisfait de sa prestation. Son chef avait eu la bonne idée de l’envoyer veiller à ce que leurs co-contractants n’aient pas la mauvaise idée de se fourrer dans des ennuis plus gros qu’eux. Et maintenant, voilà qu’il arrivait à point nommé pour déjouer une attaque à leur égard.

Et par Kiritsu, rien de moins. Par des ninjas.

Il était toutefois regrettable qu’il ait également harponné la chikaratte dans la foulée. Mais après tout, c’était bien ce qu’il avait escompté. Car il savait parfaitement bien ce qu’il faisait, et maîtrisait encore la situation. La jeune femme avait beau être effondrée au sol, le torse pulvérisé par l’appendice de son Seirei, il ne s’inquiéta pas plus que cela. La blessure avait beau être spectaculaire, et le sang versé surabondant, ça n’était rien dont il ne pouvait pas se charger.

Et malgré cela…

-Du calme, intima le pirate. Si tu te débats, je ne parviendrais pas à te soigner bien longtemps. Ca serait dommage que tu meures, non?

Même à cette distance, Kalem pouvait deviner ce dont aurait besoin sa future patiente. La langue de l’animal avait frappé à la base de son flanc gauche, et ressortait de l’autre coté de son torse. Sur une table d’opération, seul les plus grands chirurgiens militaires auraient pu aborder son cas sans céder à la panique. Et l’usage de chakra aurait été obligatoire pour la majorité de ses pairs.

Dans n’importe quel autre contexte, on n’aurait guère cherché plus loin qu’un cercueil. Ca n’aurait même pas été utile de recourir aux services d’un thanatopracteur: elle serait restée imprésentable, car horriblement disloquée.

-Je peux te garder en vie aussi longtemps qu’il le faut, expliqua-t-il avec une surprenante délicatesse. Le pouvoir de mon ami est la guérison. En ce moment même, c’est lui qui te maintient en état. Bon. Tu me comprends?

Elle était morte. Elle aurait au moins du être inconsciente, ou complètement paralysée. Par la douleur, ou par rupture de la moelle épinière. Et pourtant, Kalem ne fut même pas surpris de la voir remuer.

Elle essaya de répondre, mais ce qui fut formulé par ses lèvres n’était guère d’un douloureux sanglot étouffé. Le pirate fronça alors les sourcils, et s’intéressa de plus près à son fantastique compagnon surnaturel. Imperceptiblement, il recroquevilla son pouce gauche à deux reprises contre le flanc de son caméléon, lui demandant par cette caresse d’accélérer son travail. Le Seirei n’était pas seulement apte à guérir les plus terribles blessures, mais aussi à apaiser la douleur de ses proies s’il le fallait. Leur système était efficace: depuis qu’ils avaient mis au point et polis cette aptitude, le pirate pouvait employer les talents offensifs de son totem sans risquer d’abattre inutilement des proies qui étaient bien plus utiles vivantes. Ce dont il ne se privait plus le moins du monde.

Aussi bien que n’importe qui, maintenant qu’il avait sa recette pour se simplifier la vie, il l’employait généreusement, quand bien même cela tenait de l’insouciance ou de l’abus.

-Tu ne perdras rien à coopérer. Je veux te garder en vie. Le capitaine considère qu’un otage est toujours plus utile qu’un cadavre.

Elle inclina timidement la tête, sans avoir la force de s’exprimer davantage. Le pirate en fut contrarié, et gratta à nouveau le bas-ventre de son Seirei afin de le presser. L’animal poussa un grognement contrarié, mais fit de son mieux. Sa longue langue rosâtre tressaillit à plusieurs reprises, palpitant sous l’énergie qu’il y concentrait. Et en effet, l’homme put voir que sa captive reprenait des forces à vue d’œil. Elle qui jusque là gisait lamentablement au sol, encore transpercée par la langue du caméléon, parvint à se redresser sur ses genoux.

Avec une lenteur et une prudence qui manquèrent de bouleverser le jeune pirate. Malgré la voie qu’il avait choisi dans ce monde, il n’avait jusque là eut affaire qu’à des guerriers expérimentés. Pas des jeunes femmes en larmes après avoir vécu l’horreur d’une violence somme toute on ne peut plus commune.

-Combien de ninjas sont avec toi?, demanda-t-il d’une voix douce.

Sonaka cru un instant qu’elle allait devenir folle. Ou se réveiller, selon. Elle avait beau regarder fixement le tas de chair qui lui transperçait le ventre, ça lui paraissait complètement irréel. Même lorsqu’elle posa fugacement sa main dessus, avec hésitation. Un spasme de l’animal la surprit, et elle retira aussitôt ses beaux doigts parfaitement manucurés. Ses jambes se sentaient toutefois trop faible pour tenter un sursaut. Et cette sensation qui parcourait son corps était plus bizarre et indescriptible que tout ce qu’elle avait pu vivre jusque là.

Elle se sentait bien, pourtant. Même si cette flaque de sang était la sienne, elle ne ressentait pas de vertige, et n’était plus en proie à la moindre faiblesse. Toutefois, sa gorge lui brûlait, encore davantage que ses yeux. Elle réalisa seulement alors qu’à un moment, peut être, elle avait du hurler.

Pourtant, elle ne ressentait plus aucune douleur. Si elle avait été sonnée quelques secondes plus tôt, elle se sentait désormais lourde, et terriblement lasse. Mais parfaitement consciente.

Et surtout, fidèle à elle-même. Maintenant qu’il n’était plus subjugué par la douleur, son cerveau reprit le dessus. Quelque chose d’horrible venait de lui arriver. Quelque chose de pire pouvait lui arriver. Ou pas. Et elle voulait sauver sa peau. D’autant plus qu’on souhaitait lui en laisser l’occasion.

Le regard vague et la gorge sèche, il lui fallu encore quelques secondes pour se ressaisir. Elle n’avait pas remarqué qu’alors qu’elle émergeait lentement, le pirate s’était répété à quelques reprises, pourtant conscient qu’elle ne pouvait pas encore répondre.

Une fois revenue à elle, pourtant, elle sut se faire on ne peut plus claire et audible.

-Il n’y en a qu’un. Les autres sont restés là-bas… je veux dire, près de l’immeuble où l’on vous a vu.
-Les autres… combien sont-ils?
-Deux.
-Montre-moi où se trouve ton compagnon.
-Il a… il a une invocation. Ils sont deux, ici aussi.
-Bien. Montre moi où ils sont tous les deux.

Un frisson parcouru l’échine de Kalem, qui observait la scène sans trop savoir comment il pouvait influencer le cours des évènements. En ce qui le concernait, Sonaka était virtuellement morte, pour le moment. Il ne s’en souciait pas tellement, son égoisme et ses préjugés nationalistes n’ayant que peu à faire de ce qu’il estimait être une pimbèche du désert incapable de se taire quand il en donnait l’ordre.

D’autant plus qu’il n’aimait absolument le peu d’hésitation que venait de montrer sa supposée coéquipière lorsqu’il s’agissait de coopérer avec le pirate. D’un banal mouvement de bras, celle-ci s’empressa de trahir la position du singe guerrier, qui s’était caché après son raid éclair, et perdit à peine moins de temps pour révéler celle que Kalem avait été censé atteindre.

Kassos allait prendre cher, devina Kalem en sentant que quelque chose d’horriblement dangereux n’allait pas tarder à arriver. Quant à lui, il se félicitait de ne pas avoir changé de place quand l’attaque du caméléon avait ébranlé les fondations de l’abri d’Ujiwaru. La position qu’elle avait indiquée était celle qu’il aurait effectivement rejointe, s’il n’avait pas été distrait. D’autres s’offraient à lui.
Ce qu’il venait de gagner, c’était très probablement les précieuses secondes qui lui permettraient de décamper secrètement lorsqu’il le déciderait.

Surtout qu’il n’était pas si malchanceux que ça, en fin de compte. Le pirate, malgré son tour de force et son impressionnant talent, avait lui aussi ses faiblesses, et ses limitations.

-Chargez-vous en, voulez-vous ? Débusquez les. J’ai les mains pleines, là.

Maintenant de bien mauvaise humeur, le mahousard acheva de poser son parchemin explosif, et embarqua son captif aussi vite et silencieusement qu’il était humainement possible de le faire. Avec un léger pincement au cœur, il eut l’impression d’abandonner Kassos à une mort certaine. Sentiment étrange, qui le déchira pourtant douloureusement lorsque les cris de son fidèle compagnon retentirent. Il venait de gagner du temps pour couvrir sa fuite, bien sûr. Et même s’il ne risquait rien, l’attention toucha le nain.

En ce qui concernait la chikarate, par contre, il était nettement plus partagé. Il avait bien vu, avant de partir, que la posture qu’elle avait adopté ressemblait trait pour trait à celle d’un chien face à son maître. Maître qui semblait d’ailleurs vouloir amadouer sa capture.

-Le capitaine, précisa-t-il, considère qu’un otage est toujours plus utile qu’un cadavre, répéta le pirate. Il en va de même pour les monnaies d’échange… et les sources d’information. Tout devrait aller…

Ce qu’il avait eu la délicatesse de garder secret pour ne pas inquiéter inutilement sa captive, c’était que seul le capitaine pouvait décider qui était utile ou non.

Il s’agissait également de déterminer comment la genin pouvait être utile. A ce sujet, le capitaine n’avait pas le dernier mot, mais bel et bien l’unique argument valable quelle que soit la conversation.

Une fois Kassos démit, les arbalétriers se dispersèrent brièvement pour étendre le champ de leurs recherches. Un d’entre eux s’approcha trop près du piège laissé par Kalem, et s’éloigna de justesse avant que la détonation ne l’engloutisse. Lorsque les débris retombèrent, ils comprirent que le ninja était hors d’atteinte, et abandonnèrent leurs recherches.

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Re: Narasu

Message par Santa le 24/8/2012, 15:59

Tashiro se tenait bien droit, engoncé dans sa cape, la capuche de celle-ci lui cachant le visage. Il savait que son dojutsu brillait mieux ainsi, et qu’inspirer la peur à ses adversaires était un moyen simple de prendre un rapide ascendant psychologique. Et puis c’était du plus bel effet, il fallait bien le dire.
Mais il avait beau se tenir droit et fier, il était inquiet. Le ninja de Mahou avait déjà été particulièrement gênant la fois précédente. Il surclassait Shiezka au combat au corps à corps et lui avait même posé problème. Sa pugnacité était ce qui était le plus irritant, en fait.
Et voilà que son mentor débarquait, un colosse à la barbe blanche dont la musculature était impressionnante.

Oh, bien sûr, Tashiro savait que la musculature ne faisait pas tout. Mais ce type était le mentor de l’autre bourrin, et avait réussi à s’imposer face à son disciple. De plus, s’il était encore un ninja après toutes ces années, c’est qu’il avait survécu. Comme il était en plus le maître de Kentaro, ça devenait inquiétant.
Après tout, il était probablement juunin, puisqu’il était supérieur à l’autre, qui avait un niveau de chuunin. Dans le pire des cas, il était peut-être un genre d’Anbu à la retraite. Et là, il ne donnait cher ni de sa peau, ni de celle de Shiezka.
Il savait que son apprentie devait penser à peu près la même chose que lui. Il savait aussi qu’elle se préparait à tenir les premières lignes, au prix de sa vie si nécessaire, pour lui permettre de pilonner leurs adversaires de loin. Mais elle ne ferait pas le poids contre Kentaro et son maître. Elle ne faisait déjà pas le poids contre Kentaro.
Il se rapprocha d’elle jusqu’à pouvoir lui murmurer à l’oreille, par-dessus son épaule :
« - La situation est compliquée. Si le vieux barbu est vraiment plus fort que l’autre, la seule stratégie viable est de sortir l’autre du combat le plus rapidement possible, tout en économisant nos forces, puis d’essayer de se débrouiller avec le vieux. »
Shiezka acquiesca en enlevant totalement sa cravate et en la rangeant dans sa poche. Elle ne voulait pas courir le risque d’offrir une prise à ses adversaires et finir étouffée, voire la nuque rompue sous le choc. Puis elle se mit en garde, légèrement penchée vers l’avant.

Pendant ce temps, l’autre camp murmurait furieusement. Plus ou moins :
« - Ho ! Ho ! Ho ! Sonaka avait raison, une personne avait besoin de mon aide !
- J’allais très bien m’en sortir tout seul, d’abord !
- Mieux vaut être prudent, et puis faire un deux contre un est contraire à l’Esprit de Nowel !
- Qu’est-ce qui t’a pris de m’appeler ton disciple, ensuite ?
- Tu as été vaincu dans un match officiel par le Santa Goken, je dois donc te protéger désormais, car tu n’en est pas capable seul. Ho ! Ho ! Ho !
- J’m’en sortais très bien avant de te connaître !
- Qui sait combien de temps cela aurait-il duré ? L’Esprit de Nowel a provoqué notre rencontre avant qu’il ne t’arrive un événement fâcheux pour que je te protège, c’est patent !
- Passons, passons, fit Kentaro en se frottant l’arrête du nez. On va concentrer nos efforts, sur la fille, la disciple. Une fois qu’elle est hors de combat, on s’occupera du pyromane, à deux contre un, au corps à corps, on devrait s’en sortir. Ca te va ?
- Très bien, Disciple !
- Tu peux arrêter de m’appeler comme ça ?
- Et comment donc t’appellerais-je ?
- Kentaro, par exemple…
- Très bien, KentaroHo ! Ho ! Ho !
- Je suis pas sûr de préférer en fait…
- Pardon, KentaroHo ! Ho ! Ho ?
- Laisse tomber, Papy, montre plutôt de quoi tu es capable, y’en a marre de la parlotte, il est temps de se castagner un peu ! Essaie de suivre le rythme, vieux crouton ! »

Shiezka avait tenté d’attaquer Kentaro juste avant, il pouvait donc se permettre de considérer qu’il était en état de légitime défense en enclenchant l’assaut. Il fonça sans hésiter sur le pyromancien, laissant Santa se débrouiller pour suivre le rythme. Alors que Shiezka se déplaçait pour bloquer son passage et qu’une gerbe de flamme jaillissait en face de lui, il se baissa et prit appui sur son bras droit pour modifier sa course à 90 degrés sans ralentir, son coup de pied passant sous la garde de la jeune femme, qui encaissa sans rien dire en contractant ses abdominaux, et glissa en arrière sur trois mètres.
Mais Santa avant quand même suivi et son coup de poing passa tout juste au-dessus de la disciple qui se baissa par réflexe et s’écarta au plus vite du géant qui était peut-être juunin. Dans le même temps, une colonne de flamme vint lui roussir (à nouveau) la barbe.
« - Ho ! Ho ! Ho ! Serais-tu le vil individu qui a attaqué ma barbe dans l’appartement du trafiquant ?
- Oui, répondit sobrement Tashiro.
- La colère de Nowel va s’abattre sur toi ! rugit Santa, dont les yeux s’enflammèrent. »

Après une suite de signes, l’homme mûr lança un tonitruant ‘’Kuchyose no Jutsu !’’. Quelle créature infernale allait donc jaillir de ce nuage de fumée ?
« - Putain mais c’est l’heure de grailler, quoi ! Pourquoi tu m’as invoqué, merde ?
- Il faut châtier ces mécréants !
- Pourquoi à l’heure du repas ? geint Rudolf le Renne au Nez Rouge.
- Il n’y a pas d’heure pour apporter le Bien !
- Bon mais on fait vite, okay ? Sinon ça va refroidir, c’est dégueulasse, froid, en plus… »

Un magnifique renne dans la force de l’âge trépignait sur place, et un vent frais s’était mis à souffler, éteignant trois-quatre bougies par-ci par-là. Puis il se mit à chanter avec un entrain forcé un ‘’Vive le vent !’’ endiablé que Santa reprit en canon, réduisant soudainement la distance avec Shiezka.
La jeune femme fut surprise par le rythme, ou plutôt son absence, des frappes, mais elle avait elle aussi quelques tours en réserve, donc elle ne s’en faisait pas pour un combat de ce niveau. Par contre, si Santa cachait sa réelle puissance, la situation deviendrait ingérable pour elle. C’est pour cela qu’elle restait sur la défensive, préférant ne pas prendre de risque inutile.
Pendant ce temps, Kentaro essayait de coller au corps-à-corps pour pouvoir enfin taper Tashiro, mais il était plus glissant qu’une anguille, ce sagouin, faisant apparaître des colonnes de flamme auxquelles il ajoutait des boules de feu plus classiques. Il surveillait aussi autant que faire se peut le combat de Shiezka au cas où elle aurait besoin d’aide, mais il semblait que le but du juunin soit simplement de la distraire pour que son disciple puisse l’affronter en tête-à-tête. Voilà donc l’entrainement qui avait de Kentaro le monstre qui l’était. Son maître le mettait dans des situations mortelles et se contentait de faire une promenade de santé autour. On pourrait même dire que Kentaro avait été forgé dans les flammes de la mort, mais ce n’était pas le moment de faire de la poésie, se dit Tashiro. De plus, il possédait lui-même des flammes tout à fait honorables, et le chuunin têtu ne manquerait pas d’y goûter.

Profitant d’un instant d’inattention du genin, Shiezka utilisa le dernier coup qu’il porta pour se propulser vers Kentaro, qui la vit à peine arriver du coin de l’œil. En même temps que trois boules de feu et deux colonnes de flamme. Il parvint d’un pirouette à éviter la majeure partie des dégâts mais son avant-bras gauche avait roussi.
« - Purée, mais tu peux pas la tenir, que j’me fasse l’autre tranquillement ?
- Oh ! Oh ! Oh ! Désolé, elle me rappelait justement une jeune femme que j’ai aidé il y de ça une ou deux décennies et…
- Calme-toi et fais un effort, Papy, alors ! »
Kentaro décida de laisser tomber l’idée de faire deux duels séparés. Ces deux-là collaient ensemble encore plus que chewing-gum et semelle, alors que son binôme à lui était d’une qualité douteuse. Il lui faudrait gérer les deux nukenins et Santa. Et c’était ce dernier qui lui faisait le plus peur.

De leur côté, les traitres étaient dans l’expectative. D’un regard, ils se mirent d’accord pour monter le niveau d’un cran. Shiezka trifouilla dans la poche dans laquelle elle avait fourrée sa cravate puis se concentra. Les techniques qu’elle allait utiliser maintenant étaient puissantes, mais elle ne les maitrisait pas totalement, et n’était pas habituée à les utiliser.
C’était un vieux ninja de Gensou qui s’était retiré à Arasu avant l’arrivée d’Izanami qui les lui avait apprises. Sentant la mort proche, dans un dernier sursaut d’arrogance, il ne voulut pas que les techniques qu’il avait créées dans sa jeunesse disparaissent, en tout cas jusqu’à ce que quelqu’un les réinvente. Elle possédait d’ailleurs également le rouleau de parchemin expliquant comment marchaient les techniques, qui était caligraphié d’un pinceau plein de grâce et de panache. Le vieil homme s’était en effet reconverti comme scribe et il était doué.
Presque aussi doué que pour inventer des techniques novatrices, en tout cas.

En tout cas, il était temps pour elle de revenir à sa spécialité : jongler. Avec les poids relativement lourds d’en face, ce n’était pas facile, mais cela restait éminemment faisable, comme elle allait se faire une joie de le leur montrer.
Elle avançait vers ses deux adversaires, slalomant entre les bougies, bondissant sur la pointe de ses pieds mais en gardant toujours un au sol pour éviter qu’un ennemi ne profite d’un moment où elle était totalement en l’air pour l’assaillir.
Enfin, Kentaro, impatienté par son approche laborieuse, lança une fois de plus l’assaut, suivi de près par Santa, qui éteignait méthodiquement les bougies sur son chemin. Il prit donc logiquement un peu de retard, tandis que Tashiro le regardait avec ébahissement, même si cela ne se voyait pas. De quel cerveau déficient pouvait bien venir une idée pareille, se demandait le nukenin.

Le chuunin de Mahou attaqua enfin Shiezka, mais celle-ci effectua promptement un saut périlleux, par-dessus une bougie, qui rugit à l’encontre de l’attaquant. Kentaro se jeta maladroitement en arrière, mais ses deux avant-bras présentaient des traces de brûlures. Cependant, ce n’était pas tout. Shiezka frappa violemment le sol du pied droit et, quand elle sentit que la force du sol qui luttait contre son coup atteignit son paroxysme, elle se déplaça en une fraction de seconde juste sous Kentaro, et relâcha la force qu’elle avait bloqué pour frapper son adversaire avec une puissance qui surprit même celui-ci.
En effet, telle était la technique du taijutsuka de Gensou : ralentir l’effet d’une force pour ensuite la relâcher à un autre endroit. Cela nécessitait des muscles très entrainés qui pouvaient, à l’aide de vibrations d’une fréquence particulière, retarder l’arrivée d’un choc.

Shiezka enchaina avec un coup de pied vers un Kentaro encore en plein vol, qui l’amortit en effectuant une vrille qui le fit retomber au sol. Le jeune homme avait mal supporté les coups de Shiezka, d’un point de vue psychologique. D’ailleurs, il commençait à en avoir carrément marre de ce combat, et risquait de voir rouge si ses adversaires continuaient leur jeu du chat et de la souris. Le chuunin esquiva une nouvelle colonne de flamme d’un prompt pas chassé et fonça sur la jeune femme pour lui mettre un coup de pied dans la tempe.
A sa grande surprise, elle n’esquiva pas, bloquant plutôt le coup de son bras droit. Kentaro sentit bien qu’il touchait pleinement sa cible mais sur le coup celle-ci ne parut pas affectée. Shiezka pivota sur elle-même et frappa l’épaule de Kentaro d’un revers de son bras droit, justement, relâchant la force qu’elle avait jusque-là retardée.
Ralentir les dégâts des ennemis était beaucoup plus difficile. Il fallait réussir à doser très précisément la fréquence de vibration des muscles, et cela variait en fonction de la force du coup. C’est pourquoi, pour le moment, elle ne comptait pas trop sur cette technique pour infliger des dégâts supplémentaires.
Mais surtout, ce n’était pas optimisé pour un poids plume comme elle. Elle recevait toujours les dégâts du coup, du moins en partie, simplement, elle les faisait aussi subir à son adversaire.

Un bras surgit tout d’un coup de son angle mort pour l’attraper au collet et la lancer en l’air tandis qu’un tonitruant ‘’Santa piñata’’ retentissait. Elle sentit alors une furie de coups de poings la frapper sur tout le tronc, la maintenant en l’air. A chaque fois qu’elle tentait de se décaler pour chuter d’un côté ou de l’autre, le vieil homme se décalait également et orientait ses coups pour la maintenir en l’air en face de lui.
Sur le coup, elle fut terrifiée. Ce qu’ils craignaient était arrivé, le juunin avait décidé d’utiliser ses capacités les plus puissantes pour mettre fin au combat. Puis elle se rendit compte que les dégâts qu’elle prenait étaient modérés, une partie des coups de poings ne la frappant que juste assez pour la forcer à rester en l’air.
Glissant sa main dans sa poche, elle attrapa sa cravate et la fit claquer tel un fouet. La boule métallique qu’elle avait accrochée au bout frappa le poignet gauche de son adversaire alors qu’un gros craquement se faisait entendre, détruisant la technique qui la maintenant plus ou moins prisonnière.

En atterrissant au sol, elle vit son maître aux prises avec Kentaro dans un furieux combat au corps à corps, des gerbes de flamme jaillissant dans tous les sens. Elle allait aider son mentor quand elle vit que Santa bloquait le chemin. Ce dernier se mit en garde, son bras gauche dont le poignet était brisé en position défensive.
Tout d’un coup, le bras droit de son ennemi disparut. Elle le voyait de temps à autre mais il semblait mystérieusement échapper à sa vue. Shiezka n’hésita pas en commençant à faire tourner de façon experte sa cravate munie de sa boule métallique. Elle s’était suffisamment entrainée pour pouvoir jongler sans difficulté avec son arme pseudo-improvisée, et pouvait garder toute sa concentration sur le bras droit de Santa.
Les deux duelistes se regardaient avec concentration, se mouvant de façon quasi-imperceptible en permanence pour tenter de garder le dessus en cas de lancement de l’assaut, se feintant mutuellement sans relâche. De fait, il semblait plus s’agir d’une bataille psychologique que d’un réel combat, où le premier qui attaquerait serait désavantagé.

Les reflets de flamme éclairaient le visage de Shiezka, tandis que Santa, qui présentait son dos à l’autre duel, faisait pleinement confiance à son disciple pour occuper le pyromancien pendant qu’il s’occupait de la fille. Alors que Kentaro parvenait enfin à réduire l’écart entre Tashiro et lui, celui-ci éleva une muraille de flamme qui les sépara de justesse, et déroba le traitre à la vue du chuunin de Mahou.
Celui-ci en profita pour, sans attendre venir aider Santa. Il espérait mettre Shiezka KO avant que Tashiro ne puise y voir quoi que ce soit, gêné qu’il serait par son propre mur de flammes. De plus, il se trouvait dans l’alignement de Santa et la disciple, et pouvait donc avancer vers elle sans qu’elle ne distingue avec précision ses déplacements, éblouie qu’elle était par les flammes.

Le bras gauche de Santa jaillit soudainement et força la cravate à s’enrouler autour de son avant-bras tandis que son bras droit immobilisait le poignet de la jeune femme et la faisait pivoter pour qu’elle soit face à Kentaro, qui la projeta contre le mur d’un gauche-droite-coup de pied bien senti. Alors qu’elle glissait au sol, vaguement étourdie, elle vit Santa avec le poing droit brandi vers le ciel et beuglant ‘’Santa Choooooooooop !’’ avant que l’obscurité ne se referme sur elle.

« - Bon, reste plus que l’autre débile, haleta légèrement Kentaro.
- Alors allons-y, KentaroHo !Ho ! Ho ! »

C’en était assez. Voilà que ces deux ninjas blessaient Shiezka sous ses yeux. Sa muraille de flammes avait éloigné Kentaro mais ç’avait une erreur stratégique que sa disciple avait payée, et non lui. Il fallait qu’il élimine ces deux importuns, et il n’était plus temps de demi-mesures.
Son dojutsu se mit à émettre un rougeoiment pourpre encore plus marqué qu’auparavant alors qu’un brusque appel d’air éteignait toutes les bougies de la pièce, leur flamme était aspirée vers Tashiro. Toutes ces flammes se mirent à tournoyer autour du nukenin, de plus en plus vite. Enfin, alors que leur vitesse diminuait, elles prirent peu à peu forme humaine, et enveloppèrent le déserteur.
Celui-ci ressemblait désormais à un golem de flammes, une forme noire au fond d’une enveloppe rugissante dont la chaleur se faisait sentir jusqu’à l’autre bout de la pièce, où se trouvaient Santa et Kentaro. Même à la distance où ils se trouvaient, la température était à peine supportable. Cela faisait belle lurette que le renne, trouvant que ça sentait le roussi, s’était enfui, mais son léger vent frais aurait assurément fait plaisir aux Mahousards.

Tashiro avançait au pas vers eux, se concentrant pour maintenir sa technique tout en limitant les dégâts qu’elle lui infligeait à lui. En effet, c’était un jutsu à double tranchant qu’il venait d’utiliser, et sa peau brûlait doucement, quoique certes moins que s’il se trouvait de l’autre côté de l’enveloppe de feu.
Santa se mit à fouiller frénétiquement dans sa hotte, puis en sortit enfin deux paires de gants de cuisine.
« - Tu te moques de moi ? marmonna Kentaro.
- C’est tout ce que j’ai. C’est déjà mieux que rien. Ho ! Ho ! Ho ! »

Les deux shinobis enfilèrent leurs magnifiques gants qui étaient rouges avec des dessins de rennes et de bonshommes de neige dessus. Des gants qui respiraient la bonne humeur, la dinde de Nowel et la joie de vivre.
Le duo de cuisiniers de Nowel serra les poings et se prépara pour le dernier assaut contre la recette de cuisine qui avait brûlé au fond du four. Il fallait étouffer le feu, mais une serviette ne ferait pas l’affaire. Pour sauver la viande qui était en train de roussir fortement, il était nécessaire de vaincre son instinct en avançant vers les flammes.

Avec une dernière caresse à sa barbe, Santa bondit à la suite de Kentaro, yeux et narines plissés, bouche serrée, menton contre la poitrine. Tout pour ne pas offrir de chair à la chaleur insoutenable. Kentaro était en apnée et se mit à cogner avec application le golem de feu qui ne bougeait que peu vivement, et fut rapidement rejoint par Santa. Au bout d’une cinquantaine de secondes de martèlement, les flammes semblèrent refluer peu à peu jusqu’à disparaître, leur dévoilant le corps brulé relativement gravement de Tashiro, qui respirait à peine.
Les deux Mahousards se défirent de leurs gants qui étaient à moitié brulés et à moitié fondus avant de se laisser glisser à terre, pantelant. Au bout de deux minutes, Kentaro fut le premier à s’agiter, auscultant brièvement ses blessures avant de se tourner vers celles de Santa, puis il s’occupa de Shiezka et de Tashiro.

Finalement, les deux ninjas titubèrent de concert dehors, hélant la première patrouille qui passa et se laissant transporter jusqu’à l’hôpital où ils recevraient des soins plus poussés.
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Santa
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