Au beau milieu de nul part

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Au beau milieu de nul part

Message par Kentaro le 22/2/2012, 11:10

Ce Topic est réservé aux "flottants" en transit sans le navire d'un flottant, et qui ne peuvent poster dans le topic d'une île.
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Re: Au beau milieu de nul part

Message par Kentaro le 19/3/2012, 13:20

Boum !
Dans un tonnerre assourdissant, la gueule du premier fût du canon rotatif déchargea sa munition, expédiant au loin un énorme boulet de 15 livres.
Aussitôt, les engrenages et les pistons de l’énorme machinerie se mirent en branle, dans une série de claquements et grincements métalliques, accompagnant un concert grandiose et baroque de détonations.

Au loin, ce fut l’apocalypse pour le pauvre petit drapeau rouge juché sur un tonneau flottant, qui se retrouva balloté en tous sens par les grandes gerbes d’eau provoquées par l’impact des boulets. Son flotteur de fortune n’y survécut pas et finit désintégré par les chocs successifs. Le petit drapeau sombra corps et âmes.

Sur le pont du Grayock, navire licencié de l’OTAN, ce ne fut plus que vivats assourdissants, symphonies d’applaudissements, ovations interminables et explosions de joie tandis que tous admiraient et louaient le grand génie auteur de cette fantastique machinerie, le cerveau parfait à l’origine de ce système révolutionnaire, l’homme qui faisait avancer la science à chacun de ses souffles. Personne n’oublierait ce moment grandiose où le progrès venait à nouveau d’exécuter un incroyable bond en avant, sortant ce monde de ténèbres de sa stagnation abrutissante pour le porter jusqu’à des hauteurs insoupçonnées de raffinements technologiques ! Oui, tous ces braves gens graveraient ce jour en leur cœur afin de pouvoir dire fièrement à leurs petits-enfants : « J’y étais ! J’étais là le jour où Alberich, le plus grand génie de tous les temps, l’incroyable créateur, l’innovateur sans égal, le…

« Agrala stromeuh okh ? Ifpali ? »

D’étranges borborygmes arrachèrent Alberich de son petit nuage pour le ramener aux basses nécessités du monde terre-à-terre. Il cligna un moment des yeux et s’aperçut qu’il n’était plus seul sur le gaillard arrière du navire de l’OTAN et que quelqu’un lui parlait, même s’il n’avait pas écouté une traite de mots. L’un des passagers avait quitté le pont principal où la masse des voyageurs s’étaient rassemblés pour assister au tir d’essai du canon rotatif et était venu lui adresser la parole – certainement obnubilé par son génie créatif et en quête d’un autographe ou d’un quelconque souvenir tangible de cette journée charnière dans l’Histoire (avec un grand H).
Alberich décida de laisser couler, se sentant d’humeur magnanime. Il était vrai qu’on avait pas tous les jours la possibilité de rencontrer un monstre d’intellect tel que lui. Alberich pouvait comprendre qu’on veuille bénéficier de l’expérience magique d’une discussion avec lui, même au prix de son repos fort bien mérité après la prouesse technique qu’il avait réalisé en moins de six jours.

« Plaît-il ? Demanda l’ingénieur. Vous me trouvez génial ? Je sais, je sais, mais merci quand même.
_ Heu… Répondit fort diplomatiquement son interlocuteur.
_ Aha, vous resté sans voix devant mon Canon Rotatif ! Embraya Alberich. C’est normal, il fait souvent cet effet. Et c’est tout naturel quand on envisage sa capacité de destruction sous son angle pratique. Songez donc qu’une caraque de la marine n’aurait pas mieux tenu face à l’ire dévastatrice de mon invention que ce malheureux petit baril.
_ Ah, mais… tenta l’homme.
_ Des confettis, oui monsieur !! Explosa l’ingénieur. Des confettis, qu’on en aurait fait, de la caraque ! Parfaitement ! Un coup bien placé et ce sont douze boulets de canons qui lamineront la structure obsolète des pimpants navires de la marine ! Tout à fait ! Rien ne résiste à un canon rotatif manié avec soin, aussi vrai que je suis le plus grand inventeur de ce siècle !
_ Oh, je n'en doute pas… Assura le passager sur un ton mielleux. Mais permettez que je me présente : Law de Vilicie, chevalier de l’Ordre du Rorqual Pourpre, Vicomte de Solènie et ambassadeur du royaume de Gojura, pour vous servir.
_ Alberich Bellusario, ingénieur qualifié, savant illustre et génie patenté, à votre service, rétorqua le blondinet sans se démonter.
_ Ainsi que vous l’avez souligné, reprit le diplomate, j’ai été extrêmement impressionné par votre invention, vraiment, une véritable œuvre d’art, couplant à la fois le génie créatif de l’homme à son penchant pour la violence et la destruction !
_ Oooh, vous me flattez, répondit Alberich aux anges.
_ Je n’oserai guère. Voyez-vous, le Gojura possède une vaste flotte bien équipée, mais il est clair que ce serait un véritable plus si nos navires pouvaient se doter d’un tel arsenal. Et je me demandais si…
_ Ah ! Vous voulez vous offrir mes services ! S’exclama fièrement l’ingénieur.
_ Je pensais davantage aux plans, mais si vous vous proposez pour…
_ Badabadabada ! J’ignore ce que vous avez comme main-d’œuvre par chez vous, mais je sais d’expérience que ces niguedouilles seront incapable de comprendre mes œuvres d’arts, et ne parlons même pas de les entretenir ! N’ayez crainte, je m’occupe de tout. Un homme de mon talent est toujours à la recherche d’un généreux mécène, après tout.
_ Voilà une excellente nouvelle. J’espère ne pas vous froisser en parlant du prix, mais…
_ Dix millions de Berrys, c’est mon tarif, assura Alberich.
_ Au mois ? C’est…
_ Non, à la pièce.
_ La pièce ?
_ Dix millions par Canon Rotatif. Et si vous voulez mon avis, c’est quand même donné, parce que quand vous voyez son potentiel destructeur, son design épuré, le degré de complexité de l’élaboration pour une simplicité de prise en main jamais vu…
_ Dix millions par navire ! Vous ne trouvez pas cela un peu excessif ! S’exclama le diplomate.
_ Mes prix sont fixés par le Gouvernement Mondial lui-même, ils ne sont pas de mon ressort, ni même négociable. Mais je vous rappel que c’est fortement sous-évalué d’après moi.
_ Mais c’est du vol, oui ! Comment voulez-vous que mon seigneur finance l’armement de toute une flotte !
_ Mais ai-je mentionné le tarif de groupe ? Je peux vous faire une ristourne de cinq pour cents si la masse de travail est là !
_ Heu… C’est très tentant, mais, hum… Disons qu’il faut que je réfléchisse… »

Le diplomate tira sa révérence et s’éloigna en secouant la tête, à la grande surprise d’Alberich. L’ingénieur décida de laisser l’homme ruminer la proposition. On ne la lui faisait pas, à lui : il avait bien senti que le type était à deux doigts de toper là. Il faisait genre qu’il n’était plus intéressé à cause du prix, mais Alberich n’était pas dupe deux secondes : ce type espérait qu’il le poursuive et lui propose un prix revu à la baisse. Tactique classique de négoce. Mais quand il aurait compris que l’ingénieur ne tomberait pas dans le panneau, il rappliquerait dard-dard et paierait rubis sur ongle.
C’est vrai quoi : un arme de destruction de cette trempe pour dix millions, c’était quand même donné, quoi…

Alberich songea une fois de plus qu’il lui faudrait quand même augmenter ses tarifs. Mais si le gouvernement estimait la dangerosité de ses inventions à dix millions, qui était-il pour les contredire ?
Non, le plus simple était de mettre au point encore mieux, et le gouvernement serait alors bien obligé d’augmenter sa prime, voilà tout.

Alberich quitta son poste d’observation et se dirigea vers le capitaine de l’OTAN qui venait de gravir l’escalier menant au château arrière.

« Alors ? S’enquit l’ingénieur auprès de son dernier client.
_ Je suis… époustouflé !
_ C’est normal.
_ Cette voie maritime est trop peu fréquentée pour que nous puissions nous regrouper en convoi de l’OTAN, ou que la marine nous cède une escorte. Alors un gain de puissance de feu est toujours bon à prendre. Mais là ! Ahah ! Même ces enflures d’esclavagistes n’ont qu’à bien se tenir !
_ Des esclavagistes ? S’enquit Alberich.
_ Oui, il est de notoriété commune qu’un repaire de d’esclavagistes se trouve non loin de notre voie maritime. Une véritable forteresse, abritant un richissime seigneur du crime à la tête d’une vaste flotte ! La marine n’ose pas s’y frotter, c’est vous dire !
_ Roooh… Richissime ? Avec des tas de navires sous-équipés, un complexe aménageable à loisir et de la main-d’œuvre bon marché ? Diantre… Dites voir, y’a vraiment aucune chance de les rencontrer ?
_ Peu probable, assura le Capitaine. Et nous avons de quoi les recevoir, maintenant. S’ils amènent leurs vilaines trognes par ici, nous les enverrons par le fond grâce à votre merveille de canon rotatif.
_ Zut, si j’avais su… Dommage… Bien et qu’en est-il du Nautileon ? Gare à vous s’il a la moindre éraflure !
_ Il est amarré à bâbord, le long de la coque, pas d’inquiétude, révéla le capitaine. Même une tempête ne le décrocherait pas.
_ D’accord. Deux de mes hommes monteront la garde. Pas que j’ai pas confiance, hein… Mais on est jamais trop prudent.
_ Pas de soucis. »

Le Capitaine salua brièvement son bienfaiteur et parti vers la barre, lançant les ordres pour appareiller. De son côté, Alberich assigna deux de ses gars à la garde du Nautileon, mousquéchiqueteur à la main.
Pas question de laisser une saloperie d’esclavagiste aborder par bâbord et écraser son précieux Nautileon, namého !
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