L'Estuaire de Kawaguchi

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L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 30/3/2012, 19:22

Hyûma, le 20/11/2010

L'estuaire de Kawaguchi est un lieu paisible, épargné par la piraterie depuis des décennies. C'est l'unique lieu connu de reproduction des Cachalions de Mers, d'imposants félidétacés classés espèce protégée par le gouvernement mondial.

L'ile de Kawaguchi est une île de type estival, abritant de nombreuses forêts. La capitale est située dans le vaste estuaire, et est composée d'un port et d'une grande ville. Elle est surplombée par un manoir, plus loin vers l'intérieur des terres, où résidaient la famille régnante, anciennement dirigé par la Princesse Sora "Protectrice des Coquillages".
Destituée à la suite d'un scandale à l'encontre des Cachalions, la princesse Sora a été écarté du pouvoir, laissant un vide. Les différents gouverneurs de l'île cherchent donc à établir la succession, chacun s'estimant le mieux placé.
James Hervor, l'ancien intendant de la princesse et éminence grise de l'affaire des Cachalions court toujours.

Strucktown est un petit port de pêche, à une bonne heure de marche de la capitale, sur le littoral côtier.
Fargol's Bay est situé au Nord de la capitale, elle est au cœur d'une petite province dirigé par un gouverneur. C'est une station balnéaire très prisée par les touristes.

Les forêts sont infestés de Toupoutous, à tâches vertes ou rouges. Les Verts transmettent un bacille infectant les humains (mais pas les Zoans).
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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 30/3/2012, 19:32

Hyûma, le 20/11/2010

Il était tard et une chape de silence s’était abattue sur le manoir de la Protectrice des Coquillages. Tout le monde avait regagné ses appartements et dormait à poing fermé, après le banquet organisé en l’honneur des Marines. Ledit banquet avait vraisemblablement drainé les trois-quarts des habitants de la ville, et sa très haute altesse Sora en avait profité pour présenter les vaillants protecteurs de Cachalions à tous les notables.

L’affluence avait, à tout le moins, permis de camoufler qu’un certain nombre de l’état-major du Tarmac avait un appétit d’ogre, Igor en tête.

Prétextant la fatigue liée au voyage, les Marines étaient finalement parvenus à s’éclipser en milieu de soirée, pour pouvoir prendre un peu de repos pour la journée du lendemain. Bien sûr, quelques gradés auraient bien aimé poursuivre le gueuleton et les festivités, mais le double-combo Haylor/Hyûma réfrigéra rapidement leurs ardeurs.
En l’absence de leurs hôtes de marque, le banquet s’était vu finalement écourté, replongeant la demeure dans un calme absolu.

Absolu ? Pas tout à fait.

La porte de l’une des chambres des invités pivota lentement sur ses gonds, et un petit individu se faufila par l’entrebâillement. Un regard à gauche, un autre à droite, et il put s’assurer que personne ne rodait dans le coin. Saisissant sa petite lanterne de poche, le petit lieutenant trottina jusqu’à l’escalier de service et grimpa jusqu’à la terrasse sur le toit.
Se hissant sur la pointe des pieds, il agrippa la poignée de la porte donnant sur l’extérieur et ouvrit doucement. Les vieux gonds rouillés rechignèrent face à ce traitement, émettant une plainte grincheuse et grinçante, qui sembla se répercuter dans tous les couloirs du manoir.
Aux aguets, le petit lieutenant scruta les ténèbres en contrebas de l’escalier. Etant donné qu’il avait fortement argumenté pour que tout le monde aille se coucher pour reprendre des forces, ça l’aurait mal fichu qu’on le trouve en flagrant délit de contradiction.
Quelques secondes s’écoulèrent, sans que rien ne se passe. Rassuré sur sa discrétion, Hyûma sorti sur la terrasse. Il se planta à peu près au milieu, puis cacha sa lanterne, avant de la dévoiler de nouveau. Il répéta l’opération plusieurs fois et attendit.

Son attente ne dura pas longtemps : dans un froissement de plumes, un étrange volatile bigarré se posa à ses côtés, avant de regarder tout autour de lui s’il n’y avait pas de graines qui traînaient. Déçu devant l’échec de ses recherches, il reporta son attention sur son maître, et entama son rapport.

Les deux énergumènes entamèrent une conversation à base de caquètements, de sifflements et de mimiques, dont voici la fidèle retranscription.

« [Oiseau Jujuga de l’escadrille alpha au rapport, monsieur !]
_ [Repos, Jujuga. Quels sont les nouvelles ?]
_ [Rien à se mettre sous le bec, monsieur.]
_ [Quels sont les nouvelles de la journée ?]
_ [L’air est chaud et nous bénéficions de courants ascendants stupéfiants. Cela faisait un moment que je ne m’étais autant amusé, monsieur.]
_ [Quels sont les nouvelles de la journée concernant mes troupes ?]
_ [Les différentes escadrilles ont organisé un concours d’acrobatie aérienne, monsieur. Vous serez content d’apprendre que l’escadrille zeta l’a remporté haut la main, grâce à la combinaison d’un tonneau en virage, suivi d’une cloche, effectué en synchronisation par l’ensemble de l’escadrille. Notez tout de même que la performance des autres esca…]
_ [Non, non, non… Quels sont les nouvelles de la journée concernant mes troupes au sol ?]
_ [Bipède compris ?]
_ [Humain compris.]
_ [Cuirassé lourd compris ?]
_ [Rhinocéros compris.]
_ [Ils ont investi la rive pendant un temps et maintenant, ils ont regagné le navire, monsieur.]
_ [Très bien. Vous pouvez disposer, oiseau Jujuga.]
_ [Et les graines, monsieur ?]
_ [Comment ça, les graines ?]
_ [Le vol, ça creuse. Je peux avoir des graines, monsieur ?]
_ [Hé, ho ! Tu as eu ta ration, comme les autres, non ?]
_ […]
_ [Et pas la peine de pleurnicher ! Quand c’est non, c’est non !]
_ […]
_ [Naaaaan, même les yeux larmoyant, ça ne me fera pas changer d’avis.]
_ […]
_ [De toute façon, je n’ai pas graine sur moi.]
_ […]
_ [D’accord, d’accord… Suis-moi, on va tâcher de dégotter les cuisines et te trouver un truc…] »

Hyûma jeta un regard qui se voulait furibond au volatile de malheur –mais sans succès– , puis tourna les talons et retourna à l’intérieur du manoir, suivit de Jujuga. Normalement, le règlement interdisait aux hommes de manger en dehors des repas, et le règlement, c’était le règlement.
Mais Hyûma était absolument incapable d’être aussi sévère avec ses animaux.
Heureusement, il se rattrapait sur les membres humains pour contrebalancer.

Le petit lieutenant dévala des escaliers, tourna dans des couloirs, se perdit dans des intersections, ouvrit des portes au hasard, le tout en vain : bigre, ce manoir était finalement plus grand qu’il n’en avait l’air de prime abord.

Hyûma sentit la moutarde lui monter au nez en regardant le énième placard à balais qu’il venait d’ouvrir, et referma brutalement la porte… Pour se retrouver nez-à-jambe avec les pans d’un poncho à motif écossais résolument bleu. Bleu outremer, bleu royal, bleu nuit, azur, cyan, turquoise… Toutes les nuances devaient s’y trouver.

Après un légitime sursaut de surprise, le petit capitaine put enfin détailler l’énergumène. Et…

« Loromin !? Qu’est-ce que vous faites ici ?
_ Aha ! Quel piège ridicule : mon collier de Languetournée me protège, je ne vous dirais pas par inadvertance l’objet de ma quête. »

Hyûma poussa un soupir blasé. Par expérience, il s’était rendu compte que certaines conversations avec l’homme-poisson pouvant s’avérer plus épuisante que celles avec les oiseaux. Et celle-ci en prenant visiblement le chemin.
N’ayant pas de temps à perdre, le petit lieutenant décida de passer à l’offensive.

« Dites-donc, vous ne devriez pas être dans votre chambre à dormir ?
_ Héhé ! La relique d’Ariel la Poissirène me permet de diminuer mon temps de sommeil de 13,2%, et m’assure une décote de 8 sur la table des Effets du Manque de Sommeil. Et avec une immu’ aux cauchemars en prime !
_ Les ordres sont les ordres, il n’y a pas de relique qui tienne.
_ Et vous, alors ?
_ Moi ? Je… Heu… Je m’occupe de la ronde pour vérifier que tout le monde dort. Maintenant veuillez regagner votre chambre, et je passerai l’éponge sur cette fois.
_ Ooooh ! C’est vil !
_ Heu…
_ Vous voulez m’évincer de la quête des 9 fragments de la Perle Immaculée !
_ Hein ?
_ Zut, ça m’a échappé. Une puissante magie interfère avec mon collier de Languetournée…
_ N’importe quoi, je ne cherche pas à accomplir la quête de va-savoir-quoi.
_ De toute façon, sans la Lunette des Plans Multiples, vous n’avez aucune chance.
_ La lunette des… Attend, t’as un plan des lieux ? On pourrait peut-être coopérer ?
_ Ah non ! Je ne veux pas partager l’éclat de la Perle Immaculée !
_ Rooooh, mais réfléchis, voyons : à deux, on triomphera plus facilement des obstacles. Et je te laisse la Perle, pas de soucis.
_ Pourquoi tu ferais ça ?
_ Hé bien… Heu… Pour l’expérience, évidemment.
_ Ooooh, j’ai compris ! Tu as besoin de level-up ! D’accord, alors comme j’ai davantage de niveau, je me propose pour être ton mentor.
_ Quoi !? Comment ça ?
_ Mais c’est pourtant évident : si on applique les règles de compagnonnage, la présence de ton mentor applique un facteur de 17% au gain d’expérience, le gain de deux points de destin, un bonus de guide aux jets de compétences et deux relances aux jets de sauvegardes par jour. C’est tout bénèf’.
_ Pourquoi ai-je le sentiment de faire une grosse bêtise, sur ce coup ? Ok, ça me va. Je t’accepte comme mentor. Mais juste sur cette quête, hein.
_ Tope là ! »

D’une poignée de main monstrueuse, l’homme-poisson broya lestement la mimine de son nouvel apprenti, scellant ainsi leur accord. Hyûma endura sans broncher, ayant besoin du plan de Loromin pour mettre la main sur cette fichue cuisine.
Les deux compères et leur familier reprirent la route, se jouant des pièges grossiers ("‘tention, cette dalle est piégée"), résolvant énigme sur énigme, et déchiffrant les indices cachés. Une petite demi-heure plus tard, ils furent enfin en vu du Temple du Béluga.

« T’es sûûûûr qu’on arrive à destination ? Questionna Hyûma d’un ton las.
_ Mais oui, on braque le Temple du Béluga, on subtilise la Corne de Narval d’Abondance, on l’échange contre l’Anneau des 7 Corails avec le Lutin du Miroir Maudit et on obtiendra le passe qui nous permettra de dévoiler le Sanctuaire Abyssal de la Reine-Calmar.
_ Ok. »

Qui dit Corne d’Abondance en langage Geek dit forcément cuisine ou garde-manger pour le commun des mortels. En cet instant, c’était tout ce que voulait le petit lieutenant.
Alors que Loromin allait ouvrir la porte, les oreilles de Hyûma perçurent un bruit de conversation. Ni une, ni deux, le petit lieutenant se jeta sur Loromin pour le stopper –ou plutôt, resta bêtement suspendu au bras de l’homme-poisson. Malgré ce léger cafouillage, l’intrépide action du nabot avait porté ses fruits : Loromin avait interrompu son mouvement. La porte était maintenant à peine entrouverte, mais on percevait distinctement la conversation qui s’y tenait.

«…Êtes-vous sûr que nos braconniers ne se feront pas prendre, James ? demanda la voix de Sora.
_ N’ayez crainte, votre Altesse. Nos pêcheurs sont en train de préparer leurs navires au port de Strucktown : puisqu’il est situé sur la côte, il ne peut être vu depuis l’estuaire. Par ailleurs, ils n’appareilleront que vers une heure ou deux du matin, afin de bénéficier de l’obscurité ambiante, même s’il est probable que tout le monde dorme sur le Tarmac. Avec leur sonnar contrefaisant les chants de Cachalions, ils pourront prendre un ou deux cétacés ni vu ni connu. Au petit matin, il suffira qu’une de nos patrouilles découvrent "inopinément" l’entrepôt et tout sera réglé : vous pourrez demandez à la Marine des dommages et intérêts, qu’elle ne pourra se permettre d’ignorer, étant donner que ses envoyés se prélassaient à leur aise dans votre château plutôt que faire leur boulot de surveillance. Et puisque les Cachalions seront déjà mort, nous pourrons légalement les vendre. Tout cela devrait grandement remettre à flot les finances du royaume… »

Au fur et à mesure des rodomontades de l’éminence grise de ce complot, la teinte de Hyûma prit quelques couleurs, jusqu’à atteindre un fort joli rouge coquelicot. Tractant l’homme-poisson par le bout de son poncho, il fit demi-tour derechef, suivi de Jujuga, qui attendait toujours ses graines.

« Mais qu’est-ce que tu fais, mon disciple ? Lui demanda Loromin. Ce n’est pas parce que le Temple du Beluga est occupé qu’on va faire une croix sur la Corne de Narval d’Abondance. J’ai justement subtilisé une potion de camouflage en milieu rocailleux dans les cuisines et…
_ T’as pas entendu ce qu’ils trament !? Ils projettent d’assassiner des Cachalions ! Sous notre nez !!
_ Mais la quête des 9 frag…
_ Oh, allez, ch’uis sûr que le Dieu-Cachalions te refilera une ou deux reliques hautement plus classe que ton fragment de breloque.
_ La Perle Immaculée ?! Une breloque !? Non mais…
_ T’as qu’à courir après si tu veux, je vais sauver les Cachalions. Et à moi la récompense, quelle qu’elle soit.
_ Je n’ai jamais dit que je refusais la quête du Dieu-Cachalion. Mais pour commencer, il nous faut…
_ Trouver le Cap’tain Sigurd ! C’est par où, sa chambre ?
_ Heu… Première à droite, deuxième étage, porte de gauche.
_ Alors on y va ! »

Tirant toujours le poncho de l’homme-poisson, qui suivait machinalement le mouvement, le petit lieutenant s’engouffra dans l’escalier pour aller avertir le Capitaine, sourd aux récriminations de Loromin qui objectait que c’était lui le mentor et qu’il était donc le mieux placé pour diriger le groupe, d’autant plus qu’il avait son écharpe +2 en commandement, couplé à la Bénédiction Nocturne d’Attila le Nain, qui maxait sa stat’ de sang-froid, dit, tu m’écoutes au moins.

Suffisamment remonté pour ne pas vouloir perdre de temps avec cette fichue porte à la poignée trop haute, Hyûma dégaina son fouet lesté et pulvérisa ladite porte, avant d’entrer en trombe dans l’appartement de Sigurd.

« Capitaine, il faut que… que… »

Eberlué, le petit lieutenant s’aperçu qu’il n’y avait de cap’taine Sig’ nulle part.

« M’enfin, tu t’es trompé de chambre, Loromin ?
_ Pas du tout, lève la tête.
_ Genre ch’uis trop petit pour voir l’immensément grand et haut capitaine, c’est ça, hein ? J’ai besoin de jumelle, peut-être ? Voir d’un télescope, tant qu’on y est ? »

Une trille flutée de la part de Jujuga interrompit l’irascible petit lieutenant, le forçant à regarder au plafond, où voletait l’étrange volatile. Quelle ne fut pas sa surprise, en apercevant le capitaine Sigurd tapit dans le lustre.

« Ça vous prend souvent de jouer les acrobates au plafond ?
_ Ça vous prend souvent d’enfoncer les portes pour entrer ?
_ C’est urgent, capitaine ! Il n’y a pas de temps à perdre ! La Princesse aux Coquillettes…
_ Protectrice des Coquillages… Rectifia Loromin.
_ … a l’intention de transgresser la loi ! Pire, elle va s’en prendre aux animaux, les Cachalions !!
_ Et elle veut nous faire porter le chapeau, aussi.
_ Il faut agir, branle-bas de combat ! On prend d’assaut le manoir, on fomente une révolution et on lui coupe la tête !
_ Holà, holà, l’interrompit le Capitaine en descendant de son perchoir. Du calme, qu’est-ce qui se passe, exactement ? »

Loromin s’empressa donc de narrer leur voyage initiatique pour récupérer le fragment de la Perle Immaculée, et comment une intervention divine leur avait révélé la Quête Sacrée du Dieu-Cachalion.

« Et elle veut nous faire porter le chapeau !? S’indigna Sigurd. Mais c’est elle qui nous a proposé de rester !
_ En même temps, Haylor a bien fait remarquer que… Commença Hyûma.
_ Oui, oui, je sais… Eluda Cap’taine Sig’. Bon, qu’est-ce qu’on fait ?
_ On amène cette traitresse à l’échafaud !!
_ Qui ? Haylor ?
_ Nan, Mistinguett du Coquillage !
_ Protectrice des Coquillages.
_ Du calme, hein. D’abord, si on l’arrête, il faudra la déférer à un tribunal, expliqua Sigurd. Et…
_ Quoi ? Tempêta le petit lieutenant. Pourquoi faire ? Elle transgresse la loi, donc elle est coupable. Elle s’attaque aux Cachalions, donc elle mérite la peine de mort. Pourquoi s’encombrer d’un tribunal ?
_ On se le demande…
_ Alignement Loyal-bon, archétype croisé, j’en étais sûr !
_ De toute façon, on ne peut pas l’attaquer comme ça, temporisa l’homme-lion.
_ Et pourquoi pas ? On est dans la place, le plus dur est fait, insista Hyûma.
_ D’abord, parce qu’on a aucune preuve contre elle, alors la hiérarchie va me… Heu, nous taper sur les doigts. Pis on va se mettre la population sur le dos, en plus. Ensuite, ça n’empêchera pas les braconniers de chasser les Cachalions.
_ Zut, je n’y avais pas pensé… Et le Tarmac ? Il ne peut rien faire ? Demanda le nabot.
_ De nuit, on a toutes les chances de louper les braconniers. Avec un peu de temps, j’aurais pu demander à Guido de monter un phare sur le pont… Dommage…
_ Hé, j’ai un plan ! Annonça Loromin. Nous n’avons qu’à nous rendre jusqu’au port de Strucktown et empêcher les braconniers d’appareiller. Puisque notre facteur de mouvement est 4,3 ; en partant du principe que l’extension d’aventure en milieu rural se déroule en rase campagne à proximité d’un littoral de catégorie 2, que la lune à mi-quartier nous impose un malus léger de 8%, que mon Charme de Marchal Pié nous procure un bonus de circonstance de +28 pour situation pressante, et que j’exécute le Rituel des Bottes de Seth-Lieux, on atteindra le port dans les temps.
_ Un Port dans l’étang ? Vous avez compris quelque chose, vous, Capitaine ?
_ Ben… Il propose qu’on fonce dard-dard jusqu’à Strucktown, parce que c’est pas loin, expliqua l'homme-lion. Ça semble jouable ; par contre, je vois mal comment nous repérer pour savoir quelle direction prendre.
_ Aha, j’ai justement l’homme de la situation sous le coude ! Clama le petit lieutenant.
_ Un liliputien ? Cool, +9 en déplacement sous les résineux !
_ Jujuga n’aura qu’à s’élever dans les airs et nous guider jusqu’au port, expliqua Hyûma.
_ Jujuga ? S’étonna Sigurd.
_ L’oiseau.
_ Ah oui. Succulent animal.
_ Succulent ?
_ Je voulais dire charmant. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il fait là ?
_ Heu… Il est venu me faire son rapport.
_ Tu surveilles tes troupes pendant ton absence ? S'exclama le Capitaine.
_ Pas du tout : je voulais juste m’assurer qu’ils avaient trouvé un coin tranquille pour se dégourdir les jambes.
_ Mais Haylor n’a pas dit que… Objecta Loromin.
_ Article 53 du Code de Manœuvre, je cite, contra Hyûma, « Un responsable peut imposer à tout moment et par tout les temps des exercices d’entraînement à ses troupes, tant sur qu’en dehors du navire ». Donc ma troupe est allée batifol… faire un exercice d’endurance sur la terre ferme.
_ Bon courage quand Haylor va l’apprendre… Murmura Sigurd. Bien, il ne nous reste plus qu’à rassembler notre troupe. On va embarquer Igor, parce que sa présence est rassurante, et aussi la capitaine Vidna, pour ajouter un peu de poids hiérarchique dans tout ça. Hors de question que je sois le seul à endosser les responsabilités, pas vrai ?
_ Et Haylor ? Demanda le petit lieutenant.
_ Quoi, Haylor ?
_ On ne l’emmène pas ?
_ Se battre ? Bwhahahaha, mais ça va pas la tête ? Pis je préfère la mettre devant le fait accompli plutôt que la prévenir de ce qu’on va faire, donc on va la laisser dormir, hein…
_ En même temps, avec son Regard Irradiant calibre 46, moi je dis, elle avait ses chances…
_ Bon, commençons par aller réveiller Igor, alors, proposa le petit lieutenant. Il a le sommeil lourd, alors ça ne va pas être une partie de plaisir… »

Les trois compères filèrent dans le couloir, repérèrent la porte qui ne parvenait à filtrer les ronflements du locataire de la chambre, et pénétrèrent dans les appartements d’Igor. Ce dernier avait un peu réaménagé l’intérieur, notamment en envoyant bazardé le lit contre un mur, pour avoir suffisamment de place pour pouvoir s’étendre par terre. Roulé en boule sur le sol, il était l’image même de l’innocence. Quant bien même ses ronflements étaient à deux doigts de faire trembler les murs.

Hyûma s’approcha et murmura tout doucement à l’oreille du colosse.

« IIIIgoooor, c’est l’heure de se réveiller. »

Aucune réaction visible, si ce n’était peut-être un accroissement du volume sonore de la brute. Sûrement pour couvrir le remue-ménage. C’est qu’on ne s’entendait plus ronfler, avec ces types qui venaient vous murmurer à l’oreille.
Le petit Lieutenant réitéra la manœuvre, secouant doucement – quoiqu’essayant de secouer serait plus juste – l’épaule d’Igor.
Sans plus de résultat.

Le petit lieutenant se tourna vers ses compagnons, leur demandant s’il n’avait pas un pique ou un truc pointu : d’ordinaire, ça marchait bien. Malheureusement, personne n’en avait, ou ne souhaitait tenter l’expérience.

Hyûma se résolut donc à passer au plan B. Inspirant un grand coup, il se pencha sur l’oreille de son subalterne et se mit à vociférer à tue-tête.

Le colosse ne se réveilla pas pour autant. Par contre, il bougea dans son sommeil, tournant sur lui-même, et son bras comme vos deux cuisses s’abattirent sur son supérieur, l’emprisonnant sous une chape de chair. Il fallut l’intervention de l’homme-poisson pour libérer le petit Lieutenant de l’étreinte. Le trio dut donc se rendre à l’évidence : même l’effondrement du manoir ne parviendrait pas à réveiller Igor.

Le trio repartit donc dans le couloir, bien décidé à aller quérir l’aide du capitaine Vidna.

« C’est quelle porte, la chambre de Vidna ? Demanda Sigurd.
_ Au milieu, à droite, répondit l’homme-poisson.
_ Sûr ? Parce que si c’est celle d’Haylor, je ne vous raconte même pas…
_ Y’a qu’un seul moyen de le savoir, fit remarquer Hyûma en sortant son fouet.
_ Nananananan, c’est bon, je vais ouvrir la porte.
_ Allez-y.
_ Dame Chance, ayez pitié du pauvre Sigurd que je suis. »

Le cap’taine Sig’ tapota discrètement à la porte, sous le regard ahuri de ses deux comparses.

« Vous ne deviez pas l’ouvrir ?
_ Chhhut, moins fort, tu pourrais la réveiller !
_ Si vous ne l’ouvrez jamais, on ne saura pas qui est à l’intérieur !
_ En parlant de l’ouvrir, tu ne pourrais pas la fermer…
_ Loromin, ouvre la porte !
_ D’accord.
_ Naaaaaaan ! Pitié Hyalor, c’était pas mon idée !! »

Mais la porte s’était ouverte sur une chambre vide, ce qui rassura le capitaine autant qu’intrigua les deux lieutenants.

« T’es sûr de ne pas t’être planté, Loromin ?
_ Ah non, j’en suis certain, c’est sa chambre.
_ Mais c’est quoi cette manie de pas jamais être au lit ? Et les ordres, alors ?
_ Ecoutez, j’entends quelque chose ! »

Effectivement, l’ouïe du Capitaine ne l’avait pas trahi : on entendait des murmures venant du balcon, où Vidna s’était lancé dans un récital, une ode à la lune, d’après les paroles.

« Superzut, elle est en plein récital… Tiqua Loromin.
_ Hé bien, qu’est-ce que tu attends pour aller la prévenir, demanda Hyûma.
_ Ah non ! Elle va se mettre dans une colère folle !
_ Justement, c’est pour ça qu’on te demande de le faire, toi.
_ Et pourquoi moi ? Vas-y, toi !
_ Moi ? ça va pas la tête ? Non, non, c’est ton capitaine, vas-y.
_ Justement, elle est capitaine, vous aussi, ça devrait aller.
_ Hopopop, je vous donne l’ordre d’aller la prévenir, débrouillez-vous entre vous.
_ C’est pas mon capitaine, je n’y vais pas.
_ Justement, tiens, si c’est mon capitaine, je n’ai pas à obéir à votre ordre.
_ Quoi ? Non mais hé, ho, je…
_ C’est pas bientôt fini tout ce boucan !! »

La remontrance au ton enflammée tétanisa sur place les trois pauvres bougres, qui auraient soudainement bien aimé pouvoir être ailleurs. Lentement, leurs yeux se posèrent sur la porte-fenêtre menant au balcon, où la silhouette rageuse de Vidna se découpait très clairement.

« Qui ose pénétrer mon sanctuaire d’éloquence ? Qui ose séant faire preuve d’insolence ? Qui ose…
_ Toutes nos excuses, la coupa Hyûma. C’est compliqué mais en gros… C’est de la faute à la Princesse aux Coquillages.
_ Protectrice des Coquillages.
_ Plait-il ? Pourquoi prononcer le nom de notre hôte dans…
_ Elle oblige la marine à intervenir sur le champ, d’où notre interruption malvenue, expliqua Sigurd.
_ Soit. Je vais aller clairement exprimer le fond de ma pensée à cette mijaurée !
_ Ouais ! Au bûcher !
_ J’ai déjà dit non. La mission avant tout, capitaine : plus tôt nous l’aurons bouclé et plus tôt vous pourrez reprendre votre… heu… Contemplation poétique. »

Une fois la Capitaine sommairement mise au courant des intentions du groupe, le quatuor pilla les draps des chambres, improvisèrent une échelle, et prirent la poudre d’escampette par le balcon, à l’insu des occupants du manoir.

Hyûma expliqua sa mission à Jujuga et l’envoya en reconnaissance. Le volatile ne tarda pas à revenir, leur indiquant la direction du port de Strucktown.

« Jujuga a parfaitement localisé Strucktown, il dit qu’il suffit de passer tout droit dans la forêt et qu’on en aura pour une bonne heure de marche. Et donc qu’on devrait se presser.
_ Délicieux animal.
_ Délicieux ?
_ Je voulais dire ingénieux. La forêt. Elle nous a pas dit un truc à propos de la forêt, l’ainée Shiraharam ?
_ Qui ça ? Demanda le petit lieutenant.
_ L’assistante du médecin, la grande, expliqua Loromin.
_ Ah, celle qui est venu me dire que les tout petits étaient des microbes ! Hé bien elle en a eu pour son grade, non mais ! Venir m’insulter en face, non mais quel toupet !
_ Heu… Je crois qu’elle voulait plutôt te dire que les écureuils Toupoutou…
_ Un "s" ou "x" au pluriel ?
_ … véhiculait des microbes, c’est tout, expliqua Sigurd.
_ Ah bon ? On m’dit jamais rien, à moi…
_ Bref, il faudra faire attention à ne pas faire mordre.
_ Ou vous me laissez un peu de temps pour qu’on s’en serve de troupes de choc contre les braconniers ? »
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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 31/3/2012, 12:09

Sigurd, le 28/11/2010

-Pwouch. Au début, j'avais un peu peur qu'on mourrait de chaud, sur cette île. Je veux dire, l'été en été, ça doit être atroce, de dormir dans un lit inondé de sueur, hein? M'en fait, il fait vraiment bon, ce soir. Vous trouvez pas?

Et c'est ainsi que, vêtus d'uniformes on ne peut moins réglementaires (des pyjamas à carreaux vachement sobre pour Hyûma et classieux pour moi, une robe de chambre bien épaisse qui permettra à demoiselle Poéta de conserver toute sa dignité malgré la mélasse que Pad'Bol nous enverra, et un poncho à motif écossais résolument bleu vêtement traditionnel de Moine Ninjavare pour ce cher Loromin), notre méga bande de super héros continua sa petite aventure sans perdre de temps.

Nous avons donc... une femme, un demi-homme-demi-poisson, un demi-homme-demi-lion, et un... homme? Nain? Demi-homme-demi-nain? Nan, ça le vexerait, ça. On va dire demi-homme, dans ce cas. Ca fait un homme et demi, une femme, un demi lion et un demi poisson.
Ce qui nous donne un total de trois personnes et demi. Mais si je raconte ça, personne ne me croira, du coup. Allez, comme Helga n'a pas l'air d'avoir toute sa tête, je vais pouvoir arrondir à trois personnes, ni vu ni connu.

Trois personnes qui s'aventuraient dans la forêt, avec la lune pour guide bienveillant, et des lanternes comme moyen de s'éclairer. On les avait emprunté au manoir de la chatelaîne, mais considérant qu'elle faisait parti du camps des vilains, c'est pas plus grave que de faire ses courses sur un pirate, hein? Et puis, comme ça, on verrait les dangers venir.

D'ailleurs, en parlant de danger...

-Parait que y'a des hibours, dans le coin. Quelqu'un sait à quoi ça ressemble, exactement?

Ouais, j'ai lu dans le descriptif de l'île qu'en plus des toupoutous, y'avait d'autres bestioles. Après, je ne suis pas zoologue, moi. Heureusement, même si seul Hyûma devait vraiment approcher du zoologue, mes trois coéquipiers étaient bien plus calés que moi sur le sujet. Chacun dans sa branche, bien sûr.

-Et bien, comme son nom l'indique, l'animal ressemble particulièrement à un ours. A l'exception de la tête, car les yeux de l'animal font davantage penser à ceux d'un oiseau. Comme signe distinctif, on peut également noter la présence de plumes sur les pattes, entre autres.
-Facteur de masse quadruple, pouvoir surnaturel de regard hypnotisant, modificateur de
+20 à tous les sorts du domaine de la gourmandise. Et même +40 si du miel a été utilisé comme focalisateur durant le lancement du sortilège. Présent uniquement sur des terrains à dominante estivale depuis que Baloo, divinité des ours et de l'autosuffisance, en a décidé ainsi. Bon challenge pour des parties mettant en scène des personnages de niveau 3.
-Un fabuleux faciès d'olympien dont la majestueuse stature est rehaussée par la présence de plumes à hauteur des sourcils, pour un résultat des plus élégants. Nombre d'artistes ont tenté de capturer son charme, et les plus grands ont rivalisé d'ardeur pour obtenir la palme. Cela me rappelle une charmante sonate que j'ai pu entendre durant le mariage d'une amie...

Et... et oui, Zedna utilisa sa voix parfaitement travaillée et surentraînée pour partager avec nous l'air en question. Vu qu'elle ne faisait plus attention à nous, nous lui rendîmes la pareille.

-Régime alimentaire d'omnivore, avec une forte préférence pour la viande. Mais rassurez vous, les membres de cette espèce éternent et ne nous poseront donc aucun problème.
-Éterne? Un ours, ça hiberne, non?
-Un ours, oui. Mais un hibours, ça éterne. Sur les îles comme celles ci, ils s'endorment au plus dur de l'été, afin de profiter de la fraicheur de leurs grottes.
-Éternue? A vos souhaits.

A mon formidable trait d'esprit, Hyûma se renfrogna. Hilida daigna alors se charger de conclure l'exposé et couper court à toute potentielle dispute.

-En somme, l'une des plus merveilleuses créatures jamais envoyée par l'Eden céleste. Qui reste néanmoins un mystérieux animal dont on ignore encore...
-Comment ça, animal mystérieux? De nombreux zoologues ont déjà étudiés ces puissants habitants des forêts, et bien qu'ils aient du prendre beaucoup de précautions...
-La nature renferme des mystères qu'aucune science ne déterre!
-Mais le guide du MJ lui permet d'approximer vachement bien, quand même.

Eh oui, c'est le genre de chose qui arrivent parfois quand on rassemble des experts venant de divers champs académique. Ne me reste plus qu'à ne pas faire de jaloux dans mes remerciements.

-Euh... ok, j'ai compris, merci. Donc si je vois un animal, je lui demande quel est son facteur de bonus à la pêche au saumon, ainsi que le nombre de poèmes le concernant. Si en plus il accepte de me faire des révélations plus intimes en ce qui concerne l'âge auquel il a rejoint le cercle fermé des reproducteurs de son espèce, et que les trois concordent, je saurais qu'il faut fuir.

Aucun problème. Absolument aucun problème. Enfantin. En parlant d'enfant, je crois que Hyûma ne va pas tarder à piquer sa crise. Heureusement, Dame Chance avait semé sur notre chemin un obstacle qui allait me mettre à l'abri de son courroux.

-Oh, regardez! Un croisement.
-Ah oui, un croisement.
-Et maintenant, on fait quoi?
-Gauche ou droite?
-Je dirais pile ou face.
-Personne n'a pensé à apporter de carte?
-Je les ai suffisamment étudiées pour pouvoir reconnaître le chemin, se défendit Hyûma.
-Et alors?
-Eh bien... ce croisement n'apparaît sur aucune carte.
-Chouette. Pile ou face?
-Vu que le croissant de lune porte à gauche, il faut aller à droite, objecta Loromin. Enfin, techniquement, il faudrait faire marche arrière de cinq pas et prendre à huit heures, mais...
-Pile, à gauche, face, à droite. Je fais ça dans l'ordre Hyûma-Sigurd-Loro-Vidna.
-Mmmrrrunflughllll... je n'aurais pas du renvoyer Jujuga en éclaireur, débusquer le navire des braconniers.
-On fait quoi, alors?, demanda Loromin. J'aurais bien effectué un sort de reconnaissance de Boy-Scout, mais comme je n'ai pas eu l'occasion d'effectuer de BA aujourd'hui... ou alors je convaincs Sigurd de vendre son âme à la Grande Cheftaine des Castors. Ouais, ça peut marcher.
-Eh bien, pour ces situations, la procédure standard est de...
-S'en référer à un supérieur, complétais-je. Et comme z'êtes toupet...
-Plaît-il?
-Nan, j'avais cru voir un toupoutou. Fausse alerte.

Après une âpre discussion durant laquelle le frustratillomètre du Tenaka ne fit que grimper dangereusement, il fut finalement décidé que l'on se séparerait en deux groupes, afin que, quoi qu'il arrive, au moins deux d'entre nous parvienne à rejoindre là ville. Un fois sur place, après tout, le nombre importerait peu: on n'aurait qu'à rejoindre le poste de la marine local, réquisitionner autant de monde qu'on voudrait et encercler les méchants braconniers. Ou alors fuser direct au port, pour leur faire interdire le départ de navires. On verrait bien sur le coup, pour le moment, fallait composer les équipes.

-Ooooh, donc Sigurd va à droite et Hyûma à gauche... comme c'est dommage, on sera pas ensembles! Merveilleuse Dame Chance au plus haut des cieux, merci pour tout! Quant à Loromin... pile? Bon, ben tu vas avec Hyûma. Vidna, vous me suivez?

S'étant tranquillement assise à l'écart de nos bruyantes jérémiades sans intérêt, sur un caillou relativement propre, Vidna mit fin à l'étude de la poétique croissance d'une substance fongique à faible niveau de toxicité sous clair de lune. A contrecœur, mais non sans avoir imprimé cette paisible vision dans son esprit.

-Bon, bah on se retrouve plus tard, hein?
-Je l'espère bien. Vous n'allez pas profiter de la situation pour tirer au flanc, n'est ce pas?
-Faîtes attention, tout de même. Dans les trois quarts des scénarios ayant lieux de nuit en forêt, on tombe soit sur des Morts Vivants, soit sur des Tronço-Berserkers chaotiques mauvais.
-Euh... on regardera, c'est ça. Vous en faîtes pas.


Après cinq minutes de marche.


-Euh... vous avez un problème avec moi, vous aussi? Ou bien c'est juste avev les formes de communication conventionnelles?

Nan, je dis ça comme ça, parce que j'ai bien tenté d'ouvrir quelques portes pour une éventuelle discussion et qu'elle les a toutes refermées avec plus ou moins de subtilité (ou d'intérêt, ça dépend de chez qui on se place).

-J'aurais du demander à Miiyu c'était quoi, le truc. Que je me transforme et qu'on copine tout de suite, ça c'était bien. Mais là... avec le Tenainka irascible et l'artiste lunatique, c'est pas gagné. Pire encore, Loro ne se souvient plus de moi! Heureusement que Meadow s'est arrangé pour rester avec moi, parce que sinon... pas gagné.

Toujours aucune réaction. J'aurais presque préféré la compagnie de Hyûma.

-Hey mais au fait, je peux dire du mal de vous, et vous ne le remarquerez même pas, hein? Grosse moche zarboïde!

Ah tiens, un signe de vie! Elle leva la main à son visage et... et... elle se mit alors à fredonner un énième air qui sortait à nouveau d'on ne sait où.

D'on ne sait où.

D'on ne sait où.

-Tiens, mais je le connais celui là!

C'était quoi déjà, le titre? Viewtiful John et la Jungle aux milles Périls. Si ça, c'était pas la musique de fond de quand John, le plus classe corsaire de tous les temps, s'aventurait dans le cimetière de la tribu des sauvages adorateurs du Professeur Thanatos McDoom, j'étais près à demander Brutus en mariage. 'Fin, presque.

En tout cas, faute de matériel et des mêmes talents cantateurs que Filda, je dus donc composer avec les moyens du bord et sifflotai le même air qu'elle, ce qui attira son attention bien plus efficacement que précédemment.

-Un connaisseur?
-Et ouais. On dirait pas comme ça, mais il a de la culture quand même, le Sigurd, hein?
-Opéra de bas étage, commenta t-elle.
-Rhooo... rhaaaallez, ça reste super marrant quand même, mine de rien. Même Althias a rigolé. Pis les scènes de combat sont extras!
-Je vous l'accorde. Mais...

Et c'est ainsi que la miss Vidna me fit la déconstruction intégrale de tous les ressorts de la trame, avec une étude détaillée des tirades les plus remarquables (qu'elle connaissait bien évidemment par coeur) et annotations en bas de page (dans un exposé oral, en effet. Comme quoi, elle maîtrisait VRAIMENT son sujet).
J'aurais vite arrêté de l'écouter si elle n'avait pas mit autant de chaleur dans son exposé: on va dire que c'est son ton très vivant qui a capturé mon attention. De son coté, elle avait quand même l'air contente de pouvoir discuter technique avec quelqu'un qui pouvait au moins suivre le fil des idées.

C'est pourquoi elle fut horriblement déçue lorsque Dame Chance mit une nouvelle épreuve (facile) sur notre chemin. Le sentier semblait envahi par la végétation, et ce genre de truc signifiait généralement "impasse qui débouche sur un fossé rempli d'orties".


-Mmmmh... bon bah je vais voir, hein. Si c'est vraiment impraticable, on fera demi tour comme convenu et on rattrapera les autres. Je reviens bientôt, pas d'inquiétudes!

Allez, courage. Enfin, nan, pas courage: la trouille m'a sauvé la vie tellement de fois que ça serait dangereux de devenir courageux. Juste un peu de nerf. Si c'est un animal dangereux, je me transforme et la loi de la jungle me proclame aussitôt vainqueur de la bataille. Car le lion est le roi des animaux. Point.

Et puis, comme j'ai mangé un zoan, je n'ai pas à craindre les écureuils mortels qui habitent dans le coin, n'est ce pas?


Donc aucun soucis.


Tiens, ça bouge par là bas.





-UN TOUPOUTOU!!! A L'AIDE!!! Y'A UN TOUPOUTOU ICI!!!

Je reculai de mon mieux, pour éviter l'affreuse créature qui s'approchait de moi. Par les tripes de Pad'Bol, qu'elle était vilaine! Ce regard méchant, cette peau luisante, ce sinistre tac-tac régulier à chaque pas qu'il fait, et ce pyjama à rayures.... qui... qui... appartient à Hyûma, non?

-A L'AIDE!!! IL VA ME TUER, IL VA ME TUER!!! DAME CHANCE, MAMAN, A MOI!!!
-Calmez vous.
-Euh... ben en fait... nan, c'est pas exactement ça, mais... oui, il n'y a aucun toupoutou ici. Peut être. Sûrement. Ou pas. C'est surtout que... ah, je sais!
-Qu'est ce que vous savez?
-Ben en fait, y'a pas de toupoutou parce que je l'ai fait fuir!
-Ah?
-Oui, avec mes cris.
-Vraiment?
-Bien sûr. Les médoc m'ont expliqué qu'ils n'aimaient pas les zoans, chais pas pourquoi, mais... ptêtre que rien que ma présence leur est insupportable? Si ça se trouve, ma seule présence va...
-Inutile, je ne vous crois pas.
-Hein? Ben pourtant... nan, c'est pas ce que vous croyez, en fait...
-Parce que l'animal que vous avez vu est toujours là. Regardez.

Partagé entre la moquerie et l'irritation, le Tenaka m'indiqua d'un hochement de tête la petite bête que j'avais confondu avec l'un des dangereux écureuils. C'était pas entièrement vrai, mais je ne me serais absolument pas hasardé à lui expliquer ce qu'il en était réellement. Et, à en croire son réflexe défensif de petit mammifère apeuré, je ne pense pas que le troisième intervenant pense à me trahir. En plus, Hyûma ne parlait pas hérisson, hein?

-Ah, bah en fait c'était pas un toupoutou, tiens.
-Voilà qui explique tout, allez.
-......., répondis-je en acquiesçant.
-On continue. Et toi, file donc te mettre à l'abri, petit hérisson!

La boule de pics obtempéra sans attendre. Ce qui renforça ma curiosité au point de me faire poser aussitôt la question (en temps normal, j'aurais attendu cinq secondes, le temps que l'idée me vienne à l'esprit).

-Tiens, vous causez aux hérissons, vous? J'ai entendu dire que z'aviez fait un chouette numéro avec des oiseaux, et y'a eu le drôle de truc avec ce charmant volatile qui fait des rapports, mais...
-Eh bien?
-Beeen... vous parleriez aux lions?
-Bien sûr. Comment ferais-je pour si bien m'entendre avec Brutus, selon vous?
-Là chais pas, j'arrive à me faire adorer et détester de lui sans rien avoir cherché, alors bon...
-C'est parce que vous n'avez pas respecté les règles de bienséance. Que diriez vous si l'on s'installait sur votre navire sans vous demander votre avis?
-Pas grand chose, Evil serait déjà sur leurs talons.
-Evil?

Oups?

-Oh... oui, Evil. L'un des émissaires de Pad'Bol, qui tourmente tout particulièrement les squatteurs.

Excellente réponse. Personne ne poursuit jamais une discussion quand je ramène Pad'Bol sur le tapis. Et ils ont bien raison, parce que ça ne fait qu'attirer son attention.

-Bref bref bref. Vous seriez capable de communiquer avec moi si je me transforme?
-Bien sûr, mais je ne pense pas que...

Que le moment soit bien approprié? Rien à fichtre, j'me transforme quand même! Moi j'ai une hypothèse à confirmer, et la connaisscience n'attend pas.

-Roar?

A ceci, Hyûma répondit par divers bruits résultant d'une savante combinaison de grognements, claquement de dents et autres sonorités inhabituelles que j'eus la charmante surprise de ne pas comprendre. De même, lui fut incapable de comprendre ce qui lui paraissait être l'équivalent de balbutiements indifférenciés. Après de pénibles efforts pour prolonger l'expérience, je décidai d'arrêter.

-C'est nuuuuul! Alors comme ça, je peux me transformer en lion, mais ça ne m'apprend pas à parler lion? Pourquoi on m'a pas fourni la notice du truc, avant que je le mange?
-Ni à vous comporter en lion, de ce qu'on a pu voir.
-Ah bon?
-Demandez à Brutus, il vous l'expliquera mieux que moi.
-Mwarf. Donc je suis quoi, un illettré?
-Vous le seriez si les lions savaient écrire. Là, vous êtes plutôt un inculte.
-Oh, vous connaissez ma grand mère? C'était limite mon surnom!

Faisons lui confiance, Hyûma aurait sûrement trouvé un truc très agréable à me rétorquer. Manque de chance pour lui, Loromin profita de cet instant d'inattention pour surgir de l'obscurité, et ne parvint à éviter une brutale collision que grâce à ses sept niveaux de Moine Ninjavare sus-mentionnés.

-Bon, c'est pas grave. Donc en fait, les deux chemins se rejoignent au final?, demandais-je à l'homme poisson.
-.... vous vous êtes téléporté ici, Capitaine?
-Il semblerait que oui. Tant mieux pour nous, d'ailleurs.
-On peut vérifier, si vous voulez. J'aurais juste besoin que vous prêtiez serment sur votre honneur de Castor-Agile, ainsi que... mmmh... non, je ne me permettrais pas de vous demander une goutte de votre sang, voyons.
-Bon, donc y'a plus qu'à rejoindre Vidna, et ensuite...

Et ensuite quoi? On verra après. Là, j'ai plutôt envie de me demander pourquoi on ne voit plus la lumière de sa lanterne. Elle était là, tout à l'heure, pourtant. Et nous, on a pas bougé.

Doooonc, logiquement...
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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 1/4/2012, 10:13

Loromin, le 04/12/2010

Le MJ avait décidé dans la forêt de nous diviser en deux groupes. Dans ces cas-là, il y avait deux solutions différentes. Soit on prenait un groupe très fort et un très faible, qui permettait dans les donjons dont le level s’adaptait à celui des joueurs, d’Xper les plus faibles sans retenir les plus forts. Dans les donjons où ça n’était pas le cas, ça revenait ni plus ni moins à sacrifier l’équipe la plus faible. Elle y était rarement consentante, mais j’étais déjà, malgré mon jeune âge, parvenu à tromper ainsi deux groupes de gens, me permettant de level upper au mieux.
L’autre solution étant évidemment de faire des groupes de puissance égale. C’était la solution la plus courante, mais elle nécessitait d’avoir extrêmement bien évalué la difficulté de l’instance, ou les deux équipes connaitraient un fiasco total, engendrant des pertes sur des plans multiples : expérience, butin, réparations, foi… Et j’en passe.

J’avais du mal à m’exprimer sur les groupes. Je savais que la Cap’tain était super balaise en combat rapproché avec son katana presque aussi grand qu’elle, mais il faudrait qu’elle se décide à se battre, et ça n’était pas gagné, vu qu’elle pouvait être distraite par une fleur aussi bien que par la vue du sang jaillissant dans un arc pur sous la lune violette (licence poétique).
Si c’était le sang, elle pouvait soit s’arrêter et contempler, ou vouloir pousser les expérimentations plus loin. Dangereux. Un genre de possession par un Démon de Sang d’au moins troisième cercle.
Sigurd pouvait se transformer en lion, ou en demi-lion, paraît-il, vu que tous les zoans le peuvent. Avantage de classe nécessitant cependant un apprentissage poussé pour optimiser tout ça. Après, son level, je ne le connaissais absolument pas, mais normalement, la forêt ne sera pas dangereuse, puisque le risque principal, c’est les Toupoutous, et qu’il est immunisé. Comme moi.

Personnellement, j’avais une très bonne puissance, résistance, défense et barre de vie, mais niveau dexterité, agilité, vitesse et précision, en milieu non-marin, ce n’était pas vraiment ça. Mais comme j’étais aussi immunisé aux Toupoutous, je ne devrais avoir aucun problème.
On ne pouvait en dire autant d’Hyuma. Autant, en compagnie de son équipage, il possédait de très bonnes stats basées sur ses grosses capacités de dressage. Seulement, son equipage n’était pas là, ni ses animaux. Du coup, ses capacités semblaient se réduire à agiter une cravache dans tous les sens (ça faisait mal, quand même, dans les mollets) et parler aux animaux. Avec un peu de chance, si on rencontrait des Toupoutous, il pourrait les convaincre que nous venions en paix ou un truc du genre. Ce qui était vrai. Sauf si on trouvait le Sanctuaire de… Top Secret.

Enfin, le goupe fut réuni. Une bonne chose que personne n’ait péri durant cet eprouvant trajet dans la pénombre. Mais les chemins se rejoignaient au final ? Pourtant, la Lune indiquait une autre direction, et j’avais bien pris en compte l’orientation des feuilles d’arbres à 24%, donc c’était pas possible que je me sois trompé… En plus, on avait même pas rencontré de zombis ou des Tronço-Berserkers Chaotiques Mauvais ! Enfin ça pouvait encore venir, mais la forêt était décevante…
Sauf que ma cap’tain avait disparu ! Mince alors, en plus, personne l’a vu partir… Au moins, il lui restait sa lanterne pour qu’on la retrouve…
« Voilà qui est problématique ! » s’exclama Sig’.
« Surtout qu’elle a pas l’immu 100% au poison des Toupoutous… »
« Et qu’elle représente une partie non-négligeable de notre force de frappe. » continua-t-il.
« Sans elle, on est fortement diminués. » achevai-je.
« Comment ça ma taille fait que… »
« Y’a que deux possibilités… Je crois… » dit Sigurd.
« Qui sont ? »
« Soit elle est juste partie se promener, vu que c’est le genre de choses qu’elle a l’air de faire fréquemment, soit… »
« Oui ? »
« Les Toupoutous l’ont enlevé ! »
« Oh mon dieu ! »
« Croyant ? »
« Quelle divinité ? Faut que j’étudie les bonus… »

Heureusement, Illia n’était pas une forestière accomplie, donc sa piste était facile à suivre, même ) la lueur d’une lanterne qui éclairait qu’à moitié. En plus, comme je le pensais, du fait de sa promiscuité avec les animaux, Hyuma savait plutôt bien suivre une piste. Sigurd, lui, n’était pas très bon à ça, malgré sa nature de lion. Mais les lions vivent dans la savane, normalement, pas dans la forêt. Tout s’explique.
Du coup, fallait que je refasse les calculs estimatifs. J’avais oublié de prendre en compte le malus de terrain pour Sigurd. Pour moi, j’avais l’habitude, mais comme il était humain avec artefact Fruit du Demon, je m’étais dit que y’en aurait pas. Grossière erreur.

Nous la retrouvâmes une cinquantaine de mètres plus loin, au bord d’une rivière qui prenait des éclats argentés sous la clarté de la lune. Forcément. Elle devait avoir un instinct pour trouver les lieux les plus chargés de magie. Arf, faudrait que je me fasse aussi une étude généalogique pour déterminer l’exact nature de cette capacité. Ca prendrait longtemps, mais ça en vaudrait la peine. J’espère.
C’est alors que nous vîmes, face à elle, deux Toupoutous. Même à la lueur tremblotante des lanternes, je vis qu’il y en avait un à tâches vertes et un à tâches rouges. Ils semblaient en pleine intimidation respective, avec crachats, grognements et mouvements des oreilles.

Nous nous esquivâmes, puisque c’était le plus sûr.

Nous marchions en silence, enjambant les racines (ou les escaladant), écartant les branches (ou passant dessous sans se baisser) quand nous distinguâmes une pauvre créature blessée. Un genre d’écureuil à tâches vertes était acculé par quatre écureuils à tâches rouges qui lui grognaient dessus. Encore des Toupoutous.
« Dites, on commence à croiser beaucoup de Toupoutous en guerre, là, vous trouvez pas ? » lâcha Sig d’un ton mal assuré.
« Ces nobles rongeurs ayant élu demeure au sommet des majestueux arbres de cette forêt semblent sous le coup d’une ire trempée dans la haine. »
« Vous voulez que j’essaie de leur parler ? » dit Hyuma en se rapprochant.
« Non, surtout pas ! Et s’ils se mettaient d’accord pour tous nous attaquer une fois qu’ils nous auront vus ? Vaut mieux partir en douce… » répondit Sigurd.

Ce que nous fîmes. Quelques instants plus tard, nous vîmes cette fois un écureuil à tâches rouges défendant son espace face à quatre adversaires à tâches vertes.
« On les évite, hein ? » demanda anxieusement Sigurd.
D’un commun accord, nous fîmes prudemment le tour de la zone des belligérants. Un peu plus loin, alors qu’on pouvait apercevoir la sortie de la forêt à une centaine de mètres, nous aperçûmes cinq écureuils de chaque couleur qui se faisaient face, rangés en ordre de bataille.
« Dites, ça sent vraiment la fable, là, non ? L’oeil de Pas d’Bol est fixé sur nous ! »
« J’ai présentement souvenir d’un certain nombre d’œuvres ayant de tels événements comme points focaux, parmi lesquels moult gestes et odyssées. »
« Il doit s’agir d’une quête cachée divine. Mais il faut maintenant faire un choix, et comment choisir avec si peu d’informations ? Il faut donc se baser sur l’hypothèse que c’est un test de personnalité dans lequel nous pouvons éventuellement gagner un bonus divin, ou recevoir un malus énorme. »
« Donc j’leur parle ou pas ? »
« On n’était pas censés se dépêcher d’aller au port pour coincer les braconniers ? »
« On parle d’une quête divine, là, Capitaine Sigurd, on peut pas laisser tomber comme ça ! Mais y’a aussi la quête du Dieu-Cachalion… Vaut mieux en finir rapidement…»
« Capitaine Sigurd… Ca me lassera jamais de l’entendre… Capitaine Sigurd…Captain Sigurd… Captain Sig’… »
« En effet, cette affaire mérite qu’on y accorde réflexion. »


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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 7/4/2012, 10:18

Hyûma, le 18/12/2010

Le port de Strucktown était un nom des plus prétentieux pour ce que c’était : un petit conglomérat de bicoques miteuses, qui pouvaient se compter sur les doigts des deux mains, avec une série de pontons aux planches en grandes parties moisies en guise d’embarcadère.

Mais quand on est du genre à appeler « château » son petit manoir, et « princesse » la bourge qui y vit, on en est pas à une exagération près, je suppose.

La nuit était bien avancée. La lune perçait à grand peine la couche de nuages ambiante, et baignait le coin d’une pâle lueur, ajoutant une touche sordide et fantomatique au décor pittoresque. Une brume épaisse s’élevait lentement des flots et remontait le long de la berge, nous assurant qu’on ne nous repérerait pas. Ce qui était bien le minimum, puisque nous non plus n’y voyions rien. Tout juste devinait-on les formes floues et sombres de deux navires de faible gabarit, amarrés à l’embarcadère.

L’air était sans cesse déchiré par les éclats de voix rauques des marins qui s’activaient pour le départ, avec l’inévitable tintamarre qu’entraînait cette activité. C’était rassurant : avec l’épisode des Toupoutous, Loromin avait failli nous obliger à nous lancer dans une quête divine, avec bonus d’ixpé, miracles et items qui déchirent à la clef. Ce qui nous auraient bouffé un max de temps et fait louper les braconniers.
Heureusement, le Cap’tain Sigurd s’était rangé à mes arguments : la marine à interdiction de s’immiscer de son propre chef dans une guerre civile, hormis sur sollicitation express et explicite du gouvernement en place. C’est dans le règlement XVI.IX relatif aux prérogatives du capitaine lors des luttes intra-ethniques au sein d’un protectorat du gouvernement mondial.
Bref, nous étions dans les temps, et tout le boucan que faisaient les braconniers était une chance pour nous, car cela couvriraient notre approche.

« Aaaah… Aaaaah… AAAAAH »

Nan…

Si. Le capitaine blondinet a justement choisi ce moment pour éternuer dans un boucan du diable. Aussitôt, nous avons tous jeté des regards apeurés en direction du dock. Les secondes se sont égrenées lentement, puis nous nous sommes relâchés dans un soupir de soulagement.

« Ne recommencez pas, Capitaine ! L’ai-je sermonné. Vous allez finir par nous faire repérer.
_ C’est pas ma faute : j’ai fini par attraper froid, à me promener dans le froid en pyjama. Et c’est pire maintenant qu’on ne bouge plus.
_ Y’avait pas de temps à perdre, c’était une urgence, lui rappelai-je.
_ On aurait quand même pu prendre le temps de s’habiller, nan ?
_ Et risquer que ces dégénérés nous échappent ? Jamais !
_ Ben oui, mais…
_ Jamais !
_ Vous ne saviez même pas ce que j’allais dire…
_ Ces mécréants s’en prennent à une espèce protégée, ils méritent la mort sur le champs et dans les plus brefs délais. Y’a pas à discuter.
_ C’est long, fit alors remarquer l’homme-poisson. T’es sûr que ton ziozio est sur le coup ?
_ Jujuga est un expert en reconnaissance, il est consciencieux.
_ Ç’aurait été quand même été plus vite si vous m’aviez laissé faire. »

Le Cap’tain Sigurd et moi avons jeté un regard fuyant à Loromin, avant de nous dévisager. Lorsque j’avais décidé d’envoyer Jujuga en reconnaissance, l’homme-poisson nous avait fourrés sous le nez un cul de bouteille cassé, avant de nous révéler que c’était la fameuse lentille du poulpe unijambiste, qui donnait des bonus mirobolants sur les jets de détection et de fouille. Il avait poursuivit sur un galimatias incompréhensible sensé nous démontrer par A+B qu’il ne faisait qu’enchaîner les avantages pour cette opération. Un simple coup d’œil entre l’homme-lion et moi nous a suffit pour décider d’un commun accord qu’il était somme toute préférable d’envoyer l’oiseau en reconnaissance.

« Jujuga a un point de vue aérien, ça nous sera plus utile pour jauger complètement la situation.
_ Ça nous fera une belle jambe s’ils mettent les voiles avant son retour, objecta Loromin.
_ On s’en apercevra bien avant, aucun souci.
_ Je croyais qu’il fallait châtier ces dégénérés sur le champ.
_ Tout à fait, mais on fait d’abord le point sur la situation.
_ Donc on ne peut pas se permettre de perdre du temps à s’habiller chaudement, mais on peut rester des plombes assis dans le froid avant d’intervenir ? Tu parles d’une logique, grommela Sigurd.
_ Oui mais non, c’est pas pareil.
_ Et puis d’abord… »

Visiblement, les deux zigotos étaient bien partis pour me prendre la tête. Genre c’est ma faute si on se retrouve à grelotter derrière une fougère, en pyjama, à deux heures du mat’ ?

« Mais vous allez vous taire ? Vous allez finir par nous faire repérer. Prenez exemple sur Vidna : elle, au moins, elle sait se faire discrète.
_ C’est plutôt qu’elle boude parce que vous l’avez empêché de finir son quatrain, tout à l’heure.
_ Pis elle a une robe de chambre en plus, elle. »

Et après, on s’étonne que je préfère la compagnie des animaux…

Un gloussement rauque a attiré notre attention. Il provenait d’un gros oiseau bariolé, perché sur une branche qui nous surplombait. Jujuga. Avec force piaillements et mouvements d’ailes, celui-ci m’a fait son rapport.

« Oh ! Le chapon est de retour, s’exclama l’homme-lion.
_ Je rêve ou vous venez de saliver !?
_ Manger un morceau m’aiderait à me réchauffer…
_ Bon. Il dit qu’il voit de l’activité sur trois navires. Une vingtaine d’homme à chaque fois. Plus à peu près autant sur le quai.
_ Très bien, alors il nous faut un plan d’action pour les neutraliser.
_ On les massacre et on traîne leur corps au bûcher !
_ J’ai dit neu-tra-li-ser, hein…
_ Mais ce sont des bra-con-niers !
_ On va se séparer en trois groupes distincts et les attaquer simultanément. Ce ne sont pas des combattants aguerris, avec l’effet de surprise et la confusion, y’a moyen d’en mettre un paquet hors-jeu et les autres paniqueront.
_ Comment forme-t-on les groupes ? Demanda alors l’homme-poisson.
_ Il faut qu’ils soient relativement équilibrés. Donc Loromin formera le premier groupe, Vidna et Hyûma formeront le second, et je formerai…
_ Hein !? Et pourquoi je ne fais pas cavalier seul, moi ? Alors parce que je suis une demi-portion, je ne forme qu’un demi-groupe, c’est ça ? C’est ça ?!
_ En fait…
_ C’est inadmissible ! Et je…
_ Mais pas du tout : moi, je fais équipe avec Jujuga. Il n’y a que Loromin qui soit seul, parce que c’est un gra… parce qu’il est très costaud. Donc aucune discrimination, hein. Maintenant, voilà le plan : je me morphe en lion et je sème la panique sur les docks. Pendant ce temps, Vidna et Hûma, vous prenez d’assaut le caboteur le plus proche. Et Loromin, tu prends à revers le navire le plus éloigné. Une fois que j’aurai clairsemé l’embarcadère, je m’occupe du rafiot du milieu. Compris ? »

Nous avons acquiescé avec force murmures et hochements de têtes, puis nous nous sommes déployés. Sigurd s’est transformé en ersatz de lion, et a filé en direction du ponton, suivi de Jujuga, pendant que Loromin nous confiait son poncho avant de se glisser à l’eau.

Quelques secondes se sont écoulés, puis des cris paniques et des genres de rugissements nous sont parvenus. Le Cap’tain Sigurd était passé à l’action ! Aussitôt, Vidna et moi avons bondi hors de notre couvert et nous sommes précipité jusqu’aux embarcations. La grande bringue me distança aisément, avalant en quelques secondes la distance qui la séparait du ponton. Elle prit à peine le temps de s’accroupir avant d’effectuer un bond gracieux dans les airs et d’atterrir sur le pont du caboteur, lame au clair.

Bien décidé à ne pas être en reste, j’ai accéléré sur les derniers mètres et moi aussi, j’ai sauté.

Sauf que le bastingage du navire a traitreusement gagné un bon mètre de hauteur, m’empêchant de passer par-dessus, et j’ai heurté la coque de plein fouet. Heureusement, j’avais sorti mon arme avant de sauter, et j’ai pu l’enrouler autour de la vergue du mât, m’évitant ainsi une hydrocution dans la flotte.

Tandis que j’étais en train de grimper à mon fouet pour remonter, j’étais aux premières loges du boxon. Les gens hurlaient à qui mieux-mieux, certains voulaient monter sur le navire pour esquiver le fauve –qui du reste, était déjà grimpé dans un rafiot, mais personne ne s’en était rendu compte dans la confusion–, d’autres souhaitaient descendre à terre pour éviter, qui un énorme lion aux crocs acérés, qui une baleine humanoïde aux bras comme leur cuisse, qui une sadique découpant les gens au sabre en entonnant l’ "Aqua Irae" de l’Opéra de Vinschelhaft. Ça se percutait dans tous les sens, ça tombait à l’eau, ça en rajoutait à la confusion, et bien vite, tout ce petit monde se crut assailli par un équipage massif de pirates.

La brochette de bourrin a suffi amplement à museler toute tentative de braconnage du côté des pêcheurs, sans que j’eusse besoin de lever le plus petit doigt. Ma contribution à ce foutoir se borna donc à bouter le feu au navire qu’on attaquait, dans le vain espoir de cramer quelques uns de ces hors-la-loi, mais sans succès : tous eurent la présence d’esprit de sauter par-dessus bord.
Qu’à cela ne tienne, dès demain je ramènerai la meute et on les pistera. Et je les clouerai tous au pilori, namého.

Notre embarcation à la proie des flammes et menaçant de couler à tout instant, Vidna et moi avons prudemment changé de bateau. Elle a donc sauté sur celui assailli par Sigurd, et je l’ai rejointe rapidement en faisant le tour par l’embarcadère.
On ne me la fait pas deux fois, non plus.

Sigurd était campé sur le pont, de nouveau sous forme humaine, et les flammes du brasier tout proche éclairaient son grand sourire satisfait.

« Bien, bien, bien, ronronna l’homme-lion. Les méchants sont en fuite, tout a marché comme sur des roulettes. Bonne idée, ce feu, ça réchauffe l’atmosphère…
_ Manque juste les brigands à y faire rôtir…
_ Quelqu’un a pensé à faire des prisonniers pour qu’on puisse incriminer la Protectrice des Coquillages ?
_ Oui, répondit Loromin. J’ai entassé là-bas ceux que j’ai assommés.
_ Loro’ ? Mais qu’est-ce que tu fais là ?
_ C’est plutôt à moi de vous dire ça, Capitaine. C’est quand même vous qui êtes venu empiéter sur mon bateau.
_ Hein ? Mais pas du tout, j’avais dit que je m’occupais de celui du milieu.
_ Or vous êtes ici. C’est bien vous qui vous êtes trompé, Capitaine. Pas de quoi avoir honte, hein, ça arrive à tout le monde, vous savez.
_ Loromin, suis-je intervenu. C’est celui-ci, le bateau du milieu.
_ Vous rigolez ?
_ Nan.
_ Mais c’est impossible, répondit l’homme-poisson en nous ressortant son cul de bouteille brisée. Regardez ! J’ai utilisé la Lentille du Poulpe Illusionniste, ma stat’ d’orientation était au maximum.
_ Dooooonc, résuma l’homme-lion, personne ne s’est occupé du dernier navire ?
_ Ben…
_ C’était pas à nous de le faire, non plus.
_ Qu’à cela ne tienne, relativisa Vidna, occupons-nous donc ensemble de ces malappris. J’ai justement le dernier acte de l’ "Aqua Irae" à terminer.
_ Ok, allons-y » Ordonna Sigurd.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous nous sommes retournés vers le dernier navire et… Plus de navire ! Alors que Loromin tentait de nous convaincre que c’était bien la preuve que sa lentille magique ne lui avait pas fait défaut, j’ai tout de suite envoyé Jujuga faire un tour. Il revint à peine quelques secondes plus tard, nous rapportant que le dernier caboteur s’éloignait en longeant la rive.

« Damned, ils vont nous filer entre les doigts, me suis-je lamenté.
_ Mais nan, pas de panique, rien n’est encore joué ! Relativisa le Cap’tain Sigurd. On va les pourchasser !
_ Heu… Comment ?
_ Roooh, c’est petit, comme rafiot, nan ? A trois et dem… Quatre, on devrait bien arriver à le manœuvrer, n’est-ce pas ? »

Qui est petit et facile à manœuvrer !?!
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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 8/4/2012, 09:57

Sigurd, le 25/12/2010

-Okay, alors c'est parti, fis-je en bon capitaine. Spock, faîtes moi chauffer les machines. Prince Namor, je vous laisse gérer le sonar et la communication subaquatique avec les autochtones, c'est bien là votre spécialité. Quant à vous, Leïa, vous seriez adorable de bien vouloir vérifier l'état de nos boucliers et de nos batteries de missiles photoniques.
-Pardon?
-Faire chauffer quoi?
-A vos ordres, colonel O'Neil, répondit Loromin en débutant la récitation des Mantras de l'Ornithorynque Polyglotte.

Un fameux rituel dont Vidna et Tenaka auraient eu bien besoin pour comprendre notre langage commun.

-Ben quoi? J'ai été formé pour être un maillon essentiel de la chaîne de commandement, moi, pas pour être doué en mots croisés. Les termes techniques, j'y connais rien. En fait, j'y connais pas grand chose en maniement de bateau. Les gros comme les petits. Chuis un militaire, pas un pêcheur. Et avant j'étais marchand, pas... eh bien... pêcheur, conclus-je à court de mots.
-Répétition d'amateur, commenta Vidna.
-C'est du joli.
-Colonel, je crois qu'ils brouillent notre sonar. Z'auriez pas une laitue pour nettoyer ça, s'il vous plait?
-Rhoo, si on peut plus blaguer, hein. M'enfin bon... tant mieux, j'en conclus que vous savez manier ce truc, vous. On ne va donc pas rester coincés ici à... hey, pourquoi vous faîtes cette tête?
-Je n'y connais fichtrement rien moi non plus.
-Idem.
-Ack... Loromin, peut être?
-Je sais, je sais, attendez. Je cherche. Je vais trouver. S'ils brouillent notre sonar, et que l'on a pas de laitue, aloooors... c'est pas si dur pourtant. J'peux faire un jet d'intelligence?
-Mwarf.


Quelques minutes plus tard...



Je n'arrive pas à croire qu'on ait réussi à faire partir ce truc. Comment on a fait? J'ai un peu cherché en essayant de faire A + B = Z, et les trois autres ont fait de même jusqu'à ce que la grande équation de la vie nous fasse conclure que (jets d'intelligences ratés, qu'il commenta) l'on n'y arriverait pas. Toutefois, bénie soit Dame Chance (et mes multiplicateurs de veinardise absolument indécents, selon l'autre), Hyûma eut alors une merveilleuse idée. Après nous avoir brièvement expliqué son magnifique plan, il nous a laissa en plan quelques minutes, le temps de retrouver et recruter quelques braconniers pour qu'ils nous assistent dans notre poursuite. Grâce à l'utilisation conjointe de promesses de gratitude et de coups de cravache, il parvint à nous dégoter trois assistants qui nous permirent de continuer notre super aventure. Vidna fut envoyée dans un coin, tandis que nous trois changions de tâche selon leurs directives. Sauf Loro, qui refusait d'abandonner son sonar.

-Ah oui, tant que j'y pense. Si jamais on coule, je coule. Donc Loro, si je tombe à l'eau, TU VIENS ILLICO ME RÉCUPÉRER! Capiche? Et sache que c'est plus important que le sonar.
-Mmmmh... les règles de bienséance élémentaires ne veulent-elles pas que l'on secoure d'abord les femmes?, hasarda Hyûma.
-Les femmes et les enfants d'abord, compléta Loromin.
-Tout à fait.
-Mais le sonar avant tout, car ça donne plus de points de compétence que le sauvetage en mer. J'ai déjà quasi-maxé ma natation, de toute manière.
-Ouais, mais il n'y a pas d'enfants à bord, n'est ce pas?

Rhalala. Qu'est ce que c'est dur d'avoir l'air sérieux en sortant ce genre de choses devant Tenaka. Béni soit-il pour les blagues faciles qu'il m'offre.

-Nous avons une femme, cependant.
-D'accord. Mais les femmes et les enfants se font griller la priorité par les handicapés, nan? C'est toujours comme ça, pour les places réservées dans les navettes.
-Et alors?
-Eh bien il se trouve que je suis un handicapé.
-Tiens donc, voyez vous ça.
-Youhou? J'ai mangé un fruit du démon. Je suis en danger mortel, là. D'ailleurs, j'préfère pas y penser. Gnaaaaaaah, j'dois pas y penser!
-Vous avez des super pouvoirs pour compenser, non?

Et c'est un concert de regards dubitatifs qui me transpercèrent de leurs interrogations. Bon, y'avait juste Loro et Hyûma, vu que Vidna était déjà suffisamment occupée à gérer son poste tout en laissant son esprit flotter d'inspiration en inspiration, tel une abeille butinant un champ de fleur. Après m'être rapproché à distance raisonnable du mât (juste de quoi sauter dessus pour m'accrocher en cas de pépin), je pris la peine de les mettre au parfum. Après tout, moi même j'avais jamais entendu parler des contrecoups du fruit avant qu'on me le mette sous le nez. Ptêtre que c'était aussi leur cas? Après tout, c'est rare, un fruit. Un fruité aussi, d'ailleurs.

-Fruit. Du. Démon. DEMON. D-E-M-O-N. C'est une malédiction, pas autre chose. Je tombe dans l'eau, je coule. C'est nul. En plus, j'ai pris du poids depuis que ce machin me fait adorer la viande rouge. Et je dors nettement mieux... 'ttendez, nan, je veux dire que je dois dormir beaucoup plus qu'avant depuis que je l'ai mangé par accident.
-Par accident? Vous n'aviez pas dit qu'on vous l'avait offert, l'autre soir?
-Ben... euh... j'ai dis ça, moi? Quel soir?
-Trois jours après notre départ de Longue Town. Avec une bouteille de limonade à la main, que vous agitiez à tout hasard.
-Rhoo... tout ce que vous direz sera retenu contre vous, hein? C'est vraiment pas réglo, ça. J'voulais juste faire connaissance et...
-Alors?
-J'connaissais pas les effets secondaires, moi. Ni même les principaux. J'aurais pas pu avoir un logia? Ou un Paramecia... le fruit de l'invincibilité, ça doit bien exister, nan?
-Vous ne répondez pas, je vous signale.

Et je n'eus pas à le faire. Une charmante secousse me fit pousser un cri de terreur (assimilable à la méga fusion de "Pad'Bol, Maman, Dame Chance, Palamer, Fichufruit et J'vepa. Le résultat fut bien évidemment incompréhensible), et chacun de nous regagna rapidement son poste pour corriger et maintenir le tir.

-Je n'arrive plus à voir Bonrepa.
-J'aurais du ramener mon arbalète sniper à rayons solaires. On aurait pu mieux voir.
-Quoi donc?
-Mon arbalète sniper à rayons solaires. Une arbalète longue comme un mousquet, à laquelle est cumulée une longue vue runique, et que l'on fait fonctionner en adressant un prière à la vingt neuvième déesse pélagique du soleil (bon, son équivalent lunaire en l'occurrence, ça rend le tir moins puissant et avec moins de portée, mais ça pompe aussi l'énergie spirituelle des victimes).
-Non, l'autre.
-Jujuga, j'veux dire, répondis-je.
-Z'avez dis bon repas?
-Non, j'ai dis beau rapace.
-Ce n'est pas un rapace, vous savez?
-Non, j'y connais pas en zoziologie.
-Ornithologie.
-A vous souhaits.
-Non, je veux dire que...
-Je rigole. Ch'pas bête non plus, merci.
-C'est pas lui, là bas? fit Loromin après avoir improvisé sa lunette sniper avec un coquillage en forme de W sortant d'on ne sait où.
-Tout à fait, lui répondit Hyûma. Et il nous fait savoir que l'on est en très bonne... mais... on s'en fiche, des sardines appétissantes!, glapit-il en commençant à gesticuler. Bon, d'accord. Faut virer un peu vers ce nuage, là. Voilà, maintenant on est bons.

Qu'est-ce qu'il est bon, avec ses piafs, lui. Avec tout ça, on oublierait presque qu'il a une meute de lions privée. J'me demande comment il traite avec son rhinocéros. Là comme ça, on l'imaginerait se comporter comme un taureau, avec un tempérament agressif et tout. Mais si ça se trouve, il est absolument adorable et adore tricoter des pulls bien chauds pour son mai-maitre avec sa grosse corne? Si c'est le cas, j'veux le même!

-D'ailleurs, j'y pense, commença Loromin qui pensait (à peu près) à la même chose que moi... z'auriez pas dans votre troupe un Griffon, ou n'importe quel autre oiseau capable de vous soule...
-Pardon?
-Capable de vous soulever un homme?, se reprit-il habilement.
-Pas en l'état actuel des choses.

Haha. On sent qu'il a pas assez lu de BD dans sa jeunesse, lui. Pourtant, mon bagage culturel hérité de ces petites merveilles a constitué 45% de mon succès à l'académie de la marine. Allez, j'vais lui faire une fleur.

-Pourtant, ça serait chouette, intervins-je. Imaginez que vous disposiez d'un condor...
-Ou d'un Griffon.
-...capable de... transporter Igor, tiens. Pendant que vous êtes sur son... que vous êtes avec lui.
-Cet oiseau transporterait alors deux hommes.
-Ah, ouais. Bon, ben dans ce cas, mettons alors que l'oiseau ne transporte que l'un de vous deux? Mettons Igor, par exemple?
-Le pauvre ne saurait probablement pas comment se faire comprendre de l'animal. Ni même d'établir un plan de vol.
-Ooooh, comme c'est dommage! Alors il va falloir...
-A moins que cela ne soit un volatile comprenant le langage des hommes forts... ce qui serait probablement le cas, s'il était capable de soulever Igor.
-Ou alors c'est vous qui vous chargez de monter sur le dos de l'animal, et vous devenez aussi épatant que le Bouffon Vert. Faudra juste un peu d'entrainement pour réussir à tenir debout sur l'animal. Encore que comme votre centre de gravité est placé plus bas...
-Moi, voler?
-Tout à fait!
-Ma foi...
-Rhooo, vraiment pas?
-Je ne sais pas.
-Ben en tout cas, si jamais vous dégottez quelque chose capable de me faire découvrir les joies du ciel, je suis preneur! Une fois qu'il sera bien dressé, bien sûr. Et j'veux un filet.
-Si vous voulez, je peux vous présenter à un ami qui élève des griffons.
-Vraiment?
-Ouais. Par contre, il ne vous laissera pas les prendre sans une bonne dizaine de niveaux de Beast Rider. Vous les avez pas, hein? Bien sûr que vous les avez pas. Cette classe n'est décrite que dans l'édition Golden Collector, dont les exemplaires...

Cause toujours. On t'écoute plus.

-Oh, regardez! Nous sommes suivis par un dauphin!
-Boaf. C'est juste un... 'ttendez, nan, c'en est pas un.
-C'est un bébé cachalion, affirma Hyûma.
-C'est rigolo, il a presque ma crinière. Sauf que la mienne n'est pas palmée, bien sûr.
-On dirait un bébé Léviathor fusionné avec un lion, marmonna l'homme poisson. Enfin, les bébés Léviathors sont des Magicarpes, mais vous voyez ce que je veux dire.
-Capitaine, je crois que nous sommes en danger.
-C'est un bébé, non? Il est tout mignon en plus. D'accord, ses crocs sont déjà longs comme mon bras, mais...

Ouaich. C'est chouette quand même. Attendez que je raconte ça à quelqu'un. Petit petit, vient jouer avec moi! Sans m'faire tomber de préférence, bien sûr.

-La maman ne doit pas être loin, poursuivit Hyûma. Ainsi que le reste du troupeau. Peut être s'est-il égaré?
-C'est quoi, le régime alimentaire d'un cachalion, demandais-je alors à haute voix. J'ai pas pensé à le demander plus tôt, mais... enfin, c'est pas que je m'inquiète, mais quand on vise ces quenottes sur un spécimen bébé, on se demande comment le spécimen adulte peut vraisemblablement être classé espèce protégée.
-En fait, les spécimen adultes perdent leur dentition dès lors qu'ils deviennent des candidats reproducteurs, et changent radicalement de régime alimentaire. De terrifiants carnassiers prédateurs, ils passent à un régime à base de plancton.
-Aaaah, chouette. Donc y'a pas à s'inquiéter?
-En effet, ils ne vous agresseront pas. D'un autre coté, perdre leurs dents ne les a jamais empêchés de chasser pour procurer de la nourriture à leurs petits.
-Ah. Ouais. Quand même. Zut.
-Ils savent se débrouiller, mais rassurez-vous: ils ne traquent pas les hommes. Leurs proies sont d'une toute autre envergure.
-Bon, alors nickel. Autre chose?
-Heureusement, les petits sont joueurs, mais pas du genre à jouer avec la nourriture. Vous n'avez donc rien à craindre d'eux.
-Chouette!
-Ils pourraient bien sûr titiller le bateau et nous secouer un peu, et adoreraient nager avec l'un d'entre nous... ou faire l'un pour provoquer l'autre. Ils sont futés, ces petits.
-Euh... ouais, bon. Ben on va dire que ça ne va pas être moi. N'empêche que j'le sens pas très...

Un horrible rugissement tel que je n'en avais jamais entendu j'en poussais parfois à l'occasion se fit alors entendre, me confortant alors dans mon absence de confiance. Le même genre que les miens, à la puissance mille. Environ.

-Euh... et ça, c'est la maman peut être?
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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 9/4/2012, 10:02

Destin, le 01/01/2011

Comme l’indiquaient son imposante crinière palmée et ses 30 mètres de longs, le vieux Bastrapon était l’un des doyens de son espèce. Cet honorable cachalion était une légende parmi les siens, l’un des héros de la guerre du Récif de Corail Pourpre, et du soulèvement des Cachalions de 38. Il avait fait parti de l’expédition Birognek&Baldak pour trouver de nouveaux sites de reproduction par-delà GrandOcéan et en était revenu avec une moitié de nageoire en moins et de nombreuses cicatrices, mais vivant.

Il était adulé par toute la jeune génération de Cachalions, éblouis pas ses exploits, et respecté par les plus vieux, qui louaient sa sagesse et son expérience.

Mais Bastrapon avait laissé sa vie mouvementée d’aventurier derrière lui. A l’âge canonique de 352 ans, il n’aspirait plus qu’à se prélasser dans son estuaire préféré, à gober du krills, entouré de ses nombreux petits et arrière-petits enfants, qu’il divertissait avec des histoires du temps jadis, tout en bougonnant sur l’époque actuelle, comme tout ancêtre se doit de le faire, car c’était mieux avant, forcément.

Bastrapon remontait donc lentement la côte, revenant de son casse-croûte de minuit, la panse pleine, lorsque que "quelque chose" le percuta violemment à la tête. Le choc fut terrible et la douleur atroce, mais fort heureusement, son unique œil valide évita tout dommage.

L’imposant Cachalion fit immédiatement volte-face dans un hurlement de colère et de douleur. Qui ? Qui avait osé s’en prendre à lui ? Son unique œil affleurant à la surface des flots, il repéra un vieux rafiot moisi et brinqueballant qui faisait voile en sens inverse.

Le vieux félidétacé comprit tout de suite ce qui s’était passé : ces malappris, au mépris de toutes règle de navigation, lui avaient coupé la priorité et lui étaient rentré dedans ! Le sang du Cachalion ne fit qu’un tour dans ses veines, tandis que se réveillaient de vieilles pulsions belliqueuses. C’était intentionnel ! Forcément intentionnel ! On ne pouvait pas ne pas remarquer l’approche d’un Cachalion, impossible !

Bastrapon grava dans sa mémoire l’image de l’individu à la barre, un acanthurus sohal bipède, enveloppé dans un espèce de sac de toile de plusieurs nuances de bleu. Sa vengeance serait terrible ! Ils allaient voir, on ne s’attaque pas impunément aux Cachalions !

Aussi vite que sa nageoire estropiée le lui permettait, Bastrapon se dirigea vers le Hall des Décisionnaires. Il allait les sommer de prendre à nouveaux des mesures anti-navire !
Comme en 38.
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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 14/4/2012, 09:58

Loromin, le 7/01/2011

La Lunette du Poulpe Illusionniste s’était trompée. Ca ne pouvait pas être bien, j’avais une maîtrise des Artefacts Marins de 99,99%. Soit j’avais été abusé par une intervention magique extérieure, soit…
« Eh, ca suffit, avec les chocs, là, petit cachalion. Le bateau est fragile, ne l’abîme pas ou je risque fortement d’y passer » gourmanda Sigurd.
Soit les Ondes du Sonar avaient intéragi avec ma Lunette du Poulpe Illusionniste et troublé les Emissions de Télévision Nocturne et Sous-Marine.
« D’après Jujuga, il faut rectifier le cap un poil vers babord. Apparemment, les contrebandiers ont arrêté de caboter et partent pleine mer. Et il nous dit aussi que quelques poissons nagent autour du bateau. » prévint le petit homme.
« On pêche ? On pourrait même donner nos prises aux cachalions et ils deviendraient nos amis et… » proposa Sig’.
« Effectivement, un monstre marin dans les rangs de la Marine, ça serait très pratique. » reconnut Hyuma.
« En plus, ils pourraient combattre à notre place, et on aurait plus qu’à s’asseoir sur une chaise longue et les regarder faire le boulot pour nous ! » continua le lion.
« Sauf qu’ils perdent leurs dents au passage à l’age adulte, et un requin géant édenté, ça fait pas super peur, quand même. » rétorqua le dresseur.
« Oui, c’est vrai… Dommage, ça ne vaudrait donc pas mon Umlaut. »
« Umlaut ? » demandai-je.
« Je sais pas vraiment ce que c’est, mais Guido m’a dit que ça allait être génial ! » acheva Sig’.

Un bon vent soufflait, mais pas signe des contrebandiers qui s’étaient enfuis. En même temps, ils avaient le même vent que nous, donc nos chances de les rattraper étaient faibles, à moins que leur bateau prenne la flotte ou qu’ils naviguent particulièrement mal. En plus, ils n’étaient pas en sous-équipage, eux. Bref, on avait peu de chances de les avoir.
« Dites, les bébés cachalions rodent autour de notre bateau depuis un moment, vous croyez qu’on pourrait les utiliser pour tirer le bateau et aller plus vite ? » demanda Sig.
« On pourrait toujours essayer, vu qu’à ce train-là, on les reverra plus, les contrebandiers enfuis… Et la quête du Dieu Cachalion serait un échec, Et tout le monde sait que louper une quête divine est passible de malus très sévères…» répondis-je.
« Hyuma, pourriez-vous leur parler ? Peut-être quand cette mission sera finie voudriez-vous bien servir d’intermédiaire entre eux et moi, afin que nous échangions des poèmes et des odes sur la beauté de l’océan, ses fonds marins et… »
« Pourquoi vous demandez pas à Loromin ? Il en vient, du fond des océans. Bon, je vais leur parler, à ces cachalions, ils ont intérêt à accepter ! »

Quelques instants durant, un Hyuma suspendu à la proue faisait de drôles de bruits et un jeune cachalions répondait en crachant de l’eau (en partie sur le petit lieutenant, d’ailleurs).
« Bon, je crois qu’ils acceptent, c’est réglé. » dit-il en revenant vers nous, sous les exclamations et applaudissements de Sigurd et de deux des contrebandiers qui voulaient se faire bien voir.
Juste après, un énorme choc ébranla le navire à babord, le faisant fortement gîter vers la droite. Hyuma fut soulevé du pont mais réussit à s’accrocher à la balustrade du bout des doigts, tandis que les contrebandiers, qui dirigeaient le navire, purent s’accrocher à des cordages sans difficultés. Illia Ella Vidna dégaina son katana en un éclair métallique et le planta dans le pont de la main droite, tenant de sa gauche le fourreau. Réflexe de première catégorie. Ptet même qu’elle possédait le très rare et très fameux Index de Ref-et-Rance d’Age-et-Literie.
Je pus quant à moi m’accrocher à la barre, mais ma Lunette de Poulpe Illusionniste n’eut pas cette chance. Je la regardai, la bouche ouverte, les yeux humides, tombé à l’eau. Elle refit surface un instant du fait des remous, comme pour me dire adieu…
« Adieu, Lunette du Poulpe Illusionniste ! Je te souhaite bien du bonheur dans ton nouveau voyage ! Garde courage, n’abandonne pas ! Adieu, mon amie ! » m’écriai-je.
Heureusement, le bateau n’avait rien, et tout de suite après le choc, s’était remis en position normale. J’avais eu peur un instant qu’il chavire. Ou même que la coque soit percée, et que nous coulions. Ca aurait été tres mauvais pour Sigurd, d’après son histoire de malédiction.

« Dites, on a pas perdu Sigurd, là ? Quelqu’un voit un lion ou un blondinet dans le coin ? » demanda Hyuma.
« Il m’apparaît désormais que notre brave capitaine serait tombé à l’eau. »
« Maintenant que vous le dites, en m’accrochant a la balustrade, j’ai vu passer un truc près de moi. J’ai pensé que c’était un tonneau, ou un truc comme ça… »
« Mais on devait pas aller le chercher ? J’veux dire, aucune femme et aucun enfant n’est tombé à l’eau, donc faut que j’y aille, nan ? J’me souviens plus exactement, j’étais en plein contact télépathique avec ma Seiche-Plume… »
« Mais oui, Loromin, vite, dépêchez-vous ! »
Je sortis de mes poches divers items ne supportant pas l’eau de mer, et risquant par conséquent d’être abîmés. Parmi eux, le Huitième de Pupille Féline, trois quarts de cœur pouvant permettre un bonus en points de vie, quelques âmes errantes plus ou moins maudites qu’en fait je gardais avec moi pour les empêcher de hanter des gens et que je remis dans ma poche. Et d’autres trucs, mais la liste serait longue. Finalement, alors que je fouillai le fond de mes poches, Hyuma et Illia me donnèrent une poussée conjointe qui me propulsa directement dans l’eau. Je fis un rapide tour sur moi-même pour localiser la surface, et me préparai à remonter à la surface pour déposer mes derniers items. Au moment où ma tête jaillit de l’eau jaillit un tonneau qui se fracassa sur mon crane :
« Allez le sauver, bougre d’imbécile, et revenez pas avant ! »

Oups, c’est vrai.

Je plongeai tête la première, gracieux, dans mon élément. Je descendais à toute berzingue. La caresse de l’eau sur ma peau, la lumière tamisée… Ca m’avait un peu manqué, je devrais aller faire un tour dans l’eau plus souvent. Je fis un looping, trois tonneaux et quelques vrilles, effrayant les poissons qui croisaient en ces eaux. Je les vis alors, les cachalions.
Ils tournaient tous en rond, la gueule pointée vers un truc au milieu, que je ne pouvais voir. Peut-être était-ce le Capitaine Sigurd ? Cela dit, les petits cachalions étaient bien une dizaine, et faisaient chacun une taille supérieure à celle d’un dauphin. Et ils avaient des méga-grosses dents qu’ils faisaient claquer vers le centre du paquet. Mince alors, fallait que je fonce dans le paquet ? J’aurais bien questionné mon Parchemin de la Foire Aérienne de Qualité, mais il faisait parti des premiers objets que j’avais sortis de mes poches pour les protéger de ma mission sous-marine.

Oulah oui, fallait pas que je déconcentre, fallait même carrément y aller, Sig’, c’était pas un homme-poisson, d’après ses explications, il savait pas nager, et ça devait bien faire deux minutes qu’il coulait à pic. Avec un banc de cachalions lui tournant autour. Bon, Geronimontjoie ! (Double-affiliation à Intimidation Antique, égal méga-bonus !)
Je fonçai donc dans le paquet, esquivant de justesse deux cachalions, et attrapai un bout de Sigurd en passant. Je louvoyais vers le fond, cinq ou six monstres à mes trousses. Fallait vite que je remonte, et eux me gênaient ! Mais j’voulais pas les taper, ça se fait pas trop entre peuples sous-marins… Surtout qu’ils allaient plus vite que moi, et, leur instant de surprise passé, me rattrapaient carrement.
Soudain, deux d’entre eux jaillirent devant moi. Ils avaient du se séparer du reste du groupe pour m’encercler ! Je les passai en évitant de justesse une bouche pleine de dents et fourrai au passage un coup de genou dans la mâchoire de l’autre. Sigurd me ralentissait trop, j’allais pas m’en sortir !

Finies, les subtilités, je montai tout droit, puissance maximale, avec invocation de la Boum de Bill, accélération explosive. Ils gagnaient du terrain, mais je me rapprochais aussi vachement du bateau, et donc de la sortie. D’ici, je pouvais voir un cordage qui me permettrait de remonter à bord, en sécurité… Si seulement je pouvais l’atteindre avant que les cachalions ne m’atteignent…
Le premier qui me rattrapa mangea un coup de pied dans le nez, tandis que le second, qui venait de biais, eu droit à un doigt de pied dans l’œil (ça devait faire atrocement mal). Je fus finalement à la surface et, avec l’élan, m’accrochai au cordage, alors que les matelots-contrebandiers commençaient à nous haler vers le haut.
En dessous de nous, les cachalions tournaient en rond, et on voyait le haut de leur crinière fendre les vagues. J’croyais que c’était des mammiferes et pas des poissons ou des genres de requins, ces bestioles…

Une fois sur le pont, on prodigua les premiers soins à Sigurd, qui vomit de l’eau de mer et de la nourriture un peu partout, puis nous reprîmes notre route, guidés par Jujuga. D’après celui-ci, nous rattrapions les contrebandiers.
En effet, quelques dizaines de minutes plus tard, nous pûmes voir les contrebandiers, immobiles sur l’eau.
« Mais ils bougent pas ! » s’exclama Sigurd.
« C’est vrai, ça, c’est bizarre. Hey, les trois contrebandiers, comment ça se fait que vos copains soient immobiles ? » demanda Hyuma.
« Nous sommes tout près de la zone de reproduction des cachalions ! Ils sont peut-être même en train de pêcher ! » répondit l’un d’eux.
« Dans ce cas, à l’assaut ! » repondit le petit lieutenant d’une impressionnante voix caverneuse.
« Les contrebandiers
Vont leur mefaits
Ici payer. »
« Bref, allons-y, notre alignement loyal-bon est en jeu ! »

Nous n’étions plus qu’à quelque mètre en longueur des contrebandiers, nous préparant à longer leur bord pour les aborder directement, quand un long raclement se fit entendre. Le navire ralentit, puis s’immobilisa définitivement dans un concert de grincements, bord à bord avec le vaisseau des contrebandiers.
« Oh mon Dieu ! » crièrent nos trois repentis.
« Que se passe-t-il ?! » crierent les contrebandiers qui s’etaient enfuis.
« Hein ?! » crièrent quatre gradés de la Marine.
« Serait-ce… Le Légendaire Haut-Fonds Sableux de l’Estuaire de Kawaguchi ?! » dit un repenti.
« Un peu, oui ! » rétorqua un contrebandier.
« Donc on est coincés ici ? » demanda Hyuma.
« Faut croire… »
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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 15/4/2012, 10:43

Hyûma, le 14/01/2011

Alors que le petit Lieutenant se préparait à se lancer à l’assaut à de la coque de bois des braconniers, bien décidé à leur faire regretter d’être nés, lesdits hors-la-lois levèrent bien haut leurs mains et annoncèrent qu’ils se rendaient.

Hyûma joua les malentendants, feignant de n’avoir rien entendu et se jeta à l’assaut, pour finir suspendu dans le vide, attrapé au col par Loromin, Sigurd ayant un tout petit peu anticipé la réaction de l’irascible nabot.

« Hopopop, inutile de les attaquer, ils se rendent.
_ Mais qui a dit que je les attaquais ? Plaida le petit Lieutenant.
_ ‘Faut dire que c’était pas malin d’hurler « à moooort ! », objecta l’homme-poisson.
_ Mais parce que c’est la tradition quand on aborde un navire, c’st tout… Vous voyez le mal partout, franchement…
_ Ouais, ouais, ben en tout cas, ce n’est pas toi qui va recevoir leur reddition. Je vais le faire.
_ Faites attention de ne pas tomber dans l’eau, prévint l’homme-poisson.
_ Dans l’… Heu… Finalement, vas-y, Loromin.
_ Je lâche Hyûma, alors ?
_ Si tu me lâches dans la flotte, tu tâtes de mon fouet !
_ Ah non, il va être intenable.
_ Alors je l’emmène.
_ J’ai compris, oublie-ça. Vidna, vous ne voulez pas… Vidna ? »

La demoiselle était visiblement en train de composer des vers sur un sujet quelconque, comptant les pas de ses alexandrins sur ses doigts. L’homme-lion tenta en vain d’attirer son attention, s’époumonant et gesticulant à qui mieux-mieux, sans provoquer le moindre stimulus. Rien ne pouvait dévier l’artiste de son œuvre créatrice.

Le Cap’tain Sigurd jeta finalement l’éponge et fit le point sur la situation. Il ne pouvait pas envoyer Hyûma, qui allait mettre le bronx, ni Loromin, qui maîtrisait le premier. Vidna était dans la lune, et lui-même se refusait à passer par-dessus-bord, échaudé par sa dernière virée avec les Cachalions.
Ne restait donc plus qu’une seule solution.

« Ok, les gars, on accepte votre reddition, veuillez monter à bord de notre navire.
_ Quoi !? Mais c’est quoi ces manières, rouspéta le petit Lieutenant. Et le protocole, alors ? Un officier est sensé monter à bord du navire qui capitule pour accepter la reddition d’un équipage.
_ Roooh, c’est bon, s’il fallait respecter tous les règlements inutiles et désuets… Pis c’est pas comme si ils pouvaient aller bien loin : ils sont bloqués.
_ Tout comme nous, rappela l’homme-poisson.
_ Justement, on ne sait pas combien de temps nous resterons coincés, argumenta le petit Lieutenant. Nos ressources sont limitées, il ne faut donc pas s’encombrer de prisonniers. Massacrons-les, il y va de notre survie.
_ Nan, pas touche, c’est un ordre, décida l’homme-lion, espérant mettre à terme à la polémique.
_ C’est complètement arbitraire et totalement absurde ! S’insurgea le nabot.
_ Ch’uis sûr qu’un de vos règlements stipule qu’on ne doit pas massacrer les prisonniers de guerre.
_ Quels prisonniers de guerre ? Ce ne sont que des braconniers !!
_ Alors y’a sûrement un truc qui dit qu’on ne massacre pas les prisonniers de droits communs à la première lubie venue ? Espéra le Cap’tain Sigurd.
_ Ce sont des braconniers ! Répéta Hyûma.
_ Mettons qu’ils passent un accord pour sauver leurs têtes en échange de leurs témoignages contre la Protectrice des Coquillages, proposa le capitaine.
_ Mais ce sont des braconniers !! S’entêta le petit Lieutenant.
_ J’ai comme l’impression qu’on tourne en rond, là… »

Pendant ce temps, des choses terribles se préparaient…

==================

…Une vive agitation commençait à poindre dans le Manoir de la Protectrice des Coquillages. Haylor, emmitouflée dans sa robe de chambre, toisait de son regard le plus noir le capitaine de la garde du manoir, qui se sentait de plus en plus mal à l’aise.

« Voulez-vous bien me répéter ce que vous venez de me dire, en faisant notamment attention au verbe que vous venez d’utiliser, je vous prie, demanda-t-elle d’une voix froide.
_ Hum… Je… Heu… bredouilla le Capitaine en se ratatinant devant le regard glacial de l’officier. C’est-à-dire que… Toutes les preuves semblent indiquer que… que… que vos compagnons se sont… heu… enfuis.
_ Ça n’a pas de sens ! Tempêta la seconde du "Tarmac". Pourquoi se seraient-ils enfuis ? Nous ne sommes pas prisonniers que je sache !? Et pour aller où ? Et pourquoi m’auraient-ils oublié ?
_ Pas que vous, madame, précisa le Capitaine. Il reste aussi Igor.
_ Qui ça ?
_ Heu… Le gros et grand Sergent. »

La seconde du "Tarmac" retint de justesse un grognement désapprobateur. Elle ne considérait pas Igor comme d’une grande aide.

Elle rumina un moment, se demandant ce qui avait encore bien pu passer par la tête de son fantasque Capitaine. Dix minutes auparavant, le capitaine de la garde, fraîchement réveillé, avait toqué à sa porte, la tirant de son sommeil, pour l’avertir que ses hommes avaient découvert une échelle de draps accrochée au garde-fou du balcon de la chambre du Capitaine Vidna. Qui avait mystérieusement disparue.

Une rapide enquête avait prestement dévoilée les faits suivants : outre la Capitaine Vidna, le Capitaine Sigurd, le Lieutenant Hyûma et le Lieutenant Loromin avaient déserté leurs chambres. Une inspection de fond en comble du manoir avait permis de conclure qu’ils ne se trouvaient plus sur place. Quant à une étude approfondie de la rustique échelle de corde, elle avait dévoilée qu’elle était constituée des draps des lits des absents. L’hypothèse qu’ils se soient fait neutraliser par des opposants aux gouvernements qui les auraient ensuite fait évacuer du manoir ne tenait pas debout : les gaillards étant parfaitement aptes à se défendre, et la non-absence des deux autres officiers de la marine rendait la chose caduque.
Les quatre absents avaient donc décidé de faire le mur de leur propre initiative, sans raison apparente.

A toutes choses, malheur est bon décida Haylor. En l’absence de l’autre sombre incapable, c’était à elle de prendre les décisions. Elle allait donc pouvoir faire appareiller sur le champ le "Tarmac", car il n’était que temps qu’il commence à patrouiller. On braconnait rarement de jours, c’était donc la nuit qu’il fallait être à l’affût.

« Très bien, déclara la jeune femme. Faites préparer une voiture, je me rends au "Tarmac" dès que je suis prête. Et réveiller Igor, je vous prie.
_ C'est-à-dire que… Bredouilla à nouveau le Capitaine. On a déjà essayé, mais il a le sommeil très lourd et…
_ Et bien jetez-lui de l’eau à la figure, piquez-le avec un objet pointu, je vous laisse libre de la méthode, mais je le veux opérationnel quand je ressors de cette chambre, compris ! Tonna Haylor.
_ Heu… »

Avant que le pauvre capitaine, qui ne savait plus où se mettre devant le regard sévère de l’officier, ne puisse objecter quoi que ce soit, la porte se referma sèchement, le laissant seul devant ses problèmes.

Il n’était pas le seul : ailleurs…

==================

« Quelqu’un a une idée pour nous tirer de là, lança le Cap’tain Sigurd à la cantonade, tout en jetant un regard désespéré aux esquifs immobiles.
_ Si on offre six mains à la Divinité Lustucru, Dieu des Vents, des Menteurs et Saint Protecteur des Langoustes Grises, proposa l’Homme-poisson, je pourrai prononcer l’invocation des 7 Vents Célestes des Plaines Submergées qui ferait s’envoler les navires.
_ Dommage, on a pas de mains en rab, annonça l’homme-lion.
_ Mais si, on a les braconniers, tenta le petit lieutenant avec un sourire mauvais.
_ Nan. On ne les torturera pas, annonça catégoriquement le Capitaine.
_ Alors on les colle au bûcher : on ne va quand même pas les laisser s’en tirer comme ça !
_ Pas touche aux prisonniers, on a besoin d’eux pour confondre la Protectrice des Coquillages.
_ Trop nul…
_ Cela me paraissait pourtant une excellente idée, intervint alors Vidna.
_ Vous n’allez pas vous y mettre aussi...
_ Signalons notre position au Tarmac par le biais d’un signal lumineux, explicita la demoiselle, afin qu’il vienne nous chercher.
_ Ha ben c’est une excellente idée, ça : comme ça, mon beau bateau pourra aussi s’échouer sur les Hauts-fonds et on aura tous l’air très malin, rouspéta Sigurd.
_ Point de pessimisme déplacé. Il nous suffira de les avertir de vive-voix de ne pas s’approcher.
_ Mouais… J’aime moyen, quand même.
_ Ou alors, on utilise un appât pour attirer les bébés cachalions. Ils se cogneront contre la coque et pousseront le navire, proposa Loromin.
_ Alors ça, ça, j’aime encore moins…
_ T’as vu la qualité de ces coques de noix, objecta Hyûma. Ça va se démanteler sous leurs coups de boutoir et on va se retrouver dans la flotte.
_ En fait, j’aime pas du tout.
_ Meunnnan, balaya l’homme-poisson avec conviction. Regardez ces glyphes de protection. »

Joignant le geste à la parole, Loromin désigna le varech d’une fluorescence maladive, parsemant la coque des navires. Les autres suivirent du regard, franchement dubitatif.

« C’est l’incontestable marque des artisans de l’empire Héan, des maîtres dans leur art. On ne risque rien. Regardez comment elles transpirent la magie ! Et admirez ces antiques runes qui…
_ Ouais, c’est bon, on a compris, le coupa le petit Lieutenant. Et pour l’appât ?
_ Dame Chance, sortez-moi de là…
_ Je propose qu’on utilise Sigurd, annonça Vidna.
_ Hein !? Moi ?!
_ Sous forme lion, il paraîtra plus gras et plus dodu qu’aucun autre d’entre nous, souligna la poète. Et puis, nous savons déjà que les mignons petits cachalions le trouve à croquer.
_ Hilarant… Mais j’irai pas !!
_ Vendu, accepta Hyûma. Au pire, si le navire se disloque, il nous en restera un en rab.
_ Impossible, on est protégé mystiquement, affirma Loromin.
_ Naaaan ! J’veuxpasj’iraipasj’suistropjeuneheeeelp !!!
_ Allons, ne faites pas l’enfant, le morigéna Vidna.
_ Amoidamechancenonpaspasd’bol !!
_ Pensez à l’exp que ça va vous rapporter.
_ Pasmoipasl’eaunannannannannan !!
_ Ou alors, on vous remplace par plusieurs braconniers…
_ Finalement… Se calma le Cap’tain Sigurd. Mais qu’est-ce que je raconte ? Nan ! On ne balancera pas les prisonniers. Pis moi non plus ! En fait, on ne balancera personne par-dessus bord. C’est moi le capitaine, c’est un ordre.
_ Ma capitaine à le même grade que vous, d’abord.
_ Ouais, mais c’est ton idée, pas la sienne. On va plutôt adopter le plan de Vidna et brûler un bateau pour attirer le "Tarmac". Il faudrait juste trouver comment l’avertir de ne pas s’approcher trop près. L’encas peut nous aider ?
_ Hein ?
_ L’oiseau, le chapon, le machin à plume ?
_ Juj… Hé, vous l’avez appelé "encas" !?
_ Pas du tout, t’as du mal entendre. Il pourrait transporter un message ?
_ Bien sûr, il fait ça tout le temps. Mais puisque je suis ici, je doute que qui ce soit puisse le décoder sur le "Tarmac".
_ Le décoder ?
_ Vos hommes parlent couramment l’oiseau ?
_ Non. Mais en fait, je pensais plus à un message écrit, qu’il transporterait.
_ Vous ne le confondriez pas avec un hibou, là ? Il pourrait éventuellement le faire.
_ Avec quoi l’écririons-nous ? Objecta Vidna. Nous n’avons ni feuilles, ni encre.
_ Rooooh maieuuuh ! Z’avez fini de me contrarier ?
_ Un problème à la fois, le rassura Hyûma. Tâchons déjà d’allumer un bûcher, balançons les braconniers dedans, puis avisons si le "Tarmac" s’approche.
_ On a de la suite dans les idées, hein ? Ok, décida Sigurd. On brûle leur navire, puis on avise pour le "Tarmac".
_ Maieuuuh !
_ Comment allumera-t-on le feu ? S’enquit Vidna.
_ Fastoche, répondit l’homme-lion. On boute le feu avec les lant… Pourquoi on a éteint nos lanternes, déjà ?
_ Pour pas que les braconniers se sachent poursuivi, rappela l’homme-poisson.
_ Et pourquoi, eux, ont-ils éteint leurs lanternes ?
_ Pour pas qu’ils puissent être poursuivis.
_ Pas d’Bol ! Quelqu’un a un briquet ? »

Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là…

==================

Haylor ressortit de sa chambre, vêtue de son uniforme impeccable, et balaya illico le couloir d’un regard sévère et plein de morgue. Aucune trace d’Igor dans les parages. Un certain Capitaine de la Garde allait en prendre pour son grade dès qu’elle aurait mis le grappin dessus.
Elle allait partir à sa recherche lorsqu’un léger fracas de cliquètements métalliques attira son attention. La Protectrice des Coquillages, en robe de chambre rose bonbon et une tasse de café fumante à la main, venait à sa rencontre pour s’enquérir de la situation, sous la protection de la garde de nuit. Celle-ci avait été doublée depuis l’annonce de la disparition des officiers du "Tarmac".
Au diapason du protocole en vigueur, Haylor s’inclina légèrement devant la Protectrice, lorsqu’elles ne furent plus séparées que par quelques mètres.

« Mes respects, Princesse Sora. Vous n’étiez pas obligée de vous déranger en personne pour un problème aussi mineur.
_ Détrompez-vous, la disparition de quatre officiers de la marine m’inquiète vivement.
_ Il n’y a rien à craindre : ils ont filé de leur propre chef. J’ignore ce qui leur est passé par la tête, mais il est peu probable qu’il y ait le moindre souci. Hormis côté communication.
_ Mais tout de même, minauda la princesse Sora, ce serait peut-être plus sûr d’attendre ici leur retour.
_ Quoique signifie cet incident, il est de mon devoir de mettre le "Tarmac" en état d’alerte dans les plus brefs délais. Nous devons êtres parés à tout.
_ L’aube n’est que dans quelques heures, inutile de se précipiter, voyons. Je… »

Les manigances de la princesse pour tenter d’empêcher Haylor de faire sonner le branle-bas de combat sur "Tarmac" furent alors interrompues pour un puissant rugissement de fureur, accompagnés par plusieurs hurlements apeurés et le bruit typique d’une cavalcade. Avant que les deux jeunes femmes ne comprennent la signification de tous ceci, la porte de la chambre d’Igor vola en éclat sous le poids d’un pauvre garde, et ses camarades s’empressèrent de s’engouffrer dans l’embrasure. Quelques instants plus tard, deux immenses paluches accrochèrent chaque montant de ladite porte et l’arrachèrent. Courbant l’échine pour faire passer son immense carcasse sous le fronton, Igor jaillit de son antre en soufflant et grognant, la tête encore dégoulinante d’une eau froide et glacée. Levant bien haut la pauvre porte qu’il tenait toujours dans ses mains, Igor la fracassa sur l’un de ses genoux, avant de balancer les morceaux en direction des mauvais plaisantins qui l’avaient brutalement réveillé, en signe de mécontentement.

L’un des morceaux du chambranle passa dangereusement près de la princesse Sora, qui laissa un échapper un petit cri de surprise. Ses gardes réagir derechef devant ce crime de lèse-majesté et se jetèrent sur Igor, brandissant leur hallebarde, avec la ferme intention de maîtriser ce rustre. Haylor secoua tristement la tête.
Quelques secondes percutantes plus tard, et les gardes cabossés filaient dans l’autre sens, convenant que finalement, manquer d’écharper la Protectrice des coquillages, ce n’était pas si grave que ça.

Igor agita encore un moment la commode, puis, s’apercevant qu’il n’y avait plus personne pour jouer avec lui, la reposa – à l’envers – là où il l’avait trouvé. Et tant pis pour les bibelots anciennement exposés dessus, qui allaient avoir besoin d’un peu de colle et de beaucoup de patience pour retrouver leur splendeur passé.
L’énorme colosse regarda autour de lui, à la recherche de la petite chose rigolote qui lui disait habituellement quoi faire, mais elle ne semblait pas se trouver dans les parages. Il se dit alors qu’il avait un petit creux et que se mettre en quête de la boustifaille permettrait de rattraper ce brusque réveil.

Igor en était là de ses réflexions existentielles quand il entendit son nom. Se tournant plusieurs fois sur lui-même, il aperçu la jeune femme qui accompagnait le grand blond de la grosse barque. Elle le hélait tout en faisant de grands signes. Et à côté d’elle se tenait…

Dans un hurlement assourdissant, l’énorme colosse fonça en direction de la princesse Sora, les lèvres écumantes et le regard fou. La Protectrice des Coquillages réussit le tour de force à rester sur place, paralysé par la peur, tout en hurlant d’une voix suraigüe, au comble de l’hystérie.

« Nooon ! Au secours ! A moi ! On intente à ma vie ! »

Mais avant qu’un quelconque garde n’envisage de revenir tâter des paluches d’Igor, ou qu’Haylor ne puisse s’interposer – si tant est qu’elle l’eut envisagé à un moment quelconque – L’immense sergent se saisit de la Princesse qui ne pesait pas plus lourd qu’une plume à ses yeux et…

« Pitié ! J’avoue ! Je vous ai retenu exprès pour que mes braconniers traquent les Cachalions ! J’avoue ! Pitié ! Sauvez-moi !! »

Mais trop tard ! Igor arracha la tasse de café de la princesse avant de l’engloutir promptement.
Au sens propre.

Pendant quelques secondes, l’air fut lourd du crissement de la porcelaine mâchonnée, tandis que la Protectrice des Coquillages sentait le regard pesant des gardes et d’Haylor sur elle. Finalement, la seconde en chef du "Tarmac" intervint calmement.

« Je crois qu’une petite discussion s’impose, votre altesse. Capitaine ? Envoyez une estafette au "Tarmac" et prévenez Guido que je veux qu’il m’envoie sur le champ quatre escouades de marines. Et que le "Tarmac" appareille illico pour patrouiller dans la baie, des braconniers sont dans les parages.
_ Tout de suite, madame. Et… heu… Et pour la princesse ? » Hasarda le Capitaine des Gardes.

Haylor jeta un rapide coup d’œil à Igor, qui détenait toujours la Protectrice des Coquillages gesticulante dans sa poigne de fer, sans trop savoir quoi faire maintenant qu’il n’y avait plus rien à boire ou à manger dans les environs.

« La Marine va la conserver sous sa juridiction encore un petit moment »

==================

Tout comme une dizaine de braconniers, assis dans un coin d’un des bateaux échoués sur les Hauts-Fonds, sous la bonne garde de Vidna. Bien sûr, son regard perdu dans la vague et la douce mélodie qu’elle fredonnait pouvait laisser penser qu’elle ne se souciait pas franchement de surveiller quoi que ce soit, mais les prisonniers n’avaient d’yeux que pour le grand sabre et sa lame étincelante où se reflétait la lune.
Tout était donc au poil de ce côté, décida le Cap’tain Sigurd, d’autant plus que le nabot ne leur tournait pas autour. C’est donc l’esprit tranquille qu’il s’approcha du bastingage – il refusait de prendre le risque de sauter jusqu’à l’autre navire et de tomber à l’eau – et vint aux nouvelles des deux ateliers pyromanies qu’il avait improvisé.

« Ohé ! Hyûma ? Ça brûle ? »

Hyûma avait reçu l’unique briquet de la bande, et s’échinait à tenter de mettre le feu à quelque chose. Sans grand succès : les voiles cirés refusaient de s’embraser, tout comme les planches de bois vermoulues et les cordages détrempés. La misère.

« Nan ! Ces boulets ont des navires ignifugés !! Faudrait un lance-flamme pour obtenir quelque chose...
_ Rooooh, tu ne vas pas te décourager quand même ?
_ Moi je dis, on se rabat sur l’histoire de sacrifice de Loromin. On a rien à perdre après tout.
_ Euuuh… Nan. Par contre, si tu arrives à transformer cette coque de bois en giga-torche, je te promets d’envisager de reconsidérer le coup du bûcher.
_ Woooooh ! Compte sur moi, Cap’tain Sigurd ! à mort, pourriture de braconnier ! Bwahahaha !! »

Tandis que le petit Lieutenant mettait plus d’ardeur que jamais à sa tâche, le capitaine homme-lion reportât son attention sur son homologue mi-poisson.

« Et toi, Loromin ? Ça avance !
_ Loué soit le Grrrrand Trilobite à Moustache ! J’invoque ton pouvoir ! Donne-moi la Force !! »

Tout en pratiquant l’invocation rituelle du Sortilège de la Surpuissance Moustachue, +9 en force pour les tâches ménagères, majorée de 3% par niveau de lanceur de sort, l’homme-poisson frottait à toute vitesse deux bouts de bois, dans l’espoir de les faire s’enflammer. Mais là non plus, le succès n’avait pas l’air d’être au rendez-vous, comme l’indiquait l’absence de pilosité faciale, inhérente à la réussite du Sortilège.

« Damnation ! Echec au jet d’invocation…
_ Mouais. Continuez comme ça, les p’t… les gars, les encouragea le Capitaine avant de retourner près de Vidna. Encore une heure avant le lever du soleil… Y’a bien quelqu’un qui va s’apercevoir qu’on est absent, non ? Marmonna-t-il dans sa barbe.
_ Il serait plus logique qu’on nous cherche alors par monts et par vaux plutôt que sur l’immensité de l'onde, laissa tomber Vidna.
_ C’est gentil de nous remonter le moral… »

Le capitaine mi-lion se morfondait en observant la pénombre, lorsque que quelque chose attira son regard. Aussitôt, il appela ses compagnons, qui abandonnèrent sans regret leur tâche.

« Regardez ! Ce sont bien des lumières, là-bas !
_ Exact. Et ç’a l’air d’être un gros navire, en plus, affirma l’homme-poisson.
_ Ok, Loro’, va jeter un coup d’œil et vérifie si c’est le "Tarmac". »

Avant que le Geek amphibie ne puisse obéir, le petit Lieutenant porta une main à sa bouche et libéra un sifflement strident. Qui fut instantanément répondu par de nombreux feulements et grognements.

« C’est le "Tarmac", assura Hyûma.
_ Youhouuuuu ! Mon petit bateau ! Mon brave et beau petit bateau est venu à ma rescousse ! Loromin, va leur expliquer la situation ! Et surtout, gare à çui qui échoue mon "Tarmac" sur les hauts-fonds !
_ Mais s’il est là, fit remarquer Hyûma. Y’a plus personne pour contrecarrer les ambitions de l’infâme Cockatrice du Pillage !
_ Heu… On parle bien de la Protectrice des Coquillages ? Relax, on rapplique dard-dard au port et on lui met le grappin dessus avant qu’elle ait envisagé de filer. Ils ne doivent même pas s’être aperçu qu’on a filé pour ruiner leur plan. »

Pendant ce temps, l’homme-poisson s’était glissé dans l’eau et avait filé comme une torpille jusqu’au navire. Les secondes filèrent avec une horrible lenteur, se transformant bien vite en minutes, tandis que le "Tarmac" avait cessé son approche. Finalement, des remous se firent près de la barque et Loromin réapparut.

« Guido va nous envoyer une barque, on va pouvoir filer Cap’tain. C’est Haylor qui lui a dit de patrouiller, c’est pour ça qu’il est là.
_ Haylor ?
_ Elle a découvert le pot aux roses au manoir, et l’occupe avec quatre escouades de marines. La princesse Sora est sous bonne garde, et Haylor a mis le Qg au courant de ce qui se passe. L’état-major envoie des renforts, au cas où des troubles éclatent lorsque la population apprendra la mise aux arrêts de la Protectrice. Tout est sous contrôle. »
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Re: L'Estuaire de Kawaguchi

Message par Kentaro le 28/4/2012, 11:57

Sigurd, le 15/01/2011

-Regardez moi ça. C'est suspect. Moi j'dis y'a anguille sous roche. Ce n'est PAS normal.
-Pourquoi diantre faîtes vous une fixation dessus?
-Parce que ça va faire trois mois qu'aucun détail n'a changé d'un poil dans son style. Et là, c'est tout simplement... pas une métamorphose, okay, mais c'est pas net.

Fini les cachalions. On a juste eu à rentrer à la maison (le Tarmac, quoi), prendre un petit remontant, ainsi que des vêtements secs pour ma part, et retourner au manoir avec une petite escorte pour rejoindre Haylor qui n'était vraiment pas de bonne humeur. Et heureusement qu'on ne lui ait rapporté que des bonnes nouvelles, parce que je ne sais vraiment pas comment ça se serait passé sinon. Les autres n'avaient rien à craindre, mais je la voyais très bien me prendre à part comme à son habitude pour... arf, veux pas y penser.

-Se serait dit qu'un peu de changement lui ferait du bien, tout simplement?
-Pas comme ça. Pas son genre.

Une fois ce délicat entretien terminé, chacun d'entre nous regagna sa chambre et prit une plus ou moins longue journée de sommeil bien méritée. Quelques jours plus tard, des renforts débarquèrent en nombre largement suffisant pour pouvoir prendre le relai. Nous restâmes sur place encore quelques jours, le temps de bel et bien nous assurer que la populace locale ne nous organiserait pas une émeute sournoise, puis fîmes voile vers le prochain épisode. Que voilà:

-Ca lui va plutôt bien, pourtant. En plus de lui donner un air plus détendu.
-Justement. JUSTEMENT. Y'a un truc, conclus-je à Hyûma.

Bienvenue dans la très touristique ville de Fagol's Bay, située au nord de l'estuaire de Kawaguchi et généralement louée pour ses hauts platanes, son architecture toute en courbes gracieuses, sa forteresse chargée d'histoire et sa phénoménale formule de sorbet papaye-goyave classée top secrète. Mais, même si j'ai partagé la dégustation avec Loro et Vidna la veille, nous n'étions pas là pour nous amuser. Si vous regardez un peu en dessous de la ville, sur la large zone plate peu avant les dunes, vous pourrez voir un grand rassemblement de personnes qui n'a rien à voir avec un quelconque tournoi de beach volley. Comme je l'ai dis, ce qui va suivre est super sérieux, car nous étions venus là pour faire le point sur ce à quoi a abouti le boulot fourni par la team de bricoleurs que j'ai sous mes ordres. Parce que tous les sous qu'ils ont engrangé pour monter leurs petites manigances obscures, faut bien les justifier. Et pour avoir tout de même eu à compléter et signer quelques dossiers d'une soixantaine de pages, je pouvais vous balancer de tête quelques chiffres à vous enrager quelqu'un qui travaille dans l'humanitaire.

Bref, fallait évaluer si ça valait le coup d'avoir fait ça, et ce qu'il en était pour continuer dans cette voie.

Et pour le faire au mieux, il nous fallait bien sûr assister à une petite démonstration de leur projet. De même, parce qu'il serait hautement discutable de laisser tout ça à l'arbitraire d'une seule personne (en l'occurrence, moi), c'est un jury de plusieurs personnes qui allait délibérer: j'en étais bien évidemment, Haylor était dans le lot pour avoir un autre commentaire d'autochtone, Tenaka et Loromin (qui remplaçait Vidna, elle même occupée à faire du tourisme) fourniraient un avis extérieur, et deux autres gus ayant sensiblement plus de poids universel que nous complèteraient la collection. Et en cas d'égalité, ben j'étais condamné à me manger des heures et des heures de délibérations pas possibles jusqu'à ce que l'un d'entre nous en ai suffisamment marre pour abandonner.

Bon, techniquement notre avis ne serait que transmit à titre consultatif aux bureaucrates supérieurs qui trancheraient, mais on jouait quand même beaucoup dans la machine.

Quant au méga public derrière, c'est seulement pour le fun, et parce que ceux qui ont arrangé ça sont du même avis que moi en ce qui concerne le rapprochement entre la marine et le grand public. Pis à mon échelle, le top secret n'existe pas. Les entrailles du Tarmac, c'est pas les labos haute sécurité du Secteur 51 ou j'ne sais quoi d'équivalent, hein.

Et c'est dans cette petite assemblée que Loromin, grand maître diplômé de l'école des murs indiscrets (stats de perception triplées si immobile), se rapprocha de l'amateur en la matière que j'étais. Après s'être frayé un chemin jusqu'à nous, écartant les passants intimidés grâce à sa piñata mangeuse d'hommes, Loromin tenta de conclure avec moi un rituel de synchronisation psychique. Juste pour pouvoir m'invoquer au cas où, un jour ou l'autre.

-J'peux vous transférer quelques uns de mes points de compétences en espionnage, si vous voulez. Nous faudra juste une sangsue sacrificielle et...
-Pas besoin, merci. Je vois déjà tout ce qu'il y a à voir. La coiffure relevée en un truc correct, mais qui la met nettement plus en valeur. Elle a même mit un léger décolleté, qui sort d'une robe que je n'ai jamais vue. Pis regardez son visage. Oui, vous voyez bien. DU MAQUILLAGE! De très subtiles traces, mais y'en a.
-Vous avez l'oeil, pour avoir remarqué ça.
-J'dirais même que vous avez l'Oeil, corrigea Loro (oui, on entendait la majuscule avec lui).
-Nan, je l'observe depuis ce matin. J'ai remarqué le maquillage que depuis une heure.
-Vous la regardez non stop depuis ce matin?
-Ben s'ma pire ennemie, donc forcément je la garde à l'oeil.
-A l'Oeil.
-....
-Feriez la même chose à ma place, nan?
-Mmmmh... peut être. Par l'intermédiaire de Jujuga, plutôt.
-S'kif kif.
-Très bien, je ferais la même chose alors. Tsss.

-N'empêche que je n'arrive pas à trouver la cause de tout ça. En tout cas, s'pas normal.

Et comme vous l'avez tous deviné, nous observions bien évidemment Evil, qui était un peu devant, en train de discuter géopolitique (les effets de la hausse récente du prix du bois dans North Blue, le Cipher Pol qui collabore de moins en moins avec les autres rouages du gouvernement, la très récente publication de l'amirauté qui remettait à jour d'obscurs règlements dont 95% des officiers ne connaissaient rien, etc) avec le célèbre, ou du moins renommé, Commandant Conquer, qui s'était fait un nom pour ses innombrables batailles gagnées sous le rôle de Monsieur Tacticien. Ce type nous avait rejoint tout spécialement pour faire parti du jury, en plus du gouverneur local qui s'était fait une joie de nous accueillir pour que l'on fournisse à ses électeurs un beau spectacle à peu de frais (pis ça allait dans le sens de son programme électoral, lui qui se voulait l'ami des sciences et de la culture). Pour le commandant, parait qu'il aime bien tout ce qui peut renforcer son méga matériel militaire de manière pertinente. Tu parles, on avait aucun moyen de le savoir: il me faisait l'impression d'avoir moins de personnalité qu'un baobab, et ne m'avait pas adressé le moindre mot depuis son arrivée. Pas qu'à moi, d'ailleurs: apparemment, il ne gratifiait que rarement les gens de sa vive voix, bien qu'il leur accordait toute son attention lors des entretiens.

-Même Igor ferait un meilleur compagnon, chuis sûr. Quant à Haylor...
-Chuppose qu'avec une autre Loyal-Strict, il peut se permettre de parler un peu. Ptêtre que leurs divinités tutélaires ont passé un pacte? Hyûma, vu que vous êtes dans le milieu, vous savez si...
-Chut!, ponctua Hyûma en menaçant le nez l'épaule de Loro de sa cravache. Silence, ils vont commencer.
-Rhooo... aïe!
-CHHHHHHHHHHHT!!! firent nombre de spectateurs à notre intention.
-Rhooo... c'est bon, d'solé.

-Je peux reprendre? Merci bien. Je vous présente donc, en exclusivité, le futur fer de lance de l'infanterie de la marine! Résultat direct du projet Heävy Mëtäl Ümlaut, voici le prototype que vous trouverez nommé dans cette présentation "Modèle 00"!
-Waaaaaah! firent bruyamment quelques membres de l'assemblée (Sigurd inclut, bien sûr).

La grande toile qui recouvrait la mystérieuse surprise fut enlevée, pour révéler le vous-savez-quoi qui avait été aux centres des pensées de toute une team de développeurs pendant bientôt deux ans. La machine, que la paperasse dénommait Ümlaut, se tenait adossée à une pile de caisses, d'une manière qui n'était malheureusement pas du tout à son avantage. Pas vraiment assise, mais plutôt courbée comme si quelqu'un allait faire du saute mouton sur son dos à tout instant. Un peu plus loin sur le coté, se trouvait ce qu'on me présenterait comme étant le clavier de commande, un grosse boite dotée d'innombrables touches et qui (car je l'avais reconnue!) avait été conçue à partir de la juke box initialement présente sur le navire, et démantelée aux ordres d'Evil. Ces roublards l'avaient gardée tout ce temps?

-Pourquoi tant d'umlauts?, demanda Haylor en pointant du doigt le titre de la brochure qui nous était distribuée pendant que Guido débutait son exposé.
-On a trouvé que ça rendait particulièrement bien, lui répondit un des bricolos.
-Hum...

Bien sûr, seule une petite partie de l'assemblée savait ce qu'était effectivement un Ümlaut. Enfin, un umlaut. Hyûma semblait en faire partie, car il pu répondre à Loromin qui posa la question qui brulait sur la plupart des lèvres.

-C'est quoi, un umlaut?, s'enquit le poisson.
-Un signe de modification phonétique assez rare, qu'on ne retrouve que dans certains dialectes... un peu comme un accent, en fait. Les deux points sur les voyelles, là. Utilisés gratuitement, comme d'habitude.
-On les représente assez souvent comme les tréma, mais pas dans les mêmes contextes, compléta Haylor.
-Aaaah ouais, c'est ces trucs!, m'exclamais-je. Ben j'adore comment rendent les umlauts. C'est comme une paire d'yeux. Vous les observez, et ils vous observent. On peut jouer à ça pendant des heures.
-Merci, capitaine. J'étais sûr que ça vous plairait!
-Oui, moi non plus ça ne me surprend pas...
-Qu'est ce que vous voulez dire par là?
-Euh... rien du tout, capitaine, reprit l'intervenant tout en se remémorant mon élection deux semaines plus tôt au titre de plus petit dénominateur commun de l'équipage.


S'ensuivit un long blabla qui aurait été franchement assommant si Guido n'avait pas eu l'air aussi enthousiaste. Le fait que la machine se soit levée, et procédait régulièrement à quelques démonstrations de mobilité qui appuyaient son discours, jouait également un rôle non négligeable dans le fait que Loro et moi même étions ostensiblement tenus en haleine, assis sur le bord de la chaise comme si le top départ pour s'accaparer ce jouet allait bientôt être donné. Hyûma sembla nettement moins emballé par le truc, et marmonna à quelques reprises des "trop grand, impardonnablement trop grand" que seul Igor parvenait à entendre. Pourtant, ce fut le premier à poser des questions concernant les performances du mech (Hyûma, pas Igor bien sûr).

Vu qu'il n'était pas le mieux placé pour parler de ça, le Hulk du Tarmac passa tout naturellement le relai à l'un de ses associés qui répondit du tac au tac (en les taclant sans tact s'ils se faisaient trop oppressants). Que l'Ümlaut se mette à jongler avec des morceaux de ferrailles diverses n'était pas non plus là pour le contredire, même si ça ne faisait partie que des sympathiques bonus accessoires (l'un des pilotes s'était tout spécialement entraîné à réaliser ce tour de force qui devait composer l'un des clous du spectacle. Et le public a adoré, forcément).

-Euh... on peut l'essayer?, demanda Loromin en fin connaisseur, un peu plus tard.
-J'avoue, ça serait génial. M'enfin, vu la tronche des commandes, pas gagné.
-Pour sûr, vous n'êtes pas près de réussir à faire fonctionner ce bijou. En fait, nous n'avons que trois pilotes à peu près potables pour le moment. J'ai essayé moi même, mais on dirait que pour y arriver sans entraînement, faut comprendre comment plaire à ce sale garnement...
-Je savais que j'aurais du emporter mon amulette spectrale de chanteur de moelle, grommela devinez-qui. Avec son bonus musical à la manipulation de matières premières, j'aurais pu...

Guido, qui venait de revenir après être allé se rincer la glotte, passa outre cette intervention, et recula un peu pour farfouiller dans un coin. Il exposa alors une petite boite à la vue de tous, et l'ouvrit en nous faisant profiter d'un sourire que le père noël lui même, malgré plus d'un siècle de martelage publicitaire, aurait eu bien du mal à imiter.

-Mais réjouissez vous les enfants, car on a pensé à tout! Ainsi, si l'interface de base est hors de portée -mais on va l'améliorer, ne vous inquiétez pas- de pas mal de monde, on vous a bricolé un petit quelque chose qui fera l'affaire. Les possibilités sont largement bridées, mais... enfin vous verrez. Allez, approchez donc et venez tenter votre chance! Pas d'inquiétudes, tout le monde en profitera. Chacun son tour, tiens... Loromin, Sigurd, vous voulez débuter?

Obtempération immédiate et inconditionnelle des concernés, qui n'allaient pas se le faire dire deux fois et jouèrent même des coudes pour arriver en premier (Loro wins). L'exposant nous précéda pour nous mener jusqu'à la petite aire de fortune qu'ils avaient aménagé, nous faisant au passage marcher près du mégamachin mécanique qui était mine de rien aussi impressionnant de près que de loin.

Une fois convenablement placés, Guido ouvrit la boite et en tira une espèce de...

-Tiens, on dirait vaguement un escargophone. En plastique.
-Une sorte de planchette... avec plein de boutons.
-C'est l'interface de prise en main. Pour les débutants.
-Naaaan... c'est nul, comme nom, glissais-je pour que seul Guido puisse m'entendre. Ümlaut modèle 00, ça ça fait carrément rêver, mais "Interface d'entrainement", mauvais mauvais. Je suis ton truc à 100%, mais pour convaincre les autres, va falloir mieux.
-Mmmmh... je vois, oui. Si j'appelle ça "manette", ça marche?
-Beeen... c'est déjà mieux, au moins.

Et après une petite présentation du produit à destination du public, Loro et moi fûmes rapidement briefés sur le comment ça marche ce truc par un autre des inventeurs.

-Donc, vous pouvez -au choix- utiliser la croix ou le stick directionnel pour déplacer l'Ümlaut sur la plage. Par mesure de sécurité, il vous est impossible de dépasser la marche à cadence rapide, mais...
-Pourquoi, vous avez peur qu'on le fasse foncer dans le public?
-Non, c'est juste que l'on a pas encore réussit à optimiser la... bref, il perd ses jambes si on force trop. C'est dangereux.
-Rhooo... bon, on va faire sans. C'est quoi, le bouton de saut?
-Le bleu, devina Loro.
-Saut? Y'a pas de bouton de saut. Pourquoi on en aurait mit?
-Heiiiin?, m'indignais-je.
-L'Ümlaut ne peut pas sauter, voyons. C'est comme un... éléphant, par exemple. Son propre poids lui pèterait les rotules.
-Vous êtes sûr que votre Golem Musical est vraiment au point?
-Bien sûr que non! C'est justement un prototype de première démonstration!
-Il sert à quoi, le bouton rouge au milieu? Autodestruction?
-Un Golem musical ne s'autodétruit pas, voyons, ça enverrait l'esprit qui l'habite dans les limbes de la neuvième dimension.

-Verrouille le système. L'Ümlaut va sagement s'asseoir, et se mettre en veille -donc consommer largement moins de carburant- jusqu'à ce qu'on rappuie sur ce bouton. On le met en pause, si l'on veut.
-Aaaaah...

Après quelques questions supplémentaires, Loro et moi nous décidâmes à laisser l'ingé en aligner deux de plus sans qu'on l'agresse pour lui dérober la parole. Faut dire qu'ils s'impatientaient, derrière.

-Bref. Si vous permettez, je vous explique les manip'. On vous a verrouillé l'Ümlaut pour que ses déplacements correspondent à un scrolling horizontal relativement basique: vous ne pouvez que lui faire faire marche avant et arrière. Si vous appuyez sur la gâchette -en dessous, là, avec l'index- vous lui ferez faire un demi tour, ce qui est pratique vu qu'il avance nettement plus vite qu'il ne recule. Le reste, vous aurez le plaisir de comprendre seuls. Pour ce petit jeu, nous avons décidé d'exploiter l'une des particularités locales pour reproduire un ancien sport auquel se livraient (et se livrent encore durant certaines fêtes) les diverses communautés de lîle. Tout d'abord, regardez cet arbre.
-Un palmier.
-Erreur, un palmier Lastique.
-Et c'est quoi?
-Un palmier extrêmement flexible, qui ne se déracinera pas même si on tire son sommet au sol. Avec suffisamment de force et d'adresse, on peut même faire des noeuds avec. Excellent moyen de déplacement rapide pour tout mage connaissant le sort de parachutage d'urgence. Tout aussi efficace pour arranger des pièges capables de OHKO ledit mage sans se fouler.
-Ah. Merci Loro.
-Pour l'épreuve locale, il vous faudra vous servir du palmier comme d'un lanceur pour propulser cette balle métallique sur la cible, un large cercle dessiné sur le sol, plus loin sur la plage. Vous piloterez l'Ümlaut, le forcerez à faire son petit bonhomme de chemin jusqu'à la pile de projectiles, puis utiliserez sa force pour faire plier l'arbre afin d'en faire une catapulte. A vous ensuite de trouver comment gérer avec le stick pour affiner la visée et faire tomber le projectile au plus près de la cible.
-Plutôt limité comme jeux, non?, observais-je. Ca peut rester marrant, mais...
-C'est sûr que sans le saut, la 2D c'est plié. Ca me rappelle quand j'ai essayé de finir le premier SMB sans sauter une seule fois. Même pas pu finir le premier niveau. 'Fin bref, on va dire que comme mini jeu ça reste correct.
-On aurait pu vous faire une véritable course d'obstacle bien sûr, mais aucun de vous n'aurait alors réussi à garder la machine debout, se défendit notre moniteur, vexé.
-Pad'soucis, on sait que vous faîtes de votre mieux.
-A vous l'honneur, capitaine, me répondit-il alors, rayonnant.

Et c'est donc ainsi que, devant l'oeil critique d'une large foule, j'eus le plaisir d'inaugurer le test de la bête. Bête qui réagissait à merveille à mes demandes, si bien que je pris la liberté d'effectuer quelques manip' inutiles pour que tout le monde puisse voir la fluidité des mouvements de la néanmoins disgracieuse machine. Puis vint le moment de s'emparer du mini boulet de canon -rigolo, cette façon de se baisser- et de retourner au lanceur.

Et ensuite... on vise... et on... 'ttendez, est-ce que c'est bon au moins? Besoin d'une pièce. Face correct, pile je change. Puis pile un peu plus haut, face un peu plus bas. Et ainsi de suite. Jusqu'à ce que...

-Sept cent vingt-quatre points, capitaine!
-Et c'est bon? Sur combien?
-Sur mille. Pour un premier coup, c'est pas mal du tout, en effet. Il nous a fallu plusieurs tentatives avant de dépasser le huit cent de manière durable. Maintenant, on est coincés aux portes de la dernière centaine.
-Donc je suis excellent, c'est ça?
-Probablement. Ou alors vous avez eu de la chance. En un seul tir, c'est dur à dire.
-Je savais que l'Ümlaut, c'était un bon truc!
-Vous savez, aucune des équipes appartenant aux villages alentours n'a fait moins de 1000, hein. En fait, selon leur notation à eux, qui n'a pas de borne supérieure car prenant en compte les effets de style, ils auraient 1900 en moyenne.
-Ah? S'mauvais pour votre machine alors, non?
-Non, vu qu'eux ont des milliers d'heures d'entrainement à leur actif, et font à plusieurs ce qu'un Ümlaut fait seul.
-Tout bon, dans ce cas!

Mais je ne devais pas me réjouir, car mon plus grand concurrent était maintenant sur le départ. Contrairement à moi, il ne se perdit pas en manoeuvres inutiles, et effectua toutes les tâches requises avec une précision millimétrée. Et une fois arrivé au palmier Lastique, il révéla enfin son arme secrète...

-Bon, alors... avant, bas, diagonale bas + punch... SHÕRYUKEN!!!, clama Loromin.

Incroyable. Fabuleux. Merveilleux. Et ça va nous faire...

-Zéro. Enfin, le but n'est pas de viser le sol, voyons.
-J'peux essayer le Code Konami, alors?
-Un seul essai chacun.
-Injuste. Pis de toute manière, vous n'avez même pas de bouton A. Minable.

Hyûma... se contenta de refuser en bloc l'invitation. Dommage, mais tant pis pour le schtroumpf grognon, hein. Le commandant Conquer marqua un très honorable 537, et le gouverneur du se contenter d'un 486. Plusieurs membres du public eurent droit à leur tour, choisis un peu au hasard selon leur degré d'enthousiasme, et quelques mômes me firent des sueurs froide à flirter avec les 700, même si ce fut au final un papy qui vint à bout de moi en faisant suivre à son projectile un vol 747 très bien expédié. Très bon joueur, je lui adressais un large sourire qu'il me rendit avec autant de fair-play. Puis vint enfin...

-Non merci. Je ne suis pas intéressée par...
-Tut tut tut, je ne veux pas entendre ça, Evangeline.
-Mmmh... fit-elle en affichant une moue qui me fit détourner la tête pour cacher mon gros sourire (plus habituel) d'abruti fini.
-Tu m'as promis que tu essaierais, non?
-En effet... c'est... bon. C'est d'accord, c'est d'accord.

Tsss... Haylor est une nana. Qui remplit toutes les conditions du stéréotype de la jeune fonctionnaire bureaucrate affutée comme une lame de rasoir. Par conséquent, il est évident que...

-Neuf cent seize points. Vachement bien joué, mademoiselle!

Toi là haut, tu te fiches de moi. Pas d'jeu, ça, Pad'Bol. Ou alors...

-Dis-moi, je me demandais...
-Elle a le pouvoir, marmonna Loromin plus pour lui même qu'à mon attention. Nous avons vu la lueur dans son regard enflammé. Toi aussi tu l'as vu, hein, Amulette Animée d'Amanra? La fluidité avec laquelle ses doigts ont valsé sur les commandes. Elle a ça dans le sang. Son père doit sûrement être l'un des dix...
-J'veux pas savoir!

Et puis nan, nan, nan. Je pensais pas du tout à ça en disant "ou alors", tout à l'heure. On la refait.

-Dis-moi, je me demandais...
-Quoi qu'y'a?
-Guido, lui murmurais-je un peu plus tard, à l'écart des autres. Haylor a vraiment instauré un record, ou bien vous auriez bidouillé quelque chose afin de quelque peu... l'aider?
-L'aider? Comment aurais-je fait ça? Et pourquoi?
-Pour la motiver et avoir son vote, pardi.
-Hein? Quoi? Jamaiiiiis de la vie, voyons, répondit-il avec un grand sourire qui disait tout le contraire.
-Bien, j'me disais aussi.

Ben ouais. Faut pas exagérer non plus, hein.

-Ca y'est, ton égo est sauf?
-Tout à f... hey, c'est pas du tout une question d'égo, non mais! Tu m'as pris pour un môme de 15 ans en pleine compétition pour...mmmmh... chuis absolument pas convaincant, hein?
-Absolument pas.
-Zut. Ouais, les robots géants, c'était mon dada quand j'étais môme. Allez pas me faire croire que c'était le sien.

Énorme bourrade dans mon dos, qui n'était pas loin de ressembler à un headlock particulièrement affectueux quand on y repense.

-Écoute, Sigurd... je sais pas comment tu te la représentes, mais elle est très gentille, Evangeline. Tu vois, ma petite intro de tout à l'heure? Ben justement, elle m'a filé un sacré coup de pouce niveau formulation et arrangement, et a bien voulu que je répète devant elle pour me faire la main. Du coup, tu m'as pas entendu me racler la gorge à chaque fin de phrase...
Aussi, je co-écris un bouquin de vulgarisation en ce moment -je te le ferais bien lire, mais j'pense pas que ça soit ta soupe-, et elle m'a redirigé sur tout un panel d'éditeurs qui pourraient accepter de nous prendre sur sa recommandation. Tu savais que son père...
-Nan, mais ça m'intéresse pas.

Regard mauvais en retour. Ben quoi, j'ai pas le droit d'être de mauvaise foi? Bon, j'lui explique.

-Ben hey, t'es en train d'essayer de me faire croire qu'elle est aimable et serviable, je te signale. De une, tu n'y arriveras pas, et deux, j'ai pas envie que tu y arrives en me racontant comment son père la maltraitait ou j'ne sais quoi. Probablement enfermée dans une cave pendant son enfance, celle là. Ou élevée par une sorcière qui lui aura quand même enseigné quelques trucs.
-Tu devrais plutôt...
-Et puis, regarde donc ce qu'il se passe sur scène.

Parce que, si Guido avait fait sa part de la présentation, y'en avait d'autres qui passaient ensuite, hein. Forcément, chacun dans la clique des bricoleurs maîtrisait certains domaines mieux que les autres. Et ceux là se tapaient des portions nettement plus délicates de l'exposé, à mon sens.


-Vous venez donc bien de dire qu'une fois au point, la construction d'une dizaine d'Ümlauts coûtera l'équivalent d'un navire de guerre?, lâcha Hyûma en mode attaque pour l'occasion.
-Non équipé, mais c'est cela.
-Et pensez vous vraiment que cela en vaille la peine? Mes soldats à moi sont déjà bien plus dignes de confiance qu'un bout de ferraile.
-Quand nous aurons maximisé le potentiel de la machine, sans hésitation.
-Et encore combien de fonds devrez vous engager pour en arriver là?
-Pour ce point, nous avons glissé dans le brochure quelques fourchettes d'estimation.

Curieux, je tournais quelques pages pour retrouver la bonne et fis le tour des chiffres. Mauvaise réponse. Très mauvaise réponse.

-Je tiens juste à préciser que, pour le coup, nous avons fait le choix de miser sur des techniques très récentes, que l'on ne maîtrise pas encore tout à fait. Ainsi, il ne fait aucun doute que dans une quarantaine ou soixantaine d'années, on pourra les produire beaucoup plus facilement, avec ce que cela suppose comme frais épargnés.
-Dans ce cas, pourquoi ne pas attendre?
-Parce que l'on a justement trouvé un moyen de les exploiter au mieux! Et puis, en essayant justement d'en tirer quelque chose, on poussera les chercheurs à... enfin, je vous explique rapidement comment ça se passe. D'abord...
-Je sais très bien que cela dépend de l'état de recherches purement scientifiques. Qui ne sont d'ailleurs pas de votre ressort, je me trompe?
-Eh bien... trébucha l'ingénieur, vous savez, quand on débute une recherche appliquée, on tâtonne toujours à partir d'on ne sait quoi sans savoir sur quoi on va aboutir.

Et c'est ainsi que bien plus tard...

-Toute cette somme... vous vous rendez compte que c'est plus du double de ce que coûte normalement un projet de cette envergure?
-C'est seulement parce que nous avons mis nos travaux en commun avec d'autres équipes! Le jus de légumes, c'est nous qui l'avons inventé, hein!
-Pardon?
-Je parle bien sûr du moteur capable de supporter ce carburant, se reprit l'exposant. Ca va profiter à d'autres. C'est même déjà le cas.
-Si vous parlez de l'équipe affiliée au croiseur Mucha Lucha, leurs recherches ont été réduit à néant, intervint Evil. Le laboratoire a explosé suite à une erreur de maintenance de certains appareillages. Ils ont perdu les deux tiers de leur labo, dont, malheureusement, le moteur dont vous leur avez fait part. Nous ne pourrons donc jamais savoir si ce qu'ils en ont fait avait réellement pu aboutir.
-Je... ah bon?
-Sans aucun doute. La marine a diffusé en début de semaine un avis d'une page concernant les précautions à prendre dans les navires hébergeant des laboratoires, suite à cet incident.
-Vraiment?
-Vraiment?, répétais-je à mon tour, nullement au courant de ce truc.
-Et dans leur dernier rapport, ils faisaient principalement mention de difficultés à adapter votre nouveau carburant à des machines déjà existantes. Même s'ils ont eu la délicatesse de mettre en cause leur manque de connaissances en hydrocarbures, plutôt que votre invention elle-même.

Et pour la suite, ça tombait vraiment trop dans le technique, parce que Evil ainsi que le gouverneur semblaient tous deux pouvoir s'y mouvoir à leur aise. Hyûma aussi semblait disposer du bagage minimum vital pour survivre à ce genre de discussions. Pour ma part, je me désintéressais progressivement du carnage, incapable d'y conserver mon attention.

-Allez hop, voilà comment ton adorable Haylor est en train de descendre ton boulot. Tu reconsidères ton opinion?
-Mmmmh...

S'il ne le faisait pas, c'était vraiment qu'il était têtu. Parce qu'elle était tombée d'accord avec Hyûma et le gouverneur sur l'insatisfaction que leur apportait ces performances quand on les reliait aux coûts déjà engagés (et les prévisions ne les enchantaient pas spécialement non plus). Et puis, un jouet pour môme de 5 mètres, c'est juste bon pour un riche collectionneur qui ne sait plus quoi faire de ses sous, pas pour l'armée. Ici, on est sérieux, quoi. Alors que ce truc, c'est une vaste blague. Qui coûte horriblement cher en plus.

Donc, c'était horriblement mal parti.

Surtout que l'homme poisson commençait à ramener sa fraise en affirmant que comme aucun shaman Noghris (pardon, je devrais dire SHAMAN) n'était lié au projet, celui ci était irrémédiablement voué à l'échec. Ce qui rendait le truc vraiment mauvais. Surtout qu'en plus, chuis sûr que si sa capitaine avait été là, elle aurait mille fois loué la terrifiante image d'un Ümlaut réduisant en charpie une flotte de navires pirates à lui seul, le tout sur fond de charge des walkyries et avec des chérubins vengeurs en arrière plan.

Ces vautours allaient dire non.

Ces vautours vont dire non.

Je dois leur dis non avant.

Doivent pas dire non.

Moi doit dire non.





-RHAAAA MAIS LAISSEZ LES FAIRE, BON SANG! LA MARINE VA POUVOIR DÉPLOYER DES MECHAS!!! JE VAIS POUVOIR DÉPLOYER DES MECHAS!!! C'EST GÉNIALISSIME!!! C'EST FANTASTIQUE!!! C'EST INCROYABLE!!!

Même Loro, mon allié de toujours (qui avait lâchement oublié cet important détail à sa première mutation), me regardait étrangement, maintenant. Ce que j'ignorais, c'était qu'il le faisait uniquement parce qu'il n'avait pas soupçonné que j'avais pris suffisamment de niveaux dans la classe de Zélote Excentrique pour pouvoir déclencher la capacité spéciale Folle Harangue de Foule.
Quant aux autres... eh ben, n'ayant pas le grigri adéquat pour de se prémunir contre ce sortilège, ils étaient justement sous mon emprise. Je décidai donc d'en profiter au mieux pendant les 44.444444 secondes qui m'étaient conférés par ce pouvoir surnaturel.

-Euh... je veux dire, d'accord, c'est peut être pas ce qu'on pourrait faire de plus utile, c'est sûr. Mais imaginez un peu la pub que ça ferait à la Marine, quoi! Un robot géant, c'est comme une team de super héros, ça parle à tout le monde et tout le monde comprend que si la Marine a des mechas, alors la Marine est un institution extraordinaire qui a tout à fait les épaules pour gérer la crise des pirates et à peu près tout ce qu'on aurait à lui opposer, invasion extraterrestre inclue. Moi, je serais un pirate, je me ferais dessus en apprenant que la police mondiale qui me donne la chasse peut déployer des machines de guerre de cinq mètres de haut, dont le seul prototype peut jouer au mikado avec des palmiers! Et personne n'oserait attaquer une île disposant de son Bioman personnel, peinte aux couleurs locales. On pourrait même faire des concours de custom' pour élire le plus beau modèle de Megazord et... et... bon, oubliez les concours en fait. Pis bon, y'a bien d'autres trucs qui peuvent servir là dedans, non? Le moteur à jus d'artichauts -ou de poireaux, chais plus- ça doit bien être recyclable et plus pratique que d'autres trucs. Plus facile à se procurer que de l'orobéum, en plus. J'ai entendu dire qu'ils essayaient de faire des trucs bizarres, avec. Pis d'abord...'fin, je veux dire... voilà, c'est surtout que...

Tic tac. Time's up. Fin des super pouvoirs oratoires. Même si ma formulation laissait encore à désirer, l'intonation et la gestuelle avaient oblitéré toute résistance mentale dans l'assemblée. Voyez plutôt comment mes idées les plus stupides sont passées:

-Il n'a pas tort.
-C'est vrai qu'une belle couche de peinture ne ferait pas de mal à notre Ümlaut.
-Même un prototype doit avoir un physique attirant.
-Particulièrement un prototype. Faut séduire le jury, avant toute autre chose.
-L'Ümlaut ne peut pas jouer aux mikados avec des palmiers, que je sache?
-Avec des tiges de bambou pas trop grandes, à la limite... et encore. Mais il a raison, faut qu'il en devienne capable!
-Les gars, je viens d'avoir la vision d'un Ümlaut en orobéum. Vous l'imaginez marcher, tout en flammes, tel un Avatar de la destruction?
-Un jour, le concours de custom' d'Ümlaut aura renversé celui des Miss Blue.

Et voilà comment mon petit discours avait renversé la donne. Ch'trop fort. Mais ouais, il avait aussi réussi à transmettre des trucs utiles.

Hyûma n'avait visiblement pas apprécié mon discours, pour la simple et bonne raison qu'il sous-entendait si un machin très grand était excellent, alors un lieutenant dépassant à peine le mètre dix ne valait pas grand chose. Cependant, son avis concernant l'Ümlaut en lui même restait indéchiffrable, probablement parce qu'il se dissimulait sous la fine couche violacée que commençait à prendre son visage. Si ça se trouve, c'était juste dirigé sur moi, hein.

Loromin, lui, était carrément contre. Car il savait pertinemment qu'on aurait beau fignoler la mécanique autant qu'on veut, si on avait toujours pas comprit qu'il fallait invoquer un esprit pour pouvoir tirer quelque chose du Golem Musical, c'était que toute notre éducation était à refaire. Autant épargner ces dépenses à la marine, elle ferait bien mieux de s'en servir pour équiper ses troupes de Rubans Tropophages (bonus de charisme et d'intimidation absolument imba, au détriment des pv max du porteur qui descendent de 10%).
Pis en plus, le Golem lui avait refusé un Shõryuken. Et c'était vexant, qu'un joueur de son calibre rate cette manip'.

Haylor, parce qu'elle était tellement plus mieux et parfaite que tout le monde, n'avait eu aucun mal à mettre de coté son opinion personnelle et à se montrer impartiale dans son jugement. Et son jugement disait grosso modo que j'avais mis le doigt sur un truc ab-so-lu-ment gé-nia-lli-ssime. Avec mes mots à moi, bien sûr, car les siens seraient hyperspectroscopiqualement bien plus précis.

Guido, lui, était aux anges. Et même au delà. Parce qu'il en avait l'âge, il éprouva sur l'instant un sentiment d'affection qui aurait légitimement eu sa place dans une relation filiale. A tout le moins, son regard était traduisible par "Bravo, vieux, je suis fier de toi". Mais comme il ne faisait pas partie du jury, ça n'aurait malheureusement aucune incidence sur la décision.

A noter également que le public était entièrement conquis, lui. Et que ça, ça influençait méchamment le jury. Si maintenant, le gouverneur ne cherchait pas à se faire de la pub en faisant plaisir au peuple, c'est que Pad'Bol avait décidé d'envoyer les huit pandas de l'apocalypse me mettre la misère. Ce qui restait possible, en fait.

Quant au Commandant Conquer... eh bien aucune idée. Comme pourrais-je deviner les pensées d'un mec dénué de personnalité, d'abord?

Eh bien au final, il s'avéra que seul Loromin était contre. Oui, même Hyûma vota oui sur le principe, parce que les symboles, ça en jettait, mine de rien. Après, le robot ne vaudra jamais un bon rhino, en plus il sera jamais au point, pis gâcher les betteraves pour ça, c'est vraiment stupide, et gnagnagni et gnagnagna...
Mais ça, c'est lui que ça concerne, hein.
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Kentaro
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