L'estuaire de Kawaguchi

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

L'estuaire de Kawaguchi

Message par Sonaka le 7/4/2012, 20:47

L'estuaire de Kawaguchi est un lieu paisible, épargné par la piraterie depuis des décennies. C'est l'unique lieu connu de reproduction des Cachalions de Mers, d'imposants félidétacés classés espèce protégée par le gouvernement mondial.

L'ile de Kawaguchi est une île de type estival, abritant de nombreuses forêts. La capitale est située dans le vaste estuaire, et est composée d'un port et d'une grande ville. Elle est surplombée par un manoir, plus loin vers l'intérieur des terres, où résidaient la famille régnante, anciennement dirigé par la Princesse Sora "Protectrice des Coquillages".
Destituée à la suite d'un scandale à l'encontre des Cachalions, la princesse Sora a été écarté du pouvoir, laissant un vide. Les différents gouverneurs de l'île cherchent donc à établir la succession, chacun s'estimant le mieux placé.
James Hervor, l'ancien intendant de la princesse et éminence grise de l'affaire des Cachalions court toujours.

Strucktown est un petit port de pêche, à une bonne heure de marche de la capitale, sur le littoral côtier.
Fargol's Bay est situé au Nord de la capitale, elle est au cœur d'une petite province dirigé par un gouverneur. C'est une station balnéaire très prisée par les touristes.

Les forêts sont infestés de Toupoutous, à tâches vertes ou rouges. Les Verts transmettent un bacille infectant les humains (mais pas les Zoans).
avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Chihousou le 1/6/2012, 17:52

Chihousou était concentré comme jamais il ne l'avait été de toute sa vie, enfin sauf la fois où, à huit ans, sa maman lui avait demandé de lui ramener du lait concentré. Il avait trouvé le lait mais n'avait jamais réussi à le concentrer et, au final, il s'était prit une rouste comme il était coutume de le faire. Mais c'était un jour différent. La réunion stratégique continuait entre les officiers du Tarmac et de la BRUTE mais quelque chose désarçonnait le Masaka.

_Pourquoi? se demanda-t-il à haute voix.

Surpris par la soudaine prise de parole du mastodonte, les autres participants à la réunion le fixèrent de regards interrogateurs, attendant une suite à cette question soudaine. Suite qui ne venait pas.

_ Pourquoi quoi? Le questionna Haylor, prenant les autres de cours.
_ La table! C'est de l'ashoka! Aucun artisan digne de ce nom ne gaspillerait de l'ashoka, cette essence d'arbre magnifique aux propriétés exceptionnelles, pour concevoir une simple table!
_...il avait peut être que ça, hasarda le capitaine Dogaku
_A 10.000 berrys le m²...
_10.000 berrys!
_...t'utilises autre chose. Ou alors ça veut dire que t'es stupide BWAHAHAHAHAHA!!!

Personne n'osa répondre à cette affirmation. De toute façon, personne n'osait jamais remettre en question les analyses de Chihousou concernant le bois et son artisanat. Et puis, personne n'écoutait réellement...

_ Bon, on est donc d'accord, lança Sigurd, nous nous rendons au point de rendez-vous et lorsque nous serons assurés de l'endroit où sont détenues les otages et...

Chi' n'écoutait plus, plongé dans ses réflexions sur les raisons qui pouvaient pousser quelqu'un à fabriquer une table en ashoka, et puis il s'avait très bien ce qu'il avait à faire, pas besoin de plan ou de mots compliqués. Il devait ramener sa sœur, et vite sous peine de devoir faire face aux foudres de sa môman, et pour ça il allait devoir taper. Fort. Tout en pensant aux divertissements à venir, le géant de South Blue sortit sa hachette (enfin hachette...pour lui quoi) de sa ceinture et commença à l'aiguiser, le regard dans le vague comme s'il regardait vers le futur et un avenir meilleur...et l'excellent clafoutis que préparait le cuistot.




A une bonne distance de là, dans une petite salle, non loin d’une cellule de prison, dans une espèce de camp aux bâtiments de conception hétéroclite, un petit bonhomme était de mauvaise humeur. Georges n’était pas le genre de personne à se plaindre de ses voisins mais là ça ne s’arrêtait jamais, un son strident et continue parvenait à ses oreilles et l’empêchait de profiter d’un sommeil bien mérité. Il avait travaillé toute sa vie et il avait enfin réussi à se payer une chambre sympathique dans un cadre fantastique et calme qu’il comptait bien conserver. Il sortit donc de sa chambre, remonta les escaliers, sans croiser personnes, et continua son exploration du camp afin de trouver le responsable de l’horrible son qui le parcourait.
Après plusieurs minutes de marche, et après s’être rendu compte qu’il ne pouvait faire confiance à ses oreilles pour lui indiquer le chemin, il décida de s’approcher de ce jeune homme au teint halé pour lui demander s’il ne savait pas où il devait aller.

_ Excusez moi, commença-t-il en tapotant l’épaule dudit jeune homme, auriez-vous l’amabilité de m’indiquez d’où vient les cris que l’on entend où qu’on soit ?
_ Ah, ça…c’est les prisonnières. Elles sont dans le bâtiment au bout de la rue.
_ Merci, bonne journée.

Sans attendre qu’on lui demande ce qu’un petit vieux pouvait bien foutre au milieu d’un camp rempli de pirates, Georges reprit sa route dans la direction indiquée. Il ne se souvenait pas qu’il y eu jamais de prison dans le coin mais ne s’attarda pas sur la question, après tout, chaque communauté avait son lot de canards boiteux qu’il fallait enfermer. De toute façon, reprendre sa nuit était la seule chose qui l’intéressait. Arrivé devant un bâtiment gardé par deux types à l’air patibulaire, il supposa être à destination, d’autant plus qu’il commençait à comprendre que le son qui le tracassait était en fait les notes perdues d’une vocifération active. Sans se démonter, il s’approcha des deux gardes et entama la conversation.

_ Excusez-moi messieurs, auriez vous l’amabilité de me laisser passer ?
_ C’est qui ce mec ?
_ J’en sais rien, y a des nouveaux dans la bande ?
_ Je crois pas, y a pas eu de fête de présentation récemment.
Euh, vous êtes qui monsieur ?
_ Je me présente, Georges Perudo To, ancien secrétaire de l’Association pour le Droit des Personnes Décédées. Je vis plus haut, dans la maison au toit rouge là bas, et il s’avère que les cris de vos pensionnaires m’empêchent de prendre le repos éternel qu’on m’avait promis. J’avais pensé pouvoir discuter avec les responsables pour régler le problème. Je me suis tué à la tâche toute ma vie et l’essentiel de ma mort, je mérite quand même de prendre quelques vacances, non ?
_ Euh…sans doute. Dites, qu’est-ce que vous entendez par votre « mort » ?
_ Ben, j’entends ma mort. Un terrible incident mais une histoire passionnante, houhou houhou hou, j’étais sur ce navire, houhou houhou hou, et, alors que je dormais en haut de la vigie, houhou houhou hou…
_ Ca va, ça va, tu vas pas nous raconter ta vie non plus, s’exclama le garde le moins loquace.
_ Ma mort. C’est ma mort que j’étais en train de raconter.
_ C’est ça que je comprends pas, vous dites que vous êtes mort mais vous êtes là, non ?
_ Ah ! Suis-je bête, j’ai tendance à oublier que les gens ne sont pas forcément au courant. Je suis un zombie.

Le silence se fit, les deux hommes armés se regardèrent, regardèrent Georges, se regardèrent, regardèrent Georges, ouvrirent la bouche, la refermèrent, froncèrent les sourcils et se rendirent compte de la situation.

_ UN ZOMBIE !!! S’écrièrent en cœur les deux gardes, et en attaquant le petit bonhomme qui leur faisait face.

Les épées s’enfoncèrent dans le torse de Georges qui les regarda de manière incrédule, surpris par cette soudaine manifestation d’agressivité.

_ Houhou houhou hou, vous devriez faire attention avec ça, c’est dangereux les épées, ça coupe, ça tranche…on a vite fait de se faire mal.
_ Mais…mais…vous êtes pas mort !?
_ Si.
_...
_...
_ Ah ! Vous voulez dire à cause de vous ? Je suis déjà mort, vous avez déjà entendu parler de quelqu’un qui est mort deux fois ? Soyez réaliste un peu, on n’est pas dans un compte de fée. Je suis mort, je peux pas remourir, et c’est pas faute d’avoir essayé. Quand je suis mort la première fois, j’ai pensé que ma vie ne valait plus rien et j’ai tenté d’y mettre un terme, je me suis planté un pieu dans le cœur, je me suis coupé la tête, très désagréable je vous le déconseille, j’ai sauté du haut d’une falaise…

Avant qu’il ait put finir l’énumération de ses tentatives de suicide post-mortem, les deux hommes s’étaient déjà enfuis en courant et en criant. Décidemment, Georges ne comprenait pas la nouvelle génération, de son temps on criait pas comme des dératés à la vue d’un mort, même vivant. Il retira les épées de son corps, ouvrit sa veste et sa chemise, sortit une aiguille et du fil de la poche de son pantalon et commença à se recoudre tout en reprenant sa route.



Après s’être remis d’un clafoutis bien décevant, Chihousou était à la proue du Tarmac, regardant l’horizon, attendant qu’enfin les marines arrivent à Kawaguchi parce que lui, il était prêt, sa hache était aiguisée, son marteau lustré, son caleçon repassé et son esprit vidé de toute information inutile, comme d’hab’ quoi.

_ Capitaine !

Se tournant, il aperçut Marine la marine ambitieuse, et accessoirement son lieutenant, qui s’approchait de lui sourire aux lèvres et poitrine bombée. Ah, non.

_ Capitaine, il faut que vous rentriez, on arrive bientôt et la El… le Commissaire Haylor veut vous briefer une dernière fois avant qu’on ne rencontre les pirates.

Il avait été décidé que la négociation, si elle était réelle, aurait lieu mais qu’il ne fallait pas que les pirates se doutent que le Tarmac abritait deux équipages en son sein. Ainsi, le capitaine Masaka avait quelques instructions bien spécifiques.



_...et quand Dogaku parlera avec les pirates que devez vous faire ?

Le front en sueur et les oreilles fumantes, Chihousou hésitait, il n’était pas sûr.

_ Euh…rien.
_ Exact. Bon, il semble que vous ayez retenu vos directives. N’oubliez pas, nous vous feront passer pour le garde du corps du Cap…de Dogaku alors essayer d’avoir l’air effrayant. D’ailleurs vu qu’on est là, montrez-moi de quoi vous êtes capables. Essayez de m’impressionnez.

Le Masaka se leva et commença à jongler avec ces hachettes, le visage tout sourire et sifflotant un air joyeux. La commissaire du Tarmac fut suffisamment surprise pour laissez le temps au capitaine de la BRUTE de finir son petit numéro.

_ Alors, impressionnée ?
_ Quand j’ai dit que je voulais que vous m’impressionniez, c’était en étant effrayant.
_ aaaaah. J’avais pas compris.
_ J’ai vu ça. Bon, on reprend, soupira Evangeline, faites moi peur…enfin, soyez effrayant, me criez pas « bouh » ou un autre truc du genre.

Sans savoir qu’elle avait bien fait de ne pas finir sur « faites moi peur », Haylor put admirer Chihousou essayant d’être effrayant et…c’était pathétique. Le jeune homme semblait incapable de faire le moindre regard menaçant, ses tentatives se transformaient en suite d’expressions débiles se succédant sur son visage enfantin. Devil, comme la surnommait son capitaine, était exaspérée. Elle ne pouvait même pas faire de reproche au grand rouquin, celui-ci faisait preuve d’une réelle bonne volonté mais il semblait simplement incapable d’affichait la moindre expression menaçante sur son visage. Elle aurait pu pleurer de frustration.

Il fut finalement décidé que le Masaka se contenterait d’essayer de ne pas paraître idiot et on le força à se vêtir de son uniforme ce qui donnait l’impression qu’il était encore plus costaud. A peine avaient-ils finis le relooking que la baie des naufragés était en vue.



_JOUEURS DE LUTH !! DANSEURS DE BALLET !!! PIRATES !!!

Cela faisait plusieurs jours qu’Ela vociférait des insultes et, il faut le dire, elle commençait à être en manque de vocabulaire et, du coup, elle criait tout ce qui lui passait par la tête et qui lui semblait, ne serait-ce qu’un peu, insultant.

_ Excusez-moi.

Surprise par cette interpellation, la marine stoppa ses éructations et pris une pause bienvenue, elle pourrait ainsi refaire le plein d’originalité dans ses insultes.

_ Quoi !
_ Désolé de vous déranger pendant vos vocalises, je trouve d’ailleurs que vous avez une très jolie voix…
_ Merci
_ De rien
, mais, il s’avère, alors c’est un hasard auquel on ne peut vous imputer la faute, que ma couche n’est pas éloignée de votre cellule, en plus d’être mal insonorisée, ce qui fait que votre voix s’insinue dans mon lieu de repos et m’empêche d’en prendre…du repos.
_ Et alors ?
_ Et bien, je vous serais gré de bien vouloir baissez le son afin que je puisse profiter de mes vieux jours. Je sais que vous êtes une prisonnière, et je comprends votre désarroi devant cette situation, mais j’estime que cela ne vous empêche pas de faire preuve de respect envers ceux qui veulent se reposer.
_ J’en ai rien à foutre du repos des pirates.
_ Houhou houhou hou, je vois qu’il y a méprise, je ne suis pas un pirate. Je suis Georges Perudo To, ancien secrétaire de l’Association pour le Droit des Personnes Décédées, et je me suis installé dans cette sympathique bourgade lorsque j’ai décidé de prendre ma retraite.
_ Donc vous n’êtes pas un pirate ?
_ Pas le moins du monde, toute ma vie, et ma mort, j’ai été un honnête travailleur vivant sur les bénéfices de son modeste labeur.
_ Mais vous n’êtes pas avec les types qui nous gardent ici ?
_ Non.
_ Alors vous pouvez pas nous faire sortir ?
_ Non.
_ Promis j’arrête de crier.
_ Je peux pas.
_ Pourquoi ?
_ Je crains de ne pas posséder les clés de votre cellule. Et puis, je ne sais pas quelles sont les raisons qui font que vous êtes en prison. Rien ne me dit que c’est une erreur judiciaire et que vous méritez d’être libéré.
_ Mais…on est des marines !
_ Ca veut rien dire. J’ai vécu longtemps, et ça fait un petit moment que je suis mort, et je peux vous dire que les marines qui méritent d’être derrière les verrous, ça existe.
_ Mais c’est des pirates qui nous retiennent prisonnières. Dans le doute, ça veut dire que c’est nous les gentils, non ?
_ Ah. Bon. Bien. D’accord. Mais j’ai toujours pas les clés.
_ Et bien cherchez-les !

Georges recula lentement, fit volte-face, regarda à gauche puis à droite avant de reprendre la parole.

_ Je ne les trouve pas. Désolé.
_ VOUS APPELEZ CA CHERCHER !?
_ Je vais devoir aller les chercher…
_ VOUS TROUVERIEZ MEME PAS UN MARTEAU SI ON VOUS LE CARRER DANS L’OIGNON !!
_ Mais ça m’embête, ils vont encore essayer de me manger…
_ ESCROC !!
_...ou pire !
_ FILS D’UNIJAMBISTE !!
_ C’est une décision difficile.
_ FACE DE BABOUIN DECREPI !!
_ Après tout qu’est-ce que je risque ?
_ OUZBEK !!
_ De mourir ? C’est pas comme si ça m’était jamais arrivé.
_ GLANDE LYMPHATIQUE !!
_ Bon c’est décidé, je vais les chercher.
_ CO… vous allez chercher qui ?
_ Des amis. Enfin, si on veut…je devrais être de retour dans quelques heures si tout se passe bien. Bonne journée.

Sans attendre de réponse, le zombie maniéré commença à marcher et il sortit rapidement du camp. Trente secondes après son départ, un détachement d’hommes faisait irruption dans la prison improvisé, averti par quelques marins choqués.



Alors qu’il s’enfonçait de plus en plus profondément dans la jungle, Georges Perudo To espérait qu’il avait prit la bonne décision. Et que ses « amis » ne prendraient pas le camp pour un buffet.
avatar
Chihousou
Combattant Expert
Combattant Expert

Messages : 586
Date d'inscription : 10/03/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Sonaka le 8/7/2012, 00:50

Au sein du campement pirate savamment improvisé, un bâtiment se démarquait particulièrement du lot.
De l'extérieur, relativement peu. On pouvait deviner, à sa taille et aux inscriptions afférentes, qu'il s'agissait là d'une ancienne infrastructure, peut être une mairie ou une salle commune.

Dès lors que l'on entrait à l'intérieur, cependant, cela changeait du tout au tout. Le visiteur était accueillit par le regard impérieux d'un dragon d'ébène soigneusement ouvragé, dont la gueule dissimulait un astucieux système de propulsion permettant au chargé d'accueil de délivrer un tir de barrage à quiconque tenterait de forcer le passage. Cette pièce d'art et d'ingénierie se fondait dans un environnement de draperies, vaisselles ornementales et toiles peintes qui témoignaient des origines exotiques de l'équipage qui avait investit la place.

A la manière des rois d'antan, le nouveau propriétaire de ces lieux ne se déplaçait jamais sans le trésor de son royaume, quand bien même celui-là attachait une importance particulière à l'accueil des visiteurs indésirables.

Et le dragon n'était qu'une des nombreuses surprises que réservait la sécurité de ce bâtiment. Portes piégées, tapisseries traîtresses et dalles mortelles étaient là pour s'assurer que personne ne visite le centre névralgique de l'armada qui s'apprêterait bientôt à frapper Kawaguchi.


Les éclaireurs de la bande armée, qui avaient passé l'île au crible avant d'établir leur QG, avaient été surpris de cette trouvaille: une ville fantôme, ni plus ni moins, laissée à l'abandon par ses occupants, qui avaient disparu sans laisser d'indices. Ni aucune affaire derrière eux: c'était une migration en bonne et due forme, pas un exil du à un sinistre. Curieux, ceux-ci avaient alors ratissé les environs avant d'essayer d'en déduire la cause. Ils finirent par la découvrir dans la forêt, et prirent des mesures pour pouvoir s'établir sereinement le temps de leur besogne à Kawaguchi.

Et cette cause, ce serait le capitaine Masaka qui serait le premier à la rapporter aux forces de la marine. A moins que Georges Perudo-To ne s'en charge auparavant. Mais nous ne nous intéresserons pas à lui pour le moment.

Dans le QG labyrinthique qui abritait le chef et commanditaire de ce groupement inter-équipages, avait été conviée une héroïne d'un tout autre genre que Dogaku.
Une jeune femme à l'allure triomphale et splendide, dissimulant une attitude brutalement pragmatique, qui suivait docilement son guide de survie dans cette dangereuse bâtisse, un pirate imberbe dont les cheveux relevés suivaient une variation de la coupe usuelle des guerriers de Yamato. Celui-ci, sans le moindre égard pour le statut de capitaine de celle qu'il escortait, se répandait en critiques, ce dont elle ne curait guère. Son employeur l'y avait tout simplement habituée, et elle était suffisamment bien payée pour laisser couler jusqu'au Niagara s'il le fallait.

-Vous êtes en retard.
-Quelqu'un nous a baragouiné quelque chose à propos d'un macchabée en vadrouille. J'ai rien compris sur le coup, il a fallut vérifier.
-Le maître n'aime pas attendre.
-Pas sûre qu'il aime les intrus dans sa base, non plus.
-Vous n'avez pas à vous en charger. La surveillance des environs incombe à un autre capitaine...
-Oui: une personne distraite qui est actuellement en train de faire un safari photo pour trouver des Toupoutous. J'ai encore trouvé une tête de vainqueur, là...
-Je vous demande pardon?
-Nan, je veux dire que je l'ai choisie spécifiquement parce qu'elle est un peu pigeon sur les bords, mais que son équipage lui est fidèle et qu'ils seraient capables de survivre à quelques buster call si l'enfer s'abattait sur eux. Bref, on peu compter sur la troupe d'Onyaja en pleine action, mais pas au repos. J'ai l'habitude, tout est maîtrisé.
-Pourquoi ne pas en avoir avisé le maître, alors?
-Ses troupes font le boulot, je supervise, mes hommes sont dispos pour aller gérer l'enlèvement, et ça évite d'avoir l'équipage de sauvages imprévisibles se tourner les pouces et tout saccager vu qu'ils sont occupés à nous protéger des boules de poils. Autre chose?
-...
-Eh ouais, t'as plus rien à dire là, sous-fifre.

Tous les hommes de main du seigneur Wang Shei avaient appris, sous son autorité, à avoir une étrange estime d'eux-même. Son équipage suivait une stricte hiérarchie officieuse, que seuls le temps et la culture permettaient d'appréhender. Aux yeux d'un extérieur, on ne pouvait que remarquer que ceux qui se faisaient bien voir du chef, qu'ils nommaient d'ailleurs seigneur ou maître en lieu et place de capitaine, étaient généralement mieux placés que les autres.

Toutefois, à leurs yeux, quiconque n'était ni des leurs ni de leur culture peinait à être un interlocuteur honorable. Il suffisait de voir comment un piètre majordome la traitait elle, la capitaine du World Shredder, comme une de ses sous-fifres qu'il convenait d'éduquer en insistant sur ses erreurs. Silencieusement, il lui fit contourner une armure portant une large hallebarde, l'invita à se déplacer spécifiquement sous tel lustre et pas un autre, et la fit repasser par un couloir dont elle avait déjà traversé une moitié pour finalement prendre un escalier conduisant à l'antre de Wang Shei, le seigneur de guerre de cette bande de coincés. La lourde porte autochtone, restaurée par les soins des artisans du pirate, se voulait tout aussi intimidante que devait l'être la première d'une rencontre avec un homme qui se prenait véritablement au sérieux.

Roderik du attendre de se faire annoncer avant que deux servantes ne daignent venir lui ouvrir. Elle les considéra un instant, elles et leur maquillage ostentatoire, leurs manières exagérées et les très probables aiguilles envenimées qu'elles dissimulaient quelque part dans leurs énormes robes florales. Chacune d'elles quitta la salle et s’installèrent sur les côtés, laissant la borgne entrer d'elle même dans l'antre du loup. Tout cela n'avait rien à voir avec le faste amas de coussins, poufs et peaux de bêtes qu'elle utilisait pour mettre à l'aise ses convives et mener ses conversations. Ici, la lumière des fenêtres était tamisée par des toiles de papier ornementées, et c'était la masse de torches et bougies qui imposaient leur touche solennelle à l'atmosphère de la pièce. Face à elle se situait une estrade surélevée de quelques marches par rapport au sol, semblable à un autel, sur laquelle se situait Wang Shei, son commanditaire.

L'homme qui lui faisait face, que ce soit dans son attitude suprêmement insatisfaite, son épaisse robe écarlate, ses habitudes précieuses ou le dressage de son équipage, avait visiblement les chevilles aussi enflées que la prime à laquelle il aspirait.

L'équipage des ridés était véritablement paranoïaque, et la pirate ne comptait aucunement remettre les pieds dans ce nid de dingues lorsqu'elle aurait finit sa part du boulot. Tant qu'elle était utile, elle ne risquait évidemment rien. Mais quelque chose lui disait que la réputation pourtant sous-évaluée de sa troupe à elle n'empêcherait pas son employeur de s'en prendre à elle si l'idée lui passait par la tête.

Même parmi les pirates, ce type était résolument considéré comme dangereux. C'était déjà surprenant qu'il ait prit l'initiative de faire appel à un autre équipage, et encore plus dans l'idée de monter une coalition. Tout simplement pas le genre des ridés.

Et même maintenant, elle n'était pas sûre d'avoir eu raison d'accepter cette collaboration. Encore que... en fait, si. Le seigneur de guerre payait rubis sur l'ongle, et ce littéralement. Le surlendemain des négociations, il lui avait fait parvenir en cadeau un vernis à base de poudre de cette pierre précieuse, exactement le même que celui qu'il utilisait avec ses tenues d'apparat. La prochaine fois qu'elle participerait à une soirée mondaine, elle leur en mettrait décidément plein la vue.

Pour peu qu'elle en ai jamais l'occasion, cela dit. La vie de forban avait ses inconvénients, et même si plein de choses ne l'avaient jamais réellement intéressée, elle ne pouvait même plus s'imaginer y mettre un jour les pieds.

Alors que la borgne aux yeux bleus regardait les doigts soigneusement manucurés de son client manipuler avec précaution les dernières pièces un jeu d'échecs en cristal, celui ci lui tourna le dos, feignant de ranger son loisir solitaire pour vérifier machinalement la présence de son poignard dans l'une de ses amples manches. Après toutes ces années, il n'était pas arrivé si près du but pour se laisser mourir d'une telle négligence.

Non pas qu'il avait le moindre doute envers Roderik. Simplement, il ne participait jamais à des négociations sans armes, et étendait cette ligne de conduite à la majorité de ses entrevues. On ne savait jamais comment pouvait réagir un individu contrarié, de même que c'était souvent dans cet état qu'un contrevenant à ses intérêts était le plus vulnérable.

-Si vous êtes là, j'en conclus donc qu'ils sont arrivés, n'est ce pas?
-En plein dans le mille, déclara la capitaine en profitant du dos tourné de son interlocuteur pour se curer furtivement le nez d'un coup d'ongle. On les a contacté il y a une heure, ils devraient débarquer demain matin. Vous feriez mieux de dire à vos hommes de se préparer. Non pas que les marines iront vite avec la chasse au trésor, mais...
-Qui ira à leur rencontre?, coupa Wang Shei.
-Aucune idée. Mon World Shredder est à vos ordres, mais les troupes de McPwning ont l'air de vouloir s'en charger. J'irais voir avec lui. Ou alors on jouera ça aux cartes.
-Ne traînez pas, siffla l'exilé d'East blue.
-Pile ou face, dans ce cas.

A cette dernière boutade, le militaire réprouvé balaya son interlocutrice d'un regard assassin, signifiant clairement qu'il n'avait pas la moindre seconde à consacrer à quelconque enfantillage. Mais il en fallait plus pour démonter celle qui avait su faire sien l'un des équipages les plus connus du secteur. Et tant qu'elle faisait à merveille son boulot, la pirate qui se définissait spontanément comme femme d'affaire savait qu'elle serait irremplaçable, aussi bien aux yeux de ses redoutables combattants que de ceux de l'aspirant empereur des mers.

-Tout doux, pas besoin de se faire menaçant. Nous avons le temps. Trois temps d'avance.
-Suffit. Ce temps, c'est de l'argent. Et une organisation aussi minutieuse que la notre m'en a couté bien assez.

Qu'il se plaigne autant qu'il veuille, cela n'était rien d'autre que la preuve de son avarice et sa mauvaise foi. Quand quelqu'un vous faisait économiser plusieurs milliards de berries au même titre que les années de labeurs et d'influence qui allaient avec, l'échelle de quelques centaines de millions n'avait rien de considérable, niveau honoraires.

-A ce propos, aucun soucis en ce qui concerne les rambos, continua Roderik. Les dresseurs de mollusques seront escortés par une petite troupe composée pour moitié de mes hommes, pour moitié de ceux de Karnak. McPwning enverra du monde aux portes de la ville, histoire de les distraire un peu. Et le reste... rien n'a changé, en fait.

C'était principalement pour cela qu'elle était venue: ce soir, le pirate de Yamato et elle même feraient un ultime briefing aux forces de la petite armada hétéroclite, qui n'avait vu le jour que grâce à l'attrait du butin promis par Wang Shei et les talents de conciliatrice de la réputée chasseuse de Zoans. Au final, pas moins de cinq équipages pirates avaient été rassemblés, sans compter une quantité non négligeable de groupements mercenaires plus ou moins hors-la-loi qui venaient renforcer l'association par l'apport de compétences exclusives.

Et en matière de hiérarchie, s'il était bien sûr inenvisageable que Wang-Shei et les siens ne soient pas traités avec les honneurs, il s'avérait surtout qu'ils restaient seuls dans leur coin, tandis que les autres équipages se mêlaient bien plus facilement dans le campement réhabilité par les pirates. Les équipages Roderik, Karnak, Onyaja et McPwning étaient bien huilés, avaient partagé ensemble ce qu'il fallait de beuveries et de préparations pour acquérir une certaine cohésion, et suivaient chacun à leur manière suffisamment bien les décisions de leurs chefs respectifs pour que la mécanique de la flottille ainsi rassemblée soit à la mesure de l'opération prévue.

Satisfait du bilan des préparatifs, le pirate força son alliée à lui faire un résumé des changements de dernières minutes qui avaient été opérés. Tout se présentait au mieux, au point tel qu'il daigna lui adresser un rictus de contentement qu'il ne réservait habituellement qu'à ses miroirs. Il ne lui restait désormais plus qu'à finir son discours pour ce soir, et il pourrait enfin attendre avec impatience que le lendemain soit.

-Eeeet... ça sera tout pour l'instant. Ce qui est déjà pas mal. Content?
-Nous verrons demain, éluda le seigneur déchu. Par contre... il y a une dernière chose que j'aimerais savoir. En ce qui concerne la petite réception, pourquoi cet équipage en particulier?
-McPwning?
-Non. La marine.
-Ca? Je connais bien leur capitaine, tout simplement. Et cela simplifiera grandement les choses quand il s'agira de leur sortir le grand jeu.
-Votre fameuse arme secrète?
-Si on veut, sourit la borgne.

Wang Shei contempla son associée un instant, méfiant. Lui cachait-elle quelque chose? Il aurait été rondement porté à le croire si elle ne s'était pas montré aussi convaincante jusque là. Heureusement, il s'en tenait aux preuves, et avait eu bien assez de démonstrations matérielles de son implication pour être satisfait.
Toutefois, il restait sur ses gardes. "Vous ne comprendriez pas si je ne vous expliquais pas dans les détails, et jamais je n'oserais vous faire perdre cinq heures de votre vie à écouter mes histoires". Telles étaient les paroles qui avaient détourné toute question relative au soit-disant joker de la pirate.
Et ce genre de cachoteries ne lui plaisaient pas. Elles étaient typiques des femmes, et la première raison pour laquelle il ne s'autorisait que rarement à collaborer avec un équipage sous tutelle féminine. D'un autre coté, pour le genre de mission sociales qu'il venait de confier, peut être qu'une femme était plus pratique. D'ailleurs, cela ne rendait son statut de chef militaire que d'autant plus évident et indisputé.

Il n'aurait pas à... écarter... qui que ce soit au cour de ce raid. Un agréable changement, en vérité.

-Je vois, conclu-t-il simplement. Et elle sera aussi efficace que cela?
-Vous n'avez même pas idée, sourit-elle à pleine dents. L'influence du World Shredder peut se retrouver ici... ou là. Ou même ailleurs. Voire... au delà.
-L'au delà. A quoi faîtes-vous référence?
-Vous êtes superstitieux, non?
-Qu'est ce qui vous ferait dire ça?
-J'ai regardé la déco de votre demeure, c'est assez... flagrant qu'il y a des motifs récurrents.
-Vous n'avez pas le bagage nécessaire pour apprécier la symbolique de ma culture, asséna simplement le pirate.
-J'imagine. Eh bien en tout cas, moi oui, je suis superstitieuse. Je crois en deux choses. Un bon pirate se doit d'avoir de la chance, ce dont on manque rarement quand on a du doigté. Mais pour les autres... il y a Pad'Bol. Et moi, je sais me charger de lui.



*
* *



L'organisation des pirates était très bien rodée: en vérité, ils s'étaient donnés les moyens de faire bien pire qu'un banal raid foudroyant sur Kawaguchi, s'ils le souhaitaient. En ce qui concernaient les communications, par exemple. Ils s'étaient procurés les services d'opérateurs fantômes, une petite troupe de mercenaires hors-la-loi dont l'art de l'élevage et du dressage d'escargophones se voulaient hors pair parmi les pirates dont la prime ne dépassait pas la centaine de million.

Ces mercenaires allaient se révéler très utiles au cours de l'assaut, lorsque les forces de sécurité locales se retrouveraient incapables de s'organiser en présence de leur brouillage. Mais en vérité, ils avaient déjà eu leur rôle à jouer plus tôt dans cette histoire: c'est par leur intermédiaire que les forces de l'armada avaient indiqué un point de rendez-vous à l'équipage du Tarmac, contactant sans difficulté les escargophones du navire aux accès les plus restreints pour indiquer leurs conditions.

Pour peu que leurs employeurs eurent daigné leur verser un supplément d'honoraires, ils auraient très bien pu espionner les discussions des marines. Toutefois, ils avaient estimé que cela serait superflu, et éventuellement risqué: mieux valait ne pas abuser d'un aussi bon outil.

C'est donc dans la plus stricte intimité que la petite bande de marines qui avait mit pied à terre faisait route vers le Havre des Toupoutous, une clairière retirée dans les forêts de l'île connue pour ses légendes afférentes aux enigmatiques boules de fourrure typiques de l'estuaire. Seuls les observateurs disséminés ça et là dans l'île par les pirates les espionnaient dans leur progressive ascension.

Et tant qu'à parler d'ascension...

-Je ne suis pas sûr que cela soit nécessaire, Chihousou...
-Il faut. Pas le choix.
-Ouais mais pas trop.
-La commichose, Hell Lord, a dit que je devais me faire passer pour ton garde du corps.
-Là, t'en fais trop. Clairement. Mais j'aime beaucoup le surnom, y'a de l'idée.
-Je garde ton corps. Tu es trop fragile en plus, c'est pas sérieux pour un capitaine. Faudra qu'on se fasse une bouffe ensemble, tu verras comme ça ira mieux après.
-Je suis très bien comme ça, merci. Pose moi.
-Écoute, si je ne fais pas un bon garde du garde...
-J'ai le vertige.
-Et moi, j'ai pas envie d'avoir une deuxième Ela sur le dos, BWAHAHAHAHA! La tienne a pas l'air commode, en plus, alors que la mienne a ses bons cotés.

A la pensée de sa soeur enlevée, le Masaka se renfrogna tout seul et gronda un bon coup, du fin fond de ses intestins qui résonnèrent en trombe jusqu'à secouer Dogaku lui même, harnaché au épaules du géant par une paire de bras aussi épais que son crâne.
Sigurd ne faisait définitivement pas sérieux, comme ça. Et se demanda pour la énième fois pourquoi ce genre de choses lui arrivaient à lui et à pas un de ces types bouffis d'importance au premier grade obtenu, dans le genre d'un Conquer ou d'un Way Dak.
C'était injuste. Et uniquement parce que lui était sympathique et ne se prenait pas au sérieux.

C'était du moins ce qu'il répétait plus qu'à son tour.

-Mais là c'est moi, que t'as sur le dos...
-T'es tout léger, ça pose aucun problème. C'est pas comme la fois où j'ai du remorquer ce morceau de séquoia pour le cadeau d'anniversaire de M'man, y'a dix ans...
-Je veux bien changer de place avec lui, capitaine, glissa Marine.
-Ouais, prends là elle plutôt, elle est volontaire!
-Un homme fort ne se réfugie pas derrière une fille, capitaine Sigurd, le brusqua Chihousou.
-Vous avez le droit de me protéger quand vous voulez, capitaine.
-Mais j'ai pas envie d'être un homme fort, je suis très bien...
-Du tout. Marine te battrait au bras de fer, j'en suis sûr. C'est pour ça que je te prends sur mes épaules. Il ne doit rien t'arriver.
-Rhaaa, laisse moi juste descendre!, reprit Dogaku en commençant à gigoter.

La discussion fut interrompue par le toussotement gêné d'un sergent, qui ne savait pas trop où se placer. Que ce soit par rapport à Masaka, dont la taille inhabituelle l'intimidait fortement, ou part rapport à Dogaku, dont la tête se situait à trois mètres au dessus du sol et qui se sentait déjà prit de nausée. Les vertiges du blondinet redoublèrent lorsqu'il fi signe à sa monture de s'arrêter, en prenant garde de ne pas renverser le sous officier en charge des communications.

-Escargophone pour vous.
-Ah?
-Prenez donc.
-Qui c'est?
-Je n'ai eu que le standard, désolé.
-Oh, bon.

Dogaku soupçonna un appel des pirates, ce qui le rendit diablement maussade et sérieux au point que Masaka aurait pu jongler avec s'il l'avait souhaité. Il demanda au capitaine de la BRUTE de lui passer l'animal, ce qu'il fit indirectement en hissant d'un bras le jeune homme à hauteur de Sigurd plutôt qu'en le laissant descendre. Il ne chercha même pas à protester, et se contenta de le remercier à mi voix tout en s'emparant du combiné.

Il reconnu immédiatement la voix et les volutes de férocité contenues dans ces intonations mesurées. Non, ça n'était pas les pirates, mais ça n'était pas agréable pour autant.

-Capitaine, je pense qu'il vous sera utile de savoir que nos observateurs ont terminé l'installation du premier poste de surveillance. Les communications seront assurées tant que vous resterez dans le champ, et...
-Vous nous avez en visuel, donc on garde l'appareil à portée de main si vous voyez quelque chose de lourd nous débouler dessus, ouais. Hey, c'est quand même moi qui ait demandé ça, j'avais ma petite idée du pourquoi, protesta Dogaku.

Evil à l'appareil. Elle avait beau se faire toujours aussi intimidante lorsqu'elle le souhaitait, Sigurd s'était rapidement découvert un certain répondant dès lors qu'il n'avait pas à affronter le sempiternel regard désapprobateur de sa collègue.

-J'aimerais donc savoir à quoi vous jouez, ainsi juché sur les épaules du capitaine Masaka.
-Euh... ah oui, ça...
-Ca? Vous ne vous êtes donc pas blessé?
-Hein? Non non, du tout. C'était... juste un test pour avoir confirmation que vous nous voyiez bel et b...
-Arrêtez. Tout de suite.
-Mauvaise blague, okay. Faut vraiment que j'arrête, hein?
-Je n'ai aucune idée de ce qu'il vous passe par la tête. Je n'ai même pas envie de le savoir. L'heure est grave, des vies sont en jeu, et vos enfantillages n'ont...

Evil hésita à fulminer, et se fit un instant silencieusement. Sigurd crut un moment qu'elle s'étouffait, prenant sur elle même pour ne pas lui hurler des opinions défavorables en des termes et des largeurs que son savoir-vivre se refusait à prononcer.
Et une fois de plus, elle parvint effectivement à garder son calme, et enchaîna d'une voix étrangement...

-S'il vous plait, je pensais pourtant avoir suffisamment insisté dessus. Capitaine, vous avez des otages à sauver. Le moment n'est pas du tout propice aux idioties dont vous avez le secret.

Suppliante.

Mais le naturel revint bien rapidement, heureusement.

-Je vous garantis donc, articula-t-elle patiemment, que si jamais il s'avère que vos légèretés compromettent le sort de la mission, et ce d'une quelconque façon, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que vous n'ayez pour unique recours de démissionner et de vous rendre sur une île fantôme, éloignée de plusieurs centaines de miles toute institution gouvernementale à travers laquelle je pourrais envoyer des...

Et visiblement encore sous le choc, devinait Dogaku avant de l'interrompre pour arrondir les angles. Il avait l'habitude de se faire menacer, même si rarement d'une manière aussi directe. Ce qui l'inquiétait, c'est qu'il avait jusqu'ici principalement eu affaire à une Evil glaciale, pas à une enragée. Aussi s'exprima-t-il avec diligence, rejetant en bloc la faute sur son confrère on ne peut plus fautif et renouvelant son voeux de succès pour cette mission et celles à venir sur sept générations.

-Donc en ce qui concerne le fait de descendre du dos de Chihousou... moi je veux bien, je suis même parfaitement d'accord, c'est lui qui ne veut pas!.
-Très bien, je vois. Passez le moi.

Dogaku s'exécuta, et transmis silencieux le combiné -ainsi que toutes ses condoléances- à son collègue qu'il venait de sacrifier à l'autel de la paix. Sa paix.
Même s'il n'entendait rien, le capitaine du Tarmac devinait la voix de sa respectée collègue réciter avec acharnement des torrents d'imprécations enveloppées au leader de la BRUTE. Au bout d'une minute de conversation, il sentit enfin la plupart des muscles de son geôlier se raidir, terrifiés par les menaces muettes draguées par l'implacable voix de sa commissaire. Masaka se contentait de répondre par divers monosyllabes et onomatopées, tantôt précipités, tantôt étouffés. Ela l'avait visiblement bien dressé, car à deux reprises il renfonça machinalement son entrejambe, par simple réminiscence des sentences usuelles que sa soeur lui réservait après pareil sermon.

Puis, après une dernière affirmation hésitante, il lâcha brusquement Sigurd, tout en se promettant solennellement de ne plus jamais lui faire quitter le sol. Désormais libre, le lion se massa la hanche d'une main, douloureuse après cet atterrissage de fortune, tandis que l'autre récupérait l'escargophone.

-Voilà qui est fait, capitaine. Vous comprendrez que j'espère ne plus avoir à remettre les points sur les...
-J'ai dis oui une vingtaine de fois, vous en faîtes pas. Et Chihousou semble tout à fait d'accord lui aussi, remarqua-t-il.
-Bon. Nous nous tenons prêts à intervenir au moindre de vos ordres. Voilà qui sera tout.
-Euh... ouais, je vous appellerais quand y'aura besoin... alors. Je le répète une dernière fois, aujourd'hui ne posera aucun problème. Bardé comme je suis, c'est pratiquement comme si j'avais rendez-vous avec Dame Chance.
-Mmmh. Vous êtes sur de vous?
-Absolument, et on ne peut plus sérieux. Ne vous en faîtes pas. Terminé.

Quand bien même son centre d'intérêt et sa proie principale restait Masaka, Marine, la lieutenante ambitieuse de la BRUTE avait regardé la scène avec attention. Lorsqu'il raccrocha et qu'ils reprirent la route, elle n'attendit pas dix secondes avant de lui asséner une douloureuse remarque, tout en accélérant le pas pour se mettre hors de sa portée.

-Complètement soumis, à ce que je vois.

Sans détourner la tête, elle allongea subtilement ses pas, et compta mentalement jusqu'à dix. Forcément, il allait réagir. A quatre, Dogaku avait déjà doublé sa cadence, et il la héla aux environs du neuf.

-Meuh quoi? Pas du tout!

Elle ne put alors s'empêcher de sourire: elle venait de ferrer son poisson. Beaucoup plus facile qu'avec son lunatique Chihousou, qui ruminait à nouveau en pensant à sa soeur. Cela la répugnait sérieusement, mais elle devait s'y résoudre: si jamais elle voulait jamais avoir la chance de mettre ses griffes sur Chihousou, il fallait d'abord qu'il ne soit plus accaparé par le sort d'Ela. Et pour ce faire, Marine ne voyait là que deux cas de figure. Soit elle s'assurait qu'ils mènent leur mission à bien -elle n'avait pas rejoint la troupe pour rien, après tout-, soit elle s'arrangeait, dans le cas inespéré où quelque chose d'irrémédiable arriverait à l'administratrice de la BRUTE, pour être aux premières loges pour conforter, cajoler et apaiser l'inconsolable Chihousou.

Elle avait un plan, elle aussi. Et était, dans ces intrigues, une actrice bien plus active que ce que son physique de bimbo suggérait.
Mais pour cela, elle avait besoin d'une certaine marge de manœuvre.


Et il ne lui restait plus beaucoup de temps pour se mettre Dogaku dans la poche.


Car en effet, l'étau des pirates se resserrait sur la petite troupe. En plus des habituels observateurs disséminés depuis quelques semaines sur l'île, un autre groupe était maintenant en train de constater l'avancée des marines. Un groupe d'hommes pour la plupart solidement charpentés, chacun vêtu de jupe en tartan typique des habitants des Highlands dont ils étaient originaires pour la plupart.

Les forces du capitaine McPwning n'allaient pas tarder à entrer en jeu. Et ce dernier, qui conduirait personnellement le premier contact avec les marines, ne put s'empêcher de sourire à l'approche de ses convives.

Il venait de reconnaître un visage fort intéressant dans la troupe qui venait à eux. Un homme qui l'avait profondément marqué en dépit des quelques négligeables minutes qu'avaient duré leur rencontre.

Un homme fort, pleinement capable de parler le langage des hommes forts qui leur était instinctif, n'oubliait pas aussi facilement le visage d'un de ses pairs lorsqu'ils se rencontraient.


avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Sonaka le 26/9/2012, 17:47

En l’absence du capitaine Dogaku, le commandement du vaisseau revenait à la lieutenante Gurgenidze, selon le protocole en vigueur. En l’occurrence, toutefois, le capitaine était de sortie afin d’aller secourir des otages, dont elle faisait partie. Faute d’officier suffisamment gradés ou charismatiques pour pouvoir assurer l’intérim en catastrophe, eh bien…

-Higashizawa, vous en êtes où avec ces transmissions?
-On avance, monsieur. Mon équipe fait ce qu’elle peut pour les tracer. Je vous tiens au courant dès qu’on a quelque chose
-Vous avez obtenu confirmation, en ce qui concerne notre petit problème d’entente?
-Ils ne piratent pas nos communications. Vous aviez tort.
-Vous en êtes sûre?
-Suffisamment pour vous le dire sur cette ligne, oui.
-Bon. On va dire que vous avez raison, alors… tant mieux, ça va nous simplifier la vie. Ou alors on est foutus, au choix.
-Pourquoi avez-vous demandé à ce qu’on vérifie cela?
-Vous savez comment ils ont fait pour nous donner le lieu de rendez-vous?
-Euh… non.
-Ils me l’ont dit directement dans la salle de réunion, tiens. Les accréditations pour accéder à cette ligne? Rien à cirer pour eux, visiblement.
-Mmmh… donc ils nous ont piratés. Et on sait maintenant jusqu’à où.
-Restez quand même prudente, Yuzu. Mon petit doigt me dit que s’ils ne l’ont pas fait sur le bateau, ils ont quand même pu faire mumuse avec ce qui se trouve sur l’intérieur des terres. Hors de question de communiquer avec Kawaguchi tant qu’on en est pas sûrs.
-On ne l’a pas fait, capitaine, assura l’officière pour la huitième fois, un peu curieuse de l’insistance de Dogaku sur ce point spécifique.

Yuzu Higashizawa. Malgré son jeune âge, elle était parvenue à finir à la tête de la petite cellule en charge des communications du navire aux ordres du duo Haylor-Dogaku. Et si certaines rumeurs s’attardaient du coté de son fiancé, un aspirant politique appartenant au cabinet d’un gros bonnet, ou de son propre physique avantageux, elle bataillait au jour le jour pour montrer qu’elle faisait juste de son mieux lorsque cela comptait.

Mais sa performance dans l’unité escargophonique du bâtiment ne lui permettait aucunement d’assurer le commandement du Tarmac. C’était toutefois suffisant pour qu’elle devienne l’interface du capitaine avec son navire.
Ce dernier avait d’abord songé à sa commissaire, chargée d’autorité impérieusement reconnue, mais il l’avait écartée après une dizaine de minute. Encore ébranlée par la prise d’otage, Haylor était ici plus désobligeante que jamais, ce qui l’avait incité à l’écarter -diplomatiquement- au profit d’une personne calme, réactive, et qui pouvait répondre à peu près correctement à ses traits d’humour, en l’absence de sa lieutenante captive qui remplissait généralement ce travail de bonne pâte.

Sans compter qu’il avait plusieurs tâches à lui confier, et qu’il souhaitait en suivre l’avancée de très près. Cela lui facilitait la tâche.

-Où en sont les gros bonshommes de la BRUTE, d’ailleurs?
-Dans le réfectoire, en train de faire la fête sur leurs stocks de cervoise. On les tient au chaud en attendant qu’ils soient de sortie, quand vous le demanderez.
-Okay. Dans ce cas, voilà le plan. Oubliez le coup des troupes de chocs en renforts, je veux qu’ils foncent sur les chargés de comm’ de Roderik dès que vous les avez débusqués.
-Vous êtes sûrs?
-Complètement. Rajoutez une quinzaine… dizaine d’hommes à nous pour compléter l’escouade. Que tout ce petit monde soit prêt à foncer dès que vous les aurez.
-C’est noté.
-Et mettez Haylor sur le coup si les gros lourds de Chihousou coopèrent pas, ça lui fera du bien de se défouler.
-Vous voulez dire, sur quelqu’un d’autre que vous?
-Ah nan, moi je suis le merveilleux personnage qui supervise comment on va sauver la situation, j’mérite qu’on ne me souhaite du bien, d’abord.
-Euh…

-Et dîtes à un de nos gars de vous tenir au courant de ce qu’ils font. Je sais pas si les bucherons de Chi’ vont faire un concours de sylviculture avec les dents, mais dès qu’ils zigouillent tout ça, annoncez illico à la ville qu’ils ont des pirates dangereux sur leur île.
-Ils n’y a que deux équipages, non?
-Aucune idée pour celui du gros type en jupe, euh, kilt, mais je ne joue pas aux idiots avec le World Shredder. Vous préviendrez la ville illico.
-Pour leur dire quoi?
-Mmmh… ce que je viens de vous dire?
-Et en détail?
-On le saura plus tard, le détail. J’vous concocterais un truc à pile ou face s’il le faut.
-Pile ou face?
-Le meilleur moyen d’avancer quand on ne sait pas quoi faire. La pièce décide pour vous, et si vous n’aimez pas le résultat, c’est que vous préférez l’autre version et devez la prendre pour avoir l’esprit tranquille.
-Je ne vois pas le rapport avec rien de tout ça…
-Pas grave, faîtes moi juste confiance.

Ne pas insister, comprit l’officière. Dogaku était un bricoleur qui y allait à grands coups d’à peu près, mais il avait jusque là montré qu’il savait généralement ce qu’il faisait… et surtout, avait gagné la confiance de l’équipage par ses sans fautes irréprochables lorsqu’il portait sérieusement sa casquette de capitaine.

Mais pour autant, le voir arranger ses mouvements de troupe sur la base d’arguments tels que Dame Chance et pile ou face n’était guère rassurant. Sans compter tous ces étranges schémas en forme d’arbres, bardés de chiffres, de cercles et de symboles de couleurs qu’il gribouillait en compagnie de sa petite clique de tacticiens, avant d’affirmer d’un air certain que les probabilités étaient de son coté s’ils suivaient telle ou telle option.

C’était toujours inquiétant, quand il faisait ça.

Et malheureusement, c’était sur la base d’un de ces dessins que Dogaku avait affirmé la possibilité que les pirates disposent de certains avantages en ce qui concernait les communications. Mais pas seulement.

-Capitaine, j’aimerais tout de même savoir… qu’est-ce qui vous fait dire que la ville va être attaquée?
-Une impression.
-C’est tout?
-Bin ça va vous sembler bizarre, mais sur mon île, on n’enlève pas des gens sans arrière pensée.
-Je croyais que cette Roderik voulait votre mort…
-Elle veut ma peau, ouaip. Et donc?
-Ca n’est pas un guet apens? Qu’est ce qui vous permet de dire que… ça n’est pas une embuscade pour vous, par exemple?
-Nan. Je sens que ça n’est pas ça. Quand elle veut tenter sa chance avec le dessous de lit, c’est un peu plus direct. Elle veut me faire venir, c’est clair. Mais je ne pense pas que ça soit l’idée, aujourd’hui.
-Vous ne risquez rien?
-Mettons que je ne suis pas la cible principale… plutôt… un joyeux bonus. M’enfin ça va pas se passer, rien à craindre. Aujourd’hui, j’me sens en veine, Dame Chance est là pour gérer ma popotte.
-Dame Chance?
-Ma plus vieille amie, tout à fait.

Mauvais signe. Lorsque le capitaine commençait avec ses Dame Chance et ses Pad’Bol, c’était généralement qu’il avait du mal à garder le cap et était dangereusement prêt à dérailler psychologiquement.

Et pourtant, il n’avait pas vraiment l’air de paniquer. C’était même tout le contraire. Aujourd’hui, il était inhabituellement calme et composé, pour quelqu’un qui avait à gérer une prise d’otage doublée d’une très probable embuscade.

-Je ne sais pas comment vous faîtes. A votre place, je serais… morte de trouille?
-Oh, nan. Je suis sur les nerfs, pour sûr, mais c’est juste parce que j’ai intérêt à réfléchir vite et à pas me planter sur les choix à faire.
-Qu’est-ce qui vous fait dire ça?, demanda à nouveau la belle brune.
-Si je vous le disais, vous me prendriez pour un dingue.
-Eh bien… euh… on vous prend déjà tous pour un dingue, si cela peut vous persuader?
-Exactement ce que j’aime entendre, merci! Puisque c’est comme ça, je me mets en grève sur le champ, pour obtenir une revalorisation de mes conditions de travail.
-Je ne suis pas sûre que le moment soit bien choisi, monsieur, même pour de l’humour…
-Je me mets en grève demain, bien sûr. Où ce soir, une fois ce boulot plié. Bon, visiblement comme on approche d’une bande de pirates qui nous attend de pied en cap, je vais vous laisser pour le moment.
avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Chihousou le 27/9/2012, 21:10

Y a un mec qui a dit un jour, et plusieurs fois, « j’aime qu’un plan se déroule sans accrocs ». Sans doute un gars de fiction car dans la réalité vrai de Grand Ocean, un plan ne se déroule jamais comme prévu. Et c’est normal. Après tout, toute prédiction est basée sur des suppositions, des anticipations qui sont composées de nombreux paramètres et variables qui sont, par définition, imprévisibles. Le facteur humain en est l’exemple même, comment prévoir la façon dont va réagir un individu face à une situation donnée ? Prenons un exemple concret : « Une troupe de marine doit libérer un groupe d’otages des griffes sales et acérées de méchants pirates. Pour cela, ils se rendent au point de rendez-vous donné par les dits pirates afin de négocier la libération des détenues ». C’est à cet instant précis que tout bascule. Pourquoi ? Comment ? Nul ne peut anticiper cette réponse, les possibles raisons de l’échec des négociations sont innombrables, est-ce une félonie des pirates ? Un brusque changement dans les conditions climatiques ? Une attaque d’animaux ? Ou bien la présence d’un bourrin totalement taré et capitaine d’une brigade de dégénérés ?

Tout s’était pourtant bien déroulé jusque là. Les marines étaient arrivés dans la clairière des toupoutous et, après quelques minutes d’attente, avaient reçu un appel des forbans demandant au capitaine Dogaku de s’avancer pour que commence les négociations. Il avait le droit de prendre une petite escorte avec lui. Escorte composée du capitaine Masaka, officiellement son garde du corps, et de quelques hommes choisis au hasard. Tous étaient en position d’attente lorsque les pirates arrivèrent avec à leur tête un visage reconnaissable par l’homme fort : McPwinning.

Il existe deux types de personnes qui ne se mettent que rarement en colère : ceux qui ne ressentent que rarement la colère et ceux qui savent la contrôler. Malheureusement pour la mission, Chihousou fait partie de la première catégorie et le problème des gens qui ne se mettent jamais en colère est qu’une fois qu’elle arrive ils sont absolument incapables de la contenir. Et dans le cas présent ça se traduisit par une grosse tarte dans la gueule…et le début du bordel.

Mais nous y reviendront plus tard.



A plusieurs kilomètres de là, les pirates se rassemblaient et se préparaient à lancer l’assaut sur une ville portuaire qui n’avait rien demandé. La gloire et la reconnaissance malveillante se fichent de ce que veulent les gentilles petites villes dénuées d’armées mais pas de ressources.



Aux abords d’une ville fantôme transformée en camp fortifié, une drôle d’armée s’apprêtait à lancer ce que l’on osera pas appeler « l’assaut ». Avec à sa tête, et sur une tête poilue, un petit bonhomme en décomposition.



Reprenons le fil décousu de notre histoire et revenons en au moment où une main géante se dirige vers la figure non moins géante d’un pirate en kilt. A cet instant précis, les évènements sont, comme qui dirait, un peu confus, cette baffe marquant le début des hostilités entre marines et pirates.

Un affrontement entre deux factions n’est jamais aussi clair que l’intitulé le laisse paraître : les champs de bataille c’est toujours le bordel. C’est d’ailleurs pour cette raison que ceux qui font la guerre aiment tant les uniformes, ça aide avec les femmes et ça permet de savoir qui on est en train de tuer. C’est pratique mais au final dans le feu de l’action tout ça n’a que peu d’importance.

Mais là, les choses étaient encore plus confuses qu’à l’accoutumée et ce pour deux raisons. La première est que les pirates n’avaient jamais vu leur chef voler après un seul coup, la seconde est que les membres de la BRUTE n’avaient jamais vu quelqu’un se relever après avoir encaisser un coup de leur leader. Le combat entre les deux hommes forts était l’épicentre de la bataille, autour d’eux tout n’était que chaos. Marines et pirates entrèrent dans la bataille comme un seul homme, sans pensée ni stratégie et, au final, cela ressemblait à un vulgaire combat de rue. Seul le capitaine Dogaku essayait de mettre un peu d’ordre dans tout ce bordel, malheureusement ses ordres volaient mais ne trouvaient aucune oreille réceptive et, il le savait, si les choses continuaient ainsi le désastre était la seule fin possible.

Parfois, le destin vous joue de drôles de tours. McPwinning avait prévu de donner rendez-vous aux marines dans cette clairière car il savait que les bruits et les mouvements réveilleraient les terribles créatures cachées dans les bois. Et c’est exactement ce qui se passa. Une horde de toupoutous envahit la clairière semant le désordre et sonnant la retraite pour les deux camps, même le combat entre les deux hommes forts fut stoppé par cette arrivée impromptue.



Le hasard fait, parfois, bien les choses. Durant la fuite qu’entraina l’arrivée des toupoutous, les marines coururent désespérément pour les semer, le capitaine du Tarmac parvint à remettre un peu d’ordre dans la retraite et la troupe se retrouva au sommet de la fôret, non loin d’un arbre visible à plusieurs kilomètres à la ronde.
Quelle ne fut pas leur surprise de voir un ours jouer avec les restes encore chaud d’un pirate puis de voir plein d’ours se battre contre des hommes armés à coup de prises de luttes et de clés de bras. Le capitaine Dogaku résuma assez bien les pensées de la troupe.

_C’est quoi c’bordel ?
_ Et bien mes amis velus ici présents ont ramenés quelques souvenirs de notre expédition chez ces vils mécréants, ils faut bien qu’ils s’entrainent.

Une troupe entière de marine se tourna comme un seul homme pour admirer un drôle de petit bonhomme au teint légèrement verdâtre se tenant sur le dos d’un ours gigantesque.

_BWAHAHAHAHA !!! Z’êtes qui vous ?
_ Georges Perudo To.
_ Chihousou Masaka, enchanté.
_ De même. Ca fait plaisir de rencontrer quelqu’un d’amical au premier abord. Ces derniers temps les gens ont tendance à être violent et blessant avec moi, alors qu’ils ne me connaissent même pas. La politesse est une valeur qui se perd de nos jours…
_ Excusez moi, se permit Sigurd pour qui dire son nom ne suffisait pas à expliquer qui on était, mais qu’est-ce qui se passe ici ?
_ Excellente question jeune homme. Voyez-vous, je suis sortis de mon repos, qu’on m’avait promis éternel, à cause d’un bruit ennuyant, j’ai découvert avec horreur que le village où j’avais pris mes aises était rempli de pirates et de marines emprisonnés, le monde à l’envers et…
_ Attendez, qu’est-ce que vous venez de dire ?
_ Que je suis sortis de mon repos, voyez-vous, je suis un zombie, je ne peux pas dire que je dors et…
_ Non, sur les marines emprisonnés. Un zombie ?
_ Ah, quelques jeunes femmes charmantes, de nos jours la Marine engage de bien jolis minois houhou houhou hou…
_ Il a bien dit zombie ?
_ Où sont-elles ?

La question, qui ne laissait aucune place à la discussion, avait été prononcé par un Chihousou qui ne rigolait plus du tout. Gorges se dit qu’il n’était pas l’heure de palabrer et répondit sérieusement.

_ Elles étaient emprisonnées dans un village abandonné en contrebas de la foret mais…elles n’y sont plus.
_ Elles ont été emmenées autre part ?
_ Je ne sais pas, impossible de dire si elles se sont enfuies ou ont étaient emmenées.
_ Nous devons partir à leur recherche et découvrir où sont passés le reste des pirates.
_ Je suis désolé mais je crains que ce ne soit pas possible.

Avant que quiconque puisse bouger, une horde d’ours encerclait la troupe de marines, sans voix devant cette coordination inattendue.

_ Voyez-vous, les ours de Kawaguchi sont…un peu spéciaux. On les nomme les « ours catcheurs » car lorsqu’ils rencontrent des créatures capables de se déplacer sur deux pattes ils ressentent l’irrépressible envie de se mesurer à eux dans un combat de catch.
_ Et si on refuse ?
_ Pour faire simple, disons que les pirates qui étaient ici, et qui sont maintenant décédés, n’étaient pas d’accord avec l’idée de combattre des ours. Ce qui n’est pas stupide, si vous les affrontez vos chances de survie ne sont pas bien élevées.
_ Nous devons tous combattre ?
_ Vous pouvez choisir des représentants si vous le souhaitez.
_ Alors j’y vais ! Qui vient avec moi ? BWAHAHAHAHA !!!

Sans demander son avis à quiconque Chihousou s’était avancé et attendait que quelqu’un d’autre avance à son tour. Personne ne le fit et un silence de mort tomba. Un ange passa et écouta les mouches voler. Ce silence fut coupé par le son d’une main tentant vainement de frapper un crâne et devant se contenter d’un dos.

_ Mais vous allez la fermer oui !? C’est pas bientôt fini les conneries !? D’abord vous attaquez des pirates avec qui on est sensé négocier la libération d’otages, dont votre sœur je vous rappelle, et vous lancer les hostilités avant même qu’un mot soit dit et ensuite vous voulez faire mumuse avec des ours !? Et puis quoi encore !?

C’était décidément une journée pleines de surprises car la colère du capitaine Dogaku n’était pas encore écoulée et Chi’ goutait désormais au pire savon de toute sa vie. Autour du duo, plusieurs mètres de vide s’étaient formés et ours comme humains regardaient le douloureux spectacle d’un homme aux proportions démesurées se faire enguirlander par quelqu’un de deux fois plus petit et costaud que lui (et on reste gentil). Tout ceci dura bien plusieurs minutes.

_ … sans oublier le fait que…

Cette fois ce fut une patte velue qui stoppa le flux de paroles venant du marine. Personne n’avait remarqué ce drôle d’ours noir et blanc qui s’était approché tranquillement de la scène de ménage et avait donc assommé Sigurd. Pour éviter que ne se déclenche un invraisemblable affrontement entre bêtes et hommes, Georges décida de prendre la parole.

_ Excusez-moi, je ne vous ai pas présenté le plus respecté de tous les ours, celui dont les décisions font loi ici : le pandarbitre.



Après diverses négociations, l’assurance de la bonne santé du capitaine du Tarmac malgré son inconscience, et la fabrication d’un ring digne de ce nom par Chihousou, le combat de catch entre ce même Chihousou et « The Big Bad Bear » pouvait commencer. Mais laissons la description de ce combat à des spécialistes.


_ Bonsoir, je ne sais pas trop pourquoi je suis là mais bon, c’est pas grave, je vais faire ce que je peux. Je me présente, je suis Georges Perudo To, mort encore vivant, qui, aujourd’hui, va servir à décrire le combat qui va commencer à tous ceux qui nous écoute. Pour cela je serais accompagné du plus grand commentateur de l’histoire des ursidés : Commentatours spourstif.
_ Grr.
_ A vous aussi je vous dis bonsoir. Commençons les présentations. Dans le coin bleu, le challenger, mesurant près de deux mètres trente et pesant presque cent cinquante kilos, venu tout droit de South Blue, plus stupide qu’un clam desséché : Chihousou le bucheron des mers.
_ Gr.
_ Un challenger de très haut niveau, je suis d’accord. Mais face à lui, dans le coin rouge, le champion toute catégorie du catch inter-espèce, mesurant un mètre trente pour quatre vingt kilos de muscles et poils, le doudou préféré des enfants : Winnie The Big Bad Bear.
_ Grr, grrr.
_ Un champion magnifique, je vous l’accorde. Mais passons, les détails car le pandarbitre s’apprête à sonner la cloche.
_ Grrr !
_ Et ça commence très fort avec un coup de la corde à linge, que dis-je du tronc à linge, lancé par Chihousou mais triple B passe sous le bras de l’imberbe, se jette dans les cordes et envoie son fameux « Honey in the ass » !
_ Grr, grrr, grr !!!
_ Du très, très, haut niveau, on vous l’avait annoncé. Le bucheron se relève dans l’instant, tente un atémi que Winnie utilise pour lancer une clé de bras.
_ Grrr !
_ Comme vous dites, la taille ce n’est pas ce qui compte.
_ Grr, gr.
_ Houhou houhou hou, excellent.
_ Grr, grr.
_ Revenons aux choses sérieuses puisque l’humain vient de sortir de la prise de Teddy uniquement grâce à la force brute et il l’envoie PAR-DESSUS LA TROISIEME CORDE !!!!
_ GRRRR !!!
_ CE N’EST PAS FINI, CHIHOUSOU POURSUIT SON ACTION ET SE JETTE DU RING DANS UN MAGNIFIQUE « JAYZUS KNOCK YOU DOWN » POUR LITTERALEMENT ECRASER SON ADVERSAIRE !!!Mais c’est raté et The Big Bad Bear en profite pour remonter sur le ring.
_ Grrr !
_ Comme vous dites, un combat qui tient toutes ses promesses. Et c’est maintenant triple B qui tente une impressionnante, mais dangereuse, « Maxi Hair Bomb », nous rappelons à nos jeunes auditeurs que les combattant que vous entendez se battre sont des professionnels et qu’il ne faut pas reproduire ce qu’ils font à la maison.

Le combat durant plusieurs minutes, minutes extrêmement longues à retranscrire à l’écrit, passons en vitesse accélérée et rendons nous plus proche de la fin.

_ Une nouvelle fois le pandarbitre n’a pas le temps de compter jusqu’à trois, une fin de match stressante qui nous en fait voir de toutes les couleurs.
_ Grr.
_ Vous avez raison, on sent qu’il a la mainmise sur ce match mais son adversaire ne se laisse pas faire et pourrait bien nous surprendre.
_ Gr, grrr !
_ Mais oui ! Un magnifique « Axe in Your Head » amorcé par le challenger et qui envoie Winnie dans le coin, Chihousou a suivi et tente un « Pillar in the Belly » !
_ GRRR !!
_ IL A ESQUIVE !!! TRIPLE B ESQUIVE ET CONTRE ATTAQUE AVEC SON FAMEUX « BORN TO BE A BEAST » !!! Le bucheron est à terre et le pandarbitre commence à compter.
_ Gr !
_ Deux ! Et il se relève ! Ce combat est complètement fou !! Encore sonné il encaisse un « Teddy Bear’s Hug » mais riposte tout en puissance avec le classique « Smash Head on the Ground ».
_ Grr, grr.
_ Exactement, un affrontement tout en puissance et en technique que le bucheron semble vouloir terminer avec une prise de soumission bien connu des amateurs de catch : « Smell my Fart and Die » !
_ Grrrrrrrrr !!!
_ Oui !! Oui !!! Le pandarbitre croise les pattes, le combat est fini, le challenger à mis le champion à terre et il fête sa victoire, il saute de joie et…
_ Gr ?
_ …et il traverse le ring comme un idiot.
_ Grr.
_ En tout cas, ceci conclu cela et les marines sont dorénavant autorisés à…faire ce qu’ils veulent tant que c’est pas ici et que ça emmerde pas les ours catcheurs de Kawaguchi. Commentatours, merci pour votre brillante analyse, vous êtes réellement une encyclopédie du catch et je pense que tous nos auditeurs comprennent mieux ce sport grâce à vous.
_ Grrr.
_ Bonne soirée à vous aussi
.

Avec la victoire de Chihousou, dans d’affreuses souffrances physiques et morales, la troupe pouvait repartir à la recherche de ses membres disparus…
avatar
Chihousou
Combattant Expert
Combattant Expert

Messages : 586
Date d'inscription : 10/03/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Sonaka le 29/9/2012, 17:43

-Allo, monsieur Dogaku?
-Uh uh, c’est bien lui… moi. C’est pour quoi?
-Dame Chance à l’appareil. J’ai un petit message à votre attention.
-Mmmh? A quoi tu joues, c’est pas du tout le moment…
-Il n’y a aucun risque, tu verras. J’ai un message pour toi de la part de ta lieutenante.
-Hein?
-Ouvre la porte, tu comprendras.
-Qu’est ce qui t’as…

L’escargophone raccrocha, et Sigurd regarda alors ses environs, sa phrase inachevée laissant place à un grommellement maugréé. Il n’avait pas réalisé qu’il se trouvait dans son bureau, et n’avait pas la moindre idée de ce qu’il faisait là. Le meuble où il s’installait pour travailler était agréablement exempt de tout document, ce qui indiquait qu’il n’avait rien d’urgent à faire. De même, un rapide coup d’œil adressé à la commode où il empilait sans ménagement tous ses dossiers lui offrit une bien meilleure surprise: il n’avait absolument rien à faire. Curieux, il s’interrogea un moment. Dogaku ne se souvenait pas avoir effectué un surplus de travail récemment. Ni même de s’être assoupi dans son fauteuil fétiche, dont il venait pourtant de s’extirper pour répondre à l’appel précédent.

En vérité, il ne savait même pas ce qu’il faisait là.

Un peu confus, il ne perdit pas davantage de temps en suppositions et ouvrit l’unique porte de sa tanière. Dame Chance ne lui avait-elle pas dit que Gurgenidze avait quelque chose à lui dire sur le pont? Ils avaient même déroulé le tapis rouge à son attention, remarqua-t-il en mettant le pied dehors. Littéralement. Dogaku n’eut qu’à suivre le moelleux pavage de haute estime qui avait été placé à son attention, et progressa ainsi dans les couloirs, en direction de son rendez-vous. Un rapide regard passé à travers un hublot lui indiqua où ils étaient: ces bâtiments lui rappelaient évidemment Longue Town, sans la moindre équivoque. La ville était sujette à son activité habituelle, et les marchands aussi bien que les affréteurs s’activaient sur le port de commerce, bien connu pour son trafic exceptionnel. La position de la cité sur l’unique goulet d’étranglement permettant de circuler sur Grand Ocean faisait de ce lieu un endroit privilégié pour tout mercantile, autant à la recherche de biens rares que de denrées abondantes.

Toutefois, il y avait dans l’air de la ville quelque chose d’inhabituel, qui n’était pas là les dernières fois qu’il s’y était rendu. C’était de la joie, de la bonne humeur, et un quelque chose de festif que retranscrivaient habillement les banderoles colorées tendues ça et là entre les maisons. Dogaku s’attarda un instant au hublot, et constata qu’elles étaient également présentes entre les divers silos, entrepôts et greniers du port, dont tous les occupants avaient l’air d’excellente humeur. Certains avaient tout l’air de chanter en travaillant, et il surprit une bande de pêcheuses effectuer quelques pas de danse tout en débarquant leur récolte du jour.

Peut être était-ce là un festival, devina le capitaine. Il n’aurait qu’à demander, et se rendrait sur place pour constater tout cela par lui-même si sa curiosité persistait jusque là. De toute manière, on commençait à l’attendre: dans les couloirs, le tapis rouge qu’il foulait était maintenant quadrillé par des marins du navire, qui se tenaient en garde à vous solennel de part et d’autre de son chemin. Agréablement surpris par cette marque d’attention inhabituelle, le capitaine du Tarmac se prêta au jeu et continua sa progression, complimentant au passage soldats, manœuvriers et administratifs qui avaient revêtu des uniformes impeccables pour l’occasion.

Et lors, il arriva au pont. Un miracle apparut, qui le laissa bouche bée.
Plusieurs, en vérité.

En s’approchant de la surface, l’écho mélodieux d’une musique entraînante lui parvint faiblement. Au fur et à mesure, l’air se fit de plus en plus vigoureux, et il reconnu là dedans la consistance vaillante et énergique qui accompagnait d’habitude les parades militaires. Il ne lui fallut que quelques pas de plus pour reconnaître à l’œil les différents membres de la fanfare du navire, réunie en ce jour pour une raison dont il ignorait totalement la nature. Ca avait l’air d’être pour lui, mais il préféra attendre avant de se conforter béatement dans cette idée pourtant plaisante.

Il se souvenait avoir signé l’autorisation de création d’une fanfare pour le Tarmac. Il l’avait fait assez vite après leur première expédition à Kawaguchi, à la suite d’une mémorable partie de bowling générale organisée par des ingénieurs sous son autorisation, et qui avait suscité des initiatives créatives dans la petite troupe. Toutefois, il ne se souvenait pas les avoir jamais entendu jouer quelque chose qui ne lui arrachait pas un grincement de dents plaintif, tant leur performance était lamentable. Etrange revirement.

-Capitaine, vous voilà enfin! Tout le monde vous attendait!, s’écria une voix qu’il connaissait parfaitement.
-Euh… waow?
-Qu’est ce qu’il y a? Vous n’allez pas bien?
-C’est quoi tout… tout ça?

Le tableau qui se dressait devant lui était spectaculaire. La majorité de l’équipage était tournée vers eux, dans un mouvement uniforme qui lui rappelait désagréablement les zélotes de Way Dak. Mais l’équipage du Tarmac n’était ici animé par aucune ferveur. Ils avaient l’air content, remarqua Dogaku. Tout simplement heureux.

Avec la fanfare en arrière plan, les bannières qui s’étendaient entre les cordages du navire, et les confettis colorés qui étaient maintenant jetés du haut des mâts et de la vigie, c’était vraiment le pompon.

-On a fait ça pour vous!, s’exclama la lieutenante. Vous avez été vraiment extra, sur Kawaguchi, face à tous ces pirates, donc on a voulu vous remercier.
-Gweuhbeuhbahoh… vraiment ? Z’avez pas genre un peu…. Comment dirais-je… abusé sur la matière ?
-Sûrement pas, s’offusqua-t-elle. Au début, on voulait vous faire un feu d’artifice, mais ça le faisait pas de jour, et on ne pouvait pas rassembler autant de monde en fin de soirée…
-Mais vous êtes dingues!?
-Taisez-vous et appréciez la fête, rabat-joie! Tout ça c’est pour vous qu’on s’est décarcassé à le faire, pour nous avoir sauvés sur l’île et mis à l’eau les plans des pirates!
-J’ai fais ça, moi?
-Bien sûr. Masaka nous a tout raconté, avec le reste de la troupe. Et comme on veut tous vous montrer qu’on vous adore, eh bien pour une fois, on s’est dit que…
-Oui?
-Allez donc voir!

C’était absurde, sentit Dogaku. Complètement irréel. Impensable. Il n’avait jamais entendu parler d’une chose pareille. Seulement pour des membres du l’amirauté, du moins, et suite à de véritables tours de forces impliquant le haut gratin de la piraterie.

D’un autre coté, leur mission n’avait-elle pas été elle-même un tour de force impliquant une armada de forbans les surpassant largement en nombre et puissance de feu? Il décida que oui, mais ne changea pas d’avis pour autant.

Il aurait pu protester, bien sûr. Mais il était déjà convaincu que tout ceci n’était qu’un rêve. Rêve très agréable, au demeurant, mais ça ne pouvait décemment pas être moins que cela à ses yeux. Alors il s’enfonça dans la masse de l’équipage, accueillit par des douzaines de sourires qui ne lui voulaient que du bien, et continua ainsi jusqu’à où diable pouvait le porter ce satané tapis rouge qui n’en finissait pas. Être acclamé de la sorte avait du bon, après tout. Continuant sur deux escaliers et après un virage à angle droit, Dogaku comprit qu’il allait devoir mettre pied à terre, et se dirigea lentement vers la passerelle, effectuant une énième pause pour contempler une dernière fois son navire couverts de bannières et banderoles affublées de messages vantant tous ses mérites.

Une brise soudaine le ramena un instant à lui-même. C’était vraiment un excellent rêve, où même l’odeur salée de l’océan l’émerveillait. Le ciel était majoritairement dégagé, avec juste ce qu’il aimait de nuages pour égayer l’étendue de bleu et adoucir les rayons du soleil afin qu’ils épargnent sa peau. Une magnifique journée, en somme.

Une fois l’image du navire ainsi paré d’honneur gravé dans sa mémoire, Dogaku reprit sa marche et quitta le navire. A cet instant, les marines commencèrent à scander des ovations à son honneur, tandis qu’à terre les occupants du port se rapprochaient, curieux, et s’agencèrent de la même manière que les marines. De part et d’autre du tapis rouge, ils comptaient ainsi le féliciter jusqu’à ce qu’il s’arrête un peu plus loin, sur une estrade surélevée où l’attendaient plusieurs personnes.

Vaguement inquiet de devoir prononcer un discours malhabile à l’improviste, ses pas l’y portèrent pourtant bien plus vite que prévu. Incapable de comprendre ce que disait la voix qui s’adressait à la foule, déformée par les haut-parleurs, il reconnut pourtant les intonations de la capitaine Vidna, ainsi que l’air bien connu de l’hymne de la marine, qui retentissait à chaque grande occasion.

Et l’écriteau géant sur lequel était inscrit « Marine Awards » en lettres de corail arc en ciel (qui changeait de couleur en permanence) avait tout l’air d’indiquer une de ces grandes occasions.

C’était très probablement le meilleur des rêves qu’il ferait jamais au cours de cette décennie, asséna son esprit en marquant une pause. Aussi se retourna-t-il à nouveau pour embrasser la scène du regard, et s’immerger de tout cela lorsque son réveil l’amènerait à la triste réalité.

-Et le vainqueur dans la catégorie du meilleur capitaine de tous les temps nous a offert une excellente performance, cette année! Pour avoir maxé les stats de bien-être, de cohésion et d’efficacité de son équipage, tout en ayant acquit à titre personnel la perk rarissime de Synergéniale Collabor’action avec son homologue du commissariat de la marine, et suite à une victoire spectaculaire dans une quête principale de niveau héroïque, j’ai le plaisir d’inviter sur cette scène…

La voix ressemblait étrangement à celle de Loromin, cette fois. Et sans surprise, c’est dans un tonnerre d’applaudissements que retentit son propre nom. Sigurd Dogaku. Rares étaient les occasions où ces syllabes avaient été aussi agréables à entendre.

C’était forcément un rêve, ou l’effet d’un fruit hallucinogène pas frais qu’il aurait gobé par inadvertance sur Kawaguchi. A moins qu’un utilisateur de fruit du démon ne le maintienne en coma artificiel pour lui extirper mentalement des informations. En tout cas, il comptait bien en profiter un peu, et fit route vers l’estrade, où l’attendaient Loromin et Vidna avec chacun un sourire étincelant.

La récompense, ou plus exactement le trophée, n’était ni plus ni moins qu’une statuette de lion d’or ciselée à son effigie, dans une posture rugissante qui irradiait de prestance. Celle-ci lui fut remise en main propre par Haylor, qui les avait à son tour rejoint sur la scène. Dogaku eut à peine le temps de remarquer qu’elle portait la même robe de soirée pourpre qu’au bal de Sapporo, accompagnée de longs gants d’opéra et d’un élégant chignon relevé en cascade. Avant qu’il ne pense à faire le moindre commentaire, elle lui tendit l’objet qu’il fourra distraitement dans ses mains, aussi perdu qu’amusé par l’humour extravagant de son subconscient. Tandis que Vidna reprenait l’escargophone faisant office de micro, sa terrifiante et néanmoins charmante collègue s’adressa à lui, inhabituellement cordiale et volubile.

-Vous avez été formidable, sur l’île. Votre équipe nous a tout raconté, et je dois dire… eh bien… je m’étais trompée à votre compte. Vous nous avez tous impressionnés, capitaine, avoua-t-elle. Cette mission a été un succès triomphal. Tout ça grâce à vous. Je ne sais pas comment vous le dire, mais… merci pour tout.

« Bin voyons » retentit à plusieurs reprises dans la gorge de Dogaku, sans qu’il ne se hasarde pour autant à les prononcer. Haylor, empreinte d’humilité mêlée d’admiration, qui reconnaissait de vive voix ses erreurs et les mérites d’un collègue paresseux ne pouvait décemment pas relever du possible. Il regarda un instant le trophée.
Meilleur capitaine de tous les temps.
Ca, ça finirait sur son bureau, forcément. Si le rêve lui en laissait le temps, du moins.

Car lorsqu’il détourna les yeux du lion d’or rugissant pour regarder autour de lui et voir quelle était la suite du programme, il ne vit rien d’autre que le visage de sa commissaire, dressée face à lui, qui affichait une expression qu’il n’avait jamais été capable d’imaginer jusqu’à ce jour. Enjouée, ravie et affichant un timide sourire, elle l’attrapa délicatement par les épaules, pendant que le monde s’arrêtait de tourner pour célébrer l’occasion lorsqu’elle l’amenait progressivement à elle.

Et lorsque leurs visages se frôlèrent…


*
* *


Ses lèvres le brûlaient. Son visage tout entier le brûlait, en vérité. Et les démangeaisons n’en finissaient pas de le tirailler. Incommodé, le capitaine Dogaku commença à remuer légèrement, plaintif.

-Capitaine, vous allez bien?
-Ce coup sur sa tête, c’était quoi?
-Ca n’était pas un coup. Plutôt un genre de bestiole qui lui a sauté dessus.
-Je crois qu’elle lui est rentrée dedans pendant qu’il était à terre. C’était un coup, à la base, corrigea un soldat.
-C’était poilu… velu… gros comme ma main…
-Pas un Toupoutou, on les aurait reconnus depuis la dernière fois.
-Les araignées de Kawaguchi sont dangereuses, ou pas?
-Probablement pas. Sauf si on se fait mordre une centaine de fois, comme chez moi…
-Sa tête… on dirait une framboise…
-Soixante-douze traces de morsures, finit de compter un infirmier de terrain. C’est assez proche de la centaine, à votre avis?
-Balancez toujours l’anti-venin, j’imagine…

Il avait mal au crane. Sonné, Dogaku referma immédiatement les yeux, trop ébranlé pour pouvoir supporter la vue de quoi que ce soit qui rendait ses vertiges encore plus désagréables. D’autant plus qu’il venait de faire un rêve dans lequel il aurait bien traîné quelques minutes de plus. De ce passage, il se souvenait de l’essentiel: la récompense du meilleur capitaine de tous les temps, le lion d’or, Vidna et Lormoin en présentateurs, le Tarmac paré de toutes ces bannières à sa gloire, la fanfare, le tapis rouge et l’assemblée de marines…

Et pas grand-chose d’autre, mais c’était déjà largement suffisant pour satisfaire à toutes ses attentes de capitaine en manque de reconnaissance. Si son visage ne le démangeait pas autant, il aurait probablement sourit en repensant au ridicule de ce dont il se souvenait. C’était beaucoup plus amusant que la chasse au pirate doublé d’une reprise d’otage dans laquelle il était maintenant de retour.

Mais le simple fait de battre des paupières lui était déjà extrêmement désagréable. La plus vaste partie de son visage était enflée, et couverte de pustules

Le pire, se dit-il, c’est qu’il s’arrêta pourtant sur cette idée. C’était un rêve stupide. Mais ça pouvait arriver, en fin de compte. Certainement pas trait pour trait, mais dans l’esprit, c’était parfaitement réalisable.

Il pouvait cartonner jusqu’à époustoufler tout son équipage, selon lui. Surtout ici, vu qu’il faisait face à Roderik. Il lui suffisait simplement… de s’activer.

-Hun hun hun… mmmh… gnuh? Rebonjour, tous. Ouch, mâchoire pâteuse. Chuis resté dans les pommes… ah tiens j’vais y retourner j’sens… mmhrr… combien de temps?
-Quelque chose dans l’ordre de vingt minutes…
-Vingt quoi?!, marmonna Sigurd aussi fort qu’il le pouvait. On traîne sur place depuis vingt…
-Je t’ai porté pendant ce temps, BWAHAHAHA!! Mais comme tu commençais à gigoter, je t’ai posé.

Masaka préféra ne pas mentionner le fait que Dogaku lui avait à l’instant bavé dessus, du bout des lèvres, et qu’il l’avait fait glisser en arrière par mégarde, surpris du contact humide inattendu. D’où le réveil soudain du blondinet qui avait été un peu plus secoué que ce qu’il aurait du être.
Tout cela était convenablement résumé par le terme « posé », après tout. La nouvelle bosse qui résultait de cette chute aurait l’amabilité de tenir compagnie à la première, et son visage était de toute manière déjà bien assez déformé par les piqures pour que personne ne remarque aucune différence.

Tel était le raisonnement qui permit à Chihousou de garder le silence, l’âme tranquille.

-Bon, bon. On en est où, à part ça?
-Le Tarmac a essayé de vous contacter.
-Ah oui?
1-Ils ont repéré le poste des pirates.
-Quand vous dîtes le poste... avec leurs réseaux? Les escargots?
-Précisément.
-Et alors?
-Je n'ai pas tout compris, mais apparemment ils ont envoyé une troupe à votre demande... et ont prit la liberté d'y inclure quelques techniciens pour les assister.
-Elle a fait ça? Bonne idée, ouais, on peut toujours voir si on peut leur rebalancer la balle. Lui collerais un mention dans le rapport, à ce train. Okay, passez moi l’escargophone. Et puis… Chihousou, tu veux bien me porter encore un moment, s’il te plait? J’aurais besoin d’une carte de la région, aussi... quelqu'un?
-Qu’est ce que vous comptez faire?
-C’est simple. Chihousou et moi, on va commander l’assaut.
-Euh… d’ici?, questionna un marine.
-Pas dur. On a les cartes, on a les comm’, on a les cervelles.
-Avec Chihousou?, questionna Marine, que le mot « cervelle » avait fait tiquer.
-Bin oui. Pourquoi pas?
-Tout à fait, BWAHAHA! Surtout que des potes à moi sont dans le paquet. Tu vas voir, je sais quoi en faire. L’est temps de montrer ce que la BRUTE sait faire!


*
* *


Pour les pirates, il n’avait pas fallu attendre bien longtemps pour que la situation devienne… délicate. Certes, ils avaient spécifiquement choisi d’installer leur campement dans cette ville déserte parce que personne ne passait par là. La raison en était bien simple: depuis l’arrivée de la colonie d’ours-catcheurs dans la région, le village fantôme était maintenant coupé du reste de l’île. Les locaux avaient préféré émigrer plutôt que de devoir supporter le coût et le labeur d’une cohabitation, sans compter que l’espèce était suffisamment rare pour qu’ils obtiennent un dédommagement conséquent pour cette peine.

Pour l’association temporaire de forbans, ça avait été une formidable base d’opération sur laquelle s’installer. Toutefois…

-Eh bah… qui aurait cru que les ours se seraient organisés en bande pour attaquer le campement?
-Ca la fout mal, hein?
-J’aurais bien aimé pouvoir en affronter un, quand même. Lutter contre un ours, ça a son charme.
-Ca n’aurait pas été possible.
-Comment ça, pas possible?
-C’est comme les marines, ces bestioles. Tu veux en affronter un, y’en a cinq qui te tombent dessus.
-Hahaha! Bien vrai!
-Ohohoh! Tous des pétochards!
-Huhuhu! Et même pires qu’un ours!
-J’ai déjà entendu une blague du genre qui concernait les pirates, quand j’étais dans la marine…
-Enfin. Quand même, ça la fout mal. Vous croyiez qu’on va avoir des problèmes, capitaine?
-Y’a pas intérêt, indiqua la concernée. Wang Shei a choisi lui-même où installer sa base d’opérations, donc la faute lui revient. J’espère juste qu’il aura la délicatesse de ne pas nous forcer à le lui rappeler. Et comme ils en ont confié la garde à un autre équipage…
-Ca n’est pas vous, qui avez suggéré que la troupe d’Onyaja garde le camp?
-Ca n’est pas moi qui ai donné l’ordre qu’elle envoie les trois quarts de sa bande dans l’armada, non.
-Le ridé s’est planté, confirma un autre vétéran. Il ne restait pas assez de monde sur place pour protéger la maison. Et les serviteurs qu’il a laissés dans son hôtel ne tiennent pas la route.
-Ex~a~cte~ment, reprit la capitaine. Nous on ne craint rien. Après tout, il fallait bien s’assurer que les otages restent en notre possession, non?

Suite à l’attaque des ours catcheurs, la plupart des pirates avaient très rapidement quitté leur campement pour se réfugier loin de là. Pour certains, tels les serviteurs du seigneur de guerre peu habitués à affronter les férocités de la nature, cela s’était fait dans la discorde la plus totale. Ceux chargés de sécuriser le camp, même en sous effectif drastique, restaient des bagarreurs de première, qui s’étaient élancés sans hésitation en direction des ursidés de Kawaguchi.

En ce qui concernait la bande de Roderik, dont la moitié était présente lors de l’incident, elle n’avait guère hésité sur la marche à suivre. Il ne leur avait fallut que quelques minutes pour se tailler un chemin dans le siège des grizzlis et lever le camp en compagnie des otages.

-D’ailleurs, à ce propos… les otages, vous allez bien? Pas trop dur de suivre?
-On a connu pire, commenta l’une d’entre elle depuis l’animal de trait qui la portait.
-Bon, tant mieux. Vous en faîtes pas, on va bientôt faire une halte.
-Choueeeeette. Et quand est-ce qu’on nous libère?
-Et vous là, comment ça se fait qu’on ne vous entend plus, d’ailleurs? J’ai entendu dire que vous étiez assez forte en gueule, ces derniers jours.
-ALLEZ VOUS FAIRE… aaaah...
-Ela Masaka nous a fait une extinction de voix depuis ce matin, Capitaine.
-Et elle refuse toutes les infusions qu’on lui a proposé. Genre on ne peut pas être pirate et savoir préparer du thé…
-Depuis quand vous êtes aussi sympas avec les otages, vous?
-Je préfère les considérer comme étant des… invitées?
-Il est tombé sous le charme, capitaine.
-Du tout!

-Euh… capitaine?, osa finalement une petite voix. Nous avons un problème.

La jeune femme qui s’avançait vers sa supérieure était un peu confuse. Elle n’avait rejoint cet équipage qu’assez récemment, et n’avait guère d’expérience dans la piraterie. Si elle avait très rapidement montré que croiser le fer avec la marine ne lui posait pas le moindre problème, interagir avec la hiérarchie collégiale de son nouvel environnement était encore assez délicat.

-Nous?
-Ils ont un problème, précisa la pirate.
-Ah, je me disais aussi, se réjouit-elle. Beaucoup mieux comme ça.
-Que se passe-t-il?, demandèrent plusieurs vétérans de la bande en prenant le relai.
-Les mercenaires nous ont envoyé un message un peu plus tôt… comme quoi ils avaient été attaqués par des soldats de la marine.
-Les mercenaires… vous parlez des escargots?
-C’est ça.
-Mmmh d’accord.
-Et ensuite?
-Pas de réponse. Silence total.
-Eh bah Sigurd ne perd pas de temps, sourit Roderik avant de laisser la parole aux gros durs de son équipage. Plutôt chouette, tout ça.
-J’imagine donc qu’ils ont perdu le contrôle du réseau. Ca n’est pas bon pour nous.
-Peut être qu’il faudra reprendre les intimidations…
-Vous croyez que les marines pourront s’en servir contre nous?
-Ca m’étonnerait, mais éventuellement…

La bande était majoritairement composée de vétérans, qui avaient eux-mêmes fait partie d’une bien plus imposante force de frappe que la petite troupe d’élite qu’ils formaient actuellement pour vivre sur GO. Toutefois, après la mise en déroute de leur ancien capitaine, il y a quinze ans de cela, leur armada s’étaient complètement dispersée en une multitude de cellules qui avaient chacune évoluée de son coté, recrutant juste ce qu’il fallait de nouvelles têtes pour pérenniser leur groupe « à l’ancienne », selon eux. Si l’une des recrues de ces cinq dernières années disposait actuellement du titre de capitaine, c’était davantage pour faire office de représentante, ambassadrice et femme d’affaire que par réel impact hiérarchique.

Le seul et unique capitaine était mort, et son successeur ne pourrait être que celui qui parviendrait à reformer les cellules égarées du World Shredder.

-Donc vous suggérez quoi, les gars?, demanda la pirate borgne.
-Ca dépend. On va essayer de s’en tenir au plan de base, mais… jusqu’à quel point?
-On attire les marines jusqu’à la colline d’où ils pourront assister tranquillement au raid sur la ville.
-Maintenant que les escargots ont sauté, ça ne sera pas aussi rapide que prévu, non? Je veux dire, là, la milice va pouvoir s’assembler sec dès qu’on sera en vue.
-C’est pas notre problème, objecta un autre. En ce qui nous concerne, tant pis pour l’armada, tant que nos gars en ville parviennent à s’en sortir.
-Ca serait quand même chouette qu’ils parviennent à grailler la réserve d’or, nan?
-Avec les honoraires qu’on s’est déjà pris, franchement?
-Ne vous égarez pas. Le vrai problème, c’est de savoir si on nuit à la réputation du World Shredder en refusant d’assurer les pots.
-Notre unique tâche, de base, c’était de rassembler les équipages pour monter l’attaque, objecta la capitaine. Tout le reste relève de Wang Shei, c’est son armée, comme il dit.
-Et si on participe à un raid qui foire?
-Mais on ne fait même pas parti de la force d’attaque.
-Pas faux.
-Dans son plan, notre job c’est d’utiliser les otages comme appâts pour les spectateurs. On a même rameuté deux capitaines au lieu d’un…
-On ferait mieux de dire à nos gars de revenir. Ils vont se retrouver coincés dans les affrontements sans rien pouvoir faire, et encore moins se tirer.
-Et on les prévient comment, sans escargot?
-Daaaaammmmnnn.

-Tant qu’ils font profil bas, ça devrait bien se passer, non?
-Wang Shei les a envoyés en opération sabotage. Qu’est ce que tu veux qu’ils se retrouvent pas poursuivis?
-Ils ont bien du remarquer que les escargots ont sauté, nan?
-Tout ça c’est de la faute des ours. Avec le campement, on aurait eu beaucoup plus de moyens pour redresser ça.
-Ils savent qu’en cas de pépin, ils doivent attendre. Ca ira bien.
-Ou alors ils sont foutus, au choix.

Ils n’étaient guère inquiets, et la discussion n’était pas spécialement plus agitée qu’une autre. Leur bande s’était déjà tirée de situations bien plus épineuses que cela, et seule leur prudence habituelle les incitait à anticiper la pire tournure que pouvaient prendre les évènements.
Le raid éclair sur lequel ils avaient tout d’abord compté était maintenant fortement compromis. Cela n’avait néanmoins aucune chance d’arrêter le chef de l’armada, particulièrement à l’aise avec les mesures sanguinaires malgré tout le raffinement dont il faisait preuve au quotidien. Deux équipages attaqueraient par la voix des eaux, tandis qu’une force composite s’élancerait depuis la forêt. Eux avaient à jouer le rôle de commandos et de média.

Restait l’équipage de McPwning, qui avait échoué par deux fois jusque là dans cette affaire. Que ce soit pour protéger les mercenaires aux escargophones ou pour mettre des batons dans les roues de la marine, le nom des Highlanders s’était terni de honte aujourd’hui.

Ils n’étaient peut être qu’une trentaine d’hommes, dont une bonne partie avait été diminuée par l’affrontement avec les ours catcheurs, dont la force égalait celle du capitaine Masaka.


Toutefois, ils n’avaient pas encore dit leur dernier mot.

-Tiens, mais regardez qui voilà… comment allez-vous?
-Honnêtement?, répondit l’un des Highlanders en émergeant d’un sentier adjacent.
-Vous avez pas l’air d’avoir moins morflé que nous, en tout cas. Ca ira?
-Il en faut bien plus que cela pour nous arrêter, intervint McPwning, leur chef. Où est Nerassa?
-La capitaine est en train de bavarder avec les prisonnières.
-Mmmh. Il faut qu’on parle tout de suite. Sa petite rengaine va devoir attendre.

Un bon chasseur connaissait sa proie. Et un traqueur totalement obsédé par son trophée poussait le vice jusqu’à s’informer des moindres détails des habitudes de ses victimes. Roderik jouait son rôle à la perfection, et ne dérogeait pas à cette règle. Elle semblait même y prendre un certain plaisir, en vérité. Ceci d’autant plus qu’elle avait trouvé une personne qui lui renvoyait ses questions avec le même entrain non dissimulé.

-Alors, reprenons où on en était… c’est quoi cette histoire de pom-pom-boy? Naaan… il a vraiment fait ça?
-C’était dans la gazette de la marine, en tout cas.
-Trop fort! Et c’est là qu’il a rencontré cette Haylor?
-Hum hum, s’introduit le Highlander.
-Non, non. Elle, c’est plus tard.
-Quand ça?
-Trop tard, répondit Gurgenidze. Maintenant, à votre tour. Vous m’avez dit que le capitaine avait un copain dans l’aristocratie, l’autre jour, non?
-Hum hum.
-Le duc d’Eltion?
-Ah parce que c’est un duc en plus?
-Plutôt un pingouin en uniforme, mais il est à la tête d’un archipel, ouais. Dans un royaume de chais-plus-où. En fait, c’était un royaume à part qui s’est fait annexé, mais ils ont préféré garder l’ancien…
-Hum hum.
-Euh… oui? Tiens, McPwning, qu’est ce que vous faîtes là? Vous vous en êtes tirés malgré les ours?
-Oubliez les ours. Nous avons bien mieux à faire pour le moment.
-Toujours à cheval sur les affaires, hein? D’accord, d’accord. Je vous écoute. Vous avez un plan?
avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Chihousou le 11/10/2012, 01:52

_ Qui on est !?
_ La BRUTE !
_ Qu’est-ce qu’on est !?
_ Des brutes !!
_ Qui on tape !?
_ Les brutes !!!

C’est en chantant, ou plutôt en beuglant, son hymne que la BRUTE menait la marche de la troupe de marines dans la montagne. Sur le dos du Capitaine Masaka, le Capitaine Dogaku, qui se sentait toujours souffrant et avait du mal à marcher, réfléchissait aux différents évènements et à leur étrange déroulement. La prise d’otage, relativement non-violente pour un kidnapping, la prise de contact, la détention pacifique des otages, selon les dires du relativement vivant Georges, la fuite des pirates après l’attaque des ours et pour finir l’absence de prise de contact des pirates avec la Marine depuis l’échec des négociations. Bref, le zoan avait bien du mal à définir où Dame Chance pouvait bien l’emmener avec cette histoire.



Georges Perudo To était sceptique. Sceptique et excité à la fois. Excité comme il ne l’avait plus était depuis des années et il savait qu’il avait désormais une décision à prendre. Il devait en parler à l’autorité suprême.

_Pandarbitre ?
_Grr ?
_Je sais que ce n’est pas dans vos habitudes mais je pense qu’il est temps que Kawaguchi se rende de compte de l’importance de votre tribu.
_Grr.
_En effet.

Le pandarbitre, ours énorme au pelage métissé, se dodelina en direction de ses congénères et son rugissement retentit dans la forêt comme un cri de guerre depuis trop longtemps laissé en sourdine.



_Vous pensez réellement qu’il va venir.
_Je le connais. Il va venir et tout se passera comme prévu.
_Si vous le dites…de toute façon, on s’en fiche tant que l’homme fort est à moi.

Un sourire carnassier apparut sur le visage de McPwinning. Personne ne l’avait jamais mit au sol d’un seul coup de poing et il comptait bien faire payer ce petit impudent de Chihousou Masaka.



Quand on surveille la mer depuis un port de plaisance aussi intéressant qu’une flaque d’huile abandonnée au milieu d’un chemin de campagne oublié, on a tendance à passer le temps comme on peut. Du coup, lorsque que le brigadier Shelter aperçu les navires pirates il était, comme qui dirait, légèrement bourré. L’alerte fut, de ce fait, retardée… comme toutes les mesures que tenta de mettre en place la milice locale.



_Dites ?
_Oui ?
_Pourquoi on va vers cette ville au lieu d’aller vers l’autre ville ? Celle qu’est abandonnée.

Cette question, étrangement pertinente pour Chihousou, dérangeait légèrement Sigurd qui ne pouvait expliquer cela autrement que par : parce que. N’ayant pas d’autres arguments et étant, de toute façon, persuadé que cette explication suffirait au géant de South Blue, il tenta le coup.

_Euh…parce que.
_Ok…

Ca marchait ! Le grand idiot avait marché.

_Tant qu’on retrouve Ela, c’est pas grave où on va, non ?
_Je suppose.

Ca avait marché mais le Capitaine Dogaku avait, désormais, la douloureuse impression que si jamais la sœur du bodybuildé n’était pas retrouvée il risquait d’en payer le prix. Alors que lui n’avait fait échouer aucune négociation vitale. Il sentait que, cette fois, ça aussi il valait mieux le garder pour lui.



C’est au pas de charge que la troupe de marines se retrouva sur la plus haute colline de Kawaguchi. Le spectacle auquel assistèrent les représentants du gouvernement les scotcha plusieurs secondes. Des navires pirates s’approchaient dangereusement de la baie de la cité maritime, à l’intérieur de celle-ci on pouvait d’hors et déjà distingué les affres du combat. Des incendies se déclaraient ça et là, les échos des cris des premières victimes remontaient le flanc de la colline pour frapper les tympans des marines.
Une fois la confusion passée, les ordres fusèrent de la bouche des deux capitaines, ceux de Sigurd sortait de sa bouche comme de celle d’un caféïnoman sous speed et s’avérèrent plutôt bien choisis. Ceux sortant de la bouche du capitaine Masaka étaient plus…moins…comme qui dirait…incompréhensible.

_Les gars, préparez-vous à l’IVG !
_Chef, oui, Chef !

Incompréhensibles mais étrangement écoutées par une BRUTE étonnement attentive. Attentive et quelque peu surexcité par les paroles de son chef, presque idolâtré par ses hommes.

_ Attendez-vous à de l’AGIO et à du MIR !
_Chef, oui Chef !


_De quoi il parle, demanda Sigurd à la seule personne un tant soit peur normale dans la BRUTE.
_Ce sont des noms de manœuvres inventées par le Capitaine, lui répondit Marine la marine ambitieuse.
_Ah…et qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Intervention Violente dans la Gueule pour IVG. AGIO c’est Action Généralement Intrusive et Orrible, le Capitaine à du mal avec l’orthographe, et le MIR est essentiel à notre stratégie.
_Le MIR ?
_Le Mouvement d’Inspection Rapide.
_Ah…et stratégiquement ça correspond à quoi ?
_ Attaque par le centre, par derrière et sur les flancs. C’est tout ce qu’on à réussir à lui apprendre.
_Leur apprendre.
_Non, lui apprendre. A Chihousou. Il a un peu de mal avec la stratégie.

Parfois des manques peuvent amener des plus. Ainsi le manque de connaissances stratégiques du géant amena une solution inattendue à un problème pas encore survenu. Le problème pas encore survenu ne tarda pas à arriver et se présenta par un effondrement de la plateforme rocheuse sur laquelle se préparaient les marines. La plus grosse partie de la troupe se retrouva en bas de l’affleurement rocheux avant qu’ils aient le temps de dire « ouf ». Parmi eux, la quasi-totalité de la BRUTE qui à peine relever suivit, comme un seul homme, l’ordre beuglé par leur chef.

_IVG !!!

Quand on fait tomber une trentaine d’hommes depuis une espèce de falaise on s’attend à ce qu’ils soient sonnés mais pas à ce qu’ils se relèvent dans l’instant et vous foncent dessus sans paraître le moins du monde surpris par ce qui vient de leur arriver. Cette manœuvre inattendue, qui se fit connaître par la suite comme la technique : foncer dans le tas, penser après, suffit à déstabiliser les pirates qui s’attendaient à cueillir des mecs amorphes.
La mêlée fut courte mais intense. Un premier thorax rencontra le revers de la main de Chihousou, perdit la bataille et laissa la place à une épaule puis à un visage. Des partouzes de ce type se répétaient un peu partout avec diverses parties de corps de diverses personnes. Une magnifique ode à l’amour universel et au libertinage interprofessionnel.
Les hommes de la BRUTE parvinrent à s’extirper de la masse et se mirent à courir à toute allure vers la cité portuaire.

La magie des facilitées scénaristiques amena à ce que les brutes de la BRUTE se retrouvent à être poursuivies par les brutes de McPwinning tandis que le Word Shredder tombait comme par hasard sur les hommes de Sigurd. Que les coïncidences et le hasard font bien les choses.



Après une course effrénée dans les bois, la troupe du Capitaine Masaka se retrouva aux abords de la ville où le chaos était le plus total. Imaginez une troupe de mec en uniformes blancs, et sales après avoir marché dans la foret pendant des heures, se ramener dans une ville assaillie et poursuivit par une troupe de pirates en kilt. Imaginez maintenant que tout ça n’était que le début d’un bordel encore plus monstrueux et qui resterait ensuite dans tous les journaux locaux et dans l’histoire comme la fameuse affaire de Kawaguchi.

Histoire de marquer de frapper l’histoire, en entrant dans la ville, Chihousou frappa le premier type qui lui bloquait le chemin, celui-ci vola jusqu’à ce qu’un gentil mur n’arrête l’homme dans sa tentative de record du monde de lancer de nain de taille standard.



Quelques minutes après une horde de bêtes poilues entra à son tour dans la ville.


avatar
Chihousou
Combattant Expert
Combattant Expert

Messages : 586
Date d'inscription : 10/03/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Sonaka le 27/10/2012, 22:07



Il savait plus ou moins ce qui allait se passer. Il avait déjà vécu cette situation à trois reprises, et s’était préparé depuis une dizaine de jours à ce qui allait suivre. Sigurd était maintenant dans un état de concentration tel que ses hommes peinaient à le reconnaître, même s’ils étaient toujours aussi à l’aise à son contact.

C’était une prise d’otage, après tout. Ils n’avaient pas le droit à l’erreur. N’est-ce pas?

-Bon, je vous explique. Ca va bien se passer, mais faut carrément pas qu’on se rate. Je vais provoquer Roderik en duel, elle va sauter dans mes bras, et je la monnaierais contre un cesser le feu… ou un truc du genre, on va voir comment ça se passe.
-Et ça n’est pas… risqué pour vous?
-Nan. Je suis celui qui risque le moins, dans le paquet.
-Qu’est ce qui vous fait dire ça?
-J’ai l’habitude.
-Elle ne pourra pas me battre.
-Vous en êtes vraiment sûr?
-Pas son genre. Elle me veut intact. Et selon les dernières nouvelles, Pad’Bol est de bonne humeur, aujourd’hui…
-Pitié, capitaine, commencez pas avec ça…
-Vraiment pas? C’est vachement important, pourtant.
-S’il vous plait…
-Bon, bon.
Par contre, reprit-il en haussant la voix, je répète, je martèle et j’insiste : zéro confrontation avec le World Shredder, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, d’accord? Ces mecs sont des pros. Et quand je dis ça, je pèse mes mots. Si on avait Chi’ et compagnie avec nous, on aurait pu tenter, mais là, on reste loin d’eux tout du long et on se la joue tacticiens de génie, d’accord? S’ils nous tombent dessus, on est pliés. On fait ça de loin et on fait ça bien, tout simplement. Notre meilleure chance, c’est moi et Roderik.

Chacun des marines acquiesça silencieusement, parfaitement à l’écoute de leur capitaine. La dernière fois qu’ils l’avaient vu se conduire de la sorte, un succès retentissant les avait attendu à la fin de leur mission, où la confusion avait gagné jusqu’aux agents du Cipher Pol en proie à une multitude de factions bien armées.

Et cette fois, il avait l’air de savoir ce qu’il faisait, ce qui n’était pas pour leur déplaire. Surtout là, maintenant que les pirates commençaient à se faire dangereusement près d’eux.

Toutefois, ils n’étaient pas sûrs que leur supérieur ait prévu l’arrivée d’une bande d’ours catcheurs aptes à semer le chaos dans la plus solide des formations. Leurs rugissements prirent de court l’ensemble des acteurs de cette affaire, qui paniquèrent un bref instant avant de se reprendre.

-Tout le monde en planque, intima Sigurd en ouvrant la voie aux siens.
-Et les pirates?
-Ils ont pas l’air bien motivés à passer à travers les ours, non plus.

Aussitôt, la petite troupe de marines se rabattit vers les bâtiments du campement pirate désert, où leurs adversaires avaient réussi à les rediriger grâce aux traces laissées derrière eux. Une gigantesque demeure, plus probablement une ancienne infrastructure très bien entretenue. Et peut être même rénovée récemment, se dirent les soldats.
Dans le vestibule, les marines remarquèrent brièvement la lourdeur de l’atmosphère, encombrée de relents vaporeux qu’ils attribuèrent aux divers fumières d’encens disposées ça et là dans l’atrium. Malgré la fuite de tous les occupants suite à l’attaque des ours, leur aura si particulière semblait ainsi encore bien présente.

D’autres attardèrent leurs regards sur les somptueuses décorations qui témoignaient de la puissance des pirates qui les avaient attirés sur l’île. Un large dragon d’or, suspendu au plafond à la manière d’un lustre, les subjugua un instant. Juste un instant. En soldats professionnels, il ne leur fallut que quelques secondes pour en revenir à l’urgence de la situation, et se calfeutrer efficacement dans le petit hall. Dogaku avait l’habitude des positions renforcées, et pas un seul d’entre eux n’avait traîné pour s’adapter à cette tactique appréciée.

Renversant meubles, tables et mobiliers, la plupart établirent ainsi leurs abris à la manière de tranchées, d’autres préférant se poster derrière un mur ou un recoin tandis que les plus téméraires s’abritaient directement derrière le comptoir de l’accueil. Ils se retrouvaient ainsi directement exposés aux tirs provenant de la large entrée, malgré la présence de l’épais rempart de bois censé les protéger.

Toutefois, ceux qui se postèrent aux fenêtres ou qui tentèrent de s’aventurer un peu trop loin dans le bâtiment eurent la mauvaise surprise de déclencher une partie des pièges du QG de Wang-Shei, pratiquement déserté du fait de l’assaut qu’il menait en ce moment même sur Kawaguchi. Sans compter la récente attaque des ours catcheurs qui venaient de vider son personnel domestique… aussi domestique que pouvaient être les membres d’un équipage pirate aussi bien portés sur le carnage.
En réponse aux mécanismes activés par mégarde, des rabats métalliques s’abattirent face aux fenêtres, réduisant la surface de tir disponible des marines, tandis qu’une volée d’épingles manqua de peu de hérisser un duo de soldats. Ils s’étaient jetés en arrière, mais l’un d’entre eux avait été suffisamment exposé pour être criblé de fléchettes et n’allait guère pouvoir se déplacer au cours du combat à venir. La petite troupe s’agita encore un peu plus, et les volutes d’encens cédèrent rapidement la place à un écran de fumée pourpre grandissant.

Naturellement, les marines se regroupèrent par petits groupes, agglutinés en paquets tandis que leur capitaine essayait de comprendre ce qui se passait tout en veillant à ce que personne n’initie un mouvement de panique. Ils venaient bien malgré eux de s’enfoncer dans un nid de guêpes, comprirent-ils.
Mais à l’extérieur, la situation n’était guère mieux avancée : les pirates du World Shredder étaient maintenant en prise avec les ours, qui venaient de rentrer dans le tas et bataillaient ferme pour agripper et marteler au sol le premier bras qui dépassait de leur bande. Et lorsque les mammifères s’aperçurent qu’ils ne parviendraient par à user de catch sur leurs adversaires trop bien soudés, ils affinèrent leur approche, la majorité d’entre eux entourant la troupe tandis que d’autres allaient fracasser quelques pans de murs ou entraient dans les bâtisses afin de récupérer des projectiles de fortune.

Voyant ce qu’il en était, et après qu’une armoire ait manqué d’aplatir trois d’entre eux, les pirates chargèrent furieusement parmi les ursidés. La bande compacte se fraya un chemin ensanglanté au travers du rempart de fourrure qui les assiégeait. Par malchance, ils arrivèrent à portée des marines, toujours calfeutrés dans le bâtiment malgré la présence des pièges. Toutefois, il n’y eu pas de massacre : la tendance défensive de chacun des deux camps, mêlée au brouillard déclenché par les pièges des asiatiques, perturbèrent les vétérans du World Shredder qui finirent par se réfugier assez loin de leurs adversaires.
Ils tentèrent sans conviction d’ouvrir le feu, crachant leur grenaille au mieux de leurs faibles possibilités.

A ceci, les pirates n’eurent même pas besoin d’un mot pour se concerter, et décider de la manœuvre à mettre en place.

Ils répliquèrent vigoureusement, mais s’appliquèrent surtout à contourner la bâtisse isolée de l’extérieur, du fait des stores activés. Les ours, au contraire, s’élancèrent rageusement au travers de la mêlée par laquelle quelques éclats de métal leurs étaient parvenus. Faisant fit de tous les obstacles se dressant sur leur chemin, ils traversèrent littéralement les murs de la bâtisse, renversant à la fois marines et forbans dans leur ruée furieuse.

Toutefois, c’était bien les troupes du gouvernement mondial qui étaient maintenant en prise avec les bêtes sauvages.

Sous le feu désormais croisé et bien nourri des hommes de Dogaku, les animaux chargèrent encore un peu plus profondément, déclenchant d’autres pièges exotiques dont Roderik elle même n’avait jamais été informée. Dans la foulée, ils actionnèrent la mitrailleuse artisanale contenue dans l’orfèvrerie en forme de dragon resplendissant.

Ceci marqua le début d’un chaos indescriptible, où chacun se mit à l’abri de son mieux sans se soucier de l’identité de son voisin. Roderik se surprit à côtoyer deux caporals agenouillés à ses cotés, sans que ceux-ci n’entreprennent la moindre action à son encontre. Tous ne prêtaient attention qu’à la déferlante de balles, qui anéantissait méthodiquement l’entrée heureusement désertée depuis la frappe des ours.

Il n’en fallut guère plus aux marines pour se décider à abandonner les lieux, la confiance sérieusement ébranlée par la cacophonie causée par la déflagration.

Bien qu’en piteux état et ralentis par leurs blessés, ils parvinrent à se tailler un chemin jusqu’au rempart adjacent à un autre bâtiment, une petite caserne d’habitation. Ils furent rejoints par les pirates, en moins bon état malgré leur nombre légèrement supérieur. Les hommes du World Shredder avaient du se frotter plus longtemps aux ours que leurs adversaires, et le ressentaient.

Dogaku fit quadriller le secteur, préférant rester à semi découvert face à leurs adversaires avec pour seul protection une petite palissade de bois, plutôt que de risquer d’entrer et de s’exposer à une multitude d’autres traquenards que pourrait abriter la caserne.
Finalement, leur position n’avait rien de favorable. Mais il avait encore un excellent atout à jouer, face à ces pirates… et à leur capitaine.

Ses hommes pouvaient parfaitement s’organiser seuls, vu la position dans laquelle ils étaient retranchés. Pour le zoan aux pouvoirs du lion, c’était l’occasion rêvée de charger et d’occasionner un maximum de ravage dans les rangs serrés de ses proies. Une mauvaise surprise qu’il employait avec parcimonie, se sachant bien plus utile en donneur d’ordres qu’en bête de guerre. L’usage de son fruit était incompatible avec la prise de parole, et donc son aptitude à naviguer sa troupe dans les pires ennuis.
Pour cette raison, Dogaku en faisait beaucoup moins usage depuis sa promotion au grade capitaine.

Mais le rugissement tonitruant qui retentit alors, jusqu’à des kilomètres à la ronde, révélait clairement que le fauve n’avait rien perdu de sa férocité. D’un bond, il s’élança au-delà de la barrière, renversant deux hommes tout en chargeant trois autres. Il étourdit un pirate d’un coup de patte, tout en prenant garde à bondir et bousculer un septième brigand afin d’éviter un mauvais coup de sabre. Et juste avant qu’un pistolero n’envisage de le prendre pour cible…

-QUE PERSONNE NE TOUCHE AU LION ! IL EST A MOI !

C’était là sa meilleure carte. Roderik était de la partie, bien sûr.

Et Sigurd ne tentait jamais Dame Chance sans savoir vers quoi il s’élançait. Elle était leur capitaine, et elle se chargeait de lui.

En réponse à ce hurlement, il se recula, tandis que du groupe de pirates s’avançait son ancienne collègue de la marine marchande, répudiée et réfugiée dans la piraterie après un généreux début dans la contrebande. Elle avait l’air relativement fraîche, malgré les dégâts encaissés par les deux groupes. Rejetant sa cape en arrière jusqu’à s’en délester, elle déposa une rapière au sol, et emprunta un petit glaive à l’un des siens. Si elle ne se départissait pas de son éternel sourire provocant, son habituelle bonhommie avait totalement disparue.

Quelques instants passèrent. Ils se regardèrent en sifflant.

Et finalement, des rugissements tonitruants percèrent les exclamations des combattants dans les deux camps. Pour Dogaku, il était temps de passer aux choses sérieuses, et ses hommes l’exhortaient à aller dans ce sens. Quelques marines s’avancèrent, mais le lion vint aussitôt à leur rencontre, les repoussant avec lenteur et fermeté de manière à ce qu’ils regagnent leurs rangs.

Visiblement, c’était un duel que les deux acteurs souhaitaient ardemment.

Ils avaient leurs raisons. D’excellentes raisons.

Lui savait ce qu’il faisait, et ne craignait pas grand-chose. On lui avait déjà posé la question, comme on l’avait fait d’innombrables fois par le passé. Sa réponse était immuable: si la pirate d’en face voulait sa dépouille, elle ne lui porterait pas n’importe quels coups. C’était une mise à mort propre et brève qu’elle cherchait, rien de moins.

En témoignaient convenablement la paire de pistolets qu’elle fourra à l’instant dans sa cape en boule, derrière elle. Curieusement, la réputée collectionneuse de zoans ne se précipita pas vers l’animal, préférant longuement l’étudier comme pour en étudier la… qualité.
Ce dernier, distant d’une dizaine de mètres de sa chasseresse, ne faisait pas grand-chose. Longeant la palissade derrière laquelle se trouvaient ses subordonnés, il claqua des mâchoires à quelques reprises, entrecoupant ces démonstrations d’un roulement de grondements bas, se contentant d’épier celle qui voulait mettre la main sur lui.

Maintenant, Roderik souriait à pleines dents, l’air un peu folle, ses boucles blondes désordonnées lui revenant en bataille sur le visage en couvrant à moitié son unique œil valide. Faisant tourner l’arme de quelques moulinets, elle donnait l’air d’une matador échevelée, faisant face à l’un des plus dangereux prédateurs que la nature avait à offrir. A mieux la regarder, elle tremblait légèrement, mais c’était probablement autant du à l’excitation qu’à la crainte toujours présente de se rater mortellement face au capitaine de la marine.

En vérité, personne ne pouvait vraiment savoir ce qu’il se passait dans sa tête, tant elle avait l’air dérangée en cet instant. Mais en fin de compte, elle adoptait la même approche que le félin, se contentant de le toiser en évoluant latéralement. Ils prenaient leur temps, à un point tel que leurs troupes respectives hésitèrent à reprendre l’affrontement.

Les deux capitaines tinrent leurs troupes en respect d’un même mouvement de recul. C’était là la dernière des choses qu’ils voulaient. Ils manœuvraient depuis le début pour que ça n’ait pas lieu, d’ailleurs.

Chacun évaluait ses chances de parvenir à ses fins, visiblement. Sigurd savait que s’il donnait l’impression d’être sur le point de venir à bout de Roderik, la troupe du World Shredder ouvrirait le feu sur lui, ce qui avait de fortes chances de ne pas le laisser indemne. Pour autant, il se voyait difficilement perdre face à la pirate, qui avait affirmé haut et fort qu’elle récupérerait sa fourrure en parfait état. Elle ne pourrait rien tenter d’autre qu’une mise à mort aussi propre que délicate à porter ; il pourrait manœuvrer à son aise.

Mais surtout, il faisait entièrement confiance à Dame Chance. Rien de mauvais n’arriverait. Il avait maintenant l’habitude de ces confrontations.

Elle aussi, d’ailleurs. Tout allait bien se passer. Voyant le lion s’arrêter pour de bon, elle se rasséréna à son tour, sa respiration devenant de moins en moins saccadée jusqu’à retrouver un rythme normal.

Finalement, elle ne souriait plus.


Et d’un même mouvement, ils se précipitèrent l’un sur l’autre, la pirate bifurquant finalement juste avant que le lion ne la renverse. Le félin s’écrasa lourdement au sol, et fut cueillit d’un coup de botte que sa crinière amorti en partie. Il répondit d’un mouvement de patte, toutes griffes dehors, mais elle s’était déjà mise hors de sa portée, et para son approche en lui calant la pointe de son glaive au niveau des yeux.

Le lion la contourna précautionneusement, se souvenant qu’il valait mieux ne donner aucun prétexte à son adversaire de tenter quoi que ce soit.


*
* *


Pour elle, l’attente était interminable. Cela faisait maintenant quatre heures que Dogaku l’avait écartée de tout ce qui touchait de près ou de loin au commandement, et qu’elle se rongeait les sangs seule dans son coin. Au bout de quelques quarts d’heures, elle avait complètement abandonné l’idée de venir à bout de n’importe quelle tâche ou dossier que ce soit. C’était la première mission au cours de laquelle le Tarmac déployait une force d’intervention en urgence. C’était également le premier cas de prise d’otage qu’elle avait rencontrée dans toute sa vie.

Et vu la bataille à laquelle se préparait son navire, Evangeline n’avait pas finit de se tordre d’inquiétude. Elle n’avait pas spécialement envie de prendre part à la catastrophe qu’elle pressentait.

-Nous allons quoi?, demanda une voix qui lui semblait bien distante.
-Eh ben on bouge, mec.
-Ca je sais, merci. Tu sais pourquoi? Je croyais qu’on devait attendre sagement ici que tout se termine… il s’est passé quelque chose?
-Apparemment, oui…
-D’accord, mais quoi, demanda une troisième voix?
-Olrik est allé vérifier. Il est partit y’a cinq minutes, mais visiblement ça bouge sec, sur le pont.
-Normal, on bouge.
-Ouais, mais pourquoi?
-Vous avez demandé à la commissaire? Elle doit bien savoir quelque chose, non?

Haylor mit un instant à réaliser que l’on parlait d’elle. Installée dans son bureau, elle n’avait pas grand-chose d’autre à faire que d’attendre. Avec les procédures qu’elle avait mit en place depuis son arrivée, toutes les consignes relatives à la réception des blessés -otages et secours confondus- tenaient pratiquement de l’automatique. Tout le monde se tenait près, et pour ce qui la concernait, elle n’avait absolument rien à faire. Et elle le vivait assez mal.

-J’ai l’impression qu’il ne vaut mieux pas déranger la commissaire pour le moment, si vous voulez bien.

La voix provenait d’un autre bureau. Etouffée, mais Haylor somatisait bien assez pour que ses sens soient exacerbés.

-Elle a pas l’air d’aller bien. Et elle a l’air de préférer rester seule…
-Seule?
-Je crois qu’elle a une bonne amie dans les otages. Forcément, elle est inquiète. Pis elle a failli se retrouver dedans, donc forcément…
-La lieutenante Gurgenidze?
-Nan… enfin peut être… je pensais plutôt à la médecin, là. La brune. Elles traînent pas mal ensemble.
-Shiraharam? Comme le chef des ingés?


[Ouaip, ce RP a chronologiquement lieu avant le départ de l’Ümläut, des ingés et de Guido… désolé pour le désordre, mais vous voyez que j’ai bien tout en tête au moins xD]


-C’est sa fille, je crois.
-Oy. Coup dur. Il va comment, du coup?
-Pas trop mal, en fait. Au début, il était effondré, mais semblerait que le capitaine ait réussi à lui remonter le moral. Ca a même plutôt bien marché. Au final, c’est lui qui est allé parler à la commissaire pour tenter de la réconforter, je crois…

Le capitaine. Là, Haylor sentit ses bouffées d’inquiétudes redoubler d’ardeur. Elle ne pouvait rien faire. Mais si lui était l’unique officier capable de faire quelque chose, elle ne donnait pas cher de leur situation.

-Ah?
-Visiblement, il a bien l’habitude de ce genre de trucs. Pas sa première prise d’otage. Et surtout, pas sa première altercation avec ces pirates…
-Ouais, ça j’ai entendu.

Encore qu’elle savait que Dogaku était loin d’être mauvais, quand il s’agissait de gérer des troubles. Il était même particulièrement bon. Toutes les missions auxquelles il avait été mêlées depuis qu’il était officier s’étaient systématiquement bien passées.

Et pour avoir épluché récemment son dossier dans l’espoir d’en savoir plus sur le World Shredder, elle avait pu constater qu’il s’en était toujours particulièrement bien tiré face à eux.

Et étrangement, rien de tout ça ne suffisait à la rassurer. L’image de l’éternel benêt incompétent qu’il dégageait était bien trop vivace dans son esprit.

Pas vraiment le genre à se faire des ennemis jurés. C’était plus du calibre d’un Way Dak, ou d’un Stink…

Stink.

Evangeline enfouit brutalement sa tête entre ses bras. Ca n’était clairement pas le moment de penser à ses lubies habituelles, mais elle y revenait un peu trop régulièrement. Elle devait être folle. Ou pas bien loin de l’être.

-Olrik est passé au bureau des contrôleurs, j’en reviens tout juste, réapparut la première voix.
-Et alors?
-On bouge vers la ville, de ce qu’il a dit.
-La ville? Quelle ville?
-Une ville que des pirates vont attaquer, apparemment. Semblerait qu’on ait reçu pour ordre de se lancer dans une bataille navale, en renforts.
-Quoi?!
-Je croyais que le navire n’était pas équipé pour!, s’insurgea un autre administratif. Et j’ai absolument pas signé pour ça!
-Il ne l’est pas vraiment, en effet. Ils se cassent un peu la tête dessus, mais le capitaine a donné ses ordres…

Les voix se turent un instant. Seul le silence, l’attente et un moral proche de zéro occupaient l’espace.

Sur le pont, c’était une agitation bien différence qui animait la scène. Les soldats savaient qu’ils allaient devoir prendre à revers une armada que les défenses sabotées de la cité florissante peineraient à contenir.




*
* *



Les marines commençaient à s’inquiéter sérieusement pour leur capitaine. La pirate semblait infatigable, et lui peinait à suivre le rythme qu’elle imposait à ce combat. Son habituelle tactique, qui consistait à charger et renverser tout ce qui se dressait sur son chemin, n’était guère efficace face à un adversaire agile et créatif.

Et cette inquiétude n’échappa pas au lion, qui était étonnamment attentif aux réactions des siens. Il les surveillait avec une minutie qui n’avait rien à faire ici, mais c’était machinal.

Ils ne lui faisaient pas confiance. C'était avéré, pas une seule personne à bord du Tarmac ne suspectait de quoi Dogaku était capable lorsqu’il se retroussait les manches.

Personne, pas même ceux qui ne lui souhaitaient que du bien et se prétendaient avec humour parmi ses admirateurs.
Mais d’un autre coté, il leur avait toujours habilement refusé les moyens de cerner toutes les cartouches qu’il avait dans sa sacoche.

C’est du moins ce qu’il se dit au moment où Roderik profita d’une parade pour lui bondir dessus, et s’installer à califourchon au dessus de ses flancs. Sa réaction fut immédiate. D’un coup de patte frénétique, il tenta de l’en déloger, ne parvenant guère qu’à la frôler tendit qu’elle se penchait de l’autre coté pour accompagner le mouvement. Alors il se retourna, roulant à terre pour tenter de l’écraser, mais elle parvint à l’en dissuader en s’en prenant à ses flancs sans qu’il ne comprenne comment.

Il avait sentit quelque chose de pointu s’enfoncer légèrement, menaçant de pénétrer ses chairs s’il achevait son mouvement. Probablement une des deux dagues qu’elle portait à la ceinture, utilisée comme appoint avec le glaive censé l’embrocher. Commençant à s’énerver pour de bon, le lion effectua de nombreuses ruades qui obligèrent son adversaire à se cramponner à lui, abandonnant son arme par la même occasion.

C’était plus ou moins ce qu’il attendait. Il en profita alors pour s’élancer droit devant, faisant fit des deux équipages de spectateurs dont il s’éloigna largement. Il effectua quelques virages serrés, durant lesquels la pirate renforça son étreinte, basculant juste ce qu’il fallait pour que son poids déplacé donne à Dogaku les indications qu’il fallait.

Tourner à gauche.

Le zoan effectua encore quelques cercles et ruades avant de zigzaguer dans les ruelles du village déserté, reprenant régulièrement son manège à un rythme que les autres ne pouvaient pas suivre. Ils ne reprirent pas vraiment les hostilités pour autant, Dogaku leur ayant intimé de rester à distance des forbans qui eux-mêmes ne voulaient sûrement pas éliminer les témoins du raid de l’armada qui se préparait.

Finalement, il les sema pour de bon, à peu près au moment où il s’engouffra dans la caserne qui avait jusque là servit de lieu de vie aux pirates du World Shredder. Il traversa rapidement les quelques couloirs qui l’intéressaient, bondit silencieusement par delà les marches d’un robuste escalier de bois, puis s’enfonça finalement dans le confortable salon recouvert de poufs et de peaux de bêtes où Roderik avait reçu la lieutenante Gurgenidze une semaine plus tôt.

Le lion bondit jusqu’au milieu de la salle, pour finalement s’arrêter en dessus d’une peau de girafe tendue au plafond. Roderik, en sueur, ne faisait plus aucun geste à son encontre.

Et alors, lentement, Sigurd se transforma à nouveau en humain, le souffle encore rythmé par sa cavalcade. Il était désormais à plat ventre sur le sol, face à une tapisserie représentant une scène de festin détaillée, la pirate toujours aplatie sur son dos. Celle-ci se laissa rouler sur le coté, la respiration saccadée, pour finir dos à terre à droite du marine.

Il tourna progressivement la tête dans sa direction, l’air circonspect. Elle aussi le regardait, de son unique oeil valide, avec une expression tout aussi indéchiffrable.

Ils se fixèrent ainsi pendant une bonne vingtaine de secondes, trop occupés à reprendre leur souffle pour faire le moindre geste.

Finalement, Nerassa explosa de rire. C’était nerveux, se dit Sigurd. Une fois calmée, la borgne approcha son visage du zoan. Voyant qu’il ne réagissait pas, elle lui souffla brusquement dessus pour le ranimer.

-Hey hey hey… calme, protesta-il, je… suis pas… si, chuis mort en fait.
-Déjà?
-Fiou… en tout cas… tu vas nous… faire tuer… un de ces jours… à ce rythme.
-Ouais, je crois qu’on est pas loin d’un nouveau record. Mais en attendant, on gère comme des pros, tu ne trouves pas?
-Nan… du tout…
-Allez. Franchement, c’était pas du spectacle de dieu, ça? Pad’Bol contre Dame Chance, ç’a pas lieu tous les jours.
-Heureusement. Arch, point de coté!

Leur histoire était cohérente. Ils avaient pour un temps travaillé dans la marine marchande de leur royaume, d'abord au sein du même navire, puis comme commandants de navires appartenant à la même flottille. Ils s'entendaient très bien à l'époque, et Roderik avait effectivement été contrainte de quitter cette affaire florissante après avoir eu plusieurs problèmes avec les douaniers, en matière de contrebande.

Avec ses repères déjà bien ancrés dans les réseaux parallèles, et quelques expériences passées à bord de navire à la légalité saisonnière, il ne lui avait pas été dur d’entrer dans la piraterie et de rapidement s’y nicher confortablement. Elle planchait dessus depuis bien longtemps, même à cette époque, après tout.

-Bon, alors…
-Nan. Avant quoi que ce soit: où sont mes otages?
-Sous-sol du bâtiment d’en face, un gros dortoir aménagé avec des barreaux, elles vont toutes bien sauf une qui nous fait une extinction de voix et qu’aime pas le sirop pour la gorge. On a profité de la casse des ours pour aller faire nos courses dans les réserves de Karnak et Wang-Shei, j’crois qu’on leur a filé du thé et des viennoi…
-Bon. Bon, interrompit le capitaine, vaguement soulagé de son unique inquiétude. Sujet clôt, bien joué.
-Eh, tu t’attendais à quoi venant de moi, nan mais?
-Euh… tu veux une réponse?
-Bien sûr qu… en fait non, vraiment pas.


Ce qu'ils gardaient sous scellé, c'étaient qu'ils n’avaient pas vraiment perdu contact à ce moment là, leurs correspondances manuscrites étant parfois ponctuées de rendez-vous soigneusement organisés dans des bars et des restaurants en tous genres.
De même, ils évitaient de mentionner le fait qu’ils se connaissaient depuis bien plus longtemps que cela, étant natifs de la même île et originaires de familles en très bon termes depuis plusieurs générations.

Forcément, ils s’entendaient trop bien.

Leurs mères respectives également: rien que tous petits, ils partageaient déjà à peu près tout ce qui pouvait être mis en commun. Des siestes aux goûters, en passant par les punitions et la varicelle quand en vint le moment. C’est aussi à peu près vers cette époque qu’étaient nés les sobriquets respectif de Dame Chance et Pad’Bol, qu’ils utilisaient maintenant comme noms de code occasionnels quand la pirate faisait à son compère une place dans ses petites manigances. Personne n’avait encore jamais levé le sourcil au cours des escales où Dogaku s’enfonçait paisiblement dans les centres ville, indiquant en plaisantant qu’il avait « rendez-vous avec Dame Chance » pour excuser ses prétendues flâneries. Elle-même avait une expression équivalente pour excuser ses entrevues avec Pad’Bol.

-Bon alors c’est quoi le nouveau plan vaseux du jour, à quoi ça rime tout ça, qu’est ce que c’est que cette organisation à la con?, s’emporta volontairement Sigurd.
-Rhooo, pitié. Bonjour, contente de te revoir, comment ça va depuis, moi aussi je vais bien, quand est-ce que tu me présentes ta copine?
-Pas le temps, pas le temps, pas le temps, pas le temps et j’vois carrément pas de quoi tu parles, répondit le marine dans l’ordre.
-De ce qu’on m’a dit, ‘parait que tu as une collègue qui se la joue sado-domination avec toi, et que tu réponds super bien niveau soumission.
-Euh?
-Un grand garçon comme toi, voyons. Faudra que je la rencontre un jour, bien envie de rire.
-…
-Héhéhé.
-Nan, pitié. Toi, t’as parlé avec Nat’, hein?
-Un petit peu. Elle était méfiante, mais c’était globalement sympa. Sauf quand je faisais la conversation pour deux, j’commence à avoir l’habitude, avec tes marins. Comme si on ne pouvait pas être pirate et inviter ses otages à boire un verre sans arrière pensée malveillante… tsk.
-Tu réalises le niveau de délire de ce que tu racontes?
-C’est voulu, s’il te plait. Joue le jeu?


C’était le principal reproche que Sigurd faisait à sa vieille amie. Quand ils se retrouvaient en catastrophe dans pareilles situations, elle ne pouvait s’empêcher de plaisanter machinalement. Comme si elle voulait retarder au maximum la reprise de leur mauvais manège. Maintenant suspicieux, il lui tapota légèrement la tête au niveau du front, comme pour y remettre de l’ordre.

-Tu ne lui as rien dit qui pourrait être dangereux, hein?, s’inquiéta le lion.
-Nan, t’en fais pas. J’ai parfaitement joué le rôle de la dingue qui cherche à mieux comprendre sa proie pour pouvoir la capturer. Je veux ta fourrure, je suis une excentrique, elle a cru ce qu’elle voulait et c’est très bien comme ça.
-Bon, on va dire ok… j’imagine…

Il se redressa maladroitement, à moitié enfoncé dans un pouf où il se laissa finalement choir, se massant le flanc droit. Elle, se releva et commença à manipuler les tiroirs d’une petite commode, activant un compartiment secret surchargé de documents dont elle commença à feuilleter le contenu. Anarchiquement.

-Toujours aussi bien rangée?
-J’ai que ce truc pour ranger toute ma paperasse. La vie de nomade, c’est moyen pour les archivistes.
-Mmmh, éluda Sigurd sans faire de commentaire quand au mauvais choix de vie.
-Par contre, faudra que tu m’expliques c’est quoi cette histoire de pom-pom-girl.
-Hein?
-T’étais la mascotte de l’équipe, comme ça, à l’académie de la marine? J’ai jamais entendu parler de ça.
-Euh… je vois pas pourquoi je l’aurais fais? Ils s’étaient qu’un zoan comme mascotte, c’était choue… uh? Attends, c’est encore Nat’ qui t’as vendu ça?
-Ta lieutenante, bingo.
-De quoi vous avez parlé, déjà?
-Un peu de tout, héhé. Un simple échange d’informations.
-Euh… échange d’informations? Genre toi, tu lui as dis quoi?
-Quelques broutilles, anecdotes, rien d’intéressant. Juste de quoi lui rendre la faire continuer quand elle me racontait ses trucs.
-Donne trop d’infos et tu vas te faire griller… nous faire griller… remarque, ça t’obligera à arrêter tes conneries, c’est pas plus mal.
-Bwoh, allez. C’est pas comme si je lui ai dis qu’on était sortis ensemble pendant... oh bah si, tiens. Zut alors.
-T’AS QUOI?!

Avec une anecdote aussi croustillante que celle-ci, Sigurd prévoyait déjà qu’il ne faudrait pas une semaine avant que la nouvelle ne se répande dans le Tarmac comme une trainée de poudre. « L’ex’ du capitaine est une sulfureuse pirate qui veut maintenant sa mort ! ». Avec ça, il sentait que sa réputation allait étrangement grimper en cotation, à l’instar de celle de feu Loromin Sohal, l’Eventreur de Cachalions, qu’il avait insouciamment inaugurée pour s’amuser.

Et bien sûr, jamais Dogaku ne pourrait expliquer que tout ceci était majoritairement faux. L’affaire s’était déroulée quelques années avant qu’ils ne travaillent ensemble, c'est-à-dire à une période où ils n’étaient pas censés se connaître.

-Mais oh euh, c’est même pas vrai en plus!
-Si, si, c’est vrai…
-Trois jours. Parce que tu voulais rendre jaloux chais plus quel beau gosse débile dont j’ai zappé le nom.
-C’est vrai aussi, confirma la pirate. Mais ça a marché!
-Deux semaines.
-C’est dix jours de plus que toi.
-Mais ça comptait pa… aaaarf!


Finalement, sa mauvaise humeur se dégonfla d’un coup, et il commença à rire. Rire jaune, mais il commençait presque à s’amuser. Quand bien même ses plans le prenaient toujours de cours en le plongeant dans des déboires sans nom…

-D’accord, d’accord, t’as gagné, content de te revoir aussi. Mais sérieux maintenant, pitié, chais pas combien de temps on a avant que ça vire à la casse, dehors. J’vais devoir réparer quoi comme gaffe, maintenant?
-Rien du tout, t’inquiètes. Par contre, j’ai un cadeau pour toi, annonça-t-elle en refermant son tiroir dissimulé.
-Qu’est ce que c’est?
-Des invitations pour quelques petites fêtes bien select’, et les cartes pour pouvoir s’y rendre. ‘Fin j’ai fais ce que j’ai pu du moins, parce que GO c’est franchement plus casse dents. Tu devrais trouver ton bonheur là dedans.
-Ton bonheur, objecta le marine.
-Ouais, ouais, ok. Merci monsieur le protecteur de la veuve, de l’orphelin et des méchants pirates, d’accord.

Sigurd survola rapidement les documents qu’elle lui tendait ; des cartes, des listes, des notes et même quelques photographies prises à l’improviste. C’était là la contrepartie de tout le soutien que le capitaine de la marine pouvait apporter à une personne dont la tête était mise à prix.

D’un autre coté, il avait pris toutes les mesures qu’il pouvait pour que l’administration de la marine ne se préoccupe pas vraiment de sa lunatique amie. Et sa plus grande victoire fut tout simplement de convaincre la pirate qu’elle avait tout intérêt à rester discrète. Ca, en plus de la faire recruter comme une informatrice au service du gouvernement mondial, connue et protégée des services le plus discrets de la marine.
Il s’était montré particulièrement insistant pour la persuader de jouer le jeu de l’agent double, mais avait finalement réussi à mettre un peu de plomb dans la tête de l’ex navigatrice éprise d’aventures et de richesses.
L’idée d’avoir un tel rôle et d’en plus se préparer une armistice amusa particulièrement la lunatique blonde, qui n’envisageait pas vraiment de finir ses vieux jours de cette manière.

Aussi était-elle maintenant tenue d’entretenir sa formidable porte de sortie : Dogaku, qu’elle avait déjà redirigé sur quelques très bonnes affaires. Dame Chance n’était pas uniquement une métaphore lancée à tout va sur le Tarmac, ni même un simple sobriquet enfantin. C’était avant tout le pseudonyme sous lequel les services secret la mentionnaient, et qui permettaient aux agents du gouvernement mondial de protéger leurs indicateurs dans le voile du secret. Si par malheur elle devait un jour se faire capturer, il lui suffirait de se présenter sous ce nom en s’annonçant comme la protégée d’un certain Pad’Bol pour qu’on la mette de coté en attendant de tirer ceci au clair.

Idéalement, personne ne devait être au courant de son double jeu. D’un coté comme de l’autre, ce genre de manœuvre n’étant pas celles que la marine aimait mettre en avant, et l’emploi d’un tel joker signifiait habituellement la clôture du manège.

-Bon alors, si je résume… vous avez pris des otages pour nous faire venir ici. Et y’a une armada parée à attaquer Kawaguchi. Plusieurs équipages. J’me suis arraché la tête dessus mais j’ai pas capté. Tu m’expliques le reste?
-Cinq équipages. Tu peux voir les étendards rassemblés sur la place centrale. Et tu me fais le lien entre les deux évènements?
-Nan.
-Réfléchis…
-Pas le temps.
-Mettons que tu as un peu de culture générale. Auquel cas tu saurais que le bâtiment où tu t’es installé un peu plus tôt –le machin horrible bourré de pièges, là- comportait plusieurs insignes et emblèmes au nom du seigneur de guerre Wang Shei.
-Qui ça?
-Précisément.
-Connais pas.
-Il le sait. Et ça le dérange, parce qu’il a déjà quelques joyeux massacres à son actif.
-Mmmh…

Roderik tira d’un de ses tiroirs une petite note, qui avait été l’une des premières communications que le chef de guerre déchu et l’égérie du World Shredder s’étaient échangés. Lorsque Sigurd le parcourut, il constata que celle-ci résumait efficacement la demande qu’avait formulé l’asiatique: former une association temporaire permettant de frapper un grand coup mémorable.

-Et maintenant, t’en dis quoi, beau blond?
-Ce papier, je dis que je l’ai trouvé par accident dans les décombres de la salle des pièges. Et j’vais dire à mes hommes de faire une razzia sur le village une fois que tout sera terminé.
-Fais gaffe, je crois qu’ils vont tenter de repasser pour récupérer leurs affaires…
-Ils sont pas tous sur les bateaux?
-Y’a un équipage de sauvages bien bourrins qui devait attaquer la ville depuis la terre, en guise de diversion.
-Erf. Sauvages bien bourrins?
-La troupe d’Onyaja. Le nom de leur équipage est imprononçable, donc te casse pas la tête. Le drapeau est un chariot genre esquimau tiré par des têtes de mort.
-Tiré par des..? Bref. Donc ce pirate qui veut marquer un grand coup… si tu m’as fait venir avec le prétexte des otages, du coup… nan, j’vois pas.
-Il veut de la célébrité, s’amusa-t-elle à lui indiquer. Allez, super détective, cogite.
-Donc il veut renverser le célèbre capitaine Dogaku dans la foulée pour augmenter sa prime? Ah nan, ça marchera que le jour ou je serais célèbre… encore que faire sauter une réserve régionale en présence de deux capitaines, c’est pas mal non plus. T’as fais exprès, pour Chihousou?
-Chihouquoi?
-T’as capturé la responsable d’un deuxième équipage, dans la foulée… or son capitaine et accessoirement grand-frère mesure deux mètres cinquante, et il est pas content.
-Ah ouais, la grande gueule… nan, accident, mais s’pas plus mal, un capitaine de plus.
-On est juste là pour faire office de pigeons et de spectateurs, donc?
-De spectateurs, exactement. Bon, je comptais un peu sur toi pour pimenter un peu la scène -bien joué pour les escargophones, j’en attendais franchement pas autant- histoire que le ridé évite de se la jouer gros massacre sur la ville…
-Ca devient franchement tordu, tes trucs…
-Merci.
-C’est PAS un compliment.
-Mais si, mais si.

Ca n’était pas la première fois que Roderik s’amusait à desservir un employeur pour lequel elle venait tout juste de se démener. Si tout se passait comme elle l’envisageait maintenant, l’armada du pirate allait pouvoir férocement entamer les défenses de la ville. Avec un peu de chance, le seigneur pourrait réussir à se tailler un chemin jusqu’à la réserve d’or qu’il convoitait tant. Si tel était le cas, il aurait le temps de se fournir rapidement, certainement moins bien que s’il avait bénéficié de l’effet de surprise, mais suffisamment pour qu’il en soit satisfait. Et dans le cas où les forces mêlées de la marine et de la milice parvenaient à le repousser, les dégâts occasionnés, l’envergure de l’alliance et la brutalité localement bien connue de Wang Shei suffiraient largement à propulser sa popularité vers de nouveaux sommets. Sa prime allait grimper quoi qu’il arrive, et il parviendrait à ses fins. Elle avait donc déjà largement accompli son office et couvert ses arrières.

Maintenant, elle devait gagner des points avec la marine. Finalement, elle agissait activement pour obtenir son armistice. D’une manière qui ne plaisait toutefois pas du tout à son protecteur.

-Euh… et toi, dans tout ça ?, questionna Dogaku.
-Le World Shredder n’a eu qu’une activité d’appoint… un peu de sabotage par ci par là, et la tenue des otages… avec les Highlanders… nan, on compte pour du beurre, c’est Wang Shei le…

Elle s’interrompit et posa son pouce sur sa bouche en voyant que Sigurd allait protester, pour l’inciter à se taire. Celui-ci comprit rapidement pourquoi elle agissait ainsi: à l’extérieur, l’activité reprenait, et leurs équipages jusque là assez dociles se sentaient suffisamment abandonnés pour envisager de prendre des initiatives.

-Capitaine?!, s’exclama une voix d’un des pirates. Où êtes vous!?
-Eerh… plus beaucoup de temps, paniqua Sigurd. Autre chose que je dois savoir?
-Dis bonjour à ta mère de ma part? J’lui ai envoyé un sacré cadeau pour son anniv’, mais…
-Quelque chose d’urgent?, insista Sigurd.
-Tout est dans le coli. T’as de quoi le ranger?
-Equipé pour, comme d’hab.
-…
-…
-…
-Bon… on y retourne?
-Fais-toi plaisir, à toi l’honneur.
-Euh… ouais.
-…
-…
-…
-Tiens, au fait, si tu pouvais éviter les coups de bottes dans le museau…
-Je vais essayer d’y penser… peut être.

Le marine se transforma à nouveau, et s’élança vers la porte qu’il fracassa bruyamment. Nerassa s’élança à sa suite, ayant ramassé un tabouret qu’elle utilisa pour tenir en respect la gueule chargée de crocs qui se tourna vers elle, menaçante. Elle s’en débarrassa finalement lorsque le zoan arracha l’un des pieds du meuble, et le lui projeta dans la tête pour le sonner un moment. Ce dernier rugit de colère, probablement aussi de contrariété, et commença à la pourchasser péniblement dans un dortoir surchargé qu’elle parcouru agilement jusqu’à se retrouver dehors.

Lorsqu’il la rejoint, Dogaku s’arrêta un moment, pour voir comment avait évolué la situation. Peut être avaient-ils trop traîné, comprit-il. Il ne s’attendait pas vraiment à un tel chaos.

Son regard se déplaça de la large mêlée humaine, constituées d’une trentaine d’hommes solidement charpentés, aux deux groupes qui se tenaient en retrait, tentant de ne pas se retrouver impliqués dans la cohue engendrée par l’affrontement entre la BRUTE et les Highlanders. En ce qui concernait les pirates, le zoan remarqua sombrement qu’ils avaient récupéré leurs otages, même s’ils ne pouvaient guère s’en servir face à…

Oh non, pensa-t-il.

Face à la troupe d’ours qui tentait de les approcher.

Avec l’arrivée des ours, pas grand monde ne porta attention au déluge de canons qui retentissaient au loin, là où l’armada venait de se fracasser contre les lignes de défense hâtivement organisées par la cité florissante.

Nerassa avait raison, soupira le lion en claquant des mâchoires. C’était décidément bien pire que la dernière fois.
avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Chihousou le 29/11/2012, 23:48

Au moment où Marine lui fui le signe convenu le corps de Chihousou se mit en marche. Déplacement du centre de gravité sur le pied droit, rotation des hanches avec, pour finir, l’envolée fantastique des bras surhumains du géant qui finirent de transformer en arme les restes de ce qui était auparavant un lampadaire. Les pirates qui arrivaient au croisement se firent donc fauchés, par grappes, par l’arme improvisée du jeune homme qui ne tarda d’ailleurs pas à en changer pour se munir d’une masse, plus classique.
A sa suite, les hommes de la BRUTE entrèrent dans la mêlée et le fracas des armes remplaça le grondement des pirates tandis que les deux forces armées se rentraient dedans. Au milieu de ce chaos, le Capitaine Masaka frappait, déglinguait et décalquait tout ce qui passait à portée de sa masse.

Etrangement, malgré son air débonnaire et ses manières enfantines, au milieu de ces combats Chihousou apparaissait comme un Dieu de la destruction irradiant de puissance et transformant en charpie ses adversaires dans un sourire et un éclat de rire. L’effet était d’autant plus saisissant pour ceux qui étaient les cibles de la funeste masse.

Les combats cessèrent presque aussi vite qu’ils avaient commencé. Depuis qu’ils étaient arrivés en ville, les marines, avec l’aide de la milice, s’étaient lancés dans un jeu du chat et de la souris avec les pirates et cette guérilla urbaine commençaient à éreinter les organismes. Même Chi’ portaient les stigmates de ces affrontements répétés et son corps, aux ressources allant au-delà des normes humaines classiques, commençait à montrer d’inquiétants signes de fatigue. Le fait qu’il n’ait fait qu’un seul swing mortel avec le lampadaire suffisait à le prouver. Et c’est dans ce genre de situation qu’un stratège sort de son chapeau, ou plutôt de ce qu’il y a sous le chapeau, un plan utile, intelligent voir même simplement planifié. Et dans la Brigade de Réparation et d'Uber-destruction Techniquement Énorme, ce rôle incombait à la pauvre Marine, la marine ambitieuse, qui devait donc trouver un moyen de sortir de cette impasse stratégique, le tout sans moyens ni renforts. Sans renforts ? Il lui semblait portant bien avoir entendu le Capitaine Dogaku en conversation avec son navire. N’en étant pas sûre, elle décida d’en parler avec son propre Capitaine qui, après tout, était celui qui avait passé le plus de temps avec l’officier du Tarmac.

_ Dites Capitaine ? Je peux vous posez une question ?
_ Euh…oui, bien sûr.

Cette légère hésitation en début de phrase de la part de Chihousou était dû à l’étonnante façon avec laquelle la jeune femme s’était adressée à lui : sérieusement sans trace de flirt et sans minauder (détails qu’il n’identifier pas comme tel mais dont il remarquait l’absence). C’était l’une des premières fois que l’ambitieuse faisait ressortir la première de promotion qu’elle était sans l’enrober de sensualité, preuve de la gravité de la situation.

_ Le Capitaine Dogaku vouas aurait-il parlé de ce qu’il comptait faire du Tarmac ?
_ Non. Par contre il l’a dit à l’escargot. Il lui a dit qu’il fallait qu’il amène le bateau près de la ville, je me rappelle que j’avais trouvé ça bizarre qu’il donne des ordres à un escargot, surtout que l’escargot lui répondait et avait pas du tout une voix d’escargot.

Le calcul se fit en quelques instants dans la tête de Marine, cet ordre ne devait pas dater de plus de quelques heures et, s’il n’avait pas rencontré d’incidents techniques, alors le Tarmac devrait arriver à Kawaguchi d’ici quelques minutes. Le tout sans contacts ni soutien dans la cité. Ce que devait faire les hommes de la BRUTE et de la milice était clair.

(…)

S’ils ne pouvaient être considérés comme des cerveaux, ceux qui étaient sous les ordres de Chihousou partageaient tous ce même sens pratique et cette capacité à utiliser ce qui leur tombait sous la main. Main qui s’attardait désormais à dépaver les rues de Kawaguchi, sans oublier de récupérer tous les lampadaires sur son chemin. Ces actions partaient d’une logique imparable de la part de ces individus une fois qu’on (=Marine) leur ait dit de se préparer à sécuriser une aire de débarquement pour le Tarmac.

(…)

C’est dans une étrange euphorie barbare qu’une cinquantaine d’hommes, et une femme, arrivèrent au port de Kawaguchi et se mirent à nettoyer la place. Les bâtiments entourant la zone de débarquement furent inspectés par ces hommes comme un rectum durant une coloscopie : de fond en comble et sans oublier les coins. Une fois fouillés et envahis par les forces conjointes de la Marine et de la milice locale, les hommes restant se mirent à verrouiller les voies d’accès à l’aide d’une technique estampillée BRUTE.
Utilisant les lampadaires comme des rondins, tels ceux utilisés avant qu’on découvre l’esclavage et la roue, et transformant les pavés en véritable forteresses miniature à angle unique (en clair un mur avec des lucarnes et un plancher) nommées ONU (Outils de Neutralisation Unilatéral) par les ingénieurs de l’unité, actuellement sur le Tarmac.

Chihousou et Marine supervisaient l’avancement des « travaux » lorsque des cris d’alarmes retentirent d’un coin de la place, réagissant au moment même où ils l’entendirent, le duo put admirer l’un des ONUs être défoncé comme un étudiant après un pétard de trente deux feuilles par une énorme boule de poils en noir et blanc. Dans un déluge de fumée, de poussière et d’explosion (Michel Baie approuve) le pandarbitre apparut, massif et majestueux. Sans se soucier des petits bipèdes qui le regardaient avec un mélange d’admiration et de crainte, il se dirigea d’un pas lent et nonchalant vers le Capitaine de tout ce beau monde. Arrivé, il s’assit sur ses pâtes arrières et sortit un bout de bambou d’on ne sait où qu’il entama avant d’émettre des grognements à la consonance familière pour certaines oreilles.

_ Grom gruom !! (Bijouur à twa homme plis fort qué li ours, tous mi respects à twa y à ta meute)
_ Gnom gnaoum !? (Mais qu’ouïe-je ? Vous parlez le langage des hommes forts ô respecté pandarbitre)
_ Greeum nyor !! (Pour qui ti m’prend ? Un dibile ? Nombreux sont ceux qui ont issiyé d’affronter li ours catcheurs y ceux qui gagnent y qu’on mange pas parlent su langage)
_ C’est moi où vous êtes en train de taper la discute avec un ours ? Demanda une Marine effaré par ce qui était en train d’arriver.
_ On discute BWAHAHAHAHA !!! Il est en train de m’expliquer comment ça se fait qu’il parle le langage des hommes forts.
_ Parce que c’est un ours fort ?
_ Non, sinon il aurait pas d’accent.
_ Euh…ok. Si vous l’dites. Mais, pourquoi il est là ?
_ J’en sais rien, on en était pas encore là BWAHAHAHAHA !!!

Quelques minutes plus tard, après quelques explications peu compréhensibles noyées derrière un accent à couper au couteau, on retrouve notre Chihousou national faire mouliner sa masse au dessus de sa tête tandis qu’il parcourt la ville à dos d’ours géant.

(…)

Toujours sur le dos d’un pandarbitre désormais exténué, le Capitaine de la BRUTE s’apprêtait à mettre en action soit l’idée la plus géniale qu’il ait jamais eue, soit le truc le plus stupide qu’il ait jamais fait. Face au duo s’étendait la petite vallée accueillant en son sein l’ancienne cité désormais camp pirate et lieu d’affrontement entre marines et brigands. Plus près d’eux, deux arbres avait été liés entre eux par le bucheron et penchés de manière à leurs donner l’allure d’un tremplin d’écorce et de feuillage.
Au moment où le jeune homme se mit debout sur les épaules de son compagnon poilu, celui-ci se mit en marche, accélérant peu à peu la cadence de sa démarche jusqu’à atteindre sa vitesse maximale. Lorsqu’il atteint le bout du tremplin improvisé, l’ours sauta et écarta ses pattes au maximum, révélant un assemblage de feuilles et de branche lui donnant l’allure d’un écureuil volant géant et sans abris. Avant que sa vitesse ne diminue de manière trop importante, ce fut au tour de Chihousou de sauter, d’étendre ses bras et de déployer ses ailes de verdures.

Il n’en revenait pas. Il volait. Lui, l’enfant de South Blue, devenue Marine un peu par hasard, il volait et battait des ailes pour maintenir son altitude. Il sentait le vent frottait contre sa peau et les malheureux insectes qui croisaient sa route exploser à son contact. Il sentait la gravité tentait de le ramener au sol et la résistance de l’air lui prouvait à chaque battement de bras qu’il se battait contre cette force. Il voyait le sol, étrangement constitué de béton et ressemblant à un toit se rapprochait de lui.

Il s’écrasa.

(…)

Dans un déluge de pierre, de poussière et de restes de feuilles Chihousou arriva dans la prison des pirates. Légèrement sonné et désorienté, tout comme les otages qui avaient vu, un instant plus tôt, un homme gigantesque traverser le plafond, il lui fallu quelques instants et un réveil animé pour comprendre où il était exactement. Réveil gracieusement offert par la douce et mélodieuse voix de sa sœur : Ela Masaka.

_ CHI-HOU-SOU !!!
_ ???
_ Mais ça va pas la tête ? Qu’est-ce qui te prends, t’es fou ? T’aurais pu nous tuer en arrivant comme ça ?
_ Chihousou ?
_ C’est pas le nom de son frère ça ?

_ T’as pas trouvé plus stupide pour aider ? Défoncer le toit et risquer d’écraser ceux qui sont en dessous ?
_ Il me semble bien que oui.
_ Je l’imaginais plus petit.

_ Tu vas voir c’que tu vas prendre quand j’vais en parler à maman !!
_ Et avec moins de muscles.
_ Moi aussi…
_ Moi aussi.
_ De même.
_ Pareil pour moi.
_ On s’est toute plantées on dirait.

_ Fermez la !!!

Ce cri, ou plutôt rugissement de bête à consonance humaine émanait d’un homme en kilt se trouvant de l’autre côté de la cellule et ayant assisté, avec quelques uns de ses hommes, à toute la scène. Un certain Capitaine McPwinning. D’ailleurs, et malgré cet excès de colère vocale, le pirate semblait étrangement heureux de l’arrivée inopinée de l’homme fort de la Marine, comme le montrait son sourire. Il allait enfin pouvoir régler ses comptes avec le jeune freluquet qui l’avait humilié quelques heures plus tôt et ce de la plus belle des manières possibles.

(…)

Zigzaguant entre les blessés, les combattants et les animaux sauvages, Georges Perudo To réfléchissait aux évènements se déroulant actuellement à Kawaguchi. Il avait choisi cette île pour sa tranquillité et dans l’espoir d’y trouver le repos éternel, il évita un coup d’épée qui ne lui était pas destiné. Il avait vécu de nombreuses années, tant comme mort que vivant, et, alors qu’une balle siffla à son oreille en emportant une partie de celle-ci, il se demandait désormais ce qu’il pourrait bien faire de sa mort une fois cette histoire terminée. Il fallait bien l’avouer, il fit un croche patte à un pirate fuyant un ours catcheur, il ne s’était pas autant amusé depuis des années. Toute cette agitation lui rappelait ses jeune années lorsqu’il n’était encore qu’un jeune homme plein d’espoir et d’optimisme en vadrouille sur l’océan, il pénétra dans la maison qu’il avait investit lors de son arrivée et se mit à fouiller un peu partout. Dehors, il entendait les rugissements et les cris, les coups de feu et le son du métal s’entrechoquant. Il trouva ce qu’il cherchait. Une chose était sûre, il était hors de question qu’il laisse cette douce et plantureuse jeune femme s’en aller sans qu’il ait la chance de la revoir et d’entendre, encore une fois même un seul instant, la mélodie de sa voix.

Il avait l’impression d’avoir de nouveau cent vingt ans.

(…)

Chacun assit sur un tabouret à trois mètres l’un de l’autre, McPwinning et Chihousou se faisaient masser les épaules et le dos par un membre d’équipage du Highlander. De l’autre côté de la cellule, le mauvais, celui où on est enfermé et dont on ne peut sortir sans les clés, la confusion régnait. Seule Ela semblait être dans l’état émotionnel approprié, toute en tension et en gravité.

_ Ela ? Hasarda l’une des otages du Tarmac. Tu sais ce qui se passe ?
_ C’est un Nuooc gnam, je le prononce pas très bien mais en langage des hommes forts ça signifie : un rajustement de l’honneur à valeur de vengeance personnelle pour manquement au respect et à la courtoisie légitime et réciproque aux conséquences bilatérales.
_ Ce qui signifie ?
_ C’est un combat entre hommes forts selon les règles fixées par les hommes forts. Les hommes forts sont persuadés qu’en cas de conflit entre eux, la vérité et la justice sera toujours du côté du plus fort et inversement.
_ En gros, le plus fort a raison, c’est ça ? C’est un peu stupide non ?
_ Un peu ? C’est totalement con vous voulez dire. Ils se tapent dessus sans se défendre et le dernier debout a gagné.

Le Nuooc gnam allait commencer. Les deux adversaires se levèrent et s’avancèrent jusqu’à se retrouver à moins d’un mètre l’un de l’autre. Comme le voulait la tradition, c’était à l’offensé de prendre les devants et Chihousou ayant, plus tôt dans la journée, attaqué son opposant sans avertissement préalable c’était à McPwinning de lancer le premier coup.
Une baffe retentissante explosa sur la joue du marine, celui-ci tituba mais resta debout. C’était à son tour de donner sa salutation et sa main claqua comme la tempête sur la montagne contre le visage du pirate en kilt. Avec un seul coup chacun, les deux hommes avaient fait taire l’assistance, muette devant cette démonstration de puissance…et de stupidité. Après cinq tours de baffes, lorsque les visages des deux hommes étaient aussi rouges que des tomates sous stéroïdes, le moment était venu de passer aux choses sérieuses.

Aucun homme fort ne pouvant tomber après seulement cinq baffes, fussent-elles assénées par Dieu lui-même, la tradition voulait que l’échange de coups devienne à la fois plus violent et égalitaire. Désormais les deux protagonistes devraient se frapper mutuellement et au même moment avec de vrais coups de poing. Bref, un échange de droites absolument monstrueuses.

Le premier échange fut si violent que le deux hommes allèrent heurter les murs et se retrouvèrent à genoux. Au deuxième coup échangé, les deux adversaires se retrouvèrent à cracher du sang, et quelques dents, sur le sol de la prison. Après le troisième, tout deux mirent près d’une minute à se relever. C’est un peu avant le quatrième coup que tout eu lieu. Défonçant la porte du bâtiment, après avoir traversé le champ de bataillé qu’était devenu le camp de pirates, Georges, le zombie, arriva. Sur son épaule gauche, il maintenait une drôle d’arme ressemblant à un pistolet en plus grand et il portait, dans son dos, un étrange sac de toile qui bougeait et émettait de drôles de cris stridents. Il visa les pirates avec son arme et actionna la gâchette. Un son ridicule, aux airs de « pouet », sortit de l’arme peu avant une étrange boule de poils verte, à mi chemin du premier pirate, la boule s’ouvrit et révéla un toupoutou à tâches vertes qui, pris de panique, s’accrocha au visage du malheureux criminel, le griffant et le mordant, comme l’aurait fait un singe avec une branche.
Très vite, d’autres boules de poils suivirent tandis que le vieux Georges armait et tirait à une vitesse impressionnante. Les pirates commencèrent à s’enfuirent et McPwinning profita de la panique et du vent de folie qui traversait le bâtiment pour asséner un dernier coup, par surprise, à Chihousou. Peu avant de tomber dans l’inconscience, et juste après avoir craché trois nouvelles dents, le jeune homme entendit les dernières paroles de son adversaire du jour.

_ On en a pas fini Masaka.

Sans le savoir, et surtout sans être capable de mettre un mot sur cette sensation, le marine venait de trouver son premier nemesis.
avatar
Chihousou
Combattant Expert
Combattant Expert

Messages : 586
Date d'inscription : 10/03/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Sonaka le 3/1/2013, 16:38

Le lieutenant en charge de la première ligne de défense de la Cité Florissante n'en croyait pas ses yeux: c'était bien la première fois qu'il voyait une menace sérieuse se présenter aux portes de cette ville. Et au diable la large flottille qui les harcelait du coté du port. Il serait déjà impressionné s'il parvenait à repousser la troupe d'envahisseurs qui arrivait par voie terrestre.

Les quelques hommes qui s'étaient aventurés au dehors avaient pratiquement été taillés en pièces. Il ne leur avait suffit d'une vingtaine de secondes au contact des pirates pour décider de se retrancher, leur retraite disciplinée ayant assuré une retraite qui aurait très bien pu déboucher sur une invasion en bonne et due forme. Eux même furent les premiers surpris d'avoir infligé des pertes à leurs ennemis lors de cette manœuvre, un sous officier astucieux ayant mobilisé quelques canons pour punir l'excès d'audace des pirates.

Depuis un bon quart d'heure, la bataille avait prit des airs de guerre de tranchée qui profitaient aux défenseurs. Pour autant, ceux-ci n'allaient pas tarder à être bientôt à court de boulets, et sans un tel support, la troupe d'assaut de l'armada savait bien qu'elle pourrait se tailler une voie pavée de cadavres vers les réserves d'or de la ville. Déjà, la capitaine Onyaja commençait à s'activer à la tête de ses forces, prenant part aux escarmouches d'harcèlement et propulsant le moral de ses forces. La cavalière en armure lourde pouvait ainsi constater par elle même l'état de leurs adversaires, et quand viendrait l'heure de mener la charge.

Dans le camp d'en face, la situation était sensiblement moins contrôlée. Tandis que son tissu de caporaux organisaient les escouades et tenaient tant bien que mal, l'homme en charge de ce détachement tentait de contacter leurs soi-disant renforts, afin d'une une vue plus globale des ennuis qui les attendaient et savoir exactement ce à quoi s'attendre. Déjà, il avait réussi à obtenir qu'on lui apporte rapidement plus d'artillerie, et poussa maintenant grognement aux allures de "pas trop tôt" lorsque son escargophone adopta les traits excessivement relâchés de son interlocuteur.

-Allo, oui?
-Capitaine Dogaku, c'est bien vous?
-C'est lui... 'fin c'est moi... oui oui, c'est Dogaku.
-Ici le lieutenant Rayaster, de la milice de Kawaguchi. Vous pouvez m'expliquer ce qu'il se passe, là? On se fait allumer et j'ai aucune idée de ce que...
-Boah... vous avez pas eu le bateau à l'appareil, juste avant? C'est eux qui m'ont transmis vot'message, hein. Ils peuvent aussi bien vous expliquer.
-Je veux parler à l'officier compétent pour mener ces opérations.
-Ah ah... je vois je vois. Eh bien dans ce cas je vais... un instant...

A quelques kilomètres de là, dans son poste de commandement improvisé parmi les bâtisses abandonnées du campement pirate, le capitaine du Tarmac déposa le combiné de Scott, son escargophone de campagne fétiche. Prenant soin de ne pas être entendu, il chuchota quelques phrases avec l'un de ses tacticiens, qui opina tranquillement du chef en réponse à sa demande.

-Dans ce cas, je vous passe l'officier spécial de l'Amirauté, Loromin Sohal, qui me chapeaute pour cette opération, mentit Sigurd en s'efforçant de ne pas trop sourire à sa propre blague. Bon, maintenant que c'est fait... ils en sont où, les renforts? Oh, d'solé, Chi'... 'fin... désolé si tu peux m'entendre. Cassé?

Par mégarde, le blondinet venait de renverser sa pile de croquis, schémas et calculs macro-mathématico-probabili-stratégiques sur l'autre officier supérieur de la mission, Chihousou Msaka. Le musculeux colosse, encore sous le coup de son précédent duel, comatait paisiblement dans son coin.

-'Ttendez, nan, les ramassez pas en fait, il fait table basse et on manque de place.
-Euh, capitaine, Rayaster veut savoir... je le met au courant pour les renforts, ou bien y'a un risque de fuite?
-Ah, euh, ça... le papelard doit traîner par... là. Vingt trois pour-cents de chances que des mouchards nous aient échappé.
-Errrh... et donc?
-Vous pouvez lui dire, ouais.


C'était une bonne manoeuvre: le lieutenant fut particulièrement ravi d'apprendre cette heureuse nouvelle. Renforts en route, et déjà bien avancés. Ils avaient commencé à affronter l'arrière garde d'Onyaja dans la forêt des Toupoutous, et les remontaient progressivement en s'efforçant d'avancer le plus vite possible sur la ville. Ca, c'était en ce qui concernait les restes en bon état de la BRUTE, la moitié des hommes encore valides de Dogaku, et la plus ambitieuse des Marine dont disposait la Marine. Quant au gros de l'équipage du Tarmac, il s'efforçait de contourner l'armada pour débarquer en ville, sans succès: malgré cela, il constituait tout de même une gène pour les pirates qui les empêchait de se lancer sans réserve.

Quelque choses que ses hommes allaient apprécier. D'autant plus que, dans la forêt, un commando menait la charge, qu'on lui avait dit.

Et une bande d'ours. Mais ça, il n'avait pas trop compris ce que cela voulait dire.


*
* *


-Tiens, ça bouge, par là bas...
-Ca bouge? Connard, on se fait canarder!
-Ouais, ouais. Je gère, je gère. Tenez le coup.
-Grouille!

Viktor était l'un des rares tireurs d'élite dont disposait sa bande. En conséquence, il avait une place de choix dans l'équipage pirate, toujours couvert par les autres tandis qu'il se réservait, lui mais aussi ses balles, à l'élimination de cibles de premier choix. Posté comme il l'était, il avait le champ libre pour descendre tout se qui passait à portée, et décidait librement de la mort de telle ou telle personne sur un champ de bataille. Un rôle d'arbitre qu'il ponctuait toujours d'une lourde dose d'humour noir.

Ses potes pouvaient protester autant qu'ils le voulaient, mais lui savait qu'il devait prendre son temps. Les quelques détonations qu'ils entendaient n'étaient évidemment que des distractions. Ils se faisaient clouer sur place, mais sûrement pas tirer dessus. Ca n'allait pas tarder à bouger en face, et quelque soit la manoeuvre tordue qu'ils sortiraient, il était prêt à tout faire échouer en gratifiant leur officier d'une belle balle logée dans la cervelle.

Une autre explosion. Bah. Il n'y prêta pas la moindre attention, se focalisant sur les formes qui apparaissaient maintenant derrière ces rochers. Oui, ils manoeuvraient. Encore un peu, et...

-Mec, tu tires?
-Ta gueule.
-Ils viennent par la rocaille.
-J'ai vu.
-Et alors, ma couille?

Pas de réponse. Le pirate en contrebas du poste de tir ne s'en étonna pas tout de suite: Viktor ne prenait que rarement le temps de répondre aux insultes quand il était au boulot.

Pourtant, quand le cadavre de son compagnon chuta lourdement en contrebas de son poste de guet, le forban sentit bien qu'ils venaient de s'engoncer dans une sacrée pépinière. Il s'activa aussitôt, se mettant à couvert avant de beugler à qui voulait bien l'entendre d'en faire de même, tandis que des grondements ursidés commençaient à se déchaîner dans la forêt.

En haut, à la place de Viktor, se trouvait une toute autre personne. Petite, blonde, maculée de gadoue et visiblement armée jusqu'aux dents, Natasha Gurgenidze fit rugir ses canons avant de prendre couvert, le temps de recharger pour délivrer une dernière rafale de balles avant de prendre la fuite, laissant la BRUTE se charger du reste.

Hâtivement, elle se débarrassa d'une de ses carabines, qu'elle troqua contre le fusil de précision de sa dernière victime, et reprit sa course vers la Cité Florissante où se déroulait maintenant le gros du combat.
Depuis qu'elle avait été libérée, Natasha s'était rapidement équipée auprès d'un blessé du Tarmac, récupérant un pistolet et un mousquet en guise d'armes, et une armure assez souple et presque adaptée à sa taille pour sa protection. Portée par dessus le minishort et le débardeur qu'elle avait emmené en ville jusqu'à la prise d'otage, elle ne payait sérieusement pas de mine, mais ça avait été largement suffisant pour qu'elle se taille un chemin dans les pirates pour en arriver jusque là, charognant munitions et équipement au fil de ses rencontres avec les raideurs.

On était très loin de la joviale pile électrique qui s'efforçait d'animer le Tarmac. Jusque là, la petite lieutenante n'avait jamais eu l'occasion de montrer ce qu'elle avait réellement dans le ventre, ayant été neutralisée au gaz soporifique par le CP, puis prise en otage par des pirates. Elle n'avait pourtant rien d'une demoiselle en détresse: c'était au contraire une furieuse qui s'entraînait depuis des mois et des années pour rejoindre l'un des plus implacables corps de commandos de la Marine.

Et maintenant qu'elle était enfin disponible, Natasha crevait d'envie de montrer à Dogaku qu'elle valait largement la peine qu'il l'ait prise avec lui.

Elle ralenti sa course en entendant d'autres bruits. Deux hommes qui se dirigeaient vers elle. Soit c'étaient des poursuivants, soit des éclaireurs censés faire du repérage pour un groupe qu'ils avaient déjà décimé. En tout cas, ils l'avaient repéré elle, et étiaent sur ses talons maintenant qu'elle les avait légèrement dépassés.
La lieutenante accéléra un coup, jusqu'à repéré une petite cache dans laquelle elle pouvait se loger. Son coeur palpita furieusement tandis qu'elle préparait à l'arrachée une autre de ses bombinettes artisanales, un simple mélange de poudre improvisé à partir de munitions. Aussi délicatement que possible, elle la disposa un peu plus loin, sans attirer l'attention des deux lascars.

Une dizaine de seconde plus tard, ils la dépassèrent sans s'en rendre compte, se jetèrent au sol pour se protéger de la première détonation, et disparurent à jamais lorsqu'elle acheva sa besogne. Natasha ne prêta même pas attention à la giclée de sang qui l'éclaboussa, imbibant à sa veste déjà tachée par ses précédents combats ainsi que de ses propres écorchures. Pour arriver jusqu'à Viktor, elle avait du ramper à vive allure sur une pente de trois cent mètres, sous couvert de la végétation.

Et pourtant, elle s'adressa finalement à son escargophone miniature d'un ton parfaitement calme.

-Okay, Lara Croft. T'avais raison, ils se sont pas installés là pour rien.
-Ils avaient des sniper?
-Avaient, yup.
-Ca marche, lui répondit Marine qui comptait bien là dessus. On va traverser la clairière alors, ça ira plus vite.
-Contente pour vous.
-Et tu penses nous rejoindre bientôt?
-J'fais ce que je peux. Ca va peut être prendre un peu de temps, déclara sombrement Gurgenidze en voyant quatre autres guerriers venir vers elle, pourchassés par une bande d'ours qu'ils tenaient pourtant en respect.
-Ca marche. A toute, dans ce cas.

Marine se frotta un instant les tempes, réfléchissant à la marche à suivre. Le plus dur pour elle était actuellement de canaliser la joyeuse bande de bourrins qui composaient la BRUTE. Attirer leur attention n'était pas trop difficile: ses tenues dénudées faisaient tout le boulot. Toutefois, elle avait déjà eu du mal à leur faire comprendre qu'ils avaient du faire semblant de s'activer pour distraire de potentiels tireurs d'élites un peu plus tôt. Maintenant, elle allait devoir leur donner l'ordre de charger, mais pas trop vite.

Pas trop vite étant un concept qu'ils maîtrisaient très mal, elle recourut à une formation inhabituelle dans la Marine, mais on ne peut plus standard dans la RIP: la formation HAKKA, ou formation Hautement Anarchique à Karnage Kollatéral Autorégulé. Tiens, j'ai encore écris la RIP au lieu de la BRUTE xD

Dans un concert de cris, de rugissements et d'exubérances orales qui rivalisaient d'ardeur avec le chant des cachalions, la petite troupe progressa à la manière d'un inexorable rouleau compresseur à travers les rangs pirates éparpillés. C'étaient jusqu'à leurs alliés du Tarmac qui étaient effrayés par un telle concentration d'hommes forts, qui dansaient la danse des hommes forts que seuls pouvaient danser les hommes forts qui parlaient le langage des hommes forts.

Les pirates qui ne furent pas proprement anéantis dans cette mêlée furieuse mirent quand même une bonne minute avant de réaliser, hagards, que la plupart d'entre eux s'étaient mystérieusement envolés jusqu'aux cimes des arbres environnants. Et que leurs membres tremblaient encore de manière incontrôlable, tandis que le concert des hommes de la BRUTE retentissait sur des kilomètres à la ronde.

Et finalement... ils parvinrent à rejoindre la Cité Florissante. Actuellement en état de siège, et dont la porte principale venait d'être enfoncée par une troupe de pirates qui ne se hasardaient pourtant pas à pénétrer dans la ville. Utilisant la porte et ses remparts comme goulet d'étranglement, chacun des deux camps tenait plus ou moins sa position, avançant et reculant aux gré des recharges de l'artillerie des défenseurs, à bout de souffle.

Même de là où elle était, Marine reconnut aisément celle qui avait donné son nom à la troupe d'Onyaja. Vêtue d'une armure à la manière de ses combattants clés, la redoutable pirate se payait le luxe de chevaucher un taureau lui aussi recouvert de plaques de métal. Simplement armée d'un sabre et d'un bouclier, elle n'hésitait pourtant pas à se dresser en première ligne, et même à s'avancer au delà des fortifications de la ville. Sans la moindre inquiétude.

La lieutenante se souvint de ce qu'on lui avait relayé par escargophone: Onyaja et les siens se démarquaient des autres équipages par leur coté troupes de choc, qui favorisaient systématiquement les pillages par voie terrestre. Et ils s'y débrouillaient bien assez pour pouvoir se passer de la retraite rapide qu'offrait un navire amarré au port que l'on attaquait.

Marine fut un peu plus surprise de voir, pari les défenseurs, une figure guerrière se diriger vers la cavalière. A son armure, elle devina qu'il était probablement l'un des officiers supérieurs de la Cité. Peut être même le gros bonnet chargé de mener la contrattaque. Derrière lui, les miliciens se tendirent, bien que tous cessèrent le feu en attente d'un signal de leur supérieur. Une demie douzaine de gardes s'avancèrent à sa suite, tenant une distance respectable à la manière d'une garde d'honneur.

Une garde d'honneur qui fut bien vite dispersée par le taureau de guerre de la pirate, qui feignit de charger pour attester du courage de ses adversaires. Des rires montèrent dans les rangs des hors la loi, tandis que leur cheftaine s'en retournait auprès d'eux... à ceci prêt qu'un milicien n'avait pas bougé. Le lieutenant Rayaster, qui s'était avancé jusque là, et espérait bien gagner un peu de temps pour ses renforts et ses canons en provocant Onyaja en combat singulier.

Une tentative qui amusa énormément la pirate.

Du haut de sa monture de guerre, elle lui mena la vie dure, très dure même. Pendant cinq laborieuses minutes, le lieutenant manqua de perdre la vie à plusieurs reprises, frolant la mort à chaque fois qu'il évitait d'un cheveux la charge frénétique du taureau cuirassé. Contrairement à ce qui se faisait en corrida, l'harnachement de l'animal le protégeait de toute attaque: néanmoins, il le ralentissait, l'entravait et le fatiguait davantage, ce qui laissait une certaine marge de manoeuvre au milicien. Voyant ce qu'il en était, et préférant ménager sa monture, la guerrière finit d'ailleurs par mettre pied à terre, une fois son adversaire assez échauffé.

Voyant là une opportunité longuement attendue, Rayaster mit le paquet d'entrée de jeu: brandissant son épée aussi haut que portaient ses espoirs, il asséna une frappe vigoureuse qui désarçonna Onyaja ; profitant de cette lancée, il enchaîna en essayant de lui fracasser le bras, frappant de toutes ses forces le bras de la pirate qui du lâcher son arme pour l'occasion. Profitant de cette fenêtre d'action, il agrippa le poignard présent à sa ceinture, et entreprit d'aller mordre les articulations de la guerrière cuirassée pour lui porter une blessure que son armure n'absorberait pas.

La pirate ne broncha même pas, se déplaça en conséquence, et l'arme du milicien rebondit maladroitement sur la plaque d'acier couvrant sa poitrine. Elle n'était pas idiote, et sûrement pas inexpérimenté. Evidemment, elle savait que ses adversaires attaquaient systématiquement les articulations. La majorité des combattants estimaient de ce fait qu'encaisser était inutile, et que l'absence d'équipement leur permettrait de tout bonnement esquiver les coups.

Mais elle et les siens s'étaient tout simplement appliqués à véritablement parfaire leur maniement de l'armure. La solidité de leur équipement était inégale, certes, et disposait de points faibles. Il leur suffisait à eux aussi de se mouvoir en conséquence, de manière à toujours présenter à l'assaillant les parties les plus adéquates de leurs plastrons. C'était une méthode d'esquive totalement contrintuitive, et chacun d'entre eux s'étaient longuement entraîné à faire taire les réflexes instinctifs les incitant à s'éloigner simplement des chocs.

C'était également pour cette raison que, si la majorité de ses forces s'entraînaient à l'armure, seuls ceux qui la maîtrisaient véritablement en faisait emploi sur le terrain.

Et Rayaster découvrit dans la douleur que ceux-là pesaient bien plus lourd que leur équipement lors d'un combat. Son attaque ayant été parée d'un coup de torse, la pirate avait les mains libres pour lui asséner un coup de bouclier qui le désarçonna brutalement. Onyaja, la guerrière, récupéra alors son arme, qu'elle brandit pour achever sa petite démonstration.

C'est à cet instant que Marine rejoignit la scène et ouvrit le feu, vidant ses chargeurs sur la capitaine qui vacilla pour le coup.

Les pirates tentèrent de l'intercepter, mais une haie de solides bucherons reconvertis s'érigea pour leur barrer la route, prêts à en découdre. Ce à quoi les pirates répondirent en levant leurs armes, habitués à en découdre avec des adversaires plus nombreux et coriaces que cela.

Des paroles, ordres et signaux fusèrent dans tous les camps, et toutes les options furent énoncées en l'espace d'une dizaine de secondes. Finalement, Onyaja accueillit Marine avec une bravade énergique, bien consciente qu'ils lui faudrait bien deux adversaires pour espérer pouvoir galvaniser ses hommes.

Si c'était ça, les renforts qu'attendaient la milice, alors ils ne craignaient véritablement rien du tout.


*
* *


-Alors, capitaine?
-Bon, c'est pas grave si vous n'arrivez pas à débarquer, du moment que eux ne parviennent pas à le faire. Tant qu'on continuera à gagner du temps, ça peut pas leur profiter de toute manière. Juste, surtout, restez prudents et pas de plantage, sinon ils en profiteront.
-Bien. Je voulais aussi savoir, à propos de vos...

-Dring-

-Errrh... d'solé, ne quittez pas, j'ai un multiligne en provenance de Kawaguchi. Euh... ouais?
-Capitaine? Juste pour vous prévenir, on vient de rejoindre la ville. La lieutenante de la BRUTE a réussi à retenir la capitaine des pirates dans un genre de duel, mais les miliciens n'ont pas l'air en super état. Et la pirate a l'air beaucoup trop forte...
-D'acc d'acc, je retiens, ça chauffe à Kawag' et ça va barder... autre chose?
-Il semblerait que le Pandarbitre veuille vous... ah nan mais attendez mais je euh... rendez-moi le combiné!
-Hein?
-Grrrr! (Cher humain à la tête des opérations militaires, j'ai une information de la plus grande importance à vous communiquer derechef!)
-Euh...
-Grrr grrr gr. (Diantre, j'avais oublié que les mammifères à peau rose étaient guidés par cette piètre excuse d'individu. Pourriez vous me passer votre très estimé collègue musculeux, s'il vous plait?)
-J'parle pas ours, désolé.
-Grrr? (Plait-il?)
-Moi Sigurd. Moi pas langage ours disponible. Chihousou table basse dormir pas disponible. Moi autre appel quand lui possible.
-Grrrgr... (Malédiction, cet interlocuteur me parait bien inutile. Si seulement tous les humains pouvaient ressembler au colosse à la chevelure orangée... tant pis, nous improviserons notre geste sans vous, humains. Je vous souhaite bon courage pour la suite.)
-Gnuh?


-Dring-


-'Rhooo, Scott, c'est la huitième ligne que tu m'ouvres...
-Blurb, gémit l'escargophone de campagne.
-Ouais ouais, je sais. Capitaine Dogaku à l'appareil?
-Siggy?, chantonna la voix rieuse de Dame Chance.
-Ouhput'... Nera' kess tu fous à m'appeler maintenant, m'enfin!
-Nan, j'me disais juste que ça pourrait t'intéresser de savoir que...
-Chuis entouré, baisse d'un ton!
-T'as regardé les papelards que je t'ai filé?
-Euh... rapido, mais pas trop eu le temps. Pourquoi ça?
-Dans le lot, tu devrais trouver un truc assez marrant. Plutôt vers la fin. Un truc qui devrait servir tout de suite à faire enrager le ridé.
-Truc? Enrager?


Avec précaution, et indiquant d'un signe de la main qu'il avait une urgence de type "petit coin" à satisfaire, Dogaku s'éloigna de son petit conseil de tacticiens improvisé à l'arrachée. Ses plus proches conseillés ne purent qu'admirer le sérieux de leur capitaine une fois plongé dans le feu de l'action, qui n'interrompait même pas ses conversations lorsque l'appel de la nature se faisait pourtant le plus fort.

-C'est écrit à l'encre rose, tu devrais pas le louper.
-T'as tout écrit à l'encre rose.
-Oh? Ah ben euh... papier vert fluo?
-Je fouille, je fouille... trouvé. Et c'est... mmmh? C'est quoi ces conneries?
-Tu devrais essayer.
-Nan.
-Pourquoi?
-Tu veux que je me foute de la gueule du sanguinaire d'en face juste pour qu'il pique une crise et charge la ville?
-Et t'as tout compris! Super, non?
-Non.
-J'te jure que ça va marcher. Allez, fais confiance.
-Meh.
-Et s'il te plait, défoule-toi vraiment. Ce type est com-plè-te-ment insupportable tellement il se la joue. T'imagines même pas comment il m'a méchamment tapé sur le système, jamais content de rien.
-Toi aussi, tu me tapes méchamment sur le système, Nera'.
-Ouais mais c'est toi qui me l'a demandé, ça.
-Errrf.

Sigurd parcouru rapidement les notes, s'imprégnant de leur contenu pour bien préparer ses répliques. La borgne lui rajouta quelques détails et explications pour lui grossir le trait, et le tour fut joué. UNe fois prêt, Sigurd utilisa les indications inscrites pour se retrouver en ligne directe avec le navire principal de l'armada, plus précisément avec l'scargophone de son commandant de bord.

-Allo?
-Bonjour! J'aimerais m'entretenir avec le Capit... euh... Seigneur de guerre Wang Shei, s'il vous plait, corrigea SIgurd en regardant les notes.
-De la part de?
-Capitaine Sig... Loromin Sohal, de la marine. Officier spécial détaché par l'Amirauté pour régler l'affaire.

Nerassa l'avait bien informé que le chef de la coalition avait les dents aussi longues que sa rancune était tenace. Aussi Sigurd avait-il préféré ne pas décliner sa véritable identité, et s'était simplement contenté de sortir le premier nom qui lui venait à l'esprit.

Le mythe de l'éventreur de Cachalions lui avait soufflé la réponse. Et il sut que le mensonge avait prit lorsqu'une nouvelle voix lui répondit au téléphone.

-Ainsi, vous souhaitez vous entreten...
-Nan, j'appelle juste pour vous faire savoir, méchant ridé, que votre plan a été foutu en l'air par une bande d'ours catcheurs qu'ont débarqué à l'improviste dans votre camp, et qu'on va devoir monter une cellule de crise parce que vos mangeurs d'enfants se sont fait défoncés par une bande d'écureuils venimeux à poils verts. Ca serait con d'avoir une épidémie de prisonniers dans nos jolies prisons, hein? Déjà qu'on risque la fièvre jaune avec vos bonhommes...
-Intéressant. Et qui êtes vous donc pour me tenir un tel discours?

Les intonations menaçantes, l'impatience palpitante, et la colère maîtrisée de l'asiatique étaient parfaitement retranscrites par le ton froid et crispé qu'adoptait l'escargophone. Le blondinet avait la trouille, certes. Pour rien au monde il n'aurait voulu se retrouver en face du découpeur vindicatif qu'il avait au bout du fil.
D'un autre coté, Dogaku survivait quotidiennement à Evangeline Haylor, dont il avait apprit à apprécier certains traits au fil des mois. Avoir les nerfs en pelote relevait désormais du domaine de l'agréable, pour lui.

-Le mec d'en face qui vous en met plein les dents, affreux shintok. Capit... officier spécial de la Marine. 'Fin pour le moment, hein. Vais probablement recevoir une augmentation vu comment ça tourne. Parce qu'à cinq contre un vous êtes infoutus de gérer un effet de surprise. C'est con, hein?! Alors comme ça, vous croyiez que vous alliez pouvoir vous faire un hold-up sans que la marine en ait vent? Mec, nos services secrets savent tout sur toi. On vous surveillait depuis le début. Karnak, Onyaja, McPwning et Roderik. C'est tes petits copains, hein? Mwarharharh, si vous saviez comme j'm'éclate. C'est super chouette ici. Vous savez ce qu'il se passe, sur l'île? Votre petit campement, on l'a complètement looté, avec tous vos joyeux gadgets. Le dragon-sulfateuse, j'le verrais trop dans le réfectoire de mon navire. Ca aurait une gueule monstre, vous trouvez pas? J'adore votre style en tout cas, ils disent tous que vous êtes un psycho cannibale et mangeur de chiens, mais au moins, vous avez la classe.

"... ancien noble déchu, totalement imbu de lui même, estime que sa culture d'asiat' huppé le classe dans la caste suprême de...", lut rapidement Sigurd. Très bien, pensa-t-il. Il avait là une autre piste à développer.

-Mention spéciale pour vos tapis orientaux, ils font de super nappes pour le pique nique qu'on est en train de se taper. Même chose pour la bouffe et la boisson: première fois que je tente du saké, mais ça passe su-per-bien en cocktail avec de la cerise et de l'eau pétillante. C'est de l'alcool de quoi, ce truc? Du riz, nan? Parait que vous en bouffez à longueur de temps, du ptit dèj au diner et en passant par les casses-croûtes. C'est pour ça que vous avez tous les yeux ridés, nan? Parce qu'à force d'en bouffer et d'être constipés, vous passez votre temps à pousser, hein? Mwarharharh!

Très content de lui même, Dogaku marqua une pause. Il aurait bien aimé voir la tête de sa comparse, qui écoutait la conversation en interposée. Probablement moins celle de Wang Shei, mais au moins, il comprenait pourquoi tous les méchants qu'il croisaient expliquaient longuement leurs plans à leurs victimes: lui même allait fermement s'imprégner de cette vilaine habitude, à l'avenir.

-Au fait, c'est vrai tous les trucs que j'entends sur les asiats? La seule fois que j'ai essayé du Kung-Fu, à la marine, j'ai eu des courbatures pendant six putains d'jours. Mais les asiats qu'en faisaient, que dalle! Truc de ridés, ça. C'est quoi, votre astuce? De ce que j'ai entendu, c'est le thé qui fait ça. Parait qu'ils vous collent du thé vert dès le biberon et que ça facilite la circulation du sang. Et vous faîtes les malins, hein? Vous savez, moi j'connais une écossaise, et elle c'était du whisky qu'on lui calait dans le biberon! Ca en jette déjà plus, hein? Bon, sur ce, j'ai des clampins à aller pourrir pour terminer ma journée, donc on se reverra peut être si j'ai la chance de vous mettre la main dessus. Vous devriez partir de suite, ça vous donnera une avance de quelques heures pour pas qu'on vous rattrape. Allez, bon vent hein? Looser!

Lâchant son plus insupportable rire odieux, Sigurd fit théâtralement signe à son escargot de couper la ligne, laissant le ridé bouillonner de rage en lui refusant le droit de répondre. Il se reconcentra alors sur la capitaine du World Shredder.

-Alors, verdict?
-T'es moins terrible qu'avant, quand même.
-Ah? Oooh... mais y'avait pas vraiment de... 'fin j'l'ai jamais vu, quoi. Moins terrible comment?
-Bah t'es naturellement insupportable, mais là ça faisait un peu...
-Comment ça, "naturellement insupportable"?

-Et c'est qui, cette écossaise dont t'as parlé, au fait?, dévia la borgne.
-Oulà... personne, pourquoi?
-Ta collègue?
-Pourquoi, Pad'Bol, pourquoi elle le sait, zut?
-Faut vraiment qu'on se fasse une virée quand on aura fini.
-Ha. T'imagines même pas comme tu vas raquer quand je te remettrais la main dessus, ça c'est clair.
-Euh... et si je paie la tournée?
-Ben voyons. Je sais même encore pas comment je vais te faire ramper par terre, toi...
-Ouais bon baaaah... faut que j'y aille, bye!
-J'ai pas fini d'me plaindre! Tu verras!

D'acccord, se dit Roderik. Maintenant qu'elle s'était arrangée pour que son associé délivre l'un de ses insupportables speech au vieux ridé, ce dernier allait très certainement péter les plombs. Ordonner à ses troupes de déferler sur la ville. Saccager et tuer tout ce qui se présentait à eux. Oublier l'or et le prestige pour simplement faire grimper sa prime en pavant la Cité Florissante du sang de ses habitants.

Pour cela, ils allaient devoir passer les défenses portuaires de la ville, ce qui n'était toutefois pas une mince affaire. Outre les quelques navires dont disposait la milice pour ses patrouilles, plusieurs batteries de canons restaient prêtes à acceuillir tout indésirable souhaitant s'aventurer dans la Cité.

C'était d'ailleurs pour cette raison que la moitié de la bande de Roderik avait été chargée de se fondre paisiblement dans la ville, pour saboter voire prendre possession des principales installations militaire de la zone.

Mais malheureusement, comme la marine avait eu la bonne idée de prévenir la milice du danger qu'elle courrait, leur surveillance avait été renforcée. S'en rendant rapidement compte, ses hommes abandonnèrent automatiquement leur opération pourtant bien préparée: ils n'étaient pas suicidaires, ni même inconscients. Il disparaîtraient sans faire de vague, tout simplement.

Ils n'auraient jamais pu prévoir ça, bien sûr. D'autant plus que ça n'était pas sa faute. C'était le plan du ridé, après tout. Pas à elle.

Elle ne put pourtant pas s'empêcher de ricaner en voyant le navire amiral de Wang Shei se précipiter vers le port, sous le regard étonné de la flotte du capitaine Billy Karnak qui ne comptait pas prendre de tels risques pour le moment. Son rire redoubla lorsque les premiers tirs de la milice frôlèrent les coques de l'armada. De là où elle était, elle s'imaginait presque entendre les rugissements irrités de son désagréable employeur vociférant sur ses subordonnés.

Bon. Ils n'allaient pas tarder à se retrouver à court d'options, et finiraient par prendre le large. Sans le réseau d'escargophones à leur avantage, et avec ce même réseau désormais employé directement contre eux, ils n'avaient plus grand espoir de pouvoir s'organiser de quelque manière que ce soit. Sur ce coup, Sigurd avait été nettement plus méchant que ce à quoi elle s'attendait. Un rapide pillage de la banque régionale n'aurait pas été pour lui déplaire... et elle imaginait bien que la bande d'Onyaja était tout à fait capable d'aller y faire un tour, quitte à se faire ralentir sur le retour par plusieurs mauvaises rencontres. A voir. Ses saboteurs interviendraient sûrement si l'occasion de faire pencher la balance se présentait.

Elle même comptait bien disparaître discrètement. Mais peut être pas tout de suite.
avatar
Sonaka
Combattant Débutant
Combattant Débutant

Messages : 709
Date d'inscription : 04/08/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'estuaire de Kawaguchi

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum